CANCER DU REIN
871. Bibliographie. Chomel. — Observ. sur une affect. cancer, et tubercul. du rein gauche. (Dans le Journal de Corvisart , Leroux et Boyer, avril 1814.) — Chez un homme de soixante ans, et à la suite, — est-ce là un pur et simple hasard? — d'un coup violent porté sur la partie inférieure et interne des côtes gauches. — Cas remarquable , 1° en ce que la dégénérescence cancéreuse du rein (rein gauche) était compliquée de dégénérescence tuberculeuse ; 2° en ce que la tumeur formée par celte double dégénérescence remplissait une bonne partie de la cavité abdominale ; 3° en ce qu'aucun autre viscère ni dans l'abdomen, ni ailleurs, n'était cancéreux.
PiOsTAN. Cas "pathologique remarquable. (Dans le Nouveau Journal de méd. , chir. ,pharmuc. , etc. , par Béclard, etc. , novemb. 1819.) — Cancer encéphaloïde du rein droit, formant une tumeur manifeste sur le vivant ; se trouvant eu coexistence avec un squirrhe gastrique tout-à-fait latent.
Vallerand de Lafosse. — (Dans la Nouvelle bibliothèque médicale, année 1825. — T. Vfll, p. /i2-8.)— Observation très intéressante d'un cas de cancer du rein. — (Chez un homme de trente ans. Rein droit, affecté de dégénérescence encéphaloïde, en même temps que de tubercules, formant dans le flanc une tumeur manifeste , mais dont la véritable nature ne fut pas soupçonnée. Poumons tuberculeux.
BoLiLLAUD. — [Recherches et observations pour servir ciVanatomie et à la physiolog ie piathologique des reins et de leurs canaux excréteurs. Dans h Journal complémentaire , t. XXXI, année 1828.) Observ. III (p. 18-20). Flypertrophic du rein gauche; tuméfaction énorme et dégénérescence tuberculeuse et encéphaloïde du rein droit.
CORBIN. — {Sur les perforations intestinales considérées sous le rapport de l'analomie pathologique. Dans les ylrcA/ws, janvier 1831.)
^»30 l'ATHOLOGlIi MÉDICALE.
Obseiv. 111% dans laquelle le sujet, outre un cancer intestinal cis-rcclal ulcéré jusqu'à perforation , présentait une dégénérescence cancéreuse des ganglions inésentériqiics, du foie et des reins ((piatre ou cinq petits noyaux de matière encéplialoïde à l'état cru, dans chaque rein).
Renauldin. — Observation déjà citée (8G9),
Crlveilhieh. — {Anat. putli.) — Livraison 1'% planche k-, — livraison XVIII, planche 1".
Rayer. — [Tr. des mal. des reins.) T. 111, p. G75-718 {Cancer reins) ; — p. 723-5 {Matière colloïde dans les reins.)
872. Symptomatoloyie. — A. Le cancer du rein peut être lalcnl , notamment lorsqu'il est encore peu avancé et qu'il n'a que peu ou point augmenté le volume de l'organe. En pareil cas, point de douleurs, point de tumeur appréciable à la palpaiion la plus méthodique et la plus habile ; point d'hématuries j point d'altération particulière des urines.
B. Chez quelques malades , au contraire , une douleur profonde, permanente, tantôt sourde , tantôt vive et déchirante, se fait sentir dans l'un des côtés de la région lombaire, au niveau même du rein.
C. Dans certains cas où le rein cancéreux augmente extraordiuairementde volume, il forme dans le flanc une tumeur dure, compacte, plus ou moins aisément appréciable à la palpation, et parfois très douloureuse h la pression. Cette tumeur, chez quelques sujets , occupe tout l'espace situé entre le rebord des côles et l'os de la hanche. Elle peut avoir des inégalités, des bosselures assez prononcées pour être touchées et distinguées à travers les parois abdominales.
D. Un autre symptôme que produit assez ordinairement le cancer du rein, surtout lorsque le bassinet se trouve atteint cl ulcéré, — c'est l'hématurie. Tantôt légère , tantôt considérable, cette hématurie rénale a rarement lieu d'une manière continue. (-237. A. — et 238.)
E. Il va sans dire, au surplus, que la pyélile et la néphrite avec tous leurs symptômes (525. — et 6G7. A.) peuvent se mettre de la partie. C'est ce qui arrive assez fréquemment.
