‹ Élémens de pathologie médicale (volume 2)Chapitre 6 sur 54 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

1209. Bibliographie. — Nicandre. Les alexipharmaques ('AXe£(tpâppaxa). — Poëme didactique , ou , pour mieux dire , sorte de compendium versifié, concernant les poisons jusqu'alors connus , ainsi que les contre-poisons ou les remèdes prétendus tels. Poëme fort mauvais, mais que son antiquité rend intéressant pour l'histoire de la science. Nicandre florissait, comme on dit en style de dictionnaire biographique, vers l'an IZjO avant J.-C.

Dioscoride. Des poisons (nep\ &jXr?TYjpî«v) . — Notons, au surplus, que, selon toute apparence et comme le savant Sprengel l'a très justement fait remarquer (Prœfatio ad Dioscoridem, § vil, A. — Édilion de Kuhn.), ce livre Des poisons n'est pas du célèbre Dioscoride d'Anazarbe , dont le traité de matière médicale, en cinq livres (ÏÏÉpi wXïk jaTpcxY); BtSXta t'), est un si précieux monument de botanique et de médecine. C'est bien à tort , et en dépit de l'évidence , que les anciennes éditions donnent ce livre-là comme un appendice , comme un livre sixième dudit traité. II fut écrit par quelque autre auteur, par un auteur postérieur, et peut-être, je le veux bien, par Dioscoride lejeune, médecin alexandrin dont Galien fait mention.

AviCENNE. (Canon) lib. IV, fen. VI, Devenenis, traciatus I et IL

jj,, l'auteur, après des remarques générales sur les breuvages

vénéneux et sur les moyens de se préserver d'un empoisonnement et d'y remédier, passe méthodiquement en revue les poisons fournis par le règne minéral, par le règne végétal et par le règne animal.

CARDAN. De venenis libri III. Bâle, 156^, in-f°.

Si nnert (150) (Medtcina practica) lib. VI, pars VI, De venenis.

Wepfer. Cicutœ aquaticœ historia et noxœ, commentarioillustrata. Bâle, 1679, h\-U". — Ouvrage érainent, surloutpour l'époque où il parut. Composé principalement en vue des empoisonnemens dus à la ciguë aquatique ; il contient, en outre, dans divers chapitres du Commentaire, bien des observations et des expériences intéressantes concernant d'autres poisons (napel, coque du Levant, noix vomique, ellébore blanc, jalap , couronne impériale, morelle, belladone, jusquiame, amandes amères, antimoine, arsenic, mercure). — Wepfer doit être considéré comme le créateur de la toxicologie expérimentale.

Lanzoni. Tractatus absolutissimus de venenis. — Dans les Opéra omnia (1191) : — T. I, p. 1-308. — Ouvrage posthume. Ainsi excuserons-nous l'orgueilleuse épilhète que l'éditeur , et non pas l'auteur lui-même, a donnée à ce traité , d'ailleurs fort curieux et fort érudit. Mais hâtons-nous d'ajouter que là, comme chez Cardan, comme chez Senncrt, comme chez tant et tant d'autres auteurs des xvie et XVIIe siècles, la toxicologie, encore à l'élat d'enfance et au sein des ténèbres de ce qu'on pourrait fort.bien nommer sa période fabuleuse, se montre non seulement très pauvre de connaissances positives, mais même, qui pis est , infectée de contes absurdes , de préjugés superstitieux et de rêveries démonographiques.

Fontana. Traité sur le venin de la vipère, sur les poisons américains, sur le laurier-cerise, et sur quelques autres poisons végétaux. Florence, 1781, 2 vol. in-4°.

Plenk. Toxicolocjia , seu doctrina de venenis et antidotis. Vienne , 1785, in 8°. — lbid., 1802, in-8".

Fodéré. — (Tr.de méd. lég. et d'Injg. publ.) Il' partie, chap. m, Des poisons et de l'empoisonnement — (T. III, p. &32 usque ad finem; — el t. IV, p. 1-315).

Orfila. Traité de toxicologie. — Première édition, Paris, 18U-15, 2 vol. in-8\ — hc édit. , 18&3. — Ouvrage éminent, qui, avec le double mérite de qualités classiques et de recherches originales, a, dès son apparition, conquis l'estime du monde médical, et, d'édition en édition, a toujours grandi de renommée, non seulement en suivant le progrès , mais en y contribuant pour une large part. Fn un mot, c'est là la principale et presque l'unique source où je puiserai pour composer le présent chapitre.

— ( Traité de méd. lég. , ft« édit. ,1848, U vol. in-8°). — T. III , p. 1-630 (De l'empoisonnement considéré sous le point de vue médico-légal).

Anglada (J.). Traité de toxicologie générale, envisagée dans ses rapports avec la physiologie , la pathologie, la thérapeutique et la médecine légale. Paris, 1835, in-8".

Taddei. Repertorio dei veleni e contravveleni. Florence 1835 2 vol. in-8\

Alph. Devergie. — (Médecine légale, Paris, 3e édit. , 1851, 3 vol in-8°). — T. m, chap. i-xxii.

Christison. A treatise on poisons, in relation to médical jurisprudence , physiology and tke practice ofphysic. Edimbourg, 1836 (3e édit.), in-8°.

Galtier. Traité de toxicologie médico-légale et de la falsification des alimens , des boissons et des médicaments. T. Ier ( Poisons inorganiques ou minéraux). Paris, 1845, in-8°.

Bouchardat. — (Dans son Annuaire de thérap. pour 1846). Pag. 265-92 : Toxicologie comparée. ~ Sur l'action des poisons et substances diverses sur les plantes et sur les poissons.

— ( Dans l'Annuaire de thérap. pour 1847). Pag. 280-306 : Notice sur les principaux contre-poisons et sur la thérapeutique des emjwisonnemens.

Flandin. Traité des poisons. T. Ier ( Bref historique de la Toxicologie. — Des poisons en général. — Empoisonnement arsenical). Paris, 1846, in-8°.

Démarqua y. — (Recherches expérimentales sur la température animale, Thèse inaug. , Paris, 1 847). Pag. 30-8 : De la température sous l'influence d'agens toxiques. — Expériences desquelles il résulte une classification provisoire des poisons étudiés par cet observateur, en trois catégories , savoir : 1° ceux qui n'ont point amené d'effet thermomélrique; 2° ceux qui. ont augmenté la température; 3° ceux, au contraire, qui l'ont refroidie. Expériences fort intéressantes, mais qui , comme le reconnaît judicieusement l'auteur lui-même , « doivent être souvent répétées et variées avant de rien conclure. »

Voy. en Path. chir., chap. III, art. vm, § ni : Plaies empoisonnées proprement -dites. — (T. Ier, p. 21.9-20.)

1210. Définitions fondamentales. — A. Par empoisonnement proprement dit , nous entendons un ensemble de phénomènes morbides, toujours graves, souvent meurtriers, ou bien, quelquefois même , une mort instantanée, alors que l'un ou l'autre cas reconnaît pour cause déterminante soit l'ingestion, soit tout autre mode d'application d'un de ces corps solides , liquides ou gazeux , très bien caractérisés et chimiquement reconnaissables, qui me semblent devoir retenir spécialement et par excellence le nom de poisons.

B. Assurément, dans une acception plus générale, on peut bien , je m'empresse de le dire, qualifier de poisons les venins (90), puis les virus de la rage, de la syphilis, de la variole, etc., puis les miasmes paludéens ou autres. Mais toujours est-il qu'une éliologie exacte et rigoureuse ne

EMPOISONNEMKNS PROPREMENT DITS. 9

peut pas, quant à présent , ne pas établir une distinction radicale entre de tels poisons, d'une part, agenssi subtils et si mystérieux, corps complètement invisibles, ou bien, du moins, inappréciables à la chimie et dissimulant, pour ainsi dire, leur horrible nature sous le simple aspect d'une humeur séreuse ou purulente d'apparence insignifiante, causes occultes et, comme on les appelle de préférence en termes d'école, causes spéciGques (89), — et, d'autre part,ces poisons plus grossiers, plus matériels, comme l'arsenic, l'opium, le gaz suif hydrique , etc. , que je viens d'indiquer dans la définition précédente (A.), et qui appartiennent à la catégorie de ce que nous nommons causes déterminantes (86-7). Eh bien donc, encore un coup, mieux vaudrait, dans l'intérêt d'une précision et d'une clarté constante, que le langage scientifique réservât exclusivement pour ceux-ci la dénomination de poisons, et s'astreignît toujours à désigner ceux-là scrupuleusement par leur nom particulier de venins, de virus, de miasmes. C'est à quoi, pour mon propre compte, je veux me conformer. De cette façon, ce me semble, je ne fais guère que fixer, que consacrer avec rigueur la propriété du terme de poison telle que la sent généralement, mais confusément, l'instinct public. Admettons même, si l'on veut, qu'il y ait là un peu d'arbitraire. Qu'importe, après tout? Et, pour prendre précisément dans la même région de la nomenclature médicale, un exemple décisif, un argument puissant en faveur de cet arbitraire , quel avantage n'y a-t-il pas à ce que le terme de venin , qui , en stricte élymologie , est synonyme de poison (venenum), ait acquis convenlionnellement la signification toute spéciale qu'il a aujourd'hui? Gardez-vous de croire , au surplus, que la qualité de poison soit toujours une qualité absolue et indépendante de la dose, de l'idiosyncrasie , de l'habitude , etc. , etc. Aurais-je besoin de redire ici que la même substance peut avoir droit, selon le cas, d'être considérée tantôt comme médicament, tantôt comme poison (130)? Un autre point à remarquer, c'est que les poisons, dans un dénombrement méthodique des causes morbifiques, peuvent naturellement se placer à côté de ce qu'on nomme corps étrangers. Même , au pied de la lettre , ce sont bien des corps étrangers; ce sont bien, en vérité, des ennemis venus du dehors et qui sèment, au sein de l'économie animale, le désordre et la mort. Mais, de par l'autorité de l'usage, les corps étrangers proprement dits sont ceux qui nuisent en raison de leurs propriétés physiques, en raison leur volume, de leur poids, de leurs angles, de leurs pointes, de leurs aspérités, etc., tandis qu'on ne qualifie de poison que ce qui altère chimiquement nos tissus et nos humeurs, ou ce qui produit directement une perturbation dynamique de la nervosité (76). Par exemple, le verre pilé, quoi qu'on en ail dit , ne mérite pas du tout le nom de poison : il ne nuit, en effet, qu'autant qu'il est incomplètement pulvérisé, et que, se trouvant encore en fragmens grossiers et sensibles, il déchire les parois digestives; mais, en poudre fine et impalpable, il reste

parfaitement innocent. Ainsi donc, en dernière analyse, la définition des poisons , définition d'ailleurs si controversée entre les auteurs, si épineuse et si peu susceptible d'une précision parfaite, me paraît devoir être conçue comme il suit : —Les poisons, dirons- nous, sont des substances délétères , chimiquement bien caractérisées et bien reconnaissables en elles-mêmes , et toutes capables à certaine dose de déterminer la mort soit par l'altération chimique des tissus ou des humeurs, soit par la provocation immédiate d'une perturbation dynamique du système nerveux.

<J. L'ensemble des connaissances relatives aux poisons et aux empoisonnemens constitue une spécialité bien naturelle, qui se nomme Toxicologie (de ToÇ(xov). — Primitivement, ce nom grec désigna une espèce particulière de poison, on ne sait plus laquelle, dont les barbares imprégnaient le fer de leurs flèches (Td£ov, arc, et par métonymie , flèche). Voyez Dioscoride, livre ci-dessus cité (1209), chap. xx. Mais ensuite, dans la mauvaise latinité des écoles du moyen âge , le mot toxicum, s'étendant par synecdoque au delà de sa signification originelle, en vint à servir de dénomination générale à tous les poisons.

D. Depuis assez peu d'années, le mot intoxication a pris naissance -dans la langue médicale, et il ne laisse même pas que de devenir fort en usage. Mais, en vérité, si ce mot ne devait pas avoir d'autre destinée que d'être et de rester un pur synonyme d'empoisonnement , à quoi bon l'avoir créé? à quoi bon l'adopter? Quel oiseux néologisme ne serait-ce pas! Quant à moi, j'userai aussi de ce même mot , mais en ne l'acceptant, en ne le ratifiant pour mon compte qu'à litre de terme expressément plus général que celui d'empoisonnement, c'est à savoir , à titre de terme qui comprenne et réunisse sous un point de vue commun les empoisonnemens proprement dits (A.) et les cas dans lesquels la cause délétère qui infecte l'économie est une cause spécifique, venin, virus ou miasme.

1211. Remarque essentielle sous le rapport nosographique. — Pas n'est besoin, certes, d'insister sur le caractère éminemment naturel de ce groupe des empoisonnemens; pas n'est besoin de démontrer en règle que c'est bien là un des types les plus incontestables et Jes plus vrais de la nosographie étiologique, comme j'eus soin de l'annoncer expressément (67. B. S.) dès mon premier volume, publié en 1 8 fi 3 , et avant que d'autres auteurs contemporains eussent fait paraître des traités généraux de médecine, dans lesquels l'histoire spéciale des empoisonnemens a enfin occupé une juste place et une convenable étendue; pas n'est besoin non plus de disserter sur l'importance et la nécessité qu'il y a, pour un médecin, à posséder une certaine somme de connaissances positives en toxicologie, voulût-il même à cet égard décliner toute mission de médecine légale, et fût-il seulement jaloux d'être un bon praticien. Rien de plus évident que tout cela, pour peu que le lecteur y réfléchisse.

