L.MPOJSOVAL.UlilNb PltUlMïliMlLNT DITS. M
ment do l'acide chlorhydriquc liquide : un pharmacien , auquel on avait ou recours sur-le-champ, avait déjà habilement administré La magnésie; je n'eus qu'à combattre les phénomènes d'une gastro-entérite assez douloureuse, qui se dissipa entièrement au bout tle quelques semaines. Cet ouvrier n'a pas cessé, depuis , de posséder une santé parfaite.
B. Savon: en dissolution concentrée. Moyen proposé et préconisé par Buquet, chimiste et médecin célèbre, sur la fin du dernier siècle. C'est là un contre-poison inférieur à la magnésie, mais pourtant très précieux par la facilité qu'on a de se le procurer sur-le-champ. Quelle est la maison où l'on n'aura pas, pour ainsi dire, sons la main un morceau de savon? Assurément, nous répéterions volontiers avec les chimistes que le savon médicinal est préférable au savon ordinaire; car il est plus pur, plus soluble , et d'une saveur moins désagréable. Mais , après tout , si nous sommes à même de puiser dans une pharmacie, mieux vaut y prendre la magnésie.
G. Carbonates alcalins : Carbonates et bicarbonates de potasse ou de soude, — ceux-ci en dissolution très concentrée, — Geux-là en dissolution peu chargée vu leur excès d'alcalinité, qui va même jusqu'à la causlicité; carbonate magnésique (magnésie blanche) et craie (carbonate calcique), délayées dans de l'eau. Mais tous ces carbonates ont un inconvénient commun, celui de produire, par suite du dégagement de l'acide carbonique, une sorte de pneumatose gastro-intestinale (1076) , qui ne laisse pas que d'être elle-même un malaise plus ou moins fâcheux au milieu des souffrances inhérentes à l'empoisounemcut.
A défaut de ces contre-poisons, et sans attendre qu'on nous les ait apportés, il va sans dire, encore une fois, que nous devrons faire boire à l'individu empoisonné énormément d'eau froide ou tiède, de lait, d'huile, etc., etc.
1222. Noie importante. — Évidemment, les mêmes contre-poisous (jue ci-dessus (1221) doivent aussi être mis à profit dans les cas où l'empoisonnement est dû, non plus à un acide libre et seul, mais à un sol avec excès d'acide. Ainsi le veut, par exemple, l'empoisonnement par le sel d'oseille ou bioxalate potassique (1212. A. 0.) ; ainsi le veut l'empoisonnement par le bichromate potassique, empoisonnement assez rare, mais dont une intéressante observation se trouve consignée dans la Gazette médicale, année 183A, p. hlk.
'-' V. Dp l'empoisonnement gastro-entéritique par les alcalis caustiques.
1223. Contre-poisons. — A. Une eau acidulée au moyen du vinaigre, du jus de citron ou fie groseilles, de l'acide tartrique ou de quelque autre acide : voilà ce qu'il faut faire boire à pleins verres cil cas d'ompoison-
nement par ingestion de la potasse, de la soude, de la chaux ou de l'Ammoniaque liquide. Hâtons-nous, dans un si pressant danger, de nous servir de ce qui nous tombe tout d'abord sous la main. Mais, sachonsle bien , rien de meilleur ici , rien de plus convenable que l'oxycrat (eau fortement vinaigrée), contre-poison généralement si facile à se procurer à l'instant même. Pour se convaincre de la puissante efficacité avec laquelle l'oxycrat, promptement et abondamment ingéré, doit prévenir les funestes effets des alcalis caustiques sur l'estomac, je ne sache pas de preuve à la fois plus simple et plus forte que le fait suivant, qui se trouve raconté dans la Toxicologie de M. Orfila (t. Ier, p. 216): — Barruel , préparateur de chimie à la Faculté de médecine , commit un jour l'inadvertance de laisser parvenir dans sa bouche une dissolution alcoolique de potasse pure, qu'il transvasait à l'aide d'une pipette : aussitôt il éprouva les douleurs les plus vives; mais il eut recours au vinaigre, qui les apaisa à l'instant même; et il en fut quitte pour une très bénigne stomatite.
B. Ce qu'il y a de mieux à opposer à la baryte, ce sont les sulfates alcalins solubles (sulfates de potasse, de soude ou de magnésie). Ils la neutraliseront rapidement en donnant naissance au sulfate de baryte , sel absolument insoluble et tout à fait inerte. Ajoutons qu'ils peuvent nous rendre un semblable service contre les sels barytiques de nature vénéneuse, notamment contre le chlorure ou le carbonate.
§ VI. De l'empoisonnement gastro-entéritique par le tartre stibié.
1224. Quelques mots touchant le traitement. — Quand, par extraordinaire, soit acte de suicide , soit méprise de pharmacien, soit autrement, quelqu'un avale une quantité excessive de tartre stibié (1 ou plusieurs grammes), la règle est que ce sel, en raison de son haut degré de vertu émétique, ne larde guère d'être entièrement vomi. Tout au plus a-t-on besoin d'aider au vomissement par le chatouillement de la luette, par quelques verres d'eau tiède ou quelques cuillerées d'huile. Ce n'est donc guère la peine d'avoir recours à un contre-poison, vu surtout l'action simplement irritante et non pas caustique du tartre stibié.
Mais il se peut que, parfois, comme nous en voyons un exemple dans une des observations de la Toxicologie de M. Orfila ( t. I, p. 479. — Observ. IVe, recueillie par M. Serres), le vomissement n'ait pas lieu du tout, à cause de l'étal d'asthénie extrême , de coma ou de lipothymie , dans lequel l'individu sera subitement tombé. En pareil cas, il faut administrer par amples et nombreuses verrées une forte décoction de quinquina, toute chaude encore (de 30 à 40° centigr.). C'est à l'illustre Bcrthollcl que l'art doit la première révélation de ce précieux moyen de décomposer le tartre stibié et d'en réduire l'antimoine à l'état de précipité
inerte. L'heureuse guérison de l'individu qui fait le sujet de l'observation précitée , dispose d'une manière bien convaincante en faveur du contre-poison dont il s'agit. Il paraît, au surplus, que pour cet office le quinquina jaune est préférable au rouge et au gris; c'est à savoir que, à doses égales, il précipite une plus grande quantité d'antimoine. En attendant que la décoction soit prête, il est bon d'employer sur-le-champ la poudre de quinquina simplement délayée dans un véhicule aqueux. A défaut de quinquina, les décoctions de noix de galle, de thé, et, en un mot, de toute sorte d'écorces et de racines d'une nature âpre et astringente, peuvent rendre le même service. C'est l'acide tannique qui détermine la précipitation de l'antimoine. C'est sous forme de tannateque ce terrible métal devient incapable de nuire.
Quant à l'acide sulfhydrique et aux sulfures alcalins, autrefois proposés par certains auteurs pour conlre-poisons du tartre stibié, en raison de leur propriété de faire passer l'antimoine à l'état de sulfure insoluble, gardons-nous de les mettre en usage. On a beaucoup plus de mal à en craindre que de bien à en espérer.
L'absorption du tartre stibié une fois faite, il ne peut y avoir que de l'avantagea mettre en œuvre la médication diurétique, vivement préconisée par M. Orûla comme un excellent moyen de favoriser de suite l'élimination du poison.
§ VII. De l'empoisonnement gastro-entéritique par le sublimé corrosif.
(1212. A. tt.)
Syn. : Empoisonnement chloro-mercurique, de M. Mialhe {Recherches chimiq. , thérap., physiol. el loxicologiques sur les mercuriaux. A la suite de son Traité de l'art de formuler. Paris, 1845, in-18. — Pag. 110. )
Sydenham — ( Epist. I ad Robertum Brady ) — rapporte , vers la fin de celte lettre, la très intéressante observation d'un domestique qui, par chagrin d'amour, avait avalé une quantité, considérable de sublimé corrosif, et qu'il guérit avec l'eau tiède , administrée païen haut et par en bas.
1225. Contre-poisons principaux. — A. Albumine : blancs d'œufs délayés dans l'eau, voilà le contre-poison que M. Orfila a surtout recommandé cl pour ainsi dire popularisé comme étant des plus faciles à se procurer et des plus simples à préparer , comme ayant une parfaite innocuité, et, enfin, comme exerçant une puissance de neutralisation plus que suffisante. En effet , si l'on verse une forte proportion de sublimé dans cette eau albumincuse, on voit aussitôt se former un précipité blanc, floconneux, irès abondant, qui, à peine apparu, se dépose en masse. Or, ce précipité (précipité olbuminoso-mercuriel, comme l'appelle M. Or-
(\t\ PATHOLOGIE MÉDICALE.
lila), est un compose dans lequel on supposait autrefois le, mercure à l'état de protochlorure, mais qui est réellement , comme l'a démontré M. Lassaigne, une combinaison toute simple du hichlorure avec l'albumine. Quoi qu'il en soit , ce nouveau composé se montre incapable de nuire à l'organisme , immédiatement du moins. Bien lavé , desséché et mis en poudre, il est inodore, insipide, dépourvu de propriétés irritantes. A la vérité, il se dissout lentement dans un excès d'albumine. Et, par conséquent, si on le laissait longtemps séjourner dans l'estomac de la personne empoisonnée , ce serait encore là un hôte dangereux. Mais , quand les vomissemens n'ont pas lieu spontanément , néglige-t-on jamais de les exciter? Ainsi, de façon ou d'autre, l'impulsion du nouveau composé mercuriel ne saurait manquer d'avoir lieu. Toujours est-il que la science possède bien des exemples d'empoisonnemens chloro-mercuriques qui, avec l'intervention de l'albumine, ont eu l'issue la plus heureuse. Un cas fort célèbre en ce genre, c'est le cas de ML Thénard, qui un jour , dans une de ses leçons à l'École polytechnique, prit , au lieu de son verre d'eau sucrée, une dissolution de sublimé contenue dans un verre de même forme (Orlila, Toxic, t. I, p. 515). Je crois devoir citer encore une observation publiée par l'un de mes élèves, M. Vautier, devenu professeur à l'École de Caen : observation où il s'agit d'un vieillard qui guérit fort bien quoique après avoir avalé un morceau vraiment énorme de chlorure mercurique , un morceau du poids de 2 grammes au moins (Gaz. ?néd., année 1842 , p. 137). — Puisque les jaunes d'œufs contiennent de l'albumine, il est évident qu'ils peuvent, eux aussi, concourir utilement à la neutralisation du chlorure mercurique. Il paraît même constant, d'après les recherches de M. Devergie et d'après le témoignage confirmatif de M. Orfila, que , des deux parties de l'œuf, le jaune est celle qui a le plus de puissance neutralisante, — en un mot, celle qui s'empare d'une plus grande proportion du sel mercuriel.
B. Gluten : proposé par M. Taddei (1209) comme un contre-poison meilleur que l'albumine, et non seulement comme contre-poison du sublimé en particulier, mais bien comme contre-poison des préparations mercurielles généralement quelconques. Pour cela, toutefois, il est nécessaire que le gluten, moyennant un certain mode de préparation, soit mis et conservé sous la forme d'une poudre sèche, qu'à l'instant du besoin on délaye dans l'eau et qui constitue une sorte d'émulsion. Pour neutraliser une quantité donnée de sublimé, il faut beaucoup moins de gluten qu'il ne faut d'albumine. De plus, l'émulsion glutineuse, agissant à la fois physiquement et chimiquement, a l'avantage d'envelopper et de dénaturer les mercuriaux insolubles (le bioxyde, ou précipité rouge ; le lurbith minéral , ou sous-bisulfate; le sous-biazotate, etc.). Mais force est bien d'avouer que , le gluten fût-il tenu tout prêt dans toutes les pharmacies, il ne sera point encore aussi facile de s'en procurer qu'il l'est en général de se procurer des blancs d'œufs. Au surplus, M. Tad-
i:.\ll>01S0NNKMEN.S PP.OPPiEMF.iNÎ DITS. «3
(loi nousdil qu'à défaut de gluten bien préparé, on pourrait même employer h farine de froment toute brute.
C. Sulfure ferreux (Protosulfurc) hydraté : proposé par M. MraHie (loc. cit.). On le prépare et on l'obtient très pur en mêlant l'une ù l'autre iine dissolution de sulfate ferreux pur et une dissolution de suîfhydrate sodique ou ammoniacal, le tout au moyen d'eau distillée non aérée; on ne peut ensuite le conserver que dans un flacon plein de cette eau et bouché à l'émeri, sans quoi le contact de l'air le fait passer à l'état de sulfate. C'est là une substance quis d'une part, n'a rien de vénéneux cl peut être impunément administrée à larges doses, cl qui, d'autre part, décompose instantanément le sublimé corrosif en donnant naissance à du protochlorure de fer et à du bisulfure de mercure, deux substances très inoffensives. Ajoutons que non seulement le sublimé, mais que tous les sels racrcuriels solubles éprouvent , par l'action du sulfure ferreux hydraié, une décomposition analogue : tous perdent ainsi leur influence malfaisante, excepté le cyanure; exception dont nous nous rendrons fort bien raison dans le paragraphe suivant (§. VIII). Le sulfate ferreux hydraté est donc un antidote excellent, que toutes les pharmacies devraient tenir toujours tout prêt pour les cas, quoique heureusement assez rares, où il peut devenir un précieux moyen de salut.
D. Persulfure de fer hydraté : proposé par MM. Bouchardat el Sandras comme préférable au protosulfure (G.) (Bouchardat, Annuaire de thérapeutique pour \8hk , p. 265 et suiv.). Voici comment mes deux savans amis décrivent la préparation de ce persulfure:« Il suffît,» disentils, « de versergoutteà goulie une dissolution neutre de sulfate ferrique » dans une dissolution de foie de soufre étendue d'eau ; on obtient ainsi » un précipité noir, gélatineux, qu'on prive du sulfure de potassium en » excès par des lavages et des décantations , et que l'on conserve sous » l'eau dans un flacon bien clos. On ne peut obtenir ce persulfure de » fer en versant la dissolution de sulfure alcalin dans une dissolution ferd rique; car l'oxyde ferrique se réduit alors à l'état d'oxyde ferreux pen- » dant qu'il se précipite du soufre. » Certes , ledit persulfure de fer a une valeur bien réelle comme contre-poison. Mais la préférence que MM. Bouchardai et Sandras lui accordent sur le prolosulfure ne me paraît point fondée. M. Mialhe a répondu et, à ce qu'il me semble du moins, il a très bien démontré : 1° que ce prélendu persulfure n'est pas un composé chimique d'une constitution fixe, bien définie, et correspondant au sesquioxyde, mais qu'il n'est rien autre chose qu'un mélange, en proportions variables , de sulfure ferreux hydraté et de soufre; 2° qu'à égalité do dose il neutralise beaucoup moins de sublimé que ne fait le proto sulfure , et que l'infériorité de son pouvoir neutralisant est précisément en raison du plus ou moins de soufre libre qui se trouve exister dans ce mélange-là.
Quant au protnrhlorure d'étain . récemment proposé pour contre-
poison du sublimé par M. Pournci, d'Orléans (voir le Journal de médecine de M. Trousseau , décembre 1845 , p. 370-1), ce n'est pas là un ayt-'iu qui puisse réellement mériter le nom de contre-poison. Encore bien qu'il ait la propriété de décomposer le chlorure mercurique et d'en réduire le mercure à l'effet mélallique, on ne saurait faire tourner celte propriété chimique au profit de la pratique médicale. En effet, le protochlorure d'étain est un poison, et un poison fort actif (1212. A. t.). Il ne pourrait donc servir d'antidote, impunément et sans danger, qu'à la condition d'être lui-même neutralisé en neutralisant le chlorure mercurique, et d'être pou r cela dosé mathématiquement en exacte proportion avec la quantité de celui-ci. Or, n'est-ce pas là une condition inexécutable et absolument impossible?
§ VIII. De l'empoisonnement gastro-entéritique par le cyanure de mercure.
1226. Remarque nosologique. — Certes, il ne faut pas l'ignorer, le cyanure de mercure, à dose toxique (ce qui n'exige guère plus de 2 où 3 décigrammes), tue plutôt par la perturbation immédiate du système nerveux, par une sorte de stupéfaction soudaine de la nervosité (76), comme l'acide cyanhydrique , le cyanure de potassium , etc. (1212. B. 6.), que par l'intervention de la gastro-entérite, qui, en règle générale, n'a pas alors le temps de se développer. Mais quelquefois enfin, grâce à de certaines circonstances que je me dispenserai d'énumérer, il se peut qu'une personne survive quelques jours à l'ingestion du cyanure mercurique; et, en pareille occurrence, la gastro-entérite ne manquera guère de se mêler de la partie. C'en est assez , je crois, pour m'autoriser à parler de l'empoisonnement cyano-mercurique dans le présent chapitre, et à saisir ici l'occasion de dire quel contre-poison convient à cet empoisonnement-là.
1227. Contre-poison. — Contre le cyanure mercurique , l'albumine n'a aucune efficacité. Le sulfure ferreux hydraté (1225. C.) , bien loin de pouvoir être ici un moyen de salut, ne ferait que rendre le danger plus grand et plus terrible; car, — une fois faite la première réaction, qui donne naissance au bisulfure de mercure et au protocyanure de for, — ce cyanure est en partie décomposé par l'eau, — deuxième réaction, qui, en produisant de l'oxyde ferreux, produit aussi de l'acide cyanhydrique, ce poison des poisons. Mais M. Mialhe croit enfin avoir trouvé le contrepoison du cyanure mercurique; et ce contre poison, c'est toujours le sulfure ferreux hydraté , mais avec addition d'environ le quart de son poids de magnésie (calcinée, bien entendu). M. Mialhe {Recherches déjà citées, — p. 155) affirme que ce sulfure, ainsi mélangé, devient apte à transformer immédiatement le cyanure mercurique en deux corps complètement inoffensifs , savoir : 1° le bisulfure de mercure; 2° le protocyanure de fer et de magnésium.
§IX. De l'empoisonnement gastro-entéritique parles sels de cuivre. (1212. A. p.) — Empoisonnement cuivrique.
122S. Contre-poisons divers. — A. Albumine : proposée pour la première fois par M. Orfila, il y a de cela déjà nombre d'années , cl proclamée aujourd'hui encore par ce judicieux esprit comme le contrepoison le meilleur et le plus digue d'éloge à l'endroit des préparations de cuivre, ni plus ni moins qu'à l'endroit du sublimé corrosif (1225. A.). Eu effet, lorsqu'on traite par l'eau albumineuse une dissolution d'un sel de cuivre (acétate, ou verdet; sulfate, ou vitriol bleu; nitrate; etc. ), l'albumine se combine avec le sel de cuivre; et de là une matière insoluble qui se précipite, matière d'un blanc verdâlre ou bleuâtre, et d'une nature inoffensive.
B. Fer en poudre très fine : soit la limaille de fer porphyrisée, ou , mieux encore, le fer réduit par l'hydrogène. On sait, en effet, que, par la présence du fer, les dissolutions des sels cuivriques se décomposent et laissent précipiter le cuivre à l'état métallique ; et que cette décomposition s'opère promplement sous l'influence d'une certaine acidité, ce qui est une condition toujours existante dans l'estomac. Aussi M. Dumas at-il pu, dans son cours, justement préconiser un élecluaire formé de fer porphyrisé et de miel comme un excellent antidote des sels en question (voy. l'Annuaire de thérapeutique pour 1842 , de M. Bouchardat, — p. 221). Si, au lieu de fer porphyrisé, on se sert de fer réduit par l'hydrogène, la décomposition du sel de cuivre s'opère encore plus vite : c'est du moins ce que MM. Bouchardat et Sandras assurent avoir vérifié [Recherches et expériences sur les contre-poisons du sublimé corrosif, du plomb, du cuivre et de l'arsenic. Dans \' Annuaire déjà cité ( 1225. D.), — § il, Contre -poisons du cuivre).
