CANCER DE L'ESTOMAC
836. Bibliographie. — MOJ{GAGm. — {De scd. et caus. morh.) Epist. XXIX, art. 6-7 ; — Ep. XXX , art. 2-^.
PiNEL. —{Méd. clin.). — Pag. \7>?>-bÇ,. Observations pour servir à l'histoire des lésions organiques de l'estomac. — Ce sont douze observations de cancer.
Bayle (G.-L.). Remarques sur la structure des parois de l'estomac affecté de squiniie simple ou ulcéré. (Dans le Journal de Corvisart, Leroux et Boyer, vendémiaire an xi.)
Chardel, Monographie des dé générations squirrheuses de V estomac, Paris, 1808, in-8°.
Bayle (G.-L.) et Cayol. — Article déjà cité (828), §Lxvni-Lxxi , Cancer de l'estomac. — (Pag. 617-31.)
Prus. Recherches nouvelles sur la nature et le traitement du cancer de l'estomac. Paris, 1828, in-8''.
Louis. — {Mémoires ou Recherches anatomico-pathologiques.) Il"* méfli. : De l'hypertrophie de la meonbrane musculaire dans toute son étendue, dans le cancer du pylore. — Pag. 121-35.
Andral. — ( Clin. méd. , t. II. ) Chapitre des Observations sur la gastrite chronique. ■ — Pag. 61-70 : I" observ. {Communication de la cavité de l'estomac concéreux avec l'intérieur du poumon frappé de gangrène, à travers un clapier dans lequel sont compris la plèvre , le diaphragme et la rate , en grande ■partie détniite. Pendant la vie, signes de pneumo-thorax et d'une ancienne affection de l'estomac)', — II"'° observ. {Ulcère cancéreux de l'estomac. Fond de l'idcère formé jiar le pancréas. Perforation des parois de l'estomac pendant un effort de vomissement. Péritonite.) — P. 99-112: — IV"* observ. {Squirrhe de l'estomac chezun sujet âgé de vingt-deux ans. Premiers symptômes de la maladie à l'âge de dix-neuf ans) ; — V"'* observ. {Dilatation très considérable de l'estomac, qui remplit tout l'abdomen ; induration des parois de sa po7'tion pylorique avec ati^ophie de la tunique musculaire , et conservation de la largeur accoutumée du pylore. ) Grcveilhier. — {Anat. path.) Livraison IV, planche 1", fig. 1" ( Vomissemens muqueux indomptables ; hématémèse ; épuisement. Végétations encéphaloïdesde l'estomac et du commencement du duodénum , dont l'une obstruait le pylore ) ; ■ — ibid. , fig. 2 ( Cancer gangréneux latent de lapetite courbure de l'estomac et de laportion
CANGKRS. 393
voisine du foie); — livraison X, pl. 3-/i , Considérations sur le cancer aréol aire (jolatiniforine en général, et sur celui de l'estomac en part ieidier ; — Mwuison XII, planche 6, Hypertrophie de l'extrémité pylorique de l'estomac avec commencement de cancer aréolaire gélatiniformc.
IMONiNERET et Fleury. — {Compendiwn, — t. III, art. Estomac). — Pag. 505-26 , Cancer de l'estomac.
Ferrus. — (Dans le Répert., — t. XII, art, Estomac). — Pag. 362- 78. (Cancer de l'estomac.)
837. Synomjmie. — Vulgairement, et bien des fois fort inexactement, Mal (lu pylore, Obstruction au pylore. — Squirrhogastrie, de la Nosologie naturelle d'Alibert , famille I , Gastroses, genre xi , en trois espèces : 1° Squirrhogastrie essentielle (c'est-à-dire, sous une qualification assez impropre , cancer du corps de l'estomac) ; 2" Squirrhogastrie cardiaque (cancer autour du cardia); 3" Squirrhogastrie pylorique.
838. Siège. — A. Quelquefois, mais rarement, la dégénérescence cancéreuse envahit toute l'étendue de l'estomac. Mais, le plus ordinairement, elle reste limitée à une partie du viscère; parfois à peine large comme l'ongle, souvent égale en largeur à la paume de la main. Les cas oii elle occupe le pourtour du cardia ou du pylore ont bien quelque droit d'être distingués comme constituant deux espèces nosographiques à part , ainsi que l'a fait Alibert : car nous allons voir tout-à-l'heure que chacun de ces cas-là peut présenter , non pas toujours, il est vrai, mais du moins bien des fois, des particularités symptomatologiques. En règle générale, assurément , les cancers du cardia et du pylore sont, parmi les cancers de l'estomac , ceux qui causent le plus de souffrances , nuisent le plus à l'accomplissement de la digestion , et amènent le plus prompteraent la mort , ainsi que l'on peut , à priori , le présumer avec les seules données de la physiologie. Le cancer du cardia est le plus terrible, puisqu'il est de nature à interdire absolument l'entrée de l'estomac aux alimens, et même aux boissons; mais, heureusement, il est le plus rare. Au surplus , les observateurs s'accordent généralement à dire que la petite courbure et le petit cul-de-sac de l'estomac sont des parties plus sujettes à la dégénérescence cancéreuse que la grande courbure et que le grand cul-de-.sac.
B. Y.n règle universelle , ou à peu près telle , c'est dans le tissu cellulaire sous-muqueux que la dégénérescence cancéreuse a son siège primitif, pour s'étendre ensuite à la membrane muqueuse et l'ulcérer, — et pour envahir très souvent aussi les couches musculaires , et quelquefois, mais rarement , la tunique péritonéale , (|ui , d'ordinaire , demeurent intactes. Mais, au témoignage d'observateurs habiles et sévères, et notam-
•^y^» PATHOLOGIE MÉDICALE.
ment, entre autres, de M. Cruveilhier, il est réellement des cas exceptionnels dans lesquels le cancer se montre borné à la membrane muqueuse.
839. Sympfomatologie. — A. Quelques cancers de l'estomac demeurent tout-à-fait latens. On en a vu de très volumineux , même situés au cardia ou au pylore, même ulcérés et largement ulcérés, qui n'avaient donné lieu à aucun symptôme local , et n'étaient révélés que par l'autopsie à la suite de quelque maladie intercurrente et devenue mortelle, ou bien avaient eu pour effet de rainer sourdement la constitution, et de conduire au tombeau par les progrès du marasme, mais sans troubler d'une manière spéciale les fonctions de l'estomac. Tant il est vrai que les dispositions individuelles varient infiniment entre elles dans leur façon de réagir contre un vice organique donné , dans leur façon de le sentir et d'en souffrir, les unes étant irritables à l'excès , les autres indolentes , apathiques et ladres !
B. Quant à Ce qui est de tracer le tableau des symptômes que le cancer de l'estomac entraîne le plus ordinairement, je n'aurais qu'à répéter la symplomatologie de la gastrite chronique {k5U. D.) : bradypepsie , dyspepsie , indigestions , gastrodynie , vomissemens glaireux , bilieux ou noirâtres , etc. , etc.
C. Dans quelques cas , mais non pas dans tous , soit plus ou moins longtemps après l'apparition des symptômes gastriques , soit même dès leur début (si le cancer s'est jusque là développé d'une façon latente)', on peut , en palpant l'abdomen , constater dans l'épigastre ou aux environs la présence d'une tumeur assez dure , plus ou moins volumineuse , hérissée de bosselures , ou bien présentant les apparences d'une surface unie , se montrant mobile ou adhérente aux parties voisines , indolente ou sensible à la pression. La même tumeur peut , dans certains cas , revêtir tour à tour ces différens caractères. Elle peut même, avec le temps, changer de place , par suite de la dilatation ou du racornissement de l'estomac , voire même s'enfoncer dans l'hypocondre , et devenir inaccessible au toucher : c'est sans doute en pareille occurrence qu'on a pu, de bonne foi , se flatter d'avoir fondu des squirrhes , que l'autopsie a ensuite fait retrouver. Si la tumeur est située au-devant de l'aorte ou du tronc céliaque , elle se trouve à chaque instant soulevée par les battemens de ces artères , de manière à simuler un anévrisrae ; mais on évitera la méprise , en remarquant que la tumeur ne se soulève pas par un mouvement d'expansion qui lui soit propre , mais bien , d'une manière plus ou moins évidente » par l'effet d'une impulsion qui lui a été communiquée. Généralement, au surplus, la tumeur, une fois aperçue et dûment constatée , devient de plus en plus saillante , soit parce qu'elle grossit réellement, soit parce que les progrès de l'amaigrissement la font mieux paraître.
