CHAPITRE X
ENDÉMIES SINGULIÈRES.
1 598. Sommaire du présent chapitre , avec quelques remarques prélunmaires. - Dans l'étiologie générale, j'ai défini ce que c'est que les maladies endémiques (97. B. g 1») ; et, la, j'ai fait aussi entrevoir comment elles ont pour raison d'existence deux ordres de causes , savoir les influences topograpl.iques et les conditions ethnologiques. Je dois ici m interdire de développer les considérations générales que compose un semblable sujet , mais qui, après tout, ne me paraissent pas être d'une 1 28
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absolue nécessité dans un livre élémentaire tel que le nôtre; ce n'est pas sans regret, mais je me les interdis , tant je dois être ménager de l'espace, en raison de tout ce qu'il me reste encore à étudier dans les bornes irrévocables de mon œuvre. Encore faut-il , pourtant , que je dise quels sont les genres nosograpbiques qui vont faire l'objet du présent chapitre, et pourquoi.
Parmi toutes les maladies auxquelles peut ou doit s'appliquer , avec plus ou moins de raison, le titre de maladies endémiques, il y en a bon nombre qui ne sont pas rares non plus à rencontrer comme maladies sporadiques par tout pays. Et, si elles ont, en effet, le privilège de régner constamment dans certaines contrées, c'est que, en de semblables contrées, existe et agit habituellement la cause ou l'ensemble de causes d'où le développement de ces maladies-là tire son origine, mais où, après tout, nous devons voir des causes très répandues sur la surface du globe, et non pas exclusivement dévolues par nature à telles ou telles régions particulières. Or, les endémies de cette sorte-là ont déjà trouvé place soit dans les divers cadres de la Nosographie organique , comme , par exemple, l'hématurie de l'île de France (240.) , la dyssenterie ('473.) si fréquente en Egypte, l'hépatite (632.) qui fait tant de victimes dans l'Indostan, l'éléphantiasis des Arabes (695-702.) si commun à observer dans les climats chauds, etc., etc., — soit dans les chapitres précédens de la Nosographie étiologique , comme, par exemple, l'ergotisme (1281.), les fièvres intermittentes et autres maladies d'intoxication paludéenne (Chap. Vil ), etc. ; ou bien elles doivent être étudiées plus tard en Nosographie symptomatique , comme, par exemple, la peste d'Orient, la fièvre jaune d'Amérique, etc.
Il est d'autres endémies, qui ont assurément le privilège singulier de ne régner que dans une zone fort étroite, mais qui ne sont rien autre chose que le résultat aussi simple qu'évident d'une cause déterminante bien distincte, d'un agent spécial bien réel et bien reconnaissable, dont cette zone terrestre est, pour ainsi dire, la patrie. Ces endémies-là ressortissaient naturellement à certains chapitres qui précèdent ; j'ai dû les y mettre et je les y ai mises. Telle est, par exemple, l'affection cutanée que détermine le parasitisme de la chique(1386.) ; tels sont les accidens qui dépendent de l'existence sous-cutanée du dragonneau ; tel est aussi le tareniisme, si tarentisine y a, etc., etc.
Que nous reste-t-il donc à examiner dans ce chapitre-ci, sous le titre iïiïndérnies singulières? Le voici en deux mots. Ce sont les endémies qui se montrent confinées et comme étroitement parquées, sinon sur un seul et unique point de la mappemonde, du moins dans très peu de contrées, et qui ne reconnaissent point, dans l'état actuel de la science du moins, de cause déterminante bien tranchée, bien appréciable, bien distinctement spécifiée au milieu de l'ensemble des circonstances topographiques. En un mot, l'inconnue du problème n'est pas encore dégagée,
ENDÉMIES SINGULIÈRES. 4$gj
il y a là un a,' de topographie médicale, a celle troisième et dernière catégorie d'endémies appartiennent, assurément, les sept genres nosographiques que voici : 1° Bouton d'Alep ; 2° Plique; 3° Pellagre; U° Iladesyge; 5U Pian; 6° Crétinismc; 7° Béribéri. Chacun de ces genres nosographiques va être ci-après le sujet d'un article spécial. ^ A Dieu ne plaise que nous prétendions ainsi avoir épuisé toute la matière de la catégorie dont il s'agit! Laissons de côté, sciemment, bien des endémies encore peu connues , mal déterminées, et inscrites dans lesfastes de la médecine sur la foi seulement de quelques voyageurs peu compétens pour les observer, ou qui ne Jes ont observées qu'à la légère et pour ainsi dire eu courant. Je me borne à signaler ici celles qui ont le plus de célébrité, et dont, je dois le déclarer, il serait vraiment houleux d'ignorer l'existence. Je n'en tracerai , d'ailleurs, qu'une brève esquisse. Car, en vérité, je me sens fort peu de goût pour m étendre sur un sujet où je ne saurais parler par expérience, ni rien dire aulremeut qu'à titre de pur et simple écho, sans idées à moi propres et sans autorité.
lit puis enfin, il faut le dire aussi, parmi les endémies dont il est fait mention dans les livres comme étant exclusivement particulières à certains chinais ou à certains peuples, il y en a bien quelques unes où peutêtre, une luis mieux instruits à leur égard, nous ne devrons voir que des maladies fort communes, fort ordinaires, et qui n'ont là, en vérité, rien autre çnose de singulier que le nom nouveau sous lequel nous les désignent les indigènes ou les endémiographes. Ainsi en est-il, par exemple du moins je le crois, de ce que l'on nomme, chez les noirs des Antilles' m d estomac ou Cachexie a> Afrique : j'ai lu, j'ai médité les descriptions de cette espèce d'endémie-là qu'on dit être propre à la race nègreeh bien, par ma foi, je ne saurais y voir que ce que nous nommerions ici, chez nous autres hommes de race blanche, anémie, chlorose, pica nostalgie, etc., le tout mal à propos recueilli et confondu sous une seule' et unique étiquette comme un genre de maladie à part. Ainsi en est-il encore, à ce qu'il me semble, des ulcères cutanés que Bontius au ebap. XiX du livre intitulé J/^ot/^^ B g lv\ a
signalés sous le nom de boulons d'Amboine (Amboynse pocken), et dont il entrevit d abord la nature syphilitique, mais pour la méconnaître ensu, te formellement , ayant lait fond avec trop peu de critique sur les renseignemens négatifs des indigènes.
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ARTICLE PREMIER