Ce n'est pas nous qui, par esprit de système, par expédient de classification réduite aux abois, imaginons de baser, au point de vue de l'empoisonnement, l'institution et la dénomination de tels et tels genres de cas morbides Non , encore une fois , ce n'est pas. nous. Mais ce qui a consacré, depuis longtemps déjà , cette façon de distinguer et de qualifier ces cas-là, c'est le sentiment général des médecins, c'est le cri échappe au bon sens du premier venu d'entre les gens du monde et d'entre les hommes les plus ignorans; c'est , en un mot, la voix publique, voix quasi divine, à laquelle, en fait de nosographie surtout, nous avons tant à cœur d'obéir (67. B. «.)• Or, pour tous les cas qui doivent être ainsi qualifiés, principalement et avant tout, du nom ù' empoisonnement , ce nom seul ne dit-il pas très clairement que la considération du poison est là la première et la plus importante de toutes, et qu'il faut qu'elle serve de base à l'institution des genres et môme des espèces? La considération des vices matériels et des symptômes , en fait d'empoisonnement, n'est bonne, nosographiquement parlant, qu'à la distinction des variétés.

Lorsque le crime ou l'imprudence livre un malheureux aux horreurs de l'empoisonnement , qui appelle-t-on sur-le-champ? qui va-t-on reveiller? qui supplie-t-on d'accourir à la hâte ? Le médecin le plus pioche voisin, ou même le premier qui par hasard se rencontre dans la rue. Il faut donc que tout médecin ait la mémoire bien meublée des connaissances nécessaires pour parer aussitôt à de semblables accidens avec le plus de succès possible. Le gros du public ne sait pas s'il y a des toxicologisies de profession , et quels ils sont. Et, le sût-on partout, il n'est pas possible, parlout et en toute occasion, d'avoir recours à eux.

Eh bien, après cela , comment comprendre , soit dit en passant, que M. Bouillaud, dans son récent Traité de nosographie médicale (Paris , 18^6, 5 vol. in-8°), ait laissé de côté l'histoire des empoisonnemens , excepté seulement l'empoisonnement saturnin , auquel il a consacré un long chapitre (livre IV , chap. il) ? Le célèbre professeur de la Charité semble pourtant avoir fort bien entrevu l'importance de cette branche de l'art, lorsqu'il a écrit les lignes que voici : — « Aucun auteur , que » je sache, ne s'est encore occupé de tracer une histoire complète des » corps étrangers, depuis les POISONS, les virus et les miasmes , jus- » qu'aux productions accidentelles de tout genre, et aux substances ve- » nues du dehors qui, dénuées de toute action vénéneuse ou délétère, » ne nuisent qu'en leur qualité d'agens purement mécaniques. » — a Une telle histoire comprendrait une bonne partie de la médecine.» (Op. cit., t. V, p. 657). — Mais pourquoi donc n'avoir pas mis à profit les travaux des observateurs anciens , et surtout des observateurs contemporains , concernant tant et tant d'empoisonnemcns assez fréquens et fort importans à connaître, à autant de titre, assurément, que l'habile auteur qui a écrit ce chapitre des maladies saturnines, qui n'est, à peu de chose près, qu'une analyse (et Dieu me garde d'en faire repro-

che) , une exacte et lucide analyse de la monographie de M. Tanquerel des Planches?

1212. Enumération méthodique des divers poisons. — Lorsque l'idée de l'agent morbifique est prise pour base de spécification nosographique, et qu'en même temps l'agent morbifique appartient à la catégorie des causes déterminantes, et, par conséquent, peut être étudié et connu en lui-même, il convient alors de déroger à notre méthode ordinaire qui consiste à n'aborder l'éliologie qu'après avoir épuisé toutes les questions de la nosologie (3. A.). 11 convient alors d'envisager et d'examiner l'agent morbifique avant de se demander quels symptômes il développe, quels effets il amène.

Ainsi donc, procédons dès à présent à une revue rapide des poisons. Nous suivrons ici la classification de M. Orfila, comme étant jusqu'à ce jour la meilleure et la plus classique, encore bien que cette classilication ait des points fort défectueux et fort critiquables, ce que M. Orfila, d'ailleurs, ne se dissimule pas, mais avoue et reconnaît très franchement.

Or, de cette sorte, nous rangeons les poisons en quatre classes, savoir : 1° les poisons irritans ; 2° les poisons narcotiques; 3° les poisons narcolico-âcres ; k° les poisons sepliques.

A. Poisons irritons : les uns corrosifs, cathéréliques, escarrotiques , en un mot, caustiques à divers degrés (132. D. t.); les autres, purement phlegmasiques (132. E. y.), et parlant, si forte que soit leur dose, bornés a produire, en fait d'action locale, une vive inflammation des tissus avec lesquels ils sont en contact; quelques-uns même, il faut le dire, et c'est là un point très attaquable delà classification toxicologique de M. Orfila, capables à peine de développer une légère irritation là où ils sont appliqués, et n'étant réellement nuisibles et délétères que par le fait de leur absorption. Voici maintenant la liste à peu près complète des poisons irritans, ou soi-disant tels :

a. L&phosphore. — En nature, il ne mérite que trop le titre de poison caustique. Est-il appliqué à la peau, à la langue, au palais, etc., il yfaitde profondes brûlures; est-il avalé, il produit dansl'estomacet l'intestin, sur les différenspoinis qu'il touche, une inflammation violente et souvent gangréneuse, voire même, quelquefois, des escarres immédiates et des perforations. Mais sans cela , et lors même qu'il se trouve dissous dans un véhicule, dans l'alcool, dans l'éther, dans l'huile, dans l'acide acétique, il peut par suite de son absorption, ne fût-ce qu'à la dose de quelques centigrammes, ébranler mortellement le système nerveux : convulsions, peutêtre surexcitation aphrodisiaque (132. G. t.), refroidissement glacial, délire, etc. — C'est par l'effet des émanations phosphoriques que, chez les ouvriers adonnés à la fabrication des allumettes chimiques allemandes (allumettes phosphorées prenant feu par le frottement), une stomatite chronique des plus graves, la carie des dents et lanécrosedes os maxillaires viennent si fréquemment à se produire.

EMPOISONNEMENS PROPREMENT DITS. 13 g. Viode. — Il n'exerce qu'une action phlegmasique , et tout au plus cathérélique ; de sorte même que M. Magendie a pu le répuler pour une substance parfaitement innocente. Toutefois, à la dose de 8 à 10 grammes, il ne manque guère d'enflammer violemment, d'excorier , d'ulcérer la muqueuse gastro-intestinale. Mais rarement entraînera-t-il la mort, puisqu'il est en bonne partie rejeté par les vomissemens. — Il est absorbé, mais sans effets immédiats bien fâcheux.

y. Viodure potassique. — Agit à peu près comme l'iode (S.) ; mais seulement avec une énergie moindre, à doses égales ; et surtout , ce me semble, moins l'action cathérétique.

S. Le brome. — Agit à l'instar de l'iode (S.), mais avec plus d'énergie, à ce qu'il paraît d'après les observations connues jusqu'ici ; — avec plus d'énergie ulcérative , dans son action locale ; — avec plus d'énergie meurtrière, après son absorption.

£. Le bromure potassique. — Action tout à fait identique à celle de l'iodure de la même base (y.).

Ç. Le chlore. — Gaz éminemment irritant. Il provoque la toux , la bronchite .(508. B.), l'asphyxie, — selon la proportion dans laquelle il se trouve mêlé à l'air respirable, et selon la durée du temps pendant lequel il est respiré. Une personne se met-elle toute nue et se baigne t-elle, pour ainsi dire, dans une atmosphère qui soit remplie de ce gaz, ce qui s'est parfois pratiqué pour un but thérapeutique , alors la peau éprouve de vives démangeaisons, transpire abondamment, rougit, se couvre de plaques érj thémaieuses et autres exanthèmes (Up. D. c). L'hydrocblure (chlore en dissolution dans l'eau ; — chlore liquide, improprement dit) est-il avalé en certaine quantité, les phénomènes de gasiro-entérile ne manquent pas de se développer. C'est aussi au chlore, ce me semble, qu'il faut principalement imputer les accidcns gastro-entéritiques qui se développent après l'ingestion de l'eau de Javelle (solution d'hypochlorite de potasse), ou de la liqueur de Labarraque (solution d'hypochlorite de soude); — au chlore , disons-nous, qui ne cesse de se dégager du sein de ces solutions, plutôt qu'aux bases alcalines, qui, la, sont à peu près neutralisées.

yj. Les acides forts, ou acides essentiellement caustiques. — Citons surtout ici : 1° l'acide sulfurique, et, par conséquent aussi, le bleu de composition (dissolution d'indigo dans cet acide); 2° l'acide azotique; 3° l'acide chlorhydrique; 4° l'eau régale, ce menstrue si complexe et si puissant, qui se forme par le mélange et la réaction mutuelle des acides chlorhydrique et azotique, et qui a la force de dissoudre l'or et le pla tine. — Notons que les acides , même les plus caustiques, ne laissent pas que d'être absorbablcs en certaine proportion.

9. L'acide oxalique. — Ses propriétés toxiques ont été bien étudiées par MM. t.hristison et Coindet. Indépendamment de son action irritante et caustique sur l'estomac, il exerce sur le système nerveux, et

notamment sur la moelle épinière, une action particulière d'autant mieux prononcée qu'il est en dissolution plus étendue, et qu'ainsi il n'agit localement que peu ou point du lout, mais principalement ou exclusivement par absorption. H tue alors en excitant des contractions tétaniques par tout le corps, et puis en paralysant les membres, les puissances respira triées, et, à ce qu'il paraît, le cœur lui-même. — Le bioxalate potassique (sel d'oseille), en raison de son excès d'acide, doit agir et agit en effet d'une façon semblable.

j. Les alcalis caustiques. — 1° La potasse et la soude, ces deux alcalis si pareils l'un à l'autre et quasi identiques, soit à l'état de pureté plus ou moins complète (potasse et soude à l'alcool; potasse à la chaux ou pierre à cautère, etc.), soit à l'état de carbonates (carbonates potassique et -sodique des laboratoires; potasses et soudes du commerce). Dans l'un et l'autre état, ce sont là, entre tous les poisons escarrotiques, ceux de la part desquels on a le plus à redouter que l'estomac ne subisse une perforation. — 2° La chaux vive , et même aussi la chaux hydratée. — 3° La baryte. Quant aux sels dont cet oxyde alcalin ou seulement son métal est la base, tous ceux qui sont solubles,^t notamment, par exemple, le chlorure de barium , se montrent vénéneux , mais moins par l'action irritante de leur contact sur l'estomac et l'intestin que par la grave perturbation du système nerveux à la suite de leur absorption (convulsions, paralysies, aneslhésie, etc.). Le carbonate barytique, quoique insoluble, ne laisse pas que d'avoir également cette puissance toxique, sans doute parce que, sous l'influence des sucs acides de l'estomac, il se transforme en chlorure. — k" L'ammoniaque gazeuse ou liquide, ou bien encore son sesquicarbonate, ce sel si volatil et qui se répand dans l'air à la température ordinaire. Ces poisons sontils avalés, c'est la gasiro-entérile qu'on voit naître et sévir; sont-ils respirés, c'est la bronchite et l'asphyxie : de plus, ils sont éminemment absorbablcs, et, de cette façon, ils vont, même à petite dose, porter une atteinte directe et terrible au système nerveux. Quant au sel ammoniac (chlorhydrate d'ammoniaque), il peut, à forte dose, exciter une violente inflammation de l'estomac, et, même à petite dose, il est encore très-dangereux et très-délétère en allant, par suite de son absorption, irriter directement les centres nerveux, sans doute en raison de l'ammoniaque même qu'il laisse dégager sous l'influence de l'alcalinité naturelle du sang.

x. Le foie de soufre (quintisulfurc de potassium). — Soit à l'état solide, soit en dissolution concentrée. — M. Orfila professe que le foie de soufre, ingéré à haute dose, peut parfois entraîner la mort sans se décomposer, mais à simple titre d'irritant de la muqueuse gastrique. Toutefois il ne manque pas non plus de reconnaître et de proclamer, d'accord avec la généralité des auteurs compétens, que, pour peu qu'il y ait une proportion notable d'acide dans l'intérieur de l'estomac (ce

qui doit être le cas le plus fréquent), le sulfure alcalin lue par le déga gement du gaz sulfhydrique, dont nous allons dire tout à l'heure la propriété stupéfiante et septique (D.

