ROUGEOLE
(Rubeola Modem. — De Ruber ou Rubeus, rouge).
15U. Bibliographie. — (292.) — Rhazès. — A très bien décrit la rougeole dans le livre déjà cité plus haut (1^85) . C'est là la description la plus ancienne que nous ayons de cette maladie.
AviCEiNiNE. — (Canon) Lib. IV , fen. i, tractatus IV , c. 8 , De morbillo; — cap. 9, Signa salutis ejus.
SydenhaM. — (Oôserv. med.) — Sect. IV, c. v, Morbilli anni 1670. — Sect. V, c. m, Morbilli ann. 1674-
Sauvages. — ( Nos. meth. — Class. III , Pldegmasiœ. ) Gen. iv , Jiubeola.
4. -P. Frank. — {/Jecurand. Iiominurn morb. Epitom). Class. III, Exantkemata, ord. il, Ex. senbra, gen. 3, Morbilli.
Roux (Gaspard). Traité de la rougeole. Paris, 1807, in-8".
Joseph Frank. — {Prax. med. univers, prœcepta. —TV Leipzig, 1829, in-8".) Cap. II, De morbillis; - cap. III, Derubeolâ (ce qui ne me paraît pas du lout un genre de maladie à part, mais une espèce de rougeole , la rougeole sans catarrhe , comme maint auteur la nomme).
Rilliet et Barthez. — (7V. clin, etprat. des mal. des enf. — T. II, p. 671-778). — Chap. Rougeole.
Monneret et Fleury. — (Compendium , — t. VII, p. 421-40). Article Rougeole.
Bouchut. De la rougeole. Mémoire couronné par la Faculté de Paris. (Dans le Journ. deméd. de M. Trousseau, juillet Î845).
Chaffard. De la rougeole. Th. inaug. Paris, 1846. — Bon travail d'un de mes élèves. Observations intéressâmes.
Michel Lévy. Mémoire sur la rougeole des adultes. (Dans Gaz. méd. , année 1847, nos 19, 20 et 21.)
Rilliet. Mémoire sur l'épidémie de rougeole qui a régné à Genève dans les premiers mois de l'année 1847. (Dans Gaz. méd. , année 1848, n"s2, 3, 6 et 8.)
1515. Définition. — Maladie contagieuse, doublement caractérisée , dans son type de plein et entier développement : 1° par un exanthème de forme érylhémoïrle, qui règne de la tête aux pieds , et se dessine en manière de demi-anneaux situés très près les uns des autres, la peau demeurant naturelle et saine dans les intervalles; 2° par une affection catarrhale particulièrement dévolue à la conjonctive, à la pituilaire et aux voies respiratoires.
1516. Synonymie. — Blacciœ ; — Morbilli: — deux termes nés également dans la barbare latinité du moyen âge. Mais le premier de ces termes , presque inconnu aujourd'hui et tout à fait inusité depuis fort longtemps, ne se retrouve guère que dans quelques vieilles traductions latines des livres arabes. L'autre dénomination , au contraire , n'a pas cessé d'èlre en usnge; elle garde toujours son droit de cité dans la nomenclature latine de notre art. Étymologiqucment, c'est là un diminutif de Morbus, et voici à quel titre : dans le moyen âge , on avait coutume de désigner par excellence, et par une sorte d'euphémisme , sous le nom de Morbus, la peste , ce terrible fléau alors assez commun en Occident tout aussi bien qu'en Orient; de là, Morbilli, comme qui dirait petite peste , c'est à savoir une maladie épidémique tout comme la peste, mais beaucoup moins mauvaise.
1517. Historique. — Ainsi que la petite vérole, la rougeole est certainement une maladie de date moderne, une maladie que l'Antiquité grecque et latine n'a point connue. Ce n'est que plusieurs siècles après J.-C. qu'elle a paru, ou, du moins, qu'elle s'est répandue dans le monde.
Maladie toui à fait nouvelle , ou jusque-là confinée dans quelque obscur recoin du globe, toujours est-il que les médecins arabes sont les premiers qui l'aient décrite. Quoi qu'en aient dit certains écrivains, qui, par voie d'interprétations plus ou moins forcées, plus ou moins sophistiques, prétendent tout voir, tout retrouver dans les écrits de la médecine antique, il nous est impossible, en vérité, d'y apercevoir la moindre mention de la rougeole. C'est faire injure aux anciens, c'est méconnaître le génie des Hippocrate, des Ce!se, des Arétée , des Galien , ces grands peintres de la nature souffrante, que de s'imaginer qu'ils aient connu une semblable maladie et qu'ils n'en aient jamais parlé que d'une façon équivoque et énigmatique.