G. Sulfure ferreux hydraté (1225. G.): proposé par M. Mialhe [Traité de l'art de formuler. — Pag. clxxiv). Avec non moins de fondement et à autant de tilre , ici , que contre les sels mercuriels. Le sulfure de cuivre est un précipité aussi inoffensif que celui de mercure.
D. Persulfure de fer hydraté (1225. D ): recommandé avec une prédilection trop partiale par MM. Bouchardat et Sandras. Non pas, certes, que nous en méconnaissions l'efficacité. Mais enfin nous n'accorderons pas à cet antidote les honneurs du premier rang. Un des faits les plus remarquables et les plus inléressans du mémoire des deux observateurs précités, c'est que, chez un des chiens soumis aux expériences, le persulfure de fer n'ayant été administré que quarante minutes après 1 gramme d'acétate cuivrique , put encore prévenir les effets de ce poison.
E. Sucre : réputé autrefois pour un vrai contre-poison des préparations de cuivre; puis, tombé en discrédit dès les premières expériences de M. Orfila, qui en constata le peu d'efficacité chimique;
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puis, il y a pou d'années, proposé cl préconisé de nouveau par M. le D' Postel (Considérations sur l'emploi du sucre dans les empoisonnemens pur l'acétate de cuivre. Thèse inaug. Paris, 1832, IT 2 9. Thèse fort bien extraite dans les Annales d'hyg. et de médec. lég., t. X, p. 207 et suiv.). M. Postel conclut, d'après des recherches chimiques , et d'après quelques expériences sur les chiens : 1° que l'eau sucrée décompose les acétates de cuivre (acétate neutre, ou cristaux de Vénus ; sous-acétate , vert-de-gris , ou verdet), non seulement à 100° , mais aussi à la température ordinaire (avec moins de rapidité seulement) et qu'elle réduit le métal à l'état de protoxyde; 2" que les chiens auxquels elle est administrée résistent longtemps à l'empoisonnement cuivrique , si tant est même qu'ils n'y survivent pas; 3° que les guérisons obtenues par le sucre l'emportent en nombre sur les succès de l'albumine ; que , avec celle-ci , les deux tiers des chiens empoisonnés guérissent, et, avec celui-là, un tiers seulement (voilà, du moins, le résultat de six expériences faites comparativement en trois couples, on ne peut dire en trois séries , c'est à savoir deux à deux , l'une avec l'albumine, l'antre avec le sucre). Mais M. Orfila réplique victorieusement , non sans avoir repris lui-même l'étude de la question par la voie de l'expérimentation. Disons donc : 1° que , à la température du corps humain , le sucre ne décompose les sels de cuivre ni assez vile, ni assez complètement pour jouer en réalité le rôle de contre-poison; 2" que les expériences de lM. Postel, sur les chiens, ont été trop peu sévèrement instituées el surtout trop peu nombreuses pour avoir le droit de se formuler en une loi numériquement exprimée. Mais, après tout , à défaut d'albumine, de la poudre de fer ou des sulfures de ce métal, mieux vaudra, en cas d'empoisonnement cuivrique, donner de l'eau sucrée, aussi chaude que possible ; mieux vaudra, certes, que d'y préférer toute autre boisson.
^ X. "De l'empoisonnement gastro-entéritique par l'acétate de plomb ou autres sels plombiques solubles (1212. A. Ç.).
1229. Contre-poisons. — A. Sulfates magnésique, potassique et sodique : en dissolution dans un véhicule aqueux ; à la dose de 4 ou 8 grammes par verre. Voilà ce que M. Orfila prescrit. En effet, le sulfate de plomh qui se précipite est parfaitement inoffensif. C'est par les sulfates de magnésie et de sonde, administrés à temps, que fut sauvée, après avoir avalé une solution de 30 à U0 grammes d'aeélate de plomb, la jeune fille dont MM. Orfila et Villeneuve ont communiqué l'observation à l'Académie de médecine, séance du 1" décembre 1840.
K Sulfure ferreux hydraté (1225. G ) : indiqué par M. Mialhc, Iocq
wprà citalo (1228. G.).
C. PemlfUre de fer hydraté (1225. D.) : préféré par MM Boachardatet Sandras. Voir Y Annuaire déjà cité, p. 285-0.
12MP0IS0NNEMKNS FHOFUEMIiiNT DITS.
i) XI. De l'empoisonnement gastro-entéritique par le protochlorure d'étain
1230. Contre-poisons. — A. Luit : soit pur, soit étendu d'eau (hydrogala). Tel est le moyen trouvé et recommandé par M. Orfila. Et ce moyen, qu'il est si facile, j'allais dire partout et toujours , de se procurer à l'instant même, possède une efficacité des plus grandes et des plus évidentes. En effet, il suffit de quelques gouttes d'une solution concentrée de chlorure stanneux pour transformer une quantité considérable de lait en une infinité de grumeaux. Ces grumeaux, lavés et desséchés, sont jaunes, fragiles et assez durs pour être susceptibles de pulvérisation ; ils ressemblent, par leur odeur et leur aspect , au fromage desséché; ils ne s'altèrent pas facilement à l'air ; ils semblent être constitués par une combinaison de la caséine avec le chlorure stanneux. Toujours est-il que ce chlorure se trouve ainsi neutralisé et mis hors d'état de nuire à l'économie animale.
B. Sulfure ferreux hydraté (1225. C.) : indiqué par M. Mialhe, Traité de l'art de formuler, p. clix. Si cet antidote-là a l'inconvénient de n'être pas, comme le lait, chose toute prête, pour ainsi dire, en tout lieu et à toute heure , en revanche il paraît avoir l'avantage de dénaturer d'une façon plus sûre et plus exacte la totalité du chlorure stanneux , en si grande quantité que ce soit : sans compter qu'il agit avec non moins d'efficacité sur tant d'autres poisons minéraux sur lesquels le lait n'a que peu ou point d'action décomposante, et qui peuvent, selon le cas, ou se trouver mélangés au chlorure stanneux, ouêlre méconnus et pris pour celui-ci, sels de plomb, de mercure, de bismuth, d'argent, d'or, de platine, etc., tous poisons que le sulfure ferreux annule en les convertissant en un sulfure de leur propre métal, mais à chacun desquels je n'ai pas cru devoir consacrer un paragraphe à part.
$ XII. De i empoisonnement gastro-entéritique par l'azotate argentique
1231. Contre- poisons. — A. Chlorure sodique (sel de cuisine) : proposé par M. Orfila. Avec de l'eau salée , le poison dont il s'agit éprouve aussitôt une métamorphose salutaire ; le chlorure argentique qui se précipite est un corps absolument inoffensif par lui-même. Peu importe, après cela , l'objection de M. Mialhe , à savoir qu'avec le concours des chlorures alcalins, toujours présens au sein de l'économie, le chlorure argentique devient très sensiblement soluble, et, par conséquent, absorbante. Car, avant qu'une semblable réaction ait eu le temps de s'accomplir, nul doute que les vomissemens ou les sellos auront dû expulser tout ou irès grande partie de ce précipité.
50 / PATHOLOGIK MÉDICALE.
B. Sulfure ferreux hydraté (1 225. C. ) : indiqué par M. Mialhe, Traité de l'art de formuler, p. CXCH. Ce sulfure , en effet, transforme immédiatement l'azotate argentiquc en deux composés nouveaux : le sulfure argentique et l'azotate ferreux, celui-ci soluble, celui-là non, mais tous deux à peu près également dépourvus d'action toxique.
ARTICLE III
EMPOISONNEMENT ARSENICAL (1212. A. V.).
1232. Note pré ' lirai naire. — A la rigueur , l'empoisonnement arsenical, qui est assurément l'un des genres les plus importons et les plus tristement célèbres de la Nosographie étiologique, présente à notre élude autant d'espèces, véritablement à part , qu'il y a de poisons arsenicaux bien et dûment distingués les uns des autres sous le rapport de la composition chimique. Toutefois, après un premier paragraphe uniquement consacré à l'empoisonnement par l'acide arsénieux, que le désespoir ou le crime choisissent si souvent pour instrument de leurs sinistres desseins , nous nous bornerons ici, dans un second et dernier paragraphe, à dire quelques mots très sommairement sur les empoisonnemens, d'ailleurs assez rares, que les autres poisons arsenicaux produisent.
§ Ier I>e l'empoisonnement par l'acide arsénieux.
1233. Propositions concernant l'action pathogénique de V acide arsénieux. — A. Entre tous les poisons que le règne minéral nous présente, l'acide arsénieux est un des plus énergiques et des plus meurtriers. M. le docteur Lachèze fils a conclu, d'après l'analyse d'un assez grand nombre de faits bien observés, que, chez un adulte sain, cet acide peut, à la dose d'un huitième de grain (environ 6 milligrammes), déterminer déjà quelques accidens morbides; à la dose d'un quart de grain (là 2 centigrammes), exciter une perturbation bien digne d'être qualifiée d'empoisonnement; à la dose d'un ou deux grains ( 5 à 10 centigrammes), occasionner la mort.
Lachèze (professeur à Angers). Recherches sur le mode d'action de l'acide arsénieux , et la dose à laquelle il devient funeste. ( Dans les Annales d'hyg. et de méd. lég. , avril 1 837. )
B. L'acide arsénieux agit plus vite, plus sûrement, étant avalé eu dissolution dans l'eau, que lorsqu'il est en poudre ou en morceaux. C'est que, sans aucun doute, sous la forme liquide, il cède immédiatement à l'absorption.
C. Jl détermine l'empoisonnement, soit qu'on le lasse pénétrer parla
EMPOlSONNKMliNS PROPREMENT DITS. 51
voie de l'estomac, du rectum , du vagin , etc. , soit qu'on l'introduise dans une cavité séreuse, ou qu'on l'applique au tissu cellulaire souscutané , soit même, enfin, qu'on le metie simplement en contact avec la peau dépouillée d'épiderme (aussi voit-on quelquefois les caustiques dont il est la base, comme la poudre du frère Cosme ou celle de Rousselot, donner lieu à de funestes accidens) .
D. Il est absorbé, et, après s'être ainsi répandu dans le torrent de la circulation, il va delà imprégner les divers organes, les divers tissus de l'économie animale. Rien de plus facile, rien de plus familier aujourd'hui à tous les chimistes que d'en constater parfaitement la présence à l'aide de l'appareil de Marsh. Mais c'est à M. Orfila qu'appartient la gloire d'avoir, le premier , expérimentalement démontré l'absorption et la dissémination de l'acide arsénieux : ce que, sans doute, bien des esprits judicieux avaient pu présumer , et , si l'on veut même , croire en toute certitude par voie de raisonnement, mais ce que personne jusquelà n'avait fait voir aux yeux ni fait toucher du doigt. Inutile peut-être de noter, maintenant, que lorsque l'acide arsénieux est avalé à l'état solide, il ne devient tributaire de l'absorption qu'après s'être dissous dans les liquides qui se rencontrent à l'intérieur de l'estomac ou de l'intestin. Quoi qu'il en soit, au surplus , c'est dans les organes sécréteurs et très vasculaires, comme le foie, la rate et les reins, qu'il s'accumule et qu'il se fait voir en plus grande quantité.
E. Le séjour de l'acide arsénieux au sein des organes n'est pas d'éternelle durée, tant s'en faut. L'élimination s'en accomplit très bien par la sécrétion urinaire et peut-être aussi par d'autres voies d'excrétion. Èn effet, l'urine rendue pendant les premières périodes de l'empoisonnement contient de l'acide arsénieux; et, d'autre part , au bout d'uu certain temps, pas un atome de ce poison ne se montre dansdes viscères qui en auraient immanquablement fourni à l'appareil de Marsh une quantité fort sensible, si quelques jours eussent suffi pour mettre fin à la vie de la personne empoisonnée.
F. Si, assurément, nous ne devons pas méconnaître que l'acide arsénieux est, pour les tissus vivans avec lesquels on le met en contact, un irritant, un agent d'inflammation, voire même, à l'état solide et en masse, un véritable caustique, nous ne saurions pourtant, dans la plupart des cas, imputer entièrement l'empoisonnement à cette action locale, si souvent prononcée à peine et aussi peu étendue que peu profonde, mais bien à l'absorption du poison, et par suite à son action spéciale sur un ou plusieurs des organes les plus essentiels à la vie. Ce qui, même, est fort digne de remarque, c'est que, plus l'action locale de l'acide arsénieux est énergique et violente déprime abord, moins il y a de chances pour le développement des accidens d'infection générale du sang et de toute l'économie, un tissu enflammé et cautérisé n'étant, comme on sait, que très peu apte h l'accomplissement de l'absorption ; et voilà pourquoi dans
certaines limites et avec certaines précautions, l'application des pâtes arsenicales du frère Cosme, dcRousselot, etc., peut avoir lieu impunément et sans la moindre apparence d'empoisonnement.
G. Gomment, par rapport aux forces vitales , ou plutôt, si l'on veut, par rapport à la force nerveuse , l'action spéciale de l'acide arsénieux doit-elle être qualifiée ? Est-ce immédiatement, primordialemcnt, essentiellement une surexcitation , ou , pour parler comme l'école rasorienne (110) , une action hypersihénisante? ou bien, comme se l'est imaginé Giacomini, une action hyposihénisante ? Vaine et ténébreuse controverse que cela! Gardons-nous bien de nous y embourber. Bornons-nous à dire , à titre de formule aussi simple que rigoureuse des faits symplomalologiques et nécroscopiques, que l'action spéciale de l'acide arsénieux porte sur l'appareil cérébro-spinal, et aussi sur le cœur, viscère où la contraclililé semble plus particulièrement se déranger et s'anéantir, et où l'endocarde présente assez souvent , assure-t-on , des traces d'inflammation, ou du moins d'bypérémie.
123fr. Aperçu symptomatologique. — A. Symptômes gaslro-entéritiques (1217. D. ) très violens, surtout si l'acide arsénieux a été avalé à l'état solide, mais ne commençant guère, en ce cas, à se développer que deux, quatre ou six beures après l'ingestion du poison ; ne laissant pas non plus que de se produire à un certain degré dans quelques cas même où l'empoisonnement a pris naissance par une autre voie que le canal digestif. Ardeur dans la région précordiale ; palpitations de cœur; respiration précipitée et pénible; pouls fréquent, et quelquefois intermittent; anxiété (u6. A. 6.) ; syncopes plus ou moins répétées, plus ou moins complètes, qui même , suivant le témoignage de grands observateurs, sont, dans certains cas rares, le seul et unique symptôme de l'empoisonnement, le seul et unique prélude de la mort. Céphalalgie ; délire; convulsions; douleurs vives dans les mains et les pieds, ou bien; au contraire , aneslhésie et parfois complète paralysie de ces mêmes parties. Rareté plus ou moins notable des urines, mais non pas suppression totale de leur production, non pas du moins à litre de phénomène constant ou à peu près constant, comme l'avaient avancé MM. Danger et Flandin. Démangeaisons à la peau ; assez souvent même , éruption de forme érytbémoïde ou papuleuse, surtout à la partie antérieure de la poitrine; parfois une véritable urticaire (325). Voilà les principaux symptômes qu'entraîne l'empoisonnement par l'acide arsénieux , mais jamais tout à la fois sur un seul et même individu.
R. Quant à ce qui concerne la marche de la maladie, quelques sujets périssent en quelques heures; mais la plupart ne succombent qu'au bout de plusieurs jours, ou même de plusieurs semaines. Quelques-uns, plus heureux, guérissent ; mais ce n'est, assez souvent du moins, qu'en gardant, durant plusieurs mois et même des années entières, une gêne considérable dans les mouvemens des membres.
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1235. Thérapeutique. — (1215).
Orfila. Mémoire sur le traitement de l'empoisonnement par l'acide arsénieux. (Dans les Archives, septembre 18M.)
Bouley (jeune). Expériences constatant l'efficacité de l'hydrate de protoxyde de fer comme antidote de V arsenic. (Dans Mém. de l'Ac. royale de méd., t. IV, p. 308-23. )
Deville , Sandras, Nonat et Guirourt. Recherches expérimentales sur les oxydes de fer considérés comme contre-poisons de l'acide arsénieux. (Dans Revue médicale, mai et juin 1839.)
Bouchardat et Sandras. — Recherches déjà citées (1228. B.) : — § IV , Contre-poisons de V acide arsénieux.
MlALHE. — {Traité de l'art de formuler , pag. Lxxxvm et suiv.) {Traitement de l'empoisonnement par l'acide arsénieux).
Hannon. Du moyen d'éliminer l'arsenic de l'économie dans la cachexie arsenicale. (Dans la Presse médicale de Rruxelles, année 1850.) — M. Haniion recommande le sel ammoniac comme propre à former, au sein même de l'économie animale, une combinaison soluble avec l'acide arsénieux, et à en déterminer ainsi la prompte élimination. Il le prescrit, dans ce but, à la dose de 25 milligrammes d'abord ; puis il augmente de 25 milligrammes tous les deux ou trois jours. La découverte de celte propriété est due à M. Melsens, préparateur de M. Dumas. (Voir le Compte rendu des séances de l'Acad. des sciences, t. XXVIII, p. 186.)
A. Contre-poisons : 1° oxyde ferrique hydraté humide ; 2° oxyde ferrique hydraté sec; 3° sulfure ferreux hydraté; W hydrate de persulfure de fer. Voilà quatre substances dont l'efficacité contre l'acide arsénieux, ignorée jusqu'à ces derniers temps, est enfin un fait solidement acquis à la science. Mais c'est bien à tort qu'autrefois quelques auteurs avaient proposé et vanté comme de vrais contre-poisons de cet acide les sulfures alcalins, l'eau chargée d'acide sulfhydrique, le vinaigre, le charbon, l'eau de chaux, le lait, etc. : tous moyens fort au-dessous du rôle qu'un faux raisonnement leur prêtait; les uns même plus dangereux qu'utiles , les autres pas assez ou point du tout actifs. Pour en revenir aux contre-poisons réellement efficaces que je viens tout à l'heure de nommer, et que je vais brièvement passer en revue, commençons par proclamer que non seulement peu de temps après l'ingestion du poison, mais se fût-il même écoulé un délai de quatre, cinq, six heures ou plus, ils peuvent arracher la victime à la mort. Quelle faute funeste serait-ce donc, quelle grave responsabilité pour un médecin, que de ne pas les administrer !
