SYPHILIS
racastor : — d'après la fable poétique qu'il a lui-même imaginée et dans laquelle il nous représente Syphilus ou Syphile, pâtre haïtien, comme ayant été, le premier de tous, atteint de l'immonde maladie, en punition de son impiété et par un éclatant exemple de la colère céleste (J), — , cochon, et $àS, j'aime, j'embrasse, je fais l'amour : — voilà, selon toute apparence, les élémeus étymologiques : mais Fracastor n'en dit mot.)
1532. Bibliographie. — LuisiNi. Aphrodisiacus sive de luevenereâ. Venise, 2 vol. in-f° , 1566-7. Collection des principaux ouvrages qui avaient été jusqu'alors composés sur les maladies syphilitiques. Nous devons y remarquer, surtout , les ouvrages suivans: — 1° Le livre, ou plutôt l'essai sommaire (libellas) , publié, en 1697 , par Nicolas Leonicenus, célèbre professeur de Ferrare, sous ce titre-ci : De epidemiâ , quam Itali Morbtjm gallictjm , Galli vero nea- POLiTANDM vocant. Non pas certes, que Leonicenus soit réellement, comme on le croyait naguère, comme Astruc l'affirmait encore, le plus ancien des auteurs qui aient écrit sur la syphilis; mais, s'il ne fut pas littéralement le premier en date , du moins fut-il , entre les premiers, celui qui, grâce à la double autorité d'un haut professorat et d'une renommée européenne, fixa plus particulièrement l'attention du monde médical. Quoi qu'en ait dit Jourdan (Biogr. médicale), qui, avec un inconcevable aplomb , blâme vertement Astruc d'avoir invoqué le témoignage de Leonicenus pour preuve de la nouveauté du Mal français , je puis affirmer (car je viens de lire avec soin ce vieil auteur pour savoir décidément à quoi m'en tenir) que Leonicenus regarde effectivement le Mal français comme une maladie épidémique toute récente et qui s'était tout à coup développée par suite de quelque intempérie insolite et occulte de l'air , et, en un mot, comme une maladie qui, peut-être, avait paru autrefois à diverses époques plus ou moins reculées, mais qui jamais, de mémoire d'homme, n'avait été un aussi terrible, un aussi éclatant fléau qu'elle l'était à la fin du XVe siècle. Tout en sachant très bien que ie mal débutait par les parties génitales , Leonicenus ne semble pas le moins du monde s'être do.uté de la véritable cause d'un semblable début, dont, au contraire, il cherche à rendre
(i) Syphilus
lnsomnes prirnus nocles, couvulsaque membra Sensit; et à primo traxit cognomina morbus: Sypliilidemquc ab eo labein dixerc coloni.
(Fhacast., Syphilis, Mb. 111.)
compte par dos raisonncmens de physiologie galéuiqae. Il signale pnncpalcmenl es phénomènes de pustulation et d'ulcération cutanée et les douleurs c es membres. Il proclame, entre ces deux ordres de symptômes , la communauté de nature, ce que bien des médecu» , dît-il , n'avaient pas encore su reconnaît,^ Pas u " m des mercunaux Or, à ce relevé des traits principaux d'un livre écrit par 1 un des médecins les plus savans et les plus éclairés de cette epoque-la, qui ne verra d'abord qu'il s'agit d'un mal nouveau dans 1 opinion même de l'auteur, et, ensuite , que la nouveauté réelle du mal ressort clairement de l'ignorance où l'on en était encore sur certains poinlsdes plus faciles à savoir.- T Deux chapitres tires du grand Traité de chirurgie de Jean de Vigo, qui fut premier chirurgien de l'illustre pape- Jules II. Dès l'année 1503, l'auteur ( c est lui-même qui le dit ) avait commencé à composer ce ra.té (publié in-folio, à Rome, en 1514). Il certifie formellement, lui aussi, la nouveauté du Mal français, qu'on vil apparaître, ditil, dans toute l'Italie au mois de décembre 1494, lors de l'expédition du roi de France Charles VIII pour la conquête du royaume de Naples. Il reconnaît et proclame bien haut la contagion du mal par l'effet du coït. Il distingue à merveille les deux périodes celle d infection primitive ou locale {morbus gallicus non confirmatus) et celle d infection générale ou constitutionnelle ( Morb. galL confirm.). 11 ordonne le traitement mercuriel , dont il fut l'un des premiers promoteurs, peut-être même le premier de tous. Il préconise particulièrement certain emplâlre à base de mercure- d'où encore aujourd'hui, dans notre Codex, l'emplâtre de Vigo, une des préparations officinales le plus en usage. — 3° Le livre d'Ulrich de Hutten sur la cure du Mal français par l'emploi du gaïac : livre publié à Mayence, en 1519, et dédié (quelle dédicace singulière de la part d'un syphilogr.iphe) au cardinal-archevêque de cette ville Ulrich de Hutten n'était pas médecin ; mais il avait, aux dépens de sa propre santé, acquis une expérience spéciale, qui le mil à même d'écrire un opuscule aussi intéressant qu'instructif; il avait lutté neuf ans contre l'infâme maladie; il avait subi onze fois le traitement par les frictions mercuriclles , jusqu'à la salivation chaque fois, le tout en vain, aussi déclame-t-il amèrement contre la barbarie des chirurgiens et l'ignorance des médecins; il avait pu obtenir du soulagement, mais jamais l'entière extinction de la maladie. Enfin, par un traitement dans lequel il attribuait au gaïac le principal rôle, la principale part de puissance, mais dont les conditions diététiques (réduction de nourriture, abstinence de vin, sueurs provoquées à dessein et périodiquement renouvelées, etc.) constituent à elles seules, en vérité, une médication dépurante fort énergique, il avait réussi à se débarrasser de tous ses maux , dont il trace une
MALADIES INCONTESTABLEMENT V1KULENTES. 3/j S
\ive et pittoresque description (cap. XXV), et avait impérieusement recouvré une belle et entière santé. Boerliaave disait , — et moi aussi, non pas avec autant d'autorité, mais avec autant de conviction, je dirai : Lisez, relisez avec soin Ulrich de Hulten, et vous apprendrez à guérir des véroles rebelles et désespérées. — 4° Le beau poëme de Fracastor , en vers hexamètres d'une élégante et pure latinité. De quelques passages où il est mention de Léon X comme pape actuellement régnant, on doit conclure que ce poëme a été composé avant l'année 1521 (année de la mort de ce pape) ; cependant l'édition la plus ancienne que l'on connaisse, celle de Vérone, est de 1530. Le premier livre du poëme décrit la maladie; le second livre signale les remèdes et notamment le mercure; le troisième et dernier livre chante la vertu du gaïac. Mentionnons ici, avec de justes éloges , la traduction de ce poëme en vers français , par Prosper Yvaren d'Avignon. (Paris , 1847 , in-8"). —5° Deux morceaux de notre illustre Fernel, qui, vers le milieu du xvi° siècle, fut, comme auteur et comme praticien, le coryphée de la médecine française ( Un dialogue tiré du Traité De abditis rerurn causis. Lib. II, cap. xiv. — Un chapitre du grand ouvrage intitulé Medicina. Lib. VI , cap. xx. ) Fernel reconnaît comme un fait hors de doute que la vérole est une maladie nouvelle; il nie que ce soit là une de ces épidémies qui l èguent par suite de quelque maligne influence de l'air atmosphérique ou du régime alimentaire ; il sait à merveille que la contagion par contact immédiat constitue le seul et unique mode de propagation du mal; il indique le mieux du monde les aitouchemens divers, les rapports de diverses sortes, par où cette contagion peut s'opérer; il signale môme , en termes ex près , la transmission du v irus par l'intermédiaire d'une femme saine, mais qui vient de subir des caresses empoisonnées ('),inode trop réel de contagion , dont la connaissance s'est , de nos jours répandue et vulgarisée sous la formule ricordienne de la femme vase, mais ne peut donc pas être réputée pour une découverte nouvelle ; il établit, en termes non moins nets et non moins clairs , la théorie de la pustule primitive comme condition nécessaire pour l'infection générale de l'économie (2). Mais, en fait de thérapeutique, les idées de Fernel n'étaient plus à la même hauteur que sous d'autres rapports ; il n'avait pas su discerner les heureux effets d'un
(') Hauritur interdùm lues è scorlo quod nondùm inquinalum est, quùm quis cum eo volutatur, mox ab alio impure- scortutore.
(2) Ciicunque particule lues primùm insederit, illic inhaîrescens pustulam excitât, intérim cl ulcusculum ; indè lungius prorepens radiées figit; srcpiusque part.um continuation adaucla, inleriora subit, et ad exlrcmum (ni medicamen. tum adhibuerijj furore corpus univerjum vastat atque depopulalur.
habile et prudent emploi du mercure, quoique déjà constatés et proclamés par Vigo, par Fracastor et par bien d'autres ; il ne voyait que les dangers et les abus de cet héroïque médicament. —
Boerhnave a donné une édition de YAphrodisiacus (Leyde , 1728, in-f), en y ajoutant une belle et savante préface, qui mérite d'être lue et relue, et dans laquelle, entre autres points dignes de remarque, on trouvera formellement énoncé, comme déjà dans Kernel, le dogme de l'existence constante et nécessaire d'un point primitif de pustnlation et d'ulcération pour le développement de la syphilis constitutionnelle (').
Sydenham. — (Dans les Opéra omnia.) — Epistola IIa responsor ia de luis venereœ historiâ et curatione. — Cet auteur , tout en admettant que , dans l'année 1493, la nouvelle maladie , jusque-là complètement inconnue, ait été apportée d'Amérique en Europe, ne la regarde pas comme incontestablement originaire du nouveau continent, mais plutôt comme issue primitivement de la Nigiitie, où, par ouï-dire et d'après des récits de créoles, il la croit endémique chez quelqu'une des peuplades voisines de la côte de Guinée. Plus versé et plus compétent en médecine pratique qu'en érudition historique, il se prononce fermement pour le traitement niercuriel, mais avec le tort, toutefois, d'exiger la salivation.
Astkuc. De morbis venereis libri VI. Paris, 1736, in-4°. — Deuxième édition, considérablement augmentée (en neuf livres) 1740, 2 vol. in-4°. — Traité très savant, très méthodique , très bien écrit, longtemps tenu pour un livre classique. Et, quoi qu'en aient dit de nos jours certains novateurs, c'est là une des meilleures monographies de la syphilis, nonobstant quelques erreurs , les unes propres à l'époque, les autres particulières à l'auteur luimême.
Lin guet. Lacacomonade. Cologne (Paris), 1766, in-12. — Opuscule publié sous le voile de l'anonyme , et que la plume spirituelle, mais vénale, du célèbre avocat composa , j'ima»ine, dans l'unique but de préconiser les dragées de Keyser (pilules dont la base était la terre foliée mercurielle, aujourd'hui proto-acétate de mercure). Quoi qu'il en soit , on lit avec plaisir , et même avec quelque profit, ce badinage littéraire, où, par allusion au système de Leibnilz, la syphilis reçoit le nom de cacomonade ( mauvaise monade). Il y a là de justes aperçus, d'ingénieuses vues, de solides
(') Ubicunque oculi acie sua observare poluerunt conditioneni partis illius in corpore, quam contagium primo obsetiit, ibi semper mâculam rubellam viderunt, quac variolae nasciturae aut morbilli stigma, vel morsum pulicis, fermé refert. In hâc aegcr pruritum levem , calorem moleslum, vis dolorcm sentit. Elevalur papula beee, squamulainquc cuticulae altollens, bullulum élevât...
raisons, dont, malgré la forme enjouée et dévergondée du style, les bons esprits se garderont bien de faire fi.
Morgagni. — {De sed. et caus. morb.). Epist. LVIII (Agiturde lue venereâ). — Voir, notamment, les art. 15 et 19, où Morgagni repousse le paradoxe de l'un de ses prédécesseurs à la Faculté de Padoue, Charles Patin, qui niait que la syphilis fût une maladie nouvelle et inconnue à l'antiquité.
