AVANT-PROPOS DE LA NOSOGRAPHIE ÉTIOLOGIQUE
mois, qui ne laisse pas, ce me semble , que d'être au service d'une idée importante et féconde, j'ai bien droit de la dire mienne , j!ai bien droit de ui'eiî attribuer la priorité. Si je fais une semblable remarque, c'est que depuis peu, et, pour ainsi dire, au moment même où je commence de composer le présent volume , et de rédiger celte nosograpbie étiologique de longtemps projetée , et dès 1843 positivement annoncée à nos lecteurs, un de nos journaux les plus en crédit, la Gazette médicale , prétend fonder, sous le titre de Médecine étiologique , une doctrine toute neuve et qui doive ouvrir à l'art une ère de réformation radicale.
Assurément, je n'ai lieu ni de m'étonner , ni de me plaindre que la Gazette, dans ses hautes élucubrations , n'ait pas laissé tomber un regard sur la petite innovation que j'avais déjà, pour mon propre compte, introduite eu uosographie. Son point de vue, après tout , n'est pas le mien. Il est plus vaste , plus ambitieux, plus révolutionnaire. 11 ne s'agirait de rien moins que d'y subordonner la pathologie tout entière. Eh bien, ou je me trompe fort, ou la médecine étiologique de la Gazette n'est qu'une de ces exagérations par lesquelles l'esprit de système se complaît trop souvent à faire, d'un principe vrai, — mais vrai seulement dans de certaines limites, et dans ces limites- là vieux comme la science elle-même, — un dogme absolu, et partant une nouveauté erronée. Or un principe reconnu de temps immémorial, c'est qu'il faut accorder à la considération des causes morbifiques une juste part dans la spécification et dans le traitement des maladies. Mais, avec l'immense majorité des auteurs , nous ne pensons pas que dans l'état actuel des connaissances pathologiques, ni même jamais, l'étiologie doive être la souveraine régulatrice de la nosograpbie et de la thérapeutique. Rappelonsnous ce que nous avons dû professer à cet égard en Pathologie générale. Premièrement, « ce qui est bien positif relativement à la détermination » des genres, c'est que la nosograpbie ne doit être, quant à présent du » moins, ni exclusivement organique, ni exclusivement étiologique, ni » exclusivement symptomatique, mais revêtir ce triple aspect; c'est que, » à moins de tronquer la science ou de l'égarer dans les hypothèses les ■> plus aventureuses , la méthode mixte est celle qu'il faut suivre. » (67. B.) Secondement, dans la théorie générale des indications curatives, nous n'avons pas manqué de signaler et d'apprécier toute l'importance que les conditions étiologiques ont sous ce rapport (114. F.) ; mais bien s'en faut que nous ayons dû leur assigner le premier rang pour tous les cas. Ainsi donc, plus j'y songe, plus je reste convaincu que la médecine étiologique de la Gazette est, en total , une hérésie. A ce compte , quelques frais de talent et de savoir qu'on fasse pour la soutenir et lui conquérir les suffrages, quelques triomphes qu'elle obtienne pendant un certain temps, quelques services qu'elle puisse rendre réellement à l'art en provoquant, comme tant d'autres hérésies Tout fait, l'élucidation de
telles et telles questions, elle ne peut avoir, elle n'aura pas un règne durable : car la postérité ne ratifie que ce qui est vrai, entièrement vrai.
Au contraire, ma Nosographie étiologique, conception peu ambitieuse, peu révolutionnaire et, si l'on veut même, de pure classification, me paraît de nature à mériter une consécration légitime et irrévocable, à obtenir en quelque sorte un imprescriptible droit de cité dans la constitution orthodoxe de la science. Or, si elle a un pareil avenir, il ne faudra pas, en bonne justice, la considérer comme un débris, comme un legs ou une sorte de rejeton du système hérétique de la Gazette. Mais, après tout, pourvu qu'une bonne idée, une fois née, ne se perde pas, mais se maintienne et conquière une juste autorité , peu importe à. qui le mérite de la priorité soit attribué.
B. Tout en défendant avec la conviction la plus entière et la plus ferme ma Nosographie étiologique comme principe, et en tant qu'on se bornera à la considérer dans son ensemble, je suis bien loin de m'imaginer et de prétendre que j'aie su agencer d'une façon parfaite et irréprochable tous les corâpartimens de ce grand cadre, et que toutes mes déterminations à ce sujet soient exemptes d'erreur et surtout d'arbitraire.
On peut contester, par exemple, j'en conviens très volontiers, le droit que je me suis donné de caser ici les maladies calculeuses (1207). À la rigueur, en effet, si nous ne voulions pas perdre de vue que les calculs proprement dits et autres concrétions analogues se forment aux dépens et par l'altération de l'urine, delà bile ou de quelque autre humeur naturelle de l'économie animale, et que, en un mot, il y a là un vice matériel, dans la vraie et stricte valeur du sens nosologique que nous avons attribué à ce terme (27), et un de ces vices matériels dont la production est un fait propre à l'organisation même de la personne affectée , les maladies calculeuses auraient lieu d'être classées dans la nosographie organique, soit comme vices de sécrétion, soit à tout autre titre. Mais posonsnous à un point de vue différent; faisons abstraction de la formation des calculs; considérons-les, non pas comme un fait en train de s'accomplir, mais comme un fait accompli. Eh bien, que sont-ils dès lors? Ils sont, reconnaissons -le bien , une sorte de corps étrangers, à l'égard desquels la première indication, l'indication immédiate et urgente , est celle qui commande de les faire disparaître de l'économie, — soit parleur dissolution, si faire se peut, à l'intérieur même des cavités et des conduits où ils se trouvent retenus, —soit par un moyen quelconquede les extraire ou de les expulser en nature. A ce compte, donc, évidemment, les maladies calculeuses peuvent être regardées comme étant congénères de tous ces cas , d'ailleurs si divers entre eux , mais étiologiquement analogues danslesqucls l'économie est en proie à des troubles plus ou moins grands par suite de l'introduction et de la présence de corps étrangers proprement dits , de tous ces cas, veux-je dire, qui, ressortissant de plein droit