«. X'oxyde fwrique (autrement, peroxyde, tritoxyde ou sesquioxyde) „ l'état d*hydrate humide : voilà l'antidote qui, reconnu et proclamé tel pour la première fois, en 183'i, par MM. les docteurs Bunzen et Ber-
Vl PATHOLOGIE MÉDICALE.
thold, de Gœttingue, inaugura pour ainsi dire une ère nouvelle dans le traitement de l'empoisonnement par l'acide arsénieux, une ère de bienfaisante et glorieuse intervention de la chimie. La découverte des savans hanovriens ne larda pas à être confirmée, en France, par dès expérimentateurs de très grande autorité. M. Orfila rendit compte à l'Académie de médecine , séance du U novembre 1834 , des expériences qui avaient été faites sous ses yeux, à la Faculté, par M. Lcstieur , dans le but de vérifier la puissance antitoxique de l'oxyde ferrique hydraté et encore tout humide. Ces expériences, pratiquées sur des chiens, avaient donné un heureux résultat à deux conditions, savoir : 1° a condition que le temps écoulé entre l'ingestion de l'acide arsénieux et l'ingestion de l'antidote n'excédât pas une demi-heure; 2° à condition que ledit antidote fût administré à très haute dose, à la dose, pour le moins, de 3 onces et 2 grains contre 10 grains de poison , c'est-à-dire, à une dose plus <pie centuple, tandis que M. Bunzcn, pourtant, n'avait conseillé que 32 parties d'antidote contre 1 partie de poison: hors de ces deux conditions, les accidens se développaient et tuaient l'animal. MM. Soubeiran et Miquel firent de leur côté, à la Pharmacie centrale, des expériences confirmatives (communiquées aussi à l'Académie de médecine, séance du 7 décembre 183/j ). M. Bouley jeune, dans son excellent mémoire , d'après des expériences instituées chez le cheval avec beaucoup de méthode, rendit témoignage, de la façon la plus convaincante , en faveur du nouvel antidote. Une fois parvenu à reconnaître que, chez le cheval, il faut 2 onces d'acide arsénieux pour déterminer infailliblement un cmpeisonnement mortel , et qu'en pareil cas, l'animal, non secouru , ne manque pas de mourir du deuxième au troisième jour , l'habile vétérinaire a pu ensuite s'assurer, et professer incontestablement : 1° que l'antidote dont il s'agit, étant donné à dose beaucoup plus grande que le poison, en prévient complètement les effets, si toutefois il est donné en même temps ; 2° qu'il amène encore d'heureux résultats , s'il est donné dans un délai de quatre heures; 3" enfin , qu'il demeure inefficace, s'il n'est donné qu'au bout de vingt-quatre heures et lorsque les symptômes de l'empoisonnement ont commencé à se manifester. Ce n'est pas tout : indépendamment des résultats obtenus par voie d'expérimentation sur les animaux , il se rencontra bientôt, chez l'homme même, des occasions où l'antidote des docteurs Bunzcn et Berlhold ne démentit pas les espérances qu'on en avait conçues, et se montra comme un véritable instrument de salut. Entre autres exemples, à cet égard , voyez dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales (n° de nov. 1835) , une observation concernant cinq petites filles de Saumur , qui mangèrent un gâteau empoisonné d'acide arsénieux, et qui guérirent toutes les cinq par le secours dudit antidote, grâce aux soins de MM. Bineau et Majesté ; et, dans la Gazelle médicale (année 1840, n" 16. — D'après un journal allemand), le récit de pareils empoisonnemens chez
EMPOISONNKMKNS PKOl'HE.MliN l DITS. 55
sept individus qui tous eu réchappèrent entre les habiles mains du célèbre professeur Puchelt et de son fds, à l'aide de ce même antidote, quoique administré seulement après un laps de six heures chez deux de ces individus-la. Aussi le nouveau Codex, publié en 18.57, a-t-ilfail une loi aux pharmaciens de tenir dans leurs officines cette substance toujours toute prête (Codex, n° 39 : Peroxyde, de fer hydraté, — Hydras ferricus). Au besoin, ce n'est pas, pour le médecin , une tache bien longue ni bien malaisée que de préparer lui-même l'hydrate ferrique, par différées procédés que les chimistes nous ont fait connaître. Ainsi MM. Chevallier et Labarraquc , priés un jour par M fioul, y de luj en procurer sur-le-champ, se servirent de yijrjol vert (sulfate de fer) : après avoir dissous ce sel dans l'eau , ils précipitèrent par le moyen de l'ammoniaque l'oxyde ferreux , qui , en se suroxygénant , comme on sait, aux dépens de l'air atmosphérique, passa, en quelques minutes à l'état de scsquioxyde. Voici encore un autre procédé, que Je mémoire de M. Bouley nous fait connaître et nous recommande, d'après M. Lassaigne: — Prenez: 1° tournure de fer , 1 partie; 2° acide nitrique du commerce, h parties. Ne versez l'acide que petit à petit; il se forme de l'azotate ferrique ; l'action de l'acide une fois finie, ajoutez 10 à 1 2 parties d'eau pour dissoudre l'azotate, et l'isoler ainsi de là portion de tournure de fer demeurée intacte, qui se rassemblera au fond du vase. Décantez et filtrez la dissolution; versez-y peu à peu de l'ammoniaque jusqu'à ce qu'il y ait un faible excès d'alcali ; vous aurez alors un précipité très abondant, jaune-brunâtre, qui est l'oxyde ferrique hydraté; et, pour l'obtenir parfaitement pur, vous le laverez à l'eau distillée bouillante. Rien de plus simple, après tout , que d'expliquer et de comprendre comment l'antid te des docteurs Bunzen et Berlhold opère la neutralisation de l'acide arsénieux. Il y a formation d'arsénite ferrique , corps insoluble et qui n'est pas immédiatement vénéneux. Sans doute, en peu de temps, sous l'influence des acides de l'estomac, l'arsénite ferrique deviendrait une cause d'empoisonnement, par l'acide arsénieux qui serait petit à petit remis en liberté. Mais c'est ce qu'on n'a pas du tout à craindre ici, d'abord parce que l'arsénite ferrique, une fois formé, ne larde pas à être mis dehors grâce aux efforts de la nature ou de l'art, et ensuite, parce que le contre-poison, qui doit toujours être là en excès, neutralisera derechef, au besoin, l'acide arsénieux redevenu libre.
%. L'oxyde ferrique hydraté sec, auquel, dans le principe, on refusait, sans trop de fondement et par une opinion témérairement anticipée, la qualité de contre-poison de l'acide arsénieux, n'est pourtant pas moins propre à remplir un tel office que ne l'est ce même hydrate tout frais précipité, ou conservé humide. C'est là une vérité mise hors de doute par le mémoire de M .M. Deville, Sandras, Nouai et Guibourt. El même, je me hâte de le dire, l'hydrate sec est infiniment préférable. Il n'a pas besoin, pour neutraliser une quantité donnée d'acide arsénieux, d'être
avalé à doses aussi énormes, en masses aussi volumineuses que l'hydrate humide. Il a, de plus, l'avantage de pouvoir être tenu tout prêt dans les oflicines sans exiger trop de soins , sans être hermétiquement clos. Il se trouve à peu près pur dans une des préparations martiales les plus anciennement connues et les plus ordinairement employées, dans le safran de Mars apéritif (Codex, n° 38), que nous autres praticiens avons aujourd'hui coutume, mais bien à tort et bien improprement, de nommer sous-carbonate de fer. En effet , le safran de Mars apéritif, comme l'a reconnu M. Soubeiran, n'est rien autre chose qu'un mélange dont l'oxyde ferrique hydraté constitue la plus forte partie, et dont le reste se compose accidentellement, et en quantité variable, de carbonate ferrique avec excès de base , et quelquefois de carbonate ferreux neutre. Il va sans dire, d'ailleurs, que ce contre-poison doit être administré en suspension dans l'eau. Quant à l'oxyde ferrique anhydre (Colcothar. — Safran de Mars astringent) , il n'y a aucun secours à en espérer contre l'empoisonnement : les expériences démontrent que c'est là un corps absolument sans action sur l'acide arsénieux.
y. Le sulfure ferreux hydraté (1225. C.) est proposé par M. Mialhe comme très préférable à l'hydrate ferrique humide ou sec. Si on le mélange en excès avec l'acide arsénieux , deux minutes suffisent , suivant les observations de cet habile chimiste, pour accomplir entièrement la réaction qui crée, d'une part, du sesquisulfure d'arsenic, corps insoluble et, partant, non vénéneux par lui-même, et, d'autre part, de l'oxyde ferreux, corps parfaitement innocent; tandis qu'au contraire, toujours d'après le même chimiste, l'hydrate ferrique mettrait plus de cinq minutes à faire passer l'acide arsénieux en totalité à l'état d'arsénite. On peut objecter , il est vrai, que le sesquisulfure d'arsenic est un hôte encore très dangereux pour l'économie animale ; que , sous l'influence de l'eau et de l'oxygène, dont la double présence n'est rien moins que chose rare à l'intérieur de l'estomac, il reproduit de l'acide arsénieux avec développement d'acide sulfhydrique. A cela M. Mialhe répond qu'il en est du sesquisulfure d'arsenic comme de l'arsénite ferrique ; que l'expulsion en doit avoir lieu avant que survienne celte nouvelle réaction; et que, en tout cas, le contre- poison donné en excès préviendra ou annihilera cette reproduction de l'acide arsénieux.
£. h' hydrate de persulfure de fer (1225. D.) agit de la même façon que le sulfure ferreux (y.), mais, toutes choses égales d'ailleurs, avec moins de promptitude et de puissance.
t. Enfin, la magnésie, non moins que les quatre contre-poisons ferrugineux qui précèdent («. £. y. #.), paraît être destinée à remplir heureusement le rôle de contre-poison de l'acide arsénieux. C'est du moins ce que M. Bussy proclame dans un mémoire lu à l'Académie des sciences (séance du 18 mai 18&6). « La magnésie pure, » dit-il, » mais faiblement calcinée, peut absorber facilement l'acide arsénieux
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» en dissolution , et forme avec lui un composé insoluble , même dans » l'eau bouillante. » — « A l'état gélatineux, la magnésie absorbe plus « promptemenl encore l'acide arsénieux. » — « Les animaux auxquels » on administre de l'arsenic sont constamment sauvés lorsqu'on leur fait » prendre des doses suffisantes de magnésie. » — « Cet antidote présente » sur ceux qui sont connus ou employés l'avantage de se rencontrer o toujours pur chez les pharmaciens. Il neutralise facilement et complé- » tement le poison ; il peut être administré sans inconvénient à forte » dose , et ses effets thérapeutiques généraux sont eux-mêmes en rap- » port avec les indications que l'on doit chercher à remplir dans ce » genre d'empoisonnement. »
B. Médecine symptcmatique : entendue et faite selon les principes que j'ai indiqués dans la thérapeutique générale des empoisonnemens (1215. D.). Aussi nous garderons-nous bien d'en exclure absolument la saignée, quoiqu'en aient dit certains docteurs italiens. Une fois le poison neutralisé et rejeté au dehors, et, en un mot, dès que la saignée n'est plus contre-indiquée par une juste crainte d'activer l'absorption toxique, il est rationnel, clans bien des cas , et il est avantageux , nombre d'observations l'ont démontré, de recourir à la lancette, auxsangsues, aux ventouses , si tant est, assurément , que l'état des forces (114. G.) permette, et que l'intensité de la réaction fébrile et des phénomènes inflammatoires réclame l'intervention de semblables secours.
C. Médication diurétique (1215. E.) : ressource très précieuse une fois que l'acide arsénieux a malheureusement pénétré par absorption dans le torrent circulatoire ; très puissante, sans aucun doute, pour accélérer l'élimination de ce poison. M. Orfila a constaté l'efficacité d'une semblable médication , dans une série d'expériences comparatives sur des chiens qu'il empoisonnait par la voie du tissu cellulaire sous-culanc, les uns étant ensuite soumisà l'influence des diurétiques, les autres non. Or ces derniers périrent tous sans exception, tandis que, parmi les premiers, il y en eut plusieurs qui urinèrent abondamment (leur urine contenait de l'acide arsénieux), et furent ainsi sauvés. Enfin, il me semble très à propos de citer, à l'appui de la thèse ici en question, l'observation de M. le docteur Augouard, concernant une dame qui, s'étant cm-' poisonnée avec l'acide arsénieux, fut traitée par les diurétiques suivant la formule même de M. Orfila et fut parfaitement guérie.
Quant à certaine méthode soi-disant italienne et qui n'est, à vrai dire, qu'une sorte de mauvaise queue du rasorisinc aujourd'hui si peu florissant, si hors de mode en Italie même, quelle est-elle donc ? La voici, en deux mots. Fondée sur la supposition qui prête aux arsenicaux une action essentiellement hyposlhénisante, cette méthode frappe d'interdiction systématique et absolue les émissions sanguines, et pose comme le spécifique de l'empoisonnement arsenical un breuvage ainsi composé : — Bouillon. t\ onces: vin. 2 onces; eau-do vie , 2 onces ; laudanum de
Sydenham, quelques gouiles. Les expériences de M Orfila, surtout après avoir été solennellement répétées pur-devant une commission de l'Académie de médecine, ont réduit à leur juste valeur, c'est-à-dire à zéro ou peu s'en faut, les hautes prétentions qui firent grand bruit un moment au sujet de la spécificité mensongère du susdit breuvage. Jl fut dès lors constant, pour tous les esprits froids et impartiaux, que si, aux yeux de quelques expéi imenlaieurs, ce breuvage incendiaire avait paru contribuer à sauver la vie des chiens empoisonnés , c'était uniquement par suite des vomissemens qu'il avait excités; ce que l'eau chaude eût pu faire tout aussi bien, voire même beaucoup mieux et surtout avec moins de danger. Administré isolément aux chiens, par doses réitérées de trois heures en trois heures, il les lue, et pas un môme n'en réchappe , dans l'espace d'un jour, ou tout au plus d'un jour et demi. Seulement il est bon d'ajouter que les effets d'une semblable médication seraient beaucoup moins funestes chez l'homme; car l'homme résiste mieux que le chien à l'action des boissons alcooliques.
§ II. Des autres espèces d'empoisonnement arsenical.
1236. Quelques mots seulement. — A. Remarquons d'abord que, parmi les préparations arsenicales, il en est quelques-unes qui, sans que leur nom le dise ni le fasse le moins du monde apercevoir, contiennent pourtant une forte, proportion d'acide arsénieux, non pas combiné, mais libre cl simplement mélangé à un autre corps. Tel est, par exemple, l'orpiment artificiel du commerce , ce produit soi-disant fait pour tenir lieu de l'orpiment natif, et, à l'égal de celui-ci, s'intitulant du nom de sulfure arsenical jaune, mais qui, dans le fait, n'a, sur 100 parties, que 6 parties de scsquisulfure, en mélange avec pal lies d'acide arsénieux. Tel est aussi, à ce qu'il paraît, le prétendu oxyde noir d'arsenic, que la plupart des chimistes regardent comme un mélange d'arsenic métallique et d'acide arsénieux; et telle est, par conséquent, la poudre dite. poudre de cobalt ou poudre aux mouches, qui n'est guère autre chose que ce même oxyde noir, plus quelques atomes de cobalt qui s'y trouvent retenus lorsqu'on la prépare avec un minerai de cobalt arsenical. Quoi qu'il en soit, il est clair que les empoisonnemens dus aux arsenicaux de celte sorle ne sont pas des espèces nosographiques à part, mais que ce sont là de simples variétés de l'empoisonnement par l'acide arsénieux.
B. Des divers poisons arsenicaux qui nous restent à considérer, les uns sontsolubles; les autres, insolubles.
a. Les arsenicaux solubles (iodure; acide arsénique ; arsénjtes et arséniates de potasse, de soude on d'ammoniaque) se montrent vénéneux immédiatement et par eux-mêmes; ils peuvent être absorbés en nature.
g. Les arsenicaux insolubles (sulfure rouge, ou réalgar; sulfure jaune, sesquisulfure , ou orpiment natif ; arsénile cuivrique ou vert de
EMPOISONNERAS PHOPKEMEiST DITS. 59
Schèele , elc.) ne sont vénéneux , sans doute , que par l'intermédiaire d'une métamorphose qu'ils éprouvent à l'intérieur de l'économie animale suivant un mode quelconque, et en vertu de laquelle l'arsenic vient à former un composé solubleet tributaire de l'absorption : ce qui exige toujours un certain laps de temps; d'où l'heureuse possibilité, dans bien des cas, d'expulser du tube digestif ces poisons-là avant même qu'il y ait eu le moindre commencement d'action toxique. Nous avons eu occasion de reconnaître et d'expliquer, pour le compte de l'arsénite ferri-
ique (1235. A. « ) et du sesquisulfure arsenical (1235, A. y.), la métamorphose dont il s'agit. Bornons-nous-en donc là. C'en est assez pour
I bien faire comprendre le principe, etc. ; en vérité , il me faudrait trop
i d'espace pour exposer les détails relatifs à chaque espèce de poison. G. Les espèces d'empoisonnement arsenical qui paraissent devoir être
Iles plus communes, après l'empoisonnement par l'acide arsénieux, et, je
une hâte de le dire, fort loin de l'extrême fréquence de cette espèce-là, s ni les suivantes : 1° l'empoisonnement par le vert de Schèele , substance d'un emploi si banal dans la peinture en bâtiment et en décor, dans la fabrication des papiers peints, et qui a été, trop souvent même,
imise malheureusement en usage pour colorier les bonbons, — substance insoluble, il est vrai, mais d'où l'acide arsénieux peut indubitablement être évincé et rendu libre par l'action prépondérante des acides de l'estomac; 2° l'empoisounement par l'arsénite de potasse, ce sel qui forme la base du composé médicamenteux si connu et si employé sous le nom de liqueur de Fowler ; 3° enfin, l'empoisonnement par l'arséniale de soude, autre sel qui est aussi un des agens les plus ordinaires de la médicamenta tion arsenicale, et sert de base, comme ou sait, à la liqueur de Pearson.
D. La symptomatologie que j'ai tracée pour le compte de l'empoisonnement par l'acide arsénieux (1234) est aussi, à peu de chose près, si ce n'est même identiquement, celle qui appartient à tous les autres empoisonnemens arsenicaux.
B. L'acide arsénique, ni plus ni moins que l'acide arsénieux, reconnaît pour contre-poison l'oxyde ferrique hydraté (1235. A. a. 6.). Avec cet hydrate, en effet, il formera un arséniate ferrique, corps insoluble
iet inerte de prime abord , qui pourrait fort bien, sans doute, ainsi que l'arsénite de même base, devenir une source de danger et de mort, mais qui devra être expulsé auparavant.
F. Une fois les acides arsénieux et arsénique laissés de côté, les au-
' très poisons arsenicaux n'ont pas d'antidote; et les empoisonnemens dont ils sont cause, ne fournissant matière à aucune règle spéciale concernant leur traitement, ne peuvent être combattus que d'après les indications générales de la thérapeutique loxicologique (1215).
Boui.ey (jeune ). Empoisonnement de sept chevaux pur iurséniate depotrme. (Dans les Mémoires de l'Acad. roy. de méd., t. IV, p. 298-307. )
ARTICLE IV
MEnCUHIALISMIi (1221. A. tc.).
(Auteurs contemporains. — Mercurialismus : — de Mercuriulis , adjectif qui appartient à l'âge d'or de la langue latine. )
1237. Bibliographie. Méraï. — (Dans le Dict. des se. méd. , — t. LV, p. 521-5.) — Tremblement mercuriel.
Dieterich (médecin à Munich). Die Mercurial-Krankheit inallen i/trenFormen, geschichtlich,pathologisch, diagnostisch und theror peutisch dargestellt. Leipzig, 1837,in-8°.) — Monographie fort savante et fort remarquable, mais entachée, disons-le franchement, de certaines doctrines allemandes, qui ne sont rien moins que pércmploires, concernant de prétendues altérations de l'état électrique du sang et le rôle pathogénique de ces altérations. Une bonne analyse en a été faite par M. le docteur Chambeyron, dans le Journal des connaissances médico-chirurgicales, juillet 18^0.*
Monneret et Flecry. — [Compendium, t. VI, p. 3&-40.) — Article Mercure [maladies produites parle).
