MORVE
(Auteurs modernes de médecine vétérinaire. — De Morbus , et, en latin corrompu, Morba: comme qui dirait par excellence la maladie des chevaux).
15/i9. Bibliographie. — PUBLIUS Vegetius (Végèce le vétérinaire, auteur indubitablement postérieur au stratographe Flavius Végèce, et que les érudits inscrivent dans le vc ou VIe siècle de notre ère). (Artis veterinariœ sive Mulomedicinœ libri IV). — Dans le livre Ier, depuis le chap. II jusqu'au chap. IX inclusivement, la morve se trouve évidemment signalée sous le nom de Morbus maliens, et signalée comme une maladie de date antique (chap. II). L'auteur en distingue, il est vrai, sept espèces, dont quelques-unes ne sont peut-être pas bien légitimes et méritent d'être rejetées par des cri. tiques sévères. Mais ne pas reconnaître la morve clans le chap. III, ni le farcin dans le chap. VII, ne pas voir la vérité dans l'ensemble du passage malgré quelques détails contestables, ce serait, ma foi, fermer les yeux à la clarté du jour en plein midi. Ainsi tombe, devant l'antiquité authentique de la morve, l'idée dernièrement venue à l'ingénieuse imagination de M. Ricord, et publiée à la légère par lui {Union médicale, 6 juin 1850), l'idée de considérer cette maladie comme moderne, comme ayant paru en Europe sur la fin du XVe siècle, s'étant transmise de l'espèce chevaline aux hommes, et s'étant transformée en syphilis dans notre espèce.
Elliotson. On the glanders in the human subject. ( Dans Medicochirurgical transactions, vol. XVI). — Voir l'analyse de ce travail dans la Gaz. méd. , année 1833, n° 2.
Rayer. — Dans le Tr. théor. etprat. des mal. de la peau (292). — T. II, p. 923-8, Morve.
— De la Morve et du farcin chez l'homme. Paris, 1837, in-4°. Avecfig. color. — Et dans les Mém. de l'Ac.roy. de méd., t. VI.)
Vigla. De la Morve aiguë chez l'homme. Th. inaug. Paris, 1839, in-Zi°.
Leblanc. Des diverses espèces de morve et de farcin , considérées comme des formes variées d'une même affection générale contagieuse. Paris, 1839, in-8°.
— Recherches expérimentales et comparatives sur les effets de l 'inoculation, ou cheval et à l'âne, du pus et du mucus morveux et d'humeurs morbides d'autre nature. Paris, 1839, in-8".
Nonat, Bouley et Deville. Recherches sur la morve aiguë. ( Dans la Revue, octobre 1839).— C'est, pour parler exactement, un rapport (très savamment composé) sur les observations et les expé-
riences de mes honorables et savons collègues des hôpitaux , MM. Nonat et Bouley.
ALF. Becquerel. Histoire d'un cas de morve aiguë chez l'homme: recueillie dans le service de M. Andral. ( Dans Gaz. méd., année 1839, n° 7).
Gibert. Observation de morve aiguë chez l'homme, (Dans la Rev. méd., nov. 1840.) — Chez un charretier qui soigna des chevaux morveux, et coucha dans leur écurie. A partir de janvier 1840 , sorte de farcin chronique et larvé sous la forme d'abcès et d'ulcération fistuleuse d'une apparence scrofuleuse. En octobre, symptômes de morve aiguë ; mort au bout de dix jours. Cas vu et constaté par M. Rayer et M. Huzard. Pièces anatomiques présentées à l'Acad. de méd., le 20 octobre.
MONNERET et Fleury. — [Compend. , t. VI, pag. 102-40). — Article Morve.
AUG. Bérard. — {Bull, de l'Acad., séance du 16 nov. 1840.) — Communique une observation qui est le premier exemple authentique de contagion de. la morve de l'homme à l'homme. Un étudiant, chargé de panser un palefrenier morveux, contracta la morve aiguë, et cela sans avoir eu, assure- t-on, d'écorchures aux doigts, sans s'être piqué à l'autopsie, sans jamais avoir manqué à se laver les mains après chaque pansement. Est-ce à dire que la contagion s'était opérée par voie d'infection miasmatique?
Tardieu. De la morve et du farcin chroniques chez l'homme et chez les solipèdes. — Th. inaug. Paris, 1843, in-4°. — Bonne analyse de cette thèse dans la Gaz. méd., année 1844, n° 9.
LANDOLZY. Observation de morve aiguë communiquée du cheval à l'homme par morsure. (Dans Gaz. méd., année 1844, n° 29.)