D. H importe de signaler pariiculièrement,— d'une part, entre tous les symptômes locaux , les vomisscmens de cette matière noire , comparée à une décoction de tabac, à du marc de café , à du chocolat , à de l'eau mélangée de suie , et qui , après tout, n'est que du sang altéré et noirci, et atteste une gastro-hémorragie {li5Li. D. e.), — et, d'autre pari, entre tous les symptômes généraux, la teinte jaune-paille de la peau, — ^puisque ce sont là deux symptômes qui , sans être pathognomoniques , appartiennent plus fréquemment, plus spécialement au cancer de l'estomac qu'à la simple gastrite chronique.
E. Pour ce qui est des particularités symptomatiques qui tiennent aux différences de siège du cancer, et qui se font observer le plus ordinairement, selon que le mal s'est développé vers le pylore, vers le cardia, ou dans quelque autre partie de l'estomac, nous étabUrons les propositions qui suivent, tout en protestant que nous sommes loin de voir là des lois pathologiques d'une constance infaiihble.
et. Dans le cancer du pylore , et surtout quand cet orifice se trouve rétréci, il existe en général des vomissemens opiniâtres, mais qui ne se déclarent qu'au bout d'un certain temps (une, deux ou trois heures) après le repas. Quelquefois les matières sécrétées dans l'estomac , et celles qui y sent introduites , ne pouvant que fort malaisément franchir le pylore, s'accumulent pendant plusieurs jours avant d'être vomies; en pareille circonstance, les vomissemens, ne se renouvelant que de loin en loin , sont presque toujours extrêmement copieux ; l'estomac se trouve distendu au point d'acquérir quelquefois des dimensions vraiment prodigieuses , et de descendre , par exemple , jusque dans la fosse iliaque droite ; en le palpaiît alors méthodiquement, et lui imprimant à travers les parois abdominales de légères secousses, on détermine un gros bruit de glouglou, dû à la collision des liquides et des gaz , en un mot, un gargouillement qui, par son caractère même, et, si je puis dire ainsi, par ses grandes dimensions, trahit aussitôt, pour l'oreille d'un praticien expérimenté, l'énorme distension du viscère où il se passe. Si le cancer du pylore forme une tumeur appréciable sur le vivant, cette tumeur se trouve au côté droit de l'épigastre, ou bien entre l'ombilic et les fausses côtes droites , ou bien môme plus bas encore , selon l'amplitude que l'estomac , distendu comme nous venons de le voir, a fini par acquérir.
g. En cas de cancer du cardia , point de tumeur dans la région épigastrique ; douleurs particulièrement ressenties au fond et dans le haut de l'hypocondre gauche; quelquefois obstacle absolu à ce que les alimens pénètrent dans l'estomac , explosion immédiate du vomissement ou de la régurgitation à chaque essai de déglutition , et , partant , mort rapide par inanition.
y. Lorsque le cancer noccupo ni le p,jiore ni le cardia, il est vrai de dire, en général, et sauf de nombreuses exceptions , que les vomissemens ne sont point habituels et opiniâtres, mais accidentels et faciles à dompter, ou même qu'ils manquent tout-à-fait. Et si quelquefois, en pareil cas, ils se montrent avec une persistance cruelle, en dépit de tous les secours de l'art, ce n'est guère que dans les premiers temps de h maladie , et lorsque la sensibilité particulière de l'estomac ne s'est pas encore faite à la présence du monstre qui vient d'y naître, et qui se met à le dévorer.
F. En général, ce n'est qu'après une période plus ou moins longue de symptômes locaux que surviennent les symptômes généraux, la fièvre hectique et le marasme, qui conduisent peu à peu le malade au tombeau, terme inévitable du cancer gastrique, comme de tous les autres cancers inopérables. Cette seconde période, pas plus que la première, n'a aucune espèce de limite en fait de durée, soit que l'on compte tout simplement, et d'une manière absolue, les semaines, les mois, les années qui s'écoulent alors , soit que l'on calcule le rapport d'une période à l'autre. Chez bien des sujets , la maladie , quoique décidément déclarée , offre des rémissions aussi considérables que longues , voire même de véritables intermittences, pendant lesquelles tous les symptômes disparaissent , pour reparaître de plus belle au bout d'un certain temps qui peut varier de quelques semaines jusqu'à six mois et plus. Bref, en définitive, le cancer de l'estomac met, tantôt quelques mois seulement, tantôt quelques années à martyriser et à conduire au tombeau ses infortunées victimes.
G. Quelquefois, mais rarement, par suite des progrès de l'ulcère cancéreux dans le sens de sa profondeur , la tunique péritonéale se trouvant enfin atteinte et perforée , un épancliemcnt de matières chymeuses ou autres a lieu dans la cavité de l'abdomen , et de là une péritonite suraiguë promptement mortelle. Mais, en règle générale, la nature prévient ce redoutable incident , à l'aide d'adhérences préservatrices que l'inflammation , développée au pourtour du cancer, établit entre l'estomac et les organes voisins.
H. Dans certains cas, très rares aussi, consécutivement à une adhérence contractée par l'estomac avec le colon transverse , et toujours par suite des progrès incessansde l'ulcération en profondeur, une communication s'ouvre et s'établit entre ces deux parties du tube digestif. Les alimens , à peine chymifiés , ou même encore en nature , passent immédiatement de l'estomac dans le colon , et sont de là expulsés par les selles , sans avoir eu leur utilité pour la réparation du chyle et du sang. D'où il résulte que, en pareille circonstance encore, la mort vient
bien plus vite qu'elle ne fût venue suivant le cours ordinaire des choses.
8/i0. Détails anatomiques. ■ — A. Parmi les cancers de l'estomac, on en voit beaucoup qui sont constitués par du tissu squirrheux, beaucoup qui le sont par du tissu encéphaloïde ; beaucoup d'autres encore sont mixtes et mi-partis d'une et d'autre façon. Il y en a de colloïdes; mais ils se rencontrent moins fréquemment que ceux qui précèdent, encore bien que l'estomac soit, comme mon collaborateur l'a déjà fait remarquer {Path. cliir., t. I, p. 360), l'organe où l'oa a surtout occasion de ti-ouver la dégénérescence colloïde ou gélatiniforme. Enfin, certains cancers de l'estomac se montrent Infiltrés d'une matière noire, dans la totalité de leur épaisseur, ou seulement par places; et c'est là ce que les auteurs décrivent sous le nom de cancer avecmélanose [Path. chir., t. I, chap. x).
B. Assez fréquemment , l'autopsie fait constater dans l'estomac, avec ou sans ulcération du cancer, la présence d'une quantité plus ou jnoius considérable de ce liquide noirâtre qui constituait la matière des vomissemens. C'est qu'en effet l'hémorragie , d'où provient ce liquide , ne réclame pas du tout, comme condition exclusive et absolument nécessaire de son existence , une surface cancéreuse en pleine ulcération ; mais elle peut fort bien se produire, et se produit souvent, à titre de pure et simple exhalation , par les pores de la muqueuse stomacale , restée intacte et saine au-dessus ou autour du tissu cancéreux.
