CHAPITRE X
AKTICX.C PREMIER.
CONSIDÉRATIONS CÉXÉRAI.ES.
877. Bibliographie. — Hippocrate. -— Pojssim. — Notons particulièrement certains passages qui concernent les points que voici : 1° l'cndémicité de l'hydropisie dans les contrées marécageuses (IIsp : àc>cov ù^ârcov TÔrrtov. Ed. Kuhn, t. I, p. 533) ; T le développement de celle maladie à la suite des fièvres quartes {ibidem, p. 5/4^) ; 3» la vertu thérapeutique d'une potion à base de canlliarides (llfpt Stc-ÂTOi. Ed. Kuhn, t. II. p. 97) ; k" la difficulté de la cicatrisation des ulcères chez les hydropiques {Aphorism., sect. YI, n. 8j; 5" la résolution des hydropisiesàla suite d'une diarrhée abondante [ibid.. n. ; 6" la toux considérée comme \\n signe de mauvais augure,
quand elle survient chez l'Iiydropique [ibicL, n. 35). — Remarquons aussi , car cela est bien digne de remarque , qu'il y a , dans le Pronostic (édition Kulin, t. I, p. 95), un passage où le grand llippocrate , ne faisant là , au surplus , que répéter et consacrer , à peu près dans les mêmes termes, un article des Prémtions coaqiu.'-s (édition Kuhn , t. I, p. 309), reconnaît expressément une classe d'hydropisics qui se montrent liées à des douleurs de reins , par opposition aux liydropisics qui dépendent du foie. J'ai déjà ciié plus haut (^lU) le passage en question. Ainsi, les Asclépiades paraissent donc avoir entrevu , sans le secours de l'anatomie pathologique , sans l'examen chimique des urines , mais par les seuls symptômes qu'il leur était donné d'observer, la nature distincte et parliculière de ces hydropisies, dont la science contemporaine a constaté les rapports avec la néphrite et l'albuminurie (675).
PSEUDO-HiPP. — Passim. — Voyez, notamment, Prénotions couques, édit, Kuhn, t. I, p. 309, passage déjà cilé (Hydropisies avec douleurs lombaires) ; ibid., p. 310 (Pronostic désespéré à l'égaid de ceux qui, après avoir été guéris de leur hydropisie, éprouvent une récidive); ibicL, p. 2>\h (Résolution delà leucophlegmalie par suite de diarrhée) ; Ilept xpîcyi'wv, édit. Kuhn, t. 1, p. \kl (Résolution des hydropisies par la diarrhée ou parle moyen d'urines abondantes) ; hvrelVdu traité II-p'i vouawv, édit. Kuhn, t. H, p. 377-80 (Doctrine générale sur l'hydropisie. — Trois formes de celle maladie chez les femmes : 1" hydropisie de matrice : c'élait, sans doute , à ce que je pense , notre hydropisie enkystée de l'ovaire : 2" hydropisie du ventre; 3" hydropisie des jambes); enfin, ïïtçÀ Trâ9wv, édit. Kuhn, t. Il, p. 399 (Hydropisie sous la dépendance de la rate, ou du foie, ou delalienterie, etc.).
Celse. — Lib. III, cap. ii, sect. 10.
Arétée. — {Des causes et des signes des maladies chroniques. ) Livre II, chap. I (IlEp': uiîowrroç). — ■ Il n'est pas hors de propos de remarquer que, dans le Traité de la cure des maladies chroni-^ ques (150j , le chapitre correspondant à celui que je viens de citer manque tout entier, lacune assurément des moins regrettables parmi toutes celles que l'injure des ans a produites dans les écrits de l'illustre médecin de Cappadoce.
AviCEN'NE. — {Canon) Lib, III, fen XIV, tract. 6, r. /j., De hydropisi.
SVDENHAJi. Tractatus de lujdrope. (Dans les OpeiHi. orania.) — Sous le nom d'hydropisie, Sydcnham, comme tous les anciens, n'envisage guère autre chose qno l'anasarque et l'ascite , ou , pour h dire eu
36 PATHOLOGIE MKDICALE.
un seul mol , les cas d'hydropisie f^énérale. A peine donne-l-il quelques lignes à l'hydropisie enkystée de l'ovaire.
BOERRHAAVE. — (Ap/ior.) ïï. 1215-53, I/ydrops. — Pins , les Comvientaires de Van-Swieten. ••- Déjà , sous le lilrc en question , Boerrhaave , avec des idées plus larges et plus générales que ne les avaient eues les anciens , passe successivement en revue : 1" l'hydrocéphale externe et interne , 2" l'hydrothorax , 3" l'hydropisie du poumon (œdème, hydalides ou kystes purement séreux) , h" le bronchocèle ou goitre séreux , 5° les kystes séreux sous-cutanés, C" l'hydropisie de l'ovaire, 7° l'hydromètre, 8" l'anasarquc, 9° l'ascite, 10" enlin , les diverses espèces d'hydrocèle.
MORGAGNI. — Epist. LVI, art. 10-11 (Oblitération de la veine iliaque gauche , chez une femme dont le membre abdominal correspondant était habituellement œdémateux).
MONRO (Donald). AnEssay on the iJropsy and Us différent species. Londres, 1763, in-8".
Bâcher. Recherches sur les maladies chroniques, particulièrement sur les hijdropisies et sur les moyens de les guérir. Paris, 1 y76, in-8°.
Breschet. llecherclies sur les hydropisies actives en général, et sur l'hydropisie active du tissu cellulaire en particulier. Thèse inaug. Paris, 1812, n" 173.
ITARD. — ■ (Dans le Dict. des se. med., t. XXIl , p. 361-453.) — Article Hydropisie.
BouiLLAUD. De l'oblitération des veines et de son influence sur la formation des hydropisies partielles : considérations sur les hydropisies passives en génércd. ( Dans les Archives , 1827.)
— Observations et considérations nouvelles sur l'oblitération des veines , regardée comme cause d'hydropisie. (Dans les Archives mai 182Zi.)
Portai. Observai ions sur la nature et le traitement de l'hydropisie. Paris, 1824 , 2 vol. in-8".
Rayer. — (Dans le Dictionn. deméd., eu 21 vol., — l. XI, p. 420- 56). — Article Hydropisie.
Reynaud. Des obstacles à la circulation du sang dans le tronc de lu veine porte, et de leurs effets anatomirpies et pathologiques. (Dans le Journal hebdomadaire, année 1829, n° 43). — Mémoire judicieux, fondé sur trois observations, dont deux préseniaieni une oblitération incomplète de la veine porte, et la troisième, uiu' oblitération complète de celte veine. — Ascile dans ces trois o-. — - Girculaliun veineuse supplémeiUaire , par le moyen d'une di!a-
uvbiioPisiKS. 437 tation extraordinaire des veines collatérales, soit les veines sous-j»éritonéales, diapliraginatiques et autres veines profondes, soit les veines sous-cutanées de l'abdomen. D'où M. Rcynaud conclut, avec toute raison , que , dans un cas donné d'ascite, la dilatation de ces dernières \eiues doit être considérée comme un signe précieux qui tend à établir que l'ascite a pour cause un empêcbement quelconque de la circulation dans le système de la ^eine porte, c'est à savoir, dans le tronc même de celle veine , ou bien dans le foie. Et , si l'on veut avoir encore plus de lumières sur ce point , je dois, comme 31. Reynaud lui-même, renvoyer les lecteurs aux observations qu'il avait précédemment publiées (même journal, u"*16 et 17), en preuve de la circulation veineuse supplémenîaire, dont le développement peut quelquefois aller jusqu'à remplacer parfaitement le service des troncs oblitérés. (1'" observation : Oblitération de la veine iliaque gauche , sans œdème du membre ni aucun autre inconvénient depuis longues années; circulation supplémentaire, par le moyen d'une énorme veine sous-cutanée. — IP observation : Oblitération presque complète de la veine cave supérieure, par suite de la pression qu'exerçait sur cette veine un auévrisme de l'aorte ; maintien du libre retour du sang vers le cœur, par des voies collatérales suffisamment élargies.)
CORBi\. De V ohlitérotion des veines comme cause d' œdème ou d'hijdropisie partielle , spécialement dans les membres inférieurs. (Dans les Archives, avril 1831.)
LiTTRÉ. — (Dans le Répertoire, t. XVI, p. 1-41.) — Article Hijdropisie.
CoMRi-TTE. De l'hydropisie. Thèse de concours. Paris, iShO , in-8°.
AXDiïAL. — [Essai d'hématologie pathologique. Paris, ISZiS, in -8".)
Chap. Il, art. vi, Du sang dans les hydropisies. MON-NERET et Fleury. — [Compendium , t. IV, p. 598-634.) —
Article Hjjdropisie. — Très bon résumé des faits jusqu'à ce jour
acquis à la science sur l'objet en question. Las SERRE. Mémoire sur les congestions séreuses métastatiques chez
les nouvelles accouchées. (Dans Gazette médic. , année 1843, n"' 47
et 48.)
Taxqlerel des Planches. De la valeur de Vhydropisie dans /es maladies; des indications thérapeutiques auxquelles elle donne lieu. Thèse de concours. ( La rédaction même des termes de la question est le fait du jury.) Paris, 1844, in-8''.
Voyez, en outre, )a bibliographie qui concerne la néphrite albnmineuse r665).
l'ATHOLOGIE MÉinCAl.i;.
§ I. Idée soiamaire des Hydropisies , et des trois tribus en lesqucllei se partage cette famille nosographique.
878. DéfiiiUion. — Le Dictionnaire de l'Académie définit riiydropisic dans les ternies que voici : Accumulation de sérosité dans quelque jyartic du corps où il ne devrait point y en avoir. Assurément, celle définition en vaut beaucoup d'autres , qui n'ont aucun mérite de plus , si ce n'est d'être prolixes et pédantesques. C'est donc dans le même sens, conformément à la iradiiion consacrée par la grande majorité des nosographes qui nous ont devancés, et d'après l'usage encore généralement suivi tant parmi les médecins eux-mêmes que parmi les gens du monde ; c'est dans le même sens , encore un coup, mais seulement avec moins de simplicité et de concision, pour gagner, si je ne m'abuse, en exactitude et précision , que nous pourrons donner la définition qui suit :
Toutes les fois qu'une accumulation pathologique, soit de sérosiié proprement dite , soit d'un liquide quelconque d'apparence séreuse , se produit et se trouve close dans rinlérieur d'une cavité naturelle ou accidentelle , ou bien dans les vacuoles interstitiels des tissus organiques, cela s'appelle une hydropisie.
Je dis accumulation pathologique, afin de distinguer expressément le cas d'hydropisie d'avec la présence normale d'une certaine quantité de sérosité dans une cavité naturelle de l'économie. Ainsi, par exemple , puisque les recherches de M. Magendie ont établi la réalité du liquide céphalo-rachidien comme condition inhérente à l'étal normal , comme condition tout-à-fnit indispensable à l'entretien de la vie, évidemment l'hydrocéphale et l'hydrorachis ne commencent que lorsque la sérosité se trouve en quantité surabondanie et vraiment extraordinaire à l'intérieur du crâne et du canal vertébral. Autre exemple : les eaux de l'amnios sont un des effets naturels de la grossesse , une des circonstances les plus essentielles à cet état physiologique ; mais si ces eaux croissent d'une façon énorme, au point de produire prématurément une distension extrême de l'utérus , de rendre l'avortement inévitable ou toujours imminent, et même de compromettre plus ou moins gravement la santé de la mère, alors, et seulement alors, il y a ce qu'on appelle une hydropisie de l'amnios.
Je nedisp?s seulement une accumulation de sérosité, mais aussi une accumulation d'un liquide quelconque d'apparence séreuse. C'est afin d'embrasser certains cas qui ont reçu , non sans raison , le nom d'hydropisie, encore bien que le liquide accumulé ne soii pas essentiellement séreux. Telle est, par exemple, l'hydronéplirose (jui se pro-
IIYDROI'ISIES. U'àb
tluit avec la dilaiation t-xiraordinaire du bassin cl des calices conséciilivemeiit à l'oblitération de rm-etère ou à toute autre cause d'ischurie, et qui est , en ellet , une hydropisie constituée par l'accumulation d'un liquide primitivement urineuv.
Quelques auteurs contemporains , je dois le dire , ont voulu restreindre le terme d'Iiydropisie à ne plus désigner dorénavant que les cas, d'ailleurs très nombreux encore , dans lesquels la sérosité s'accumule à titre d'épanchement dans l'intérieur des cavités séreuses (303), ou bien à titre d'infiltration dans le tissu, cellulaire et les vacuoles interstitiels des organes. Pour justifier cette restriction, on se fonde sur ce que tous ces cas-là , quoique présentant encore entre eux d'assez remarquables variétés , offrent les plus intimes analogies , notamment sous le rapport du siège et de la pathogénie , et forment , en un mot, l'un des groupes les plus naturels de la nosographie. A Dieu ne plaise que nous contestions une vérité si frappante I Aussi ne manquerons-nous pas de proclamer ici ce groupe comme une tribu véritablement à part dans la famille des liydropisies , et de consacrer un paragraphe ( § li ) aux considérations générales qui le concernent, et ne concernent que lui seul.
.Ajoutons qu'on se laisse entraîner trop loin, lorsqu'on va jusqu'à prétendre qu'entre les hydropisies dont nous venons de parler, et celles qui se produisent à l'intérieur de cavités muqueuses devenues accidentellement sans issue , ou bien à l'intérieur de certains kystes , il n'y a aucune affinité, aucune raison de rapprochement nosographique. Certes, je suis bien loin de le nier, les analogies sont plus nombreuses et plus importantes entre l'anasarque et l'ascite qu'elles ne le sont, par exemple, entre celle-ci et l'hydropisie de matrice ou l'hydropisie enkystée de l'ovaire; mais je soutiens que toutes les hydropisies, telles que nous les prenons ici , offrent encore entre elles assez de ressemblance pour constituer légitimement une famille naturelle en nosographie organique. Et, sans vouloir entrer dans de trop longs développemens à l'appui de cette thèse , je me bornerai à remarquer que l'analogie contestée se révèle pourtant d'une manière incontestable : 1° sous le point de vue du phénomène caractéristique qui fait la base de la définition ci-dessus posée ; 2" sous le rapport de ]a symptomatologie , en ce que l'accumulation du liquide, quel qu'il soit, et où qu'il se produise, a, pour un de ses effets les plus communs, d'occasionner maints phénomènes de compression et de gêne des organes circonvoisins ; 3° sous le rapport de la thérapeutique , en ce que l'une des indications les plus générales est d'ouvrir une issue au liquide.
Cela dit, il reste évident qu'entre nous et les auteurs qui proposent d'entendre les hydropisies dans le sens le plus étroit, la dispute ne peut
440 PATHOLOGIE MÉDICALL.
rouler que sur une question de mots. Le fond des choses n'est point du tout on liiige. Nous sommes prêts à souscrire, si l'on veut , à la restriction proposée , pourvu qu'on nous fournisse un terme nouveau qui représente la notion générale bien et dûment établie comme objet du présent chapitre. Mais je ne puis m'empêcher de faire remarquer que les auteurs dont je parle , après avoir, dans leurs articles ad hoc, établi dogmatiquement cette dérogation aux usages ordinaires du langage médical , ne laissent pas que de se montrer ensuite fort inconséquens sur ce point, et d'employer, comme tout le monde , soit au lit des malades , soit çà et là dans leurs écrits, des dénominations telles que celles-ci : hydropisie de l'ovaire, hydropisie de matrice, hydropisie du sinus maxillaire, etc., etc.
879. Etymologie. — X^ç,M-ij est un mot composé de Yiîwi, eau, et de Ùi), gén. dTuoç , qui, au propre, veut dire œil, et, au figuré, aspect, air, apparence. D'où il résulte que le mot Y<SfwJ^ a dû primitivement et naturellement signifier un liquide , une humeur ayant , jusqu'à un certain point , les apparences de l'eau , comme ce que nous nommons aujourd'hui la sérosité. C'est, en effet, dans une telle signification que nous le trouvons employé en plusieurs passages de différons traités de la collection hippocratique. Mais , de ce serts primitif, le mot Y(SpwiL était venu , par métonymie , à signifier bien plus communément les maladies constituées par une accumulation extraordinaire de sérosité, soit dans l'intérieur du ventre (ascite), soit dans les chairs, comme disaient les Grecs (anasarque ou leucophlegmatie). Voilà les deux genres d'hydropisie dont il est particulièrement question chez les médecins de l'antiquité; car je ne dois pas compter ici la tympanite, qui était, à grand tort , englobée avec ces maladies-là comme une maladie congénère, comme nn troisième genre d'hydropisie, sous la dénomination à' Hydropisie sèche , deux mots qui juraient l'un avec l'autre , et dont l'accouplement, bizarre et choquante catachrèse , ne représentait quo trop bien tout ce qa'avait^d'illogique la confusion générique de maladies si disparates. A peine trouve-t-on , en parcourant la collection hippocratique , quelques passages où d'autres hydropisies soient mentionnées, comme, par exemple, une prétendue hydropisie du poumon {Uty. voôcTwv , livre IL — Éd. Kuhn , t. Il , p. 277 \ point très énigmatiquo et bien fait pour mettre à giiia toutes les interprétations des hellénistes et des médecins, — une hydropisie utérine, trop mal, trop vaguement , trop insuffisamment désigner' [loc. cit. , -— voir n. 877) — une hydrocèle endémique chez les enfans d'une certaine contrée (Hcpè àtocov Éd. Kuhn, t. I, p. 529).