1518 Ètiologic. — (1483. A. B. C. D.j — En renvoyant le lecteur à l'étude et à la méditation des principes généraux , bornons-nous ici à noter particulièrement quelques points que voici :
A. Le virus spécifique de la rougeole se nomme indifféremment virus rubéoleux ou morbilleux.
B. La rougeole se développe dans tous les climats. Elle attaque tous les âges : cependant, on l'observe ordinairement chez lesenfans, moins fréquemment chez les adultes, et très rarement chez les vieillards ; les enfans en sont atteints plus souvent après qu'avant la première dentition.
C. En général, c'est à la fin de l'hiver et au commencement du printemps que la rougeole règne épidémiquement.
D. Que bien des fois l'action du virus morbilleux puisse être bornée à produire les symptômes calarrhaux sans l'affection cutanée, l'énanthèmc sans l'exanthème , ou bien , en d'autres termes, une fièvre morbilleuse sans rougeole proprement dite ; c'est ce que, pour mon compte , je regardecomme indubitable, — comme démontré par certains faits, qui, lorsque la rougeole règne dans une maison, dans une école, dans un hôpital, etc. , s'expliquent ainsi on ne peut plus naturellement. C'est là un dogme reçu par bon nombre de pathologisles. Ainsi pensait Gucrsant, dont l'autorité est certes des plus compétentes sur ce point. Ainsi pense M. Chomel : du moins le lui ai-je entendu autrefois déclarer dans ses leçons orales. Ainsi pense M. Rayer. Et combien d'autres encore !
E. J'ai signalé ailleurs (768. C. n.) l'importance du rôle étiologique qui échoit à la rougeole elle-même pour hâter , chez les sujets déjà tuberculeux, ou pour occasionner, chez les sujets prédisposés, le développement de la luberculisation pulmonaire ou de Ja luberculisation générale aiguë.
F. On ne saurait déterminer rigoureusement l'époque à laquelle l'individu atteint de rougeole ne peut plus exercer d'action contagieuse autour de lui. Ce n'est que quelques jours après le complet achèvement de la desquamation , ce n'est pas avant le vingtième jour depuis l'invasion de la maladie qu'on devra lever la consigne d'isolement, si tant est
qu'on veuille un peu sûrement préserver do la contagion ceux qui n'ont point encore payé tribut à la rougeole.
1519. Symptomatologie. — (1483. E. F. G. H. I. J. K.) — A. La rougeole offre trois périodes :
a. La période prodromigue (prélude calarrhal de la rougeole) dure ordinairement trois jours. Le premier jour, lassitudes, frissons, céphalalgie, somnolence, fièvre; quelquefois, nausées, vomissemens , épigastralgie. Le deuxième jour, accroissement de la fièvre; yeux rouges et larmoyans; coryza ; angine, le plus souvent fort légère; toux sèche plus ou moins violente ; et parfois, chez les très jeunes enfans, quelques accès de convulsions. Le troisième jour, progrès nouveaux delà fièvre, des phénomènes catarrhaux, et, en un mot, de tous les symptômes.
6. La période d'éruption commence d'ordinaire au quatrième jour de la maladie. De petites taches éryihémateuses, presque circulaires , peu ou point proéminentes, semblables de forme et de dimension à des piqûres de puces, apparaissent d'abord sur le visage, puis successivement, dans la journée même ou le lendemain, sur le cou, le tronc et les membres. Quelquefois, mais pas toujours, celte éruption se montre accompagnée de démangeaisons plus ou moins v ives. La plupart de ces points exanlhémaliques primitifs ne restent point isolés, mais , en s'élargissant et se réunissant plusieurs ensemble , finissent par constituer des taches configurées en forme de croissant ou de fer à cheval, des taches semiannulaires (ainsi peut-on les dépeindre d'un seul mot). Entre les croissans érythémateux, tous à peu prèspàreils.et fort rapprochés les unsdesautres, les interstices conservent la teinte naturelle de la peau. Quelquefois, surtout au visage, il s'élève de véritables papules rouges, qui, lorsqu'elles sont très multipliées, donnent à l'exanthème un aspect tout particulier: d'où, pour les nosographes , une espèce à part, Hubeola variolodes de Sauvages (sp. 3), vulgairement Rougeole boutonnée. Quoi qu'il en soit, c'est le lendemain de l'éruption ( cinquième jour de la maladie) que les taches du visage sont à leur plus haut degré d'érythème; le surlendemain (sixième jour de la maladie) , elles commencent à s'affaiblir et à s'affaisser, tandis qu'au contraire celles des autres régions du corps deviennent plus rouges. Ce n'est guère dès le début de l'éruption, mais après son complet développement, que la fièvre et les phénomènes catarrhaux diminuent notablement d'intensité, ou disparaissent.