Mialhe. — Recherches chimiques, thérapeutiques, physiologiques et toxicologiques sur les mercuriaux. Déjà citées plus haut (art. II, § VII). — Dans cet intéressant travail , notons particulièrement , pour le compte du présent article: 1" la théorie, à mon sens très séduisante et très vraisemblable , par laquelle M. Mialhe ramène l'action de tous les mercuriaux, quels qu'ils soient, à celle d'un seul et même agent, le chlorure mercurique, se produisant aux dépens d'un oxyde ou d'un sel quelconque de mercure , aux dépens du mercure métallique lui-même, sous l'influence des chlorures alcalins de l'économie, et formant avec ces chlorures-là et avec l'albumine un composé d'une nature très complexe, mais malgré cela, ou peut-être par cela même, d'une aptitude parfaite à s'insinuer dans la constitution du sang et à y prendre, pour ainsi dire, droit de séjour ; 2° le précepte prophylactique que , d'après cette théorie , noire auteur se hâte déposer, principalement à l'égard des ouvriers exposés sans cesse aux émanations mercurielles, et qui est de se sevrer de sel, sinon absolument, du moins autant que possible , comme si nous n'avions plus à prendre en considération combien cette substance est indispensable à l'entretien de la vie et de la santé ; 3° l'observation curieuse d'un cas de mercurialisme aigu et mortel avec stomatite caractéristique chez un enfant de deux ans, à qui sa mère, par une méprise fatale, avait saupoudré des gerçures
EMPOLSOiNNIiMIiiNS l'IWH'KK.Ml-.NT DJTS. 64
inleririgineuses do la cuisse avec du sublime jaunàlrc el impur qu'elle prit pour du lycopode.
1238. Bref aperçu- — A. De quelque façon que ce soit, en conformité ou non avec la théorie de M. Mialhe (1237), toujours est-il, sans aucun doute , que tous les niercuriaux peuvent imprégner de mercure la masse du sang, et par là modifier profondément l'économie tout entière; qu'ils arrivent tous à produire les mêmes changemens physiologiques, les mêmes résultats thérapeutiques , les mêmes désordres morbides ; qu'en un mot ils aboutissent tous à créer une seule et même diathèse. Or, dès que la mercurialisation de l'économie en est venue au point de constituer décidément un état de maladie , voilà où commence le Mercuriulisme , que personne , je crois, ne refusera de reconnaître comme un des genres les plus naturels de la famille nosograpbique des empoisonnemens.
B. Tout bien considéré, en ce qui concerne les circonstances propres à déterminer ou bien seulement à favoriser la production du mercurialisme, je ne crois pas devoir ajouter grand'chose à ce que j'en ai déjà dit (Zi30) pour le compte particulier de la stomatite mercurielle , l'une des manifestations les plus communes et les plus caractéristiques de ce genre d'empoisonnement. Obligé que je suis à la brièveté, je ne reviendrai pas sur le triple chapitre des causes déterminantes, profession, médicameniation , accident (Zi30. A.); je ne reviendrai pas sur l'influence manifeste du froid (iï30. B.) comme circonstance malheureusement auxiliaire pour le développement du mal; je ne reviendrai pas sur le rôle incontestable qu'a l'idiosyncrasie pour rendre précoce ou tardive l'apparition des accidens. Voilà trois points fondamentaux que je me borne à rappeler; si j'allais en rechercher, en épuiser tous les détails, je serais entraîné plus loin que je ne veux et que je ne dois ; c'est une tâche que je laisse à mes lecteurs, qui pourront tous facilement, si bon leur semble, une fois les jalons ainsi posés, exploiter le filon tout entier. Encore un mot seulement : c'est par rapport à l'influence que certains modes particuliers de mercurialisation de l'économie peuvent avoir pour produire ordinairement telle ou telle forme symptomatique du mercurialisme plutôt que telle autre; ainsi, par exemple, le tremblement (46. C.) se montre, entre les diverses formes du mal, comme étant celle qui échoit exclusivement, ou presque exclusivement, aux sujets obligés de vivre dans une atmosphère chargée de vapeur mercurielle , comme les doreurs sur métaux d'après l'ancien procédé , les ouvriers employés à l'exploitation des mines de mercure, etc.
C. En ce qui louche, maintenant , à la symptomalologie , déclarons d'abord que le mercurialismc, quoique certainement dans son essence toujours un et toujours identique, revêt des formes nombreuses el très variées. Mais, après tout, il peut fort bien, sous ce rapport, être réduit
fondamentalement h deux espèces, savoir : 1° le mercurialisme aigu ; 2° le mercurialisme chronique.
«. Le mercurialisme aigu a pour forme la plus ordinaire et la plus caractéristique une stomatite à laquelle j'ai consacré un paragraphe à part on Nosographie organique (cliap. IV, art. ÏY, § iv), là* $t'omàfiïè mercurielle, dont j'ai tracé là une description minutieuse (429), et proclamé les caractères spéciaux (429. A.). Mais, outre la slomatile, qui manque rarement, mais qui, après tout, peut quelquefois manquer, voici les principaux phénomènes que le mercurialisme aigu peut encore présenter, soit isolés les uns des autres chez différentes personnes, soit groupés en combinaisons variées : 1° fièvre (46. F. r,.), existant quelquefois, mais rarement toute seule et loule simple (Fièvre mercurielle des auteurs) , plus ordinairement servant de prélude et d'accompagnement à la stomatite ou à un exanthème, et affectant assez souvent le type rémittent, voire même intermittent, à paroxysmes ou accès presque toujours sur le soir ; 2° exanthèmes divers , notamment les érythèmes marginé (316. G.), fugace (316. H.),papuleux (316. I.), etc.; — l'eczéma rouge aigu, nommé en ce cas par les auteurs Eczéma mercuricl (358. B.); — et quelquefois, mais à titre d'événement rareclqui n'apparaît guère que dans les cas les plus graves, une éruption vésiculeuse d'apparence miliaire sur toute la surface du corps; 3° symptômes d'entérite catarrhalc pure (465. I). E. ) , ou peut-être — (qui sait?) — de simple enlérorrhée (980) ; U° symptômes de pancréatite (639. B. a.) ; 5° sueurs générales, abondantes, qui , assure-t-on, tachent le linge en jaune, et répandent une odeur fétide sui generis; 6" polyurie (1028 A.), accident des plus rares, il est vrai, et qui ne s'est fait voir qu'à très peu de médecins; 7° enfin, symptômes encéphaliliques (619. C), délire, convulsions, coma, etc. Il n'est pas ordinaire , mais il se peut pourtant que le mercurialisme aigu se termine par la mort : c'est ce qu'on voit arriver surtout dans les cas où l'éruption miliaire et les symptômes encéphalitiques existent ensemble.
& Quant au mercurialisme chronique, nous n'irons pas, sur les traces erronées de certains auteurs , du docteur Dieterich entre autres , en chercher et en prendre le type chez les syphilitiques à qui le mercure aura été administré d'une façon maladroite et abusive. Car, chez de tels sujets, comment se reconnaître sûrement au milieu de cette complication du mercurialisme avec la syphilis? Comment faire la part, infailliblement, à celui-là et à celle-ci, entre les différens symptômes qu'on a sous les yeux. Ainsi, par exemple, les auteurs dont je parle nese sont pas fait scrupule d'imputer au mercure la production d'exostoses semblables aux exostoses syphilitiques : ce que mon collaborateur, M. Nélalon, a résolument nié (PàtHoî. chir. ,chàp. XX, art. xxiv, Des exostoses. — T. II, p. 11), et ce que, pour ma part, je ne crois guère non plus. Il nous est, certes, bien permis d'en rtire Autant à l'égard des iritis mises, quelquefois
aussi, sans beaucoup de raison, sur le compte du métal plutôt que sur celui du virus. Où donc faut-il se procurer une connaissance exacte du mercurialisme chronique? C'est , sans contredit, chez les ouvriers qui passent leur vie à travailler le mercure, à le manier d'une façon quelconque ; ■ — chez les mineurs, les élameurs de glaces , les doreurs sur métaux, etc. Or ce qui, le plus incontestablement , résulte à la longue de l'exercice ininterrompu des funestes métiers dont il s'agit, résultat trop souvent enraciné à titre d'infirmité incurable, c'est le tremblement musculaire (66. C), tantôt très intense dès son début même, tantôt ne parvenant à un haut degré d'intensité que graduellement et plus ou moins longtemps après ses premières apparitions ; parfois borné, surtout dans le commencement, à une partie du corps , mais le plus ordinairement universel; quelquefois mettant les malheureux ouvriers dans l'impossibilité de se servir de leurs mains pour porter à la bouche le boire et le manger; en général, ne guérissant, s'il guérit, qu'au bout de plusieurs mois, même après la suspension du dangereux travail et sous l'influence d'un traitement convenable ; au surplus, ne pouvant jamais par lui-même entraîner la mort, et n'y aboutissant qu'avec l'intervention de nouveaux accidens. En effet, indépendamment du tremblement mercuriel , nous pouvons à juste titre, a ce qu'il me semble du moins, accuser encore comme autant de formes symplomatiques du mercurialisme chronique : 1° une insomnie opiniâtre; 2° les paralysies partielles; 3° la paralysie générale progressive (6 1 9. C. y.); 4° la folie ; 5° les hémorrhagies asthéniques (205. D.); 6° le rupia et ses ulcères atoniques (Pathol. méd., n" 392-4; — Pathol. chir. , chap. VII, art. ni , § n, Ulcères scorbutiques) ; 7° enfin , l'anémie (162-4) , plus particulièrement appelée , en ce cas, du nom de Cachexie mercurielle.
D. Si le mercurialisme aigu, et même chronique, est susceptible de guérison, c'est que, sans aucun doute, le mercure qui pénètre dans le sang et dans les tissus n'y séjourne pas à perpétuité. L'économie animale parvient à éliminer ce trop dangereux hôte. L'élimination se fait probablement par toutes les voies excrétoires, mais surtout, et très évidemment, par la transpiration. Que de fois n'a-t-on pas vu , chez les personnes soumises à l'hydrargyrose par médicamens internes, une couche mercurielle revêtir et blanchir les bagues et autres bijoux d'or en contact avec la peau, et, qui plus est, les pièces de monnaie du même métal au fond des poches? Quelques auteurs ont même parlé de sueurs dans lesquelles le mercure se trouvait en assez grande abondance pour se réunir en globules visibles. Quoiqu'il en soit, tôt ou tard l'heure vient où les altérations que le mercure, en dépit de son élimination, a imprimées à l'économie et notamment au système nerveux, sont irréparables, tout invisibles qu'elles puissent être encore, et, parlant, dévouent à l'incurabilité leurs malheureuses victimes.
E. De toutes les complications où le mercurialisme peut se rencontrer,
M PATHOLOGIE MKDICAI.li.
la plus fréquente, assurément, esi celle où il se trouve uni à la syphilis. Concilier les intérêts de la pleine et entière guérison de celle-ci avec une sage et raisonnable crainte de celui-là, ne pécher, en un mot, ni par excès de sécurité , ni par excès de peur à l'égard des dangers du mercure : voilà un des problèmes les plus délicats et les plus épineux de la pratique médicale.
F. Quant à la thérapeutique du mercurialisme, voici brièvement quelles en sont les principales bases.
«. Avant tout, obéir aux prescriptions rationnelles les plus évidentes et les plus impérieuses de l'indication étiologique (liU. F.). Ainsi donc, à titre de prophylactique , déjà trop longtemps différée , mais devenue désormais une impérieuse et absolue nécessité , interrompez les travaux de la profession qui cause le mal , suspendez la médicamentalion mercurielle, etc. A titre de médecine réellement curative, favorisez et hâtez l'élimination du mercure par les ressources de la médication sudorifique (132. G. £.); les bains de vapeur, par exemple, sont, de l'aveu unanime des praticiens, un remède très puissant contre le tremblement mercuriel.
6. Avoir recours , empiriquement, à la médicamentation sulfureuse, dont beaucoup de médecins s'accordent à préconiser les effets à l'endroit du mercurialisme. Bains de Baréges. A l'intérieur, fleur de soufre; eaux d'Enghien, de Baréges, d'Eaux-Bonnes, de Cauterets, etc. Gomment cette médicamentation-là agit-elle? Est-ce en dénaturant chimiquement le composé mercuriel , quel qu'il soit (A), qui imprègne notre sang et nos tissus? Ou bien est-ce plutôt par un effet de surexcitation vitale, qui amène un redoublement d'activité sécréloire et notamment de transpiration, et ne peut, de cette façon, qu'aider considérablement à l'élimination du métal? ou bien , enfin, par je ne sais quelle influence tout à fait occulte, mais qui, dans le jeu des ressorts mystérieux de la vie, fait équilibre à l'influence perturbatrice qu'exerce le mercure?
y. Faire essai de la médicamentation aurifère (132. F. y.). M. Die terich, entre autres, la vante fort, pour les cas surtout dans lesquels il y a complication de mercurialisme avec la syphilis.
S. Médecine symptomatique (1215. D.) , appropriée aux différentes formes du mercurialisme. Ainsi faut-il , selon le cas, mettre en œuve les moyens de traitement convenables à la stomatite (431), à l'eczéma aigu (359. A.), à l'anémie (169. A. B.), etc.
KMPOISONNE.MKNS PnOPIiUMt'.NT DITS.
ARTICLE V
KMI'OISONNEMIJiNT SATURNIN (1212. A. c.) .
(Auteurs contemporains. — Par un reste d'attachement traditionnel à la nomenclature alchimique, ou , pour mieux dire, astrologique des métaux, suivant laquelle, comme on sait, le plomb s'appelait Saturne.)
1239. Bibliographie. — Paul Eginète. — (Livre III, chap. xliii). — Parle d'une colique épidémique qui aboutissait à l'épilepsic et à la paralysie. — C'est là, sans aucun doute, un exemple, et l'exemple le plus ancien, de l'empoisonnement saturnin.
Citesius, ou mieux Citois (célèbre médecin de Poitiers). De novo et populari apud Pictones chlore colico bilioso diatriba. ( Dans Opuscula medica, Paris , 1639, in-/r.) — C'est là la première monographie où la colique saturnine , quoique méconnue encore sous le point de vue étiologique, quoique simplement attribuée à l'usage de vins acerbes, âpres ou aigres , se trouve décrite d'une manière frappante et en traits véritablement pathognomoniques.
Stockhausen. De lithargyrii fumo noxio morbifico, ejusque metallico frequentiori morbovulgo dicto die Hullcnkalze. Goslar, 1656, in-8°. — Réimprimé par Haller, dans la collection des Disputationes practicœ selectœ (T. m, n" 52). — Traduit en français par Gardanne. Paris, 1776, in-12. - Stockhausen, qui pratiquait dans une contrée riche en mines de plomb , a le premier positivement reconnu et proclamé le rôle que les particules de ce métal ont dans la production d'une espèce de colique véritablement à part.
Sauvages. — (Nosol.meth.). Class. vi, Débilitâtes, gen. xvn, Pa ralysis, sp. 2, P. rachialgica ; — sp. 3 , P. métal lariorum. — Class. vu, Dolores, gen. m, Rheumatismus , sp. 10, M. metallicus; — gen. xi, Cephalalrjia , sp. 13, C. metallica; — gen. xxix, Rackialgia, sp. 1, lî. Pictonum, — sp. 3, R. metallica
Desbois de Rociiefort. — ( Cours élém. de mat. méd.). — ï. r, p. m et suiv. (Maladies de ceux qui travaillent ou emploient le plomb).
Luzuriaga. Dissertacion medica sobre el colico de Madrid. (Dans Mémorial de la real Academia de Madrid. Madrid, 1796.)
MÉRAT. Dissertation sur la colique métallique, vulgairement appelée colique des peintres, des plombiers, de plomb, etc. Thèse inaue Pans, 1803, n° 312, (in-8°). Deuxième édition, augmentée" sous ce titre: Traité de la col. métall., vulgairement appelée coli- '
que des peintres, des plombiers, de Poitou, avec une Description de la colique végétale, et un Mémoire sur le tremblement des doreurs sur métaux. Paris, 1812, in-8". —Dans cet opuscule, d'ailleurs justement célèbre et riche en observations intéressantes, M. Mérat a continué de méconnaître encore, avec tant d'autres de nos devanciers, la nature saturnine des coliques soi-disant végétales du Poitou, du Devonshirc, de Madrid, etc.
Pariset. — ( Dans le Dict. des se. méd. , — t. VI, p. 32-52). — Art. Colique de plomb, ou saturnine.
Fizeau. Observation de colique de plomb produite par l'usage intérieur de l'acétate de plomb. (Dans la Revue médicale, mai 1824.)
Andral. — {Clin. méd.). — T. II, p. 198-236 {Observations sur la colique de plomb).
Laennec (Mériadec). Observations pour servir à l'histoire de l'hypertrophie du cerveau. (Dans la Revue méd., décembre 1828.) — Cinquième conclusion de ce mémoire : « Les causes de la colique » de plomb paraissent avoir une influence très grande sur le déve- » loppement de l'hypertrophie du cerveau. »
Duplay. De l'amaurose, suite de la colique de plomb. (Dans les Archives, mai 1834.)
Chomel et Blache. — ( Dans le Répart, , - 1. VIII, p. 379-400.) — Art. Colique métallique.
Tanquerel des Planches. Essai sur la paralysie de plomb, ou saturnine. Th. inaug. Paris, 1834, n° 31.
— Traité des maladies de plomb ou saturnines. Paris, 1839 ,
2 vol. in-8°.
Grisolle. Essai sur la colique de plomb. Th. inaug. Paris, 1835, V 189.
— Recherches sur quelques-uns des accidens cérébraux produits par les préparations saturnines. (Dans le Journal hebdomadaire, décembre 1836.)
Monneret et Fleury. — {Compendium, — t. VII, p. 1-28.) —
Article Plomb {Maladies produites par le). Mialue. — ( Traité de l'art de formuler. ) Pag. cxxxvm et suiv.
(Plomb et ses composés).
Nivet Mémoire pour servir à l'histoire du délire, des convulsions
et de l'épilepsie déterminés par le plomb et ses préparations.
(Dans Gazette médic, année 1836, n° 48, et année 1837, n» 2,
lx et 7 ^
Aran De la colique de plomb et de son traitement par la limonade sulfurique. (Dans le Journal des connaiss. médico-chir. , août
Lr"oux. Quelques faits cliniques relatifs à la colique métallique. (Dans le Journal des connaiss. médico-chir., septembre 1843.)
Chevallier. Essai sur les coliques métalliques. (Dans la Gaz. méd. , année I8/16, ir 3.)
Henri Guéneau de Mussy. Note sur plusieurs cas d'intoxication saturnine observés au château de Claremont. ( Dans les Archives, juillet 1849.) — Intéressante relation des accidens survenus à Louis-Philippe, à la reine Amélie et à d'autres personnes de la famille royale, par suite de l'altération des eaux dans la conduite de plomb.
Brachet. Traité pratique de la colique de plomb. Paris. Lyon,
1850, in-8°.