John Hunter. A treatise on the venereal disease. Londres, 1786, in 4<\ — Traduit en français par M. Richelot (Œuvres complètes de J. Hunter. Paris, h vol. in-8°) : avec des annotations de M. Ricord. — John Hunter, esprit original et hardi, est celui qui, le premier, se livra à des études expérimentales d'inoculation syphilitique, et , entre autres résultats, proclama, d'une part, l'action manifeste que possède le pus du chancre primitif, et, d'autre part, le défaut d'action du pus des ulcères qui doivent naissance à -la syphilis constitutionnelle.
Swediaur. Traité complet sur les symptômes, les effets, la nature et le traitement des maladies syphilitiques. Paris , 1801 , 2 vol. in-8°.
Lafont-Gouzi. Essai et Observations sur la non-identité des virus gonorrhéique et syphilitique. (Dans le Journal de Corvisart, Leroux et Boyer, nov. etdéc. 1810.) — Ce savant et vénérable médecin, que la mort vient d'enlever dernièrement à l'école de Toulouse, démontra expérimentalement, il y a plus de quarante ans, la diversité d'action par où se distinguent la matière de la blennorrhagie et le pus des chancres. Il pratiqua, dans l'urètre, sur le gland et le prépuce, une série d'inoculations, soit avec l'humeur d'une blennorrhagie récente, soit avec le virus des chancres. A chaque inoculation de virus blennorrhagique , il ne vit jamais succéder autre chose qu'une blennorrhagie, et dès lors il s'inscrivit en faux contre l'opinion de John Hunter, qui avait continué , comme ses devanciers , de professer que l'humeur gonorrhéique pouvait produire indifféremment ou la gonorrhée ou le chancre.
Lagneau. Exposé des symptômes de J a maladie vénérienne, etc. Sixième édition. Paris, 1826, 2 vol. in-8°.
BOYER (Philippe). Traité pratique de la syphilis. Paris, 1836, in-8°.
Gibert. Manuel pratique des maladies vénériennes. Paris, 1837, in-18.
— Mémoire sur les syphilides. (Dans Mém. del'Acad. roy. deméd., année 18/»3.)
Ricord. Traité pratique des maladies vénériennes, ou Recherches critiques et expérimentales sur l'inoculation appliquée à l'étude de ces maladies. Paris, 1838, in-8°.
RiCORD. — Clinique iconographique de l'hôpital des Vénériens. Paris, 1865-51, in-4°.
— Lettres sur la syphilis. (Dans Y Union médicale, année 1850, 24 lettres, depuis le n° 10 jusqu'au n° 145, et année 1851, n"' 11, 26, 32, 44.)
Baumes. Précis théorique et pratique sur les maladies vénériennes. Paris , 1840 , 2 vol. in-8°. — Ouvrage très remarquable et dont nous recommandons particulièrement la lecture à ceux qui veulent approfondir l'étude des maladies syphilitiques.
Castelnau. De l'inoculation appliquée à l'étude des maladies syphilitiques. (Dans le Joum. des conn. médico-chir. , mai 1841). — Nouveau témoignage à l'appui des résultats positifs de l'inoculation. Mais interprétation des résultats négatifs tout autre que le veut le système absolu de M. Ricord. Protestation contre la prétendue innocuité de cette pratique expérimentale.
Gauthier (de Lyon ) . Recherches nouvelles sur l'histoire de la syphilis. Paris, 1842, in-8°. — La conclusion est que la syphilis a fait sa première apparition dans le monde vers la fin du XVe siècle.
— Observations pratiques sur le traitement des maladies syphilitiques par Viodure de potassium. Paris, 1845, in-8°.
Monnkket et Fleury. — {Compendium,\. VIII, p. 1-100). — Article Syphilis.
Cazenave. Traité des syphilides ou maladies vénériennes de la peau. Avec atlas. Paris, 1843, in-8".
Bartoli. Syphilis et scrofules. Th. inaug. Paris, 1845, in-4°. — M. Bartoli, élève de M. Puche et qui fut aussi l'un des miens, démontre, à l'aide d'observations et d'expériences péremptoires: l°la non-inoculabilité du pus de chancre syphilitique , en cas de vive inflammation de la surface où il vient à être appliqué ; 2° la réalité des divers degrés d'énergie du virus , que , dans certains cas, on doit considérer comme modifié et affaibli , mais non pas comme anéanti ; 3° la production des inflammations blennorrhagiques par l'application du pus de chancre ; 4° l'existence, aujourd'hui si contestée et pourtant bien réelle, des bubons d'emblée.
Payan. De l'emploi de Viodure de potassium dans les maladies syphilitiques. Mémoire couronné par la Société de médecine de Paris, sur le Rapport de M. Gibert. Et publié, avec ce Rapport, en différens numéros de la Revue méd., ann. 1845-6. C'est là un excellent travail de médecine pratique , un livre judicieux et complet sur la nouvelle médication que notre époque a su découvrir contre le fléau de la syphilis.
Gullerier. Mémoire sur l'évolution de la syphilis. (Dans les Archives, février 1845.) — Conclusions : la syphilis présente trois périodes ou phases, qui se succèdent toujours dans le même ordre ,
MALADIES INCONTESTABLEMENT VIRULENTES. -S4U quoique sans règle fixe quant à leur époque d'apparition et à leur durée : 1° le symptôme primitif, le chancre, effet immédiat de la contagion et seul propre à la transmettre ; 2U les symptômes secondaires , ceux qui ont pour siège la peau ou les muqueuses ; 3" les symptômes tertiaires. Système simple et séduisant , mais système absolu, auquel, pour ma part, je ne saurais acquiescer. La nature le dément par nombre de faits exceptionnels. Ratier. Lettre sur la syphilis. Paris, 1845, in-8°. — Opuscule écrit avec autant de verve que de courageuse franchise, et où, sans attirail d'observations particulières, sans étalage d'érudition., sans luxe de théorie, se résument énergiquement les opinions d'un homme aussi consciencieux qu'expérimenté. Ce n'est pas que nous y souscrivions sans réserve , tant s'en faut; mais il y a du vrai, beaucoup de vrai , dans cetle vive guerre que l'auteur déclare aux croyances aveuglément professées par le commun des praticiens. — Voyez l'analyse et la critique de celte lettre dans la Gaz. méd. , n° du 8 février 1845.
BOUISSON. Mémoire sur les tumeurs syphilitiques des muscles et de leurs annexes. (Dans Gaz. méd. , année 1846 , n05 28 , 29 , 30 et 31.)
Davasse et Deville. Des plaques muqueuses. (Dans les Archives, oct. , nov. eldéc. 1845, et mars 1846). — Faits et raisonnemens à l'appui de la doctrine de M. Ricord concernant les plaques communément désignées sous le nom impropre de pustules muqueuses , doctrine où elles sont considérées comme appartenant à la période secondaire de la syphilis , et comme provenant toujours de la transformation d'un chancre in situ. Mais, quelque prévenus qu'ils soient en fa- \eur d'une telle doctrine, Mil, Davasse et Deville, observateurs aussi loyaux qu'habiles, avouent eux-mêmes qu'ils n'ont pu acquérir la certitude de la préexistence et de la transformation du chancre que pour la majorité des cas qui ont été l'objet de leurs études : immense majorité , je le veux bien. Mais toujours est-il que, poulies autres cas , ils supposent la transformation ; ils ne la prouvent pas.
Reynaud. Traité pratique des maladies vénériennes. Paris, 1845,
jn go Cet ouvrage d'un de nos chirurgiens de marine les plus
distingués mérite les plus grands éloges. On y reconnaît une expérience consommée et une indépendance d'esprit éminemment judicieuse.
Boys de Loury et Costilhes. Mémoire sur les chancres chez la
femme. (Dans Gaz. méd., ann. 1847, n° 15.) — Des différens agens thérapeutiques employés à Saint-Lazare
contre les maladies syphilitiques et de leur appréciation. {Iùid.,
n0' 21 et 22.)
Diday. Sur un procédé de vaccination préservatrice de la syphilis constitutionnelle. (Dans Gaz. méd, , année 1849, n° 39.)
— Des douleurs qui peuvent coexister avec la syphilis constitutionnelle. (Dans Gaz. méd., année 1850, n0' 45, 46, 48 el 49.)
Chauffard. — Dans ses Œuvres de méd. pratique (Paris, 1848). — A consacré un chapitre fort intéressant à l'utilité du mercure dans les maladies vénériennes.
Bodchut. Mémoire sur la transmission de la syphilis des nouveaunés aux nourrices. (Dans Gaz. méd., année 1850, n° 16.)
Paul Dubois. Bu diagnostic de la syphilis considérée comme une des causes possibles de la mort du fœtus. (Dans Gaz. méd., année 1850, n° 21.) — M. le professeur Dubois appelle l'attention sur un vice anatomique qu'il n'a, jusqu'ici, rencontré que chez des avortons issus de père ou de mère évidemment syphilitiques. Ce vice anatomique, c'est un état d'hypertrophie et d'infiltration purulente du thymus. Les païens fussent -ils sains en apparence , quand les fœtus nés avant terme présentent un semblable état du thymus, M. Dubois essaie de prévenir, par un traitement antisyphilitique, le retour de nouveaux avorlemens.
Robert de Welz. De l'inoculation de la syphilis aux animaux. (Dans Gaz. méd. , année 1850, n° 29.)
Auzias-Turenne. Syphilisation. ( Dans Gaz. méd. , année 1851 , n° 4.) — M. Auzias-Turenne entend, par syphilisation, une condition particulière d'immunité que l'économie animale , à ce qu'il prétend, contracterait par suite d'inoculations plus ou moins réitérées du virus syphilitique, et en vertu de laquelle elle deviendrait désormais réfractaire à une nouvelle inoculation, et serait pendant un certain temps, peut-être même pour toujours, exempte d'éprouver aucun des symptômes de la syphilis proprement dite. Après de nombreuses expériences d'inoculation du chancre syphilitique sur les animaux, il se croit en droit d'en déduire les sept conclusions suivantes, qu'il appelle des lois :
« A. La syphilisation et le syphilisme (je désigne parce dernier mot » l'aptitude à être syphilisé) sont en raison inverse du volume de » l'animal.
» B. La syphilisation est en raison directe du nombre des chancres » simultanés.
» C. La syphilisation est en raison inverse de l'étendue des chancres. » D. La syphilisation est en raison directe des chancres successifs
» qu'on donne à un animal.
» E. Il faut beaucoup plus de chancres simultanés que de chancres
» successifs pour syphiliser un animal.
» F. Il faut moins de temps pour syphiliser un animal par des chan-
» cres simultanés que par des chancres successifs.
MALADIES INCONTESTAHLEMENT VIRULENTES. 351
» G. Le temps nécessaire à la syphilisation est en raison directe du » volume de l'animal et en raison inverse de l'activité de ses fonc- » tions. »
ROCHÉ. Contagion de la syphilis secondaire. (Dans le Journal des
conn. médico-chir., février 1851.) Coffi.n. Etudes cliniques pour servir à l'histoire de l'influence de
la syphilis, du traitement mercuriel et des ulcérations du col, sur
la grossesse. Th.inaug. Paris, 1851, in-Zr°.
1533. Définition. — Sous le nom de Syphilis, tout le monde s'accorde à comprendre et à réduire à une sorte d'unité générique toutes les affections, d'ailleurs si diverses de siège et de forme, qui sont plus ou moins promptement produites par l'action d'un certain virus , d'un virus dont la manifestation primordiale la plus incontestable et la plus caractéristique est le chancre.
En d'autres termes , la syphilis est une espèce d'intoxication. Sous différens aspects et à différenies phases, c'est toujours, au fond, la même maladie. C'est un vrai protée, mais Dieu nous garde d'en méconnaître aucune métamorphose! Et toutefois, hélas! plaignons- nous-en tout de suite, les hommes les plus compélens, quoique en souscrivant unanimement à notre définition, ne tomberont pas d'accord sur l'énumération des affections syphilitiques. Il y a tels accidens où les uns voient encore la syphilis, où les autres s'obstinent à ne la point voir.