Quoi qu'il on soit, c'est avec ton:(> raison, cl par une synecdoque parfailcmeiU légitime\ ou, si l'on aime mieux un langage moins graœ-
HYDROPiSIES. 'l^l
inatical et plus philosophique, c'est en vertu des droits d'une généralisation éniinemmcnt rationnelle que nous antres médecins modernes conïprenous sons le ternie d'iiydropisie , non plus seulement l'anasarque et l'asciie , mais tous les cas quelcon(]ues d'accumulation pathologique d'une humeur séreuse dans quelque partie du cor|)s.
880. Nomenclature. — Abstraction faite des hydropisies qui ont leur nom à part depuis les temps les plus anciens , leur nom dûment consacré par une tradition muliiséculairc (30), comme l'anasarque, l'ascite, etc. , etc. , rien de plus commode et de plus naturel que de désigner les autres , comme cela est aujourd'hui passé en usage pour plusieurs d'entre elles, à l'aide de mots composés qui aient les deux éléraens que voici : \° pour élément variable et propre h chacun de ces mots , le nom grec de l'organe où l'hydropisie donnée a son siège; 2° pour élément commun et formant la partie initiale de tous ces mots, le radical grec qui signifie eau , c'est-à-dire %f/r ou hydi-o , selon que le radical qni vient après commence par une voyelle ou par une consonne. De là , par exemple, les termes qui suivent: hydrocéphale, hydrorachis, hydroihorax, hydromèlre, etc. , etc.
881. Classification des hydropisies. — A. Première tribu : Hydropisies ayant leur siège , soit dans les cavités naturelles que tapissent les membranes séreuses ou synoviales, soit dans les vacuoles interstitiels des tissus organiques. Je dis les vacuoles interstitiels des tissus, et non pas, comme on le répète généralement, les mailles ou vacuoles du tissu cellulaire; c'est afin de comprendre rigoureusement, formellement, dans les termes de ma définition , l'hydropisie interstitielle ou œdème de l'encéphale , cet organe dans le parenchyme duquel l'anatomie ne retrouve pas de tissu cellulaire; car, au surplus, il ne me paraît quetrop vrai, malheureusement, que cet œdème-là est une réalité pathologique, qni a droit d'être posée comme une espèce de maladie à part, ainsi que l'ont déjà fait bien des pathologistes contemporains. Quoi qu'il en soit, les hydropisies de cette première tribu forment , je le répète encore , un des groupes nosographiques les plus naturels. Cela est immédiatement évident, en ce qui concerne les hydropisies des cavités séreuses ; et l'on va voir, dans la suite du chapitre , combien sont intimes les rapports qui leur rattachent les hydropisies interstitielles (l'anasarque et les divers œdèmes). Faute de trouver dans le vocabulaire médical deux termes distincts , l'un pour désigner en général la famille entière des hydropisies, et l'autre pour désigner particulièrement cette deuxième tribu , force nous est bien , à moins de néologisme (et je ne veux pas, pour ma part, y avoir recours ici), force nous est bien de dénommer ladite tribu d'une façon assez vague et peu rigoureuse. Résignons-nous à dire que c'est là
"'••^ PATJIOLOGIK MÉDICALE.
la tribu des hydropisies par excellence , ou hydropisies proprement dites.
B. Deuxième tribu : Hydropisies ayant leur siège dans une cavité muqueuse, comme la cavité utérine, le sinus maxillaire, le bassinet, etc., dont l'orifice naturel se trouve accidentellement oblitéré ou obstrué. Appelons-les donc tout simplement hydropisies des cavités muqueuses.
C. Troisième tribu : Hydropisies ayant leur siège dans des kystes, c'est-à-dire dans des poches séreuses ou séro-fibreuses qui sont étrangères à l'organisation normale du corps, mais qui s'y trouvent développées accidentellement et contre nature : aussi les appelle-t-on hydropisies enkystées.
§ II. Points fondamentaux de la doctrine spéciale qui concerne la première tribu des hydropisies. (881. A.)
882. Remarque préliminaire. — Nos lecteurs, n'eussent-ils lu que notre livre , n'eusseut-ils pas d'autres connaissances pathologiques que celles que nous leur avons exposées jusqu'ici , savent fort bien déjà que les inflaramalions des membranes séreuses ont pour un de leurs eiïets les plus ordinaires la production d'un épanchement séreux ou séro-purulenl plus ou moins considérable (30Zi. C, — et passim). Voilà donc , surtout quand l'èpancheraent se produit dans des proportions tant soit peu fortes, et que la sérosité en est l'élément principal et prédominant, autant de cas où l'on peut, à la rigueur, voir une hydropisie, en prenant ce terme à la lettre, et, pour ainsi dire, dans une acception absolue et judaïque. De même, les inflammations aiguës, subaiguës ou chroniques du tissu cellulaire entraînent toujours avec elles, dans un rayon plus ou moins étendu au-delà même des parties enflammées, un certain degré d'inliltralion séreuse, autrement dit, d'œdème ou d'hydropisio, interstitielle, comme nous l'avons expressément enseigné dans la théorie générale de l'inflammation [Path. méd. 279. B. a.), dans la descriplion des phlegmons [Path. chir., 1. 1, chap. ii), dans l'histoire de l'éléphantiasis des Arabes {Path. méd. 699. A.). Ces cas complexes, où l'hydropisie, si tant est qu'on veuille, là encore, la reconnaître et l'invoquer, n'existe qu'à litre d'accompagnement et d'efl'et d'une inflammation, ont été parfaitement envisagés d'un point de vue général par M. Rayer (an. cité, chap. ii), sous le titre û' Hydrophlegmasies. Ainsi trouve-t-on, nombre de fois, dans les écrits de nos contemporains, les termes d'//ydropleurite, iVhydroméninyite, à'hydropéricardite, d' hydropéritonite, d'hydrarthrite, etc., qui veulent désigner une pleurésie, une méningite,
IIÏDIIOPISILS. hh'.^ une péricardito, une péritonite, une arthrite, etc., avec présence d'un épanchenient considérable de sérosité, soit limpide, soit trouble et purulente , dans l'intérieur de la plèvre , du péricarde , du péritoine , de la synoviale articulaire , etc. Quoi qu'il en soit , il est clair, en définitive , que tous les cas de cette sorte rentrent complètement dans l'histoire des inllaauîiations ; que, s'ils étaient les seuls dans lesquels se produisît une accumulation pathologique de sérosité , nous n'aurions , en vérité , point de motif pour poser les hydropisies comme une famille nosographique à part. Mais , conmie on le verra dans la suite de ce paragraphe , il se peut faire, et c'est même un événement fort commun , que, sans éprouver d'inflammation , et sous l'influence de conditions pathogéniques tout autres, le tissu cellulaire et les membranes séreuses deviennent le siège d'une véritable inondation de sérosité. Or donc , ce sont surtout les hydropisies de nature non inflammatoire qui doivent occuper ici notre attention ; et, si les hydrophlegmasies ne sont pas toul-à-fail en dehors des considérations et des recherches du présent chapitre , si elles y obtiennent encore une certaine place, c'est que, maintes fois, après la rémission ou même l'entière disparition du travail inflammatoire, l'accumulation de la sérosité peut subsister et nuire comme condition principale ou même unique des troubles morbides , et fonder, à l'instar de toute autre hydropisie , des indications particulières en fait de traitement. Cela dit , entrons maintenant en matière.
883. Sov.s le rapport des différens sièges que l' hijdropisie peut occuper, reconnaissons ici les principaux genres nosographiciues qui suivent. — A. Anasarque : Hydropisie constituée par une infiltration de sérosité dafls toute ou presque toute l'étendue de ce qu'on nomme le tissu cellulaire libre. Ce genre sera cir après l'objet do l'article II de notre chapitre. L'anasarque , noîons-le-bien tout de suite, dès qu'elle produit l'enflure des membres dans des proportions tant soit peu excessives , et surtout dès qu'elle se montre avec ce caractère d'universahté que nous venons de lui assigner dans la définition ci-dessus , ne laisse pas que d'être ordinairement accompagnée d'un certain degré d'hydropisie interstitielle dans divers organes , notamment dans les poumons , ou , ce qui est plus grave, dans l'encéphale, voire même, aussi, d'un certain degré d'épanchement séreux dans le péritoine , dans la plèvre , dans le péricarde, etc. Bref, à proprement parler, il y a là une hydropisie générale , telle que nous la rencontrons assez fréquemment dans le cours de la pratique : 1" comme l'un des élémens essentiels <le la maladie de Briglit (675. B.) ; 2° comme alTection symptomatique des vices organiques du cœur, dans une période avancée des maladies dont ces vices sont In cause. Quoi qu'il en soit , rien ne pourrait être plus inutile , plus superflu que de consacrera l'hydropisie générale un article h part; car.
l'ATHOLOGIli MÉOlCAI.E.
après les principes qui, dans la suite de ce paragraphe, vont être formulés sur les points les plus importaus de la nosologie, deTétiologie et de la ihérapeuliquc de toutes les hydropisics proprement dites, après riiistoire particulière de l'anasarque , de l'ascile , de l'iivdrothorax , et , en un mot, de chacune de ces hydropisies locales, dont la coexistence constitue l'hydropisie générale , riu'aurais-je à dire de celle-ci ? Rien qui ne fût déjà parfaitement su par le lecteur ; rien , assurément, sinon ce que j'aurai déjà enseigné en termes formels , ou ce qu'on aura , de soimême, compris avec la plus facile évidence,— j'allais presque dire, irrésistiblement.
B. OEdème proprement [dit : Hydropisie consistant, comme l'anasarque , dans une infiltration séreuse du tissu cellulaire libre, mais avec cette différence capitale, que l'infiltration , au lieu d'être universelle ou à peu près, se trouve limitée à une région particulière. Delà, maintes et maintes espèces d'oedème à distinguer, suivant la partie affectée : OEdème des pieds, OEdème des membres abdominaux, ou seulement de l'un des deux , OEdème du scrotum , OEdème du bras, OEdème des paupières , OEdème du cuir chevelu, OEdème de la face, etc., etc. Je ne saurais, assurément, me faire ici un devoir de passer complètement en revue , et une à une, ces diverses espèces d'oedèmes. Je ne pourrais remplir une pareille tâche, à moins d'entrer dans des détails infinis que les bornes de notre ouvrage ne me permettent pas du tout, et qui, d'ailleurs, je le crois du moins, peuvent être mis de côté sans trop d'inconvénient, et suppléés en quelque sorte par les généralités où ils sont imphcitement contenus. Or, la théorie générale de l'œdème se trouvera dévoilée tout entière, et môme de la façon la plus explicite, quand, indépendamment de tout ce que le présent paragraphe va embrasser concernant les symptômes , la nature , ]es causes et le traitement des hydropisies proprement dites , on aura encore lu l'article consacré à l'histoire de l'anasarque. Car, passez-moi celte manière do parler, l'œdème n'est qu'une portion d'anasarque; il est en pelii et dans un tiége circonscrit , ce que l'anasarque est en grand et dans la totalité du corps. Ainsi donc , il n'y a pas du tout lieu de s'étonner que je n'aie pas cru devoir réserver un article à partpour le genreOEdème. —{()'lSr,iJ.-x, Hipp. — 31ais, dans les livres hippocraliques, ce mot signifie indifféremment toute espèce de gonflement et de tumeur. Ce n'est qu'assez longtemps après Hippocrate que les médecins commencèrent en'|particulariser la signification , et à la restreindre aux intumescences indolentes et molles i ainsi que nous l'apprend Galien dans ses Commentaires sur les aphoris^nes, .sect. iv, aph, 34.)
C. Ascite : Hydropisie constituée par un épanchement de sérositr dans la cavité du péritoine. L'ascile fera ci-après le sujet de l'arlicle 111.
HYDROPISIES. - llU5
D. Hydrothorax : Hydropisie de la cavité pleurale. L'Iiydrothorax fera le sujet de l'article IV.
E. Hydropneumonie : Hydropisie interslitiolle , ou , comme on le dit communément d'après Laënncc, OEdème du poumon ; ce sera le sujet de l'article V.
F. Hydropéricarde : Hydropisie du péricarde; a\ais-je besoin de le dire, puisque le mot se définit de lui-même (880) ? L'ijydropéricarde sera le sujet de l'article VI.
G. Hydrocépiude: Genre d'hydropisie constitué, soit par un épancliementde sérosité dans la grande cavité de l'arachnoïde ou dans les ventricules cérébraux , soit par un excès d'infiltration séreuse dans la piemère, ou dans le parenchyme même de l'encéphale {Œdème enccpihaliquc des auteurs). Tous ces cas se ressemblent beaucoup, tant par leurs symptômes que par leur extrême gravité. C'est là ce qu'il faut nommer l'hydrocéphale interne, si l'on veut continuer de qualifier d'hydrocéphale externe ce qu'il serait bien plus simple et bien plus naturel de nommer œdème du cuir chevelu ou œdème péricrànien. Quant à nous, toujours est-il que nous excluons formellement du genre ici eu question une affection aussi peu sérieuse que cet œdème-là, et qui n'a véritablement rien de commun avec les divers cas que nous venons d'embrasser sous la dénomination d'hydrocéphale. Ainsi entendue, l'hydrocéphale fera le sujet de l'article VII.
H. Hydrorachis Hydropisie du canal rachidien. La science ne possède de connaissances réelles, de données positives, que sur le compte de l'hydrorachis congénial , et qui , en complication avec l'anomalie communément désignée sous le nom deSpinabi/ida{{'iiis\ive spinale, de 31. Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire , op. cit. (24), IP partie, livre iv, chap. 5), forme une sorte de tumeur herniaire à travers cette fenle plus ou moins monstrueuse de la colonne vertébrale. Or, l'étude du Spina lAfida est échue en partage à mon collaborateur j c'est donc à la Pathclofjie chirurgicale que le lecteur doit avoir recours pour s'instruire complètement sur ce vice de conformation. Quant à parler de l'hydrorachis simple , et qui peut , je n'en doute pas pour ma part , survenir accidentellement aux divers âges de la vie, nous n'surions là-dessus que des hypothèses et des conjectures à émettre. Autant vaut nous en abstenir. En vérité, une question si obscure, ou, pour mieux dire, si complètement ignorée , n'a pas droit d'avoir son article dans le présent chapitre.
I. Hydrocèle : Hydropisie de la tunique vaginale. Genre appartenant, de plein droit et en toute évidence, à h Pathologie ehimrrjicale, où ii sera étudié en temps et lieu.
J. Ilydramnios : ou Hydiopisie de l'amiiios (878). Ce sera, ci-après, le stijct de l'article VIII.
K. nudrarthroac (de A^cGpov, articnlalioii ; — c'est à tort qu'un |)rononce et qu'on écrit liydarthrose , — plus euphoniquement, f-aiis doute, mais d'une façon tout-à- fait incorrecte ; voir ci-dessus, n. 880) : c'est l'hydropisic des cavités articulaires. Genre qui sera étudié en Pathologie ch irui '(j ical e.
L. Hygroma : Hydropisie des bourses séreuses sous-cutanécs. Geni c déjà étudié en Potli. cliir. , t. 1", chap.xiii, art. l*'', § 1", A.
M. Ganglion : Hydropisie des bourses tendineuses. Genre déjà étudié en Path. chir. , t. I'"", chap. xiii, art. 2, § 1", l"-
N. Hydrophthahnie : Hydropisiede l'oeil. Genrequi sera étudié dans l;i partie opliihalmologique de la Pathologie chirurgicale.