1240. Considérations étiologiques. — A. L'empoisonnement saturnin, dont la définition, déjà donnée plus haut (1212. A. ?.), u'a pas besoin d être ici répétée, est au nombre des faits les plus ordinaires à rencontrer. Tant le plomb, métal connu de toute antiquité, répandu en abondance au sein delà terre, rais en œuvre dès l'enfance de la civilisation, merveilleusement fait pour se prêter par ses propriétés physiques et chimiques aux usages les plus variés , est devenu , par les progrès de l'industrie, un objet indispensable à une multitude d'arts différens! Tant il y a de bras occupés à l'exploiter, à le fondre, à le marteler, à le laminer, à le convertir en céruse, etc. , etc. ! Tant il y a , en dehors même de la classe ouvrière, de personnes exposées journellement à subir , de façon ou d'autre, la pernicieuse influence des oxydes et des sels plombiques! En résumé, les innombrables conditions par lesquelles l'empoisonnement saturnin peut être déterminé se rangent assez bien sous les trois chefs que voici : 1° profession; 2°mêdicamentation; 3" accidens de diverses sortes.
a. Par profession. — Hélas ! quel long et interminable discours ne serait-ce pas que de passer en revue et que d'examiner tous les métiers et tous les arts par le fait desquels on est habituellement exposé à respirer des particules saturnines, à en avoir la peau toute souillée, à en avaler par imprudence ou de toute nécessité! En ce genre, nous devons nommer et plaindre, par-dessus tout, les cérusiers; puis les ouvriers qui exploitent les mines de plomb, ceux qui fabriquent le minium , ceux qui font ou qui travaillent le cuivre jaune (1212. A. $) , les plombiers proprement dits, les fondeurs en caractères, les affineurs, les broyeurs de couleurs, les verriers, les potiers, etc.; puis les peintres en bâtimens, surtout les simples barbouilleurs, mais sans excepter absolument les peintres d'altnbuis et de lettres, ni même non plus les peintres de portrait, de paysage ou d'histoire, notamment, par exemple, lorsque ces derniers ont la détestable habitude de se souiller automatiquement les lèvres avec le bout de leurs pinceaux; puis encore les fabricans de papiers peints, les vernissera s sur métaux, les compositeurs d'imprimerie les parfumeurs, les pharmaciens etc. , etc. Pour tout prévoir, pour (ont
comprendre sous le rapport qui nous occupe ici , pour ne jamais avoir l'esprit étonné et pris au dépourvu en présence des accidens de l'empoisonnement saturnin qui seront survenus chez tel ou tel ouvrier , à combien de procédés technologiques ne faut-il pas être initié ! Ainsi , par exemple, comment pourrions-nous rendre compte de ces accidens chez les lapidaires , si nous ne savions pas que , pour tailler certaines pierres précieuses, on se sert d'une roue en plomb sur laquelle on met de l'émeri ; que ladite roue s'use fort vite et a besoin d'être remplacée à peu près tous les mois; et que, par conséquent, il se fait là, sans cesse , une imperceptible, mais réelle dissémination du plomb en une infinité de subtiles particules, qui s'attachent aux mains, s'introduisent avec l'air dans les poumons, etc., etc. ? Si les révolutions de l'industrie et de la mode ont fermé quelques-unes des anciennes sources de l'empoisonnement saturnin, combien d'inventions nouvelles, combien de nouveaux caprices n'y a-t-il pas eu , combien n'y en a-t-il pas d'année en année pour maintenir, et, peut-être, pour hausser le niveau du mal ! Depuis longtemps déjà , plus de talons rouges , préparcs avec le minium pour marque et pour ostentation de genlilhommerie ; la profession de lalonnier a donc cessé d'exister, et c'est à peine si notre siècle s'en rappelle encore le nom elles périls. Les cordonniers pour darnes, qui , dans les livres de nos devanciers, durent être mis au nombre des tributaires de la colique saturnine, se trouvent aujourd'hui affranchis d'une si cruelle calamité ; car ils n'ont plus aujourd'hui, comme aux temps de Desbois de Rochefort, la corvée de blanchir avec la céruse les talons de souliers à l'usage des petites maîtresses. Mais, en revanche , je le répète , il est bien d'autres gens que maintes et maintes innovations ont mis sous le triste joug des influences saturnines. Ainsi, par exemple, une chose fort à la mode depuis quelques années pour les manches d'ombrelles , c'est d'employer du bois de charme qu'on vernit avec la céruse, de façon à imiter l'ivoire ; et voilà pourquoi j'ai eu moi-même occasion d'observer et de traiter la colique saturnine chez un vernisseur sur cannes (Joseph Slroup. — Hôtel-Dieu annexe, salle Sainte-Geneviève, n° k bis. — Janvier-février 1845.— -Internat de M. Bornet). Si, en rencontrant les phénomènes de cette même colique chez les ouvriers qui travaillent le cuivre jaune, quelques-uns de nos devanciers se sont imaginé, si quelques contemporains s'imaginent encore d'inscrire dans les cadres de la nosographie une soi-disant colique de cuivre comme une espèce à part, c'est faute d'avoir pris, je n'hésite pas à le dire, de suffisantes informations sur les différentes façons dont , clans le commerce , on compose cet alliage-la. Voici, à cet égard , les renseignemens que nous a donnés un tourneur en cuivre, fort expert dans son état et fort intelligent , venu à l'Hôtel-Dieu annexe pour se faire guérir de la colique ( Auger , homme de 51 ans. — Hôtel-Dieu annexe, salle Saint-Antoine, n" 1. — Décembre 1842. —Internat de M. Ronnefons). 11 y a en usage deux sortes
ÉMPOISONNEMENS PROPREMENT DITS. 69 principales de cuivre jaune : 1" le laiton , qui porte aussi le nom de cuivre neuf, et qui est un alliage de cuivre rouge et de zinc (or je me hâte de faire souvenir que même dans ce laiton, bien des fois un peu de plomb doit naturellement se trouver recelé, — voir ci-dessus, n° 1212. A. -.) ; 2° la fonte, que l'on prépare en ajoutant au laiton une proportion plus ou moins forte de plomb. Pourquoi ajoute-t-on ce dernier métal? Est-ce réellement dans un but d'économie et pour cause de bon marché, comme notre malade nous le disait? Est-ce tout bonnement par routine, aujourd'hui que le prix du zinc est devenu inférieur à celui du plomb? Est-ce pour communiquer à l'alliage quelque qualité particulière? Je ne sais. Mais, après tout, n'importe la raison de la pratique industrielle dont il s'agit. Toujours est-il que cette pratique existe. Et il en résulte que les ouvriers sont sujets à ce qu'ils appellent une colique de cuivre , ce qui réellement n'est pas autre chose qu'une colique saturnine. Au surplus, ils apprécient fort bien les chances de péril; ils regardent la fonte comme plus féconde en maladies pour ceux qui la travaillent, comme beaucoup plus dangereuse que le laiton proprement dit.
g. Par médicamentation. — Ce n'est guère qu'en étant administrées à l'intérieur que les préparations saturnines, notamment l'acétate cristallisé, ont été cause d'accidens qui fussent véritablement dignes du nom d'empoisonnement. A cet égard, la pernicieuse influence de leur usage trop longtemps prolongé n'est que trop réelle, que trop bien démontrée. A l'exemple que j'ai cité ci-dessus (1239) et qui s'abrite sous la respectable autorité de M. Fizeau, je pourrais ajouter une foule d'autres témoignages non moins irrécusables. Quelquefois aussi, à la vérité, on a vu des phénomènes d'empoisonnement saturnin se produire par suite d'un trop large emploi de l'eau de Goulard sur la peau dénudée, — en cas, par exemple, de vastes brûlures. Mais, tant que Fépiderrae est intact, il ne paraît pas que nous ayons à redouter rien de semblable. C'est du moins ce qui ressort de l'immense faveur dont jouit, depuis plus d'un siècle, dans la pratique journalière, l'extrait de Saturne comme topique astringent. Quant à moi, je ne crains pas même non plus de prescrire force injections saturnines dans le vagin (5/;8. D.); c'est là une de mes méthodes favorites, et, si l'on veut, une de mes routines , pour le traitement de certaines maladies vaginales et utérines, lih bien, je n'en ai jamais, jusqu'à présent, vu résulter aucun accident qui accusât une absorption de plomb tant soit peu forte et fâcheuse. Après tout, néanmoins, je ne voudrais pas me porter garant de l'impossibilié absolue d'un tel degré d'absorption en cas de médicamentation saturnine adressée à la peau ira au vagin. Peut-être l'innocuité de ce moyen de traitement se démentirait-elle dans quelques conditions toutes particulières.
y. Par accident de diverses sortes. — Je veux dire , par exemple , l'usage de vins ou de cidres lithargyrés, ou bien, en un mot, frelatés à
l'aide du plomb de quelque autre manière que ce soil : sophistication des plus abominables et des plus criminelles, qui a le perfide avantage de corriger l'excès d'acidité et d'y substituer une saveur douceâtre; sophistication devenue aujourd'hui assez rare , grâce à la vigilance et aux lumières de l'autorité, mais qui fut malheureusement trop fréquente autrefois (car elle passait presque toujours inaperçue et impunie) , et fut, à n'en pas douter, la véritable cause de tant de coliques prétendues végétales du Poitou , du Devonshire , de Normandie, etc. , etc. Dois-je, après cela , accuser le beurre mélangé de lilharge , fraude quelquefois pratiquée pour en augmenter à peu de frais la masse et la valeur apparente? les eaux chargées de carbonate plombique pour avoir trop longtemps séjourné, surtout en plein air, dans des réservoirs de plomb, et devenues dès lors dangereuses à boire ? les étamages faits avec un élain allié à une trop forte proportion de plomb , ce qui paraît avoir été autrefois assez ordinaire, avant qu'on eût là-dessus des règlemens de police? Et que ne sais-je pas encore? Combien de pages ne me faudrait-il pas, si je voulais épuiser le filon étiologique que je ne fais que signaler à nos lecteurs.
B. Avec Stockhausen, avec M. Tanquerel des Planches, avec une foule d'autres auteurs d'autrefois et d'aujourd'hui que je ne puis tous citer ici, tenons pour une vérité démontrée par les observations et par le raisonnement, que les voies respiratoires et les voies digestives sont à peu près les seules par où l'absorption des molécules saturnines a lieu dans le degré nécessaire à la production de l'empoisonnement. Quoi de plus rare, par exemple, qu'un semblable empoisonnement par la voie de la muqueuse oculaire ! Et ne venons-nous pas de reconnaître tout à l'heure (A. que l'absorption cutanée est, en ce genre, insignifiante ou nulle, à moins que la barrière de l'épiderme ne soit plus là? Si tant d'hommes souffrent et périssent par l'action vénéneuse du plomb, c'est presque toujours, à peine y a-t-il exception une fois sur mille, pour avoir respiré un air chargé de molécules saturnines, ou du moins pour avoir avalé, sciemment ou sans y rien voir, de toute nécessité ou faute de précautions en rapport avec la profession, une certaine proportion du funeste métal, sous forme de médicamens, de boissons alcooliques ou autres, de comestibles, de couleurs, etc., etc.
C. D'après les recherches de M. Mialhe, il paraîtrait que le plomb et que tous ses composés, solubles ou non, passent à l'état de chlorure, sous l'influence des chlorures alcalins de nos humeurs; et que le chlorure plombique, une fois produit, se combine avec l'excès de chlorure alcalin; d'où un chlorure double, un chloroplombate alcalin, éminemment soliihlcdansle sérum du sang, et tout à fait analogue à cet autre chlorure double que forme le sublimé corrosif sous les mêmes influences (1237.). A ce compte, devons-nous donc considérer ce chloroplombate alcalin comme étant exclusivement l'agent immédiat de l'empoisonnement
li.WPOISONNEMENS PROPREMENT DITS. /I
saturnin? Théorie qui ne laisse pas que d'être fort vraisemblable cl fort séduisante.
1241. Prodrome spécial (Ul.)de l'empoisonnement saturnin. — Intoxication saturnine primitive , de M. Tanquerel des Planches. - Ce prodrome, dont l'existence avait été à peine entrevue, à peine indiquée par quelques auteurs du XVIIIe siècle , a été , dans ces derniers temps, sérieusement étudié et spécialement décrit, pour la première fois queje sache, par M. Grisolle (thèse citée, art. III, Action générale du plomb avant la colique); puis enfin par M. Tanquerel des Planches (traité cité, t. Pr, p. 1-21), d'une façon encore plus complète et plus développée, et avec révélation de signes entièrement nouveaux et merveilleusement caractéristiques (A.), découverte aussi importante que réelle, qui fait grand honneur à son auteur, et qui apporte beaucoup de lumière au diagnostic comme à la prodiagnose (107) des maladies saturnines. Voici donc, en peu de mots , les principaux phénomènes qui constituent le prodrome dont il s'agit , et ne manquent presque jamais d'apparaître , eu tout ou en partie, plus ou moins longtemps avant l'invasion des effets décidément morbides de l'infection saturnine de l'économie.
A. Coloration particulière des gencives et des dents: celles-ci teintes en brun, à nuances variées depuis le brun clair et jaunâtre jusqu'au brun foncé et noirâtre ; celles-là se montrant décolorées et bleuâtres, au lieu d'être vermeilles, et présentant vers le collet dentaire un véritable liséré d'un bleu ardoisé. Il est rare que ces signes-là fassent défaut; et, toutes les fois qu'ils existent bien prononcés, ils ont une valeur pathognomonique ; fussent-ils seuls, ils révèlent déjà clairement l'imminence des maladies saturnines. C'est M. Tanquerel des Planches qui, le premier, lésa fait connaître; il lésa expressément mentionnés dans sa thèse inaugurale (p. 32-3), non pas, il est vrai , dès lors même à litre de phénomènes prodromiques , mais bien pour les avoir observés chez les personnes tombées en proie aux maladies saturnines. De là à la recherche et à la rencontre de ces mêmes phénomènes dans le prodrome même de l'empoisonnement saturnin, à peine y avait-il, disons-le bien, un pas à faire, un intervalle à franchir. Au surplus, c'est au sulfure de plomb, sans aucun doute, que sont dues ces altérations de coloration gingivale et dentaire, sulfure dont la formation se comprend aisément, eu égard au soufre que les particules saturnines, déposées sur les dents et alentour , rencontrent en tant et tant de matières alimentaires , comme aussi dans l'albumine du mucus buccal et de la salive.
B. Teint jaune sale : où se montre et, pour ainsi dire, se résume de la façon la plus frappante une décoloration réellement étendue à toute la surface de la peau. C'est une sorte de pâleur terreuse, qui, dans les cas les plus tranchés, a véritablement un caractère tout particulier. Voilà < < qu'on nomme aujourd'hui V ictère saturnin , tel qu'il .se voit chez presque tous les peintres en bàlimens, chez la plupart des céruviers , etc.
Moins savamment, on a coutume de dire de ces ouvriers qu'ils ont le lemt plombé; est-ce par une comparaison assez inexacte du teint avec la couleur du plomb, ou bien plutôt , j'imagine, en considération du rôle étiologique de ce métal?
C. Amaigrissement : non pas, certes, sans être accompagné d'un certain degré de langueur, ou, passez-moi le terme, d'un déficit plus ou moins sensible d'activité physique et morale.
D. Saveur douceâtre inhérente à la bouche même : saveur désagréable, ayant tout à la fois quelque chose de styplique et de sucré, comme celle de l'acétate de plomb, par exemple. C'est là, du moins, ce dont se plaignent beaucoup de cérusiers , d'ouvriers en minium, etc.
E. Haleine fé.tide : quelques-uns même prétendent y reconnaître une odeur touic particulière , vraiment caractéristique , en un mot, sui generis ; mais, quant à moi, je n'oserais garantir ce dernier point.
F. Petitesse et rareté du pouls (46. F. S.) : la première de ces modifications sphygmiques se produisant dans la grande majorité des cas, ce qui est, au surplus, en parfait rapport avec l'amaigrissement et la langueur (C); la seconde, ne se produisant , il est vrai, qu'exceptionnellement, mais assez souvent, néanmoins, pour être justement considérée comme l'un des effets et l'un des caractères de l'intoxication saturnine.
Ce prodrome, ou, si l'on aime mieux , ce premier degré de l'empoisonnement saturnin n'a ni marche ni durée déterminées. Il peut se développer très vile, et parvenir en quelques jours, en quelques semaines, à un degré décidément morbide. Il peut demeurer stationnaire clans une forme plus ou moins prononcée pendant des mois et des années entières. Bien plus, un semblable état peut durer toute la vie sans jamais aboutir à aucune des maladies saturnines proprement dites : c'est ce qu'on voit, par exemple, chez bon nombre de peintres en bàtimens.
1242. Aperçu général des maladies saturnines. — Assurément, entre toutes les maladies saturnines, la colique est sans comparaison la plus fréquente ; elle est aussi, sachons-le bien, celle qui d'ordinaire se développe la première, et qui, en outre , possède au plus baut degré une physionomie distincte et caractéristique. Mais, indépendamment de celle colique-là, il n'est, en vérité, aucune névrose, viscérale ou autre, il n'est aucun phénomène de paralysie musculaire, aucune variété d'obscurcissement des sens, aucune perturbation de fonctionnalité encéphalique ou rachidienne dont l'empoisonnement saturnin ne puisse nous offrir la reproduction. Et surtout n'allons pas croire, d'après le langage adopté par le commun des auteurs, que ces diverses maladies soient toujours et nécessairement précédées par la colique; qu'elles dn soient, à parler strictement, la conséquence et la terminaison. Il est constant, il est incontestablement avéré que chacune d'elles se manifeste quelquefois prolopathiquement (97. C. a ), ou, en d'autres termes, sans colique prodromique.
EMPOISONNBMENS PROPREMENT DITS. 73
Chacune a son individualité propre et, pour ainsi dire, sa pleine et entière indépendance ; chacune peut se montrer la première; chacune peut se développer isolément et sans qu'aucune autre des maladies congénères vienne l'accompagner ou lui succéder. Voilà la vraie doctrine delà pathologie saturnine, telle qu'elle était déjà apparue à l'esprit sagace de quelques-uns de nos devanciers (citons, entre autres, Slockhausen et Desbois de Rocheforl), telle surtout que M. Grisolle et M. Tanquerei des Planches l'ont mise en lumière et enfin vulgarisée.
Je ne puis , dans le présent article, me laisser entraîner à la complète et longue étude de toutes les espèces nosographiques qui, en fait de pathologie saturnine, ont droit d'être admises et proclamées. Je ne dois insister un peu que sur les principales d'entre elles, c'est-à-dire, celles qui sont les plus communes et jusqu'ici les mieux connues. Je me bornerai donc à examiner, en six paragraphes aussi brefs que possible , les six espèces que voici :
1" La colique saturnine;
2° La myodynie saturnine;
30 La paralysie saturnine;
h° L'aneslhésie saturnine;
5° L'amaurose saturnine ;
6° L'encéphalopalhie saturnine.
1243. Démonstration chimique de la présence réelle du plomb comme agent pathogéniqu.e à V intérieur du corps. — C'est à M. Uevergie que la science est redevable de la démonstration dont nous parlons. Ce médecin , versé dans la pratique des investigations chimiques sur le cadavre, avait, depuis quelque temps déjà, signalé des traces de plomb et de cuivre dans le tube intestinal d'individus emportés par différentes maladies des plus étrangères à une cause métallique , lorsqu'il se mit , d'après l'invitation et avec le concours de M. Tanquerei des Planches , à faire, chez des sujets morts à la suite de maladies saturnines, toutes les recherches nécessaires dans le but de retrouver le métal morbifique. Grâce à des procédés analytiques aussi bien exécutés que bien imaginés, il est parvenu à constater la présence du plomb, — non seulement dans les tissus de l'intestin après la mort causée par la colique saturnine, auquel cas, notons-le bien, la quantité de ce métal s'est trouvée beaucoup plus considérable qu'après les maladies d'une autre nature, — mais encore, ce qui est infiniment plus remarquable et plus péremptoire, dans la substance même du cerveau en cas d'encéphalopalhie saturnine.
Aujourd'hui, donc, il n'est plus du tout permis de croire, — comme le croyait jadis maint auteur, — comme le professait encore M. Mérat en écrivant, il n'y a pas déjà tant d'années, sur le sujet en question, — comme le laissaient supposer, en un mot, l'imperfection des analyses chimiques d'alors et leurs résultats négatifs,— il n'est plus du tout permis de croire
que le plomb nuise à l'économie par je ne sais quelles émanaiions inappréciables, impondérables, occulles. Le plomb est bien là dans le sein même des tissus et des parenchymes : voilà qui est certain. Est-ce à l'élat de chloroplombate alcalin, comme le veut M. Mialhe? Question à l'égard de laquelle je ne prétends, à Dieu ne plaise, rien décider, et où je ne me reconnais aucune compétence.
i2UU. Prophylactique. — A. Éviter avec soin toutes les circonstances, toutes les influences qui sont de nature à imprégner de plomb l'économie. Se soustraire avec la plus grande bâte à leur joug, dès qu'on s'aperçoit d'un semblable danger, où nous pouvons quelquefois , en effet, nous trouver jetés à notre insu par les mille hasards de la vie. Voilà pour la prophylactique absolue. Mais ne spnt-ce pas là des vérités trop vraies, et qui ont à peine besoin d'être énoncées? .