X. Le nitre (azotate potassique). — A. forte dose (32 à 48 grammes), il irrite violemment la muqueuse gastro-intestinale, et puis, par \oie d'absorption, va directement perturber et stupéfier les centres nerveux.

p. L'alun. — Agent irritant, sans doute, mais d'une énergie médiocre et à peine vénéneux, lors même qu'il est à l'état calciné, et à quelque dose que ce soit. En sorte que, à moins de conditions très fâcheuses et très exceptionnelles dans la constitution et la santé d'une personne , la gastro-entérite qu'il développe ne devient pas un mal mortel. C'est du moins ce qui résulte des expériences nombreuses que M. Orfila a faites sur des chiens. Toutes les fois que ces animaux n'avaient pas eu l'œsophage lié, et que, par conséquent, ils avaient pu vomir tout ou bonne partie de la dose d'alun qui leur avait été introduite dans l'estomac, ils ont très bien réchappé.

v. Les arsenicaux. — Nommons, avant tout, l'acide arsénieux (arsenic blanc), jmis l'arsenic métallique, son oxyde noir, et ses sulfures, puis encore l'acide arsénique, les arsénites et les arséniates; — poisons qualifiés d'irritans avec juste raison, généralement parlant, encore bien que certains d'entre eux, et notamment l'acide arsénieux, puissent quelquefois amener la mort indépendamment de la moindre trace de gastro-entérite, mais par une action toute spéciale qui succède à leur absorption. — Au surplus, Y Empoisonnement arsenical, vu tout à la fois et ses caractères spéciaux, et sa fréquence , doit avoir ci-après un article à part (art. III).

£. Les antimoniaux. — Le chlorure (beurre d'antimoine) est un escarrotique des plus puissans; et si jamais, par malheur, il pénétrait dans l'estomac, il ne manquerait guère d'en opérer la perforation. — Quant au tartre stibié, au verre d'antimoine, aux oxydes du même métal, au kermès et au soufre doré, à la poudre d'Algaroth (oxychlorure d'antimoine), au v in aniimonié. et a tant d'autres préparations antimoniales, ce sont là, certes, quand la dose en est trop considérable, autant de poisons irritans, mais non pas caustiques; ils nuisent par l'excès d'irritation émétocathartique, et peut-être aussi par quelque action spécifique, contro-slimulante, hyposthénisante, — ou que sais-je encore? — qui tient essentiellement à leur absorption , et qui paraît jouer un grand rôle dans leurs services thérapeutiques, et surtout dans leur emploi à haute dose. Celte inédicainenlaiion est particulièrement désignée sous le nom de stibiation(\'àî. B. o.). N'oublions pas de faire remarquerqu'à partlechlorure et le tartre stibié, les préparations aniimoniales retiennent toujours ou presque toujours de l'arsenic, métal ordinairement mêlé au minerai d'antimoine, etsonl ainsi d'autant plus vénéneuses, d'autant plus dangereuses a, employer. L)e là, surtout autrefois où les produits chimiques

s'obtenaient moins purs et moins parfaits qu'aujourd'hui, bien des mécomptes terribles , bien des catastrophes par trop déplorables , chez maints malades littéralement empoisonnés plutôt que médicamentés; de là un véritable martyrologe de l'antimoine, comme disait Gui Patin ; de là, sans doute, l'arrêt de proscription que, sur la requête de la Faculté, le parlement fulmina contre le métal de Basile Valentin.

o. Vmètine. — Cet alcali des ipécacuanhas se place naturellement à côté du tartre stibié , tant la ressemblance est complète entre les symptômes, et aussi entre les lésions anatomiques que les deux agens ont également pour effet de produire.

7T. Les mercuriaux. — Il en est qui, dès une certaine dose (et même, pour plusieurs d'entre eux, cette dose n'a pas besoin d'être bien forte et d'aller à 1 décigramme), se montreront plus ou moins caustiques et corrosifs, plus ou moins puissans pour développer une gastro-entérite violente, plus ou moins aptes, aussitôt après leur absorption, à déterminer des accidens nerveux de forme suraiguë : citons, par exemple, le bichlorure (sublimé corrosif), l'azotate et surtout l'azotate acide, le cyanure, le bioxyde (précipité rouge, ou précipité per se), etc. , etc. Du reste, caustiques ou non, dignes ou non du titre d'irritans dans toute la rigueur du terme (132. E. y.), tous les mercuriaux, lorsque l'économie reste soumise quelque temps à leur action, ne fût-ce qu'à de très-petites doses chaque jour, finissent tôt ou tard par produire un empoisonnement qui revêt des formes spéciales, qui a droit sans contredit de fixer particulièrement notre attention, et qui, sous le nom de Mercurialisme, sera ci-après l'objet d'un article à part, article depuis longtemps déjà annoncé à nos lecteurs (358. B. — et Zi30. A.), article IV du présent chapitre. Si quelquefois le mercure métallique en niasse traverse toute la longueur du tube gastro-intestinal sans se montrer aucunement vénéneux, sans agir autrement que comme un corps étranger proprement dit et qu'à titre de force mécanique (132. G. S.), c'est précisément à la condition de ne faire que passer, ou du moins de ne pas séjourner trop longtemps; car, au cas contraire, il peut aussi entraîner tous les accidens du mercurialisme, sans doute parce que, sous l'influence des organes digestifs et des fluides qui s'y trouvent contenus, il entre en quelque combinaison par le fait de laquelle il devient absorbable.

p. Les oxydes et sels de cuivre. — Accusons notamment le vert-degris naturel (carbonate), le vert-de-gris artificiel ou verdet (acétate), le vitriol bleu (sulfate), etc.; voilà autant de poisons éminemment propres à irriter, à enflammer l'estomac et l'intestin, mais qui, par voie d'absorption, agissent sur le système nerveux. Il nè paraît pas que le cuivre métallique, bien pur, bien décapé, soit vénéneux. En poudre fine, en menus grains, en petites pièces de monnaie, et, pour tout dire, d'un seul mot, en morceaux quelconques de formes arrondies et lisses, et

d'un médiocre volume, il peut fort bien être avalé impunément. Quoiqu'en aient dit certains médecins autrefois et de nos jours encore, c'est bien à tort que la nosographie érigerait la colique de cuivre à l'égal ou à l'instar de la colique de plomb comme une maladie d'une nature et d'un genre à part; car, en vérité, nos yeux et noire esprit ne sauraient guère voir autre chose qu'une entérite, et en général une des variétés les plus simples et les plus manifestes de l'entérite catarrhale pure (465 — et /166. B. y.), dans ces coliques auxquelles sont assez fréquemment sujets les ouvriers qui travaillent le cuivre (j'entends le cuivre rouge, — et non pas le cuivre jaune, alliage aujourd'hui si improprement mais si généralement désigné sous la qualification absolue de cuivre, alliage essentiellement composé de cuivre et de zinc, mais où il existe presque toujours du plomb , soit de provenance naturelle et à titre d'accompagnement presque inséparable de la pierre calaminaire, soit par addition faite à dessein dans le fourneau même du fondeur, double circonstance que les médecins dont je viens de parler me semblent avoir complètement ignorée ou méconnue). Ce n'est pas que nous n'ayons connu, que nous n'ayons consulté avec la plus sérieuse attention le mémoire de 31. le docteur Blandet la colique de cuivre {mémoire lu à l'Institut, séance du 17 février 1845). Mais, malgré la parfaite assurance avec laquelle M. Blandet adopte et proclame la doctrine contraire à la nôtre, nous ne saurions, en bonne couscience, le prendre pour un maître décidément orthodoxe, entre les mains dequi nous soyons obligés de faire abjuration. Effectivement, dans son mémoire, M. Blandet ne songe jamais, en parlant d'ouvriers qui travaillent le cuivre, à distinguer le cuivre rouge et le cuivre jaune, distinction si capitale et si essentielle; il a cependant été amené, par l'évidence des faits, à reconnaître que la fonte du zinc produit des accidens qui ne sont jamais dus à la fonte du cuivre rouge seul; mais il ne se doute pas du tout que le zinc et le cuivre jaune, tels qu'on les emploie dans le commerce, contiennent ordinairement du plomb. Son tableau des caractères de la prétendue colique de cuivre n'a rien de spécial , rien qui n'appartienne à l'entérite catarrhale et à la gastrite. Quant a ses observations, que sont-elles, tout bien considéré? Ou ce sont de vraies coliques saturnines, 1° par les symptômes, 2° par la profession même des sujets (Tourneur en cuivre, Polisseuse, etc.), ou bien ce sont de simples entérites.

Le plomb et ses composés. — Quelques sels de plomb, ingérés à forte dose, causent, ainsi que tant d'autres poisons irritans, un empoisonnement aigu où le premier rôle appartient à la gastro-entérite. Mais ce qui doit fixer davantage notre attention, ce qu'il y a de plus ordinaire â rencontrer dans la pratique, c'est l'empoisonnement lent qui, avec des formes symptomaliqucs toutes spéciales, se produit chez les personnes soumises, par état ou autrement, à l'influence quotidienne du plomb, de ses oxides ou de ses différons sels, ne fùl-cc qu'à doses cxiii. 2

trêmement petites chaque jour. Ce sera ci après le sujet de l'article V, sous le titre & Empoisonnement saturnin.

t. Quelques sels d'étain, de bismuth, d'urgent, et divers autres sels métalliques. — 1° Le proto-chlorure d'étain. Très irritant pour l'estomac et l'intestin ; de plus, absorbahle, et par-là exerçant directement sur les centres nerveux une action perturbatrice et meurtrière. — 2° L'azotate de bismuth (azotate cristallisé, azotate neutre). Ayant droit, assurément, d'être inscrit au nombre des poisons irritans, d'après les expériences de M. Orfila sur les chiens. Mais quant au sous-azotate de bismuth (magistère de bismuth , blanc de fard), c'est à tort que jusqu'à ces derniers temps il était réputé vénéneux, et que, par conséquent , il n'était administré comme médicament qu'à très petite dose (d'ordinaire quelques décigrammes; — 1 gramme tout au plus). Les observations de M. Monneret, qui en a poussé les doses jusqu'à 30 et 60 grammes par jour chez les personnes atteintes de diarrhée, de gastralgie, etc., servent du moins à démontrer que ce sous-sel insoluble , une fois bien lavé et bien pur , est une substance inoffensive ét qui ne ressortit pas le moins du monde à la toxicologie. — 3° L'azotate d'argent. Cathérétique trop connu pour j'aie besoin d'insister ici sur les dangers de son ingestion , fortuite ou criminelle , à dose tant soit- peu considérable. — h" Le chlorure d'or. Très analogue, en fait de qualités toxiques, au sublimé corrosif (tt), mais, ajouterai-je, infiniment moins actif, ainsi que l'affirme M. Orfilâ. — 5° L'or fulminant (au rate d'ammoniaque). Capable, même à faible close (20 à 30 centigrammes), de produire une violente inflammation et peut-être même la perforation du tube digestif, et d'ébranler mortellement le système nerveux. — 6° Le sulfate de zinc. Doué de la propriété émétique au plus haut point de violence, et, par cela même, peu meurtrier; car, en général, à peine est-il ingéré que les vomissements le rejettent. — 7° Le chlorure de zinc. Caustique des plus forts et des plus douloureux. Une fois introduit dans l'estomac, îl ne s'y montrerait pas moins terrible que le beurre d'antimoine et que la pierre à cautère. - 8" Enfin, le sulfate ferreux (vitriol .vert), le bichromate potassique, le chlorure de chrome, le molybdate d'ammoniaque; les sulfates de manganèse, de nickel et de cobalt; les sels de platine, etc. : toutes substances qui possèdent à un plus ou moins haut degré la puissance irritante, mais sur le compte desquelles je ne crois pas nécessaire ici d'en dire davantage.

u Maintes et maintes substances végétales de nature acre, drastique, ou dumoins quasi-drastique (l 32. G. x.) - Citons les principales d'entre elles les plus intéressantes à connaître. Je vais les énumérer dans l'ordre même où je les rencontre en parcourant la Botanique médicale de M. le professeur Ach. Richard. - 1° Racines de la plante vulgairement nommée pied-de-veau {Arum vulgare), et de plusieurs autres espèces du genre arum ou gouet {A. dracunculus, A. (taheum, A. «rbo-

rescens, etc., surtout lorsque les racines sont fraîches. — 2° Feuilles de la sabine, soit toutes fraîches, soit comme on les administre ordinairement, à titre de remède emtnénagogue, ou à litre de drogue abortive, sèches et réduites en poudre. — 3° Écorce de gnrou. — k° Gomme résine d'euphorbe, ce suc concret de VF. officinarum, ùeVE. antiquorum, de VF. canariensis, etc.; feuilles fraîches, graines ou huile d'épurge (Euphorbia lathyris, et de maintes autres espèces du genre Eùphorbia. — 5° Pignons d'Inde (graines du Jatropha curcas). — 6° Graines et huile de croton tiglium; les graines ici en question sont communément désignées dans le commerce de la droguerie sous les noms de grains de tilly , ou de petits pignons d'Inde. — 7° Suc laiteux du mancenillier. — 8° Feuilles et racines de dentelaire (Plumbago europœa). — Graliole officinale, vulgairement herbe à pauvre homme, ce violent éméto-calharlique, de la part duquel nous avons certainement à craindre des effets dangereux de superpurgation, et peut-être, en outre, chez les personnes du sexe, l'abominable production de tous les cruels et ignominieux symptômes de la nymphomanie (132. G. t.).