C. J'ai déjà parlé de l'amplitude extraordinaire que l'estomac peut acquérir, lorsque le cancer a son siège au pylore (839. E. «.). Ajoutons qu'en pareille circonstance , il existe toujours une hypertrophie plus ou moins considérable des couches musculaires du viscère , hypertrophie que M. Louis a particulièrement étudiée et décrite (836). Évidemment cette hypertrophie a sa cause, soit dans les efforts souvent répétés du vomissement, soit dans un redoublement d'énergie des mouvemens journaliers de péristole pour lutter contre la difficulté que les matières chymeuses éprouvent à franchir le pylore,
D. Dans les cas où le cancer siège ailleurs qu'au pylore , l'estomac a presque toujours moins de capacité que dans son état naturel : ce qui est, on le comprend de reste, un effet de l'abstinence à laquelle ce viscère se trouve alors condamné.
E. Quelquefois l'épaisseur du cancer gastrique n'a guère que le double de l'épaisseur normale de l'estomac; quelquefois elle va jusqu'à égaler deux ou trois travers de doigt.
F. Même avant d'être ulcéré, et lorsqu'il est encore recouvert d'une muqueuse parfaitement saine, le cancer, formant une saillie plus ou
moins grande dans l'intérieur de l'estomac, présente là une surface inégale, bombée, anfractueuse.
G, L'ulcération commence toujours en dedans de l'estomac. Parl ' venu h cette phase , le mal a quelquefois une ressemblance frappante
avec le cancer mammaire. Les bords de l'ulcère sont durs , épais et renversés ; sa surface est couverte de fongosités blanchâtres , grisâtres ou noirâtres ; tantôt ce sont de simples excroissances d'une nature cellule-vasculaire , tantôt on y retrouve de la matière encéphaloïde. Dans certains cas , on voit , autour de l'ulcère , plusieurs veines se dessiner en lignes noirâtres et flexueuses comme autour de leur centre commun.
II. Rarement le cancer du pylore empiète sur le duodénum. De même , le cancer du cardia se termine presque toujours nettement du côté de l'œsophage , tandis qu'il s'étend plus ou moins irrégulièrement aux dépens de la petite courbure ou du grand cul-de-sac de l'estomac. 00
I. Les cancers de l'estomac , quel que soit d'ailleurs leur volume , quelle que soit leur situation , sont tantôt libres , tantôt adhérens aux parties voisines. Dans ce dernier cas, l'ulcération , après avoir percéjde part en part toutes les tuniques de l'estomac , peut pénétrer plus ou moins profondément dans le foie , dans la rate , dans l'épaisseur des parois abdominales, etc.; en un mot, dans toutes les parties qui ont contracté des adhérences avec la masse cancéreuse , et qui font corps avec elle. C'est ainsi qu'on a vu le colon transverse , ainsi que je l'ai déjà dit (839. H.), mis en communication avec l'estomac; lediaphragme percé d'outre en outre, et les alimens épanchés dans la poitrine, par suite du ravage d'un cancer du cardia; la rate largement excavée, et formant le fond d'un vaste ulcère du grand cul-de-sac ; enfin , la paroi antérieure de l'abdomen quelquefois envahie et détruite dans une certaine étendue , et prête à donner issue aux matières contenues dans l'estomac.
8Zil. Complications. — : A. Entre une foule d'affections diverses qui peuvent venir compliquer le cancer de l'estomac , notons-en quelques unes comme les principales , et comme celles qui assez souvent accélèrent le funeste dénouement. Ce sont : 1° les cancers des autres viscères, et surtout ceux du foie ; 2° l'anasarque et l'ascite , surtout quand la masse cancéreuse , par son volume et sa situation , exerce une compression continuelle sur la veine cave inférieure ; 3° la péritonite aiguë, quelquefois par perforation , et aussi la péritonite de forme latente et do nature primitivement chronique.
B. La coexistence de la tuberculisation pulmonaire avec le cancer
de l'estomac n'est pas sans exemple ; mais elle est exlrâmement rare.
842. Étiologie. — {Puth. chir., t. I, chap. IX, § iv). — A. Le cancer de l'estomac est incomparablement le plus fréquent de tous les cancers internes ou viscéraux. C'est ce que tous les observateurs s'accordent à reconnaître, môme sans statistique précise, et, pour ainsi dire, passez- moi ce terme , à simple vue de pays. C'est ce qui résulte positivement des recherches numériques de M. Tanchou concernant la fréquence relative des cancers de chacun des organes du corps humain. De ces recherches qui embrassent un total de 9,118 cancers , d'après le dépouillement des registres mortuaires du département de la Seine pour un laps de onze années , il résulte que , sur 3,425 cancers viscéraux, il y en a 2,303 qui appartenaient à l'estomac (Voir le Jowmal de chirurgie de M. Malgaigne, août 181.1^, p. 280). Ainsi donc, pour exprimer le fait approximativement en nombres ronds pour la commodité de la mémoire , l'estomac a fourni environ le quart du nombre total des cancers pris eu masse et sans distinction de siège, et environ les deux tiers , proportion vraiment énorme , de la somme particulière des cancers viscéraux.
B. Si l'estomac se montre, comme nous venons de le voir, beaucoup plus sujet que tout autre viscère à la dégénérescence cancéreuse , c'est sans doute en raison des nombreuses causes d'irritation qui l'assiègent pendant le cours de la vie ; c'est sans doute en raison de l'infinie variété des ingesta (79. D,), qui, tant et tant de fois , soit hasard , soit crime , soit erreur de régime , peuvent surexciter, déchirer, enflammer la muqueuse gastrique. Feuilletez les recueils d'observations , recensez les circonstances antécédentes les plus dignes d'attention chez les personnes atteintes de cancer de l'estomac ; vous verrez figurer, dans un bon nombre de cas , les irritations traumatiques , chimiques ou autres de ce viscère. Ainsi , par exemple , pour prendre un livre antérieur aux querelles ardentes que le physiologisme broussaisien a suscitées sur le point en question, h Médeœie clinique de Pinel (/oe. cit.) nous offre, sur huit observations de cancer de l'estomac , trois cas qui plaident en faveur de la doctrine d'une gastrite protopalhique, savoir : 1° la première observation, où il s'agit d'une femme qui avait fait abus habituellement des liqueurs alcooliques; 2° la deuxième observation, dont le sujet est une femme de soixante-neuf ans , qui , dès sa jeunesse , avait été sujette à éprouver de temps en temps des vomissemens de glaires ; 3" la septième observation , qui concerne une bergère , pareillement âgée de soixante-neuf ans , renversée deux ans auparavant par un coup de corne de chèvre qu'elle avait reçue entre l'ombilic et l'appendice xiphoïde , et dès lors, ayant toujours eu l'épigastre douloureux et sen-
UOQ r'ATHOLOGlJi MÉDICALE.
sible à la plus légère pression, lit , d'ailleurs , quel praticien n'a pas recueilli des observations analogues? -A Dieu ne plaise, donc , que nous prétendions méconnaître la part que les agens de nature irritante peuvent avoir dans le développement du cancer de l'estomac ! Mais , assurément , là n'est pas toute l'étiologie de cette terrible affection. Comme nous l'avons reconnu déjà {U5k. G. C-)> gastrite, passée à l'état chronique , ne peut se transformer en cancer qu'autant qu'il existe chez le malade une prédisposition spécifique. Seulement , je le répète , la fréquence inévitable des irritations de la muqueuse gastrique fait que cette prédisposition constitutionnelle vientlà, plus souvent qu'ailleurs, aboutir à une manifestation effective.