884. Aphorisrnes syniptomatologiqiies. — A. Que les divers gcni-cs d'bydropisie ci-dessus énumérés (883) soient très dis.senib!ables cnirL' eux sous le rapport des symptômes locaux; que chacun d'eux ailles siens qui lui appartiennent en propre , et qui soient plus ou moins manifestement caractéristiques : cela va sans dire , puisque dans ces divers genres nosographiques le siège du mal n'est point le même. Mais, d'un point de vue large et sommaire , les symptômes dont il s'agit peuvent être réduits à deux chefs principaux que voici : 1" intumescence et déformation de la partie occupée par l'hydropisic ; 2° gène dans l'accomplissement de toutes les fonctions dévolues à cette partie, et surtout de celles qui font l'oflîce des organes conligus à la masse de sérosité épanchée , et soumis, par conséquent, à une compression plus ou moins forte de la part de cet épanchement. Au reste, les symptômes de l'une et l'autre sorte varient , comme de raison, dans chaque cas donné, suivant le plus ou moins d'abondance de la sérosité amassée, le plus ou moins de rapidité que cette masse liquide met à se produire , et le plus ou moins de résistance des organes qui la contiennent et qu'elle comprime.
B. Quant aux symptômes généraux, il n'y en a aucun qui soit nécessairement lié aux premiers développemens d'une hydropisie. S'ils se montrent dès lors, ils dépendent principalement , j'allais dire exclusivement, des maladies protopathiques sous rinfluence desquelles l'hydropisie, comme nous allons le voir tout-à-l'heure (887) , a coutume de se produire. Plus tard, i! est vrai, ils peuvent être dus, en partie au moins, à la compression considérable que subissent certains organes d'une grande importance. La soif des hydropiques, cette soif ardente et inextinguible tant citée et que les poètes anciens, surtout, se plaisaient à prendre pour symbole des passions insatiables [Quo plus sunl potœ, plus sitinnfur oqu!i\ disni! Ovide) ; pIj bif-n , il f.iiitlcdire, ce n'est pas là un
HVDUOI'ISIES. hhl symplùme consiani , luèiue en ne prenant que les cas d'ascilo et d'Iiy. dropisie généiale , dans lesquels , sans aucun doute, un ttl tourment n'avait frappé à un si haut point l'attention del'aniiquitéque parce qu'une des médications les plus employées alors était la diète sèche, ou privation presque absolue de toute espèce de boisson.
C. Quelques auteurs, et notamment 31. Jireschet, ont distingué les liydropisies en actives ou sthéniques, et en passives ou aslhéniques, selon que le développement de ces affections se fait d'une manière rapide et, comme on dit, aiguë, et avec certains symptômes d'irritation locale et de réaction fébrile, — ^ou bien, au contraire, par une marche lente, et sans aucuns phénomènes d'hyperémie sthénique (177 — et 179. A.), encore bien moins d'intlammation,dela part des organes qui deviennent le siège de l'accumulation séreuse. Mais cette distinction est fort souvent très difficile à appliquer dans la pratique; si, dans certains cas, elle trouve parfaitement sa place , et fournit des indications thérapeutiques très précieuses, force est bien, après tout, de reconnaître qu'elle n'embrasse point avec une rigoureuse exactitude , sous les deux chefs de classiiication qui la constituent, toutes les formes symptomatiques, toutes les variétés des divers genres d'hydropisie.
D. Rien de plus variable que la durée des hydropisies. Quelques unes viennent à peine de naître qu'elles disparaissent , ou qu'elles tuent : en peu de jours tout est fini. D'autres fois , et c'est même là le cas le plus ordinaire , une hydropisie dure plusieurs mois , et même des années entières.
E. L'œdème des malléoles , d'abord léger et disparaissant par le décubitus , puis devenant de jour en jour plus prononcé et plus persistant, voilà toujours ou presque toujours le prélude par où s'ouvre la marche de l'hydropisie générale ; voilà le symptôme prodroraique qui devance tous les autres, ou, si l'on aime mieux, voilà le premier degré de la maladie. Ensuite , dans un laps de temps plus ou moins rapide, l'œdème gagne les jambes et les cuisses; l'ascite se manifeste par l'intumescence du ventre et par le Ilot du liquide ; le corps entier s'infiltre de sérosité ; l'hydrothorax se mêle de la partie, etc. , etc.
F. Dans certains cas, d'ailleurs assez rares, on voit une hydropisie disparaître complètement et tout d'un coup, par une véritable crise (S^i), à la suite d'une diarrhée ou d'une entérorrhée séreuses , d'une sueur excessive, ou d'urines aqueuses et abondantes.
G. Soit de la façon rapide qui précède (F.), soit d'une façon lente et graduelle, il .se peut que l'hydropisie disparaisse, lors même qu'elle est sympiomaiique d'im vice organique incurable. Mais ce n'est là qu'une disparition pa.ssagôre. Au bout d'un certain temps, en pareil cas , l'hydropisie reparaît. Elle pont même cesser et reparaître ain.si à plusieurs
■'l^8 PATHOLOGIE MÉDICALE.
reprises. L'école de Cos avait bien reconnu , comme je l'ai déjà remarqué (877), tout ce qu'a de sinistre et de funeste la récidive d'une hydropisie gcnérnlc. Mais surtout il est bien rare qu'à la deuxième récidive l'hydropisie puisse disparaîire encore , ou seulement , même, présenter un mouvement rétrograde , une diminution considérable.
H. L'hydropisie générale une fois établie et confirmée irrévocablement, la mort même, abstraction faite des complications intercurrentes qui parfois la précipitent , peut survenir, soit par les progrès toujours croissans du vice organique dont l'hydropisie est le symptôme, soit par quelque accident plus ou moins naturellement lié à l'existence même de l'hydropisie , tel qu'un paratrime coccygien gangréneux (316. C), l'apnée par hydrothorax, l'apoplexie séreuse (phénomènes comateux de l'hydrocéphale) , etc.
885. Esquisse phtisique et chimique de la sérosité des hydropisies. — Laissons de côté les cas dans lesquels la collection séreuse est lactescente ou mêlée de flocons pseudo-membraneux; car, alors, nous avons devant les yeux un fait complexe où l'inflammation a joué un rôle, et qui porte plutôt le nom d'épanchement phlegmasique que d'hydropisie proprement dite. Laissons aussi de côté les cas dans lesquels la collection séreuse est colorée en rouge par suite de l'intervention accidentelle , et d'ailleurs assez rare , d'une diapédèse hémorragique. Eh bien , dans ce qu'on peut nommer une hydropisie pure et simple, que irouve-t-on? un liquide limpide, transparent, et fort semblable au sérum du sang.
Tantôt à peine incolore, tantôt d'une couleur légèrement citrine, ce liquide est de l'eau contenant en dissolution une plus ou moins grande quantité d'albumine, plus, quelques traces des différens sels du sang (sulfates , phosphates et chlorures) : aussi , comme le sérum du sang , il verdit le sirop de violettes, donne un coagulum par la chaleur, l'alcool ou l'acide azotique, noircit l'argent et précipite l'eau de chaux. Seulement, notons-le bien , l'eau existe là en proportions toujours plus considérables que dans le sérum du sang; toujours pour plus des neuf dixièmes et quelquefois même pour à peu près les quatre-vingt-dix-neuf centièmes du poids total , à ce que nous assurent les chimistes. Quant à la proportion de l'albumine, elle offre là de très grandes variations, mais en restant toujours au-dessous de la moyenne qui la représente dans le sérum du sang normal, c'est-à-dire au-dessous de 68 pour 1000 (74). C'est ce qui résulte , suivant le témoignage de M. Andral {loc. cit. , p. 160), de vingt-deux analyses faites sur la sérosité de divers genres d'hydropisie : le mmimura a été de U pour 1000 , et le maximum de 59 (dans la sérosité fournie par la ponction d'une hydrocèle). Et, toujours d'après les mêmes recherches de M. Andral, il reste prouvé que ni le sié»e de l'hydropisie , ni les conditions organiques particulières aux-
quelles elle doit d'exister, n'ont aucune part d'influence dans les variations de la quantité d'albumine. Mais il n'en est pas de même de l'état de vigueur ou de débilité que présente la constitution du sujet; car, en général , les collections séreuses ont fourni à l'analyse une quantité d'autant plus grande du principe en question que les forces de la vie se montraient en meilleur état. Un fait non moins remarquable , et que M. Andral nous signale, c'est que, dans le cas où, chez un même individu , plusieurs collections séreuses existent à la fois en diverses parties du corps, elles peuvent différer considérablement les unes des autres sous le rapport de la proportion d'albumine qu'elles contiennent.
Dans quelques cas où les malades étaient atteints d'ictère , la collection séreuse s'est présentée avec une teinte jaune très prononcée , dont l'analyse chimique rend parfailement raison en constatarit la présence de la matière colorante de la bile. Dans d'autres cas, assure-t-on, il se serait trouvé des collections séreuses qui tenaient eu dissolution une certaine proportion d'acide urique. Si ce dernier point est vrai , il reste encore à savoir en vertu de quelle influence particulière aurait lieu un semblable phénomène.
886. Double manière de concevoir la nature intime du mécanisme pathocjénique suivant lequel s'opère l'accumulation de la sérosité.— Il est évident que la cause prochaine des hydropisies proprement dites est un défaut d'équilibre entre l'exhalation et la résorption du fluide séreux qui , à l'état normal , existe en fort petite quantité , et plutôt sous forme de vapeur que sous forme liquide , dans la cavité des membranes séreuses et dans les vacuoles du tissu cellulaire. Mais il est évident aussi que ce défaut d'équilibre peut avoir lieu de deux manières , savoir :
10 par une exhalation plus considérable de sérosité, en un mot, par supersécréiion ; 2" par l'inertie et l'insuffisance de l'absorption , l'exhalation n'ayant pas augmenté, mais continuant de se faire dans les proportions normales. Et l'on peut même fort bien concevoir et admettre un mode mixte où l'iiydropisie serait due tout à la fois à l'activité extraordinaire de l'exhalation et à la paralysie , s'il est permis de parler ainsi de la faculté de résorption.
C'est de ce point de vue pathogénique qu'il serait assez naturel, de consacrer une distinction scolaslique fort célèbre , celle qui divise les hydropisies en actives et en passives. Dans le premier mode, nous consentons volontiers à voir les hydropisies actives; dans le second les hydropisies passives. C'est là, il faut l'avouer, une base plus rationnelle et plus solide pour celte distinction que le point de vue symptomatologique sur lequel certains auteurs se sont appuyés (884. C.j. Mais, après tout, si en théorie le principe auquel nous souscrivons est inattaquable,
11 ne présente non plus qu'un intérêt fort médiocre pour la pratique-
lanl nous renconlrons de difficultés et de doutes, dans l'application particulière, pour déterminer quels sont les cas où la supersécrétion séreuse est la cause du mal , quels sont ceux où l'absorption manque à son rôle !
Qiiilions donc ces sublilités palbogéniques, bien moins faites pour'intéresser les praticiens que pour fournir une vaine pâture aux ergoteurs, et tournons-nous vers la recherche, beaucoup plus positive, beaucoup pll^s fructueuse, des causes éloignées qui amènent cette rupture d'équilibre , de quelque façon que ce soit, entre la sécrétion et l'absorption de la sérosité.
887. Coup d'œil concernant les affections protopathiqûes par l'effet desquelles les hydropisies proprement dites peuvent exister. — A. Après l'inflammation, qui, tant à l'état aigu qu'à l'état chronique, est une cause journalière d'épanchement , entièrement ou presque entièrement séreux , après cet élément essentiel de ce que nous nommons les hydrophlegmasies , qui n'ont guère besoin d'occuper ici notre attention et dont nous devons faire à peu près abstraction (882) , il nous reste à proclamer, à titre de causes authentiquement constatées, unanimement reconnues dans la pathogénie des hydropisies proprement dites , les deux circonstances principales que voici : 1° une gêne i^ilèlconque survenue à la circulation du sang dans les veines; 2* Une diminution de l'albumine dans la crase du sang.
de. La gêne de la circulation veineU&e est la cause de l'hydropisie dans un très grand nombre de cas. C'est ce que démontrent, surtout avec la plus grande évidence , les hydropisies partielles ou locales qui se produisent si fréquemment par suite de l'obstruction , de l'oblitération ou de la compression d'une des branches principales du système veineux. Ce point de pathogénie, déjà reconnu et professé par Boerhaave, Van Swieten , Morgagni et beaucoup d'autres auteurs du xvii" et du xviir . siècle , a été particulièrement remis en lumière dans ces derniers temps par les recherches et les observations de MM. Rayer, Bouillaud et Reynaud. Ainsi, par exemple, quand la veine porte s'oblitère, quand elle est comprimée par une tumeur quelconque, une ascite se développe. Ainsi M. Prus a vu un cas remarquable d'œdèmedes membres abdominaux, dû à la compression que la veine cave inférieure subissait de la part d'un ganglion engorgé et induré {Revue médicale, avril! 83^i). Ainsi, M. Choiiicl a eu, à sa clinique, l'occasion d'observer le fait, assurément beaucoup plus remarquable et beaucoup plus rare , d'un œdème qui n'occupait que la partie supérieure du tronc, et qui était, comme l'autopsie le découvrit, un résultat delà compression qu'une tumeur cachée dans l'intérieur de la poitrine exerçait sur la veine cave supérieure {Gazette des médecins praticiens , année 1840, p. 90). Et,
si le lecteur veut consulter les auteurs indiqués dans la bibliographie du présent article , combien de faits du même genre ne lui sera-t-il jDas facile de rassembler ? Quand un membre , malgré l'oblitération de la veine principale, n'est point atteint d'oedème, il doit un si heureux privilège à l'établissement d'une circulation collatérale , à la dilatation des veines accessoires. C'est, sans le moindre doute, à la gêne de la circulation veineuse qu'il faut rapporter les ascites symploniatiquesde certains vices chroniques du foie (induration , cirrhose, etc.); car, en semblable circonstance, les ramifications de la veine porte doivent se trouver comprimées, amoindries, rétrécies, de manière, en un mot, que lé foie ne présente plus le même degré de perméabilité au sang qui lui est apporté par ladite veine. Pareillement encore , à l'égard des cas dans lesquels l'œdème des membres abdominaux et l'ascite surviennent en complication avec ces rates énormes et dures qu'il est si ordinaire d'observer à la suite des fièvres intermittentes de long cours, tout porte à croire que les phénomènes d'hydropisie ont pour cause , du moins en général , l'entrave apportée à la circulation abdominale par la masse du viscère hypertrophié , qui ne peut moins faire que de produire , de près ou de loin , directement ou médiatement , la compression d'une où plusieurs veines importantes. Enfin , quand le système tout entier de la circulation éprouve une gêne habituelle et considérable , quand le retour du sang veineux dans le cœur ne s'opère plus que d'une façon difficile , irrégulière , tumultueuse , par suite d'un vice organique de ce moteur central de l'appareil circulatoire, par suite d'une hydrôpèricardite, ou par suite d'adhérences du péricarde (603. F.) , etc. , c'est là l'origine d'une hydropisie générale, ou, pour mieux dire, d'uné hydropisie qui tôt ou tard se montre telle , mais dont les premières manifestations consistent dans l'œdème des membres inférieurs et dans l'ascite. Au surplus , rien n'est plus facile à expliquer que ce rapport de cause à effet qui se montre si manifestement entre la gène de la circulation veineuse et le développement des hydropisies; car, dès que les veines se trouvent engouées et distendues outré mesure parle sang qui n'y peut plus cheminer librement , il est clair que l'absorption dont elles sont, comme on sait, le principal instrument, ne doit pas continuer de s'accomplir avec la même activité qu'auparavant , sans comptét que , par la même raison , la transsudalion de la partie séreuse dti saiig à travers les pores du système capillaire devient nécessairement beaucotip plus abondante.
€. La diminution de l'albumine dû sang est line causé incontestable d'anasarque et d'ascite , ou , disons mieux , d'hydropisie générale. C'est ce qu'on a , par malheur, trop souvent occasion de vérifier dans lé coiii^s de la pratique; vérification très facile à établir, en examinant les
^152 PATIlOLOGir. mC-dicalf.
urines par la chaleur ou par l'acide azotique. Car, en règle générale, à celte diminution de l'aUjumine dans la cràse du sang correspond l'albuminurie , comme symptôme pathognomonique et qui se produit dans des proportions précisément corrélatives. Voilà un principe certain, irrévocablement acquis à la science , abstraction faite des doutes et des controverses que soulève encore la question de savoir si l'albuminurie est elle-même cause ou eiïet par rapport à l'altération du sang, — si le nom et la doctrine de la néphrite albumineuse (673) sont bien l'exacte expression d'une réalité fréquente, — si la sécrétion rénale, effectivement , n'enlève au sang son albumine que parce que le rein est enflammé, altéré, incapable de fonctionner comme à l'ordinaire, — ou bien si , au contraire, dans certains cas, peut-être infiniment plus nombreux que ne se l'imaginent les pathologistes qui ont embrassé avec ardeur les idées du docteur Bright , les reins , sans être eux-mêmes malades le moins du monde, sécrètent une urine albumineuse par suite d'une détérioration prolopalhique du sang, qui laisserait alors échapper l'albu- * mine à travers les couloirs de ces glandes , de la même façon , en un mot, qu'il laisse transsuder en abondance une sérosité albumineuse dans les vacuoles du tissu cellulaire et dans les cavités des membranes séreuses. Quoi qu'il en soit, de toutes les altérations du sang jusqu'à présent connues et appréciables, le déficit de l'albumine est la seule à laquelle nous soyons obligés de reconnaître une puissance réelle , un rôle véritablement grand et important dans la pathogénie de l'hydropisie.
y. Dans bien des cas , l'hydropisie a une double origine , et se montre produite par la réunion des deux conditions palhogéniques qui précèdent [ç/. et g). II n'est pas rare , en effet , dans la pratique des hôpitaux comme dans celle de la ville , de rencontrer des sujets hydropiques qui présentent tout à la fois les symptômes d'une cardiopathie grave et un degré plus ou moins considérable d'albuminurie.