— 10° Résine de jalap. — 11° Racine de bryone (vulgairement -navet du diable). — 12° Coloquinte. — 13° Elaterium, cet extrait du concombre sauvage (Momordica elaterium), ce purgatif très en usage chez les anciens, mais aujourd'hui tombé en désuétude. — 14° Feuilles et extrait du sumac vénéneux (Mus toxicodendron et Mius radicans, deux espèces linnéennes aujourd'hui réduites à une seule sous la première dénomination (voyez la Botanique médicale de M. Ach. Richard).

— 15° Feuilles fraîches de l'herbe aux gueux [Clematis vitalba) (103. £. S.), et de plusieurs autres espèces de clématites {Cl. recta, Cl. flammula, etc.) —16° Graines de slaphisaigre (Delphinium staphisagria) ; elles doivent leurs propriétés toxiques à un alcaloïde que la chimie de notre siècle y a découvert et qui leur est propre, — en un mol, à la delphine. — 17" Gomme-gutte. — 18" Enfin, diverses plantes, acres et irritâmes sans doute, mais que pour mon compte, toutefois, si je m'attribuais là-dessus" une compétence souveraine, je renverrais, vu l'indépendance et l'importance de leur action spéciale sur le système nerveux, à la classe des poisons narcotico-âcres: telles sont, par exemple, bien des espèces de renoncules (Ilanunculusbulbosus, II. acris, R. sceleratus, R. flammula, R. philonotis vel sardous (l\5. G. , thora, R. arvensis, etc.) ; telles sont aussi quelques espèces d'anémones (Anémone nemorosa, A. pulsatilla, A. pratensis, A. sylvestris, etc.).

tp. La créosote. — Liqueur extrêmement irritante et quasi caustique. I'our peu qu'on la mette et qu'on la laisse en contact, toute pure, avec une surface muqueuse, celle-ci s'enflamme et s'ulcère.

/. Les cantharides. — Dans la substance de ces insectes-là , et ajoutons-le sur-le-champ, dans celle de quelques autres espèces de coléoplèrpsqui pourtant ne sont point on ne sont guère mises à profit en

pharmacie, non seulement nous voyons exister a un haut degré la propriété d'enflammer les tissus où se trouvent appliquées les diverses prépréparations pharmaceutiques dont ladite substance est la base, mais nous voyons exister aussi la faculté d'exercer par voie d'absorption une action spéciale sur l'appareil génito-urinaire, de le surexciter, de l'irriter d'une étrange manière. Aussi Y Empoisonnement cantharidien a-t-il une physionomie vraiment à part. Et voilà pourquoi j'ai cru à propos d'y consacrer ci-après un article entier (art. VI).

J,. Les moules. — Personne n'ignore que ces mollusques sont un comestible suspect qui parfois, et même constamment chez certaines personnes, détermine des accidens morbides plus ou moins graves, accidens de gastro-entérite , accidens d'inflammation cutanée (29û. C. — 311 (-;. 326. C. ), accidens de perturbation nerveuse. Et, bien plus, il n'est pas sans exemple qu'un tel empoisonnement aille jusqu'à entraîner la mort. Mais une question encore obscure, encore pleine de doutes et de controverses, c'est de savoir à quoi précisément les moules doivent leurs propriétés toxiques. Est-ce seulement lorsqu'elles ne sont pas très fraîches et qu'il s'y est déjà opéré un commencement de fermentation putride, bien réelle quoique infiniment peu apparente? Est-ce lorsqu elles contiennent dans leur coquille de très petits crabes , les p.nnalheres de Latreiile (Cuvier, Règne animal, t. IV, p. Û8) , réputés venimeux par le peuple des bords de la mer? Est-ce parce qu'elles se trouveraient imprégnées de vert-de-gris pour avoir habité sur la carène d un navire re couvert en cuivre? etc. , etc. Ou bien , au contraire, ne devons-nous, dans l'empoisonnement par les moules, jamais voir autre chose qu un phénomène d'idiosyncrasie morbifique (9ft. C.) ?

« Finalement, certains poissons et certains crustacés , qu on a pu , non sans raison , dire toxicophores. - Pourquoi les a-t-on donc ainsi hués? C'est qu'on a vu quelquefois survenir , chez les personnes avaient mangé, de véritables cas d'empoisonnement, qui fa aU y douter en toute évidence. Mais , quant à donner une ample et entière

"iL .leBlocb. - Voy. Cuvier, . °«™:^]±™±£

occurrence, on suppose qu'il a mange ^

EMPOISONNEMliNS PROPREMENT DITS. 21 csscniiel, d'engourdir, ou, comme on dildans l'école, de stupéfier le système nerveux, et cela en n'exerçant que peu ou point d'action irritante sur les tissus où ils ont été appliqués. Céphalalgie gravalive; nausées, vomissemens; engourdissement général; hébétude de la vue, de l'ouïe et des autres sens; vertiges; hallucinations; et, après une sorte d'ivresse furieuse ou gaie, somnolence, coma, carus, avec ou sans fièvre , mais le plus ordinairement avec des cris plaintifs et des accès de convulsions; quelquefois, mais à litre de cas rare, mutisme d'un ou deux jours de durée, avec les yeux tout grands ouverts , et les autres apparences de l'état de veille : voilà les symptômes fondamentaux de l'empoisonnement produit par les narcotiques. Il va sans dire qu'un empoisonnement de cette sorte se nomme narcotisme. Mais je crois important de faire remarquer, avec M. Orfila, que la dilatation de la pupille n'est pas, comme l'avaient pensé certains médecins, un phénomène constant et nécessaire en cas de narcotisme : non seulement la pupille peut alors rester avec sa grandeur naturelle, mais même, quelquefois, elle se montre resserrée. Maintenant , pour clore celte notion générale des poisons narcotiques, observons que leur action ne peut avoir lieu qu'à raison de leur absorption? Cela dit, venons-en à indiquer rapidement les divers poisons que M. Orfila range dans la classe en question et qui sont les suivans:

«. L'opium. — Parmi les nombreux principes immédiats qui le composent, nous devons surtout accuser ici la morphine, la codéine , et la paramorphine ou thébaïtie; trois alcalis azotés dans lesquels réside principalement, à ce qu'il paraît, la propriété spécifique et toxique de cette substance tout à la fois si dangereuse et si utile.

6. Les narcotiques à base de cyanogène (132. G. a.). — Acide cyanhydrique. — Eau salurée de cyanogène. — Cyanure de potassium. — Eau distillée et huile de laurier- cerise. — Amandes amères et surtout leur huile essentielle.

y. La jusquiame. — Il s'agit particulièrement de l'espèce commune et officinale, jusquiame noire (Hyosciamus nigerL.), vulgairement nommée hanebane. Quand cette plante est prise fraîche et en pleine végétation, le suc de ses feuilles et surtout de ses racines, leur décoction, leur extrait bien préparé au bain-maric, sont autant d'agens propres à déterminer le développement d'un narcotisme plus ou moins grave; mais, il importe fort de le noter, quand on recueille la plante à une époque de végétation trop peu avancée, pu qu'elle est trop desséchée, elle n'a que peu ou point de vertu narcotique, et voilà précisément pourquoi les extraits de jusquiame de maintes officines se sont montrés à l'observation inertes et parfaitement innocens. — La jusquiame blanche (Hyosciamus albus), la jusquiame dorée (//. aurcus), et d'autres espèces encore, ne se montrent pas moins vénéneuses que la jusquiame noire. — Il existe dans les jusqniames un alcali azoté sui generis, l'hyosciamine, dont dépend évidemment leur puissance toxique.

(5. La solanine. — Alcali azolé qui se trouve dans les baies de douceamère (Solarium dulcamara) , de morelle noire (S. nigrum) , et de quelques autres espèces du même genre (S. miniatumyS. verbascifolium,e[c). A la dose de quelques décigrammes, la solanine produit chez les chiens les phénomènes du narcotisme. Elle paraît avoir beaucoup d'analogie avec la belladone en ce qui concerne particulièrement son action sur le sens de la vue : elle amène Pamaurose et dilate notablement la pupille. Quoi qu'il en soit, elle nous rend parfaitement compte des empoisonnemens qui se sont quelquefois fait observer, surtout chez déjeunes en fans, par suite d'une ingestion copieuse des baies ci-dessus désignées, empoisonnemens à l'égard desquels certains auteurs n'avaient pas laissé que de témoigner une sorte d'incrédulité.

t. La laitue vireuse. — Douée incontestablement d'un pouvoir narcotique , mais à un degré médiocre. Son extrait, préparé avec le plus d'art et le plus de soin possible, ne fait périr les chiens que si on le leur administre à la dose de plusieurs grammes.

Ç. Les feuilles de l'if. — Le suc qu'on en exprime lorsqu'elles sont fraîches, et l'extrait bien et dûment préparé à l'aide du bain-maric sont, sans contredit, des agens narcotiques, qui, à la dose de 4 grammes environ, commencent déjà, on en cite des exemples, à manifester chez l'homme leur propriété. Toutefois, il faut le remarquer, l'if n'est pas un arbre aussi malfaisant que l'ont dit les anciens. Ses baies, en particulier , semblent être parfaitement innocentes. Combien de fois n'a-t-on pas vu des enfans en manger en abondance sans éprouver ensuite aucune incommodité! Son ombrage, bien loin d'être mortel aux voyageurs qui viennent y chercher quelques heures d'abri et de repos, leur occasionne tout au plus une légère céphalalgie.

75. Le safran. — Reconnu également pour posséder une vertu narcotique , mais, sans aucun doute, très peu forte, et d'ailleurs très peu mise en évidence par les doses ordinairement prescrites.

0. Le chanvre. — Quoique oubliée par M. Orfila, quoique passée sous silence dans le traité de cet illustre et savant toxicologiste, voilà pourtant encore une plante qui nous paraît mériter mention parmi les poisons narcotiques. Lorsqu'on reste exposé pendant un certain temps aux émanations d'une chenevière, on se sent pris de céphalalgie , de vertiges, etc.; en un mol , on éprouve les symptômes d'un commencement de narcotisme ou d'ivresse ; effet d'autant plus prompt à se déclarer, et d'autant plus prononcé, que la contrée est plus méridionale! Caries climats froids ne produisent qu'un chanvre peu ou point vireux. Mais en Orient, et notamment chez les Égyptiens, les feuilles et les graines de chanvre font la base de certaines préparations enivrantes, bien signalées, il y a déjà plus de deux siècles, par Prosper Alpin (De medicina Jïgyptiorum. — Lib. IV, c. 2), et entre lesquelles nous devons aujourd'hui citer particulièrement lê haschisch comme étant le plus en renom et comme

avant été, dans ces derniers temps, le sujet d'un très intéressant ouvrage de M. Moreau de Tours.

i. La quinine et ses sels, notamment le sulfate, qui, d'entre eux tous, est jusqu'à présent seul ou à peu près seul en usage, et que par conséquent nous devons prendre pour base de démonstration et de description de l'empoisonnement quinique. — Voilà encore des agens que, sous un certain rapport, nous devons accuser et classer ici, bien que les traités spéciaux de toxicologie proprement dits n'en fassent pas du tout mention. La science est habituée à les considérer en tant que médicamens précieux et héroïques, non pas en tant que poisons. Cependant, il n'est que trop vrai, la médicamentation quinique, poussée jusqu'à des doses excessives, produit réellement une sorte de narcotisme, et peut , comme on en a déjà vu trop d'exemples, devenir meurtrière.

C. Poisons narcotico-âcrcs : ainsi peut- on fort bien désigner, avec autant de précision que de clarté, ces poisons qui possèdent la double propriété et d'enflammer les tissus sur lesquels ils se trouvent appliqués et de produire un état de narcotisme (B.). Mais M. Orfila l'avoue luimême : indépendamment de ceux-là , il a rangé sous le même titre , comme l'a fait d'ailleurs plus d'un auteur avant et depuis lui, divers autres poisons auxquels la précédente définition est bien loin de convenir, et dont l'action n'a que peu ou point d'analogie avec le narcotisme , mais présente un caractère vraiment à part. En sorte que la classe des poisons dits narcotico-âcres , telle que nous la voyons aujourd'hui admise dans l'école, rassemble et rapproche, d'une façon plus arbitraire que naturelle, des choses disparates et impossibles à soumettre au lien commun d'une définition méthodique et rigoureuse. Quoiqu'il en soit, voici les principaux poisons de ladite classe : j'allais dire, les voici tous, si je. ne devais pas en omettre quelques uns de fort peu importans ou à peine connus.

a. Le cyanure d'iode. — «< C'est un corps extrêmement iriutant, » produisant la mort, chez quelques animaux , avec une rapidité élouo liante. «Ainsi conclut l'auleurdu seul mémoire que nous connaissions sur ce sujet (Scoutetten, Mém. sur le cyanure d'iode et sur ses effets toxiques. Dans les Archives , sept. 1825). Les lapins et les chiens que cet expérimentateur empoisonna avec le cyanure dont il s'agit, tombaient sur le champ dans les convulsions, poussaient des cris plaintifs, puis expiraient au bout de quelques minutes.

