‹ Élémens de pathologie médicaleChapitre 43 sur 63 · Pronostic. — Peu grave, en général · texte numérisé non relu

Pronostic. — Peu grave, en général

Sur les vingt-neuf cas rassemblés par M. ïanquerel des Planches, huit ont guéri naturellement sans l'intervention d'une médecine active; vingt ont guéri sous l'influence de certains médicamens, qui paraissent avoir eu réellement une part dans la guérison ; neuf sont restés rebelles à l'art et ont continué opiniâtrément.

Il est assurément très rare qu'une simple sialorrhée puisse entraîner un véritable danger. Toutefois, si elle va jusqu'à causer, par son abondance, un affaibhssement notable de l'économie , elle devient alors un mal grave : non pas qu'elle soit jamais mortelle par elle-même , mais parce qu'elle rend le corps tout à la fois plus accessible aux atteintes des autres maladies, et moins apte à y résister.

Bien plus , — ai-je besoin de le redire ? — la sialorrhée peut être quelquefois saluée comme un événement d'heureux augure. C'est lorsqu'elle survient dans des circonstances qui permettent de la considérer comme un phénomène critique (54. F. G.); c'est lorsqu'elle coïncide avec un certain amendement d'une affection sérieuse, opiniâtre, et déjà en quelque sorte invétérée.

976. Thérapeutique. — Les collutoires astringens, indiqués par la théorie (968), ne répondraient pas dans la pratique, si l'on en jucxe d'après les recherches de U. Tanquerel des Planches, aux espérances qu'il est pourtant bien rationnel de fonder sur eux.

.Alais la théorie ne s'est pas trouvée en défaut sur le compte des purgatifs. Les médicamens de ce genre, et notamment les eaux de Scdlitz, ont eu quelquefois les succès qu'elle prévoyait (968).

^^'-i PATHOLOGIE MÉDICALE.

Après les purgatifs , proclamons , toujours sur la foi du relevé de M. Tanqucrcl des Planches , les médicamens qui suivent , comme étant ceux par lesquels la sialorrhéc a paru être, dans certains cas aussi, très efficacement réprimée :

1° L'opium à haute dose;

2° Les eaux de Vichy ;

'6" Les préparations ferrugineuses ;

W Le charbon pulvérisé, moyen assez bizarre, mais qui a réussi entre les mains de M. Rayer;

5° La cannelle, administrée comme masticatoire (voyez l'observation racontée par Souquel , dans le Journal de médecine de Vandermonde, t. XXII, pag. ÙO) ;

6° Le mercurialisme lui-même poussé jusqu'à production de la stomatite.

Si les ferrugineux ont réussi quelquefois à guérir la sialorrhée, c'est, sans aucun doute, en corrigeant l'état général de l'économie; c'est en combattant et en atténuant une disposition chlorotique et névropathique, qui n'était point étrangère à la production et à la prolongation du flux. Par contre, évidemment, dans le cas où la sialorrhée se montrerait liée à la pléthore, il faudrait combattre celle-ci par la saignée et autres moyens appropriés. Car, encore un coup, pour la vingtième , pour la centième fois , songcz-y bien , jeunes praticiens, et né perdez jamais de vue cette grande règle de la thérapeutique , le traitement de i'affeciion locale doit presque toujours être subordonné à la considération de l'état général; c'est un malade, plutôt qu'une maladie, que nous avons à modifier.

Ainsi donc, étant donné un cas de sialorrhée, tâchons, avant tout, d'en découvrir, si nous pouvons, la cause, afin de combattre le mal avec le plus d'avantage possible, afin de l'attaquer, pour ainsi dire, dans sa racine. Mais, hélas! il faut l'avouer, la cause, fût-elle toujours bien connue , ce n'est pas à dire que nous pourrons par cela même tarir aisément le flux salivaire. Voyez , par exemple , la sialorrhée sympathique de la grossesse : combien peu se laisse-t-elle maîtriser par les efforts de l'art!

ARTICI.E m.

GAsrnonnnÉE.

(Auteurs contemporains. — De racnr/îp, gén. r«TTpoî, et de 'P»'».— Voir ci-dessus,

article II.)