y. La période de déclin ou de desquamation commence au quatrième jour de l'éruption (septième jour de la maladie). Les taches rubéoleuses pâlissent successivement dans l'ordre même de leur apparition, et prennent une teinte d'un jaune pfde. Bientôt l'épidémie s'en détache en lamelles furfuracées. La peau , devenue sèche et quelquefois rugueuse, ressent des démangeaisons plus ou moins désagréables jusqu'au dixième ou douzième jour de la maladie. Quelquefois, cependant, il n'y a point de desquamation sensible ; du moins n'est-il pas rare que ce phéno-
mène fasse défaut sur la surface d'un certain nombre de taches, voire même sur toute l'étendue de quelques régions du corps. Quoiqu'il en soit, les symptômes calarrhaux, si tant est qu'ils aient persisté jusquelà, vont diminuant peu à peu pendant cette phase même d'évanouissement de l'exanthème.
B. La bronchite rubéoleuse, si tant est qu'elle ne reste pas à l'état de bronchite sèche, mais, comme il arrive le plus ordinairement, aboutisse à une phase plus ou moins longue de sécrétion catarrhale , fournit une expectoration d'un genre particulier, et qui, dans le vase où on la recueille, offre réellement quelque chose de caractéristique. Ce sont des crachats ronds, épais, blanchâtres, nageant clans un liquide opalin; en un mot, des crachats nummulaires (775. A. t.) , tels à peu près que ceux des poitrinaires. La présence de ces crachats .constitue donc un des signes les plus propres à faire reconnaître la nature de la maladie , soit après la disparition de l'éruption, soit dans les cas d'absence complète des phénomènes éruptifs. Certes , c'est bien là , entre autres raisons , un très bon moyen de diagnostiquer ce que nous nommions tout à l'heure la fièvre morbilleuse sans rougeole proprement dite (1518. D.).
C. Si, dans certains cas, l'exanthème fait défaut , il est d'autres cas , au contraire, dans lesquels l'exanthème seul se manifeste sans le cortège des symptômes calarrhaux, voire même parfois sans le. moindre mouvement de fièvre. C'est là un fait qui, dans les épidémies de rougeole , a frappé l'attention de maint observateur , et que, pour ma part, j'ai eu moi-même occasion de reconnaître plusieurs fois déjà dans ma pratique. Voilà donc encore une espèce nosograpliique véritablement à part, la rougeole sans catarrhe. Les cas de cette espèce sont, il faut l'avouer, difficiles à distinguer d'avec certains cas d'éruption rubéoliforrae (Roséole des auteurs) (316. J.). Ils ne s'en distinguent guère que par le côté étiologique. Lorsqu'ils surviennent sous l'influence épidémique , ils se font assez bien reconnaître pour ce qu'ils sont ; et rien de plus naturel que de les considérer alors comme les analogues des varicelles qui se produisent dans les épidémies de variole. Mais, lorsqu'ils surviennent sporadiquement, comment en deviner la nature? C'est à peu près impossible, en vérité.
D. Sous le nom de Rougeole noire ou hémorrhagique, les auteurs de pathologie cutanée ont posé en espèce à part certains cas, heureusement* peu ordinaires, dans lesquels les taches morbilleuses , au quatrième ou cinquième jour de leur existence, prennent une teinte livide, tantôt vineuse, tantôt noirâtre. Généralement, cette espèce-là présente les phénomènes de l'asthénie la plus profonde et la plu« grave, et se termine par la mort. C'est surtout chez les sujets d'une constitution faible et épuisée qu'on la voit se développer.