8/i3. Diagnostic. — {Pafh. chir., 1. 1, chap. ix, § v.) — A. Rigoureusement parlant, l'art ne possède aucun signe pathognomonique du cancer de l'estomac. Les vomissemens bruns ou noirâtres et la tumeur épigastrique ont, assurément, une importance séméiologique de grande valeur. Mais enfin , ces deux signes, pris isolément, ou même tous deux réunis, ne fournissent pas une certitude absolue. Car, après tout, les vomissemens en question n'accusent péremptoirement pas autre chose qu'une gastro-hémorragie , qui peut être symptomatique d'une simple gastrite, ou bien même , quoique beaucoup plus rarement , se produire h titre idiopathique. Et , d'autre part , les tumeurs cancéreuses de l'estomac ne sont pas les seules , tant s'en faut , qui puissent se développer et se faire observer dans l'épigastre. C'est donc par l'ensemble de toutes les circonstances , et non point par un seul signe, qu'on pourra diagnostiquer un cancer de l'estomac avec plus ou moins de probabilité , et parfois avec une probabilité qui touche de bien près à la certitude mathématique.
B. Je crois à propos d'indiquer queltes sont les maladies qui peuvent le plus aisément en imposer pour un cancer de l'estomac. Ce sont : 1° la gastrite chronique ; 2" la gastro-hémorragie idiopathique; 3° les petites hernies de la partie supérieure de la ligne blanche ; k° diverses tumeurs, squirrheuses ou autres, qui peuvent se développer aux environs de l'estomac.
oc. La gastrite chronique , surtout si c'est une gastrite chronique ulcéreuse {ti5U. H. y-), peut s'accompagner de vomissemens noirâtres, de telle sorte qu'il est alors très difficile , ou même impossible , de la distinguer du cancer. En pareil cas , il est permis de présumer que le mal est une gastrite, et non un cancer, — si la personne est jeune,— si l'on ne rencontre pas de tumeur dans la région épigastrique, — si, malgré l'amaigrissement extrême , la peau n'a point cette couleur jaune paille, qui est un des caractères les plus coustans de la cachexie cancéreuse. Mais il faut avouer qu'il n'y a là que des probabilités, et point de cerli-
tucic. Heiireusoincnt qu'après tout, les mêmes remèdes convieiiiieiit pour les deux maladies, avec cette seule différence, qu'ils peuvent quelquefois opérer la guérisoa d'une gastrite chronique, et qu'ils ne sont que palliatifs à l'égard du cancer.
ç. La gastro-hémorragie idiopatJnqxœ , lorsqu'elle se reproduit pendant longtemps, à plus ou moins courts intervalles, sous forme de vomissemens noirâtres, et, comme on dit, sous forme de mélœna (216. B,), peut amener progressivement le marasme et la mort. C'est là un cas très rare , assurément , mais qui a été quelquefois observé, et que les observateurs ont bien et dûment constaté par les résultats négatifs de l'autopsie. Dans un cas semblable, on court bien risque de se méprendre du vivant de la personne ainsi atteinte , et d'affirmer trop légèrement, si l'on n'y prend garde , l'existence d'un prétendu cancer que la nécroscopic ne retrouvera pas , ou qu'une guérison inattendue reléguera au nombre des erreurs de diagnostic. Et l'on comprend fort bien que, dans ce cas, comme aussi dans le cas qui précède (a), des praticiens de bonne foi aient pu s'imaginer qu'ils avaient guéri de véritables cancers de l'estomac.
y. Ce qui peut encore occasionner des méprises, ce sont do petites hernies de la partie supérieure de la ligne blanche , — - qui ont été appelées hernies de l'estomac , quoiqu'elles ne soient jamais ou presque jamais formées par ce viscère. Les symptômes que ces hernies présentent, ont été pris quelquefois, à ce qu'il paraît, pour des symptômes de cancer. Bayle et M. Cayol , dans l'article cité (836) , disent avoir vu commettre plusieurs fois une telle erreur.
o. L^s tumeurs épiigastricpies de toute sorte , fibreuses, fibro-cartilagineuses, osseuses ou autres, peuvent être prises pour un cancer de l'estomac, surtout lorsqu'elles coexistent avec des vomissemens et des phénomènes de dyspepsie, à la production desquels elles sont ou non étrangères. En cas d'une semblable coïncidence, elles peuvent en imposer même à des praticiens fort expérimentés. Pour ne s'y pas laisser méprendre , il importe de ne rien négliger en ce qui touche l'appréciation de l'influence qu'elles exercent réellement sur la santé. Renseigncmens précis concernant l'époque où la tumeur a commencé à se manifester ; palpation attentivement pratiquée à maintes et maintes reprises, soit lorsque le malade est à jeun, soit à divers instans de la digestion ; recensement minutieux des signes propres à chaque genre de tumeur possible, afin d'arriver, par voie d'exclusion, au diagnostic de celle qu'on a devant soi : telles sont les sources de lumière auxquelles il faut avoirrecours. ^"'allonspasau-delàdecesgénéralilés; car, autrement, nous serions obligés de prévoir une multitude de cas particuliers, et de faire
A 02 PATHOLOGIE l\lÉOICALE.
|a longue revue de \o^les les connaissances anatomiques , physiologiqHes el pmholQgiques qui concernent les tumeurs chroniques de l'abdomen.
8^iZ|. Thércqjçutique, {jMh. dur., t. }, c|iap. ix, § YJIl). — Inutile de redire que le traitenient pe peut être que palliatif, Ce sont, d'ailleMrs , les mènies pioyens à eoiplpyer qqp dans le cas de gastrite chronique (457. B.) : je n'ai donp pas besoin , qon plus, de les détailler de nouveau.
Ilégime doux. M, Fe^rus se loue particulièrement d'avoir prescrit la diète lactée , tout en avouant, au surplus , qu'il y a bien des personnes chez lesquelles pn ne saqrait y ijisister, et qui ne peuvent pas du tout la tolérer.
Au besoin , quelques saignées, ïnais avec réserve et bien à propos. Médication révulsive.
Médicaqientatifin anti-émétique.
Emploi dp l'Qpiuiii et autres narcotiques, compie , par exemple, l'extrait de jusqniame ou }'extrai|. de cigvië, qi|i ont même trouvé des prpneurs enthousiastes, et ont eu leur instant de vogue à Utre de remèdes curatifs , à titre de spécifiques.
AUTICIiE IIX.
CANCER INTESTINAI. CIS-EECTAt (221).
846. Bibliographie. — Bayle (G.-L.) et Cayol. — Article cité (828), § Lxxii, Cancer des intestins. — (P. 631-3.)
CruveilhiiîR. — [Anat.path.] Livrais. XXVI, pl. 6 (Observation recueillie par M. Diday, alors interne de M. Cruveilhier). — Noyaux de cerises (au nombre de 617, et reconnus pour appartenir à la variété des bigarreaux , et pour être indubitablement de l'année précédente) arrêtés par un cancer encépholoïde cij'culcdre du gros intestin ( colon transverse, rétréci au point de n'avoir qu'à peine le calibre CCwnQ pjlume de corbeau). — Obscurité du diagnostic. Sensation d'emphysème ( due à la collision mutuelle des noyaux sous la pression de la main exploratrice , ainsi que l'autopsie seule le fit reconnaître). — Perforation spontanée de l'intestin. ■ — Péritonite par suite du passage de trois noyaux de cerises dans la cavité dupéritoine.
PUCHELT. — [De morbis tubi intestinalis. — Traité formant la l'e section du second volume de la 3'°"= partie du grand ouvrage de Joseph Frank. — Leipzig, 1841, in-8°.) § xx\i , Scirrhus et cancer intestinorum.
MONNERET et Fleuiiy. —[Coinpendiuni , — t. VI,)— Art. Intestin {Maladies de l'); — p, 373-8, Cancer de l'intestin.