977. Bibliographie. — Sauvages. — {NosqL method.). Class. IX, gen. XIII, sp. 26, Vomitus pituitosm-

nux. jjj Chomel. — (Dans le Dict. de méd., en 21 vol., — t. X, art. Gastrite.) — Pag. 97-8 {Description du catarrhe chronique de l'estomac) ptig. 106-7 (Traitement.) RocHii:. — ( Dans le Biat. de méd. et de chîr. prat. , — t. IX , pag. 130-2.) — Arlicle Gasti^orrhée.

978. Définition. — Sous le nom de Gastrorrhée, nous désignerons un flux (951) dont la source est dans l'estomac, — en d'autres termes, uneaffeclion consistant essentiellement en une supersécrétion qu'opère la muqueuse gastrique , et se caractérisant au dehors par le vomissement ou la régurgitation du liquide qui est le produit de celte supersécrétion.

iMieux vaut que nous réservions ainsi le terme de gastrorrhée pour dénommer précisément un genre nosographique bien digne d'être reconnu et mis à part. Interdisons-nous d'appeler de ce nom, à moins que ce ne soit dans le but de donner le change à l'imagination des malades, les cas dans lesquels des vomissemens ou des régurgitations analogues sont le symptôme d'une gastrite ou d'un cancer. Et puis, dussé-je accorder qu'il y a peu d'inconvénient, après tout, à parler de gastrorrhées symptomaliques en pareille occurrence , toujours est-il que je n'ai plus à revenir sur ces cas-là ; je ne dois envisager ici que la gastrorrhée essentielle et idiopathique , telle que je viens de la poser et de la définir comme genre de la famille des flux , comme maladie véritablement h part.

Supposez qu'à l'intérieur de l'estomac il s'opère une supersécrétion de suc gastrique ou de glaires; mais que les produits de la supersécrétion, au heu d'être rejeléspar le mécanisme anlipéristaltique du vomissement ou de la régurgitation, soient naturellement expulsés à travers le pylore, et s'en aillent cheminant le long de l'intestin, pour être enfin évacués, avec les résidus du chyme, sous forme de selles louables ou diarrhéiques. Là encore, assurément, pour les yeux de l'esprit, la gastrorrhée exihte. Mais un tel cas, que la théorie prévoit, jamais la pratique ne nous le réalise visiblement. La gastrorrhée, sans les phénomènes de vomissement et de régurgitation qui en sont la révélation extérieure, est vérK tablement comme si elle n'était pas.

Assurément, encore, la gastrorrhée peut être aîguC ou chronique. Pour ma part, du moins, je ne fais aucune objection, en théorie, contre la possibilité de la première de ces deux formes. I\lais sous celte formi^-là, reconnaissons-le franchement, la gastrorrhée touche de bien près à la gastrite, dont il me semble impossible de la distinguer sur le malade même, et autrement qu'en théorie, sauf peut-être un seul cas, celui dans lequel elle se montre suraiguë, presque toujours de compagni'e avec

556 PATHOLOGIE MÈDÏCAI.E.

une cntérorrhée, et qui va être décrit ci-après comme un genre à part , sous le nom de choléra (art. V). Je me bornerai donc, dans le présent article , à tracer en particulier une courte histoire de la gastrorrhée chronique.

979. Aperçu sommaire de la gastrorrhée chronique en particulier. — A. Le type le plus frappant, le mieux dessiné, le plus incontestable de la gastrorrhée se trouve chez certains individus, la plupart déjà vieux ou dans l'âge de la virilité décroissante, qui n'ont pas d'autre incommodité, du moins de la part de l'estomac, que de rejeter quotidiennement, par régurgitation ou- bien , mais c'est plus rare, par vomissement, une plus ou moins grande quantité d'un mucus glaireux, demi-transparent et insipide. D'ordinaire, c'est le matin à jeun que cette évacuation s'opère. Les uns rendent ainsi 50 à 60 grammes de glaires par jour ; les autres, davantage, ^jOO ou 500 grammes, par exemple. Ces individus , une fois cette évacuation accomplie après quelques maux de cœur, et, d'ordinaire aussi, avec accompagnement d'une sialorrhée sympathique , ne souffrent aucunement de l'estomac , ont un appétit excellent, mangent beaucoup, digèrent assez bien , et peuvent vivre fort longtemps , malgré une telle infirmité. En un mot, ils n'ont , évidemment, ni gastrite ni cancer de l'estomac ; ils n'ont rien autre chose qu'un flux catarrhal de ce viscère, une gastrorrhée glaireuse. Le plus communément, je le répète, c'est le matin que l'estomac se débarrasse des glaires qui s'y sont produites et accumulées pendant un laps de vingt-quatre heures. Mais, chez quelques individus, le même phénomène se renouvelle deux à trois fois par jour, même plus souvent encore. Il en est chez lesquels la production et la régurgitation des glaires stomacales ont lieu surtout après le repas et pendant le travail même de la digestion; et, chose remarquable, il est assez ordinaire que ces glaires soient seules renvoyées, seules entraînées par le mouvement antipéristaltique, sans amener avec elles aucune parcelle de matière alimentaire et chymeuse.