B. Autrefois le système lymphatique , considéré depuis sa découverte, par la plupart des physiologistes , comme l'agent exclusif de l'absorption, était censé avoir, par conséquent , un rôle très considérable dans la palhogénie des hydropisies; à tel point, par exemple, que Pinel, s'appuyant sur l'autorité des Mascagni, des Cruikshank,etc. , classait les hydropisies sous le titre de Lésions organiques pa7'ticidiè?'es du système lymphatique {Nosog7\ philos. , Y' classe, ii'^' ordre, if sous-ordre. — Voyez n" 66). On enseignait que ces maladies pouvaient être produites, soit par le fait de quelque empêchement mécanique , de quelque obstacle matériel à la libre circulation de la lymphe , soit par l'affaiblissement et l'inertie des propriétés vitales attribuées aux vaisseaux lymphatiques, qu'on ne se faisait pas scrupule d'appeler vaisseaux absorbans
IIYDROPISIES. ZI 5 3
par excellence et à l'exclusion des veines. On se complaisait à proclamer ce cas d'ascite où, suivant le témoignage d'un certain docteur deLeyde, l'autopsie fit découvrir un calcul qui obstruait le réservoir de Pecquet, mais qui n'était peut-être, quoi qu'on en ail dit, rien moins que digne d'être accusé d'une coopération quelconque à la production de l'hydropisie (ScHERB. Biss. de calculoin chyli receptaculo , singulari hydi^oph cttiissa. Leyde, 1729. — Cité par Ploucquet, art. Calculus). On ne manquait pas, surtout, de mettre en avant ces quelques cas , et certes ils ne sont pas des plus rares, dans lesquels, avec un œdème des membres inférieurs ou avec une ascite , on trouve des ganglions inguinaux ou des ganglions mésentériques devenus extraordinairement volumineux et durs ; et l'on ne songeait guère alors à constater si la veine porte , la veine cave inférieure , les veines iliaques ou crurales étaient comprimées par ces ganglions , encore bien moins à poser la question de savoir si le sang était appauvri en albumine. Mais la doctrine qui imputait au système lymphatique l'origine des hydropisies est aujourd'hui abandonnée. Et c'est avec raison ; car il est constant qu'on ne voit généralement pas d'oedème et d'ascite dans les cas où les principaux vaisseaux du système lymphatique se trouvent oblitérés ou détruits, ni même après la ligature du canal thoracique sur les animaux.
C. Ni la pléthore ni l'anémie, telles que nous les avons définies (153 et 162), n'ont par elles-mêmes, à ce qu'il nous paraît du moins, la puissance de produire une hydropisie. Et cependant nos devanciers n'hésitaient pas à invoquer, pour l'explication de certaines hydropisies, tantôt la pléthore, tantôt l'appauvrissement du sang (ainsi disaient-ils, suivant une expression vulgaire mais énergique et pittoresque , pour désigner la proportion excessive du sérum , en un mot, notre anémie.)
a. Relativement à la pléthore, on ne se faisait aucune difficulté de professer en théorie que c'était là une condition éminemment propre à amener le développement des hydropisies , soit par la transsudation abondante du sérum à travers les parois trop distendues des vaisseaux , soit par l'impossibihté de l'absorption dans une telle condition du système vasculaire. Et l'expérience elle-même semblait venir à l'appui de celte théorie; car, dans le cours de la pratique, il se rencontre effectivement quelques cas où l'on voit des personnes pléthoriques tomber en proie , par exemple, à une anasarque aiguë , et guérir rapidement par la saignée. Dans ces derniers temps , on a beaucoup cité comme un argument décisif les belles expériences de M. Magendie sur les animaux dans les veines desquels ce savant physiologiste injectait une quantité considérable d'eau : à peine a-t-on ainsi augmenté la masse du liquide sanguin , qu'aussitôt il se forme des épanchemens séreux et l'absorption cesse de s'accomplir; saignez, les épanchemens dispa-
ll^ PATHOLOGIE MÉDICALE.
raissent et l'absorption reprend son activité normale. Mais , après tout, saclions-le bien , étendre ainsi avec de l'ean le sang d'un animal , ce n'est point lii , certes , produire artificiellement les conditions de la véritable pléthore; c'est diminuer sur l'heure dans la masse du sang la quantité proportionnelle de tous les principes organiques , et par conséquent de l'albumine ni plus ni moins que delà fibrine et des globules; c'est donc , à raison même de cette diminution relative de l'albumine , procurer au sang la condition particulière que nous avons reconnue comme une origine incontestable de l'hydropisie (A. ç). Ce n'est pas à dire pour cela , maintenant , que nous prétendions nous inscrire en faux pontre certains cas de pratique attestés par les meilleurs observateurs. Nous ne songeons pas h nier, par exemple, que des individus pléthoriques aient été atteints d'une anasarque aiguë, ni que la saignée ait été un remède efficace en pareille circonstance. Loin de là ; mais , plutôt que d'attribuer à la pléthore, et rien qu'à la pléthore, un accident qui ne vient s'y surajouter que rarement , pourquoi donc ne pas conclure qu'il y a eu là quelque condition pathogénique de plus? Pourquoi ne pas voir là un de ces cas que la science de notre époque est parvenue à bien distinguer et à bien reconnaître, — de ces cas, veux-je dire, dans lesquels il y a diminution de l'albumine du sang avec albuminurie, et que nous avons déjà classés et envisagés sous le titre de néphrite albumineuse aiguë (g.)? ïout-à-l'heure , au surplus, nous reviendrons encore sur ce point.
6. A l'égard des individus qui deviennent hydropiques après des hémorragies répétées ou des saignées excessives , après de longues et interminables diarrhées , par suite de maladies quelconques traitées à l'aide d'une diète rigoureuse et continuelle , ou bien sous la seule influence d'une alimentation insuffisante, nos devanciers, qui ne manquaient pas de reconnaître là un appauvrissement du sang , se bornaient à accuser la proportion excessive du sérum, ou, comme nous dirions auiourd'hni , l'anémie. Or, il ne paraît pas que l'anémie seule , que la seule diminution de la partie globulaire du sang , avec augmentation proportionnelle de la partie séreuse . mais sans déficit notable de l'albumine, puisse jamais produire une hydropisie générale. Il y a tout au plus, en pareil cas , un certain degré d'œdème aux pieds et à l entour des malléoles (m. D.) , phénomène qui rentre tout-à-fait dans la catégorie des œdèmes imputables à la gêne de la circulation veineuse ; car, dans l'anémie , l'impulsion du cœur, devenue moins forte , moins eneraique ne peut plus vaincre d'une façon complète la difficulté naturelle nu'a le sang à remonter dans les veines des membres abdominaux contre raction de la pesanteur. En ce qui concerne particulièrement ces hydropisies qu'on a vues régner à litre de fléau endémique comme la plus
iiynwopjstLS. /|55 haute expression et le dernier ternie de l'anémie cacolrupliique (167. A. 5.). dans certains temps de disette, et notamment en 1816, cette année de désastreuse mémoire , où la misère de quelques uns de nos départemcns fut poussée à tel point que nombre de gens n'eurent , pour se nourrir, pas d'autre ressource que d'aller dans les chapips à la recherche de racines et d'herbes sauvages qu'ils faisaient cuire tant bien que mal (voyez le mémoire de M. Gaspard, dans le Journal de physiologie expérimentale) : nous nous rangeons tout-à-fait à l'opinion de W. Andral , qui n'hésite pas à dire que ces l]ydropisies-là étaient liéps à la diminution de l'albumine du sang. En effet, ce professeur, ayant analysé le sang de moutons qui étaient devenus hydropiques dans des lieux humides et sous l'influence de mauvais pâturages, y a trouvé que l'albumine était descendue fort au-dessous de la porportion normale; et, chose bien digne de remarque, c'est que plusieurs fois, assure-t-il , cette diminution de l'albumine existait sans qu'il y eût dans les reins ni granulations ni aucune trace d'inflammation, et sans qqe l'albuminurie se fût montrée auparavant et pût ainsi être invoquée comme l'origine de l'altération du sang. Bref, en définitive, il est éyident que non seulement dans l'anémie cacotrophique , mais aussi dans toutes les autres espèces d'anémie, le sang, déjà pauvre de globules, peut encore s'appauvrir en albumine, et de là le développement d'une hydropisie générale.
D. Ona aussi accusé, comme autant de causes d'hydropisie, certaines cachexies, savoir : le scorbut, la syphilis constitutionnelle et la cachexie cancéreuse. A ce compte , il faudrait donc pareillement accuser la phlhisie pulmonaire. Celle-ci, à la vérité, se montre bien moins souvent accompagnée d'hydropisie partielle ou générale que ces cachexies-là ; mais enfin elle se complique quelquefois de ce fâcheux accompagnement Eh bien, en semblable circonstance, je dois le dire, non senlemeqt PQur ce qui regarde la phthisie pulmonaire , mais à l'égard de toutes les cachexies précitées, il est bien plus naturel d'admettre , et presque lou jours 11 est facile de constater l'intervention accidentelle de quelqu'une des conditions paihogéniques les plus ordinaires et les plus incontestables de 1 hydropisie ; chez les uns, par exemple , l'albuminurie ; chez les au très , 1 oblitération d'une veine principale par suite de phlébite ou sa compression par un ganglion induré , par une masse cancéreuse etc
t. La suppression de sécrétions soit naturelles, soit artificielles' soit pathologiques, est signalée par la plupart des auteurs comme une circonstance des plus propres à causer le développement des hydronisies La sueur sarrête-t-elle sous le coup d'un brusque refroidissomen;"; au d in e la rougeole et surtout delà scarlatine, la perspiralion cutanée, deja entravée par la desquamation de l'épidémie, vient clic à cire con-
^l56 PATHOLOGIE MÉDICALE.
trariée encore davantage par l'influence du froid et de l'humidité; un exutoire ancien est-il fermé subitement et sans précaution ; le flux menstruel ou liéraorroïdal est-il imprudemment interrompu ; un exanthème aigu ou chronique est-il répercuté; etc., etc. : voilà, dit-on, autant de causes d'hydropisie. Et l'on a raison , incontestablement raison , si l'on ne veut voir \h que des causes occasionnelles banales (8/t). Mais que penser de la doctrine qui suppose qu'en pareille circonstance l'hydropisie pourrait s'établir sans l'intermédiaire d'une inflammation, ou d'un défaut d'albumine dans la crâsedu sang, mais directement par une sorte de sécrétion supplémentaire dont le siège particulier, ici plutôt que là, — dans le péritoine , par exemple , plutôt que dans la plèvre — s'expliquerait par l'existence de quelque prédisposition antécédente? Que penser, en un mot , des hydropisies par irritation sécrétoire pure et simple? Sontelles une réalité ou bien une fiction systématique ? Il me semblerait téméraire de les nier absolument. Mais toujours est-il, au moins, qu'elles doivent être excessivement rares. Il n'est pas permis aujourd'hui d'ignorer que dans beaucoup de cas , peut-être même dans tous les cas, les hydropisies brusquement survenues sous l'influence d'un refroidissement, soit au milieu d'une santé florissante , soit pendant la période de desquamation des fièvres éruptives , se montrent liées à l'albuminurie. Un des exemples les plus remarquables que nous puissions citer en ce genre, est celui qui se trouve raconté par M. Andral {loc. cit. p. 157). Mais, au surplus, quel praticien, d'entre ceux qui se font une règle d'interroger la composition chimique des urines de leurs malades , n'a pas rencontré des faits semblables ?
F. De tout ce qui précède , il résulte donc , en déûnitive , que les causes ordinaires , et , je dirai plus , les seules vraiment incontestables du développement des hydropisies senties trois conditions protopaihiques qui suivent, savoir : 1° inflammation ; 2° gêne de la circulation veineuse; 3° déficit d'albumine dans le sang. C'est dire, du même coup, que l'existence des hydropisies idiopathiques est inconnue et, il faut l'avouer, plus que douteuse. Mais était-ce là une raison pour ne plus accorder aux hydropisies proprement dites leur rang à part dans les cadres de lanosographie? Fallait-il donc, au mépris de la tradition , défaire en quelque sorte cette tribu nosographique ? En d'aulres termes, fallait-il en éparpiller çà et là l'étude? fallait-il entièrement subordonner cette étude aux divers genres de vices matériels protopathiques que l'hydropisie vient plus ou moins fréquemment compliquer à titre deutéropathique et symptomatique? Je ne l'ai pas cru à propos, et voici pourquoi : r parce qu'après tout, le dernier mot de la science n'est pas encore dit sur la question du développement idiopathique de ces hydropisies par une irritation purement sécrétoire ou par quelque autre mode, et qu'un
IIYDKOPISIES. ^l57
tel lait , encore bien que rare , n'est peut-Ctre pas absolument impossible; 2" parce que l'on, ne saurait nier combien il y a d'intérêt et d'utilité à envisager ces bydropisies sous un point de vue commun et général ; 3" parce quel'hydropisie , prise en elle-n)ème, est un vice matériel se caractérisant par un ensemble do phénomènes anatomiques et morbides qui lui sont propres, et voulant d'ordinaire un traitement spécial, indépendamment des indications que fournit la cause première du mal; c'est presque toujours , c'est toujours, si l'on veut, une maladie symptomalique (97. D. 6.), mais c'est une maladie vraiment à part; k" enlin , parce que la qualité de maladie symptomalique n'a en soi rien qui détruise la légitimité d'un genre nosograpbique, h telles enseignes même que la plupart des maladies revêlent tour à tour cette qualité les unes par rapport aux autres , et que , dans un très grand nombre de cas , par exemple, l'anémie, les hyperémies, les hémorragies, les inflammations, etc., ne sont que symptomatiques; tant il est vrai que les désordres pathologiques, autant et plus encore que les fonctions physiologiques, s'enroulent et s'enchevêtrent de manière à déjouer tous les efforts que lait la science pour établir une classification irréprochable!
888. Quelques mots de séméiotique. — A. Le diagnostic a ici deux devoirs: 1° constater l'hydropisie ; 2° apprécier les conditions pathogéniques en vertu desquelles cette bydropisie existe. Le premier point n'offre généralement pas de grandes difficultés: souvent même il arrive que l'hydropisie se fasse reconnaître au premier coup d'oeil; tant concourent à la rendre visible et saillante les symptômes fonctionnels , l'aspect d l'habitude extérieure, et les phénomènes révélés par la percussion et la palpation ! Quant au second point , il ne laisse pas que d'être assez fréquemment la pierre d'achoppement où viennent broncher le savoir le plus profond et la sagacité la plus consommée. Non pas que nous ne puissions, bien des fois aussi, réussir à déterminer précisément le principe du mal , en nous reportant aux symptômes dont l'hydropisie a été précédée , et à la marche qu'elle a suivie dans ses envahissemens successifs,— en observant attentivement tous les phénomènes, toutes les circonstances du drame morbide, — et notamment en ayant soin d'examiner l'état du cœur et d'interroger la composition chimique des urines. Il est de règle, peut-être sans exception , qu'une hydropisie qui est ou doit être générale se montre liée à une cardiopathie grave ou à l'albuminurie ; quelquefois même ces deux conditions existent toutes deux en même temps.
B. Le pronostic des hydropisies est principalement subordonné : 1" à l'importance physiologique de leur siège; 2° à leur étendue et à leur degré de développement; 3° à la nature et à la gravité des vices protopathiqucs qui les produisent et les entretiennent; enfin , au nombre
^58 PAIHOLOGIE MÉDICALE.
de leurs récidives (877). Gardons-nous l)ien , surtout, de proclamer avec trop de hâte le malade guéri et sauvé, aussitôt que survient une diminution ou une brusque disparition de l'hydropisie. Autrement, c'est nous exposer à de fréquens et humilians mécomptes. Attendons! pour nous prononcer , que l'éiat général du malade soit décidément en voie d'amélioration. Car, quelquefois , par exemple, une ascite n'a disparu rapidement que pour être remplacée par des accidens cérébraux, par une apoplexie séreuse, en un mot, par une sorte d'hydrocéphale métaslatique presque inévitablement mortelle. Et il n'est pas du tout rare que , dans les derniers jours des maladies du cœur ou delà maladie de Bright , l'anasarquc et les divers épancheraens séreux diminuent plutôt que d'aller en augmentant.