F. Dans les derniers temps de la maladie , la peau prend ordinairement une teinte jaune-paille. L'amaigrissement est porté jusqu'aux derniers degrés du marasme. La fièvre hectique , l'œdème des membres inférieurs, et parfois une iiydropisie générale, sont les symptômes avantcoureurs de la mort.
873. Détails anatomiques. — A. Toutes les formes analomiqucs du cancer onlété observées dans les reins. Hàtons-nous de dire que le cancer cncéphaloïde est celui qui s'y montre le plus fréquemment. Le squirrhc y est excessivement rare. Et ce qui est une rareté encore plus extra-
ordinaire , c'est d'y rencontrer la dégénérescence colloïde : M. Rayer est le seul observateur, que je sache , qui ait vu et publié des exemples de cette dernière forme de cancer ; trois fois , dans le cours de ses longues et immenses recherches sur les maladies des reins , il a trouvé le parenchyme rénal converti en un tissu gélatiniforme , deux fois chez l'homme , une fois chez le bœuf, et , cette fois-là seulement , dans une telle étendue que le rein avait un aspect toul-à-fait étrange.
B. Le cas que quelques auteurs décrivent sous le nom de fongus hématode du rein , et qui , au surplus , est aussi un fait assez rare , n'est rien autre chose qu'un cas complexe dans lequel une hémorragie intràrénale (205. C. o.) plus ou moins considérable se trouve surajoutée à l'hétéroirophie encéphaloïde , et dans lequel, — devons-nous ajouter,— la matière hétérologue , n'étant là qu'en petite quantité , est comme ensevelie au milieu de caillots sanguins, encore parfaitement caractérisés et impossibles à méconnaître, ou déjà réduits à l'état de fibrine décolorée et plus ou moins altérée.
G. La dégénérescence cancéreuse se montre le plus fréquemment dans la substance corticale , qui paraît être presque toujours le siège primitif où elle se développe. Mais bien des fois elle s'élend à la substance tubuleuse. Il se peut aussi qu'elle atteigne, indépendamment de ces deux substances du rein . les membranes qui le revêtent, les parois du bassmet, voire même le sang coagulé dans les veines rénales.
D. Quelquefois le parenchyme rénal reste sain dans les intervalles qui séparent les masses cancéreuses. Quelquefois, au contraire il peut non seulement se trouver hypérémié à un degré plus ou moins manifeste' mais offrir des altérations phlegmasiques non équivoques, des infiltrations purulentes et même de petits abcès.
E. Lorsque la dégénérescence consiste en un petit nombre de noyaux cancéreux peu volumineux, le rein peut n'être pas sensiblement plus gros qu à l'état normal. Mais, d'autres fois, dans des conditions opposées, il acquiert des dimensions véritablement monstrueuses; et sa surface, alors, peut se trouver surmontée d'un grand nombre de bosselures, dont le volume varie entre celui d'un pépin de raisin et celui d un œuf de poule.
F. La distribution des masses cancéreuses n'est , dans le rein pas plus que dans tout autre organe, soumise à une loi de régularité Ainsi par exemple , M. Ilayer les a vues amoncelées , chez un sujet , sur le bord convexe du rein; chez deux autres sujets , à l'extrémité supérieure de l'organe, tandis que 1-exlrémité inférieure était tout-à-fiiit intacte Quelquefois , mais le cas est rare , elles font saillie au-dedans du ba^ * sjnct , soit qu'elles aient pris naissance à la surface ou dans l'épaisseur
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de ses parois , soi't que , nées au-dessous de ces mômes parois, elles aieilt
fini par les soulever, ou même par les perforer et les détruire.
G. Lorsque le rein a été entièrement envahi par la dégénérescence cancéreuse, il se montre informe, bosselé, toul-à-fait méconnaissable au premier aspect , comme , par exemple , dans l'observation , ci-dessus citée (871), de M. Chomel, 11 ne présente plus aucune trace de son organisation naturelle.
H. Consécutivement au ramollissement des masses cancéreuses , on trouve quelquefois , dans le rein , de véritables cavernes , mais qui , le plus ordinairement, ne sont pas complètement vides, et contiennent un détritus pultacé , mi-parti de matière encéphaloïde et de sang décomposé. 11 existe alors dans le bassinet une ou plusieurs ouvertures accidentelles, par où ce détritus avait évidemment moyen de s'écouler avec l'urine.
I. M. Rayer affirme que, dans des cas de dégénérescence cancéreuse de la totalité d'un rein , une dissection attentive a réussi à découvrir du tissu squirrheux parfaitement caractérisé qui , sous forme de bandes ou de stries irrégulières , existait au sein des masses de matière encéphaloïde.