E. Quelquefois , surtout chez les enfans qui ont la peau très blanche
:î3(> PATHOLOGIE MÉDICALE.
et irès fine, l'exanthème commence à se produire dès le troisième jour Au contraire, sur les sujels qui ont la peau brune cl épaisse, souvent il tarde à paraître, et ne vient pas avant le cinquième ou sixième jour. En d'autres cas, on le voit s'arrêter dans sa marche , cesser de s'étendre voire même disparaître tout à coup, et cela particulièrement tous l'influence du froid ou bien d'une malencontreuse purgation ; cette disparition, et, comme on dit , celte rétrocession de l'hyperémie cuianée se trouve presque toujours accompagnée d'accidens graves, soit de la part des viscères abdominaux ou thoraciques, soit, qui pis est, de la part de l'encéphale. Tantôt, ce sont les bras, et seulement les bras, qui, après le visage, deviennent le siège des taches rubéoleuses : tantôt, le tronc est envahi tout entier, mais pas une tache ne se montre sur les membres. Voilà autant de variétés qui peuvent fort bien être groupées en une espèce, sous le nom de Rougeole anomale.
F. En général, la rougeole ne peut guère devenir mortelle par ellemême, mais bien par suite de complications viscérales graves, telles que la pneumonie, la méningo-encéphaliie, etc. que bien des fois, par malheur , elle fait naître dans le cours de son développement.
1520. Récapitulation nosographique. — Reconnaissons cinq espèces principales : 1° la Rougeole vulgaire , celle que nous avons prise pour type de description (13 19. E.) ; 3° la Rougeole sans catarrhe (1519. C.) ; h" h Rougeole noire (1519. D.); 5° enfin , la Fièvre morbilleuse sâhS rougeole proprement dite (1518. D. — 1519. B.).
1521. Traitement. — (Ui83. N.). — Je n'ajoute ici qu'un mot: c'est pour insister particulièrement, a l'exemple de Sydenham, sur l'utilité de l'opium contre la toux férine de la bronchite morbilleuse; c'est pour poser en règle formelle, à l'endroit de cet accident-là, la prescription quotidienne de quelque préparation parégorique.
ARTICLE III
SCARLATINB.
(Scarlatina Modem. — Terme dérivé immédiatement de l'italien : Scarlalto ou Scarlallino ; — Ecarlate, en français; —Scarlet, en anglais).
• 1522. Bibliographie. — (292.) — Sydenham. — (Observ. med.) Section vi, c. 2, Fcbris scarlatina. — Il fut l'un des premiers, peut-être même le premier de tous, à poser la scarlatine comme un genre de maladie à part , à la distinguer expressément de la rougeole. Mais il ne paraît pas avoir reconnu tout ce qu'elle a d'importance , avoir apprécié tout ce qu'elle comporte de chances fâcheuses.
Sauvages. — (Non. meth. — Class. Tir , PMegmasiœ). Gen. Vin,
MALADIES INCONTESTABLEMENT VIRULENTES. 337 Scarlatina. — Hlais Sauvages en était encore à classer là, comme espèce congénère de la scarlatine proprement dite, l'urticaire fébrile ou fièvre ortiée (324-327.), (sp. 2, Scarlatina urticata). Quelle incroyable confusion !
J.-P. Frank. — {Decur. hom. morb.). Class. III. Fxanthemata. Ord. 1, F. nuda, gen. 2, Scarlatina.
Joseph Frank. — (Prax. med. — T. V, Leipzig, 1829, in-8°). — Cap. I , De Scarlatina.
Rilliet et Barthez. — ( Tr. clin, et prat. des mal. des enf — T. II, p. 567-671). — Chap. Scarlatine.
Monneret et Fleury. — (Compend. — T. VII, p. 462-84). — Article Scarlatine.
Tadpin. Essai sur la scarlatine sans exanthème. (Dans le Journ. des conn. méd.-chir., octobre 1839.)
Yose. Histoire de la fièvre scarlatine gui a régné dernièrement à Liverpool ,' et surtout des engorgemens qui, pendant son cours, te sont fréquemment développés autour du cou (Adénites cervicales avec œdème sihénique du tissu cellulaire environnant). (Dans Gaz. méd., année 1842, n° 11.)