Un mot maintenant avant d'entrer en matière. Sans prétention de spécialiste, ce que n'ont voulu ni le sort ni ma propre vocation, je n'en ai pas moins dû, comme praticien et comme philosophe, méditer sérieusement sur tous les problèmes que présente la syphilis. J'ai beaucoup lu; j'ai vu, en vingt-deux ans de pratique, soit à l'hôpital, soit en ville, pasmal de vérolés, dont quehjues-uns même avaient jusque-là demandé en vain leur guérison aux spécialistes les plus célèbres ; j'ai longuement réfléchi, et sur ce que j'observai moi-même , et sur les témoignages ou les raisonnemens d'aulrui. Mais, commeje suis ici obligé d'être bref, je m'abstiendrai d'entrer dans les controverses que chaque point suscite; je me bornerai à poser dogmatiquement les principes à l'adoption desquels mon esprit s'est arrêté et dont je suis mûrement convaincu. Plutôt que d'écourter une démonstration qui, pour être complète, exigerait un volume, j'aime mieux l'omettre tout à fait. Je serai donc très bref.
1534. Synonymie. — A. Grosse vérole (Variolœ grosses) : au temps jadis. En raison de l'altération toute particulière que , dans le principe , on accorda aux phénomènes exanthématiques. Par opposition à l'exanthème aigu qui, dès lors, prit le nom de Petite vérole.
B. Vérole : tout court. Voilà le terme, aujourd'hui encore, enregistré bel et bien dans le Dictionnaire de l'Académie. Terme trivial et malsonnant, sans doute, que les règles de la bienséance interdisent dans le
langage des gens du monde, mais que peut parfois admettre le style
scientifique dans sa naïve simplicité, dans son franc laisser-aller.
C. Maladie vénérienne. — C'est là une dénomination fort en usage. Et pourtant quelle dénomination impropre et grosse d'erreurs! Car, en premier lieu, le commerce de Vénus est bien la cause la plus commune, mais non pas la seule et unique , par où se produise la syphilis : il est des circonstances d'une tout autre sorte dans lesquelles cette contagion peut aussi s'opérer, comme nous le dirons tout à l'heure. Puis , en second lieu , il s'en faut de beaucoup que tous les accidens qui surviennent aux parties sexuelles par suite des ébats éroliques; qu'en un mot toutes les affections vénériennes proprement dites soient de nature syphilitique. Antérieurement à l'avènement de la syphilis, et de temps immémorial, il dut y avoir, il y eut, comme nos yeux le voient journellement arriver, quantité d'affections purement locales et tout à fait incapables d'empoisonner l'économie tout entière, telles que balanites, herpès prépuliaux, uréthrites, vaginites, herpès vulvaires, leucorrhées , phimosis, paraphimosis, végétations, etc., etc.
D. Maladie secrète. — En raison de la honte attachée à ces maux, qui sont, d'ordinaire, le fruit du libertinage.
E. Cacomonade : suivant la plaisante imagination de Linguet (1532.). 1535. L'historique réduit à deux mots. — (1532.) — La syphilis
est une maladie moderne : la Vénus antique fut exempte de cette peste immonde. Voilà un point des plus certains et des plus positifs, dans ma conviction du moins. Prétendre le contraire, c'est se complaire dans un paradoxe que la saine érudition ne saurait aucunement agréer, et que le sophisme élève à grand'peine sur quelques phrases ramassées çà et là et dont on interprète fort mal, ou plutôt, dont on torture le sens : en un mot, c'est protester , protestation tout à fait inadmissible, et contre le silence des écrivains de l'Antiquité, et contre le cri de surprise et d'horreur du xvc siècle sous les terribles coups du nouveau fléau de la pauvre humanité.
Ce qu'il y a donc, aussi, de parfaitement certain, c'est que l'ère de la syphilis s'ouvrit sur la fin du XVe siècle, et, pour redire ici la date précise, en l'année 1494. A celte époque, la cruelle et hideuse maladie se répandit tout à coup en Europe comme une véritable épidémie. Venaitelle d'Amérique! Avait-elle franchi l'Atlantique sur les vaisseaux de Christophe Colomb, à leur retour en Espagne, en 1493 ?On l'a cru trop aisément autrefois , et c'est encore aujourd'hui l'opinion régnante parmi les gens du monde; mais, pour nous autres médecins, rien n'est plus douteux, plus problématique que cela. Est-ce dans quelque coin de l'ancien continent que la nature, un beau jour, vint à opérer la mystérieuse création de la syphilis, par je ne sais quel concours de circonstances extraordinaires, astronomiques, atmosphériques, telluriques ou autres? Et, antérieurement à la grande épidémie de 1494, le fléau existait-il.
MALADIES 1NC0NTKSTA HLEMENT VIRULENTES. 353
ayait-il préludé depuis longues années, depuis des siècles peut-être, mais rien que sporadiquement, et, en un mot, de manière à ne pas frapper l'attention du monde médical? C'est fort probable, à la vérité : mais ce sont là des questions sur lesquelles, je l'avoue franchement, je n'ai point encore de conviction arrêtée.
^ 1536. Étiologie. — (96.) — A. Que la syphilis soit contagieuse: c'est là un principe unanimement reconnu, à tel point que nous avons pu et dû prendre cette maladie pour un des types fondamentaux d'après lesquels nous avons édifié, en pathologie générale, la théorie de la contagion. Comprendra-t-on que , du temps de l'hérésie broussaisienne , quelques sectaires ultra -broussaisiens aient poussé l'esprit de système' jusqu'à méconnaître cette contagion-là, jusqu'à traiter le virus syphilitique de vaine chimère, de fantôme ontologique ? Depuis les expériences d'inoculation entreprises et poursuivies avec tant de zèie et d'habileté par M. Ricord.et grâce surtout à son brillant et spirituel enseignement, pas un médecin, pas un littéralement, n'ignore ni ne révoque en douté l'existence du virus. Mais, si l'on tombe d'accord aujourd'hui sur le principe, quelle divergence d'opinions ne voyons-nouspas entre les auteurs et entre les praticiens relativement à certains détails du problème ? Et celui-là même qui, de notre temps, a le plus contribué à restaurer ce dogme de la contagion syphilitique, à le rendre plus clair que le jour, à le démontrer péremptoirement par le moyen de l'inoculation, celui-là ne veut désormais admettre la contagion que clans des conditions très restreintes, en dehors desquelles il la proclame impossible avec une assurance plus tranchante que bien fondée.
B. Le chancre primitif, voilà, suivant M. Ricord, la seule et unique source du virus, le seul et unique symptôme par où la contagion puisse avoir lieu. Suivant nous , la vérité est que , là , le virus a son plus haut degré de puissance contagieuse; que là, et là seulement, il se trouve toujours présent, — toujours avec la propriété de reproduire, par le moyen de l'inoculation, une pustule sut generis, qui tout aussitôt devient ellemême chancre. Prenez, en effet, du pus de chancre au bout d'une lancette; faites-en l'inoculation sur un point quelconque de la peau (mais par parenthèse, je me hâte de dire que, moralement, de pareilles expériences , quoique motivées par le saint amour de la science, ne sont tout au plus, légitimes et permises qu'autant qu'on les pratique sur soimême ou sur des sujets déjà infectés); le troisième ou quatrième jour après l'inoculation, le point inoculé produit la pustule caractéristiquel'épidémie crève, et voilà un nouveau chancre, une nouvelle source dé pus virulent et parfaitement inoculable. Pareillement, donc, une excoriation cutanée que Je pus de chancre vient à toucher, s'envenimera et se tournera en chancre : il y a plus, ce pus-là se montre capable tant il est acre, d'excorier la peau par suite d'un contact incessamment renouvelé ; c est ce que, dans la pratique , „ous voyons assez souvent arriver
tu.
35fc PATHOLOGIE MÉD1CALK.
chez certains malades , négligens et malpropres , qui , d'un premier chancre survenu, par exemple, au gland, laissent le pus déborder hors du prépuce, se répandre le long de la verge et sur la partie interne des cuisses , et y déterminer un ou plusieurs chancres nouveaux. A plus forte raison comprend-on sans peine que le tissu délicat d'une membrane muqueuse , en contact avec un semblable pus par voie de commerce sexuel ou autrement, subisse facilement les mêmes lésions. Quoi qu'il en soit, un chancre de celte nature, un seul chancre , — une fois développé sur une surface muqueuse , comme c'est le cas le plus ordinaire, - ou bien sur la peau, — entraîne toujours, ou presque toujours, le développement, tantôt prompt, tantôt tardif, des symptômes de syphilis constitutionnelle. Quelquefois ces symptômes commencent à paraître lorsque le chancre est encore là ; d'autres fois, ce n'est que fort longtemps après la disparition de celui-ci qu'ils prennent enfin naissance. Faut-il, pour le développement de la syphilis constitutionnelle, que le 'chancre ail eu au moins quelques jours d'existence? et peut-on par conséquent, en détruisant celui-ci dès les premiers jours par le moyen d'un caustique, tel que la pâle de Vienne par exemple, prévenir infailliblement l'infection générale de l'économie? C'est ce. qu'affirme M. Ricord. Mais, quant à nous, nous sommes loin d'avoir la même sécurité , Dieu nous' en garde. Tout au plus concéderons-nous qu'en pareil cas les chances d'infection constitutionnelle sont moindres ; mais , je n'hésite pas à le dire, elles ne sont point annihilées chez lous les sujets sans exception. Pour terminer ce qui a trait à la virulence du chancre primitif, notons que cette virulence ne subsiste pas jusqu'à la fin; une fois le chancre parvenu à sa période de réparation ou de cicatrisation , le pus dès lors n'est plus inoculable, il ne reproduit plus le mal ; mais, au surplus, disons-le sur-le-champ , la durée de la période de virulence n'a point de limites fixes; elle est extrêmement variable, et peut se prolonger pendant un temps indéfini; on cite tel cas dans lequel un chancre qui comptait déjà dix années d'existence n'en continuait pas moins de fournir un pus inoculable. M. Donné, dans les Recherches microscopiques déjà citées à propos des affections blennorrhagiques (545.). "OUg apprend que le pus des chancres du gland et de la vulve lui a présente un caractère particulier, celui d'être peuplé d'une multitude de vibrions (Vibrio lineola, Millier); il n'a jamais rencontré ces animalcules ni dans les suppurations de nature non syphilitique , ni même dans le pus des chancres syphilitiques secondaires. Est-ce à dire que les vibrions aient un rôle dans la contagion ? En vérité, on ne sait.
G Certains bubons qui accompagnent le chancre pnmitit et qui, une foîs 'venus à suppuration et ouverts , prennent fort bien l'aspect chancreux fournissent aussi un pus inoculable , surtout si l'on a soin de puiser le pus dans le sein même du ganglion plulôt que dans le tissu cellulaire ambiant. Voilà un fait unanimement reconnu et hors de toute
Contestation. Ces bubons-là, nés immédiatement après le chancre si ce n est même simultanément , comptent donc à bon droit parmi les'symptomes primitifs de la syphilis ; et leur venue ne laisse pas , sans doute que de créer une chance de plus pour le développement ultérieur de là syphilis constitutionnelle. Mais est-ce à dire que , sans la présence du chancre, de semblables bubons ne puissent pas du tout survenir ; qu'ils ne purent pas se développer d'emblée , par suite de ,a pure et J ]e
bsorp mu du virus , et , en un mol, à titre de symptôme primitif dans ton te la rigueur du terme? Quant à moi, je le déclare franchement, ma pr uque ne m a point encore offert de cas où je fusse forcé de reconnTre le bubon d emblée. Mais , en vérité, je ne vois à priori aucune raisou de mer la possibilité d'un tel phénomène; et, sur la foi d'observateurs excellens qui assurent avoir constaté on ne peut plus clairement e fan je n hésite pas le moins du monde à en admettre, à en proclamer a réalité. Amsi donc, contrairement à l'école de M. Ricord, regardons les bubons d emblée, non pas comme une vaine et absurde chimère mais seulement comme un cas rare, voilà tout.