%. La rue {Iiuta graveolcns). — (1 32. G. <p.). — Outre son âcrelé bien ronnue , outre ses propriétés émélo-cathartiqucs et aborlives , cette plante a un certain degré de vertu narcotique , dont M. Orfila s'est as' suré dans plusieurs expériences sur les chiens.

y. V aconit. — C'est surtout de l'aconit napel qu'il doit être question. Culiivée dans les jardins d'agrément et employée en médecine, celle espèce esi celle qui , jusqu'ici , a éié une cause d'accidens plus

2U PATHOLOGIE MÉDJCALf.

nombreux, un objetdcplus nombreuses expériences. Quelques auteurs, M. Richard entre autres, la proclament comme la plus vénéneuse de toutes les renonculacécs. Toujours est-il que le suc de ses feuilles et de ses racines , non seulement lorsqu'il est tout frais , mais encore après qu'il a été épaissi en consistance d'extrait avec tout le soin convenable , mérite à un très haut degré le litre de poison narcolico-âcre, dans la plus stricte rigueur du terme. Un alcali azoté, l'aconitine, y existe et en estle principe actif. — D'autres espèces, au surplus (A. cammarum, A. nnthora, A. lycoctonum, etc.), ne se montrent guère moins vénéneuses que le napel.

8. Hellébore noir. — La racine qui se trouve aujourd'hui sous ce nom dans nos officines n'est point précisément la même que celle qui fut en si grand usage dans l'antiquité. Les anciens employaient une espèce qui croissait et qui croît encore en abondance dans la Grèce, l'i/cV/eôorus orienialis. Et nous, nous employons l'espèce communément cultivée dans les jardins et dont la fleur se nomme rose de Noël [Helleborus niger). Quoi qu'il en soit, la racine de celle plante indigène, tout aussi bien que le fameux ellébore d'Anlicyre, est, à certaine dose, un drastique d'une héroïque énergie, et, à dose encore plus forte, un poison narcotico-âcre. — D'autres espèces du même genre se montrent également vénéneuses : citons notamment Y Helleborus fetidus.

e. Les ciguës. — 1" La grande ciguë (Conhim maculcdum) , celle-là même qui fut chez les Grecs un moyen d'exécution du suprême supplice, et que la mort de Socratc rend à jamais fameuse ou plutôt infâme dans les fastes de l'histoire. Elle doit ses propriétés toxiques à la conicine, principe immédiat qu'on en a isolé il y a quelques années, et qui est un liquide d'une couleur jaunâtre , d'une consistance oléagineuse, d'une saveur acre et corrosive , et d'une alcalinité extrêmement prononcée. D'après les expériences de M. Chrislison, la conicine irrite vivement les points où elle est appliquée; puis, elle va par voie d'absorption exercer une action spéciale sur la moelle épinière; elle amène immédiatement, sans' accès convulsifs ou tétaniques, une paralysie générale des muscles de la vie animale, y compris les muscles respiratoires, d'où la mort par asphyxie. La conicine est presque aussi promplement meurtrière que l'acide cyanhydrique : quelques gouttes sur l'œil tuent un lapin ou un chien au bout de trois à quatre minutes. Le suc frais de la grande ciguë et son extrait bien préparé produisent, pourvu que la dose soit suffisante, des effets analogues, quoique moins rapides. Toutefois, il faut le remarquer, plus on s'avance vers le Nord, plus la grande ciguë perd de son activité délétère, à tel point qu'en Russie , dit-on , les paysans ont coutume de la manger en salade : sans doute que sous les froids soleils des latitudes septentrionales elle engendre moins de conicine, comme le pavot mains de morphine. — 2" La petite ciguë [jEthum cynapium L. — Ciguë des jardins, Faux persil ). Non moins vénéneuse que la précédente,

EMPOISONNEMENS PROPREMENT DITS. 2o

ci peut-être même plus digne de malédiction, parce qu'elle est sujette à croître naturellement dans les jardins potagers, et qu'avant sa floraison elle peut facilement être prise pour du persil. — 3° La ciguë ou cicu taire aquatique (Cicuta virosa L. —Cicutaria aquatica Lamarck). Sujet principal de l'excellent livre de Wepfcr (1209). Plus active et plus délétère que la grande ciguë. Malheur à ceux pour qui sa racine, blanche, charnue et aiongée, devient un sujet de méprise, et qui la recueillent et la mangent pour du panais. Il est bon de noter (vous verrez tout à l'heure pourquoi ) que l'atlas de la Médecine légale de M. Orfila donne une figure exacte de la cicutaire aquatique (lab. xi bis). — 4° La ciculaire tachetée (Cicutaria maculàta), Originaire de l'Amérique septentrionale, mais cultivée dans presque tous nos jardins botaniques. Figurée et donnée pour l'espèce précédente par Bulliard ( Herbier de la France, planche 151), et par d'autres qui n'ont fait que le copier. Bien figurée sous son vrai nom dans l'atlas , ci-dessus cité, de M. Orfila (tab. xi). Au surplus , sous le rapport des qualités vénéneuses , il n'y aaucune différence entre les deux espèces de cicutaire que je viens de mentionner.

Ç. Vœnanthesafranée (Œnanthe crocata) — Encore une plante éminemment narcolico-âcrc, et l'une des ombellifèros les plus •vénéneuses. Bien des fois mal en prit à ceux qui cueillirent et mangèrent sa racine pour une racine de panais ou de quelque autre ombellifère comestible. Bien des fois ils payèrent de leur mort une si fatale méprise. — D'autres espèces du genre OEnanthe doivent pareillement nous être fort suspectes, notamment, par exemple , YOEnanthe apiifolia et YOEnanthe phellandrium (Phellandrium aquaticum L.).

■n. Le laurier-rose. — Arbrisseau aussi vénéneux que l'aspect en est gracieux et attrayant. D'autant plus vénéneux que la contrée où il se trouve croître est plus méridionale, et que la nature seule l'y fait croître sur un terrain sauvage. C'est là, nous assure-t-on, que, par la simple influence de ses émanations, il peut devenir mortel aux voyageurs imprudens qui se reposent cl dorment sous son ombrage. Mais il paraît que, hors des climats chauds cl par l'action de la culture, il perd beaucoup de sa puissance délétère. Quoi qu'il en soit, ses propriétés toxiques l'imprègnent tout entier; elles résident également dans les feuilles, dans l'écorec, dans le bois. D'après les expériences de M. Orfila, l'extrait aqueux, la poudre et l'eau distillée de laurier-rose sont autant de poisons auxquels s'applique très exactement la qualification de narcolicoâcre; seulement ces trois préparations n'ont pas, 'a dose égale, le même degré d'énergie meurtrière; celle énergie décroît suivant l'ordre dans lequel je viens de les nommer.

9. Les sotanéci naveotico-ûcres , nu prétendues telles. — 1" La belladone (Atropa Ulladma), l'eu ou point acre, cependant, d'après les expériences mêmes de M. Orfila; aussi, pour mon compte, me semble-

rait-il mieux de la classer parmi les narcotiques purs. Elle doit sa propriété narcotique à un alcali azoté, l'atropine, qui a pour effet constant de dilater la pupille. Toutes les parties de la plante sont également vénéneuses. Mais ce sont surtout les fruits qui donnent le plus ordinairement lieu à de funestes accidents ; car leur ressemblance avec les guignes et leur saveur douceâtre sont un piège où se prend aisément la gourmandise des cnfans. — 2° La mandragore (Atropa mandragora). Plante jadis en grand renom pour un fabuleux mérite, celui de remédier, croirait-on, à la stérilité des femmes. Toujours est-il qu'elle possède incontestablement une puissance narcotique fort semblable à celle de la belladone, quoiqu'elle ne soit plus mise à profit par la médecine. — 3° Le stramonium [Datura stramonium). Autre plante qui, sous le rapport de ses effets toxiques, ne diffère que peu ou point de la belladone. Elle a aussi un alcali qui lui est propre, ladaturine. Son fruit, fort connu sous le nom de pomme épineuse, renferme de nombreuses graines, qui paraissent être une des parties les plus actives de la plante. La poudre de ces graines a plus d'une fois servi la criminelle industrie des voleurs ; ils la mettent dans le vin pour endormir profondément les dupes qui s'attablent avec eux, et pour les dépouiller ainsi sans coup férir. Ajoutons que les autres espèces de datura (D. tatula, D. fastuosa, etc.) sont pareillement vénéneuses. — h" Le tabac. Poison vraiment narcotico-âcre, dans toute la rigueur du terme. Son principe actif a été bien isolé et bien reconnu par la cbimie de notre époque; c'est la nicotine, substance liquide et volatile, très acre, très alcaline, et dont une seule goutte suffit pour tuer un chien. Dans les feuilles fraîches du tabac, la nicotine se trouve combinée, à ce qu'il paraît, avec l'acide acétique. Par suite de la fermentation à laquelle ces feuilles sont soumises dans la manufacture, un développement d'ammoniaque a lieu, et la nicotine est mise en liberté, ce qui donne au tabac plus de montant, plus d'âcreté , plus d'énergie toxique. Au surplus, la nicotine a été trouvée, non seulement dans le Nicotiana tabacum, mais aussi dans d'autres espèces du même genre , et notamment dans le Nicotiana rustica.

t. La digitale pourprée. — Plante, à la fois très irritante et très narcotique, et qui paraît avoir une propriété spécifique à l'égard du cœur, la propriété d'en rendre les battemens plus rares (132. G. v.). Mais ce dernier effet, il faut l'avouer, est loin d'être constant. Il a manqué dans bien des cas d'empoisonnement par la digitale; il a manqué dans bien des observations recueillies chez l'homme, comme dans bien des expériences faites sur les animaux.

x. Le mouron des champs (Anagallis arvensis, A. cœrulea, etc.). — L'extrait obtenu en faisant évaporer au bain-marie le suc de cette herbe doit être considéré, d'après les expériences de M. Orfila, comme un poison narcotico-âcre. Un chien robuste, de moyenne taille, périt en

EMPOISONNEMENS PROPREMENT DITS. *l

moins de vingt-quatre heures, pour avoir avalé douze grains d'un semblable extrait.

X. L'aristoloche clématite (Aristolochia clematitis). — Encore daprès le même observateur, la racine fraîche de cette aristoloche est un poison narcotico-âcre. En serait-il ainsi de toutes les autres espèces du même genre?

F. L'ognon de scille. — Drogue très irritante, très puissamment éméto-calhartique, mais à laquelle, outre cela, M. Orfila se croit en droit, d'après ses expériences, d'attribuer une action spéciale sur le système nerveux, — action s'opérant par voie d'absorption, se manifestant en accès de convulsions, et due, suivant notre auteur, à la scillitine, principe immédiat qui n'est ni acide ni alcalin.

v. Les colchicacées : plantes chez lesquelles il existe un alcali particulier, la vératrine, qui se montre extrêmement acre et irritante, et qui paraît aussi exercer sur le système nerveux une action spéciale très délétère. 1" Le colchique automnal, ou tue-chien (Colchicum autum-

nale). Ses bulbes sont assurément, très vénéneux, lorsqu'ils ne sont ni trop jeunes, ni trop passés et devenus tout flasques, mais en pleine maturité, c'est-à-dire vers le mois d'août (je parle pour nos climats) : cette funeste propriété, ils la doivent surtout à la vératrine, qui alors y abonde à l'état de gallate acide, mais qui n'y existe pas à toutes les époques de la végétation et paraît se modifier par la dessiccation; et voilà pourquoi certains observateurs ont pu les trouver et les dire exempts de qualités malfaisantes. Les graines de colchique ne laissent pas non plus que d'être dangereuses; elles contiennent un autre alcali, fort distinct de la vératrine, et qui a reçu le nom de colchicine. — 2° L'ellébore blanc [Veratrv.ra album). Ce n'est certes pas à tort que les anciens placèrent la racine de cette colchicacée tout à côté de l'ellébore noir (S) , et la confondirent en quelque sorte avec celui-ci sous la même dénomination générique, au point de vue des effets de purgation drastique et de perturbation nerveuse. Tout ces effets-là sont les mêmes par l'administration de l'une et l'autre drogue. Mais, ce que, dans la racine d'ellébore blanc, nous avons à reconnaître comme l'agent principal, sinon unique, de la puissance toxique ou médicamenteuse, c'est encore, ainsi que dans lesbulbesde colchique, la vératrine à. l'état de gallate acide. — 3° La cévndiile [Veratrum sabadilla de Retz. — Orfilia sabadilla de Descourlils, Flore médicale des Antilles, 1x9e livraison). Les graines de cévadille, réduites en poudre, — (pondis de capucin), — n'ont guère d'emploi qu'à titre de topique pour la destruction des poux. Et encore a-t-on vu quelquefois, par suite d'une application démesurée et imprudente de cette poudre sur la tête, survenir un violent érysipèlc du cuir chevelu, ou bien, sans érysipèle et rien que par voie d'absorption, des vertiges , des convulsion et même la mort. Quoi de plus simple à comprendre, puisque çe§ graines donnent à l'analyse une forte proportion de véra-

28 l'ATilOLOGlli MÉDICALE.

iriiie ? Elles contiennent , en outre , un autre alcali, la sabadillinc , qui probablement a une certaine part d'influence délétère, et qui, au surplus, existe aussi dans la racine d'ellébore blanc et dans les bulbes de colchique.