Duclos. Observation de morve aiguë. ( Dans le Journal de médecine de M. Trousseau, juillet 1846.) — Observation très intéressante en ce que la contagion paraît s'être opérée médiatement par suite du maniement des crins provenant des abattoirs. La malheureuse femme, matelassière de profession, qui fait le sujet de cette observation, n'avait eu aucune espèce de rapports directs, ni avec des chevaux morveux ni avec aucun homme atteint d'un mal semblable.
PlDOUX. Réflexions pratiques sur les douleurs prodromiques de la morve. Pour servir de complément à l'observation précédente de M. Duclos. (Ibid., août 1846).
1550. Définition descriptive. — Maladie particulièrement propre au cheval etaux autres solipèdes; — incontestablement virulente, ettransmissible non seulement entre les solipèdes, mais encore de ceux-ci à l'homme, au chien et à d'autres animaux; — se caractérisant, à l'état de morve proprement dite, par un coryza spécial, pustuleux et ulcéreux; — se faisant
surtout reconnaître sous la forme de morve aiguë, notamment chez le cheval, et présentant alors sous cette forme, de toutes la plus intense et la plus évidente, de toutes la plus rapidement et la plus inévitablement mortelle, les caractères que voici , — 1° j étage purulent et sanguinolent par les narines, — 2° glandage ou engorgement des ganglions lymphatiques sous-maxillaires, — 3° chancre ou ulcération de la pituilaire, — U° fièvre etaccidens généraux (noyaux ecchymotiques, purulens ou gangréneuxdans diverses parties du corps, et surtout dans le tissu cellulaire sous -cutané; apparition de pustules phlyzaciées et gangréneuses, çà et là, aux surfaces où l'organisation du système cutané de l'animal permet aux phénomènes exanthémaliques d'apparaître ; pneumonie lobulaire (661.) , etc.) ; — se montrant, en d'autres cas, sous la forme de morve chronique, tantôt à titre pur et simple d'affection locale et parfaitement compatible, pendant longtemps du moins, avec toutes les apparences d'un bon état de santé générale, tantôt avec accompagnement de farcin (engorgemens ganglionnaires , angioleucites , abcès froids çà et là disséminés);— n'existant, enfin, en d'autres cas encore, qu'à l'étalde morve larvée, ou, pour ainsi dire, existant virtuellement sous la forme d'un simple farcin, soit aigu, soit chronique (car le farcin doit être aujourd'hui reconnu pour une des manifestations de l'intoxication morveuse. — Nouvel exemple et vérification nouvelle de la cinquième loi (96. E.) que nous avons posée dans notre théorie de la contagion, et qui concerne la variété des formes syrnptomatiques d'un même virus.
1551. Synonymie. — A. Glanders des Anglais.
B. Equinia, terme proposé par M. Elliotson. (De Equus, cheval). — .MM. Cazenave et Schedel ont adopté ce terme, mais avec le tort, très grand, selon moi, d'y rapporter, ou plutôt d'y confondre génériquement la morve [Equinia glandulosa) , et le javart {E. mitis), cette maladie bénigne, signalée par Jenner, comme la vaccine ou la variole du cheval (1509.). Quoi de plus étrange et de moins naturel qu'un tel rapprochement nosographique?
C. Affection farcino-morveuse : ainsi disent quelques uns de nos contemporains, dans le but de bien inculquer à l'esprit la communauté de nature du farcin et de la morve.
1552. Historique. — Avant notre époque, il n'était pas question de la morve hors du domaine de la pathologie hippiatrique. On croyait celle maladie exclusivement propre aux chevaux, aux ânes et aux mulets. Ce n'est pas que le virus morveux ne dût, alors comme aujourd'hui, empoisonner quelquefois le corps humain , et y produire les différens effets que je viens d'esquisser (1550). Mais ce genre d'intoxication-là était méconnu. Chez l'homme, le farcin était confondu avec la maladie scrofuleuse, ou avec la syphilis; la morve chronique en imposait pour un ozène syphilitique ou autre ; la morve aiguë s'appelait fièvre grave, lièvre gangreneuse, charbon spontané, etc.