D. Le symptôme qu'improprement, faute d'un meilleur terme on'désigne sous les noms de papule ou pustule muqueuse , voilà encore, de 1 aveu unanime des praticiens , un symptôme dont la propriété conta' g.euse est fort à craindre et qui entraîne pour conséquence à peu p ès
ndl . El pourtant l'humeur des pustules muqueuses ne réussit point à ÏÏ:Yar a V°*e ^ l'inoculation, la pustule caractéristique et le
ives de T I nea"m0InS- b|e0 f°U' qui' S"r ,a foi *» innées néga- Tueàt ^r eX|jérime'UaIe ■ ™ hasarderait dans les rapports xue s d affronter la con.ag.ou naturelle, et par malheur trop positi ve du symptôme dont nous parlons! M. Ricord prétend, il est vrai que h pustule muqueuse n'estqu'un chancre transformé, lais „ mb able transiormafon , réellement observée dans un certain nomb'de ca n sau, a,t être regardée comme une loi constante et nécessaire qu'e, dépi de 1 impartiale observation. Et puis, d'ailleurs, qu'importe ? Reste tou jours a concevoir comment ce chancre métamorphosé dont le pus plus inoculable, n'en continue pas tanins d'être contagieux par le môve ,du cuit Pourquoi donc ne pas reconnaître tout simplLnt q S m.ers efforts du v.rus, que les phénomènes initia x de la svp I s : ne peuvent être toujours les mêmes; qu'ils doivent varier selon m n tes arconstances, appréciables ou non ; et que les fluides de sécrétion s ^! Inique n ont pas tous le n.ême degré de virulence et d'àcreté ?
h Pour en vemrà la considération des phlegmasies blennorrhagiques est ceriam, et M. R.cord en convient avec tout le momie , que K£ de chancre peut quelquefois, dans son contact avec une membrane m î queuse, se borner à produire la blennorrhagie. Et, s'il est parfaitement vra, que I humeur b.ennorrhagique ne soit point inoculable poin
356 PATHUl.OC.ir. MÊDICAf-E.
ble de reproduire le chancre, mais bonne seulement à propager, à multiplier les blennorrhagies, est-ce h dire que, là, il n'y ait plus rien, absolument rien de syphilitique ? Je sais, je soutiens avec la plus ferme conviction, que, du moins dans l'immense majorité des cas, la blennorrhagie n'amène pas la syphilis constitutionnelle. Mais il en peut arriver autrement quelquefois; et Dieu nous garde de nous inscrire en faux contre les observateurs qui nous attestent les faits de cette sorte-là avec toute l'authenticité désirable ! Je. n'insisterai pas davantage; car j'ai déjà, dans l'histoire de l'uréthrite, montré, et, ce me semble, démontré mes préférences pour l'hypothèse qui admet un virus blennorrhagique comme modification du virus syphilitique (537. D.).
F. L'humeur purulente ou puriforme que fournissent certains symptômes de syphilis constitutionnelle (chancres secondaires de la peau ou des muqueuses, syphilides phlyzaciées, etc.), n'est pas non plus inocu lable; elle ne présente à l'expérimentateur que des résultats négatifs. Voilà' qui est certain : voilà un fait bien et dûment acquis à la science. Doit-on, pour cela, refuser aux symptômes en question toute propriété contagieuse? Induction téméraire, peu fondée en théorie et que la pratique, à nos yeux du moins, comme à ceux de maint observateur , dément'bien des fois. En effet, s'il est vrai quedans un très grand nombre de cas , — disons même , dans la généralité des cas , — la cohabitation avec lès personnes atteintes de syphilis constitutionnelle n'a point de suites fâcheuses, dans certains cas il en va tout autrement ; et tout porte à croire que la contagion a lieu alors par l'intermédiaire de la sécrétion morbide. J'ai, pour mon compte , rencontré dans ma pratique des cas impossibles à expliquer d'une autre façon et qui ont complètement décidé ma conviction à cet égard.
G. Continuons à nous séparer de la nouvelle école, à protester contre l'ingénieuse hérésie de M. Ricord. Nul plus que moi ne proclamera la réalité de la syphilis constitutionnelle d'emblée, c'est-à dire sans manifestation préalable d'aucun symptôme primitif. Les cas indubitables et dans lesquels la conviction de l'homme impartial doit forcément se rendre sont très rares, sans doute; mais on en rencontre, et ils se font voir à qui n'a pas les yeux aveuglés par la prévention systématique. Pour mon compte, deux cas de ma pratique en ville fondent surtout ma pleine et entière conviction : deux cas dans lesquels la parfaite exactitude du commémoratif m'a été on ne peut mieux garantie par l'intelligence des malades, par leur véracité à moi connue et impossible à soupçonner, par leur minutieuse habitude de veiller à la propreté de toute leur personne. La syphilis d'emblée est donc pour moi un dogme incontestable. Ce que je suis ensuite porté à croire, mais sans oser l'affirmer pleinement, c'est que nous devions la regarder , le plus ordinairement du moins, comme due à la communication du viros par la voie des symptômes secondaires ou tertiaires (F.) : thèse dont je me dispense de
développer les raisons et à laquelle , d'ailleurs, je n'attache pas une importance capitale.
H. En résumé, donc, le virus syphilitique est un virus fixe (96. A.). Sa transmission de l'individu malade à l'individu sain, ne peut s'opérer que par suite d'un contact immédiat ou médiat (96. A. a. 6.); jamais par contagion miasmatique, actuellement du moins (car je laisse de côté la question de savoir si , dans les premiers temps de l'apparition du fléau en Europe, ce dernier mode de contagion avait lieu , ce que certains ont prétendu). Quoi qu'il en soit, c'est sur les membranes muqueuses que le contact du virus agit le plus facilement , et , partant , le plus ordinairement : s'il peut quelquefois aussi avoir son effet par la voie de la surface cutanée, c'est uniquement en cas d'inoculation, d'entamure, d'excoriation, etc.; l'épidémie, Dieu merci, est imperméable à ce virus-là, comme à tant d'autres agens délétères, et fait office de rempart; et, là où l'épiderme a le moins d'épaisseur et de solidité, c'est-àdire dans certaines régions qui ont la peau très fine et en état de moiteur habituelle, là aussi, par conséquent, le contact prolongé d'un pus syphilitique plus ou moins acre aie plus de chances d'entraîner par voie d'érosion l'infection de l'économie. Sachons bien, d'ailleurs, que le virus réside, mais avec divers degrés d'âcreté et de puissance (D.), dans les diverses humeurs qui sont le produit de symptômes primitifs ou constitutionnels de la syphilis; chacune de ces humeurs en est un véhicule plus ou moins évident, plus ou moins actif, plus ou moins redoutable : et les effets varient selon le point par où la contagion s'opère , selon la qualité du virus, et selon les conditions particulières d'aptitude, de résistance ou d'immunité de la constitution de chaque individu. Doisje ajouter que le virus syphilitique paraît être , comme le venin des vipères, incapable de résister au pouvoir des forces digestives, et, partant, destiné à s'annihiler immédiatement dans l'intérieur de l'estomac ou de l'intestin, si tant est que, par hasard, il puisse y parvenir quelquefois? Au delà du pharynx , jamais de chancres ni autres symptômes de l'action locale du virus ; et ces symptômes-là ne recommencent à se montrer que vers l'extrémité du rectum.
I. D'ordinaire, c'est dans le coït ou dans d'autres rapprochemens érotiques, caresses licites ou débauches infâmes , que s'opère la contagion de la syphilis. Rien de plus facile à comprendre et à expliquer que l'extrême degré de fréquence des cas de syphilis dus au rapprochement des sexes. La texture délicate des parties génitales ; la finesse du tissu muqueux, et de la peau elle-même dans ces parties-là; les éraillurcs qui ne manquent guère de s'y produire par les mouvemens du coït; la fréquence même du rapprochement des sexes : voilà autant de raisons qui concourent à nous fournir une parfaite explication.
J. Mais, indépendamment des divers contacts de nature érotique, il ^e peut que, parfois , des rapports de tout autre sorte deviennent , par
malheur, une occasion de contracter la syphilis. Et, à cet égard, rappelons surtout ce qui doit nous intéresser particulièrement ; nous autres médecins; rappelons les dangers que peut eniraîner la pratique denotre art. Témoin la mort cruelle d'un de nos collègues des hôpitaux de Paris, à la mémoire duquel j'ai déjà., dans mon premier volume, payé un juste* tribut d'éloges et de regrets (5/i8. E.). Qui de nous est sûr de ne jamais se blesser, comme lui, par mégarde, avec le bistouri qui vient d'ouvrir un bubon virulent? Et, combien d'autres occasions encore! En pratiquant le toucher sur des femmes syphililiques , ou en les accouchant, n'est-il pas vrai, par exemple, que l'on court risque d'être infecté, pour peu qu'on ait au doigt, à la main, quelque excoriation ? Mais , sans aucun doute, c'est seulement en ce dernier cas qu'auront eu lieu les faits de contagion syphilitique dans la pratique obstétricale qui ont été cités par Astruc {Op. cit. , lib. II, c. 1) et par divers autres auteurs; car il nous paraît constant que la syphilis ne peut point se contracter par la peau revêtue de son épidémie (H.) « Quant à moi » disais-je, en 1837 dans ma Thèse sur l'Hygiène de l'étudiant en médecine et du médecin (pag. UO), « il m'est arrivé souvent, soit dans les visites d'hôpital , soit » surtout au bureau central, de visiter et de loucher des femmes infec- » tées ; et je ne prends pas d'autre précaution que de regarder si le » doigt dont je vais me servir est exempt de toute écorchure, ou égrati- » gnure ; sa parfaite intégrité constatée, je l'enduis ou non de cérat , je » me lave immédiatement après l'examen. »
K. Je ne crois pas hors de propos d'insister un peu sur la contagion médiate, et de signaler particulièrement quelques uns des cas les plus dignes de remarque, afin que , par ces exemples , le lecteur puisse se faire une juste et complète idée de ce mode de propagation de la syphilis. Ainsi , la science possède des exemples de contagion par l'intermédiaire des vêtemens. On raconte, entre autres faits de celte espèce, l'histoire d'une jeune fille qui contracta la syphilis pour avoir mis, dans un travestissement de carnaval, une culotte dont un homme infecté s'était servi auparavant. Pareillement, dans ceriains cas, le masque d'une personne vérolée, les draps dans lesquels celte personne a couché, voilà encore par où peut s'opérer la transmission du mal. Une pipe , une cuiller, une fourchette, un verre peut très bien aussi, par hasard, amener la même mésaventure. On a pu, assure-t-on, et rien certes de plus naturel, contracter la syphilis sur une lunette de lieux d'aisances. Sachons-le bien, le virus, pour agir, n'a pas besoin de passer immédiatement et sur l'heure de l'individu malade à l'individu sain ; il n'a pas besoin d'être une émanation toute récente et toute chaude : même au sein d'un pus refroidi , d'un pus hors de son foyer de sécrétion depuis un certain temps déjà, il n'en conserve pas moins sa puissance, et, une fois dans les conditions voulues de contact avec la peau ou une membrane muqueuse, il produit l'intoxication. Et, entre tous les cas, si nombreux
MALADIES INCONTESTABLEMENT VIIIULENTES. 359
et si divers, de cette contagion médiate, voici, pour terminer, voici assurément leplussingulier,— le plus étrange — le plus propre, en un mot, à surprendre et à dérouter l'observateur : c'est lorsqu'une femme — qui sort d'entre lesbrasd'un homme infecté, et, l'instant d'après, sans s'être bien lavée, a commerce avec un homme sain,— devient ainsi, tout en étant et en demeurant saine elle-même, l'intermédiaire par où la maladie se transmet de celui-là à celui-ci. C'est là ce que M. Ricord appelle la femme-vase, cette formule spirituelle et pittoresque sous laquelle il résume si bien le fait, depuis longtemps d'ailleurs reconnu et signalé par les syphilographes.