Legendre. Mémoire sur quelques-unes des complications qui se manifestent à la suite de la scarlatine. ( Dans les Recherches déjà citées, 1485). '
Lecointe. De la belladone et de son emploi dans la scarlatine Thèse déjà citée (1266).
1523. Définition. — Maladie contagieuse, presque toujours fébrile et doublement caractérisée dans son type de parfait développement' 1° par un exanthème érythémoïde, uniforme et ininterrompu de la surface cutanée tout entière ou S peu près; 2° par une pharyngite plus ou moins remarquable.
1524. Synonymie. — Rosalia, Rossalia, ou bien encore Rossania • chez divers auteurs du xvr siècle. — Rubeolaconfluens, Morbilli con'. fluentes (c'est-à-dire, Rougeole confluente) : c'étaient là des noms encore en crédit vers la fin du XVIIe siècle. — Fièvre rouge : vulgairement encore aujourd'hui.
1525. Historique. — Inconnue aux Anciens, ou bien (mais Dieu me garde, quant à moi, d'un pareil blasphème) étrangement méconnue pâteux, la scarlatine n'a point été, que je sache, distinctement signalée pataucun auteur avant le xvr siècle. Et encore ne la distingua-t-on dans le principe, que sousun pointde vue superficiel et uniquement par rapport a la forme particulière des phénomènes exanthématiques On n'en continuait pas moins de la regarder comme une espèce de rougeole au heu d'y vo,r une maladie mi gêner is ; c'était , disait-on , une rougeole influente (1524 ), voilà tout. Ce n'es, guère que vers la fi
XVIIe siècle, et grâce surtout à Sydenham, que la scarlatine fut enfin généralement reconnue pour une maladie d'une nature à part et qui, loin d'être à la rougeole ce que la variole confluents est à la variole discrète, doit constituer, en bonne et saine nosograpbie, un genre des plus distincts et des mieux tranchés. Depuis lors , les progrès de la science n'ont fait que confirmer cette vérité et qu'y ajouter de nouvelles preuves.
1526. Etiologie.—(lUS3. A. B. C. D.) — A. Peut-on inoculera volonié la scarlatine par le moyen des squames épidermiques , ou de quelque autre façon que ce soit? Entre le petit nombre de témoignages, les uns positifs, les autres négatifs, que contiennent à cet égard les fastes de l'observation expérimentale, nous n'avons, en vérité, aucun droit de trancher la question.
B. 11 y a des exemples authentiques d'exception à l'immunité dont , en règle générale, après avoir une fois payé tribut à La scarlatine, on se trouve investi pour toujours. Mais, après tout, c'est là un cas extrêmement rare.
C. Que parfois l'action du virus scarlalineux produise la maladie moins l'exanthème : c'est ce que la théorie prévoit (1483. L.); c'est ce que, dans la pratique, plusieurs observateurs d'un esprit sévère ont reconnu, en présence de faits bien difficiles à interpréter autrement. Celte vérité, longtemps méconnue, et même — (le croirait-on?) — qualifiée d'idée baroque dans certains articles de journaux et de dictionnaires, ne rencontre plus guère aujourd'hui de contradicteur bien sérieux ni bien résolu.
1527. Symptomatologie. — (U83. E. F. G. H. I. J. K.) — A. La scarlatine régulière, normale, exquise, comme on voudra l'appeler, présente trois périodes bien tranchées.
a, La période prodromique a cela de particulier que la pharyngite ne tarde pas à s'y montrer , à y jouer un rôle plus ou moins frappant , et à faire déjà présumer, avec plus ou moins de probabilité selon toutes les circonstances du cas donné , la véritable nature de la maladie. Quoi qu'il en soit , cette période dure ordinairement deux ou trois jours. En général, plus les préludes ont de durée et de violence , plus la maladie doit avoir de gravité et de malignité dans tout le reste de son cours.