C'est eu 1822, qu'un pathologiste allemand, Remer, publia, dans le Journal de Hufeland et Osann, des cas de morve observés et dûment reconnus chez l'homme : c'était un fait jusque-là inouï, un véritable paradoxe, auquel on n'accorda pas tout d'abord beaucoup d'attention, et qui ne rencontra guère dans le monde médical qu'incrédulité et qu'indifférence. Mais, en Angleterre, de 1830 à 1833, M. Elliotson, et, à son exemple, quelques autres observateurs aussi, se vouant avec ferveur à l'investigation et à l'étude des cas de ce genre-là, les proclamèrent avec insistance, les appuyèrent de considérations décisives, les soutinrent fermement contre le choc des objections, de telle sorte que la doctrine de la transmission de la morve du cheval à l'homme commença dès lors à s'établir, et à se répandre, non seulement parmi nos confrères d'outre- Manche, mais encore dans les écoles des États-Unis, de l'Allemagne, de l'Italie, etc. En France, où dominait alors la mauvaise logique d'un anticontagionisme opiniâtrément pyrrhonien, nul, jusqu'à 1837, ne s'avisa d'épouser les nouvelles idées concernant la morve. Mais, enfin, cette année-là, M. Rayer, ayant eu, dans son hôpital, un palefrenier qui vint y mourir de cette terrible maladie, n'hésita pas à soumettre le cas à l'Académie de médecine. Aussitôt s'éleva, entre lui et les savans vétérinaires de cette compagnie, une lutte mémorable, où M. Barthélémy, surtout, déploya, pour la défense du vieux dogme de l'hippiatrie, une éloquence et une dialectique qui eussent mérité une meilleure cause. Plus frappés des différences que des analogies entre la morve du cheval et la morve de l'homme, les vétérinaires répugnaient à reconnaître là une seule et même maladie, un seul et même virus. Quelles intéressantes discussions que celles dont, à ce sujet, l'Académie de médecine fut le théâtre, et qui remplirent avec tant d'éclat les séances des 21 et 28 février, 7 et Ik mars 1837, - et des 9, 16 et 23 octobre 1838 ! A l'Institut, M. Magendie ne se fit pas faute non plus de combattre très vivement la thèse , hélas ! pourtant trop vraie , de la transmission de la morve à la pauvre espèce humaine (Académie des sciences, séancedu lOfév. 1840.) Mais, pour avoir été d'abord rudement malmenée, et pour avoir subi de très âpres controverses, la vérité n'en est devenue définitivement que plus éclatante et plus solide. Grâce donc à M. Rayer, — grâce, non seulement à son initiative, mais encore à la persévérance laborieuse avec laquelle il s'est fait un devoir d'approfondir et de démontrer la chose, — tous les doutes ont cédé devant l'évidence, et nous tenons pour un fait avéré et inébranlablement acquis à la science, que la morve peut se transmettre par contagion du cheval à l'homme, et qu'elle doit désormais compter au nombre des maux qui affligent notre espèce. Douloureuse découverte, sans doute ! Mais ce n'est pas la première fois qu'un progrès de la science ne nous apporté qu'une tristesse de plus.
1553. Ètiologie. — A. Où réside le virus morveux? Non seulement dans le flux muco-purulent de la pituilaire, et dans les diverses suppu-
rations de nature morveuse ou farcineuse, mais encore dans le sang mémo de ranimai. M. Renault présenta à l'Académie de médecine, séance du 7 lévrier 1843, les pièces anatomiques d'un cas de morve aiguë qu'il avait fait naître expérimentalement en injectant dans les veines d'un cheval jusque-là sain le sang d'un cheval morveux ; la morve de celui-ci était elle-même le produit d'une expérience , le résultat d une inoculation faite avec du pus provenant de pustules morveuses d'un homme : ce qu'il est bon d'ailleurs de remarquer , c'est que le sang nouveau n'offrait aucune altération appréciable, pas plus sous le rapport de la composition chimique que sous le rapport des qualités physiques. Or, puisque le sang de l'animal morveux possède une telle virulence, il nous semble que toutes les humeurs, que toutes les parties 'de l'animal doivent se trouver imprégnées du virus , et peuvent , le cas échéant, opérer la contagion. Aussi verra-t-on, par exemple, la salive transmettre la morve par voie de morsure ; ou bien , encore, le maniement des chairs ou des crins de l'animal entraîner un semblable malheur , mais sans doute, je le crois du moins , à condition de quelque écorchure et par défaut d'épiderme. Au surplus, tout nous porte à penser que la virulence des humeurs n'a pas le même degré d'intensité dans toutes jes formes de l'intoxication morveuse ; et que , de la morve aiguë jusqu'au farcin chronique, l'activité contagieuse va décroissant.