L. Si la salive, si la sueur, si le sperme ou le lait semblent être quelquefois coupables d'opérer la contagion de la syphilis, ce n'est pas que ces humeurs naturelles aient jamais par elles-mêmes un tel pouvoir. Mais c'est seulement lorsqu'elles charrient, lorsqu'elles contiennent dans leur sein l'humeur morbide et virulente que sécrète une inflammation ou une ulcération syphilitique. Sinon, point de contagion. Les Baisers les plus lascifs sont sans péril, pourvu qu'il n'y ail rien de virulent ni à la bouche ni à la gorge. Le nourrisson lette impunément une nourrice infectée, mais dont le mamelon est sain. Inulilede multiplier les exemples de cette sorte-là. M. Philippe Boyer nous rapporte dans son Traité, d'après le témoignage de son vénérable et illustre père, une observation dans laquelle il s'agit d'une vérole communiquée par la voie d'une morsure : — Un jeune homme eut envie, un jour, de coucher avec une fille publique; mais, glacé par la crainte de gagner du mal, il se tint coi toute la nuit; cette femme, dépitée et furieuse, le mordit au sein; et ce fut là, dans la conviction de Boyer et des autres consultans, l'origine, la seule origine possible, de la vérole qui lui survint à quelque temps de là. Si nous devons tenir pour exacte et pour vraie une semblable observation, ce que je ne prétends pas contester le moins du monde , force nous est bien d'admettre, dans la salive de cette femme, la présence de quelque humeur virulente, que pouvait y verser, par exemple, un chancre de la bouche ou de la gorge.
M. Quelques mots maintenant en ce qui concerne le plus ou moins d'importance des conditions personnelles de sexe, d'âge et de tempérament dans la statistique de la syphilis.
a. Les deux sexes fournissent-ils chacun à la maladie un contingent égal ou à peu prè>? Non, certes, tant s'en faut. Incontestablement , il y a en ce genre moins de femmes que d'hommes. Non pas que les femmes ' iint pins réfractai res à la contagion; non pas qu'elles soient moins aptes à l'infrciion constitutionnelle ; non p is, en un mot , qu'elles aient quelque immunité par le fait de leur organisation particulière : mais, tout simplement , parce qu'il y a moins de femmes (pie d'hommes qui s'exposent au danger. Toutefois, ce principe général souffre exception à l'égard de ces années de la vie qui précèdent ou qui suivent de près la
o0U PATHQL0G1U MEDICALE,
puberté ; la proportion des deux sexes est alors tout inverse; il y a plus déjeunes filles, et même de petites filles non menstruées , qui tombent en proie à la syphilis, qu'il n'y a de frais adolescens , et surtout de garçons impubères, qui se mettent dans le même cas.
6. Quant à passer en revue les différons âges , nous trouvons d'abord que l'enfance est , en général , l'âge le moins exposé aux atteintes du mal. En effet, — abstraction une fois faite des cas de syphilis constitutionnelle héréditaire, — abstraction faite des cas dans lesquels, à l'instant de la naissance, pendant l'accouchement même , l'enfant gagne le mal de sa mère, en traversant le canal vulvo-utérin souillé d'une infection plus ou moins récente, comme, aussi.de ceux dans lesquels la contagion, durant l'année d'allaitement, s'opère par les rapports de nourriceà nourrisson, — abstraction faite, dis-je, de semblables cas, et passé ces premiers temps où la syphilis peut être la suite des rapports physiologiques les plus essentiels , — il est clair que les enfans ne sont plus guère sujets à subir les chances de contagion, si ce n'est dans des lieux infâmes où la débauche n'a rien de sacré, et de la part de gens emportés par la fougue du plus monstrueux libertinage. Mais, la puberté une fois venue, le penchant mutuel qui dès lors rapproche les sexes à maintes et maintes reprises , sinon toujours suivant les lois de la morale et de la société, du moins selon le vœu même de la nature, rend par conséquent la syphilis assez commune depuis l'adolescence jusqu'à la vieillesse. Et encore la vieillesse ne met-elle pas toujours un terme aux folies amoureuses. Soit persistance réelle du sens érotique , soit concupiscence de pure imagination, bien des vieillards, ne voulant point abjurer Vénus, paient tribut à la syphilis. Toujours est-il, pourtant, qu'à cet âge la rigidité des tissus diminue beaucoup, à ce qu'il paraît, la facilité de la contagion.
y. Tous les tempéramens se montrent, sans différence appréciable, aptes à la contagion. Il est clair que le tempérament érotique (80. C>j.) est celui qui s'y expose et s'y fait prendre le plus souvent. Et, ce qui me paraît aussi une observation vraie, généralement du moins, c'est que le tempérament phlegmatique et le tempérament nerveux sont ceux où la maladie fait de plus profonds ravages et persiste avec le plus d'opiniâtreté.
N. Y a-t il des individus qui, par un privilège particulier de leur organisation, soient inaccessibles à la contagion de la syphilis? En d'autres termes, y 'a-t-il des idiosyncrasies réfractaires au virus et qui n'en ressentent rien, absolument rien? On serait d'abord tenté de le croire, en voyant, ce qui arrive bien des fois, tel homme rester sain et sauf après le coït avec une femme dont les parties sont le siège de symptômes virulens, ou bien aussi, vice versa, telle femme risquer la même aventure avec un homme vérole et s'en échapper pareillement saine et sauve. Mais combien de circonstances ne peuvent-elles pas expliquer les faits de celte sorte là, sans que nous ayons besoin d'invoquer une immunité spéci-
MALADIES INCONTESTABLEMENT VIRULENTES, 361 tique ! La courte durée du coït, son facile accomplissement sans froissemens rudes et violens, des lotions immédiates au sortir de cet acte, une couche épaisse de matière sébacée sur le gland , des flots de mucosités vaginales ou bien de sang menstruel où le pus contagieux se trouve noyé
et entraîné, etc ; voilà, par exemple, autant de circonstances grâce
auxquelles on peut fort bien échapper à la contagion. Cependant, il ne parait pas qu'il puisse y avoir personne chez qui le virus, bien et dûment inoculé , ne fasse pas naître la pustule caractéristique. Mais , ce qui , après tout, n'est pas moins certain et qu'il importe davantage encore de proclamer dans l'intérêt de la pratique, c'est que chez certains individus la syphilis, abandonnée à elle-même, n'en demeure pas moins bornée aux symptômes primitifs, ne produit absolument rien au delà , et finit par s'évanouir naturellement sans remèdes spécifiques; et cela, je ne crains pas de l'affirmer, arrive plus souvent que ne se l'imaginent la plupart des médecins. Or, que faut-il voir là? Est-ce un bonheur fortuit, dû à quelque disposition intérieure purement accidentelle et passagère? Ou bien.au contraire, est-ce une immunité essentielle et perpétuellement inhérente à l'organisation du sujet? Un tel privilège est, sans doute, une chose possible. Mais bien fou qui compterait là-rlessus, et qui, pour avoir échappé une fois au péril , se croirait sûr d'y échapper toujours?
1537. Aperçu symptomatologique. — A. Indiquons, mais très sommairement, et par voie de simple énumération, les différens symptômes de la syphilis, ou plutôt, pour parler plus exactement, les différentes affections par où se révèle et se caractérise plus ou moins clairement cette sorte d'intoxicaiion-là. Toutes affections, ou du moins pour la plupart, déjà décrites précédemment par moi-même dans divers articles de mon livre, ou dont les lecteurs pourront trouver l'histoire particulière en Pathologie chirurgicale. Et voilà pourquoi je me permettrai ici d'être si bref.
a. Voici d'abord les phénomènes primitifs, c'est-à-dire ceux qui, dus à l'action locale du virus, ont leur siège là même où la contagion s'est opérée, et par lesquels la maladie débute, sinon constamment, du moins le plus ordinairement hors de toute comparaison. Ce sont: 1" le chancre primitif, si éminemment virulent (1536. B.) ; 2° le bubon d'emblée, accident rare (1536. C); 3° la papule ou pustule muqueuse (1536. î).); 4° enfin, lablennorrhagie, qui, comme on sait, peut aussi avoir différens sièges, Blennorrhagie du gland et du prépuce, ou Blenn. bâtarde (536 et 541-4), Blenn. urétrale (532-7), Blenn. vaginale (545-8) ou métrovaginale (531.) , Métriie blennorrhagique (551. A.), Blenn. anale ou Redite blennorrhag. (458 et 480), Ophihalmie blennorrhag. (536. D.), Blenn. des lèvres et de la bouche (537. I).), etc.
ç. Les phénomènes secondaires sont ceux qui , étant dus, non plus à la première impression, à l'action locale du virus, mais bien à l'infec-
tion générale de l'économie, sont, sinon constamment , du moins en règle générale, les premiers à se manifester dans le développement de la syphilis constitutionnelle. Ce sont : 1" certains exanthèmes désignés sous le nom générique de Syphilides , et qui , en effet , avec des formes très diverses, ont tous une sorte de cachet commun qui leur est propre, et, pour ainsi dire, un véritable air de famille, exanthèmes sur lesquels nous allons revenir tout à l'heure et dire quelques mots en particulier (B.) ; 2° certaines phlegmasies muqueuses , qui , sans être aussi caractéristiques que les syphilides, n'en ont pas moins, elles aussi, une essence spécifique (286. — et 300.), et présentent généralement, dans leur aspect et dans leur allure , quelque chose de plus ou moins suspectée plus ou moins propre à trahir la nature du mal ; ce sont le plus ordinairement des phlegmasies ulcéreuses, en un mot, de vrais chancres, tels que ceux qu'on voit si souvent se développer à l'intérieur de la gorge; c'est parfois aussi, mais à titre d'accident bien moins commun, une sorte d'aridité éryihémoïde plus ou moins incommode, qui, généralisée peut-être dans toute ou presque toute l'étendue du système muqueux, se fait particulièrement remarquer comme affection des fosses nasales, de la bouche et du pharynx ; c'est quelquefois, mais plus rarement encore, par suite du coryza syphilitique (h08. F.), l'épaississement de la piluitaire , spécialement décrit par mon collaborateur (Pa^ thaï, chir., t. II, p. 679-80) ; etc., etc. ; 3° enfin, l'alopécie, l'onyxis (altération des ongles) dans ses différentes formes, la didymite chronique vulgairement désignée sous le nom de testicule vénérien, l'iritis, les petites tumeurs formées par l'induration du tissu cellulaire sous-cutané , les tumeurs musculaires si bien décrites par M. le professeur Bouisson : affections qui trahissent déjà une intoxication plus profonde et plus grave que celle simplement bornée à la surface de la peau et des membranes muqueuses, et constituent ainsi la transition entre la période secondaire et la période tertiaire de la syphilis.
y. Ce qui constitue les phénomènes tertiaires , phase extrême de la syphilis, phase ordinairement aussi opiniâtre que cruelle, c'est lorsque le mal en vient à s'attaquer aux tissus fibreux , cartilagineux et osseux.
Accidens divers de périostite et d'ostéite , c'est-à-dire douleurs os-
téocopes, périostoses, exostoses, caries, nécroses : voir, en Path. chir., l'histoire de ces affections-là, et notamment, à l'art, des Exostoses, les passages (T. II, pag. 11, \h, 15, 17, 18 et 19) «ù mon collaborateur s'est particulièrement attaché à éclairer l'histoire des exostoses syphilitiques. chancres féroces, horribles, qui ne se bornent pas seulement à ronger la peau ou la muqueuse; mais, en manière de lupus ulcéreux (388.), détruisent aussi les cartilages, les os, et peuvent ainsi anéantir un organe entier, le nez par exemple.