& La période d'éruption débute par l'apparition de petites taches érythémateuses , n'étant que peu ou point saillantes , irrégulièrement configurées, et irrégulièrement distribuées , mais à peu de distance les unes des autres. Ainsi séparées dans le principe par des espaces où la peau est intacte, ces taches-là vont s'agrandissant , et ne lardent pas à se réunir et à donner à la surface cutanée tout entière une couleur écarlate à peu près uniforme; la peau, brûlante et sèche, est le siège de démangeaisons et de picotemens plus ou moins incommodes j à la face, et surtout aux paupières, elle se tuméfie même dans un degré plus ou moins remarquable , ainsi qu'aux mains et aux pieds , qui deviennent
alors roides et douloureux. La membrane muqueuse des lèvres , de la langue, de la cavité buccale et du pharynx prend aussi, dans bien des cas, la teinte écarlate la plus vive. Le plus ordinairement, ce n'est pas dès l'apparition de l'exanthème, mais seulement après sa phase de plein et entier développement , que la fièvre et les symptômes concomitans, cérébraux ou autres, diminuent d'intensité et s'apaisent. L'exanthème, parvenu d'ordinaire à son plus haut point d'hyperémie, une fois qu'il compte trois ou quatre jours de date, commence dès lors à pâlir; et, d'ordinaire aussi, à son septième jour, il n'offre plus aucune apparence de rougeur sur aucun point.
y. La période de desquamation date du jour où la rougeur est entièrement disparue ; c'est-à-dire , du sixième au neuvième jour depuis l'éruption. C'est à la face et au cou que la desquamation commence; mais elle ne tarde pas à devenir générale. L'épiderme se détache sous forme de squames très larges ; aux mains et aux pieds , notamment, il s'enlève d'ordinaire par portions très étendues , et, parfois même , il se laisse retirer tout d'une pièce et, pour ainsi dire , en guise de gant. Un prurit plus ou moins incommode persiste pendant toute la durée de la desquamation. L'énanthème pharyngien , la pharyngite, se dissipe en même temps que l'exanthème. Dans bien des cas, la langue se dépouille de sou épithélium, de sorte que, plus ou moins longtemps encore, elle offre à l'observation une surface d'un rouge très vif. La période de'desquamation a une durée variable; quelquefois elle se prolonge au delà du troisième septénaire, voire même encore plus loin.
B. Quelquefois, la pharyngite scarlatineuse prend un développement des plus intenses et des plus dangereux, surtout dans certaines épidémies ; dont c'est là, pour ainsi dire, le cachet particulier. Ce n'est plus seulement une simple pharyngite , mais une pharyngo-amygdalite (436 et 628) , ayant fort souvent la forme pultacée (436. C.)ou bien la forme diphtherique (hkO.) , et entraînant un haut degré de dysphagie et de
■ dyspnée, au point même de déterminer la mort.
C. Quelquefois, et surtout en cas de pharyngo-amygdalite violente .d'asthénie profonde ou de quelque complication viscérale plus ou moins : grave, l'exanthème de la scarlatine n'apparaît que tardivement, au bout de cinq ou six jours, par exemple; ou bien, anomalie encore plus grande d ne s'étend pas à toute la surface de la peau, ne se développe que partiellement, sous forme de taches éparses sur les diverses régions du corps. Chez quelques malades, à peine vient-il de se produire qu'il disparaît dans la journée même , pour se développer de nouveau un ou deux jours après.
D. Un cas des plus sinistres, c'est lorsque l'exanthème présente une teinte terne et livide, et se trouve parsemé de pétéchies: ce qui n'armve guère qu'en coexistence avec une pharvngo-amygdalite très forte et
3/tO PATHOLOGIE MÉDICALE.
un effrayant cortège de symptômes cérébraux, et alors, sans contredit ,
la maladie mérite par excellence le nom de scarlatine maligne.
E. Que la scarlatine soit maligne ou non , on voit s'y joindre souvent, du quatrième au cinquième jour de l'éruption, une production plus ou moins abondante de sudamina, vésicules miliaires qui naissent sur les tempes, le cou, les épaules, la poitrine, etc., et dont la sérosité incolore est promptement résorbée ou s'évapore après rupture de l'épidémie.