889. Thérapeutique, — Bornons-nous à esquisser les deux indications fondamentales qui suivent.
A. Combattre l'affection essentielle et protopathique à laquelle l'hydrop)isie est subordonnée : c'est-à-dire que , tantôt, notre devoir sera de lutter contre une phlegmasie séreuse , par le moyen des émissions sanguines, de la révulsion cutanée, de la mercurialisation, etc. ; tantôt, de déterminer l'adhérence intérieure d'une membrane séreuse , — de la tunique vaginale, par exemple , en cas d'hydrocele, — ou bien d'une synoviale articulaire en cas d'hydrarthrose , ou d'une synoviale souscutanée en cas d'hygroma, etc. , à l'aide d'injections irritantes (291) , et notamment avec la teinture d'iode, préconisée h si juste titre dans ces derniers temps par M. Velpeau ; quelquefois , d'anéantir ou du moins d'atténuer ce qui fait obstacle au libre cours du sang, d'attaquer , par exemple, les maladies du cœur par la saignée, la digitale et autres remèdes convenables , de résoudre ou d'extirper une tumeur placée sur le trajet d'une veine importante, etc., etc. ; d'autres fois , enfin , de diriger contre la maladie de Bright tous les efforts de l'art (679).
B, Pourvoir à l'évacuation de la sérosité amassée : soit d'une façon directe ou immanquable , par voie de ponctions ou d'incisions ; soit d'une façon indirecte, — et à la condition d'une résorption préalable, hélas! il faut le dire, fort variable et fort incertaine, — par l'emploi longtemps soutenu des diverses ressources de ce qu'on nomme la médecine évacuante, en d'autres termes, par les purgalions, par la diurèse, par les sueurs et autres supersccréiions des émonctoircs naturels de l'économie. A la vérité, par malheur, tout cela n'est le plus souvent que de la thérapeutique palliative, et les pauvres malades n'en retirent qu'un soulagcmonl momenlané. Cependant, il faut aussi le reconnaître, les fastes de l'art font foi que de loin en loin quehjues cures radicales ont pu ê|rc ainsi obtenues, sans doute dans des circonstances tout exceptionnelles et que la science actuelle e!?t incapable de déterminer , mais qu'il est lou-
iiyDuopisiiis.
jours permis d'espérer là où le diagnostic n'accuse pas péremptoirement l'existence d'une alTection insurmontable à tous nos remèdes.
a. Les incisions sont utiles pour donner issue à la sérosité infdtrée dans le tissu cellulaire sous-cutané. On ne doit, du reste , y avoir recours que lorsque l'œdème est devenu excessif, lorsqu'il distend douloureusementla peau. Par là, on soulage beaucoup le malade ; et l'on prévient le développement de r^r(/^Aème /me (316. E.), épiphénomène toujours fâcheux et qui ne tourne que trop souvent h la gangrène. Bien des praticiens ne se permettent que ces incisions légères, superficielles, faites avec la pointe d'une lancette, et qui labourent seulement le derme sans le diviser, en un mot, les mouchetures : au besoin , ils les multiplient. D'autres , et je suis de ce nombre , ne craignent pas, dans certains cas, de faire avec le bistouri une ou deux incisions , longues de un à deux centimètres , et qui intéressent toute l'épaisseur de la peau , plutôt que de multiplier les mouchetures : c'est surtout près des malléoles et à la partie interne du genou qu'on pratique de telles incisions.
g. La ponction , exécutée avec les instrumens et selon les procédés appropriés à la diversité des cas , est l'opération qui convient pour vider les cavités occupées par un épanchement plus ou moins abondant de sérosité. Elle rend des services précieux en cas d'ascite , d'hydrocèle , d'hydrothorax , d'hygroma , etc. , etc.
y. De toutes les médications évacuantes , la purgation est assurément celle qui , en général , a le plus d'efficacité et le moins, d'inconvéniens pour la cure des hydropisies. Toutes les fois que l'état du tube digestif ne contre-indique pas cette médicamentation, exploitons-la , insistons-y. Il faut purger très fort et très souvent , — tous les deux ou trois jours , par exemple , — dans les cas où le diagnostic ne récèle pas un vice matériel tout-à- fait incurable , en présence duquel l'énergie et la continuité d'un traitement purgatif ne feraient qu'accroître l'affaiblissement , et que hâter la fatale issue. Le sage Sydenham ne craignait pas {op. cit.) d'employer l'élatérium , et même le crocus metallorum , ce drastique antimonial d'une si violente activité , qui aujourd'hui n'est plus de mise que dans la médecine vétérinaire. Il nous raconte qu'étant encore tout nouveau praticien , il guérit d'une ascite une dame de Westminster avec une once de sirop de nerprun {sirup. de spina cervina) par jour; que^ tout enorgueilli de ce premier succès, fiducia plane juvenili atque horninis inexperti , il croyait posséder un remède propre à dompter toutes les hydropisies ; mais qu'ayant infructueusement commencé ainsi le traitement d'une autre femme hydropique, il fut congédié, et ojiprit plus tard que celle femme avait guéri , entre les mains d'un autre médecin , sous l'influence de remèdes plus efficaces. Ce sont donc les drastiques, ou tout au moins les quasi-drastiques (132. G. x.),que nous
'l60 PATHOLOGIE MÉDICALE.
devons adminislrcr contre les hydropisies ; ce sont là, pour parler comme les anciens , les liydragogues par excellence , entre tous les autres purgatifs. Nous prescrirons donc , par exemple , l'huile de croton liglium ,
— la gomme gutte , — le jalap , — le nerprun , — les pilules de Bâcher, qui ont pour base l'ellébore noir (on en donne deux à dix par jour ), — etc., etc. S'il y a superpurgaiion , l'opium convient éminemment pour arrêter les évacuations , et un stimulant alcoolique à petite dose est aussi très utile pour réveiller les forces dans l'imminence delà syncope ; Sydenliam ne redoutait pas trop de pousser la purgation jusque là, tant il était convaincu que son laudanum était propre à maîtriser les accidens (')!
S. L'emploi des vomitifs a aussi pour résultat de rendre l'absorption plus active. Il ne laisse donc pas que d'offrir des avantages dans le traitement des hydropisies. Il a parfois de beaux succès , notamment entre les mains de charlatans téméraires , qui ne se font pas scrupule de jouer, comme on dit , le tout pour le tout. Mais , en définitive , reconnaissonsle bien, les vomitifs ne sont pas de nature à être , pendant un long laps de temps , aussi impunément répétés , aussi aisément tolérés que les purgatifs.
£. La médicamentation sialagogue ( 132. G. t.) par mercurialisation (frictions ou calorael à haute dose) est une ressource fort peu utilisée,
— peut-être, faut-il le dire, trop négligée. Et pourtant, il s'est trouvé de loin en loin des voix sérieuses dans le monde médical pour la préconiser.
La médicamentation sudorifiquc (132. G. a droit d'être ici mise à profit , comme elle l'est , en effet , assez souvent par les meilleurs praticiens. Bains de vapeur, simples ou aromatiques. Flanelle sur la peau. Usage quotidien de la poudre de Dower.
vj. Les diurétiques (132. G. p.) sont aussi un moyen très propre, assurément, à provoquer la résorption de la sérosité. On ne se borne pas, dans ce but , à les administrer à l'intérieur , en tisanes , en potions , en sirops , etc. ; rien de plus ordinaire , par exemple , que d'employer à l'extérieur, soit en frictions , soit par la simple application de compresses , les teintures de scille et de digitale.
0. Ai-je besoin de dire que les modernes ont laissé dans un juste abandon cette méthode , si célèbre dans l'antiquité , de soumettre les hydropiques à l'abstinence des boissons ? Imposer ainsi à ces malheureux les tourmens de la soif, dans la crainte chimérique que l'hydropisie ne s'aggravât en raison même de la quantité d'eau qu'ils auraient bue ,
(1) « Quum laudano non destitualur, ccilissimo ad hypercatharsin islius modi subilô domandam freno. » Syden ham , De hydropc.
IIYDr.OPISIES. /|61
était-ce autre chose que les condamner h un martyre aussi inutile que cruel ? Martyre tellement insupportable qu'il n'y avait guère de gens , sans doute , qui l'endurassent de leur plein et entier consentement et autrement que par le fait d'une contrainte tyranniquc! Et voilà pourquoi Celse a dû émettre cette proposition , au premier abord si étrange et si surprenante, savoir : que l'hydropisie était un mal plus facile à enlever chez les esclaves que chez les hommes libres ('),
§ III. Coup â'œil sommaire sur la deuxième tribu des Hydropisies. (Hydropisies des cavités muqueuses. ) — (881. B.)
890. llmm^ques générales. — A. Les hydropisies des cavités muqueuses sont rares. Et cela se comprend sans peine , par la raison toute simple que les cavités muqueuses ne sont pas , comme les cavités séreuses, closes de toutes parts, mais, au contraire, sont naturellement en libre communication avec l'extérieur. Or, tant que subsiste cette condition essentielle de leur structure , ces cavités-là se débarrassent et se vident plus ou moins régulièrement de tout ce que la sécrétion et la supersécrétion y auront versé , sans même que la résorption ait besoin d'intervenir en aucune façon et pour la plus petite part. Pour qu'elles éprouvent un trop-plein qui aille jusqu'à mériter réellement le nomd'hydropisie, il faut donc que les orifices de communication soient préalablement obstrués ou oblitérés d'une manière quelconque : ce qui, après tout , n'est qu'un accident fort exceptionnel. Et, de plus, il est certaines cavités muqueuses qui ne peuvent être fermées que sous peine , pour ainsi dire, d'une prompte mort: et, par conséquent, l'exhalation n'a guère le temps d'y accumuler un excès de sérosité , d'y produire une hydropisie , qui ne serait là , d'ailleurs , qu'un épiphénomène assez insignifiant.
B. En général , notons-le bien (car, assurément, de prime abord et à priori, on serait tenté de penser le contraire), le liquide des hydropisies muqueuses diffère peu de la sérosité ordinaire qui constitue les hydropisies de la tribu précédente , ou hydropisies proprement dites , à en juger du moins par les apparences physiques , qui sont absolument les mêmes. Parfois plus ou moins visqueux , plus ou moins trouble, d'autres fois il a l'aspect d'une eau limpide et tout au plus légèrement teinte en jaune citrin.
C. Tandis que les hydropisies du tissu cellulaire et des cavités séreuses se produisent si souvent comme l'effet d'un désordre général de
(') Facilins in servis fiuam in liberis tollitur. Celsc, De re med., lib. III cap. II, sect. 10. '' * '
l'économie, les liydropisies des cavités muqueuses sont, au contraire,
des affections essentiellement locales. '
D. Autant que nous pouvons en juger d'après les faits jusqu'à présent connus , et particulièrement d'après tout ce que l'on sait concernant l'hydropisie de la cavité utérine , il ne paraît pas que les hydrbpisies muqueuses soient aussi susceptibles de disparaître par voie de résorption que le sont les épanchemens des cavités séreuses et les infil- ' trations du tissu cellulaire. Il semble, en vérité, que la nature, ayant ' donné aux cavités muqueuses des ouvertures par où elles pussent éva- ' cuer leur contenu , les a privées de la faculté d'absorber les produits qui ' y sont sécrétés. Toujours est-il que les hydropisies muqueuses ne cèdent, ' ne s'évanouissent jamais, ou presque jamais , sous l'influence, quelque ^ habilement, quelque opiniâtrement maintenue qu'elle, soit, des re- I mèdes hydragogues les plus puissans, purgatifs, diurétiques ou autres 1 (889. B. y—n). (
E. Enfin , il est bon de le savoir, c'est le plus ordinairement , c'est i] même , pourrait-on dire , presque constamment par l'effet d'une inflam- s mation que se produit l'occlusion d'une cavité muqueuse, et, à la suite c de cette occlusion , l'accumulation d'un liquide séreux ou séro-purulent. n Bien des fois , un travail d'inflammation adhésive (286) aura passé ina- o perçu et sans symptômes qui aient attiré le moindre degré d'attention. p Il se sera borné à établir sourdement une obturation complète dans une très petite étendue . rien qu'au pourtour d'un orifice , rien que sur un point du trajet d'un canal excréteur. Eh bien, en voilà assez pour amener les hydropisies qui font l'objet de ce paragraphe-ci. j,
891. Gemmes jmncipaux de la tribu en question. — A. Hydropisie du sinus maxillaire : dilatant extraordinairement ledit sinus, déformant par .là l'os maxillaire supérieur , de manière à produire une tuméfaction
plus ou moins hideuse de la joue , et un abaissement plus ou moins pro- pr
noncé et plus moins incommode de la voûte palatine. Comme diverses K.
opérations ont été proposées pour ouvrir une issue au liquide accumulé po
dans le sinus , c'est à la Pathologie chirurgicale qu'échoit naturelle- si«
ment le devoir d'étudier cette hydropisie-là. h
B. Hydropisie des sinus frontaux : dévolue également au domaine en de In Pathologie chirurgicale. ■
C. Hydropisie du tympan : Hydrotite d'Itard, la plus fréquente de pi: toutes les hydropisies muqueuses; la cause la plus ordinaire de la sur- lu; dité qui vient chez des enfans scrofuleux , atteints de blépharite chro- ]ii nique, et surtout sujets au gonflement des lèvres, à l'impétigo des na- rei rines (372. A. «.), à de fréquens retours de coryza et de pharyngite, k Au surplus, voilà encore un des lots bien et dûment échus à la Patho- k\ logie chirurgicale. ^f'
HYDROPISifiS. Zl63
D. Hydronéphrose : Hydropisie du rein , ou , pour parler avec plus de précision , Hydropisie du bassinet et des calices. Ce sera ci-après le "sujet de l'article IX.
E. Hydromètre : Hydropisie de la cavité utérine. Ce sera ci-après le sujet de l'article X.
Quant à l'iiydrojjisie de l'estomac , — admise el décrite par Ilard {lod cit., p. U2U-Q), d'après une observation empruntée aux œuvres de Rivière, et que ce célèbre professeur de Montpellier ne garantit pas comme témoin oculaire , mais qu'il répéta seulement à titre de cas communiqué par je ne sais plus quel médecin de Londres, — je déclare, pour mon compte, que la réalité d'une semblable maladie ne me paraît pas du tout devoir être acceptée comme un fait acquis à la science. Si tant est même que l'observation dont il s'agit ne soit pas complètement mensongère , et que l'imagination et le goût du merveilleux n'en aient pas fait tous les frais, je crains bien, en vérité, qu'il n'y ait eu là , du moins, quelque méprise , quelque appréciation erronée de l'état des choses , de la part d'un observateur peu familier avec les investigations nécroscopiques. Comment concevoir, en effet, le développement d'une hydropisie de l'estomac , sans la double occlusion du cardia et du pylore? Et comment, avec cette double occlusion, concevoir que la vie puisse se prolonger' assez pour permettre à ladite hydropisie de se développer ?
§ IV. De la troisième tribu des Hydropisies (Hydropisies enkystées\ —
>Syn. : Hydrocysiis. - Genre cccxv de !a Nosographie de Vogel (66), genre défini comme il suit : Hydrops saccalus pkurœ, perilouœi, aui vhceris abdominalis.
892. Comment se forment les kystes? ~ {Kiart^ , Hipp.; vessie proprement dite. - Puis, dans Galien et d'autres anciens auteurs, •K'j^-!ç x^).r,%oî, vessie ou vésicule biliaire : tandis que, par opposition à celle-ci, la vessie proprement dite était quelquefois .désignée d'une façon spéciale sous le terme de K6ort; oùfo%o.-. — fPuis, enfin, par extension, chez les modernes , Cystis en latin, et Kyste 3n français, pour dénommer certaines sortes de poches étrangères à organisation normale, et qui sont un produit pathologique.) — A ne oarler même que des kystes qui contiennent dans leur intérieur une luantité plus ou moins considérable d'un liquide de nature séreuse et [ue nous ^vom droit, par conséquent, de faire rentrer, suivant une •evendication assez bien motivée , dans la famille nosographique des hy- Iropisies, il faut reconnaître et poser deux cas principaux, à titre de ii-simction fondamentale , concernant l'origine de ces poches séreuses ou ■ero-fibrenses qui peuvent accidentellement sui-venir dans les diverses
PATHOLOGIE MÉDICALK.
parties du corps , et dont Bichat a si bien prouvé l'analogie avec les membranes séreuses naturelles {Anat. génér., Système cellulaire , art. V, § m. Voir le passage intitulé : Influence du tissu cellulaire sur la formation des kystes. — Ibidem, Système séreux, art. IV, § m, Développement accidentel du système séreux).