J. Dans quelques cas , les ganglions lymphatiques de la scissure sont squirrheux ou infiltrés de matière encéphaloïde , et parfois réunis en une seule et même masse, comprimant plus ou moins considérablement le bassinet et l'origine de l'uretère.
K. Les membranes fibreuse et celluleusedu rein, malgré la distension à laquelle les soumet l'augmentation de volume de cet organe , acquièrent quelquefois une épaisseur considérable ; et souvent on les trouve sillonnées par des vaisseaux gorgés de sang, et plus gros qu'à l'état normal.
874. Ètiologie. — {Pat/i. chi)\,t. I, chap. ix, § iv.) — A. M. Rayer professe que le sexe masculin est celui qui se montre le plus sujet au cancer des reins. Cette conclusion , il la déclare fondée , non seulement sur les cas qu'il a lui-même vus et observés, mais encore sur tous ceux qui, à sa connaissance, ont été recueillis par d'autres observateurs.
C. Quoique, dans un certain nombre de cas, le cancer n'atteigne que le rein, ou tout au plus, avec le rein, quelques ganglions lymphatiques circonvoisins , force est de reconnaître que , le plus ordinairement, la dégénérescence de cet organe n'est qu'un des effets d'une condition générale de l'économie, une des manifestations locales de la diathèse cancéreuse (95), dont les produits alors se montrent à la fois dans l'estomac, le foie, les poumons, les ganglions mésentériques, etc. , etc.
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C. Si la pyélite et la néphrite peuvent se montrer capables d'ainencr le développement d'un cancer du rein , ce n'est assurément, encore un coup, qu'à la condition d'une prédisposition spécifique et toute particulière chez l'individu donné.
D. Au nombre des circonstances qui paraissent avoir quelque influence et jouer un certain rôle dans la palhogénie du cancer des reins, on doit compter la présence d'un sarcocèle , comme aussi l'ablation du testicule alleclc d'un tel mal. M. Rayer dit avoir constaté celle relation étiologique chez l'homme et chez le chien.
875. Diagnostic. — {Pafh. cliir., t. I, chap. ix, § v.; — A. Sans les hématuries, sans la présence d'une tumeur dans le flanc, les douleurs déterminées par un cancer du rein peuvent être prises tout simplement pour un rhumatisme ou une névralgie de la région lombaire. Mais si l'hématurie vient à se produire de temps en temps chez un malade qui éprouve habituellement de semblables douleurs, et qui n'est point sujet à la gravelle , ni aux rétentions d'urine , ni à aucune apparence de pyélite ; si , surtout , les douleurs ne cessent ni ne s'apaisent avec les intermittences de l'hématurie, mais sévissent toujours avec le même degré d'intensité , ou , du moins , avec des variations qui n'aient aucun rapport avec les disparitions et les réapparitions de ce nouveau symptôme, alors force est bien de soupçonner un cancer du rein , mais non pas de le diagnostiquer sûrement. Quand , en outre , la palpalion découvre dans le flanc une tumeur évidemment ou très probablement formée par le rein , la présomption devient encore plus forte. Joignez à tout cela un ou plusieurs des signes rationnels qui tendent à établir la probabilité générale d'une affection cancéreuse quelconque , et l'on louchera dès lors de fort près à la certitude , si tant est môme qu'on n'y atteigne pas absolument.
B. Il faut le reconnaître, les cas dans lesquels le rein cancéreux constitue une tumeur plus ou moins manifeste , plus ou moins énorme, mais qui ne comptent pasl'hématurie au nombre de leurs symptômes, ont plus d'une fois fourni matière à des erreurs de diagnostic. Les tumeurs de ce genre, en effet, ont étéprises pour des abcès profonds; pour despyélites chroniques avec distension du bassinet et des calices (525. D.); pour des vices organiques de l'ovaire ; à droite, pour des affections du foie ou de la vésicule biliaire; à gauche, pour des rates indurées et hypertrophiées , etc. , etc.
C. Il peut arriver, mais ce fait est certainement des plus rares, que les ganglions lymphatiques delà scissure du rein et les ganglions lymphati- ([ucs prélombaires, devenus cancéreux, grossissent et s'agglomèrent de façon à constituer une tumeur considérable , bosselée et douloureuse , qui simule un cancer du rein. W. Rayer dit avoir vu un cas semblable ,