£. V ivraie (Lolium temulentum). — Graminéc honnie et maudite de temps immémorial comme un type de méchanceté et de corruption. Nul doute que les graines de cette plante n'aient une certaine acmé; qu'elles ne contiennent un principe vireux , enivrant , narcotique. En mélange avec le seigle ou le blé, elles ont bien des fois causé des accidens graves. Mais ces accidens ont-ils jamais été jusqu'à produire la mort ?

<?. Les poisons strychniques . — (132. G. S. ). — Ainsi grouperai-je sous un titre commun : 1° la strychnine; 2° la brucine.qui, sous le rapport pharmaceutique et toxicologique , est un parfait succédané, j'allais dire un équivalent de la strychnine, à cela près qu'elle diffère de celleci par un moindre degré d'énergie à dose égale; 3° les diverses substances dont l'un ou l'autre de ces alcalis fait partie , telles que la noix vomique, la fève de Saint-Ignace, l'upas tieuté, la fausse angusture, etc. Tous poisons amenant le même genre d'accidens, le même drame d'accès tétaniques. Au surplus, Y Empoisonnement strychnique aura ci-après, et avec toute raison assurément, son article à part (art. YIII).

7T. Les poisons dits américains. — En usage parmi les naturels de l'Amérique méridionale pour enduire la pointe des flèches. — C'est, par exemple, le licunas, signalé, il y a déjà un siècle, par l'illustre voyageur La Condamine, et que Fontana (1209) a expérimenté sur les animaux; le ticunas, en si grand et si terrible renom le long du fleuve des Amazones. C'est aussi le woorara.quc préparent les Indiens delà Guyane anglaise, et qui ne paraît pas être bien différent du ticunas. Troisièmement, enfin, c'est le curare, célèbre et redouté dans le bassin de l'Orénoque. Les poisons américains sont des extraits de plantes, assurément. Mais de quelles plantes? Voilà une question sur laquelle la science ne possède jusqu'ici que peu ou point de renseignemens positifs. Le mode d'action de ces poisons n'est pas non plus un point parfaitement mis en lumière. Toutefois, M. Orfila conclut, d'après les recherches jusqu'à présent publiées : 1° qu'ils agissent tous d'une façon semblable ou à peu près; 2" qu'ils affectent la moelle épinière plutôt que le cerveau, et qu'ils tuent en produisant une prompte paralysie du système musculaire, et, parlant, l'apnée.

p. Vt/pas antiar. — C'est le suc de VAntiaris toxicaria, arbre qui appartient à la famille des urticées, et qui croît dans l'île de Java. Les Javanais l'emploient , de pair avec l'upas tieuté (o), pour armer leurs flèches, et les rendre infailliblement meurtrières. Poison terrible, il n'en faut qu'une goutte dans le tissu cellulaire pour faire périr un chien en quelques minutes. Mais, à l'inverse de l'upas ticulé, qui tue par le téta-

EMPOISONNEMENS PROPREMENT DITS. 29 nos, l'upas antiar lue par des accès de convulsions cloniqtics, ou convulsions proprement dites (66. C).

ç. Le camphre. — Vénéneux sans doute , mais seulement à dose un peu haute. En fragmens, il est capable d'enflammer et même d'ulcérer la membrane muqueuse de l'estomac. En dissolution ou en suspension dans un véhicule d'ailleurs innocent, — dans une huile, par exemple, ou un jaune d'oeuf, — il est absorbé et agit sur les centres nerveux ; alors, a la dose de 8 ou 10 grammes, il détermine constamment, chez le chien, des convulsions horribles, et presque toujours la mort.

t. La coque du levant. — Fruit d'un arbrisseau sarmenteux (Menispermum cocculus L. ) qui croît dans l'Inde. La propriété vénéneuse de ce fruit est due à la picrotoxine, principe immédiat qui, contre la règle ordinaire en cas semblable, ne contient pas d'azote et n'est point un alcali, mais paraît plutôt jouer le rôle d'acide. La coque du Levant et la picrotoxine se montrent capables, l'une et l'autre, de faire périr les animaux de toute espèce, poissons, grenouilles, crocodiles, oiseaux, chèvres, chiens, etc. Les chiens, par exemple , tombent en proie à des accès de convulsions violentes avec opisthotonos , accès qui se répètent à très courts intervalles, et auxquels la mort ne larde pas de succéder. On sait que dans l'Inde la coque du levant sert communément d'appât pour la pêche, les poissons qui l'avalent se trouvant sur-le-champ jetés dans un état de torpeur profonde.

u. Les champignons vénéneux , — dont voici les principales espèces. Dans le genre Amanite : 1" l'amanite fausse oronge {Amanila muscaria de Pcrsoon , Agaricus muscarius L.) , (132. G. «.); 2° l'amanite bulbeuse (Amanita venenosa de Persoon, Agaricus bulbosus de Bulliard), espèce qui comprend, suivant SI. Achille Richard , plusieurs variétés, trois très communes, l'une blanche (Oronge ciguë blanche, de Paulet), la seconde citrine (Oronge ciguë jaunâtre, du même), la troisième verdâtre (Oronge ciguë verte, du même), et quelques autres rares et, partant, peu connues (l'oronge croix de Malle, l'oronge souris, l'oronge peaussière de Picardie, l'oronge dartreusc, l'oronge blanche ou citronnée, l'oronge à pointes de trois-quarls, et enfin l'oronge à râpe). Dans le genre Agaric : 1" la lèie ùu Méduse (Agaricus annularis); 2" l'oreille de l'olivier (A. olearius); 3" l'agaric brûlant (A. urens) ; W l'agaric meurtrier (A. necator); 5° l'agaric caustique (A. pyrogalus); 6° enfin, l'agaric slyptique (A. stypticus), qu'il ne faut pas confondre, comme on l'a fait pourtant dans certains ouvrages spéciaux de matière médicale, avecl'amadouvicr (BolctusigniarimL. — Polyporui igniarinsda Frics), communément mais très improprement qualifié d'agaric. — Voyez les figures de ces diverses espèces de champignons dans lesplanchesde la Médecine légale de 51. Orfila (pl. xivxix). — Rien de plus variable, rien de plus polymorphe, il faut le dire , que la manière dont se produisent les empoisonnemens dus aux champignons. Sans doule que la nature des symptômes tient, en grande par-

lie du moins, à ce que telle ou telle espèce de champignons est la cause de l'empoisonnement ; mais, à cet égard, la science est bien loin d'être faite, bien loin d'être nettement établie. Elle rencontre là des difficultés d'autant plus grandes que, dans bon nombre de cas, plusieurs sortes de mauvais champignons concourent ensemble à l'empoisonnement. En somme, donc, et sans prétendre à distinguer éliologiquemenl les formes symptomatiques si diverses de l'empoisonnement par les champignons, voici ce qu'on observe : tantôt les phénomènes d'une gastro- entérite plus ou moins violente (tranchées, vomissemens, selles répétées, etc.); tantôt, avec ou sans gastro-entérite, toutes les phases du narcolisme le mieux caractérisé (B.); tantôt, enfin, quoique avec intégrité des sens et de l'intelligence, une scène affreuse de convulsions atroces, une asthénie soudaine, et des lipothymies qui ne tardent pas d'aboutir à la mort. En général , ces effets ne se manifestent que cinq , sept , douze ou même vingt-quatre heures après l'ingestion des champignons. Il importe de remarquer que le vinaigre, l'eau salée et l'éther sulfurique rendent innocens les champignons les plus vénéneux, en dissolvent la partie active, et se changent ainsi en liqueurs empoisonnées. D'où il suit , notons-le dès h présent , que, dans le traitement d'un empoisonnement dû aux champignons, il ne faut administrer l'eau vinaigrée et les potions éthérées qu'après que ce mets perfide a été évacué par haut ou par bas, soit naturellement, soit à l'aide des remèdes éméto-catharliques.

cp. Vergotde seigle. — Résultat d'un pur et simple vice de nutrition, d'une pure et simple hétérolrophie delà graine, suivant les uns; champignon parasite, suivant les autres, — Sclerotium clavus Decandolle, Sphacelia segetum Léveillé, Spermœdia clavus Fries. — Objet de controverses sérieuses et encore flagrantes sous le rapport toxicologique non moins que sous le rapport botanique. — Si nous devons en croire M. Bonjean de Chambéry, l'ergot, récemment développé , n'est pas encore vénéneux, et il ne le devient qu'après avoir mûri en quelque sorte plusieurs jours sur le seigle, ce qui rendrait parfaitement compte du désaccord des observateurs touchant les effets malfaisans du seigle ergoté. Toujours est-il que des expérimentateurs très dignes de foi assurent avoir empoisonné, avec l'ergot de seigle, divers animaux (chiens, moineaux, coqs, poulets, grenouilles, etc.) , qui périrent ainsi dans les convulsions et dans une sorte de narcolisme. Mais il faut une dose considérable, 15 à 16 grammes, pour produire immédiatement, chez des animaux de grande taille, tels que les chiens, un degré sensible d'empoisonnement. Une des expériences de M. Bonjean conduit à croire que la cuisson atténue, assurément , l'énergie toxique de l'ergot ; ce qui , au surplus , je dois le dire, avait été déjà, il y a de cela plus de cinquante ans, fort bien reconnu expérimentalement par l'abbé Tessier, l'illustre agronome, et consigné en termes exprès par lui dans son Traité des maladies des grains (1280), page 151. Toutefois, nous n'en devons pas moins . sur

BMPOISONNËKÎÈNà PROPREMENT DTTS. 31

Je témoignage de tant d'épidémiographes savans et éclairés, et d'après l'opinion même de Tessier, regarder comme bien certaine et bien avérée la réalité des accidens graves qui , par suite de l'usage quotidien d'un pain où entrait une forte proportion de seigle ergoté, décimèrent maintes fois de pauvres et malheureuses populations. C'est ce que nous nous réservons de considérer particulièrement dans l'article IX du présent chapitre (art. Ergot isme). — Le pain fait avec du seigle ergoté offre des points, des taches, et, pour ainsi dire, des noyaux de couleur violette; quelquefois même il se trouve imprégné de celte teinte dans la totalité de sa mie. Il a un goût de pourri , qui laisse dans la gorge une âcrelé très tenace. Il ne possède sensiblement l'odeur de l'ergot qu'autant que celui-ci y entre pour moitié environ : ainsi du moins l'affirme l'abbé Tessier.

z. V alcool. — Voyez ci-après l'article X, qui, sous le titre A' Empoisonnement alcoolique, donnera la description et le traitement des accidens produits dans l'économie animale par l'alcool, ou plutôt (car c'est là le cas ordinaire et pour ainsi dire journalier) par les boissons dont l'alcool est la base.

iL. L'éther sïtifurique. — Liqueur assurément fort dangereuse et fort meurtrière, une fois au-delà d'une certaine dose. Mais son action à dose toxique n'est encore connue que par un trop petit nombre d'observations, pour que nous la considérions comme parfaitement mise en lumière. Elle paraît être fort analogue à celle de l'alcool, si tant est même qu'elle ne soit pas identiquement semblable. — Est-ce à côté de l'éther sulfurique que la toxicologie devra classer le chloroforme, ce liquide pour ainsi dire merveilleux , aujourd'hui préféré et, en effet, préférable à l'éther comme agent d'anesthésie chirurgicale? Que le chloroforme soit, au fond, un poison ; qu'il puisse, dans certaines circonstances et à certaines doses, devenir, en raison même de sa vertu stupéfiante, un instrument de mort, par les voies respiratoires, ou par les voies digestives : voilà qui est certain. La théorie devait le prévoir, et l'expérience l'a démontré, mais, par bonheur pour l'humanité, pas encore assez de fois pour que la science soit parfaitement édifiée sur le mécanisme et la nature de cette action toxique.

w. Enfin, divers gaz, peu ou point irritons pour la muqueuse avec laquelle ils entrent en contact, mais particulièrement hostiles au système nerveux, dont l'action, par suite de leur rapide absorption, est aussitôt détraquée, affaissée, anéantie. Pourquoi les inscrire tous ainsi dans la classe des poisons narcotico-âcrcs? En vérité, je dois l'avouer, cela peut souffrir bien des objections, et il s'en faut beaucoup que je prétende les réfuter. Quoi qu'il en soit, voici les gaz en question : 1° le protoxyde d'azote, ou gaz Mariant (132. G. y.), qui, chez certaines personnes, s'est même montré de prime abord ce qu'il doit finir par être pour toutes, à savoir, une cause de céphalalgie, de vertige et de lipothymie;

— 2° le gaz hydrogène phosphore, Pli 113, qui paraît à M. Orfila devoir agir de la même manière que le phosphore très divisé (A. a.); — 3" le gaz hydrogène arsénié, délétère à la façon de tous les arsénicaux (A. •;.), et avec autant de promptitude que d'énergie; — h° le gaz hydrogène hicarhoné, dont la nature vénéneuse a été mise hors de doute par M. Tourdes à l'aide d'expériences faites en règle sur des lapins et des pigeons, et que cet auteur a consignées dans un opuscule ad hoc (1292);

— 5° le gaz acide carbonique, vénéneux à tel point que, s'il est mêlé dans la proportion d'un cinquième à un volume donné d'air respirable, il fait périr en deux ou trois minutes les animaux plongés dans une semblable atmosphère ; ainsi cst-il la cause principale de l'asphyxie dans un local trop plein de monde et trop peu aéré, où la respiration de tant de gens le verse et l'accumule de minute en minute; — 6° le gaz oxyde de carbone, qui se produit, comme on sait, par la combustion du bois, du charbon, du gaz éclairant, elc. , et qui, dans les expériences où l'on en étudie sur les animaux l'action isolée, montre une énergie toxique encore plus intense que celle de l'acide carbonique ou de l'hydrogène bicarboné.