B. Quant à ce qui concerne la prophylactique relative, c'est à savoir celle dont le but idéal , j'allais presque dire chimérique, est de mettre à l'abri des maladies saturnines les professions même les plus exposées à une large et journalière absorption du plomb , avouons franchement qu'elle ne peut guère, en réalité , avoir d'autre résultat, quant à présent du moins , que de diminuer , mais non pas d'annihiler , les chances d'invasion de ces maladies chez les ouvriers adonnés à une industrie quelconque dont le plomb est la base ou seulement l'un des élémens; d'autre résultat que de retarder plus ou moins longtemps, mais non pas d'empêcher à tout jamais, les cruels et funestes ravages de l'empoisonnement chez ceux surtout qui se trouvent obligés de travailler , du matin au soir , dans une atmosphère chargée de poussières plombiques. Assurément, parmi les nombreuses professions où le plomb et ses diverses préparations jouent quelque rôle , il en est plusieurs de la part desquelles l'empoisonnement saturnin n'est que peu ou même presque point à craindre pour les ouvriers soigneux, s'astreignant à une propreté aussi grande que possible, veillant à ne pas toucher d'une main toute sale et tout encrassée ni leurs lèvres ni leurs narines, et à ne pas contaminer non plus ni leur manger ni leur boire. Et à combien plus forte raison n'en doit-il pas être ainsi , lorsque ces ouvriers joignent au bonheur de posséder une constitution robuste le mérite de mener une vie sobre et régulière? Tels on voit, par exemple , même dans la classe des peintres en bâtimens, beaucoup d'individus qui restent de longues années, et même toute leur vie, véritablement exempts de maladies saturnines, et n'éprouvent tout au plus que des phénomènes prodromiques sans de notables inconvéniens. Mais il est certains métiers où une semblable immunité n'a vraiment pas la moindre chance de se maintenir. Je doute fort , par exemple, que jamais, par quelque système de précautions que ce soit , la fabrication de la céruse devienne un métier tout à fait innocent et qui puisse être impunément pratiqué plusieurs mojS) encore bien moins, plusieurs années de suite,
EMPOIS©K«BMBHS PROPREMENT DITS. 75 G. La limonade sulfurique est préconisée par M. Gendrin comme un excellent préservatif, moyennant lequel les cérusiers eux-mêmes pourraient, assnre-t-il, exercer indéfiniment leurs périlleux travaux sans en tomber malades. Voilà déjà plus de dix ans que M. Gendrin plaide pour les vertus de cette limonade , avec une voix qui ne manque assurément ni de savoir, ni d'éloquence , ni d'autorité. Mais enfin l'expérience, comme on voit aujourd'hui ouvriers, chefs de fabrique et médecins s'accorder à le dire, n'a que trop bien démontré l'inefficacité du prétendu préservatif. Rien de plus vain, hélas ! que les espérances fondées à priori sur ce que la limonade sulfurique semblait devoir convertir en un sulfate insoluble, inabsorbabie et inerte, les poussières plombiques qui se trouveraient avoir pénétré dans le tube digestif. Soit que cette conversion ne se fasse qu'en partie , vu l'insuffisance de la dose d'acide , ou pour quelque autre raison , soit que le sulfate de plomb devienne luimême tributaire de l'absorption à la suite de réactions encore ignorées, toujours est-il que, malgré l'usage journalier de la limonade sulfurique, l'empoisonnement saturnin ne se montre guère moins prompt à se développer. Il est très aisé de comprendre , au surplus, que la formation du sulfate de plomb à l'intérieur du tube digestif ne remplisse pas ici un aussi beau rôle, ne rende pas un service aussi efficace que dans le cas d'empoisonnement gastro-entéritique par l'un quelconque des sels plombiques solubles (1229. A.). En résumé, la prophylactique imaginée par M. Gendrin ne nous paraît guère autre chose qu'une illusion , dans laquelle aujourd'hui ce savant médecin est presque le seul à se complaire.
D. Ne comptons pas non plus énormément sur les vertus prophylactiques des boissons hydrosulfureuses , des bains et des lotions de même nature. Sans doute, ce sont là des moyens fort rationnels , puisque le sulfure de plomb qui se forme aux dépens des poussières plombiques, amassées sur la peau ou introduites dans le tube digestif, est un corps non seulement insoluble, mais encore , selon toute apparence, plus réfractaire à l'absorption , plus rebelle à toute action chimique de la part de l'économie que le sulfate du même métal. Mais, après tout, en réalité , comment espérer qu'on réussisse par là à opérer chaque jour la neutralisation totale du poison en contact avec les surfaces absorbantes. Gombien ne doit-il pas y avoir, chaque jour, de molécules saturnines qui échappent, de manière ou d'autre, aux atteintes du contre-poison, imprègnent les tissus et pénètrent dans le torrent circulatoire ! De là, donc, tôt ou tard , tous les phénomènes de l'empoisonnement.
K. J'en demande bien pardon à mon savant ami M. Mialhe, mais je ne puis considérer comme bien sérieuse et bien réfléchie l'idée de recommander, (or. cit. (1239.), pour la prophylactique de l'empoisonnement saturnin comme pour celle du mercurialisme (1237), une abstinence de sel marin aussi grande que possible.
F. Si un ouvrier, inquiet de voir apparaître chez lui les phénomènes
qui conslituenl ce que nous nommons le prodrome de l'empoisonne • ment saturait! (1241.), réclame dès lors les conseils et les secours de noire art, qu'avons-nous à lui dire? Nous devons l'avertir des dangers qui le menacent ; mais en même temps nous sommes en droit de lui affirmer que , si graves et si alarmans que se montrent les phénomènes prodromiques, si près que ce soit d'un état de maladie , il est encore à temps de prévenir les développemens ultérieurs et décidément morbides de l'empoisonnement, en renonçant au métier d'où dépend le mal , en s'adonnant à toute autre industrie. Et presque jamais, en effet, l'événement ne démentira une semblable affirmation. En général, avec la cessation du travail insalubre , il est bon de prescrire l'usage des boissons hydrosulfureuses, des bains de même nature, et des purgatifs, avec plus ou moins de persévérance, selon les circonstances particulières du cas donné.
G. Assurément encore, lorsque nous rencontrons dans la pratique un malheureux en proie à une maladie saturnine qu'il a contractée par l'exercice d'un métier des plus insalubres et des plus dangereux, ce n'est pas assez que de le guérir, si tant est que nous ayons affaire à un cas encore susceptible de guérison. Notre devoir ne se termine pas là. Toutes les fois, surtout, que la prodiagnose de la paralysie et de l'encéphalopathie repose sur de fortes présomptions, ne manquons pas de recommander avec insistance le changement de profession. Dévoilons à l'infortunée victime de l'empoisonnement saturnin l'affreux avenir que lui prépare et lui réserve une industrie meurtrière. Prophétie, hélas! trop souvent stérile, cl à laquelle l'imbécillité, l'inconduile et la misère font la sourde oreille! Mais peu importe que notre rôle soit là, maintes et maintes fois, un véritable rôle de Cassandre : gardons-nous bien d'y faire jamais défaut en aucune occasion.
H. Allons plus loin encore : invoquons , avec l'autorité de la science , l'intervention des législateurs et la surveillance des magistrats pour des mesures administratives qui soient de nature à concilier avec les besoins de l'industrie la conservation de la santé et de la vie des travailleurs. Que l'on fixe, par exemple, un maximum pour le nombre de jours qu'il sera permis de faire travailler les hommes à la fabrication de la céruse, et un minimum pour le temps à laisser écouler et à occuper tout autrement jusqu'à la reprise d'un si dangereux travail. Ou bien même, plutôt, — s'il est vrai, comme quelques savans l'ont avancé, et comme le prétend avec un haut degré de compétence M. Leclère , l'habile et célèbre entrepreneur de peinture en bâtimens, — s'il est vrai que le carbonate de zinc puisse de tout point remplacer la cérusc dans les divers arts où celle-ci se trouve jusqu'à présent exclusivement employée, pourquoi la loi n'enjoindrait-elle pas cette substitution? C'est donc là un point bien important à éclaircir dans l'intérêt de l'hygiène publique. Enfin, encore un mot : si une industrie insalubre demeure à jamais indispensable, pourquoi, dans une société bien policée, ne deviendra-t-ellc pas
EMPOISONXEMENS PROPI1EMENT DITS. 77
le loi des criminels, le lot des réclusionnaires et des forçats ? Bien entendu, au surplus, que, même alors , l'humanité commanderait encore de réglementer les travaux de façon à sauvegarder la santé; et surtout, par exemple, de n'y mettre les hommes qu'à tour de rôle, et avec des intervalles de relâche bien calculés et suffisamment longs.
§ I-r. De la Colique saturnine (48. A. 6. — 1240-4.).
12^5. Aperçu symptomatoîogique. — A. Premièrement, douleurs, et, comme on pourrait les qualifier, ce me semble , avec plus de précision, crampes d'intestin et quelquefois d'estomac, déchirantes et vraiment atroces dans les cas bien prononcés; se montrant en général indifférentes à une pression même très forte , et, au lieu de s'exaspérer , y trouvant plutôt une sorte de soulagement momentané ; enfin, en général aussi, entraînant à leur suite, dans l'habitude extérieure, non le ballonnement, mais la rétraction du ventre, rétraction parfois poussée à un point incroyable, au point, par exemple, d'accoler en quelque sorte le nombril à la colonne vertébrale. Secondement, constipation opiniâtre , quelquefois même absolument rebelle aux purgatifs de faible et de moyenne vertu. Voilà les deux traits les plus essentiels de la colique saturnine. De plus, l'apyrexie est la règle; et la fièvre, une exception rarissime. Quelquefois, mais pas toujours, il y a des nausées et des vomissemens bilieux. Quant à l'inappétence, elle est un symptôme accessoire, sans doute, mais bien un symptôme constant. A tout cela joignez les phénomènes qui constituent le prodrome de l'empoisonnement saturnin,et qui, à plus forte raison, continuent d'exister dans les manifestations décidément morbides de cet empoisonnement. Ainsi se trouvera tracé d'une façon suffisante le tableau caractéristique de la colique saturnine. C'est à tort, selon moi du moins, que M. Tanquerel des Planches a mis au nombre des symptômes ordinaires de la colique saturnine, et compris dans la définition même de cette maladie, quelques accidens nerveux du côté des organes génilo-urinaires. Sans aucun doute , par exemple, l'empoisonnement saturnin peut quelquefois sévir sous forme de colique néphrétique (525. G.) : il y a une néphralgie saturnine , je suis loin de le contester; car j'en ai rencontré , dans ma pratique , un exemple des plus frappans , chez un portier de la rue Fontaine-Sainl- Gcorges, qui avait longtemps exercé le métier de plombier : mais c'est là un fait exceptionnel. La colique saturnine, telle qu'on la voit journellement, est une maladie purement intestinale ou tout au plus gasircintestinale.
B. Il se peut, mais il est rare que la colique saturnine suffise toute seule à entraîner la mort. Généralement, elle aboutit à guérison , soit qu'un traitement convenable la combatte et y coupe court en très peu de jours, soit qu'elle se dissipe d'elle-même et par le seul fait de la cessa-
78 PATiirx.ocir: mkdk'.aliî.
lion forcée du travail insalubre, niais alors c'est avec plus de peine cl de lenteur. Quelquefois, hélas! elle ne s'évanouit que pour être aussitôt remplacée par quelque autre maladie delà même nature, que pour se terminer, par exemple, comme disaient les anciens, en paralysie ou en épilepsie. Somme toute, en aucun cas, la colique saturnine, dans un degré tant soit peu prononcé et à moins qu'elle ne mérite guère son nom, ne se prolonge pas un très grand nombre de jours : c'est une maladie essentiellement aiguë.
C. La colique saturnine est fort sujette à récidive, non seulement lorsqu'on se soumet de nouveau à l'empire des circonstances capables de la développer, ce qu'il serait à peine à propos de dire , mais même aussi en dehors de ces circonslanccs-là et par cela seul que l'infection saturnine de l'économie persiste à l'état latent ou bien sous forme de prodrome plus ou moins menaçant. Une semblable infection, en effet, veut un certain laps de temps pour être radicalement anéantie : une fois établie, elle peut , sans être elle-même renouvelée , reproduire h maintes et maintes reprises ses manifestations morbides.
12^6. Pas de caractères anatomiques de la colique saturnine. — Rien de plus erroné que l'opinion des médecins qui s'étaient imaginé de considérer la colique saturnine comme une maladie de nature inflammatoire, comme une sorte d'entérite. De nombreuses autopsies, faites par les observateurs les plus éclairés et les plus dignes de foi, ont ruiné irrévocablement cette opinion, qui, à ne considérer même que les symptômes et la marche de la maladie et les bons effets de la médicamenialion drastique, avait déjà si peu de fondement.
M. Louis, dans l'un de ses Mémoires (59) (Mém. IX, Des morts subites ou survenues très promptement , et tout à fait imprévues , — observ. V), parle d'un peintre qui mourut subitement dans le fort d'une colique saturnine. A l'ouverture du cadavre , on ne découvrit aucune trace d'inflammation ni dans les intestins, ni dans l'estomac.
M. Andral, dans sa Clinique, (loc. cit.), d'après les observations qu'il a lui-même recueillies et qu'il raconte en détail, conclut péremptoirement en ces termes : « Ainsi donc, chez tous les individus qui ont suc- » combé pendant qu'ils étaient atteints de la colique de plomb , et dont » nous avons eu occasion d'ouvrir les cadavres , aucun ne nous a pré- » senté dans le tube digestif des lésions par lesquelles il nous fût possible » d'expliquer les symptômes de la maladie. »
Dois-je mentionner encore tant d'autres observations semblables que les annales médicales de notre époque ont eu à enregistrer sur le témoi gnage de MM. Mériadec Laënnec [Revue méd., mémoire cité, observalions II, III et IV), Corbin (Gazette méd , année 1830), Grisolle ( thèse inaug., p. 51), Nivet (mémoire cité), Tanqucrel des Planches (op. cil , t. Ier, p. 31/i et suiv.), etc., etc. ?
A quoi bon multiplier les citations sur un point où lotis les observa-
EMPOISONNEMENS PROPRLMliNT DITS. 79
teurs tombent aujourd'hui d'accord ? Rien de plus unanimement reconnu, désormais, que la nature névralgique et nullement inflammatoire de la colique saturnine.
1247. Thérapeutique. — Je l'ai déjà dit (4245. B.), et il faut bien se le rappeler : la colique saturnine, même avec les apparences les plus graves, peut, quoique abandonnée à elle-même, quoique dépourvue des secours de l'art, guérir par les seuls efforts de la nature. Voilà pourquoi il n'y a pas du tout lieu de s'étonner que beaucoup de moyens différens, les émissions sanguines, l'opium employé seul, la limonade sulfurique , l'eau hydrosulfureuse, etc., aient compté un certain nombre de guérisons, et que, partant, il se soit trouvé des voix pour prôner indiscrètement, déraisonnablement tel ou tel de ces moyens. Mais, ce que l'expérience a toujours démontré à l'immense majorité des observateurs impartiaux, c'est que, des diverses méthodes de traitement mises à l'épreuve contre la colique saturnine , la plus efficace et la plus sûre est celle qui consiste dans l'emploi des purgatifs drastiques avec intervention auxiliaire des opiacés. C'est en quoi gît le mérite du fameux traitement de la Charité. A Dieu ne plaise, d'ailleurs, que nous voulions assujettir servilement la pratique à l'invariable série des formules polypharmaques et routinières de ce traitement ! Ce n'est pas que, depuis un siècle, les détails du traitement n'aient subi maintes variations, et, disons-le, maintes simplifications , comme il est aisé de s'en assurer en consultant une collection de formulaires dans l'ordre chronologique. Mais le tort toujours inhérent à] ce qu'on appelle encore aujourd'hui le traitement de la Charité, c'est d'imposer jour par jour, et pour ainsi dire heure par heure, l'exacte et ponctuelle administration des mômes tisanes, des mêmes potions, des mêmes clyslères, toujours dans le môme ordre et aux mêmes doses, quel que soit le cas et chez quelque individu que ce soit. Administrer les drastiques et les narcotiques , les uns et les autres choisis , dosés et réitérés selon les indications particulières du cas donné, voilà le principe fondamental que, pour le meilleur traitement possible de la colique saturnine, il suffit aux praticiens de graver dans leur mémoire, et de mettre en application avec le discernement d'une sage expérience. Quant à moi, par exemple, j'ai coutume, en général, de prescrire l'huile de croton tiglium , à la dose d'une ou doux gouttes, voire même trois gouttes au besoin , dans une cuillerée de sirop; je renouvelle cette purgation de deux jours l'un, voire môme deux ou trois jours de suite dans certains cas; en même temps, chaque soir, je fais prendre au malade une pilule d'extrait gommeux d'opium ('de 5 à 10 centigrammes). Approuvons, en outre, et mettons à profit, comme moyens auxiliaires, les bains hydrosulfureux et les boissons de même nature. Mais, indépendamment même de l'intervention de ces derniers S' cours, il est rare qu'après cinq à six jours de médicamentation drastique et narcotique, la colique saturnine ne soit pas maîtrisée et vaincue.
su
§ II. De la Myodynie saturnine (1240-4.).
1248. Définition. — Sous le nom de Myodynie, jcdésigne ici, comme le veut l'étymologie même (juwç , gén. fivô;, muscle, — et ô&iwj, douleur), des douleurs musculaires qui sont une des formes les plus communes de l'empoisonnement saturnin.
Ce nom-là, je ne le crée pas : aussi puis-je en louer sans réserve l'exactitude et la convenance. Quoique peu en usage, il existe toutefois depuis assez longtemps dans la langue médicale. Il lient, par exemple, son rang alphabétique dans le Dictionnaire de médecine de Nyslen ( Paris, 1814 , in-8"), et dans le Dictionn. des se. médic, t. XXXV (année 1819).
Je ne prétends pas, à Dieu ne plaise, nier que l'empoisonnement saturnin puisse produire aussi des douleurs dans les tissus fibreux d'une articulation, dans les os, voire môme dans la peau. N'ai-je pas déjà proclamé que cet empoisonnement est, pour ainsi dire, un véritable protée de nature à revêtir les apparences de toutes les maladies possibles (1242)? Mais, ce qui me paraît un fait en dehors de toute controverse , c'est que, d'entre les diverses douleurs saturnines qui se montrent soit dans les membres, soit dans les régions extra-viscérales du tronc, les douleurs musculaires sont incomparablement les plus communes.