B. Revenons un peu, comme je l'ai promis tout à l'heure (A. 6.), sur les syphilides ou exanthèmes syphilitiques. Désordre généralement peu
grave eu soi, mais toujours ou presque toujours révélation pathognomonique, les syphilides méritent bien quelques mots à part. Non pas que je prétende en donner ici la notion complète , pour laquelle je renvoie mes Jecteurs à l'étude des monographies, et, ce qui vaudra mieux encore, à l'observation des malades. Mais au moins dois-je en signaler les traits principaux. Les syphilides nous offrent tous les genres de formes éruptives (45. D. e.). 1° Taches érythémaieuses, ordinairement eu assez grand nombre et avec une sorte de disposition régulière , sur le tronc, sur les membres, sur le visage même; c'est la syphilide érythémoïde, roséole syphilitique (312. D.) de quelques auteurs, qui naît d'ordinaire insensiblement et pour ainsi dire en silence , mais qui parfois débute orageusement, bruyamment et en manière d'exanthème fébrile, en un mot, à véritable litre d'érythème rubéoliforme (316. ,1.). 2° Plaques squameuses, disséminées ça et là (Syphilide squameuse ou Psoriasis syphilitiq.). 3U Syphilide vésiculeuse, et, quelquefois aussi , éruption de grosses phlyctèaes qui constituent un véritable rupia (395. F.). W Syphilide pustuleuse, de forme psydraciée ou de forme phlyzaciée. 5° Syphilide papuleuse. 6° Syphilide tubéreuse , qui se montre sous l'aspect de l'érythème noueux (316. K.) ou de l'érythème tubéreux (316. M.). 7° Syphilide végétante, c'est-à-dire verrues, choux-fleurs et autres végétations hétérotrophiques, ne se produisant guère, il faut le dire, que sur les confins du système cutané et du système muqueux : par exemple, au prépuce, à la marge de l'anus , aux grandes lèvres, etc. 8° Croûtes plus ou moins hideuses, par suite de pustules psydraciées ou phlyzaciées, dont elles sont le produit persistant, et, pour ainsi dire, un durable monument: forme éruptive dont l'espèce la plus remarquable, déjà signalée à propos du rupia, est la syphilide rupioïde (395. F.)'. Quoi qu'il en soit, au surplus, voici les caractères généraux qui appartiennent à ces différentes espèces d'exanthèmes syphilitiques, et en sont, à fort peu d'exceptions près, l'attribut commun: premièrement, la configuration arrondie de chaque tache, plaque, bouton ou croûte, ce qui d'ailleurs n'a rien de pathognomonique, et se voit aussi dans tant et tant d'autres exanthèmes d'une tout autre nature; secondement, la nuance particulière de la rougeur , nuance fort bien désignée sous le nom de teinte cuivrée, etqui, en fait de diagnostic, —sans cire par elle-même, et ne la vissions-nous que sur un, deux ou trois points seulement, un indice infailliblement certain , —présente pourtant une valeursignifiratne bien près de la certitude absolue; troisièmement , la disposition groupée des hoiitons, squames ou croûtes sur telle ou telle région particulière, comme I.; front nous en offre un frappant exemple dans ce qu'on appelle Cororio. Veneris (et. hormis la roséole syphilitique , la svplrlide papuleuse et la syphilide psydraciée, irois cas où l'éruption au contraire parsème toute la surface du corps, on ne voit guère d'autre exception à la règle); quatrièmement, enfin, l'absence complète de prurit, carac-
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1ère négatif très précieux (car c'est là un caractère a peu près exclusivement propre aux syphilides). Les syphilides sont d'ordinaire en compagnie d'autres symptômes de la même nature; mais, quelquefois aussi, elles existent seules et pour ainsi dire sans cortège. Le plus souvent sans comparaison , elles sont deutéropathiques, ne survenant qu'après des symptômes d'infection purement locale, soit existans encore, soit disparus depuis plus ou moins longtemps , depuis quelques semaines , quelques mois, ou quelques années. Parfois, mais très rarement, elles sont la première manifestation du mal, et constituent l'une des formes de la syphilis d'emblée (1536. G ): et d'ordinaire, en pareil cas, elles éclatent avec le caractère d'exanthème aigu.
C. Les accidens d'infection constitutionnelle, communément dits accidens secondaires ou tertiaires (A. S. y.), peuvent quelquefois se développer sans avoir été aucunement précédés de symptômes dus à l'action locale du virus. Voilà la syphilis d'emblée, à l'appui de laquelle je dois , moi aussi, apporter mon témoignage. C'est une exception à la règle, — excepiion rarissime, tant qu'on voudra, — mais exception très réelle (1536. G. — 1537. B.).
D. Bien des fois, au contraire, comme les considérations étiologiques l'ont déjà fait entrevoir , tout se borne aux accidens d'infection locale. Les chancres même peuvent se montrer sans être suivis d'infectiou constitutionnelle, fussent-ils négligés, et, pour ainsi dire, abandonnés à eux-mêmes. Même en l'absence d'une médicamentaiion spécifique , la nature seule peut empêcher les développemens ultérieurs de l'intoxication. Elle y réussit assez souvent, beaucoup plus souvent que ne le pense Je commun des médecins.
E. En général, c'est dans un laps de six semaines à six mois après les rapports contagieux que la syphilis constitutionnelle se déclare; qu'elle fait ses premières manifestations. Voilà ce que les hommes les plus compétens s'accordent à reconnaître aujourd'hui : voilà ce que je tiens pour vrai d'après mes propres appréciations. Sans doute, dans quelques cas, l'incubation de la maladie peut dépasser le temps ordinaire, le délai peut aller au delà du semestre; car la marche des phénomènes du corps vivant ne se montre jamais assujettie à une formule mathématique , à un chiffre précis et rigoureux. Un an, même; deux ans peut-être : passe encore. Mais admettre, avec certains auteurs, que le virus puisse sommeiller dix ans, vingt ans, chez l'individu contaminé, et que la maladie ne fasse explosion qu'à une si énorme distance de l'époque de contagion : en vérité, cela n'est guère plausible; cela est dur à croire. Une telle théorie se trouve, au surplus, fort commode pour cacher les péchés des libertins relaps. Le praticien, pour la paix des ménages , ne se fera pas scrupule d'y donner son assentiment avec tous les semblans d'une foi robuste : mais la science fait ses réserves, et n'enregistre cette théorie-là que sous bénéfice d'inventaire.
MALADIES 4XC0NTESTA l\ L KUENT VIKULKM'LS. 365
F. La syphilis constitutionnelle, une fois déclarée , est une maladie chronique par excellence. Abandonnée à elle-même , ce n'est pas par mois, mais par années, qu'elle compte sa durée ; et parfois aussi, mais par bonheur c'est rare, il en est de même malgré l'intervention des meilleurs remèdes. Que de caprices dans sa marche ! Que de rémissions et de recrudescences tour à tour ! Que de métamorphoses ! Quelle succession variée de symptômes, qui apparaissent, disparaissent, reparaissent et alternent entre eux! Que d'entr'actes, même, pendant lesquels aucun symptôme u'exisie et la vie semble refleurir ! Quelquefois , enfin , c'est uneguérison radicale et solide qui survient, chose vraiment merveilleuse et presque incroyable, par la seule puissance de la nature médicalrice, sans l'aide d'aucuns moyens pharmaceutiques, après que la maladie a résisté de longues années a la médecine la plus active.
G. Si, dans le plus grand nombre des cas, la syphilis guérit soit naturellement, soit par les secours de l'art, il est des cas malheureux où elle amène la mort, tantôt par un excès d'intensité accidentelle de quelqu'une des lésions locales qui en sont le symptôme, soit par les progrès de l'épuisement général, ou, en d'autres termes, par l'état d'asthénie et de marasme où le malade finit par tomber à la longue ( Cachexie syphilitique).
1538. Curation. — A. Traitement mercitriel (Hydrargyrose) : c'est la médicamentation antisyphilitique par excellence (132. B. S.), celle que l'on doit toujours , en cas de syphilis constitutionnelle, meitre tout de suite en œuvre, et qui réussit généralement, — j'allais dire , dix-neuf fois sur vingt pour le moins, — ■ à opérer une guérison complète et radicale.
a. Mais , d'abord , combien n'y a-t-il pas de manières différentes d'administrer le mm^cure, entre lesquelles le choix du praticien peut se décider presque indifféremment et avec égale chance de succès ! Chaque siècle , à cet égard , a eu ses préférences : chaque pays, chaque école , chaque médecin a les siennes. — Frictions avec une pommade mercurielle, telle que l'onguent gris ou l'onguent napolitain : méthode dont le règne a duré si longtemps, malgré sa malpropreté, et malgré ses chances excessives de salivation; méthode enfin justement détrônée et fort peu employée en France, mais que je retrouvai encore dominante à Naples (elle était, à quelques exceptions près, exceptions en faveur des cas rebelles, la règle commune de traitement pour les vénériens du grand hôpital degl'inatrabili, avec ceci de particulier que les frictions n'étaient faites qu'à la plante des pieds seulement, mais tour à tour, de deux jours l'un, à droite et à gauche , et que les infirmiers eux-mêmes étaient chargés de les faire). — Usage intérieur de diverses préparations mercurielles , dont voici seulement quelques-unes entre tant et tant d'autres ( car je ne saurais tout citer). 1° Mercure métallique éteint, soit dans un sirop Merc. 30 grarnm. , — Gomm. arab. 100 gramm., — Sirop d'extrait
366 PATHOLOGIE MÉDICALfc.
d'op. U5 grammes. — Dose : depuis une cuillerée à café jusqu'à une et même deux cuillerées à bouche, progressivement), soit dans l'axonge (pilule? de Sédillot , pil. de Biett, pil. de Ugneau , pH. bleues, etc.). 2" Chlorure mercurique (bichloruro, ou druto- chlorure; vulgairement sublimé corrosif): soit dans le sirop de salsepareille composé, dit sirop de Cuisinier {Codex, n° 450), ou dans tout autre sirop; soit on solution dans l'eau distillée ( liqueur de Van Swieten. — Codex, n° 69); soit sous forme de pilules, avec ou sans extrait d'opium comme adjuvant et correctif. 3° Proio-iodure etbi-iodurc : celui-ci soluble dans l'alcool, et proposé par M. [\Jagendie pour base d'une liqueur analogue à celle de Van Swieten ; celui-là, insoluble, administré en pilules, et devenu aujourd'hui un remède fort à ia mode de par M. Ricord. 4" Deuto-nitrate : base du sirop de Belet, sirop célèbre autrefois, mais depuis longtemps hors de mode, ce qu'on ne regrette guère en sachant combien la composition de ce sirop était peu stable, et comment la combinaison du mercure s'y défaisait petit à petit. 5° Proto-acétate (terre foliée mercurielle) : base des fameuses dragées de Keyser, qui eurent pour prôneur le spirituel Linguet (1532.). 6° Cyanure: mis en usage par Chaussier. 7° Proto-tartrate de mercure et de potasse : préconisé par certains auteurs comme un antisyphilitique très doux, merveilleusement innocent pour l'estomac , et des moins propres à causer la salivation ; serait-il donc digne d'obtenir, en fait de syphilis, la vogue que son analogue, le tartrate ferrico-potassique , obtient en fait de chlorose et d'anémie? — Nos lecteurs, j'imagine, seront bien aises de savoir, et, quant à moi, je me crois obligé à leur dire quel est mon médicament de prédilection. Ce sont les pilules de bichlorure uni à l'extrait d'opium. Je dois rendre ici témoignage à un médicament que j'ai d'abord adopté d'après l'exemple de mon illustre maîire Dupuyiren (et c'était là sans doute une assez bonne mison). Aujourd'hui, fort de ma propre expérience, je le proclame pour excellent avec la plus ferme conviction. Rarement l'ai-je vu échouer, et ne pas accomplir les promesses par moi faites aux malades. Et déjà je ne compte plus les cures que, par lui, j'ai opérées soit dans ma pratique d'hôpital, soit, ce qui est plus péremploire encore, dans ma pratique en ville, où la solidité des cures se constate beaucoup mieux. Voici donc ma formule, ou, pour mieux dire , celle des pilules Dupuyiren, que j'ai seulement modiliée un tant soit peu, la conformant au nouveau système métrique, et l'y traduisant en nombres ronds :
if. Birhlorure de mercure 1 gramme.
