‹ Élémens de pathologie médicale (volume 2)Chapitre 47 sur 54 · DER1BF.RI · texte numérisé non relu

DER1BF.RI

(Nom indien. — Introduit dans la science européenne par Bontiu9.)

1641. Bibliographie. — Bontius— (97. B. G. 1°). — Lib. III, Methodus medendi indica, c. 1, Deparalyseos quâdam specie, quam indigence Beriberii vocant.

Tulp. — (Obseruationes medicœ. Amsterdam, 1652,in-8°). — Lib. IV,

c. 5, Béribéri lndorum. Manget. — {Bibliotheca medico-practica. Genève, 1695, 4 vol.

in-fol.). — Art. Béribéri.— (T. I, p. 255-7). Sauvages. — ( Nosol. meth. — Class. IV, Spasmi ). Gen. xxu ,

Beriberia.

Maccary. Observation sur le béribéri sthénique. Paris, 1811, in-8°.

1642. Définition. — Maladie prétendue propre au climat de l'Inde, et consistant clans une sorte de paralysie , par l'effet de laquelle le sujet affecté contracte tout à coup une étrange façon de marcher , les genoux flageolant et la jambe se levant très haut à chaque pas, à l'instar de l'allure des brebis.

De cette analogie même avec le pas de l'espèce ovine est venu le nom de la maladie. Béribéri , en langue du pays, veut dire brebis , suivant Bontius.

Certes, je ne me dissimule pas tous les doutes que peut soulever l'histoire du béribéri. Etait-ce bien là le cas d'établir un genre nosogra-

ENDÉMIES SINGULIÈRES. /tCO

phique à part? Le célèbre médecin hollandais sur la foi duquel l'histoire de celte maladie-là a pris pied dans la science classique des XVIIe et xviif siècles, a-t-il eu réellement une endémie à constater? Ou bien, pour avoir, en assez peu de temps par hasard, rencontré, chez quelques individus seulement, le bizarre accident dont il s'agit , s'est-il trop hâté de généraliser cette donnée fortuite de son expérience particulière, et de l'élever à la hauteur d'une maladie pandémique ? Et si une semblable endémie existait véritablement autrefois dans l'Indoustan, y existe-t-elle encore, quoique les observateurs d'aujourd'hui, ce me semble, se taisent là-dessus ? Après tout, ne serait-ce là qu'une des formes symptomatiques du rhumatisme articulaire ou musculaire , ou bien de la myélite? Mais, laissant de côté toutes ces controverses, c'est d'après Bontius que je vais , comme tant de mes devanciers , esquisser ici l'histoire du béribéri.

1643. Description, causes et traitement du béribéri, suivant Bontius. — Le béribéri est une espèce de paralysie , ou plutôt de tremblement ; car les mains, les pieds, quelquefois même le corps tout entier, présen tent une altération considérable d'action musculaire et de sensibilité, et se mettent à trembler. Cette maladie se développe d'ordinaire durant la nuit, surtout par un temps pluvieux (et l'on sait que dans l'Inde la saison des pluies continuelles commence avec le mois de novembre pour ne finir qu'avec le mois d'avril ) ; durant la nuit , en effet, bien des gens, las et harassés qu'ils sont après une journée de chaleurs excessives, se couchent et dorment tout nus, sans vêtemens ni couvertures; et certes, les nuits, dans ce climat-là, sont, à vrai dire, des nuits froides, par comparaison avec la brûlante température du jour. Quoique ce mal survienne, dans la plupart des cas, graduellement et peu à peu , cependant quelquefois il se déclare tout à coup; ce qu'on voit particulièrement arriver à ceux qui, étant accablés de chaleur et tout en nage, avalent tout d'un trait une grande quantité d'eau pure ou de quelque autre boisson fraîche.

Quoi qu'il en soit, voici les principaux signes de la maladie. Lassitude spontanée de tout le corps; l'activité musculaire se montre affaiblie et entravée, et la sensibilité engourdie, surtout aux pieds et aux mains, où le malade ressent , même, une sorte de fourmillement intérieur. Quelquefois la voix s'éteint ; la parole devient embarrassée, épaisse, à peine distinctement articulée , ainsi qu'il arriva à Bontius lui-même, qui pendant un mois entier eut la voix éteinte, au point de ne se faire qu'à grand'peine entendre des personnes les plus près de lui.

Le béribéri, maladie essentiellement chronique et de très longue durée, n'est pas, du moins en règle ordinaire, une maladie mortelle. Une fait mourir que lorsqu'il porte sur les muscles de la poitrine et qu'il empêche ainsi la respiration de s'accomplir.

Ne pas s'aliter, à moins d'y être absolument forcé par la rigueur de

la maladie; mais, au contraire, marcher beaucoup, aller à cheval ou se livrer à quelque autre exercice violent, honnis pourtant la course, qui est une chose tout à fait impossible en cas de béribéri. Frictions énergiques et massage jusqu'à la douleur même, l'oincniaiions aromatiques et bains de siège d'une semblable nature. Oindre les pieds et les mains avec des linimens dont l'ingrédient actif soit l'huile de girofle ou celle de macis. Usage quotidien d'une tisane préparée avec le gaïac, la salsepareille et la squine. Purgalion de temps en temps, notamment avec l'aloès et la gomme-gutte. Jamais de saignées surtout. Thériaque, mithridate ou autres préparations opiacées. Moyens sudorifiques et diurétiques. Tel est le système de traitement que Bontius conseillait contre le béribéri.

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