846. Aosûiagie. A, De mêpe que iiQHS «vous (listingHé et posé, comme doux maladies à part, renléro-hémorragie cis-recla|e et le 1]hx lîémorroïdal (221), et de même que nous nvuns déprit et envisagé yéparémeiii la redite (/i7y-81) par opposiiiqa à l'eiuénie proprement djtp, de même aussi nous devions indispcnsabjement iraper ri)istqire particulière du cancer intestinal cis-rectal , et ne pas 1a confondre avec cplle du cancer rectal, qui revient de droit an domaine de la PatholuifU'. vhirunjicale. Taudis que ce dernier cancer a toujours , dans îa jjQiiPhe de tous les praticiens, sa désignation spéciale, l'autre est comniHnénipnt, mais improprement appelé, par excellence, cancer de j'inlpstin. (rest dans l'iniérêt d'une précjsion rigoureuse, — niais qui peut-être pasisera pour pédqntesque aux yeujf de bien des gens , et qni pqurt rjsquq, jp ]u crains fort , de ne pas faire fortune, — que je propose ipi la dénQininaligi) de cancer intestinal cis-rcctal.
B. Le duodénum, le jéjunum, l'iléon, le cœcum et le colun. vpi|à autant de parties plus ou moins sujettes à la dégénérescence cancéreuse. Mais d'abord, si le duodénum se montre quelquefois cancéreux, c'est rarement à titre de cancer isolé; c'est presque toujours , au contraire, en coexistence et en continuité avec un cancer du pylore. Les cancers du jéjunum et de l'iléon sont assez rares. Ceux du colon, et surtout ceux du cœcum, ont une fréquence relative bien plui? considérable, Mais, en somme, les cancers inlestinaqx, tous indistinctement réunis, y compris même ceux du rectum , sqpt loin d'égaler en nombre les can cersde l'estomac Ainsi, danslerelevé déjà cité de M. Tancliou (8A2. A.), à côté des 2303 cancers de l'estomac, on ne voit figurer que 157 cancers des intestins (cancers intestinaux cis-rectaux) , et 23^1 cancers d» rectum. Bref, en nombres ronds , il paraîtrait donc que la totaliié des cancers intestinaux atteint à peipe le dixième du chiffre fourni par les cancers de l'eslomac , et que le cancer intestinal cjs-rectal, en particulier, ne figure que dans la proportion d'un seizième comparativement à ce même chiffre.
C. Le cancer intestinal cis-rectal peut quelquefois demeurer tqut-ràfait latent, soit pendant un laps de temps plus ou moins long antérieurement à l'invasion des premiers symptômes , soit même durapt tquie lu vie du sujet, qu'une maladie intercurrente vient emporter et chez lequel l'autopsie seule révèle l'existence d'un tel cancer. En général, il commence par ne produire, dans une première période, que des accidens lé^,'ers : douleurs abdominales passagères, dyssenterje, borborygmes, flatuosités incommodes tant par le haut que par le bas , constipation habituelle quelquefois entrecoupée par des alternatives de diarrhée. Puis, ordinairement, ce n'est qu'au bout de plusieurs années que s'ouvre
UOU PATHOLOGIE MÉmCALE.
une seconde période où les symptômes s'aggravent d'une façon alarmante, où les coliques deviennent de plus en plus vives et fiiéquentes, où le ventre présente constamment un ballonnement douloureux, où les indigestions se répètent à des intervalles rapprochés, où les vomissemens glaireux et bilieux, et môme aussi les vomissemens noirâtres, se reproduisent quelquefois opiniâtrement. C'est particulièrement en cas de cancer du duodénum, qu'on a occasion d'observer, à ce que les auteurs assurent et comme les données de la physiologie semblent en effet le démontrer à priori, ces vomissemens chroniques qui ne se manifestent que plusieurs heures après le repas, et qui rejettent, non pas sans d'extrêmes angoisses , la matière alimentaire déjà transformée en chyme et mêlée d'un liquide noirâtre; et, au surplus , celle analogie que le cancer du duodénum a, dans ses apparences symptomatiques , avec le cancer du pylore, n'a certes rien qui doive surprendre et qui ne soit très simple à prévoir. Quoi qu'il en soit, en quelque partie de l'intestin que te cancer ait son siège, le malade maigrit et sa peau prend une couleur jaune, ordinairement sans fièvre hectique, souvent même avec persistance de l'appétit naturel. Une douleur fixe dans un point de l'abdomen, et môme une tumeur plus ou moins appréciable U la palpation, peuvent être là, mais dans quelques cas seulement, pour indiquer le siège de la terrible dégénérescence. Si la partie cancéreuse de l'inlestin se trouve rélrécie à un degré excessif, à un degré approchant d'une complète occlusion, les gaz distendent outre mesure toute la longueur du canal en avant de ce rétrécissement, de telle sorte que les circonvolutions intestinales peuvent alors se dessiner à travers les parois de l'abdomen. En général, celte tympanite est d'autant plus considérable que la distance du cancer au pylore est plus grande. Quelques malades ont, de temps à autre, les selles sanguinolentes qui caractérisent l'entéro-hémorragie cis-rectale (222. A.). Il en est chez qui la diarrhée présente, indépendamment de matières glaireuses , une certaine quantité de pus. Enfin , la mort survient , soit après que le marasme et la cachexie ont atteint leur plus haut degré, soit d'une façon moins lente et moins prévue, à la suite d'une constipation excessive, et avec tous les symptômes de l'iléus (Ù68) , en raison de l'occlusion que les développemens du cancer ont fini par produire.
D. L'anatomie pathologique nous apprend que' dans l'intestin , comme dans l'estomac, la dégénération cancéreuse débute généralement , si ce n'est même toujours, par le tissu cellulaire sous-rauqueux ; que l'ulcération commence constamment du côté de la membrane muqueuse, et que parfois alors il s'élève à la surface de l'ulcère cancéreux des végétations qui font une saillie considérable dans la cavité intestinale. Dans
quelques cas, ainsi que je viens de l'indiquer à propos des symptônies (C), les parois dégénérées de l'intestin se trouvent épaissies au point de produire là un énorme rétrécissement, ou même une occlusion complète du canal. Lorsque l'ulcération, une fois commencée, s'étend en profondeur, il peut y avoir perforation de l'intestin, d'où un épanchement de matières chymeuses ou stercorales , et une péritonite suraiguë promplement mortelle (575. D. y.). ftJaiscequi prévient d'ordinaire un si funeste résultat, ce sont les adhérences contractées par la partie cancéreuse avec les parties voisines. Quelquefois même , par suite de telles adhérences, et par suite aussi des progrès de la dégénérescence et de l'ulcéraiion, il s'établit une communication contre nature entre deux anses intestinales contiguës ; et cela , dans certains cas , peut avoir un très heureux effet , en ouvrant un nouveau passage aux matières, au cours desquelles le cancer opposait jusque là un obstacle difficile ou même impossible à franchir ; et l'on conçoit aisément qu'en pareille occurrence, un malade, après avoir été sur le point de succomber aux accidens qu'entraîne le rétrécissement excessif de l'intestin , puisse échapper au péril qui le menaçait , se rétablir en quelque sorte et vivre en core fort longtemps.
E. Chez quelques sujets , au lieu d'un seul cancer , les intestins pré sentent dans toute leur longueur, à divers intervalles, une multitude de plaques ou de tumeurs cancéreuses, ulcérées ou non. C'est ce qui paraît surtout avoir lieu dans le cas où la dégénérescence des parois intestinales est deutéropathique , et où elle ne se produit qu'à la suite d'un cancer de l'estomac ou de quelque autre organe.
F. Bien des fois se rencontre la complication du cancer intestinal avec le cancer de l'estomac, soit que les deux cancers aient chacun leur individualité distincte , soit qu'au contraire un cancer du duodénum se présente en intime continuité avec un cancer du pylore , ou que la grande courbure de l'estomac et l'arc du colon se trouvent réunis et confondus en une seule masse cancéreuse. Quelquefois, mais plus rarement , le cancer des intestins se montre en coexistence avec une semblable dégénérescence de l'un quelconque des organes abdominaux autres que l'estomac.