Elirait gommeiix d'opium 2 ou 4 grammes (')
Extrait de gaXac 10 grammes.
F. S. A. 200 pilules (2).
T. Deux pilules par jour : — une le matin, et une le soir (3).
& Il faut, en cas d'insuccès d'un premier traitement par le mercure, avoir recours à une autre manière d'administrer cet héroïque métal. Or, il peut y avoir deux casdifférens d'insuccès : 1° résistance opiniâtre de la maladie, qui ne cède que peu ou point à un traitement méihodique et prolongé ; 2° guérison purement apparente, ou, si l'on aime mieux, purement temporaire, la maladie renaissant d'elle-même plus ou moins vile et sévissant de plus belle. Dans l'un et l'autre cas , le recours à un autre mode de préparation et d'administration du mercure est un expédient fort souvent couronné de succès. Au lieu du bichlorure en pilules, on administrera, par exemple, le même sel en solution (liqueur de Van Swieten). Au lieu de ce sel-là, le proto-iodure ou quelque autre sel mercuriel. Au lieu du mercure à l'intérieur, les frictions. Si, en pareille circonstance, le mercure est d'abord demeuré impuissant pour retrouver, sous une autre forme , toute sa vertu nosocraliquc , c'est là un de ces faiis exceptionnels dont l'explication gît sous la formule mystérieuse , mais pourtant très scientifique, de l'idiosyncrasie.
y. Le concours d'une médication sudorifique, ou tout au moins diaphonique (132- G. £.), est ici une chose, non pas indispensable, mais fort avantageuse. Dans mon opinion, cela contribue beaucoup à favoriser l'élimination du mercure parla voie de l'exhalation cutanée, et à prévenir la salivation. Aussi ai-je pour règle de prescrire trois bains de vapeur, particulièrement en cas de douleurs ostéocopes invétérées et opiniâtres.
§. La salivation n'est pas, comme on se l'imaginait autrefois, une condition nécessaire pour la curation complète du mal. Sans elle, on guérit très bien. Elle n'a point par elle-même d'influence cui ative; elle n'est qu'un inconvénient, un des mauvais côtés de l'hydrargyrose. Loin de la provoquer, loin de la pousser, on doit faire en sorte de la prévenir et de la modérer. Au besoin , il faut suspendre pour quelque temps l'emploi du mercure. Cependant, en certains cas, il est bon de
(») C'est particulièrement en cas de douleurs ostéocopes très vives, ou bien en cas d'excessive irritabilité de l'estomac que je double la dose ordinairede l'opium.
[2, C'est là, en règle générale, selon moi du moins, le nombre voulu pour un traitement complet et sur lequel on puisse fonder la légitime promesse d'une guérison radicale et irrévocable.
(3j Pour les personnes dont l'estomac est très irritable, ou qui se montrent très disposées à la stomatite mercurielle , jé réduis le traitement à une seule pilule par jour, mais à condition d'en doubler la durée par la consommation de» deux cents pilules.
âfifi PATH0L0C1F. MÉDICALE.
voir naître un commencement de salivation : c'est lorsque nous avons affaire à une vérole invétérée et rebelle; c'est pour nous convaincre décidément que l'économie a bien subi l'action du mercure , que nous n'avons plus à compter sur cet agent, et que nous sommes dans la nécessité de recourir à d'autres moyens thérapeutiques.
s. La durée du traitement doit être, en règle ordinaire , d'environ trois mois: cent jours, par exemple, avec nos pilules de bichlorure , à raison de deux pilules par jour («.). Si, par hasard , les symptômes cèdent au bout d'une ou deux semaines , ne vous fiez pas à cette rapide apparence de guérison, ne laissez pas là le mercure. Car, après un traitement sitôt interrompu, il y a tout à parier que la maladie n'est refoulée que momentanément, qu'elle fera explosion de nouveau, et sera d'autant plus rebelle à la médecine ; c'est un feu mal éteint, qui couve en silence pour éclater tôt ou tard et devenir un incendie plus fort qu'auparavant. Que defoisn'ai-je pas vu cela! Tant il y a de malades qui ne tiennent pas compte de nos avis à cet égard, et se hâtent, soit pure insouciance, soit sotte incrédulité, de secouer le joug de l'art ! Et c'est surtout par suite de ces traitemens incomplets, — et pour avoir ainsi pris, quitté, repris le mercure selon la présence même , l'évanouissement ou le retour des symptômes, — qu'on voit la syphilisne plus céder àl'hydrargyrose, s'invétérer opiniâtrement et devenir irrémédiable. Quant aux cas dans lesquels la maladie , tout en cédant au mercure , ne cède que lentement et veut pour l'évanouissement complet de ses symptômes les trois mois tout eutiers ou même davantage , quelle règle se faire alors? Dupuytren posait et suivait le précepte que voici : c'est de continuer l'usage du mercure encore autant de temps qu'il en aura fallu pour faire évanouir tous les symptômes. Assurément, ce précepte-là n'est pas susceptible d'une démonstration rigoureuse. Mais, n'en déplaise aux ergoteurs, je me fais un devoir de le suivre , en général du moins. Je n'y déroge que lorsque l'économie animale se montre sursaturée de mercure et à bout de tolérance. Mais c'est là une nécessité assez rare, pourvu que l'on conduise le traitement avec toute la prudence voulue. Combien n'y a-t-il pas de malades, effectivement, que j'ai soumis à une hydrargyrose de six mois et même davantage, sans salivation, sans accident d'aucune sorte, mais en ne leur donnant chaquejour qu'une dose minime ! Un demi-centigramme de bichlorure, par exemple, ou même, au besoin, moins encore.
Ç. Dernière question : Faut-il dès les accidens primitifs mettre en usage le mercure? — Tout au plus en cas de chancres ou bien de pustules muqueuses, jamais pour d'antres accidens : voilà ma réponse, et c'est une conviction profonde qui la dicte. Quoi de moins raisonnable , en effet, que de subir les ennuis, les inconvéniens , et, il faut bien le dire , les divers risques d'un traitement mercuricl , pour des accidens qui guérissent fort bien sans cela et à la suite desquels l'éventualité de l'infection constitutionnelle n'est qu'une chance très douteuse, très im-
MALADIES INCON TEST ABLEMEN T VIRULENTES.
probable, très rare, — c» un mot, si rare qu'on a pu la nier? Quant aux chancres et aux pustules muqueuses , c'est fort différent : si la syphilis constitutionnelle n'eu est pas une suite infaillible , toujours est-il du moins que c'est là la chance ordinaire. Nous ne nous étonnerons donc pas que certains paihologistes , dans le but de prévenir cette sinistre chance, veuillent indistinctement ici pour tous les cas le traitement mercuriel , et en fassent un précepte absolu et sans exception. Dans notre pratique, même , nous ne refuserons pas le mercure à ceux qui le réclament pour leur entière sécurité ; qui ne consentent point à vivre un an daus l'attente de la mauvaise chance, quoique de jour en jour décroissante; qui demeurent en proie à d'affreuses angoisses, comme si c'était là une épée de Damoclès, et veulent , coûte que coûte, en finir avec leur anxiété. Mais, après tout, je dois le déclarer, mes libres préférences ne sont pas pour celte thérapeutique-là, pour cette philosophielà , ou plutôt ce manque de philosophie. L'hydrargyrose n'est pas une petite affaire : car, sachous-le bien, il la faut toujours complète et d'une bonne durée, pour qu'elle soit véritablement un préservatif efficace ; en un mot, il faut tout ou rien. Cela vaut , à mon sens , la peine qu'on attende les premiers signes, mais les signes certains de réalisation de l'infection constitutionnelle. Voici donc la conduite que je tiens pour la meilleure, pour la plus raisonnable , à l'endroit des chancres et des pustules muqueuses: 1° recourir tout d'abord à la cautérisation par la pierre infernale, méthode abortive qui, particulièrement en cas de chancres et surtout à leur début, nous paraît avoir un puissant rôle pour couper court à l'intoxication syphilitique ; 2° se borner, pendant un certain temps, quatre à cinq semaines au moins, à un traitement local qui sera, selon les circonstances, et, au besoin, tour à tour émollient, antiphlogislique, astringent , hétérophlegmasique et même cathérélique ; 3° ne venir à l'hydrargyrose qu'autant que les chancres et les pustules muqueuses persisteront trop longtemps sans amendement, ou même iront s'aggravant de jour en jour.
B. Médication dépurante (\UU-5) : ressource contre les cas qui ont été rebelles au mercure, et à laquelle il ne faut avoir recours qu'après l'emploi infructueux, quoique méthodique, de ce métal, et la conviction bien et dûment acquise de son impuissance chez l'individu donné. Entre les divers et nombreux moyens qui peuvent être tentés à titre de médication dépurante, je me bornerai à rappeler ceux qui eurent autrefoisou ont aujourd'hui le plus de vogue, et qui comptent le plus de succès.
*. La médical 'ion sudori figue. Mais à condition qu'elle soit autre chose qu'un vain nom , et qu'elle fasse réellement suer. En un mot , nous la voulons telle que la voulaient et la préconisaient les syphilographes du XVIe siècle, les Fracastor, les Ulrich de ïlulten, etc. D'abondantes sueurs chaque jour , pendant un mois de suite: voilà certes de quoi modifier profondément l'économie animale, de quoi la purifier, la métaïuorphoiii. 2Zl
ser et la guérir. Mais, de la manière dont aujourd'hui on a coutume d'administrer les prétendus bois sudorifiques(gaïac, saisi-pareille, squine et sassafras) soit en sirops, soit en tisanes, sans provoquer le moins du monde les sueurs, je ne vois guère, en vérité, quelle influence ils peuvent exercer ; et je crains fort que cela n'équivaille à zéro. Mieux vaudrait avoir recours à l'emploi répété des bains de vapeur.
g. La diète sèche. Proscription complète des alimens ordinaires. Ni pain, ni viande, ni œufs, ni légumes. Chère strictement réduite à la galette—et à ces fruits vulgairement désignés sous le nomdeQuatremendians, noix ou noisettes, amandes, figues et raisins secs. Pas de vin ni autres boissons alcooliques. Rien que de l'eau pure, et aussi peu que possible, tout juste ce qu'il faut pour ne pas périr de soif. Ce régime de rigoureuse mortification, véritable carême thérapeutique, doit durer de trente à cinquante jours. — Qu'à la diète sèche l'on joigne l'emploi des pilules de bichlorure , et chaque jour un ou deux litres d'une tisane préparée avec les bois prétendus sudorifiques : c'est là un système de traitement depuis longtemps en usage à Marseille , par tradition , sous le nom de traitement arabique. L'efficacité de ce traiiement dans les cas invétérés et rebelles a été, de nos jours enfin, proclamée par la voix de la presse médicale, grâce aux observations qu'ont faites et qu'ont publiées deux habiles médecins, M. Payan d'Aix {Journ. des conn. médicochir. , décembre 18Û5) et M. Rislelhueber, de Strasbourg (même journ. , janvier 1M6).
y. L'iodure de potassium. A la close de 1 ou 2 grammes par jour, le .plus ordinairement : mais quelquefois aussi, de U et même 8 grammes. Soit dans l'eau simple pour véhicule, soit, comme on a généralement coutume de le faire, dans quelque tisane amère, comme celle de saponaire par exemple, durant un ou deux mois. — Voilà une médication dépurante des plus efficaces dans les cas rebelles, et surtout des plus puissantes contre les accidens tertiaires. Le zèle que M. Ricord a mis à la préconiser, à la vulgariser, est certes un grand service rendu à l'art et à l'humanité. Mon collaborateur, lui aussi, fuit de son expérience , a déjà rendu, à l'endroit des exostoses syphilitiques (Pat/i. ckir., ch. XX, art. xxtv. — T. II, p. 18-9), témoignage de la grande efficacité que possède l'iodure de potassium pour combattre ces accidens-là, pour en apaiser les douleurs en fort peu de jours, et pour en opérer, si cela se peut encore, la résolution. Je ne veux pas manquer, moi non plus, à déclarer (c'est un devoir) que j'ai mis à profil clans ma pratique , soit à l'hôpital, soit en ville, la médicamentation iodique et que j'en ai obtenu de très beaux succès. Mais de quoi n'abusc-t-on pas? Et c'est , à mes yeux, un abus funeste, une erreur déplorable, que de préférerabsolument , comme le font certains médecins , cette médicameniation à l'hydrargyrose ; que de lui donner toujours le pas sur celle-ci , et, en un mot, de l'adopter, non pas, comme nous le recommandons ici, à titre
d'exception pour les cas rebelles au mercure, mais à titre de règle. Car, en agissant ainsi, on opère moins souvent, je ne crains pas de l'affirmer, la cure radicale qu'en recourant de prime abord au métal spécifique : dans un plus grand nombre de cas, sans comparaison, on voit après une guérison apparente le mal repulluler de plus belle tôt ou tard.