Eh bien, donc, en premier lieu, disons que, parmi les kystes dont il s'agit , il y en a qui ne sont, pour ainsi parler, qu'un grossissement pathologique de certaines cavités naturelles, extrêmement petites et à peine appréciables à l'œil nu dans leurs dimensions physiologiques , mais susceptibles de se dilater énormément en se remplissant d'un liquide séreux , à tel point qu'il semble alors que ce soient là effectivement des parties toutes nouvelles , qui aient leur origine tout-à-fait en dehors des conditions de l'organisation normale, et qui se soient formées de toutes pièces. De même que les mélicéris, les athérômes , les stéatômes ne sont , au fond , rien autre chose que des follicules sébacés prodigieusement agrandis par suite de l'occlusion de leur orifice; de même, aussi, suivant du moins l'opinion la plus rationnelle , les kystes de l'ovaire doivent être considérés comme le produit d'un développement extraordinaire d'une ou plusieurs vésicules ovariques ; et , remarquons-le sur-lechamp , il est par là fort aisé de comprendre comment il se fait que, de ces kystes-là , les uns soient uniloculaires, et les autres multiloculaires. En résumé , dans le cas qui nous occupe ici, les kystes, ou du moins leurs premiers rudimens préexistent évidemment au travail de sécrétion pathologique, de diapédèse séreuse, en vertu duquel naît et se développe l'hydropisie enkystée.
Maintenant , en second lieu , il faut reconnaître que tous les autres kystes séreux , en plus grand nombre assurément, et sans comparaison, que ceux dont il vient d'être question, sont bien des kystes de nouvelle formation. Tels sont, par exemple, ceux qui, dans l'encéphale, occupent la place d'un foyer hémorragique plus ou moins anciennement disparu par résorption (255. D.). Telles sont aussi les bourses séreuses accidentelles, dont mon collaborateur s'est déjà particulièrement occupé, et dont il a même, dans un tableau nd hoc, fait connaître les divers sièges jusqu'ici constatés et aulhentiquement enregistrés dans les fastes de l'observation. [Palh. dur., t. I, chap. xiil, p. 407.) A l'égard de ces kystes séreux de nouvelle formation , il n'est guère permis , après mûre réflexion, d'adopter comme absolument et universellement vraie la thèse que Bichat soutint et mit en crédit , avec le prestige de son immense talent , touchant la difficile et obscure question de leur origine. L'illustre auteur de VAnatomic générale combattit avec force la doctrine, alors régnante , qui consistait à regarder ces kystes comme le résultat mécanique d'un refoulement et d'une condensation du tissu cel-
myukoi>isil:s. 465 lulaire, c'est-à-dire qui consistait à supposer que la sérosité, se trouvant oxtravasée par l'eflet d'une cause quelconque , et continuant de s'accumuler en vertu de la même cause, se formait une enveloppe aux dépens des couches de tissu cellulaire avec lesquelles elle était en rapport de coniiguïtc, et sur lesquelles elle exerçait une compression , pour ainsi dire , envahissante de proche en proche, et qu'ainsi le tissu cellulaire ambiant, progressivement comprimé , faisait seul tous les frais des accroissemens successifs d'épaisseur et d'étendue de l'enveloppe une fois formée. A cette théorie qu'il repoussait comme incompatible avec les principes du vitalisme, comme entachée d'un iatro-mécanicisme inadmissible, Bichat en substitua une autre , que voici en peu de mots : il considéra le kysie comme une séreuse accidentelle toujours préexistante, ainsi que l'est une séreuse naturelle , à l'épanchement dont elle peut devenir le siège. Mais, si celte préexistence du kyste à la matière qui s'y trouve contenue est une hypothèse plausible , à la rigueur, pour certains cas seulement dans lesquels la nature le produit de la façon la plus obscure et , pour ainsi dire , la plus silencieuse , et, en un mot, ne nous le laisse jamais voir que tout formé et tout plein de sérosité , il y a certes bien des cas où , de toute évidence , la formation du kyste est consécutive à la présence d'un liquide extravasé, ou d'un corps étranger quelconque Reprenons , à ce propos, l'exemple déjà cité des kystes séreux post-hémorragiques de l'encéphale : en pareille circonstance, c'est bien le sang qui, une fois épanché , a servi de stimulus pour mettre en jeu la force plastique (76) , pour la provoquer à produire une sorte de pseudo-membrane, comme moyen de séquestrer et d'isoler une matière désormais devenue étrangère à l'économie, mais dont la résorption , toutefois n'a pas moins continué de s'accomplir par exosmose à travers cette enveloppe vivante. Or, comme la nature a véritablement pour règle l'uniic dans la variété ; comme , tout en diversifiant à l'infmi les formes et les apparences de ses produits, elle se montre toujours simple dans ses moyens de création , il est fort rationnel de croire qu'elle n'a pas deux manières de produire les kystes de formation nouvelle, et que la pré sence insolite d'une humeur ou d'une matière quelconque, par extravasa tion, sécrétion ou autrement, au sein du tissu cellulaire hbre ou de n importe lequel de nos organes , est toujours le fait primitif le fait indispensable pour le développement d'une séreuse accidenielle Quoi qu il en soit , la séreuse accidentelle , une fois formée, devient le sié'.e d une exhalation incessante de sérosité; et si l'absorption ne s'y opère point dans des proportions égales à celte exhalation , le liquide s'vaccu ' mule de plus en plus; la poche s'amplifie, s'épaissit, de manière à devenir de jour en jour plus incommode et plus dangereuse, soit en
PATHOLOGlli MÉDICALi:.
atiopliiaiU par ses envaliissemens l'organe où elle a pris naissance, soit en comprimant et en gênant les organes circonvoisins.
N'oublions pas de remarquer, en terminant, que les hydropisies enkystées ne présentent pas toujours, tant s'en faut, une sérosité limpide. Parfois cette sérosité est sanguinolente, rouge ou rosée, voire même, aussi , noirâtre ou brune : genre de teinte imputable, sans contredit, à l'altération que le sang aura subie dans l'intérieur du kyste. Parfois , elle est lactescente et pleine de flocons fibrineux. Il n'est pas rare qu'au lieu de sérosité proprement dite , on rencontre une humeur visqueuse, huileuse , glaireuse. En général , la surface intérieure du kyste est lisse et unie, comme celle des séreuses naturelles à l'état sain ; mais quelquefois aussi , elle peut ?e montrer hérissée et recouverte de concrétions couenneuses, de productions pseudo-membraneuses de fraîche ou ancienne date,
893. Rapports et différences enfile les hydropisies enkystées et les hydatides. — Au premier aspect, et sur un coup d'œil superficiel, on peut confondre avec les hydropisies enkystées proprement dites , soit les hydatides elles-mêmes, soit les kystes remplis de ces helminthes vésiculeux, — de ces helminthes, dont nous réservons, comme de raison, l'étude, avec tout le reste de la pathologie helminihologique ou vermineuse (67. B. 6.), pour la Nosographie étiologique. Ce qui rend possible, et, jusqu'à un certain point, fort excusable une semblable confusion, c'est qu'il y a là, effectivement, des apparences communes. Cela est si vrai , que Pinel, par exemple, en posant dans sa Nosographie VHydropnsie enkystée du foie (66) comme un genre tout-à-fait digne de remarque et d'attention , n'a réellement envisagé , sous le titre en question , rien autre chose que les hydatides de ce viscère. Cela est si vrai , encore un coup , que les auteurs sont loin de s'accorder sur la démarcation précise de ce qu'il faut nommer kyste , et de ce qu'il faut nommer hydatide.
Voici, toutefois, les principaux caractères à l'aide desquels la distinction me paraît devoir être établie :
1" Les kystes ont avec les parties adjacentes une continuité plus ou moins intime, sinon dans toute leur périphérie, du moins sur un certain nombre de points , par le moyen d'un tissu cellulaire lâche ou serré , et quelquefois même par le moyen de vaisseaux. Les hydatides sont , au contraire , parfaitement libres.
2" Assez souvent, l'hydaiide offre , dans un point de sa face interne , de petits grains , visibles à l'œil nu ou armé d'une loupe , et qui semblent être les rudimcns, les embryons d'autres hydatides : quelquefois même, elle contient des hydatides parfaitement distinctes, mais qui seulement sont plus petites que celte hydatidc-mère , dans le liquide de
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laquelle elles sout libres et flottâmes. Les kystes ne présenlent jamais rien de pareil.
Néanmoins, il faut l'avouer, il y a des cas où il est diflicile de décider si l'on a devant soi un kyste ou une hydatide , une simple hétéi-otrophie de nos tissus , ou bien un être parasite ayant en quelque sorte une vie à part.
S9à. Coup d'œil rapide sur les divers sièges des Injdropisies enkystées. — Il est peu de parties où les observateurs n'aient rencontré ce que nous nommons hydropisies enkystées, kystes séreux, etc. Mais, entre toutes les maladies de cette tribu, l'hydropisie enkystée de l'ovaire est, sans contredit, ce qui mérite au plus haut degré l'intérêt et l'étude des praticiens, puisque c'est là une affection , par malheur, assez fréquente , et qui, indépendamment d'une fâcheuse et déplorable intumescence de l'abdomen , ne laisse pas que d'entraîner aussi certains inconvéniens pour la santé, voire même, parfois, de véritables dangers. C'est à la Pathologie chirurgicale que nous avons réservé la tâche de décrire en détail cette hydropisie-là , d'en discuter et d'en régler le traitement, dans l'histoire duquel figurent certaines opérations , les unes raisonnables et vraiment salutaires, les autres téméraires à l'excès. C'est aussi à la Pathologie chirurgicale que ressortissent naturellement toutes les hydropisies enkystées sous-cutanées; déjà, en ce genre, M. Nélaton a complètement instruit nos lecteurs sur ce qui regarde l'hygroma des bourses séreuses accidentelles [Path. chir., t. I, chap. xiii) ; dans la suite de son œuvre , et au fur et à mesure que le voudra le plan qu'il s'est tracé , il doit encore envisager avec toute l'attention nécessaire quelques autres cas d'une certaine importance, comme, par exemple, l'hydropisie enkystée du cordon spermatique ou hydrocèle enkystée, etc.' Quant à la part qui reste au domaine de la pathologie médicale , certes I elle ne laisse pas que d'être encore assez large. Elle se compose de tous Iles kystes séreux qui se forment dans les profondeurs de l'économie : animale , ne font point saillie à l'extérieur, se tiennent cachés au-dedans (des viscères , et sont inaccessibles à l'intervention de la chirurgie. Il y a là, par exemple, les kystes de l'encéphale ; il y a ceux du foie; il y à ceux du rein , si complètement étudiés en ces derniers temps par m. Rayer {Traité des malad. des reins, t. III, p. 507-37) ; il y a ceux qui prennent naissance dans l'épaisseur même du corps de l'utérus etc Mais, tout bien considéré, il ne me paraît pas du tout à propos de'conl sidérer analytiquement , dans chacun des viscères les plus importans du corps humain, le développement et les effets de ces kystes séreux -1 tantôt trop petits pour être autre chose qu'un vice anatomique parfaite uent latent, parfaitement innocent, - tantôt assez volumineux pour iîmener des accidens plus ou moins graves, mais qui n'ont absolumcni
rien de palliognomoniqiie , et auxquels, après tout, nous ne saurions opposer qu'une médecine symptomatique {MU. E.). Ainsi, par exemple, les kystes séreux de l'encéphale ne sont généralement pas autre chose que le vestige de l'heureuse guérison d'une hémorragie intrà-encéphalique , voilà tout. Si tant est que , parfois, l'encéphale devienne le siège d'un kyste séreux qui se dâveloppe et se remplisse de plus en plus, de manière à produire des accidens de compression , la physionomie morbide d'un tel cas n'a rien , en vérité , absolument rien , qui la différencie de l'hydrocéphale proprement dite. (Voir plus bas, art. VII.) Bref, en définitive , je me tiendrai parfaitement quitte envers mes lecteurs de tout ce qui était véritablement important à dire ici sur le compte des hydropisies enkystées, lorsque, aux considérations qui précèdent, j'aurai encore ajouté les aphorismes symptomatologiques par lesquels je vais clore ce paragraphe , et que je renfermerai strictement dans les hauteurs d'un point de vue général.
895. Aphorismes symptovmtologiques. — A. Une hydropisie enkystée, reconnaissons-le bien avant tout , est un mal essentiellement local , — un mal , veux-je dire, qui n'a de gravité et de péril qu'en vertu et en proportion de l'importance des désordres locaux, et qui n'est aucunement propre, ni à exciter une perturbation fébrile par pure sympathie , ni à imprégner sourdement le sang d'une sorte de levain cachectique , ni , en un mot, à produire tout d'un coup un dérangement général de l'économie tout entière.
B. Il est bien facile de comprendre à quoi peuvent tenir la gravité et l'intensité des symptômes locaux d'une hydropisie enkystée, el , par suite , les symptômes généraux qui doivent en dériver. C'est à savoir : 1° à l'importance physiologique de l'organe affecté; 2" aux dimensions du kyste.
(]. >lême dans un viscère des plus essentiels à la vie, le kyste séreux qui n'a que très peu de .volume reste complètement inoffensif.
D. Dès que le kyste acquiert des dimensions trop considérables , il devient dès lors incommode , et souvent il constitue une maladie cruelle, dangereuse, voire même inévitablement mortelle. Tantôt, eu effet, situé dans un organe important, dont, par ses envahissemens progressifs, il comprime et atrophie la substance, il entrave, pervertit ou aimule les fonctions de cet organe. Tantôt, quoique ayant pris naissance dans une partie dont l'intégrité n'est pas du tout requise pour le maintien de la vie el d'une bonne santé, il nuit en gênant, par l'énormité de son volume , les organes circonvoisins.
HyDKOPISJKS.
AILTICI.X: II.
ANASARQUE. (883. A.)
{Amisarca, de la latinité médicale moderne. — 'i'Spiù'\> àvà aapxa, de Galien : — comme qui dirait une hydiopysie dans les chairs.)
896. Bibliogaphie. — Voir ci-dessus, n" 877, les reiiseignemeus bibliographiques que j'ai donnés pour l'étude générale des hydropisies. En outre, je crois à propos de recommander les travaux spéciaux qui suivent.
WiLLis. — {Pharinaceutice rationalis.) Sect. II, cap. v. De annsarca.
MORGAGNI. — [Desed. et caus. morb.) Kpist. XXXVIII, art. 26-7, (Anatomie de i'anasarque.)
Petit (Marc-Antoine). — {Discours sur les maladies principales oLsei^vées dans l'Hôtel-Dieu de Lyon. Dans Essai sur la médecine du cceur. Lyon, 1806, in-8".) Pag. 313 : là, le célèbre chirurgien atteste avoir vu , chez deux malades , la leucophleginatie guérii-, comme par enchantement , à la suite d'une salivation spontanée : « Ce qui semble justifier, dit-il, l'emploi que quelques praticiens » font des remèdes mercuriels. » — (889. B. e.)
BouiLLAUD. — {Dict. de médecine et de chirurgie pratiques, — t. II, p. 320-30.) — Art. Anasarque.
Dance. — (Dans le Mépert., — t. II, p. 507-518.) — Art. Anasat^que.
Delaberge et Monneret. — {Compendium, — 1. 1, p. 85-118.) — Art. Anasai^que,
RiLLiET et Barthez. — (7?-. cl. et prat. des mal. desenf.)!!" classe, chap. VI, Anasarque. — (T. I, p. 816-4^.)
Castelnau. Observations et remarques sur I'anasarque non accompagnée d'altérations appréciables clans les solides. ( Dans les Ar- ■ ckives, îu'm 18^4. )
897. Synonymie.— A. Dans la pure et antique latinité : Aqua inter cutem, — ou bien, par combinaison des deux derniers mois en un seul adjectif, Aqua inter eus.
B. Hyposarca ou Hyposarcha, d'Avicenne, ou plutôt de sa barbare traduction, loc. cit. (877).
C. Chez quelques auteurs : Leucophlegmatie (Aruxoc^X^yparca, ainsi dirent les Grecs, d'après une locution quelquefois employée dans les livres hippocratiques pour désigner la maladie en question : Atuxiv ^ûyua, mot à mot, phlegme blanc, ou pituite blanche, comme on Toudra).
^l70 PATHOLOGIE MÉDICALE.