Efiologie. — {Path.chir. , t. I", chap. ix, § iv.) — Nous ne prétendons pas nier que l'entérite et les causes qui la provoquent aient une part dans la pathogénie du cancer intestinal. Là est, sans aucun doute , en certains cas du moins , la raison pour laquelle l'intestin , plutôt qu'un autre organe, devient le siège de la terrible dégénérescence. Mais ce n'est point assez, et force nous est, encore un coup, d'avouer qu'il doit y avoir, pour la production d'un tel mal , d'autres conditions
|)atllrif,'éiiiqiies toutes particulières él vraiment j)lus esseluielles que l'intci vciiliuu d'un iiiolitiicn inllaiumaioin;, mais qui sont jusqu'à présent, il faut aiissi !c reconnaître, un mystère impénétrable.
8/!i8; Diagnostic: — {Pûth. chir-, ^ t. thap. ix, §v,) — Disonsle frauchomentt il est impossible de ne pas confondre sur le vivant le Cancer du duodénum avec celui du j3yiore , même lorsque les symptômes soiitle plus prononcés. Quant aux cancers du jéjunum, del'iléon, du eœcum et du colon, rien n'est plus commun ni plus excusable (|ue de les iliéconnaître lorsqu'ils ne forment pas une tumeur appréciable à K1 palpation. Cependant, pour récapituler tout ce qu'il y a de plus caractéristique < nous ferons remarquer d'abord que les alternatives de constipation et de diarrhée 4 qu'un météorisme habituel et autres symptômes faits pour révéler l'existence d'un obstacle permanent dans les voies iintîstinëles sont déjà des signes qui doivent éveiller les soupçons. Lorsc|U'en outre l'amaigrissement et le dépérissement se déclarent et se prononcent de plus eu plus, sans qu'on en puisse apercevoir la raison, si ce n'est du côté des intestins; lorsque, avec tout cela, la peau prend une teinte jaune paille, on a véritablement droit; je ne dirai plus de soupçonner , mais de présumer , surtout chez un individu parvenu à l àge mûr, qu'on a affaire à un cancer intestinal. Ce diagnostic acquiert un dtgré encore plus haut de probabilité, lorsqu'on peut constater, en palpant l'abdomen , une tumeur dure, bosselée, plus ou moins douloureuse, et qui rend un son mat à la percussion. Mais il faut se garder de prendre pour une tumeur cancéreuse un amas de matières fécales, méprise facile à éviter et presque impardonnable ; car , dans ce dernier cas j on peut , par la pression , réussir à diviser, ou du moins à faire choiniutr la tunieurj qui, au surplus, se déplace naturellement eî pour ainsi dire d'elle-même , et au bout de quelque temps ne se retrouve plus au même endroit ; a plus forte raison un purgatif a-t-il le pouvoir de la faire disparaître; enfin, elle n'est généralement pas accompagnée des phéiiumènes de dépérissement qu'un cancer tant soit peu avancé et volumineux ne manque presque jamais de produire.
849. Thérapeutique. -~ {Path. c/iir.,, t. P% chap. ix , § vii.) — Comme le cancer de l estomac, le cancer intestinal cis-rectal , inabordable aux secours de la chirurgie , ne peut être combattu que par un traitement palliatif. Mais , il importe de le remarquer , et c'est là une remarque heureuse et consolante, on peut ici réussir à prolonger beaucoup la vitî du malade à l'aide de soins éclairés et assidus , et surtout d'un bon régime . l'estomac demeurant sain et ne se dérangeant gravement , pour l'ordinaire » que dans les derniers temps de la maladie , et pourvu aussi, toutefois, que le rétrécissement du calibre intérieur
de l'intestin ne soit pas porté à un liegl'é Dxcésslf et incoiUpdliblè avec le cours naturel des matières.
Esquissons donc les principales bases de ce traitement palliatif.
A. Diète sufliisamment nourrissante, mais sobre et régulière, et surtout composée d'alimeus qui soient de nature à ne laisser que fort peu de résidu stercoral. Interdiction absolue des aliiiiens venteux. Aider à la digestion par le moVcn des eaux de Seltz , de Spa , de Bussaiig , de Yichy, etc., et par le bi-carbonatede soude,
B. iiemédier tour h tour , suivant l'occui rèiice , à la consiipaiîoii et à la diarrhée : à celle-ci, en déployant tous les moyens qiié j'ai déjà énumérés dans l'histoire de l'entérite catarrhclle pure (Û67. A: B.); à celle-là , eii répétant l'emploi de lavemenS siiliples, de laveméns émolliens, de lavemens laxatifs, et mêrue, s'il le faut, en administrant par le haut un purgatif, mais choisi de préférence parmi les purgatifs doux , ou, tout au plus, parmi lés cathàrtiques (132. G. x.).
C. Applications de sangsues à l'antis, toutes les fbis qu'on voit poindre et apparaître quelques signes d'inOammation vive du côté des entrailles. Voilà , assurément , une ressource des plus heureuses et des plus efficaces pour éloigner ou amender les accidens inflammatoires. Voilà un secours qu'il ne faut ni négliger ni différer , tant que l'aslhéhie du malade n'y oppose pas une contre-indication formelle.
D. Révulsifs cutanés sur les parois de l'abdomen. Vésicatôires, moxaSj cautères, sétons, frictions slibiées, etc., niàis tout cëla plutôt pour dfccuper l'imagination du pauvre malade que poiir opérer uii amendement réel du terrible et incurable mal , sur lequel tous ces moyens-là ne me paraissent avoir aucune prise , aucune influence.
E. Au besoin, médicaraentation narcotique (132. G. a;). Et en particulier , lorsque le mâl a son siège dans le gros intestin j les clystères sont un moyen bien précieux pour faire parvenir à la surface même des parties dégénérées et ulcérées l'opium et les autres médicamens anodins et stupéfians qu'on applique avec tant d'avantage sur les cailcers externes.
ÀRficLË lir.
CANCER DU rOlE
Syn. : Hépaldcarcihle , de M. Pidrry (TKde 7héd., i. iV, p.6lO).
850. Bibliographie.— BkYLv. (G.-L.) et GayOl.— Article cité (828),
§ LXxiii, Cancer dû foie.
A.^'DP..\L. — {Clin. mM. — t. II.) Pag. ^i71-5Û6, Obs^rvaiiom si& te
carïcer du foie.
' BourLLAiiD. — (Dans le Dict. de uiéd. et de chir. prat., t. IV, art. Cancer.) —Pag. 475-80 [Cancer du foie).
GriuvEiLHiER. — [Anat.path.) Livraison Xll, planche 2 et 3; — et livraison XXIII, pl. 5.
Heyfelder. — {Mémoire sur plusieurs altérations du foie. Traduit des Studien im Gebiete der Heilwissenschaft (272). Dans les Archives , décembre 1839). I. Cancer du foie.
MONNERET et FLEVi\Y.— {Compendium, t. VJ, art. Foie.) — P. 85- 9 II, Cancer.)
Joseph Frank. — Volume déjà cité (631). — Cap. viii. De mordis carcinomaticis hcpatis et cystidis felleœ. — !\lais je dois remarquer que , sous ce litre , Joseph Frank confond , non seulement les dégénérescences squirrheuse et encéphaloïde , mais encore la tuherculisntion , le foie gras, la cirrhose, la simple induration, les kystes hydatidifères , etc. Et je n'ai pas besoin de formuler, à cet égard, le blâme qu'une pareille confusion ne peut manquer de soulever de la part de toutes nos écoles.
851. Nosologie. — A. Après le cancer de l'estomac, celui du foie est unanimement accusé par les observateurs comme le plus fréquent des cancers viscéraux. Dans le relevé statistique de M. Tanchou, relevé déjà cité (842), il figure , effectivement , pour un sixième envi.ron du nombre total de cette catégorie-là (578 cancf;rs du foie, sur 3382 cancers viscéraux).