S. La médicamentation arsenicale. Acide arsénieux en nature, soit sous forme de pilules, soit dans un véhicule aqueux; solution de Pearson, solution de Fowler , tisane de Feltz, etc. : voilà autant de remèdes qui ont souvent fait preuve d'une heureuse efficacité dans les cas invétérés et réfraclaires. Que d'observations de ce genre ne lit-on pas dans les fastes de l'art ! Et pour mon compte, j'ai, moi aussi, autrefois employé, dans quelques cas, l'acide arsénieux, à la dose de 1 centigramme par jour, dans un litre de tisane ; et j'en ai obtenu de très beaux succès. Depuis l'iodure de potassium, je n'ai pas encore eu besoin de recourir de nouveau à l'arsenic : ce n'est pas à dire , pourtant ; que j'aie renoncé à tirer encore parti, s'il le fallait, de ce terrible maispuissant modificateur.
C. Traitement particulier des formes symptomatiques que présente le cas donné : cela va sans dire , indépendamment du irailenieni général, ou, si l'on veut, étiologique (A. B.) , destiné à détruire la cause même du mal , à guérir radicalement l'intoxication , à purifier l'économie. Mais je ne saurais entrer ici dans le détail infini des indications et des moyens thérapeutiques qui concernent cette seconde partie du traitement, le traitement que nous pouvons nommer symptomatique. Je m'en rapporte à la sagacité de nos lecteurs pour retrouver , au besoin , tout ce qui a été déjà dit ou tout ce qui sera dit en ce genre dans le cours de l'œuvre commune que M. Nélaton et moi avons entreprise et que, s'il plaît à Dieu , nous mènerons à fin. Voir, par exemple, en Nosogr. organique le traitement de la blennorrhagie urétrale, etc.. Voir surtout, en Pàth. chir., le traitement des ulcères (ch. VII, art. ir. — - T. Ier, p. 317 et suiv.).
1539. Quelques mots concernant la prophylactique. — Que la morale lance ses foudres contre le libertinage; qu'elle dise analhème aux amours vulgivagues et immondes; qu'elle inspire à l'homme la résolulion , et qu'elle lui donne la force de fuir ces rapprochemens illicites qui sont , il faut bien le dire, la source la plus ordinaire de contagion syphilitique. Rien de mieux, assurément. Nous applaudissons de grand cœur. Et, après tout, au point de vue médical, c'est là de la prophylactique , et de la meilleure même. La pathologie vient même ici prêter main forte à la morale, en déroulant le hideux tableau des souffrances et des dangers qu'entraîne la syphilis. Mais enfin, la chair est faible; et il y aura toujours bien des gens qui, dans la fougue brutale de leurs passions, oublieront toute prudence ; il y en aura toujours qui succomberont à la tentation. Est-ce à dire que l'hygiène publique ne doive pas veiller pour eux? Est-ce à dire que, le péché une fois accompli , le pécheur
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n'ait pas droit de tâcher à en prévenir les suites physiques ? C'est là ce que prétend un rigorisme peu philosophique, et, je pourrais même dire, peu chrétien. A tout péché miséricorde : et voilà pourquoi nous donnons place aux considérations qui vont suivre.
A. Si tous les individus syphilitiques pouvaient être mis en charte privée et réduits à une complète abstinence du commerce sexuel, nous serions en droit d'espérer que l'immonde maladie dût enfin disparaître d'ici-bas: caril ne paraît pas qu'elle puisse aujourd'hui se produire autrement que par contagion. Mais, hélas ! la séquestration de tous les malades est chose tout à fait impossible; c'est un vain rêve, une utopie irréalisable. Hors du cercle où la prostitution a une sorte d'existence légale par la tolérance et sous la surveillance de la police , comment l'autorité pourrait-elle connaître les malades, comment les atteindre , comment les rendre justiciables d'une sorte d'inquisition sanitaire? Fussent-ils menacés de peines sévères , imagine-t-on qu'ils iraient se dénoncer eux-mêmes, se constituer d'eux-mêmes en état de captivité, tandis qu'on voit journellement bon nombre d'entre eux être assez fous ou assez médians pour ne pas se faire une loi de la continence et pour communiquer leur mal à autrui? L'histoire ne nous montre-t-elle pas que ni le fouet, ni même la harl ne firent point obstacle jadis à la propagation de la syphilis? Mais enfin, c'est déjà un grand point, une très utile mesure d'hygiène publique, que de réglementer la prostitution, et de n'accorder aux femmes le bénéfice de la tolérance administrative que sous la condition d'être soumises à la visite et d'être séquestrées en cas de maladie. Une police éclairée et sage ne manquera jamais à un semblable devoir. Inutile de dire que la visite des prostituées doit se faire à l'aide du spéculum et avec l'attention la plus minutieuse ; et, pour devenir une institution sanitaire qui ait toute l'utilité désirable et atteigne à très peu près son but idéal, il faut qu'elle se fusse fréquemment, à de courts intervalles, à de plus courts intervalles que ne l'ordonne le Dispensaire de Paris. Deux fois par semaine, ce ne serait pas encore trop. Parmi les auteurs qui ont écrit touchant la prostitution envisagée au point de vue de l'hygiène publique et de la police médicale, en un mot, louchant ce que certains d'entre eux ont nommé la pornographie, il y en a qui ont émis l'idée d'obliger les hommes à ce qu'ils se fissent visiter par des inspecteurs ad hoc, avant qu'on les laissât entrer dans une sorte de harem , qui , dans les villes imaginaires de ces utopistes , devrait être l'asile exclusivement réservé à la libre promiscuité des sexes. Mais quoi de plus impraticable? quoi de plus fantastique, en vérité? Je le répète, l'Autorité peut et doit surveiller la santé des prostituées. Mais, qu'elle prétende à un droit d'inspection sur les hommes qui, par péché d'habitude ou dans un moment de faiblesse, usent de ces femmes -là, c'est malheureusement impossible : je ne ferai pas à nos lecteurs l'injure de leur démontrer pourquoi. Toutefois ce qui ne peut se faire par mesure de police, c'est
à ces femmes-là de le faite elles-mêmes clans l'intérêt de leur propre personne : qu'elles aient soin de repousser l'homme atteint de symptômes contagieux ou suspects, elles s'en trouveront bien, et le public aussi. Qu'elles sachent bien encore que ce n'est pas seulement leur devoir, mais leur intérêt , de s'imposer la règle d'une extrême propreté après le coït : toutes les fois qu'elles viennent de se livrer à leur infâme métier, la prudence exige sur-le-champ des lotions et même des injections ; en un mot, après chaque sacrifice, il faut une ablution.
B Pour celui qui va s'aventurer dans un coït suspect ou peu sûr, il importe avant tout de n'avoir aux parties génitales aucune déchirure, ni aucune érosion, ni, en un mot, aucune solution de continuité. Une entière propreté de ces parties n'est pas , à l'instant même du coït , une condition prophylactique: bien au contraire; car précisément, par exemple, un enduit de matière sébacée peut fort bien protéger le tissu vivant contre le virus, et faire en quelque sorte office de cuirasse. Mais, ce qui est une heureuse condition d'inaptitude à la contagion, c'est la fermeté que les tissus ont acquise par suite d'un long usage de lotions astringentes (avec l'acétate de plomb, par exemple, ou bien avec l'alun, le tannin, le vin, etc.).' Plus le coït est prompt à s'accomplir, prompt a opérer l'éjaculation du sperme, moins il y a de chances pour la contagion. Dois-je ici reparler de l'enveloppe défensive que fournit l'appendice cœcal du mouton, mais qui, au point de vue moral, est un sujet de grave controverse (537. E.)? D'ailleurs, enfin, après l'accomplissement même du coït imprudent, la prophylactique n'est pas encore au dépourvu : l'immédiate émission des urines, les lotions faites sur-le-champ et avec soin dans tous les plis et replis des parties, et la cautérisation résolument pratiquée dès la moindre apparence d'une solution de continuité, voilà encore trois expédions reconnus pour être propres à servir de sauvegarde. A diverses époques, on a vanté, pour la toilette des parties génitales après le coït, certaines recettes soi-disant préservatives et soi-disant infaillibles, eaux, onguens, savons ou autres préparations, qui n'ont pourtant pas réussi, soit injuste indifférence du public, soit réelle inefficacité de leur part , à demeurer en crédit. Il y a quelques années, encore, un médecin de Saint-Pétersbourg a proposé, à titre de semblable préservatif, un savon niercuriel, avec lequel quarante-deux expériences probantes, ou du moins censées telles, ont été faites sous les yeux d'une commission ( Voir le Journ. des conn. médico-chir. , mai 1844); et puis, cependant, on n'a plus parlé de ce savon: en vérité, on ne sait ce qu'il en faut penser.
C. Quel douloureux scandale, à la grande honte de l'humanité, que le malheur de ces pauvres petits êtres innocens qui reçoivent l'immonde poison avant de naître ou en naissant, — c'est-à-dire tantôt à l'instant même delà conception ou durant le roursde la grossesse, — tantôt seulement dans les heures de IVeouchement ! Quoi d« plus déplorable, en un
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mot , que la syphilis des nouveau-nés! Que les parens sont coupables s'ils causent ce mal sciemment! Analhème et malécliciion sur un tel excès d'immoralité! Que ne pouvons-nous, hélas' faire disparaître de la liste des misères humaines une si infâme misère? Ce souhait de la philanthropie rentre en quelque sorte dans le ressort de la prophylactique. Plût à Dieu, d'abord, que tous les individus qui se savent malades eussent assez d'empire sur eux-mêmes pour s'interdire la procréai ion. Mais, puisque nous ne pouvons point raisonnablement espérer qu'il en soit jamais ainsi , puisque , au contraire , nous sommes bien sûrs , par exemple, de rencontrer de temps à aulre, dans la pratique, des femmes grosses atteintes de syphilis , sachons donc bien, et redisons-nous cent fois que la grossesse ne doit jamais être considérée comme une contreindication à l'emploi du mercure. Tant s'en faut, assurément. On doit, en pareil cas, combattre la maladie au plus vite et par les meilleurs remèdes, coûte que coûte; c'est le double intérêt de la mère et de l'enfant; c'est le moyen de prévenir ces avortemens qui surviennent si fréquemment sous l'influence de la syphilis constitutionnelle , et qui en sont même, quelquefois, le seul accident, ou du moins l'accident le plus apparent et le plus grave, pendant un certain nombre d'années. Est-on appelé pour accoucher une femme dont les parties présentent des phénomènes de syphilis primitive plus ou moins récente : il faut avoir bien soin de faire en sorte que l'enfant, jusque-là resté sain sans doute, ne subisse pas la contagion dans son pass;ige plus ou moins lent à travers le vagin et la vulve; il faut, à l'aide de lotions cl d'injections astringentes ou cathérétiques, nettoyer les parties, entraîner les humeurs virulentes, et dénaturer, momentanément du moins, les sécrétions morbides; au besoin même, il faut cautériser avec la pierre infernale les pustules muqueuses et les chancres.
ARTICLE V