B. Il paraît que le virus de la morve est un virus fixe (96. A.)- En effet, si la contagion de cette maladie pouvait s'opérer à distance et par voie de rayonnement miasmatique, comment se ferait-il qu'elle n'atteignît pas plus fréquemment notre propre espèce et qu'elle n'y exerçât pas ses ravages sur les individus de tout rang et de toute condition, indistinctement ou à peu près? Loin de là, heureusement, la morve, cas assez rare en fait de pathologie humaine, ne se produit guères que chez les gens qui vivent en rapports habituels et pour ainsi dire intimes avec les chevaux, — chez les palefreniers, les cochers, les postillons, les maquignons, etc. Donc, jusqu'à preuve contraire, nous aimons à croire que, pour prendre la morve, il faut être directement contaminé par le contact de l'humeur morveuse , soit , ce qui est le plus dangereux, toute pure, toute fraîche et pour ainsi dire toute vivante, soit sèche et incorporée au crin , à la paille , à la charpie ou à quelque autre matière. Encore est-il supposable que , d'ordinaire , l'épiderme fait obstacle à la contagion, et que le virus ne pénètre que par quelque point dénudé; qu'en un mot une sorte d'inoculation est toujours la condition nécessaire.
C. Quelles sont toutes les espèces d'animaux qui peuvent contracter la morve? Quelles sont, au contraire , celles auxquelles l'inoculation même du pus spécifique le plus virulent ne peut point la transmettre, et qui sont ainsi exemples de celte intoxication- là ? Voilà, certes , uu vaste et intéressant sujet de pathologie comparée î Voilà un immense champ
d'expériences ! Honneur à qui découvrira la loi analoinique et zoologique en verlu de laquelle l'économie animale est sujette ou réfractaire à la morve ! Mais combien la pathologie comparée, science à peine naissante (4.), se montre éloignée, aujourd'hui encore, d'atteindre à l'institution de formules si générales et si philosophiques! On a dit que les ruminans se montraient incapables de contracter la morve : mais est-ce là un point bien certain. Ce qui est surtout avéré aujourd'hui, c'est que, après la morve des solipèdes, la morve de l'homme est un fait on né peut mieux démontré, et que le chien, aussi, se trouve sujet à la même contagion. M. Leblanc présenta à l'Académie de médecine , séance du 7 janvier 1840, un chien auquel il avait inoculé avec succès la morve aiguë de l'homme.
D. Il importe, enfin, de remarquer que la morve du cheval ne paraît pas devoir toujours naissance à la contagion ; et que bien des fois, selon toute vraisemblance du moins, elle se développe spontanément. En d'autres termes, la génération spontanée du virus morveux chez le cheval doit être admise tout aussi bien que celle du virus rabieux chez le chien (96. F. — 1543. B.J. Tous les vétérinaires s'accordent à professer que la mauvaise construction des écuries mal aérées , et leur encombrement par un trop grand nombre de chevaux ; que la mauvaise qualité et l'insuffisance de l'alimentation; que les travaux pénibles prématurément exigés de chevaux encore trop jeunes sont autant de conditions étiologiques bien faites pour engendrer la morve de toutes pièces , dans certains cas dont ils ne prétendent pas, d'ailleurs, ni nous non plus, dénouer toutes les difficultés et dévoiler entièrement la mystérieuse pathogénie. C'est même à ces causes-là seulement que les anticoniagionistes attribuaient d'une façon exclusive tous les cas de morve. Et aujourd'hui encore quelques vétérinaires s'obstinent à soutenir que les circonstances insalubres qui produisent la maladie chez le cheval, peuvent fort bien aussi la développer chez l'homme. Thèse mal fondée, assurément, et qui n'est qu'une supposition en l'air. La contagion, chose bien démontrée, suffit pour rendre raison du tribut que paie à la morve l'espèce humaine. C'est déjà trop pour nous, grand Dieu ! que d'être tributaires d'une si affreuse contagion.