1249. Synonymie. — A. Rheumatismus metallicus , de Sauvages (1.239.).
B. Arthralgie, de M. Tanquerel des Planches. — Mais il y a là une flagrante impropriété qui nous empêche d'approuver et d'adopter ce terme. "Apôpov veut dire articulation ; d'où plusieurs dénominations anatomiques et pathologiques, depuis longtemps consacrées en ce sens-là , comme synarthrose, diarthrose, enarthrose, arthrite, hydarthrose, etc. Jamais, quoi qu'en dise M. Tanquerel des Planches , ce substantif grec n'a eu, au propre, la signification de membre; s'il a pu quelquefois, notamment chez les poêles, prendre une semblable signification, c'est au figuré et par certain artifice de style qui prend la partie pour le tout, delà même façon, par exemple, qu'en français nous pourrions dire cent têles ou cent bouches pour cent hommes; c'est , en un mot, par une synecdoque, qui n'était guère usitée, et qui ne doit pas tirer à conséquence pour le langage scientifique. Arthralgie est donc un mot qui ne peut naturellement réveiller dans l'esprit que l'idée de douleurs articulaires (û6. A. 6.). Rien de moins propre à désigner les douleurs d'apparence rhumatismale qui sont une des formes les plus communes de l'empoisonnement saturnin ; car ces douleurs, le plus ordinairement du moins , ressemblent au rhumatisme musculaire plutôt au'au rhumatisme articulaire, ont en toute évidence leur siège dans les
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muscles eux-mêmes, et occupent, par conséquent, toute la longueur des membres.
12f>0. Aperçu symptomatologique. — La myodynie saturnine est quelquefois la première maladie que l'empoisonnement par le plomb fasse naître. Mais il est rare qu'elle débute brusquement. Ert général, elle survient à la suite du prodrome spécial qui accuse plus ou moins manifestement l'infection saturnine de l'économie; ou tout au moins se fait-elle précéder par un certain engourdissement dans les membres qui seront frappés.
D'autres fois,— et c'est, à ce qu'il semble, le cas le plus ordinaire, — la myodynie saturnine ne se développe qu'à litre de maladie dculéropatbique, soit après la colique, soit encore, mais pourtant bien moins fréquemment, après la paralysie ou l'encépbalopatbie.
La myodynie saturnine siège le plus ordinairement dans les deux membres supérieurs ou dans les deux membres inférieurs à la fois, ou même dans les uns et les autres tout ensemble. Au tronc, elle n'envahit guère que les muscles de la région lombaire et ceux des parois thoraciques.
La myodynie saturnine ne s'exaspère que peu ou point par la pression. Elle ne s'exaspère guère non plus par les actes de locomotion, encore bien qu'elle mette quelque obstacle à leur libre et facile accomplissement. Sous le rapport des sensations qu'elle fait éprouver, je ne sache rien de mieux que de la comparera l'état des muscles excédés de travail, lassés outre mesure, — en un mot, courbatus jusqu'à être endoloris.
La myodynie saturnine a une durée très variable. Tan Lût elle persiste à peine trois ou quatre jours, tantôt elle persiste pendant des semaines et des mois entiers. Le plus ordinairement, elle finit par disparaître sans laisser à sa suite aucune incommodité. Mais quelquefois elle tourne à la paralysie ; elle s'en complique, ou bien y fait place.
1251. Thérapeutique. — Drastiques. Opiacés. Boissons hydrosulfureuses. Bains hydrosulfureux, surtout avec le soin, au sortir du bain, de nettoyer parfaitement la peau.
g III. De la Paralysie saturnine (46. C. — 1240-4).
1252. Aperçu nosologique.— Ce dont je veux parler ici, c'est de îa paralysie musculaire, ou paralysie proprement dite. Eu effet, celle paralysie est une des formes les plus communes de l'empoisonnement saturnin, cl elle se montre alors plus souvent isolée qu'accompagnée d'ancsthésic.
Quoi qu'il en soit, au surplus, il importe bien de faire remarquer que la paralysie saturnine peul quelquefois survenir à titre de maladie protopaihique; qu'elle ne reconnaît pas du tout pour condition constante de
82 PATHOLOGIE MKDU'.AÏ.F.
son développement l'existence préalable de la colique de mf-me nom, à laquelle, pour l'ordinaire, elle succède, mais dont , assurément, elle ne dérive et ne dépend point par un rapport nécessaire de causalité. Quelquefois, c'est à la myodynie qu'elle fait immédiatement suite ; et il semble, effectivement, qu'elle doive être en connexion plus intime avec la myodynie qu'avec la colique. Du resle, qu'elle se produise consécutivement à n'importe laquelle des autres maladies saturnines, ou que ce soit elle-même qui naisse la première, tantôt on la voit apparaître tout à coup et d'emblée, tantôt, et plus ordinairement, elle ne se développe qu'après certains pbénomènes prodromiqnes qui lui sont particuliers (lassitude spontanée ; sentiment de pesanteur et de froid ; engourdissement, faiblesse, tremblement).
La paralysie saturnine présente un nombre infini de variétés. 1° Paralysie des membres supérieurs : soit de tous les deux à la fois, soit de l'un des deux seulement ; quelquefois étendue à la totalité du membre; plus souvent partielle, et bornée, par exemple, aux musclesdu bras, de l'avant-bras, de la main ou des doigts, voire même parfois étroitement circonscrite et pour ainsi dire confinée dans un seul et unique muscle. 2" Paralysie des membres inférieurs-, laquelle, comme de raison se présente aussi de toutes les façons imaginables. 8° Paralysie hémiplégique; ou bien, en d'autres termes, paralysie affectant, sinon la totalité de l'une des moitiés latérales du corps, du moins tout ou partie des membres supérieurs et inférieurs du côté droit ou gauche. 4° Para- Wsiedu Inrvnx; d'où une aphonie saturnine. 5» Paralysie des muscles respirateurs ; d'où la dyspnée et même l'apnée. Voilà surtout quels sont les cas qtrf s'offrent plus ou moins fréquemment à l'observation et qui ont particulièrement fixé l'attention des auteurs.
Mais ne manquons pas d'ajouter que , de toutes les paralys.es saturnines la plus fréquente, incomparablement , est celle des membres sunérieûrs Notons aussi que la paralysie saturnine a pour règle, en quelque sorte, d'envahir à la loisir deux membres congénères, d en attaquer nour ainsi dire parallèlement, les mômes parties, et d'y affecter exclusivement les muscles extenseurs : les cas contraires sont l'exceptmn.
La marche de la paralysie saturnine est ordinairement lente. Les envahisseurs progressifs de ce mal ne s'accomplissent que très rarement avec rapidité. Rien déplus variable, après tout , que le temps qui peu. s'écouler jusqu'à l'une de ces trois terminaisons , - mort , - guenson n„..f,Uc __0u bien conversion de l'empoisonnement saturnin en une Lre forme morbide, surtout en celle d'encéphalopathic,
1 253 Thérapeutique. - Emploi des drastiques , encore ici opportun et mile, mais non pas, bien entendu, sans réserve ni sans sagesse, mins hydrosulfurcux. Médicamens strychn,ques (1 M. G. F.leclntffê, surtout sous forme de galvanoponcturc.
tM POISON NP.MKNS PROPREMENT DITS.
§ IV. Ba l'Anosthésie saturnine (1240-4).
1-254. htymolorjte. — 'AvaicrOy-^i'a (chez divers auteurs grecs), insensibilité : (de Afd&fcit, sens, sentiment ou sensibilité, avec adjonction de la particule privative d-î). De là, dans la latinité médicale, Anœsthe- $ia, mot consacré à titre de nom générique dans les systèmes nosographiques (66.) de Sauvages (class. VI, gen. x) , de Linné (genre cxvnr. — Classe des Paralysies), de Guilen (Genre xctv. — Classe des Malades locales), deSagar (Genre cclxvii. - Classe des Débilités), pour représenter spécialement l'abolition ou l'affaiblissement de la sensibilité tactile.
1255. Bref aperçu de l'anestltésie saturnine. — L'aneslhésie saturnine est beaucoup moins fréquente que la paralysie à laquelle nous venons de consacrer le précédent paragraphe. Quelquefois unie et marchant de compagnie avec cette paralysie musculaire, d'autres fois elle se montre isolée et tout à fait indépendante, soit en se développant sur des sujets chez lesquels aucun muscle ne se trouve paralysé, soit en occupant d'autres parties que celles où la paralysie musculaire a établi son sjége. Quoiqu'il en soit, compliquée ou non de paralysie musculaire, l'anesthésie saturnine peut tantôt affecter les membres dans toute leur profondeur, de sorte, par exemple, qu'une épingle ou une aiguille, où et si loin qu'on la fasse pénétrer, ne déterminera aucune douleur • tantôt demeurer superficielle et bornée à la peau. Chose digne de remarque : lise peut fort bien, dans l'empoisonnement saturnin, qu'un même' membre ait tout à la fois la sensibilité exaltée à l'intérieur, et abolie à la peau; qu'en un mot l'anesthésie cutanée et /a myodvnie y soient en coexistence l'une près de l'autre (Tanquerel des Planches, t. IL — Ohserv. relatives à laparalysic. — Observ. VII).
§ V. De l'Araaurose saturnine (1240-4).
1 256. Quelques mots seulement. - Je dois renvoyer mes lecteurs, pour ce qui concerne la connaissance des phénomènes caractéristiques et-ém-rwx deVamwrose, l\hPalholorjiechirurgicale(T. III) où M Nélakin s'est chargé de Wàer l'ophthalmologie tout entière. Mais' je ne crois pas empiéta ic, sur le domaine naturellement dévolu à mon collaborateur '• je ne croîs, au contraire, que satisfaire strictement à une obligation du' présent chapitre , par le peu que je m'en vais dire sur le compte de l aniaurose saturnine en particulier.
Or donc, d'abord, il se peut que l'amaurose saturnine survienne seule sans aucune autre maladie congénère. Mais le plus souvent elle se montre en coexistence avec la colique ou avec l'cncéphalopathie. Et même a la rigueur, ne serait-on pas en droit de la considérer comme une des formes de I encephalopathi,; e„ ,„, mot , comme un svmptômc dont la raison
d'être gît, non pas dans les yeux mêmes ni dans les nerfs optiques, mais
dans la portion mésocéphalique qui préside a la vision?
Quoi qu'il en soit , au surplus , l'amaurose saturnine a généralement une invasion brusque et un développement rapide ; occupe toujours les deux yeux, à ce qu'il paraît du moins d'après les faits jusqu'ici connus ; se montre chez les uns complète, chez les autres incomplète et, comme on dit dans l'école, à simple titre d'amblyopie ; assez souvent, n'atteint l'un et l'autre œil que d'une manière inégale, au point même de déterminer un strabisme plus ou moins prononcé; offre une durée très variable , parfois éphémère ou même de quelques heures seulement , le plus souvent de cinq à six jours, rarement d'un mois, et encore bien moins d'une ou plusieurs années; presque toujours , enfin , se termine heureusement et par une entière recouvrance de la vue. Heureux, trois fois heureux, l'oculiste qui rencontre un cas de celte espèce ! Que l'occasion est belle pour gagner à peu de frais le renom de rendre la lumière aux aveugles !
Quant aux moyens de traitement de l'amaurose saturnine , les voici très sommairement. Purgations drastiques. Révulsion cutanée (148* A. «.) : pratiquée à la nuque, derrière les oreilles, sur les tempes, sur le front. Emploi endermique de la strychnine: encore, comme de raison, aux alentours de l'œil. Galvanoponcturc, surtout appliquée directement au nerf frontal ou au nerf sous-orbitairc.
S VI. De l'Encéphalopatbie saturnine (1240-4).
1257 Définition. — Sous le titre d' ' Encéphalopathie saturnine, nous devons comprendre et nous grouperons en une seule et même espèce nosographique tous les cas dans lesquels les symptômes de l'empoisonnement saturnin sont tels qu'il faut reconnaître et accuser 1 encéphale pour siège rationnel (33. B.) de la maladie.
C'est que sans aucun doute, alors, les molécules saturnines sont parvenues jusqu'à l'encéphale, et en ont lésé la substance, quoique mvisiblement, j'allais presque dire immatériellement et dans un mode purement dynamique.
1258. Etymologie. — Èyxt>aXoç, encéphale; et na8oÇ(2.).— G est par M Tauqucrel des Planches qu'a été créé le mot encéphalopatlae : mot correct, précis, naturel, et, en vérité, bien fait pour conquérir l'unanimité des suffrages. .
1259 Aperçu symptomatologique. - L'encephalopallne saturnine , dans la diversité assurément infinie de ses formes symptomaiiques, peut, en résumé , être ramenée à trois variétés principales , que M. Grisolle , le premier, a fort bien reconnues et décrites dans l'article cité c-dessus (1239), savoir: 1" la variété délirante; 2° la variété oonvuls.vc; 3" la variété comateuse.
EMPOlSOiNNliMENS PROPREMENT DITS. . 85
Chacune de ces trois formes fondamentales de l'encéplialopathie saturnine peut se rencontrer bien isolée, chez un certain nombre de sujets. Biais il est pourtant vrai de dire que le plus ordinairement elles se réunissent toutes (rois sur un seul et môme sujet, se succèdent l'une «i l'autre , s' entrecroisent et s'entre-mêlent ensemble en mille et mille manières différentes. C'est ce que M. Grisolle n'a pas manqué non plus de signaler.
Quoiqu'il en soit, entre divers cas d'empoisonnement saturnin, l'encéphalopathie se montre tantôt protopathique, tantôt deutéropalhique et plus ou moins prompte à naître, par exemple, à la suite de la colique, delà myodynie, etc. Quelquefois elle éclate brusquement. Le plus souvent, au contraire, indépendamment des phénomènes qui conslituenlle prodrome spécial de l'empoisonnement saturnin, on voitdelégers troubles cérébraux préluder durant un ou plusieurs jours, ou quelques heures seulement, à l'invasion du délire, des convulsions ou du coma : bien des fois, par exemple , une céphalalgie frontale, avec ou sans vertige; ici l'insomnie et d'horribles rêves, là une insurmontable tristesse et des pleurs sans motif, etc. , etc.
Ce qui est bien digne de remarque, c'est qu'en règle générale l'encéplialopathie saturnine est une maladie apyrélique; et certes cette apyrexie à peu près constante n'est pas la moindre des raisons qui portent à croire qu'il n'y a pas là une inflammation, mais une pure et simple névrose de l'encéphale. Au reste, rien de plus irrégulier, de plus sujet aux accidens imprévus, — rien, en un mot, déplus insidieux que la marche de l'encéplialopathie saturnine, qui peut prendre, quitter et reprendre inopinément des formes différentes,— sévir d'une façon continue ou bien par accès à plus ou moins longs intervalles,— faire une apparition de quelques heures sans grand dommage, ou au prix même de la vie dès le premier coup, — durer d'autres fois deux à. trois septénaires sans intermission,—enfin aboutir soit à la mort, soit à une recouvrance subite ou progressive de la sauté, soit aussi h l'invasion d'une autre maladie saturnine.
Voilà pour ce qui appartient en commun aux trois variétés de l'encéplialopathie saturnine. Disons maintenant quelques mots sur chacune d'elles en particulier.
A. Encépho.lopal hic saturnine délirante: délire gai ou triste, doux ou furieux, etc.
B. Encéphalopathie saturnine convulsive : chez ceux-ci, convulsions partielles (rien qu'à la face, par exemple, ou dans l'une de ses moitiés seulement, etc.) ; chez ceux-là, convulsions générales ; chez d'autres, et ils sont même les plus nombreux, véritable épilcpsic ; chez quelques-uns, catalepsie, à ce que nous assure M. Tauquerel des Planches, qui dit en avoir observé deux cas.
G EncëphalnfMlhie saturnine comateuse : tantôt coma oigil , tantôt
y6 PATHOLOGIE MÉDICALE. '
coma çpmnolentum , tantôt coma peu à peu poussé jusqu'au carus(Zi6. E. R); quelquefois, le carus advient d'emblée et connue un coup de foudre, en sortequ'il y adoncvérilablementuneapopIexicKiturnine(2Zi9).
1260. Thérapeutique. — Purgations drastiques. Révulsion cutanée. Bains hydrosulfureux et boissons de même nature.
Opium, mais non pas, bien entendu, en cas d'cncéplialopathie comateuse. J'ai coutume de le prescrire avec persévérance , et à doses progressivement croissantes contre l'encéphalopalhie délirante et convulsive. Jamais il ne m'a paru nuisible ni aucunement responsable d'un funeste dénouement. Et bien des fois je lui ai dû, à ce qu'il m'a semblé du moins, de très heureux succès. Entre autres exemples de celte dernière sorte , je me rappelle particulièrement un jeune homme qui me fut , dans le temps , chaudement recommandé par madame Biot ( la femme de l'illustre physicien), dont il avait été le domestique. Ce pauvre diable qui, pour avoir manqué de conduite, avait fini par être réduit à entrer dans une fabrique de céruse, vint àl'Hôtel-Dieu annexe avec une encéphalopathie saturnine des plus alarmantes ; insomnie opiniâtre, céphalalgie continuelle, accès épileptiques se renouvelant tous les trois ou quatre jours : je réussis à le guérir parles bains sulfureux et par l'opium. Je le gardai plusieurs mois à l'hôpital, ce qui servit à la fois à assurer et à constater la solidité de sa guérison.
N'abusons pas de la saignée , mais ne la proscrivons pas absolument ici. Usons-en, au besoin, si nous y sommes autorisés par l'étal pléthorique de l'individu, par des signes indubitables d'hyperémie encéphalique. La saignée, assurément, n'a pas du lotit nui, par exemple, à un garçon de quinze ans, apprenti-peintre en bâlimcns depuis environ une année, Emmanuel Ulrizy, qui fut amené à la Maison-Royale de santé, le 16 septembre 1846 ( Salle h , n° 1. — Internat de M. Dimey ) , pour y être traité d'une encéphalopathie comateuse, subitemeni produite, il y avait deux jours, au milieu des apparences de la meilleure sanlé : l'interne de garde, n'ayant eu d'ailleurs aucun soupçon de la nature saturnine du mal , ouvrit la veine et tira trois palettes de sang (la face du malade était fraîche et rose); le lendemain malin, à ma visite, ce malade avait déjà recouvré toute sa connaissance , il présentait seulement encore un certain degré d'hémiplégie musculaire et aneslhésique du côté droit; je diagnostiquai l'empoisonnement saturnin, surtout et indubitablement, entre autre raisons, d'après la coloration pathognomonique qui existait aux dents et aux gencives (1241. A.); je pronostiquai comme 1res probable la prompte disparition de l'hémiplégie ; en effet, Emmanuel Ulrizy, après avoir été purgé une seule fois avec de l'huile de crolon ligiiuni, après avoir pris ensuite, chaque jour, un bain sulfureux et une bouteille d'eau d'Enghien , sortit guéri, le 21 septembre (cinq jours depuis son entrée), sans aucun resle de gêne dans la marche, et seuleineni avec un peu, mais fort peu d'anesthesie culanée du côté droit.
EMPOJSOJHNJiMENS i'HOPUliMLjNT DITS.