898. Symptoymtologie. — (884). — A. Voici, d'abord, l'esquisse des symptômes locaux de i'anasarque. En général, la peau est pâle , souvent d'un blanc presque laiteux ; mais, sans parler même des cas dans lesquels cette membrane se montre décidément enflammée, comme, par exemple , lorsque V Erytlième lisse (316. lî.) vient à s'y développer en raison de la distension excessive qu'elle éprouve par les progrès de I'anasarque, il est bon de remarquer que, si I'anasarque survient d'une façon brusque et aiguë , et notamment chez les sujets pléthoriques , la peau revêt une teinte rosée plutôt qu'elle ne pâlit. Ce qui est le caractère paihognomonique de I'anasarque , c'est que l'habitude extérieure du corps, dans toute ou presque toute son étendue, présente un gonflement, d'ordinaire tout-à-fait indolent, et où la pression du doigt détermine sans effort , comme dans une sorte de pâle mollasse, un enfoncement plus ou moins lent à disparaître après que le doigt de l'observateur se sera retiré et aura cessé de comprimer la partie. Ajoutons encore , cependant, que, parfois , dans i'anasarque sthénique et très aiguë, ce gonflement du tissu cellulaire sous-cutané peut opposer au doigt une résistance , une dureté vraiment remarquable , mais qui , après tout, ne laisse pas que de céder, et de permettre la formation de ces empreintes passagères et réellement caractéristiques dont je viens de parler. Quoi qu'il en soit , I'anasarque , dans certains cas, prend un tel excès de développement, qu'elle fait complètement évanouir toutes les formes naturelles du corps, et qu'elle change la personne en une masse énorme et monstrueuse. Au reste , c'est surtout dans les endroits o\i le tissu cellulaire est le plus lâche qu'on voit journellement l'infiltration atteindre à des dimensions très considérables. Ainsi , par exemple , il n'est pas rare que l'œdème du scrotum atteigne le volume d'une tête d'enfant, de telle sorte que le pénis se trouve caché et comme englouti au sein de la masse infiltrée; et, parfois, en pareille circonstance, remarquons-le sur-le-champ, la tuméfaction du prépuce va jusqu'à rendre la miction extrêmement difficile. Ainsi , dans l'autre sexe , les grandes lèvres ne sont pas moins sujettes à se tuméfier d'une façon démesurée. Ainsi , encore, il se peut faire très aisément que les paupières, engorgées à l'excès par la sérosité, recouvrent tout-à-fail les yeux et les tiennent forcément clos, comme dans l'érysipèle facial. Autre remarque capitale : c'est que la sérosité , obéissant dans une certaine mesure à la loi universelle de la gravitation, s'accumule en plus grande quantitédans les parties déclives : par exemple, dans la région lombaire, chez les sujets alités. C'est pour cette même raison toute physique qu'elle est toujours moins abondante dans les membres thoraciques que dans les membres abdominaux , qui , assez communément, doublent ou même triplent de volume. Lorsquela peau se trouve distendue outre mesure par les accroissemens de l'infiltration
IIYDUOIMSIKS. kl\
îiubjacenle, on la voit, avec ou sans l'inleiveniion de \' JyrytIwDic /isxr, se touililler, se crevasser, pour donner issue par là à la sérosité. D'autres lois , sans aucune solution appréciable de continuité, elle laisse échapper chaque jour à travers ses pores une quantité abondante de sérosité, qui ne cesse pour ainsi dire pas d'en arroser la surface, et de mouiller visiblement tout ce qui est en contact avec les points par où s'opère une telle transsudation. Quelquefois, enfin, à l'occasion d'une des crevasses susdites, à l'occasion d'une plaie, d'une piqûre, ou de tout autre genre d'irritation, elle devient le siège, non plus d'un simple érythème, mais d'un véritable érysipèle, qui presque toujours tourne à la gangrène (318. L.), et qui , souvent ainsi , vient , h titre de complication ultime , causer ou du moins hâter la mort.
B. Quant aux symptômes généraux qui se trouvent avec l'anasarque, ils varient, comme de raison, suivant la condition pathogénique , suivant l'affection protopathique qui cause et entretient l'hydropisie B.). Ici, en effet, nous rencontrons les symptômes delà néphrite albumineuse aiguëou chronique (675. A. B.), là, ceux d'une hypertrophie du cœur (717) ; ailleurs , ceux d'une péricardite (603), etc.
G. Il importe de remarquer que l'invasion de l'anasarque a différentes manières de s'opérer. Il est très rare que l'anasarque s'établisse tout d'un coup, et, pour ainsi dire, d'un seul jet , — dans l'espace de vingtquatre heures , par exemple ; il n'est même pas ordinaire, non plus, de la voir naître de plusieurs côtés à la fois, de la voir naître, par exemple, aux mains, ou bien au visage, ou bien au scrotum , etc., précisément en même temps cp'elle se déclare dans le tissu cellulaire des extrémités inférieures. C'est dans les cas de nature aiguë qu'on observe , non pas toujours, mais quelquefois, cette simultanéité d'invasion de l'infiltration séreuse par tout le corps ou dans plusieurs régions à la fois : c'est, par exemple, lorsque l'anasarque est symptomatique d'une néphrite alburaineuse aiguë (675. B. «.), et notamment au déclin de la scarlatine ; c'est lorsqu'elle est symptomatique d'une péricardite intense (603. D.), d'une endocardite ou d'une aorto-endocardite (616-7), etc. Mais, en règle générale, surtout si l'anasarque se développe sous l'influence d'une affection chronique , on voit d'abord l'infiltration séreuse rester bornée, pendant un temps plus ou moins long , à une seule région , puis ne se propager que peu à peu à tout le reste du corps- D'ordinaire , cette infiltration débute par les pieds et les jambes ; il en est même toujours ainsi dans les maladies dues à un vice organique du cœur. Mais, dans la maladie de Bright, il n'est pas rare que la bouffissure œdémateuse du visage, et surtout des paupières, ou l'infiltration des mains, soient le premier phénomène d'anasarque qui se fasse apercevoir ; c'est particu lièrement le matin , et lorsque les malades sont encore au lit ou vien
nent d'en sortir, qu'un semblable phénomène , commençât-il à peine de poindre , peut frapper les yeux d'un observateur expérimenté.
D. Lorsque l'anasarque vient heureusement à se résoudre , la face et les pieds sont encore les parties qui restent les dernières engorgées.
899. Détails néa^oscopiques. — En incisant les parties infdtrées, on voit auKsilôi la sérosité en ruisseler plus ou moins abondamment, Le tissu cellulaire, raréfié, ayant ses interstices agrandis et tout pleins de sérosité qui se trouve ainsi retenue et emprisonnée dans une infinité de petites cellules , n'a plus ses apparences ordinaires, mais ressemble à une sorte de gelée molle et diflluente. C'estdans les couches sous-cutanées que l'infiltration se montre plus considérable. Quelquefois elle ne laisse pas que d'êire assez fortement prononcée entre les muscles, voire mêmedans les intervalles celluleux qui existent à l'intérieur de chaque muscle ; quelquefois , aussi , elle occupe le tissu cellulaire sous-muqueux et sousséreux. Si l'anasarque est très ancienne, les muscles se trouvent décolorés et comme macérés; la peau est amincie et demi-transparente.
900. Complications ordinaires de l'anasarque. — Sans parler des vices protopathiques dont l'anasarque est un effet , et avec lesquels elle se trouve coexister, nous devons signaler comme un accompagnement fréquent de la période avancée de cette infiltration du tissu cellulaire les hydropisiesdes grandes cavités séreuses, surtout l'ascite et l'hydrothorax. En un mot, répétons-le encore ici, très souvent l'anasarque, au lieu d'être toute seule, fait partie d'une hydropisie générale.
901. Ftinlogie. — (887.) — Les vices graves du cœur ou de ses annexes, d'une part (887. A. «,), et l'albuminurie , d'autre part (887. A. 6) : voilà les causes communes , les causes démontrées, les causes incontestables de l'anasarque.
l>lais est-ce à dire que l'anasarque soit toujours ainsi secondaire et symptoniatique ? Ya-t-il, au contraire, une anasarque idiopathique , telle que plusieurs auteurs l'ont admise, telle qu'Alibert, entre autres, l'a expressément posée dans sa Nosologie (famille VII , Leucoses, genr. VI, Anasarque, en deux espèces : esp. 1, A. idiopathique ; esp. 2, A. symptomatique) ? En un mot , se peut-il que le tissu cellulaire devienne, dans certaines circonstances, tout infiltré en vertu d'une irritation sécrétoire qui s'y développerait protopaihiquement ? Ou bien , en d'autres termes , se peut-il que l'infiltration séreuse de tout le corps soit quelquefois le premier et seul vice matériel , qui vienne à se produire ? Certes , pour répéter encore à cet égard ce que j'ai dit dans l'étiologie générale des hydropisies, je n'oserais nier absolument une semblable possibilité ; mais, après tout, je ne vois guère de raisons qui militent pour y faire croire. Et même, le dirai-je? — l'hypothèse de l'irritation sécrétoire me semble moins admissible par rapport à l'étendue tout entière ou presque
HÏOROI'ISIES. liVi
entière du système cellulaire que par rapport à quelqu'une des cavités séreuses, — moins admissible, encore un coup, pour l'explication de l'anasarque que pour celle de l'ascite, de l'hydrothorax , etc.
Ce qu'il est assurément permis de supposer avec bien plus de fondement , c'est que nous ayons encore à découvrir , en fait d'anasarque , d'autres causes organiques que celles qui ont été bien appréciées et bien constatées jusqu'à ce jour, d'autres conditions protopathiques que la gène de la circulation du sang au sein même du cœur, ou que le déficit de l'albumine dans la cràse de celte chair coulante. Voilà la thèse que, tout récemment, M. de Castelnau a essayé de soulever. Mais les faits qu'il apporte à l'appui sont loin d'être , à mon avis du moins , décisifs et parfaitement concluans.
Et d'abord, en effet, à l'égard de ces femmes grosses qu'il nous montre atteintes d'anasarque, encore bien qu'il les déclare, après examen nécroscopique , exemptes de vices organiques du cœur, serait-ce une idée par trop singulière , par trop dénuée de raison , que de soupçonner que, là encore, l'anasarque pourrait bien avoir été tout bonnement produite par une double entrave du jeu régulier de la circulation cardiaque ? Et voici comment :
1" La grossesse, évidemment , ne fait pas que gêner la circulation veineuse du bassin et des membres inférieurs, mais elle a aussi pour une de ses conséquences à peu près constantes , eu refoulant le diaphragme en haut et en rétrécissant ainsi le diamètre vertical de la cavité thoracique , de porter atteinte à la liberté des mouvemens du cœur ; cela est incontestable, quoiqu'elle soit incapable, assurément, de déterminer, à elle seule, le développement d'une anasarque tout aussi bien que celui d'un œdème des membres inférieurs. Eh bien, donc , ce que la grossesse ne peut faire toute seule , ce qu'elle ne fait pas dans la majorité , dans l'immense majorité des cas , elle doit parfois le faire étant aidée par le fâcheux concours de quelque vice matériel ou dynamique qui , agissant dans le même sens , mais trop faiblement encore pour suffire seul à la réalisation de l'effet en question, fournit alors, s'il est permis de parler ainsi , l'appoint nécessaire pour cette réalisation. Car, en vérité, je ne saurais trop le répéter , c'est se condamner, en matière d'étiologie, aune ignorance profonde , à un scepticisme déplorable, que de s'attacher, dans une série de faits , à la considération isolée et abstraite d'une cause unique, et de ne pas apprécier, pour chaque cas donné, l'ensemble des conditions qui s'entre-aident ou se contrebalacent dans la production de la maladie (93).
2° A Dieu ne plaise que nous ne croyions pas sur parole un observateur tel que M. de Castelnau , lorsqu'il nous affirme n'avoir pas trouvé, chez les femmes dont il s'agit , de vices organiques du cœur 1 mais , as-
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surc'dieni, celle dédaïaiion négative ne saurait s'enlendre que de vices organiques bien confirmés et parfaitement caractérisés. Or, supposons , par exemple, une hypercardiotropliie commençante, et qui, toute réelle qu'elle puisse être relativement au volume antérieur du cœur chez l'individu donné, et relativement, môme, à la perturbation plus ou moins sensible qu'elle aura déjà occasionnée dans le jeu de la circulation , est poui'tant trop peu prononcée pour se faire reconnaître infailliblement lors de l'autopsie, en l'absence d'un étalon précis, rigoureux, mathématique, qui manque et, je le crains fort, manquera toujours à la science pour l'appréciation des dimensions parfaitement normales du cœur au milieu des variétés voulues par l'âge , le tempérament et la constitution individuelle (716). L'existence d'un cas semblable échappe au regard de ranatomo-pathologisle le plus consommé. Ce qui sert , sinon 5 la prouver péremptoirement, du moins à la faire soupçonner à titre de probabilité, ce sont les symptômes, complètement examinés, miirement pesés, surtout eu égard aux antécédens de l'individu en tout ce qui concerne la circulation et la respiration. Eh bien , je dois le dire, c'est de ce côté que pèchent les observations de M. de Castelnau. Elles laissent beaucoup à désirer sous ce point de vue ; elles ne nous renseignent point sur l'état de santé antérieur à la grossesse. Ce n'est pas un reproche que je fais; c'est une lacune que je regrette, comme il nous arrive trop souvent, h tous tant que nous sommes, d'en laisser forcément de pareilles dans l'histoire de nos malades et surtout de nos malades d'hôpital. Puis, il y a encore un autre point où M. de Castelnau s'est trop haté de conclure à l'existence de quelque cause jusqu'à présent inconnue. C'est en ce qui concerne l'élal des urines. De ce que les urines n'étaient point albumineuses, il infère sans hésitation qu'il n'y a plus lieu d'accuser là un déficit d'albumine dans le sang. Une telle induction avait pourtant besoin d'être vérifiée par l'analyse même de ce liquide. Ne savons-nous pas, en effet , que M. Andral a constaté dans l'espèce ovine la coexistence d'urines normales et non albumineuses avec l'appauvrissement du sang en albumine (887. C. 6.)? Et pourquoi n'en serait-il pas quelquefois de même dans l'espèce humaine ? De tout cela , que conclure? Le voici. C'est que la possibilité du développement de l'anasarque , eu dehors de l'une ou de l'autre des conditions pathogéniques que j'ai rappelées en commençant , est une possibilité purement métaphysique et abstraite , une supposition vague et en l'air , à laquelle peut-être l'avenir donnera raison , mais qui n'a pour elle , jusqu'à ce jour du moins , aucun fait bien positif et bien tranchant.
902. Diagnostic. — (888. A.) - Rien de plus facile que de reconnaître l'anasarque , que de la distinguer , sur-le-champ et , pour amsi dire, à première vue, d'avec les autres intumescences de la totalité du
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corps, d'avec l'obésité ou d'avec l'emphysème, parles caractères difféioiitiels si évidens, si Aappnns, que j'ai tracés ailleurs (708. Art. Obésité), et sur lesquels je ne dois ni neveux revenir. Mais la difficulté consiste à déterminer quelle est l'affection prolopalhique qui a engendré 01 qui maintient l'anasarque à litre d'effet et de symptôme. Pour résoudre ce problème , il faut considérer par quelles parties du corps l'hydropisie a débuté , quelle marche elle a suivie, de quels troubles fonctionnels elle se montre accompagnée, et quelles sont les circonstances qui l'ont précédée. Ainsi, par exemple , l'anasarque lentement survenue, et qui a débuté par les pieds et les jambes, sans ascite prodromique , est, en règle ordinaire , l'effet d'une hypercardiotrophie , ou de toute autre affection organique et chronique du cœur. Celle qui naît et se développe de la même façon , mais consécutivement à la production d'une ascite , doit être imputée soit à une affection du foie , soit à la compression ou à l'oblitération du tronc de la veine porte : notons, de plus, qu'en pareil cas il existe souvent une dilatation considérable et parfois véritablement variqueuse des veines abdominales sous-cutanées. L'anasarque qui a commencé par l'œdème de la face ou les mains , ou bien, encore, par l'œdème simultané de plusieurs parties éloignées les unes des autres, comme les paupières, le bras ou la jambe , la paroi antérieure de la poitrine , etc. , appartient à la maladie de Bright (voir cidessus, chap. IV, art. XLiv, § ii), si ce n'est toujours et nécessairement, du moins dans la généralité des cas. Il en est de même de celle qui envahit presque d'emblée toute l'étendue du corps (675. B. a.). Si, dans ce dernier cas, les urines ne se montraient pas albumineuses , et que , partant, on n'eût plus le droit d'accuser une néphrite , on devrait alors soupçonner l'existence d'une péricardile, d'une endocardite, ou bien, peut-être encore , d'une aortite, et procéder minutieusement à l'investigation de tous les signes propres à confirmer ou à écarter un semblable soupçon,
903. Pronostic. — (888, B.) — Toujours grave, et même, presque toujours, extrêmement grave. Son degré de gravité, au surplus, est subordonné au diagnostic, qui révèle tantôt une maladie plus ou moins dangereuse , tantôt une maladie infailliblement mortelle. Des divers cas où l'anasarque se montre, combien peu y en a-t-il, effectivement, qui soient susceptibles d'une guérison radicale ! Cela ne se voit guère que dans ceux que nous avons décrits sous le titre de néphrite albumineuse aiguë (675. B. «.), et dans lesquels, par exemple, l'anasarque apparaît tout d'un coup, soit au milieu d'une bonne santé, par sinic d'un refroidissement , soit sur la fm de la scarlatine. Encore devons-nons bien nous ressouvenir que, même en pareille occurrence,
la guérison n'a pas iieu toujours, tant s'en faut, mais seulement chez une partie des malades.