1554. Quelquesmots seulement sur lesprincipales formes symptomatiques de l'intoxication morveuse, considérée en particulier chez l'homme. — A. La morve aiguë éclate quelquefois tout à coup; mais souvent elle ne survient qu'après un farcin prodromique de plusieurs semaines ou do plusieurs mois, comme clans le cas si bien décrit par M. Gibert (1549.). Quoi qu'il en soit, l'aspect caractéristique delà morve aiguë n'est pas, ne peut pas être tout à fait le même chez l'homme que chez le cheval ; et voilà pourquoi les vétérinaires firent difficulté de la reconnaître. Le jetage est loin de se montrer avec autant d'abondance et dans un degré aussi prononce que chez le cheval , et cela par deux raisons bien faciles
MALADIES INCONTESTABLEMENT V1HULENTES. 393
à comprendre: — la première raison, c'est la moindre étendue des fosses nasales de l'homme; — la seconde raison, c'est le décubitus sur le dosou sur le côté, ce qui fait que les humeurs issues de la pituitaire vont en grande partie traverser les narines postérieures et tomber dans le pharynx pour être ensuite avalées ou crachées, et que, par conséquent, elles viennent d'autant moins s'écouler par le nez. Le glandage n'existe que peu ou même pas du tout : ce qui trouve encore une parfaite explication dans les différences d'organisation , dans les différences de structure et de rapports anatomiques des fosses nasales et des ganglions sous-maxillaires. Toutefois, la morve aiguë de l'homme ne s'en révèle pas moins à l'observateur attentif et expérimenté, et se laisse , en général , très bien reconnaître par l'ensemble symptomalique que voici : 1° Coryza suraigu, ulcéreux , avec plus ou moins de jetage purulent ou puriforme, et souvent sanguinolent; 2° Eruption puslulo-gangréneuse à la face, et d'ordinaire fort près des fosses nasales, quelquefois sur le nez et au pourtour même des narines; 3° Accidens fébriles très graves et qui trahissent une infection du sang. Parfois, gangrène complète du nez. D'autres fois , tumeurs gangréneuses çà et là sur toute la surface du corps. Jusqu'à présent, la mort a toujours été l'infaillible dénouement delà morve aiguë.
B. Pendant quelque temps , les observateurs se bornèrent à signaler chez l'homme l'existence de la morve aiguë. M. le professeur Laugier est, je crois, le premier qui vit, ou plutôt sut voir la morve chronique de l'homme : il mit sous les yeux de l'Académie de médecine, séance du 2 juillet 1839, les fosses nasales d'un palefrenier qui était venu mourir, à l'hôpital Beaujon, d'un cas de cette espèce-là; la pituitaire était largement ulcérée en plusieurs points, il y avait des portions d'os nécrosées, il y en avait même de complètement perforées. La morve chronique fait périr le malade, soit en tournant subitement à la morve aiguë, soit en amenant tout simplement le marasme et la fièvre hectique. Mais , par bonheur, elle ne conduit pas toujours au tombeau. Il me souvient avoir entendu M. Monneret lire à la Société de médecine du Déparlement, séance du 18 novembre 18-'i2, une très intéressante observation de guérison d'un cas de morve chronique (Voir la Revue méd. , année 1843, t. ï", p. 122).
C. Les accidens de farcin aigu ou chronique (adénites, angioleucites , pustules phlyzaciées, abcès froids, etc.) ne sont le plus ordinairement qu'un prélude de la morve aiguë. Mais pourtant ils se montrent , eux aussi , susceptibles de guérison ; la force médicatrice de la nature n'est pas tout à fait impuissante contre ce premier degré d'intoxication morveuse. Entre autres guérisons, je puis citer celle de M. Bouley fils (professeur à l'école d'Alfort), dont Auguste Bérard, à propos de la communication faite par M. Monneret (B.), nous raconta en détail la maladie cl l'heureux rétablissement comme un exemple analogue à cette communication et bien fait pour en corroborer la vérité.
39k PATHOLOGIE MÉDICALE.
1555. Thérapeutique. — Le spécifique de l'intoxication morveuse est encore à trouver.
A. Pour les cas de morve chronique ou de farda, clans lesquels il nous est permis, je le répète, d'espérer un effort salutaire de la nature et de ne pas rayer du pronostic toute chance de guérison, comment devons-nous venir en aide à la force niédicatrice ? D'abord et avant tout, suivre les indications positives de médecine symptomatique et mettre particulièrement en œuvre les ressources de la médication corroborante, Libre à chacun d'administrer, en outre, à titre de médication dépurante, quelque remède d'indication purement empirique et de vertu plus ou moins problématique. Certains observateurs , par exemple, se sont crus en droit de proclamer la créosote comme un médicament efficace. Solution de créosote, en injections dans les fosses nasales, comme aussi pour le pansement des accidens farcineux ; voire même , aussi , emploi intérieur de la même substance, à la dose de deux à trois gouttes par jour , dans un véhicule approprié : voilà ce que je vois vanté par plus d'un témoignage. L'iodure potassique, si fort à la mode aujourd'hui, ne manque pas non plus de gens qui le prônent ici. Je me dispense de mentionner encore d'autres médicamens qui ont aussi leurs prôneurs.
B. Et en présence de la morve aiguë, qui va infailliblement tuer le malade, que faire? Hélas! que faire? — Assister les bras croisés et dans un désespoir absolu à la lente agonie de la victime? — Ou bien tenter, n'est-ce pas légitime? les essais les plus aventureux , les moyens les plus bizarres et les plus téméraires ? — Triste alternative , en vérité !
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