1528. De l'anasarque deutéropathiquc dont la scarlatine peut devenir la cause (675. B. «. — 898 et numéros suiv.). — Entre tous les accidens qui peuvent survenir par suite de la scarlatine et créer de nouveaux dangers aux malades, et même, aussi, aux sujets déjà entrés en convalescence, l'anasarque est, sans contredit, l'événement le plus fréquent. Elle se déclare quelquefois immédiatement après la disparition de la rougeur cxanthématique, quelquefois huit ou quinze jours plus tard, voire même au bout d'un mois. Les praticiens s'accordent à reconnaître que l'impression du froid sur le corps a, en général, un rôle manifeste dans l'étiologie de celle anasarque deuléropalhique. En certains cas, qui sont les plus graves, ce n'est plus une simple anasarque; mais il y a hydropisie générale clans toute la force du terme ; diverses cavités séreuses deviennent le siège de rapides épanchemens; et le malade peut succomber fort vile aux terribles phénomènes de l'hydropneuinonie (918-21.) ou de l'hydrocéphale aiguë (927.). Heureusement, le dénoûment n'est pas toujours si funeste, lors même que l'hydropisie ne reste pas bornée à l'anasarque. Entre autres exemples de guérison , je retrouve dans mes notes cliniques une observation bien digne de remarque, celle d'un enfant de quinze ans qui eut, à la suite de la scarlatine, non seulement une anasarque considérable, mais encore une ascile fort évidente , et en réchappa , grâce à mes soins, ou, je le veux bien , grâce surtout à la nature (Année 1836. — Hôtel-Dieu, salle Saint-Bernard, n° 5S).
Depuis les travaux du célèbre docteur Bright et de ceux qui, après lui, ont spécialement étudié l'albuminurie, on a généralement adopté la doctrine qui reconnaît la néphrite albumineuse aiguë pour condition essentielle, pour cause organique et véritablement efficiente de l'hydropisie consécutive à la scarlatine. Telle est, notamment, l'opinion professée par M. Rayer, dont la compétence et l'autorité ont certes fort grand poids en pareille matière. Aus^i avons-nous déjà, pour notre propre compte, adhéré à cette doctrine-là dans les articles Néphrite et Anasarque. Mais nous devons dire que, dans ces derniers temps, M. Legendre a émis une tout autre opinion. S'appuyaiit sur un certain nombre de fails qu'il a lui-même observés et dans lesquels l'anasarque existait sans l'albuminurie, il va jusqu'à nier, pour les cas même où ces deux phenomènes se montrent ensemble, toute espèce de corrélation paihogen.que ou de dépendance réciproque entre l'un et l'antre ; à ses yeux, la coexis-
MALADIES INCONTESTABLEMENT VIRULENTES. 3/il tence , d'ailleurs si fréquente , des deux phénomènes n'est pas autre chose qu'une coïncidence. Toutefois cette manière de voir ne nous paraît point exacte. Pour avoir rencontré et bien constaté quelques cas exceptionnels, dont nous ne prétendons pas, à Dieu ne plaise , méconnaître la possibilité, l'observateur distingué que je cite s'est laissé entraîner trop loin par l'esprit d'opposition ; il a eu raison de s'inscrire eu faux contre la généralisation absolue de ce qui n'est que le fait le plus ordinaire ; mais il a eu tort de rejeter l'explication naturelle qui correspond si bien à la généralité des cas et en rend compte a merveille.
1529. Nécroscopie. — Je n'insisterai pas sur les particularités relatives à l'aspect de la peau, qui, suivant la période où la maladie a tourné à la mort, se montre tantôt redevenue blanche et pâle par suite de la disparition cadavérique de l'état érythémateux , ou bien encore teinte en rouge, mais d'un rouge livide et violacé, tantôt exfoliée , écailleuse, couverte de lambeaux épidermiques plus ou moins minces , plus ou moins larges , plus ou moins adhérens. Je n'insisterai pas non plus sur les altérations anatomiques qui peuvent se rencontrer là par le fait de la pharyngite , de l'amygdalite , de la stomatite , de la méningo-encépha-
lite, etc. A
Mais, ce que je veux surtout faire remarquer, ce qui me parait bien digne de fixer l'attention des médecins , c'est le point que voici : c'est la question qui surgit à propos des follicules de Peyer et de Brunner, lesquels, chez les cadavres de personnes mortes de scarlatine , ont souvent présenté à l'observateur un état d'hyperéinie et de gonflement extraordinaire, tout comme dans le cas de fièvre typhoïde. M. Rayer, entre autres, affirme avoir rencontré et constaté cette circonstance-là. M. Louis, qui, pareillement, a eu l'occasion de s'en assurer plusieurs fois par ses propres yeux, n'hésite même pas à conclure qu'un tel état des follicules intestinaux est un phénomène lié, sinon constamment , du moins très fréquemment, à la scarlatine. Et moi-même j'ai trouvé cette altération intestinale à un degré encore plus avancé, dans un cas dont j'ai recueilli et dont je conserve l'observation détaillée : c'était à l'autopsie d'une jeune fille de seize ans, qu'on apporta moribonde à l'hôpital , avec une scarlatine en pleine éruption, dans un état de profond coma , sans renseignemens commémoralifs, et qui mourut deux jours après son entrée (Hôpital de la Charité, salle Sainte- Madeleine, n° 12. — Novemb. 1829). — « L'altération anatomique la plus remarquable ) » (je copie ici le texte même de mes notes « était celle des follicules agminés de Peyer ; » presque toutes les plaques elliptiques de l'intestin grêle offraient une » certaine tuméfaction et une rougeur brune, et l'une d'elles, celle qui • était la plus voisine de la valvule iléo-cécale, présentait dans son centre ». une ulcération arrondie, de 3 à h lignes (') de diamètre , qui avait
(') Environ 1 icntiniclie.