90^1. Thérapeutique. — (889). — Rien de particulier à dire ici sur le compte de l'anasarque soit en ce qui concerne l'indication de combattre les affections protopathiques, soit en ce qui concerne l'emploi des remèdes- propres à amener la résorption de la sérosité; rien que je n'aie déjà dit et suffisamment indiqué dans les considérations générales.
Seulement , pour ce qui est d'ouvrir une issue directe à la sérosité quand la distension de la peau devient excessive, il me semble fort à propos que, indépendamment des petites incisions dont j'ai parlé et que j'ai recommandées d'après ma propre pratique , je fasse connaître à nos lecteurs un moyen peu usité, il est vrai, mais qui mériterait peut-être plus de faveur et plus d'emploi. Ce moyen, c'est de pratiquer, à travers la peau des parties les plus infiltrées , de simples piqûres avec une aiguille d'un assez gros calibre. Comme garans des services réels que peut rendre cette sorte d'acupuncture, nous avons , parmi nos contemporains , MM. Roche et Sanson , qui se louent d'y avoir eu quelquefois recours {Nouv. élém. de path.,t. II, p. 258), mais qui n'y ont accordé , pourtant, qu'une mention trop brève pour fixer sérieusement là-dessus l'attention des praticiens. Mais autrefois déjà le célèbre "Willis y avait insisté avec une prédilection toute particulière [loc.cit.); et je ne crois pas hors de propos de traduire ici le passage tout entier où il conseille et décrit l'emploi de la petite opération dont il s'agit. Voici donc ce passage :
« Reste encore un autre moyen (non inférieur aux précédens, quoiu que moins usité) pour évacuer les eaux infiltrées : c'est à savoir , par » V acupuncture ; laquelle aussi, pour ne pas amener un écoulement M brusque et excessif des eaux , doit être pratiquée avec la précaution » convenable et [)etit à petit. Prenez une aiguille ordinaire (de celles » dont les tailleurs se servent) ; et , sur l'endroit le plus œdémateux, » poussez-la par la pointe dans la peau, assez profondément, mais pas au » point que le sang vienne et coule : et faites ainsi en un iustant six ou sept » petits trous, à un pouce de distance les uns des autres; par chacun » de ces trous, l'eau s'échappera goutte à goutte, et sortira ainsi sans n interruption jusqu'à ce que, dans une certaine étendue autour des » piqûres, toute tuméfaction se soit évanouie : puis derechef, au bout » de douze, dix-huit ou vingt-quatre heures, pratiquez ce même mode n de ponction ailleurs, soit à la même jambe, soit à l'autre; et conti- -) nuez ensuite, une ou deux fois par jour, ici ou là, sur un seul » membre , ou bien sur deux ou davantage en même temps, ouvrez de u telles issues aux eaux infilirées. En elTet, de cette manière, mieux et
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» plus sûrenieiil que par louie auire manœuvre extérieure, riiydropisic » peut être épuisée; et si l'on en prévient, pendant ce temps-là , par le « moyen de remèdes internes, le nouveau développement, la maladie » sera plus facilement guérie. Enfin, dans un cas désespéré, on réussit » très bien , par cette méthode , à prolonge)- la vie , puisque , à raison » de l'écoulement continu des eaux par ces issues extérieures , l'inona dation intérieure où la vie s'engloutira est d'autant plus longtemps re- » tardée. Dernièrement un vieillard septuagénaire , qui avait tout le » corps envahi par l'hydropisie , a pu pendant plusieurs mois, gràco à » ce seul et unique remède, contre l'attente de tout le monde, rester » en vie et tenir la tête haute au-dessus des eaux (m vita perstitit, et " caput super agitas extidit).»
Quant à moi, je me propose désormais d'avoir recours à ce mode d'évacuation de la sérosité , et d'en apprécier par moi-même l'utilité.
ARTICI.1: III.
ASCITE. (883. c. )
( .^oxiTYi; : terme déjà usité chez les Grecs à l'époque où Celse écrivait. — Voyez-en l'étymologie ci-dessous, n" 906. A.)
905. Bibliogixtptiie. — Voir plus haut n° 877. — Signalons eu outre les auteurs que voici :
AviCENNE. — {Canon) lib. III, fen xiv, tractatusiv, c. 5, De caiisis propriis asclitis ; — c. 9, De signis asclitis; — c. 13, i>e curâ asditis.
DuvERNEY. Observations d'anatomie et de chirurgie sur plusieurs espèces d'Iiydropisie. (Dans les Mémoires de VAcad. roy. des sciences, année 1701, p. 149-59 de la 2" édition; année 1702 , p. 221-3, ibidem; — année 1703 , p. 150-62 ibid.). — Signalons notamment, parmi ces observations , quelques ascites qui lurent radicalement guéries à la suite d'une ou plusieurs ponctions.
— Pronostics que l'on peut faire touchant Vhydropisie après la ponction . (Op. cit., année 1703, p. 178-80.)
Morand. — (Dans Vffist. de VAcad. roy. des sciences, année 1721 , p. 29.) — Observation non moins intéressante qu'authentique, et que je vais transcrire presque entièrement : — c Un soldat suisse, » étant entré dans le mois de mars 1719, aux infirmeries des In- » valides pour une hydropisie ascite, mourut le 30 décembre » 1720, après que M. Morand lui eut fait cinquante-sept fois la • ponction, et lui eut tiré /i85 pintes d'eau, sans en compter 5 » qui sortirent par l'ouverture du cadavre. On Ijui faisait donc la a ponction toa<5 les onze ou douze jours , à prendre les nombres
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>. moyens, et ou lui tirait à chaque fois 8 pintes et demie d'eau. » On ne connaît point d'exemples de pareilles évacuations si sou- » vent et si longtemps répétées, et tout ensemble si abondantes.
» Dans le cadavre, toutes les parties du bas-ventre furent trou- ). vées en grand désordre... Le foie était squirrheux « (ce qui, devons-nous remarquer , ne voulait pas dire, dans la langue médicale d'alors , un foie cancéreux , mais seulement un foie induré , avec ou sans cirrhose d'ailleurs, caria cirrhose n'avait pas encore été distinguée).
MORGAGNI. — {De sed et caus. morb.) Epist. XXXVIII, art 2-21. — Là, et dans d'autres passages encore de la même lettre, l'illustre anatomiste nous rapporte diverses observations d'ascite, bien dignes assurément de fixer notre attention. SCARPA. Memoria suLla gravidanza susseguita da ascite. (Dans Memorie scientifiche e letterarie dell'ateneo di Treviso. Vol. I , Trévise, 1817, h\-k\ — Pag. 1-8.) — Traduit en français : 1" par Peschier , dans les Mélanges de chirurgie étrangère (t. I", Genève, 182^, in-8». -- Pag. 1-18); — 2° par M. Cabaret, tout dernière'ment, dans le Journ. des conn. médico-chir. (octobre 1844). — Les Met. de chir. étrang., contiennent, en outre, la traduction des observations, ci-dessous citées, du docteur Cruch , et deux appendices ou commentaires à l'appui du procédé de Scarpa, l'un par Peschier, l'autre par Maunoir {loc. cit., p. 19-51). Cruch. (Chirurgien de l'hôpital de Pavie.) Paracentesi delV addome seconda il metodo di Scaiya in due donne gravide ascitiche. (Dans Annaiiuniversali di Omodei, novembre eî décembre 1820.) Ollivier (d'Angers). Remarques siir l'opération de la paracentèse dans l'hydropisie ascite compliquant la grossesse. (Dans les Archives, octobre 1824.) Chauffard. Observations sur les bons effets du traitement antiphlogistique dans l' ascite fébrile. (Dans le Journal général de méd. , janvier 1826.)
BouiLLAUD. — (Dans le Dict. de méd. et de chir. prat., — t. IH ,
p. 524,-39). — Article Ascite, Bricheteau. De la compression , de son usage dans les\hydropisies ,
et particulièrement dans V ascite. (Dans les Archives, janvier 1832.) Delaberge et MONNERET. — Compm/mm , t. I", p. 342-74).—
Art. Ascite.
Dalmas. — (Dans le Réperl.,—X. IV, p. 196-209.)— Art. Ascite. RiLLiET et Barthez. — (7K clin, et prat. des mal, des enfms.)
ir classe, cbaj). iv, Ascite. — (t. P', p. 766-77.) PRESTAT. — (Dans le Journal de chirurgie de M. Malgaigne, août
inijuupisiiis. 'i79 1843.) Obsermtiun d'un cas d'ascite considérable survenue au neuvième 7nois delà grossesse. (Accouchement naturel à terme. — Prompte guérison de l'ascite après l'accouchement. )
906. Courtes 7'emai'ques sur Vétymologie du mot ascite , et sur la signification phés ou moins étendue que les divers auteurs ont prêtée à ce mot. — A. L'hydropisle ascite, ou, comme ou dit plus ordinairement, l'ascite, doit son nom au radical, Aoxô?, qui signifie une outre. C'est que, figurément, à l'aide de ce radical même, les Grecs désignaient fort bien l'inturaescence du ventre, quelle qu'elle fût; de sorte que, par exemple , cette expression leur servit souvent pour nommer d'une façon plaisante et railleuse les individus obèses, et surtout affligés d'une énorme bedaine. De plus, et pour répéter une juste remarque que Galien ne manque pas de faire dans son Commentaire sur les aphorismes d'Hippocrate (sect. IV, apbor. 11), l'ascite a tout-à-fait droit d'être ainsi appelée , « parce que le liquide est enfermé dans le péritoine comme » dans une outre. » oxi xaSaïrep ht àffxSi TivJ TU TreptTovfxi'w xaTcxxExXcfTat 10 ûypôv.
B. Consultons-nous les divers nosographes, nous ne les trouvons point d'accord, il faut le reconnaître, sur le plus ou moins de compréhension qu'ils assignent à l'idée d'ascite. Ainsi, par exemple, dans la Nosologie de Sauvages, qu'est-ce que le genre jdsaYes (class. X, Cachexiœ, gen. xii)? Là, ce genre est défini une intumescence du ventre avec pesanteur et fluctuation {Gravis et (luctuosa abdominis intumescent ia), et ne comprendpas moins de vingt-huit espèces. Et, parmi ces vingt-huit espèces, nous voyons non seulement l'ascite proprement dite (Sp. 1, Ascites vulrjatior; — Sp. 2, A. ab oppilatione; — Sp. 3, A. abhepate, etc., etc.), et l'hydropisie enkystée de l'ovaire (Sp,. 19, A. ovarii) , mais encore l'hydromètre (Sp. 15, A. uterinus), l'œdème des parois abdominales (Sp. iU, A. intcrcus), et même les épanchemens de sang, de pus, ou d'urine dans le péritoine (Sp. 20, A. cruentus; — Sp. 21 , A.puridentus; — Sp. 22, A. urinosus), etc., etc. Rien de plus blâmable, assurément, qu'une pareille confusion. Dans notre siècle même, Alibert, ainsi que Pinel et bien d'autres, rangeaient encore au nombre des ascites les hydropisios enkystées qui peuvent se développer dans la cavité de l'abdomen et simuler jusqu'à un certain point l'hydropisie même du péritoine (A'oso/. natur., fam. yiï , Leucoses , genr. v, en trois espèces, savoir: esp. 1", Ascite idiopo^hique ; esp. 2, A. symptomatique ; esp. 3, A. enkystée). Quant à nous, on l'a vu, nous croyons que, dans un système nosographiquc bien ordonné, l'hydropisie enkystée de l'ovaire ne doit pas demeurer confondue avec l'ascite, mais former un genre dis-
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liiict, et, qui plus esi, revcuirà une autre tribu de la famille deshydropisies.
907. Sjjnonymie. — A. Asdites, d'Avicenne, ou plutôt de son traducteur, ainsi que de Paracelse et de quelques autres écrivains du moyen-âge et de la renaissance. Terme corrompu et barbare, que j'ai peut-être tort de mentionner ici, et dont le souvenir n'importe guère (ju'à une vaine et stérile érudition.
B. Hydro-abdomen, Hydro-péritoine et Hydro-péritonie, chez divers auteurs : néologiquement, il faut le dire, mais conformément aux principes d'une nomenclature régulière (880).
C. Hydro-péritonite : pour les cas dans lesquels la péritonite est la cause de l'ascite.
908. Sympfrmafologie. — (88i). — A. Abstraction faite, comme do raison, des divers symptômes, qui, encore bien que fort ordinaires en casd'ascite, ne dérivent pas de l'ascite elle-même, mais des affections protopalhiques qui la causent, traçons seulement un tableau succinct de ceux qui sont l'effet de cette bydropisie, qui lui appartiennent en propre, qui la caractérisent. On doit bien pressentir, en effet, que la sérohiié ne peut s'accumuler de plus en plus au-dedans de la cavité péritonéale sans imprimer à l'abdomen certains changemens physiques, certains changemens de forme, de volume, etc., et sans refouler et comprimer divers organes dont les fonctions éprouveront, en conséquence, une perturbation plus ou moins considérable (88^i. A). Et c'est ce que démontre l'expérience. La tuméfaction de l'abdomen se fait d'abord remarquer à l'hypogastre, et surtout lorsque la personne est debout; puis, elle va augmentant jusqu'au plus haut degré possible de tension des parois abdominales. Si vous explorez alors l'abdomen en appuyant une main sur l'un des flancs, et en frappant de l'autre main sur l'autre côté, la main appuyée éprouve une répulsion, due au flot du liquide. {Path. cidr., t. I", p. 76.) Les circonvolutions intestinales, vu la légèreté spécifique qu'elles doivent aux gaz qui y sont contenus , surnagent le li- (juide, et, toutes réunies dans la région sus-ombilicale, font que cette région-là, toute saillante et bombée qu'elle est, présente encore une rénilence élastique à la pression, et une sonorité tympanique à la percussion. Si parfois le tlot du liquide et le son mat se retrouvent là tout aussi bien qu'au-dessous de l'ombilic, qui, d'ordinaire, est la limite de ces deux phénomènes, c'est alors un cas exceptionnel; c'est qu'alors l'ascite est le résultat d'une péritonite où se sont produites des adhérences contre nature qui maintiennent les intestins grêles vers la colonne vertébrale, et les empêchent de flotter en liberté. Quoi qu'il en soit, le ventre a, dans son intumescence, l'aspect d'un ovale régulier. Est il
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besoin de dire que la peau qui la revêt peut s'érailler çà et là par l'excès de la distension, comme dans la grossesse? La compression que les progrès de l'épanchemcnt font éprouver h l'estomac, au duodénum et aux autres parties de l'intestin, peut assurément, à elle seule, indépendamment de toute autre circonstance, amener la dyspnée, voire même le vomissement des alim.ens et des boissons. Biais ce qui est encore plus particulièrement lié au fait même de l'épanchement, c'est la dyspnée que détermine le refoulement du diaphragme en raccourcissant le diamètre vertical de la cavité thoracique. Celte dyspnée augmente dans le décubitus, et après l'ingestion des alimens et même des boissons. De là, des lassitudes à l'occasion d'un exercice quelconque du corps. De là , sans aucun doute, une hématose^insuffisante ; partant, l'amaigrissement progressif et la fièvre heclique. Quelquefois, même sans concomitance d'hydrothorax ou d'hydropéricarde, la dyspnée s'exaspère jusqu'à l'orihopnée, avec des quintes de toux sèche, et quelques crachats sanguinolens ; toutes choses qui peuvent fort bien n'avoir pas d'autre raison d'existence que la compression des poumons. Généralement, ou , pour parler d'une façon plus catégorique , sauf certaines complications que je crois inutile de spécifier, l'ascite se montre accompagnée d'une constipation opiniâtre, de borborygmes, et d'une sorte de pneumatose intestinale, le gros intestin ne pouvant plus, amaigri et comprimé comme il l'est , accomplir avec une énergie suffisante son mouvement péristaltique.
B. Les développemens de l'ascite peuvent s'opérer avec plus ou moins de rapidité, atteindre plus ou moins vite leur dernier terme, et, comme on pourrait dire, leur apogée. En un mot, l'ascite peut avoir une marche aiguë ou chronique. Sa durée est tantôt de quelques septénaires, tantôt de plusieurs années.