ARTICLE VI
L M FOISONNEMENT CANTHAH1D1EN (1212. A. X )•
1261. Bibliographie. — Ambroise Paré. — (Voir Œuvres cornplètes. — Édition Malgaigue , t. III, p. 326-9). — Livre XXIII , Des venins, chap. 36, Des mouches cantharides. — Là, nous lisons la curieuse observation que voici (l) : « Un abbé de moyen -> âge, étant en celle ville pour solliciter un procès , sollicita pa- » reillement une femme honnête de son métier, pour deviser une » nuit avec elle, si bien que, marché fait, il arriva en sa maison. •> Elle recueillit monsieur l'abbé amiablcment, et, le voulant grali- » fier, lui donna pour sa collation quelque confiture en laquelle y » entrait des cantharides, pour mieux l'inciter au déduit vénérique. » Or, quelque temps après, à savoir le lendemain, les accidensque •> j'ai par ci- devant déclarés advinrent à monsieur l'abbé, et encore » plus grands, parce qu'il pissait et jetait le sang tout pur par le » siège et par la verge. Les médecins étant appelés, voyant l'abbé » avoir tels accidens, avec érection de verge, connurent qu'il avait » pris des cantharides. Ils lui ordonnèrent des vomitoires et clys- » lères, faits d'orge mondé, de riz, de décoction de mauves, . . . . » et, puis après, un peu de thériaque raixlionnée avec conserve de » roses, pour faire sortir la poison dehors. Pareillement on lui » donna à boire du lait, et on lui en fit aussi des injections en la » verge et aux intestins, avec autres choses réfrigérantes, glaireuses
» et gluantes Davantage, il fut baigné , pour cuider
» donner issue au venin par les pores du cuir : mais, pour tous ces j> remèdes faits selon l'art , monsieur l'abbé ne délaissa à mourir » avec gangrène de la verge. Et partant je conseille à telles dames » ne prendre telles confitures, et moins encore en donner à homme » vivant , pour les accidens qui en adviennent. »
— Même livre, chap. 37, De la mouche nommée Bupreste. — « La » Bupreste est une mouche semblable à la cantharide , laquelle » étant mangée avec l'herbe par les animaux paissans, comme bœufs, » moutons et autres, les fait mourir enflés comme tabourins. Et, » pour cette cause, est appelée des pasteurs, Enfle-bœuf. El si un
(') Ai-je besoin de remarquer que. dans celle citation textuelle, je n'ai pourtant pas cru à propos de garder la vieille orthographe, qui pourrait bien n'être pas Uti familière aux yeux de quelques-uns de nos lecteurs? Je laisse donc l'orthographe française se substituer à l'orthographe /Vom'/oésc, qui ne serait là qu'une inutile pierre d'achoppement.
l'ATIIULOGlL MÉDICALE.
» homme en mange, il aura semblables accidens que s'il avait pris » des canlharides : et le fait pareillement enfler , ainsi que si le « malade était affligé de l'hydropisie nommée Tympanites » ('). On voit qu'il ne s'agit pas là du genre Bupreste de l'entomologie actuelle, genre linnéen comprenant ces coléoptères peu tanières qui, vêtus la plupart de vives et resplendissantes couleurs, se désignent vulgairement sous le nom de Richards, et qui sont fort loin, certes, d'être semblables à la cantharide ; car ils n'en ont pas du tout les formes, pas plus qu'ils n'en possèdent les qualités épispasliqucs et vénéneuses, qui pourtant, dans certains livres, leur ont été gratuitement prêtées par la méprise de compilateurs peu érudits. Mais qu'était-ce donc que la bupreste d'Ambroise Paré, la bupreste de son contemporain Aldrovande [De animalibus insectis. — Lib. IV, c. 6), la bupreste de tant d'autres médecins et naturalistes anciens? (Duprcstis de Pline, XXX, ch.— Bout^ti; de Nicandre, Alexipharm. , vers 335-Zi6; de Dioscoridc , Mat. méd. , c. 66 ; de Galicn, Mâïicamens simples, livre XI, p. 150 du tome II de l'édition de lîâlc. — Boîi; , bœuf, et np-/)0w, je brûle : voilà les deux radicaux dont la réunion servait si bien à nommer un insecte que les bestiaux ne sauraient avaler impunément et sans en avoir les entrailles toutes brûlées). A coup sûr , c'était quelqu'une des espèces de ce qu'on appelle aujourd'hui la tribu des cantharidiis, si tant est qu'il n'y eût pas là, plutôt, sous un seul et même nom, une grande confusion de plusieurs desdites espèces. Laquelle ou lesquelles étaienlce, d'entre toutes ces espèces-là? Problème d'érudition entomologique et pbarmacologique que je n'ai ni la pensée ni le devoir
d'approfondir ici.
CARROL (professeur à la Faculté de Montpellier sous Henri IV ). — (Voir ses Observations. Annexées à son Alphabet anatomique). Observât. VI. — « En 157'2 , nous fûmes visiter un pauvre homme » d'Orgon en Provence , atteint du plus horrible et épouvantable » satyriasis qu'on saurait voir ou penser. Le fait est tel : il avait les quartes ; pour en guérir, prend conseil d'une vieille sorcière, » laquelle lui fil une potion d'une once de semences d'orties , de » deux drachmes de cantharides, d'une drachme et demie de ci- » boules et autres, ce qui le rendit si furieux à l'acte vénérien, que » sa femme nous jura son dieu qu'il l'avait chevauchée dans deux » nuits quatre-vingt-sept fois, sans y comprendre plus de dix qu'il »> s'était corrompu ; et même, dans le temps que nous consultâmes, » le pauvre homme spermatisa trois fois à notre présence, embras- » sanl le pied du lit, et agitant contre icelui, comme si c'eût été » sa femme. Ce spectacle nous étonna , et nous hâta à lui faire
(>) Voir en Nosogr. organique (87'J. — 1075. C).
EMPOISONNMÉNS PROPREMENT DITS. 89
a Ions les remèdes pour abattre celle furieuse chaleur ; mais, quel » remède qu'on lui sût faire, si passa-t-il le pas. Un semblable fait » m'a élé récité par M. Chauve], professeur ordinaire à l'Université » d'Avignon. 11 faisait pour lors la médecine à Orange, en l'année » 1570 , au mois d'août, et fut appelé à Gaderoussc, petite ville » proche, pour visiter un atteint de même satyriasis; à l'entrée » de la maison, treuva la femme dudit malade, laquelle se plaignit » à lui de la furieuse lubricité de son mari, qui l'avait chevauchée » quarante fois pour une nuit , et avait toutes ses parties gâtées , » étant contrainte de les lui montrer, afin qu'il lui ordonnât des re- » mèdes pour abattre l'inflammation et extrême douleur qui la » tourmentait : le mal du mari était venu du breuvage semblable à » l'autre, qui lui fut donné par une femme qui gardait l'hôpital , » pour guérir la fièvre tierce qui l'affligeait , de laquelle il tomba » eu telle fièvre, qu'il fallut l'attacher, comme s'il fût été possédé » du diable : le vicaire du lieu fut présent pour l'exhorter , à la »> présence même dudit sieur Cliaùvel, lesquels il priait le laisser » mourir avec le plaisir. Les femmes le plièrent dans un linceul » mouillé en eau de vinaigre , où il fut laissé jusqu'au lendemain « qu'elles allaient le visiter: mais sa furieuse chalcurfut bienabal- » tue et éteinte, car elles le trouvèrent roide mort, sa bouche » riante, montrant les dents, et son membre gangrené. »
Beaupoil. Recherches médico-chimiques sur les vertus et les principes des cantharides. Th. inaug. Paris, 1803, n° 359 (in-8°).
Latreille. — (Dans le Règne animal de Cuvier, t. V, p. 60 et suivantes). — Classe des Insectes, Ve ordre, Coléoptères, IIe section, Hétéromères, 4e famille, Trachélidcs, 6e tribu, Cantharidies ou Vésicans (Tribu qui n'est rien qu'une partie du genre linnéen Meloë, et dans laquelle on en est venu aujourd'hui à distinguer jusqu'à treize genres, notamment, enlre autres, les mylabres, les méloés proprement dits, les cantharides, etc.
Leclerc (L.-J. -Frédéric). —{Essai sur les épispastiques. Tb. inaug. Paris, 1835, n" 138. — Très bonne thèse, reproduite textuellement dans le Journ. des conn. médico-chir . , numéro de septembre 1835). — Cet observateur a conclu de ses recherches et de ses expériences : « 1° que, de tous les coléoptères, la tribu des cantha- » ridies seule renferme des insectes épispastiques ; 2° que tous les » insectes de cette tribu ne sont point épispastiques; 3° que toutes » les espèces du même genre ne sont point vésicantes ; W que tous » les coléoptères vésicans agissent par un principe qui est le même, » la cantharidine; 5" qu'il est probable que le principe actif est » sécrété dans un appareil particulier; 6fl que le principe ne sedé- <> ti uit pas par l'action de l'air et par celle du temps. » Dans le fait, il a par lui-même reconnu et constaté la propriété épispasli-
que dans vingt-trois espèces , qui appartiennent aux neuf genres que voici , Cerocoma , H y devis , Decatorna , Mylahris , Lydus , Œnas, Meloe, Tetraonyx, Cantharis, tandis qu'au contraire il a trouvé tout a fait innocentes et inertes dix autres espèces, prises parmi les six genres qui suivent, Mylabris , Œnas, Tetraonyx, Zonitis, Nemognatha, Sitaris.
Richard (Achille) . — (Élém. d'hist. nat. méd. — Zool.) — Des insectes vésicans. — Article très largement développé et qui contient bien des choses entièrement neuves.
Poumet. Nouvelles recherches et expérimentations médico-légales sur l'empoisonnement par les cantharides. Thèse inaugurale. Paris, 1842.
1 262. Définition. — Sous le terme à! Empoisonnement cantharidien , nous devons comprendre et grouper en un seul et même genre nosographique tous les empoisonnemens qui peuvent être dus non seulement l notre cantharide officinale, sous quelque forme et en quelque manière que ce soit, mais aussi à certains autres coléoptères, tous zoologiquenient congénères ou , pour ainsi dire, parens de la cantharide , et bien faits pour en être, par une propriété de même nature, les succédanés et les équivalais sous le double rapport de la pharmaceutique et de la toxicologie. — Il est bien clair, au surplus, que les cas d'empoisonnement par îes cantharides, — étant à peu près les seuls dont nous ayons, que je sache , des observations bien authentiques et bien complètes dans les fastes de l'art, — doivent particulièrement servir de type à nos descriptions et de base à nos considérations.
1263 Étiologie. — A. Insectes jusqu'à présent éprouvés et reconnus pour être épispastiques et, partant, vénéneux : au nombre déjà de vingt-cinq espèces différentes , mais toutes, je le répète, dans la tribu des cantharidies. Ce sont les espèces suivantes :
a Dans le genre Cantharis, huit espèces, les seules d ailleurs qui jusqu'ici aient été mises à l'épreuve , savoir : V la Caniharide vésicatoire Cantharis vesicatoria de Geoffroy et de Latreille. - Meloe vesœa orius \ mfi Lytta vesicatoria de Fabricius), vulga.rement dite Cantharide des boutiques ou bien Mouche d'Espagne, laquelle espèce n'est assurément pas la même que la caniharide recommandée par Diosconde et par Galien et présentant pour caractère dislinctif, suivant ces auteurs, deux bandes tranversales jaunâtres sur les élytres, ni très probablement non plus par conséquent, la même que la cantharide des livres hippouatiques, quoiqu'on en puisse penserautreme.it déprime abord sur la 0 de l'homonymie ; 2° la Cantharis vittata, espèce propre a 1 Amérique du Nord et qui , aux États-Unis notamment se. trouve fort remplacement de l'espèce précédente; 3" les 6. gigas, t. «M*.
EMPOISONiNEMElNS PROPREMENT DITS. 91
C. hirtipes , C. verticalis, C. Servilii et C. fucata, six espèces dont M. Frédéric Leclerc a constaté les propriétés épispasliques.
S. Dans le genre Tetraonyx, deux espèces, toutes deux du Brésil, le T. tigridipennis, et le T. quadrilineata (Leclerc, thèse citée).
y. Dans le genre Meloë, trois espèces : 1» le M. Proscarabœus L. , vulgairement scarabée onctueux; 2° le M. gallica, espèce établie par Dejean , mais qui , suivant M. Achille Richard , ne serait qu'une simple variété de l'espèce précédente; 3" le M. maialisL., vulgairement ver de mai. Le proscarabéet le ver de mai, assez communs en France, le sont bien davantage dans tous les pays méridionaux de l'Europe. Aussi, en ces pays-là et notamment en Espagne, on les met à profit pour la pharmacie et on les mélange avec les cantharides. Conformément à la conjecture émise par Latreille (loc. cit. , p. 65) et appuyée par M. Frédéric Leclerc (Thèse citée , p. 16), je croirais assez volontiers que ces insecteslà sont les buprestes das anciens.
o. Dans le genre GEnas, deux espèces : 1° YŒnas syriacus, l'un des insectes de la faune sud-européenne; 2" YQE. segetum, qui vit au nord de l'Afrique.
e. Dans le genre Lijdics, deux espèces : 1° L. flavipennis, etZ. algiricus.
C Dans le genre Mylabris, quatre espèces : l°le Mylabre variable (Mylabfth variabilis de Dejean. — Meloë cichorii L. — Mylabris cichorii Latreille), insecte de couleur noire, mais avec deux bandes trans versales jaunâtres sur les élytres, — très commun dans le midi de la France et les autres contrées méridionales de l'Europe, — vivant sur les fleurs de la chicorée et des autres synanthérées, — très épispastique et, comme tel, employé en Italie avec ou sans mélange de cantharides, — et par conséquent, enfin, considéré par bien des auteurs, non sans raison , comme la vraie cantharide des anciens , celle du moins à laquelle Dioscoride, Pline et Galien attribuaient la prééminence («.); 2° le Mylabre bleuâtre ( Mylabris cyanescens d'iliger) , commun en Espagne et dans le midi de la France, — différant assez peu d'aspect, de grandeur et de force d'avec l'espèce qui précède, et possédant aussi un haut degré de puissance épispastique, que les expériences de M. Farines, savant pharmacien de Perpignan , ont parfaitement constaté; 3° le M. octopunctala, dont M. Frédéric Leclerc nous atteste les propriétés; h° le Mylabre pustule de la Chine {Mylabris Sidœ Fabr. — M. pustulala d'Olivier), espèce en usage non seulement chez les Chinois, mais encore chez d'autres nations auxquelles le commerce l'apporte et la fournit, comme, par exemple, au Brésil. Trois points encore bons à noter à propos des mylabres. Premier point : il est une espèce propre à la Chine et consacrée aujourd'hui , de par l'autorité de Bilberg , sous le nom de Myhbri* cU-horii , qui , confondue à tort par la plupart des auteurs avec le mylabre variable, a pourtant aiec celui-ci une telle ressemblance
que nous sommes en quelque sorte obligés de lui attribuer a priori la vertu épispaslique. Second point : comme notre mylabre variable n'a pas été jusqu'ici rencontré en Grèce par les entomologistes, M. Achille Richard se refuse à le reconnaître pour la vraie caniharide de Dioscoride ; mais, parmi les espèces rapportées de Grèce et rassemblées dans les riches collections de coléoptères qu'il s'est fait un devoir d'examiner, il en a trouvé une, qui , de récente importation et encore sans nom classique, lui a paru tout à fait mériter d'être ainsi reconnue, et que, pour cela, il proposerait de nommer Mylabris Dioscoridis. Troisième point, enfin, il ne faut pas, comme M. Frédéric Leclerc (Thèse, p. 13), confondre avec le mylabre pustule de la Chine le mylabre pustule de l'Inde (M. pustulata Bilberg), autre espèce, qui, au rebours de l'espèce chinoise , est , à ce qu'il paraît d'après les expériences de cet habile confrère, tout à fait inerte et impuissante à produire la vésicaiion.
ri. Dans le genre Dccatoma, une seule espèce, D. lunata. {Mylabrh lunata Fabric).
9. Dans le genre ffycleus, deux espèces, 1° l'Hyclée de Bilberg, espèce sud-européenne; 2° l'Hyclée argus, du Sénégal.
t. Dans le genre Cerocoma : une seule espèce : la Cérocomc de Scbaeffer (Meloë Schœfferi L. — Cerocoma viridis Geoffroy ) , verte ou d'un vert bleuâtre, avec les antennes et les pieds d'un jaune de cire, — rencontrée assez fréquemment aux environs de Paris , sur les fleurs, et en particulier sur celles des synanlhérées.
B. Principes vénéneux des cantharidies : un et identique, apparemment, chez toutes les espèces. Toujours est-il que la cantharidine, substance blanche, cristalline, éminemment irritante et quasi caustique , découverte en 1810 par Robiquet dans la caniharide des boutiques, se montre bien comme le véritable agent auquel on doit attribuer , et même (je le crois du moins avec M. Fr. Leclerc) exclusivement attribuer les effets épispasliques et toxiques de cet insecte-là. En outre, la cantharidine a été retrouvée par Robiquet lui-même, et retrouvée chimiquement toute pareille , dans l'analyse du mylabre variable (A. Or, nuelle induction plus naturelle et plus légitime que d'admettre 1 existence de la même substance chez tous les autres insectes ep.spasi.ques? Ce qui est encore digne de remarque, c'est que la cantharidine se trouve contenue à l'intérieur du thorax et de l'abdomen de l'insecte , mais n'existe ni dans la tête ni dans les pattes et les élylres, parties que les médecins de l'antiquité avaient fort bien reconnues pour ^offensives.
C Pa'hoqénie de l'empoisonnement canthandien : parfaitement expliquée et mise dans tout sou jour par la double considération que voie. : !» action locale que le principe épispaslique , la cantharidine , en ces d'ingestion des dangereux insectes, exerce sur la muqueuse de lésion , et de l'intestin, d'où une gastro-entérite plus ou moins violente , 2 absorption de ce môme principe , qui s'en va , conséquemnienl , irntei a
un ou plus ou moins haut degré la moelle éplnière et l'encéphale, mais surtout irriter d'une façon toute spéciale l'appareil génito-urinaire , ce qui donne à l'empoisonnement cantharidien sa physionomie vraiment à part , et nous fait ainsi une loi de le distinguer génériquement d'avec l'empoisonnement gaslro-entéritique (art. II). Or, comme les surfaces enflammées sont toujours fort peu propres à l'accomplissement de l'absorption , il s'ensuit que dans le drame de l'empoisonnement" cantharidien , plus il y a d'intensité et de violence du côté des phénomènes gasiro-entéritiques, d'autant moindre doit être le rôle des symptômes spéciaux et réellement caractéristiques; et c'est là ce qu'on a, en effet, observé dans la pratique de la médecine humaine. Voilà même peut-être pourquoi les expérimentateurs , en empoisonnant des chiens avec les caniharides , et toujours, j'imagine, à très forte dose , n'ont jamais vu chez ces animaux-là les phénomènes de priapisme et de satyriasis.
1264. Symptomatologie. — Symptômes gastro-entéritiques (449. A. C. D. — 462. B. C. — « 466. B. g. y. — 468.). Symptômes de pyélite (525. A. B. C. — et 528. A .). Symptômes de cystite ( voir en Path. chir. ) , particulièrement avec production de pseudo-membranes (299. K.)i {l°nt lcs lambeaux se montrent dans les urines. Hématurie (237. — et 239. E. §.). Priapisme très douloureux, très opiniâtre et que, quelquefois même, la réitération du coït la plus excessive, la plus furieuse , la plus prodigieuse , ne saurait du tout abattre. Symptômes d'irritation ou de prostration du système encéphalo-rachidien (délire, convulsions, tétanos, hydrophobie, coma, etc.). Voilà les divers élémensqui peuvent se montrer combinés entre eux , en tant de façons différentes selon les cas, dans l'horrible drame de l'empoisonnement cantharidien. Voilà les scènes lugubres et cruelles par où cet empoisonnement aboutit trop souvent à la mort.
1265. Thérapeutique. — (1215.). — Ici, pas de contre - poison connu, pas de traitement chimique. Ce qu'il fautfaire, s'il en est temps encore, c'est de provoquer ou de faciliter, à force d'eau tiède, l'expulsion du poison par la voie des vomissemens. Au demeurant, médicamentation émolliente, soit en bouillons et en clystères , soit aussi en injections dans l'urètre et la vessie; bains chauds; saignées générales et locales ; opium et camphre, isolément ou ensemble , en potions , en pilules , en clystères, en applications extérieures : tels sont les principaux moyens bons pour combattre lesaccidens de l'empoisonnement cantharidien.
PATNOIOCIi: MÉDICALE.
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