6Li2 PATHOLOGIE MÉDICALE.
» rongé la tunique muqueuse , le tissu cellulaire sous-inuqueux , et » même un peu de la tunique musculeuse; quelques follicules de Brun- » ner étaient aussi fort boursouflés ; les ganglions mésemériques corres- » pondansaux plaques de Peyer étaient rouges et ramollis. » Eh bien , donc, que devons-nous penser d'un cas semblable? Était-ce là une complication de la fièvre typhoïde avec la scarlatine ? Ou bien, serait-ce que la scarlatine, et surtout la scarlatine maligne, peut très souvent par ellemême produire, à l'égal de la fièvre typhoïde , l'hyperémie et même l'ulcération des follicules de Peyer et de Brunner.
1530. Traitement. — (U83. N.), — En vérité, je ne vois, à l'égard de la scarlatine en particulier, rien de vraiment utile, rien de vraiment pratique, que je doive ajouter aux préceptes généraux de la thérapeutique des fièvres éruptives. Ai-je besoin, par exemple, de parler des affusions froides, qui ont eu de temps à autre leurs prôneurs? [Mais, après tout, elles ne furent jamais, pas plus qu'aujourd'hui, en grand crédit, en grande vogue. Malgré quelques succès réels , dus à l'action sédative et antiphlogistique de ce moyen-là, c'est avec raison qu'on le délaisse » dans la trop juste appréhension d'une action répercussive. Encore moins parlerai-je du traitement par l'hydrochlore que certains médecins ont autrefois proclamé comme un puissant spécifique ; personne aujourd'hui n'y a foi le moins du monde.
1531. La belladone est-elle un préservatif de la scarlatine ? — Y at-il là quelque grain de vérité? ou ne serait-ce qu'une pure billevesée? Eclose du cerveau d'Hahneman, qui devait un peu plus tard se faire hérésiarque éhonté , ou, pour mieux dire, fieffé charlatan , cette prophylactique a, il faut bien le dire, une origine peu respectable et qui nous la rend à bon droit suspecte. Mais pourtant Dieu nous garde de fermer jamais, par prévention pure, nos yeux à la vérité, d'où qu'elle vienne ! Aussi je me hâte d'ajouter que le célèbre Hufeland, de vénérable mémoire, prit parti, dans le temps, pour cet emploi-là de la belladone, en s'appuyant sur les heureux résultats qu'il avait obtenus dans les essais de sa propre pratique. Depuis lors, bien d'autres médecins , en divers pays et à diverses époques, ont rendu témoignage dans le même sens avec plus ou moins d'autorité. Bref, la négation absolue, pas plus que l'affirmation, ne me paraît être encore permise à cet égard. Suspendons notre jugement, et attendons les progrès ultérieurs de l'expérience générale. D'ici là, que nous en coûtera-t-il d'administrer 5 à 10 décigrammes d'extrait de belladone par jour à ceux que nous désirons, sous le règne d'une épidémie ou dans le voisinage de quelque malade, mettre à l'abri de l'influence contagieuse? Je n'y vois, pour mon compte, aucun danger; et j'en ai usé sur la personne de bien des enfans, quand les parens l'ont bien voulu. Mais, je le répète , je ne me crois pas en droit d'avoir une opinion décisive.
"* MALADIES 1INC0NTESTARLEME1NT VIRULENTES.
ARTICLE IV