B, C'est à Bayle et à M. Cayol qu'appartient l'honneur d'avoir été les premiei's qui aient décrit ex professo le cancer du foie , et qui aient bien reconnu la nature de cette affection; mais déjà , avant eux, divers observateurs en avaient recueilli et signalé maints et maints exemples, qu'il ne nous est pas permis de méconnaître, quoique sons les vagues dénominations de sté atomes , corps blancs, tubercides (762) du foie, etc
C. En ce qui concerne les symptômes que le cancer du foie peut produire, rien de fixe, rien de constant, rien de nécessaire. Quelquefois il demeure latent jusqu'à la fin , et la nccroscopie seule le découvre chez des individus qui n'avaient jamais éprouvé les moindres doulem's dans l'hypocondre droit ni à l'épigastre, et dont les fonctions digeslives n'avaient commencé h se déranger que dans le dernier degré du marasme. Chez d'antres individus, avant ou depuis les promiers phénomènes de langueur générale et de dépérissement, on voit se développer un certain ensemble d'accidcns locaux, de symptômes hépatiques et de trou-
bles digestifs, mais qui oITreiil les plus grandes cl les plus nombreuses variétés. Cela posé . je crois n'avoir rien de mieux à faire que d'emprunter à l'article de Bayle et de M. Cayol la description suivante comme type syniptomatologique du cancer en question , comme type bien propre 5 représenter, non pas certes tous les faits, il s'en faut même de beaucoup, mais incontestablement un assez bon nombre de cas.
« Souvent, » disent les auteurs précités, « la maladie s'annonce, a plusieurs mois ou plusieurs années à l'avance , par des symptômes » d'hypocondrie, ou par diverses incommodités qui n'ont rien de ca- )) ractérislique ; telles sont des démangeaisons dans tout le corps , des » douleurs vagues et des lassitudes spontanées, un froid aux pieds qui se » fait sentir plus particulièrement dans la nuit, etc. De temps en temps, » et quelquefois à des intervalles de plusieurs mois , le malade éprouve M des douleurs vives dans l'hypocondre droit, qui surviennent tout-à- » coup , durant quelqLies secondes , quelques minutes , ou tout au plus » un quart d'heure , et disparaissent ensuite complètement. Jusque là la )) santé paraît fort bonne, et l'on n'observe aucun dérangement dans les » fonctions; cependant l'embonpoint diminue, et le ventre augmente » un peu de volume; la peau prend une Jégère teinte jaune. Au bout « de quelque temps, les progrès de la maladie sont marqués par de » nouveaux symptômes : sorie de malaise habituel dans l'hypocondre M droit , et dans la région épigastrique ; digestions longues et pénibles ; )) dégoût pour certains allmens; quelquefois vomissemens pituiteux sans » cause appréciable , ou à la suite d'une quinte de toux; légères coli- » ques par intervalles, accompagnées de borborygmes et d'émissions de M vents par haut et par bas. Lorsqu'à cette époque le malade rend » conîple des malaises qu'il éprouve, on est ordinairement porté à le re- » garder comme hypocondriaque ; mais si on palpe son ventre, on trouve » le foie volumineux, dépassant les dernières côtes de deux à quatre » travers de doigt ou même davantage , et parsemé de bosselures de » diverses grosseurs , d'autant plus faciles à distinguer que la maigreur
» est plus considérable Si l'appétit s'était soutenu jusqu'à cette
» époque , il disparaît ordinairement; les digestions sont de plus en plus «pénibles; elles sont accompagnées d'un malaise extrême dans la ré- » gion épigastrique; les douleurs de l'hypocondre droit sont, pour l'or- » dinaire , sourdes , gravatives, et rarement lancinantes ; elles répon- » dent dans le dos , et quelquefois dans l'épaule droite. La respiration » est un peu embarrassée, surtout lorsque le malade essaie de se cou- » cher sur le côlé gauche; il lui semble que quelque chose pèse sur sa » poiiriiH! , et de temps à antre il fait une grande inspiration, comme » un homme qui soupire.
^'10 PATHOLdfiifc MÉDICALE.
» Cepciulatit l'aniaigrissertlfent cniltinlie à faire des prbgrÊs. Souvent » la peau c!, la tonjoiiclhe devlbluiplli d'iii) jaiinc foncé, et l'dn observe » en nieiiie temps lés syhilJlOlilës de l'ictèrë, c'est-à-dliti, dés matières » fécales grisâiréS, des urirlés safràilées ; épaisse)?, ét fcOmtiie dléagi-
» néuscs Il y a tbujbiirs plUs bu mollis de cbHSiipaiioil , et pi-èsquë
» jamais de vomisseraeiis. LbrSqjdé là malàtiie ri'(?st pas fcbItipliquéed'Un » squirrhe de l'estomac ,los borborygmes et les vents n'ont pas la même » intétisité que datis les autres afTectiotis càticércusés dil canal iiiiestinal. » Les jaml)és enflent; ët cette enfldi-c, gagnailt Stlccëssivement les mains » ët lé ventre, dégénéré sbiivent en hydi-bpisië dscite. Enfin, les ma- >( Ihdes meurënt hydroftiqiies ; ou dans lëdërriier degré de marasme, à » nioins qu'une fièvre, ou quelque autre maladie aiguë, né tienne mettre » fin à leurs souffrances , dbnt la durée Varie ordinaireilient dëpnis deux M mois jusqu'à deux ans, h compter de l'épOqUë où ils ont commencé » à SE regarder comme malades. »
D. Voici i maintenant, ce qUe l'autopsie constaté. En règle générale, — ^j'allais mGme dire presque tblijburs, — ^ le foie cancéi-ëUx est pliis volumineux que dans l'état sairi ; chet quelques sujets, il se hitinire doublé et même triplé de grosseur et de poids; eii pareille cii'cbHstance , non sfeulémchtil remplit là région épigaàlriqUe , mais il se prblbHgé jusque dans riiypocbUdrè gauclié; et, tandis tjiië son bord inféiieur se troUte descendu jusqu'à pén dë distance de la crête ilirfcjtie droite, sa face cbnVéxë, refoulant le diaphragme dans la pbitrinfe , et cela sUrtbut du côté di'bit, péut aiiéiiidrc à la liàuléur dë Id tinqnièmë bil raêiilé de la quatrième côte. D'ordinaire , aussi , tdUte la surface du foie présenté dë& bbssëlurës de fbrme sphéroïdale ët dë dilfét-enteS grosséurs : ces bbssëltll-ës, tjUi sbnt d'aillëurS plus bii moins iibmbi-edSes, jilus bu moins espacées entre elles, ont cela de pariictilier qu'au lieu d'être ëhtièi-eniërtt et parfaitemëdt bbrtlbées , elles bOl-eiit une dépressibU centrale en iîianière de godet. Ge sont là les saillies d'autant dë masses cancéreuses qui bcebpentlës cbUclies sLlpërnciellë& dU parënchyme hépatique. Mdis ce n'est pas toUt. Et, en incisant lë vistëi-e, on découvre d'aUtrès masses ibUles pareilles, çà el là disséniinées dans les coUchës prbfondes. AU sUl-plUS, cës masses cbnsistent tantôt eU tissli squirrheux , — tantôt, et, il faut le dire, lë plUs ardinairement , en iliatiêre encéphaloîdë , enkystée bU ndn. Leur forme est ronde , mais d'une rbndeut imparfaite ët irréguliêre. Leur vblumé varie depuis la grbSseiii- d'Un pois jusqu'à celle d'un marron, depuis celle d'un marrbn jusqu'à celld dii pbing, des deux puings réunis, ou même d'une tôte dë fœius à térrtie. Leur nombre est aussi très variable; et je n'ai pas besoin de dire {|d'il ne peut être très grartd qu'à la tondilibn que lës masses cancéreuses soient de petites dimensions. Dans certains cflS, la multitude dé