I). Poisons septiques (ï.rnznxâ, c'est-à-dire, putréfiant, — de Zy'.kw, je fais pourrir) ; ainsi appelle-t-on certains poisons auxquels appartient ou du moins est censée appartenir la propriété d'entraîner, sur le vivant même, une sorte de décomposition putride du sang, ou quelque chose d'approchant. Ce n'est certes pas là un point de vue inattaquable, parfaitement démontré, et irrévocablement établi dans la science; mais toujours est-il que les poisons dont il s'agit ont pour effet incontestable et constant d'amener, une fois le dernier soupir rendu, le développement le plus rapide et le plus extraordinaire des phénomènes de putréfaction. Or, ces poisons sont les sui vans.

a. Vacide sulfhydrique. — Soit à l'étal de gaz libre (ce que les vidangeurs et les égoutiers connaissent sous le nom deplomb), soit même on dissolution (eau sulfhydrique) et à simple titre de boisson. De tous les gaz, l'acide sulfhydrique est le plus délétère. Mêlé dans la faible proportion de l/800e à l'air atmosphérique, il tue très vite un chien de moyenne taille; et lorsqu'il y en a 1/250°, c'est assez pour tuer un cheval.

g. Le sulfkydrate d'ammoniaque. — La nature ne nous le présente jamais parfaitement pur et tel qu'il s'obtient dans les laboratoires, à l'état de sel bien défini et cristallisable. Il paraît bien exister en quelque sorte dans la matière liquide de la plupart des fosses d'aisance, mais il n'y existe que combiné ou uni, on ne sait trop comment dire, à un excès de soufre et à un plus grand excès d'alcali; c'est donc là un sulfhydrale sulfuré.

y. Les matières putréfiées. — Sans remonter à nombre d observations anciennes, que les fastes de l'art peuvent à cet égard nous fournir, mais dont l'autorité s'est peut-être affaiblie en vieillissant, certes il

BMPGISQSKEMENS PROPREMENT DITS. 33 ressort, avec le plus liaul degré d'évidence, d'expériences instituées sur les animaux, soit par Bt. Orfila dès 1815, soit postérieurement par M. Gaspard et par M. Magendie, que l'absorption desdiles matières, à dose assez forte, bien entendu, détermine des accidens mortels (Orf., Toxicol., t. II, p. 630 et suiv.). De là les chances dangereuses, non pas très fréquentes, il est vrai, mais pourtant trop réelles, des piqûres qu'on se fait en disséquant ; question que, dans le temps, j'ai eu le devoir d'étudier particulièrement (Requin, Hygiène de l'étudiant en méd., art. 2, § 1er). De là, aussi, la réalité de la malfaisante influence des émanations putrides, miasmes invisibles, intangibles, chimiquement inappréciables, mais si sensibles à l'odorat, et dont, contrairement à l'opinion de Parent-Duchâteletsur leurinnocuilé absolue, j'ai dû, moi aussi, après tant d'autres auteurs, reconnaître et proclamer la puissance toxique, soumise assurément à de certaines limites, à de certaines conditions (Requin, loc. cit., § 2.). Au surplus.il faut l'avouer, notre science a là-dessus bien des problèmes à résoudre, bien des lacunes à combler, bien des nuages à dissiper.

1213. Sommaire symptomatologi que. — A. Il est difficile, pour ne pas dire impossible, de donner, en très peu de mots et sous forme d'aphorisme, une idée bien exacte et bien complète des différens symptômes que les empoisonnemens présentent. Toutefois, il est il propos de noter que, le plus généralement, ce sont les symptômes de la gastrite (449. A. G. D.) et de l'entérite (4G2. B. C. — 466. B. g, y. — 468. — et 474. A.), quelquefois avec ceux d'une péritonite par suite de perforation du tube gastro-intestinal (574. A. «.6. — et D. y); ou bien ce sont les symptômes, tantôt surajoutés à la gastro-entérite, tantôt seuls, d'une hypérémie ou d'une inflammation des centres nerveux (184-5. — 619. C. — 624. C. D.). A Dieu ne plaise que nous prétendions, par cette dernière proposition, préjuger et décider hardiment et sans réserve quelle est la nature réelle des accidens dont, en maints cas d'empoisonnement, le cerveau et la moelle épinière deviennent le foyer! Ce n'est là qu'une manière de formuler très sommairement l'une des parties les plus importantes de la symptomatologic toxicologique; voilà tout. A Dieu ne plaise, surtout, que nous méconnaissions, en abordant le détail des choses, ce qu'il peut y avoir de particulier à tel ou tel genre d'empoisonnement dans l'invasion, la combinaison, la succession et les innombrables nuances des symptômes encéphaliques et rachidiens !

B. Généralement les empoisonnemens ont une marche aiguë; voire même, en un très grand nombre de cas, suraiguë. Il en est pourtant quelques-uns qui suivent une marche chronique; tels sont, par exemple, l'empoisonnement saturnin et le mercurialismc. Tantôt, comme dans les deux exemples que je viens de mentionner, la santé succombe petit à petit à l'influence d'une infection quotidienne, quoique assez faible chaque jour. Tantôt, au contraire, c'est à la suite d'accidens m. 3

aigus, et malgré les apparences momentanées d'une certaine amélioraion, que la victime de l'empoisonnement dépéril lentement par l'effet et le progrès des altérations graves qu'a produites et laissées dans l'organisation le passage du poison. Quant à de prétendus poisons lents qui, à en croire les récits d'anciens historiens, et suivant un préjugé encore en crédit aujourd'hui parmi le vulgaire, donneraient la mort pour une seule fois qu'on les aurait avalés ou respires, mais ne la donneraient qu'après un délai de quelques jours, de quelques mois, et en laissant la santé parfaitement intacte jusque là, c'est assurément une pure chimère.

1214. Un mot concernant le diagnostic. — Bien des maladies de l'abdomen ou du système encéphalo-rachidicn peuvent offrir les apparences d'un empoisounement. Citons, à cet égard, la péritonite suraiguë , et surtout celle qui naît d'une perforation spontanée de l'estomac ou de l'intestin (447. F. — 454. G. S. — 461 et 468) ; citons le choléra vulgaire (983-7), le choléra pestilentiel, les occlusions soudaines du canal digestif ( invagination , étranglement interne , etc. ) (1141. — 1143. — 1144), les coliques hépatiques ou néphrétiques, voire même la simple indigestion ; citons aussi l'encéphalite et la myélite (619. G. — 624. CD.) dans quelques unes de leurs formes les plus spontanées, etc., etc. Réciproquement, par conséquent, là où l'empoisonneincnfn'est que trop réel, il se peut fort bien qu'on se méprenne et qu'on croie à une maladie naturelle. Voilà un double écueil dont j'ai dû avertir nos lecteurs. Mais l'espace où je suis tenu de me renfermer ne me permet pas d'entreprendre une étude détaillée du diagnostic comparatif. Point de difficultés, si la victime avoue elle-même s'être empoisonnée par mégarde ou à dessein. A défaut de cela, on peut encore assez fréquemment, par l'ensemble des circonstances qui ont précédé et accompagné l'invasion du mal, par certains symptômes, par la marche du drame morbide, soupçonner l'empoisonnement avec plus ou moins de probabilité, quelquefois même le diagnostiquer en pleine et entière certitude; d'autres fois, l'analyse des matières évacuées par haut ou par bas, ou bien l'analyse du sang fourni par une saignée, décèlera la présence du poison et lèvera tous les doutes.

1215. Thérapeutique. — A. Administrer, si le cas le comporte, s'il en est temps encore, un de ces médicamens auxquels nous avons, d'après M. Orfila, exclusivement réservé le nom de contre-poisons (132. 1). y.), et qui, en effet, méritent au plus haut point un tel nom par leur pouvoir chimique de neutraliser, de décomposer et de réduire à un état inoffensif le poison même, encore contenu dans les premières voies de l'économie. Aussi me ferai-je un devoir, dans le courant du présent chapitre, d'insister formellement sur toutes les espèces d'empoisonnement contre lesquelles l'art possède aujourd'hui de semblables ressources. Chacun des contre-poisons jusqu'ici découverts et reconnus pour être d'une véritable utilité, sera signalé à côté du poison dont il est destiné à

empêcher les ravages. C'est à M. Orfila qu'appartient l'honneur d'avoir le plus contribué à fonder celte branche de la thérapeutique des erapoisonnemens. En vain, depuis quelque temps, au nom d'une école qui se nomme ambitieusement l'école italienne, et n'est, à proprement parler, que l'école de Giacomini (110), — que la queue du système rasorien, aujourd'hui décrédité et presque défunt en Italie même; en vain certaines voix s'efforcent-elles de rabaisser, de tourner en ridicule, de repousser les services de la médicamentation chimique dans les empoisonuemens : ni l'esprit d'envie et de dénigrement, ni l'esprit de système ne prévaudront contre la vérité.

B. Provoquer l'évacuation complète du poison par haut ou par bas, lorsque le poison reste encore, en totalité ou en partie, dans le tube digestif,— lorsqu'il n'a été encore ni entièrement rejeté par les efforts spontanés de la nature, ni entièrement absorbé et passé dans les secondes voies. Vient-il d'être avalé il y a peu d'instans ; en un mot, est-il encore dans l'estomac: on fera vomir. On peut alors accomplir d'un seul coup la double indication de neutralisation et d'expulsion du poison, en faisant boire à la personne empoisonnée beaucoup d'eau, et surtout d'eau tiède , qui contienne le contre-poison. Mais , si le cas donné ne reconnaît pas de contre-poison, ou bien, si l'on n'a pas le contre poison sous la main et qu'on ne puisse pas se le procurer tout de suite, force est bien de se borner à la ressource du vomissement. Quand il s'agit de poisons qui ne sont que peu ou point irritans, il ne faut pas craindre d'administrer les émétiques les plus violens, le tartre stibié, et même le sulfate de zinc ou de cuivre. Mais, en cas de poisons bien irritans, ce serait imprudent et dangereux; et d'ailleurs, pour expulser ceux-ci, il suffit de gorger l'estomac de liquides : eau tiède, lait, huile d'olive ou d'amande douce , etc. S'est-il déjà écoulé un certain temps depuis l'ingestion du poison, qui, de celte façon, aura franchi le pylore et se sera répandu dans l'intestin , il faut alors en hâter l'expulsion païen bas à l'aide de boissons purgatives et de lavemens.

G. Intervention d'un certain appareil fait pour pomper le poison au fond même de l'estomac, — mais seulement dans le cas où le malheureux empoisonné ne peut, dans un état d'asthénie extrême ou même de mort apparente, ni rien avaler ni aucunement vomir. Cet appareil se compose: 1* d'une sorte de sonde œsophagienne par laquelle on injecte un liquide chargé, s'il y a lieu, du contre-poison, et tout au moins propre a délayer et à étendre le poison ; 2° d'une seringue qui, adaptée exactement à l'ouverture de ladite sonde, opère d'abord l'injection dont il s'agit, puis aspire, par le mécanisme inverse, le liquide injecté, et, conséquemment,aussi, le poison qui s'y trouve alors dissous ou mêlé d'une façon quelconque. Voir, pour de plus amples détails sur la description et l'emploi de l'appareil ici en question, la Toxicologie de M. Orfila , t. I", p. 17.

\). Instituer un traitement en rapport surtout avec les lésions pro-

3G PATHOLOGIE MRDICAI.I'.

duii<\s(114. E.), — uncfois qu'on aura compiétemeulsatisfait à l'indicaion d'administrer le contre-poison et à celle de débarrasser le canal digestif,— ou bien, sans cela, lorsque le cas donné ne comporte ni l'une ni l'autre de ces indications, — lorsque, par exemple, on n'esi appelé que fort tard, l'empoisonné n'ayant déjà que trop vomi et trop évacué naturellement , ou le poison s'étant déjà décidément introduit dans le torrent circulatoire, — lorsque l'empoisonnement a lieu par d'autres voies que les voies digestives , par la respiration , par l'absorption cutanée, etc. , etc. Contre la gastro-entérite, applications de sangsues, bains, cataplasmes et lavemcns émolliens; contre l'hypêrémie encéphalique , phlébotomic et révulsion sur la peau ; contre le coma du narcotisme , café et autres slimulans; contre la surexcitation du cerveau par l'alcool, administration des opiacés, etc. , etc. , etc.

E. La médication diurétique (132. G. ?.), particulièrement recommandée par M. Orfila comme un moyen de favoriser l'élimination du poison une fois absorbé, nous paraît tout à fait rationnelle et bien digne d'être mise en œuvre. Voici , au surplus , la formule adoptée par lui pour la boisson à prescrire dans un semblable but : — Eau, trois litres; Vin blanc, un demi-litre ; Eau de Seltz, un litre ; Azotate potassique, 30 5 40 grammes.

Après avoir formulé ces préceptes fondés sur la plus saine et la plus solide expérience , ces principes précieux où se résume la science du XIXe siècle pour la thérapeutique des empoisonnemens , je ne saurais m'empècher de m'écrier combien il y a loin de là aux vers dans lesquels l'école de Salerne, ce phare brillant de la médecine du moyen-âge , signalait pêle-mêle, comme autant d'antidotes efficaces contre les poisons, l'ail, la rue, les poires, les radis, la thériaque et les noix ('). Que les détracteurs de notre art , comme il y en a tant encore parmi les esprits lettrés mais superficiels , ne fassent donc pas, en dépit de cette preuve prise au hasard entre mille autres , l'absurde et crasse plaisanterie de nier les immenses progrès de la médecine depuis l'antiquité jusqu'à nous.

1216. Énumération des divers genres d' empoisonnement qui vont être ci-après posés et étudiés à part. — Les dix articles qui suivent seront consacrés aux empoisonnemens que voici :

L'article II, à l'Empoisonnement gastro entéritique ;

L'article III, à l'Empoisonnement arsenical ;

L'article IV, au Mercurialismc ;

L'article V , à l'Empoisonnement saturnin;

(>) Allia, ruta, pyra et raphanus, cum theriacà nui, Pra-stant anlidolum conlrà lelhale venenum.

SCHOL. SALF.niS., C. XIII.

EMP0IS0NNEAMiN5 l'UOl'RliMliNT DITS.

L'article VI, à l'Empoisonnement caniharidien ;

L'article VII , au Narcotisme;

L'article VIII , à l'Empoisonnement strychnique;

L'article I\ , a l'Ergolisme ;

L'article X , à l'Empoisonnement alcoolique;

L'article XI, enfin, à l'Empoisonnement méphitique.

L'espace me manque pour le développement des raisons qui ont présidé à cette ébauche nosographique des empoisonnemens, et au choix de ceux qui m'ont paru dignes d'avoir chacun leur article à part. Si je ne me conforme pas littéralement a la classification toxicologique de M. Orfila, c'est que M. Orfila, plus toxicologue que médecin , a pris à lâche de classer les poisons, dont il avait pour objet de faire l'étude complète, non seulement au point de vue nosologique et thérapeutique, mais encore au point de vue chimique et médico-légal; et moi, plus médecin que toxicologue , je me suis proposé de classer les cas morbides qu'on nomme et qu'on doit nommer empoisonnemens. Or, classer les poisons et classer les empoisonnemens, ce n'est pas tout un. Et certes, ce n'est pas l'a un vain jeu de mots, une antithèse sans idée, pour quiconque voudra y bien réfléchir. Qu'il me suffise, après cela, de dire que, dans mes déterminations à ce sujet, je me suis laissé guider surtout par la triple considération : 1° des propriétés essentielles que possède le poison donné; 2° de la forme et de la marche particulière des accidens , selon le mode dont le poison lèse et infecte l'économie; 3° enfin, de la fréquence plus ou moins grande, et, s'il est permis d'ainsi parler, de l'importance sociale de tel ou tel empoisonnement. Cela dit, je me fie à la bienveillance et à la sagacité de nos lecteurs pour me défendre, ou au moins m'excuser, là où je n'aurai pas expressément déduit toutes mes raisons.

ARTICLE XZ.

EMPOISONNEMENT CASÏBO-KNTÉMTIQUE.

1217. Dé fini lion et coup d'œil général. — A. Sous le nom d'empoisonnement fjostro-entéritique , nom qui se fait comprendre de luimôme et que nous avons à peine besoin de définir, embrassons génériquement tous les cas dans lesquels les phénomènes de l'empoisonnement tiennent exclusivement ou presque exclusivement à l'inflammation et à la corrosion du tube gastro-intestinal, en un mot, à la ijostro-entérita avec ou sans perforation.

B. Il va sans dire que l'empoisonnement gaslro-cntcrilique reconnaît pour cause l'ingestion de tel ou tel d'entre les poisons irritans , incontestablement irritans (1212. A.), cl surtonl d'entre ceux de nature caus-

tique; et, quelquefois aussi, l'ingestion d'un poison narcotico-âcre, qui, grâce à de prompts vomissemens ou à quelque autre circonstance, n'aura été que peu ou point absorbé , de façon à n'engendrer ni narcotisme proprement dit , ni autres effets d'une action spécifique sur le système nerveux.

C. L'empoisonnement gastro-entéritiqne présente autant d'espèces qu'il y a de poisons , essentiellement différens les uns des autres , qui puissent le produire. Inutile de passer en revue toutes ces espèces. Je ne vais ci-après insister particulièrement que sur les principales d'entre elles, sur les plus importantes à connaître, sur celles notamment qui réclament le secours d'un contre-poison déterminé.

D. Je n'ai pas à répéter ici longuement quels sont les symptômes fondamentaux de l'empoisonnement gastro-entéritique. Notre lecteur les sait. Ce sont ceux de la gastrite, de l'entérite, et, s'il y a perforation, de la péritonite. — (449. A. C. D. —462. B. C. — 666. B. 6. y. —468. — 574. A. «. S. y. — 1213.)

E. Quant à ce qui concerne le traitement, nous en avons déjà reconnu les règles fondamentales dans la thérapeutique générale des empoisonnemens (1215. A. B. C. D.).

ex. Administrer un contre-poison, si c'est possible (1215. A.). Voyez ci-après lequel il faut pour telle ou telle espèce d'empoisonnement. Il n'y a pas, il ne peut y avoir aucune substance qui serve de contre-poison universel et absolu; qui soit bonne , en d'autres termes , à neutraliser tous les poisons , quels qu'ils puissent être. Le lait, auquel le préjugé populaire attache une semblable réputation, est bien loin, assurément, de la mériter. Toutefois, nous devons reconnaître ici , à titre de règle d'une certaine généralité et d'une certaine importance, que, par rapport à bon nombre de poisons métalliques, le lait possède réellement la propriété de contre -poison dans toute la rigueur du terme, à des degrés variés, ici plus ou moins hauts, là plus ou moins bas; qu'en un mot, en se coagulant au contact de tel ou tel d'entre ces poisons , il en entraîne et en neutralise une proportion plus ou moins considérable, devenant dès-lors partie constituante du coagulum. Ainsi faudra-t-il le proclamer comme un très bon contre-poison, et le meilleur peut-être, pour le protochlorure d'élain (1230). Ainsi est-il le seul agent que nous connaissions propre à être introduit dans l'estomac pour la neutralisation du sulfate de zinc (1212. A. t.). Ainsi, pour dernier exemple, peut-on et doit-on, faute de mieux, y avoir recours dans l'empoisonnement p;irle chlorure mercurique, lorsque, malheureusement, aucun des puissans antidotes de ce corrosif (1225) n'est là sous la main, ni à portée d'être obtenu assez tôt.

Ç. Faciliter et hâter l'expulsion du poison parle vomissement ou par les selles, mais sans l'intervention de médicamens violens qui pourraient encore accroître et empirer l'inflammation delà muqueuse gastro-intestinale (1215. B.). Titillation de la luette. Boissons émollientes, délayan-

tes, ou tout au plus légèrement laxatives, données en grande abondance. Laveinens de même nature.

y. Au besoin, faire usage de l'appareil à seringue aspirante (121 5. D.).

S. Traiter méthodiquement la gastrite et l'entérite (453. — 467. — 470). Émissions sanguines. Cataplasmes émolliens. Bains chauds. Diète sévère. Opium, etc.

§ Ier. De l'empoisonnement gastro-entéritique par le phosphore.

( 1212. A. oc. )

1218. Quelques mots seulement concernant le traitement . — A. Estce eu fragmens d'un certain volume que le phosphore vient d'être avalé: l'indication la plus urgente est de faire vomir. N'hésitez donc point, en pareil cas, d'administrer sur le champ 10 à 15 centigrammes de tartre stibié. C'est là un moyen sûrement efficace pour expulser les fragmens de phosphore avant qu'ils aient agi ou lorsqu'ils ont à peine commencé d'agir, si tant est que le secours vienne assez tôt.

B. Est-ce, au contraire, en dissolution ou à l'état de poudre très fine que le phosphore a été ingéré : il faut alors faire boire à la personne empoisonnée beaucoup d'eau, énormément d'eau, avec de la magnésie en suspension. Car, de cette façon, on obtiendra un triple avantage ; 1° l'eau, en remplissant l'estomac et en y prenant la place de l'air, mettra obstacle à la combustion du phosphore ; 2° le vomissement ne manquera pas d'avoir lieu; 3° la magnésie neutralisera tout ce que le phosphore en brûlant a déjà produit d'acide phosphatique ( ou , comme on dit aujourd'hui, hypophosphorique), acide assurément très irritant.

§ II. De l'empoisonnement gastro-entéritique par l'iode. (1212. A. 6. )

1219. Un mot par rapport au traitement. — Au premier aspect, il semble que la chimie nous promette et nous fasse reconnaître dans l'amidon un excellent contre-poison de l'iode. Mais, à y bien réfléchir, on voit évidemment que l'amidon est loin , bien loin d'avoir autant d'importance, autant de valeur à titre de contre-poison qu'à titre de réactif. En effet, calculons combien il en faut pour neutraliser une dose, d'iode élevée jusqu'aux proportions toxiques, pour la convertir tout entière en iodure d'amidone. Or, quelle énorme quantité d'eau ne faudrait il pas pour servir de véhicule à l'amidon, pour le faire agir, à l'état de dissolution, sur l'iode contenu dans l'estomac! Certainement, je n'hésite pas à le dire, il n'arrivera jamais qu'une semblable tentative de neutralisa tion de l'iode ingéré atteigne son but ; les vomissemens ne manqueront pas de devancer, et de beaucoup, celte neutralisation, et accompliront, sans elle, ou lorsque à peine elle sera commencée, le devoir de faire disparaître la cause même du mal. Ainsi donc , dans l'espèce d'einpoi-

M patjiolugil: .médical i;.

sonnement ici on question, peu imporlc que, pour pousser un vomissement, on fasse avaler à foison des boissons amidonnées , ou bien toute autre sorle de boissons émollientcs, délayantes ou inertes. Administrez tout d'abord celles que vous avez les premières sous la main ; débarrassez ainsi l'estomac le plus tôt possible. Puis, cela fait, il est très rationnel de prescrire une tisane chargée d'amidon ou de quelque autre fécule, et des lavemens de même nature, dans le but de poursuivre et de neutraliser dans l'intestin les derniers restes du poison.

§ III. De l'empoisonnement gastro-entéritique par l'hydrochlore.

1220. Contre-poison. — Eau albumineuse (blancs d'œufs délayés clans l'eau). — L'albumine s'empare du chlore, qui forme ainsi avec elle un composé grumeleux, blanc, insoluble dans l'eau et parfaitement innocent. — Dois-jc ajouter que, si l'eau albumineuse est administrée tiède et en grande abondance, elle réunira à l'avantage d'opérer une neutralisation chimique celui de provoquer les vomissemetis?

§ IV, De l'empoisonnement gastro-entéritique par les acides.

Desgranges. Observations sur l'empoisonnement par les acides minéraux, etc. (Dans le Recueil périod. de la Soc. de méd. de Paris, an vit, 2e semestre).

Tartra. Traité de l'empoisonnement par l'acide nitrique. Paris , 1802 , in-8". — Monographie unanimement considérée comme un chef-d'œuvre, comme un véritable modèle du genre.

1221. Aperçu des divers contre-poisons. — A. Magnésie : le contre-poison ici le meilleur, incontestablement, tant par sa puissante affinité pour les acides que. par son innocuité propre et par l'innocuité des sels assez faiblement purgatifs qui viennent à se former. Cette terre alcaline s'administre en suspension dans de l'eau froide ou tiède , sucrée ou non, à la dose de 4 à 6 grammes par chaque verre : on en fait prendre ainsi plusieurs verres coup sur coup, et, au fur et à mesure des vomissemens, on réitère, jusqu'à ce que l'on juge avoir complètement obtenu soit la neutralisation, soit l'expulsion de toute la quantité d'acide. Nous avons, dans les fastes de l'art, maints exemples de guérisons dues à la prompte intervention de la magnésie dans des cas d'empoisonnement par les acides les plus caustiques. Citons, entre autres, une des observations de Desgranges, l'observation 111°, où il s'agit d'un individu qui fut ainsi sauvé , quoique après avoir avalé plus d'un demi-verre d'eau forte. Il y a quelques années , je fus appelé pour donner nies soins à un ouvrier conoyeur qui, croyant boire de l'eau, avait bu goulu-

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