ces petits cancers disiincleiiR'iil isolés les uns des autres est telle qu'on ne manque pas d'en rencontrer et d'en diviser quelques uns à chaque ci)up de scalpel donné dans le fOie ; et qu'ils composent évidemment plus des trois quarts du volume extraordinaife sous lequel ce viscère se montre en semblable circohstance. Mais, datis d'autres cas, au contraire , on iie trouve que cinq ou six noyaux cancéreux , situés à beauloup de dislance les uns des antres. Quoi qu'il en soit^ autour des points cancéreux, le tissu du foie est presqde toujours parfaiiement sain. La plupart du temps, 6n réussit ft)rt bien à isoler le produit hélérOlogue avec le manche du scalpel; et à l'extraire nettement et sans difficulté en laissant; là où il était logé; une cavité parfaitement lisse , comme si ce produit hétérologue n'étdil que contigU au parenchyme hépatique ambiant, auquel, assurément; il ne peut, tout au plus* se trouver uni et attaché que par quelques prolongenibns vasculaires. Il est rare de rencontrer des cas daiis lesquels on aperçoive une certainie continuité de texture entre la dégénérescence cancéreuse et le parenchyme naturel du foie. Si le sujet a été ictérique dans les derniers temps de sa vie , les masses squirrheusesou ëncéphaloïdes dii foie sont colorées en jaune; autrement , èlles sOnt blanches, tout au plus avec une teinte légèrement jaunâtre. A-t-oii vu un cancer hépatique en venir, par suite de son ramollissement et de ses progrès , à se faire jour dans la cavité périlonéaie; dans l'estomac ; ou bieil, enfin, à l'extélieur après la destruction successive des parties qui auraient contracté des adhérences avec le foie? .lé ne sais. iUais à Dieu ne plaise que je conteste une telle possibilité ! Toujours est-il, néanmoins, que le ramollissement des grandes masses cancéreuses du foie paraît entraîner presque infailliblement une cachexie qui ne tarde pas de devenir mortelle. Il est rare qu'on les rencoiitre entièrement ramollies; Et , comme la dégénérescence envahit incessamment de nouveaux points tant que le malade vit, l'autopsie peut souvent constater et étudier ; dans le même foie , ici des cancers à l'état naissant, à l'état cru, là des cancers parvenus à divers degrés de leur période de ramollissement. Un fait important à i cmarquer etque les recherches nécroscopiques établissent formellement , c'est que la dégénérescence cancéreuse du foie n'interrompt pas la sécrétion de la bile , même dans les cas où la plus grande partie du viscère est ainsi atteinte : car l'Ictère est alors l'exception , et non la règle; et, à l'ouverture du cadavre , ou trouvé dans la vésicule biliaire la même quantité de bile qu'en toute autre circonstance. Quand l'ictère existe, on comprend sans peine que cela puisse tenir à ce que , par des circonstances toutes particulières dans la situation et la disposition des masses cancéreuses, les gros conduits biliaires se trouvent comprimés et aplatis, et l'excrétion dé la bile , par conséquent, empêchée. C'est ce que l'observation né-
M 2 rATiTor.oGiE médicale.
croscopicjue a maintes fois consiaU';. El M. Cruvcilhier ne crainl même pas d'afrirmcr qu'il en doit toujours Otrc ainsi.
E. Le foie peut être seul atteint de dégénérescence cancéreuse, et c'est assez pour conduire la personne au tombeau par une succession plus ou moins rapide de phénomènes morbides , tels que ceux qui viennent d'être décrits tout-à l'heure (C). Mais, le plus ordinairement, le cancer du foie se trouve compliqué avec d'autres cancers, notamment avec le cancer intestinal cis-rectal , avec le cancer du rectum, avec le cancer de l'épiploon, avec le sarcocèle, et, par-dessus tout, avec le cancer de l'esîomac. Quelquefois la face concave du foie, l'épiploon gastro-hépatique, et la petite courbure de l'estomac ne formcnl plus qu'une seule masse cancéreuse. Et il n'est pas toujours possible de reconnaître de quel côté la dégénérescence a commencé; lequel, de l'estomac ou du foie, a été protopathiquement affecté.
852. Quelques remarques d' étiolorjie . — (Paf/i. chir., t. I , chap. ix, § IV. ) — A. Pour ce qui est des cas dans lesquels l'e-stomac et le foie sont tous deux cancéreux, tout porte à croire qu'en règle générale le cancer du foie est deutéropalhique. Et ce qu'il y a de fort remarquable , c'est que, même en coexistence avec un cancer squirrhcux de l'estomac, les tumeurs deutéropathiquement survenues dans le foie sont presque toujours de nature encéphaloïde.
B. Un fait que mon collaborateur a déjà énoncé {loc. cit., p. 364), et qu'il me paraît encore à propos de répéter ici , c'est que le foie est un des organes intérieurs qui sont le plus sujets à reproduire la dégénérescence cancéreuse après l'ablation d'un cancer externe.
C. On lit, dans VAmtomie pathologique de M. Cruveilhier, l'observation détaillée d'un cas de cancer du foie chez une demoiselle de vingt-six ans. C'est là une de ces exceptions assez rares qui, çà et là, apparaissent en dehors de la loi générale en vertu de laquelle les cancers , quels qu'ils soient , ne se développent guère avant l'âge mûr. Et , en ce qui concerne particulièrement la pathologie du foie , c'est là un cas peut-être unique dans les annales de la science : je ne sache pas , pour ma part , d'exemple authentique où le cancer de ce viscère se soit développé avant vingt-cinq ans.
853. iJiarinostic. — {Path. chir., t. I, chap. ix, §v.) — Quelles sont les affections qui peuvent .simuler le cancer du foie? C'est, il faut bien l'avouer, l'hépatite chronique; c'est la tuberculisalion hépatique; ce sont les kystes d'hydatides et toutes les autres espèces de tumeurs dont le foie est susceptible de devenir le siège. Cependant, chacune de ces affections a des signes qui lui sont propres , et qui sont de nature à la révéler sur le vivant, sinon toujours, du moins dans un certain nombre de cas, h la sagacité du praticien consommé, et à en autoriser le
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dia'4iiosiic , sinon en pleine et entière certitude , du moins avec un haut degré de vraisemblance. Je ne puis que renvoyer nos lecteurs à la médilation des articles qui ont traité ou qui traiteront spécialement de ces diverses affections, afin qu'ils se gardent, autant que possible, de confondre avec elles, au lit du malade, le cancer du foie, et d'annoncer témérairement la présence de cette terrible dégénérescence, là où les meilleures et les plus fortes raisons doivent faire voir un mal moins grave , moins rebelle , moins incurable. Mais insistons ici sur un caractère que nous avons reconnu pour appartenir spécialement aux bos.selures cancéreuses du foie, et qui n'est pas inaccessible à l'exploration clinique : je veux dire la dépression de ces bosselures en forme de godet. Si donc , indépendamment du volume extraordinaire que le foie présente à la palpalion et à la percussion, la maigreur des parois abdominales permet, de plus, de sentir et d'apprécier distinctement des bosselures ainsi caractérisées, il ne peut plus y avoir de doute sur la réalité de l'affection cancéreuse du foie. Faute du sigtie dont il s'agit, une telle affection ne peut être que présumée avec plus ou moins de raison, mais non [)as diagnostiquée affirmativement.
854. Traitement palliatif. — {Paf/i. chîr.^ t. I, chap. ix, § vill.) — Que le diagnostic soit ou non établi d'une façon précise, qu'on sache positivement avoir affaire à un cancer du foie , on qu'on ait encore quelque raison dé se leurrer d'une hypothèse moins désolante, et de croire , par exemple , à un simple état d'hypércmie hépatique chronique; (li-2, C. D.), toujours est-il que le malade doit être assujetti à une hygiène scrupuleuse , surtout en ce qui concerne le régime alimentaire. Toujours est-il que, suivant les indications fournies dans chaque cas particulier par les symptômes prédominans, on doit mettre en œuvre les diverses ressources que voici : sangsues à l'anus; vésicatoires , cautères et autres agens de révulsion cutanée sur la région du foie ; eaux de Yichy, soit en boissons, soit en bains; médicamens narcotiques.
ARTICrS V.