B. En d'autres cas, la gastrorrhée ne consiste pas dans la supersécrétion des glaires qui ne peuvent être évidemment que le produit d'une membrane muqueuse ; mais elle ne fournit qu'une sorte de pituite légèrement niante, tout à-fait analogue à la salive, et qui, par conséquent, peut fort bien passer pour être le résultat d'une augmentation extraordinaire delà sécrétion pancréatique. (639. B. — 6/il. — 859.)

C Chez bien des gens, la gastrorrhée, soit glaireuse, soit pituiteuse , au lieu de constituer, ce qui est le cas le plus simple, et généralement le moins incommode, un flux alcalin ou neutre, a pour caractère d'être acide constamment ou de temps à autre. Presque toujours, en pareille circonstance, la digestion est plus ou moins pénible ; et il n'est pas rare

FLtx, 557 non plus de reiiconlier alors ce symptôme douloureux particulièrement connu sous le nom de fer chaud. [k5h. D. <?.)

D. Si un flux abondant et habituel de glaires stomacales entièrement dépourvues d'àcreté est, dans bien des cas, compatible avecla conservation d'une santé d'ailleurs assez bonne, et avec le légitime espoir d'une longue vie (A) , ce n'est pas à dire pour cela que d'autres fois une semblable gastrorrhée ne puisse s'accompagner d'inappétence, de bradypcpsie, de dyspepsie, voire même d'amaigrissement et d'un état de langueur.

E. Quelquefois aussi, avec la gastrorrhée^ existe en même temps la gastralgie, notamment chez les sujets névropathiques et hypocondriaques.

F. La gastrorrhée chronique décidément établie devient d'ordinaire une infirmité incurable, d'autant que les personnes qui en sont atteintes n'ont presque jamais le courage de s'astreindre avec une longue persévérance au régime et au traitement qui leur sont prescrits. Cependant , sans nul doute, cette affection est susceptible de guérison. Pour ma part, je l'ai vue céder et disparaître sans retour, il y a de cela plusieurs années déjà, chez un de mes cliens, vieillard goutteux qui depuis longtemps la présentait sous une forme extrêmement prononcée.

G. En ce qui touche à l'étiologie de la gastrorrhée chronique, il est évident, premièrement , que ce flux, comme tout autre flux catarrhal , peut être la suite et la transformation d'une véritable inflammation ; qu'il peut, en un mot, procéder d'une gastrite. Mais ce n'est pourtant pas là ce qui paraît arriver le plus ordinairement. En général , la gastrorrhée s'établit sans être précédée de symptômes qui puissent être réputés pour ceux d'une gastrite; et, comme je l'ai déjà dit en commençant, c'est presque toujours chez des personnes âgées. Les excès de table, l'abus des boissons alcooliques, la dialhèse goutteuse, voilà, en outre , les conditions auxquelles le développement de la gastrorrhée se montre le plus fréquemment lié chez ces personnes-là. Sous l'influence de stimulations journellement répétées , mais point assez fortes, cependant, pour produire l'inflammation d'un estomac peu irritable, tout se borne à des phénomènes de supersécréiion qui , après avoir été provoqués tant et tant de fois, finissent par devenir une habitude de la muqueuse gastrique, par constituer une sorte de fonction excrémentitielle qui désormais ne laisse pas que d'être , jusqu'à un certain point, nécessaire à l'équilibre général de l'économie.

II. Quant au diagnostic , force est bien de nous écrier ici , comme à l'endroit de la gastrite: Qu'il est difïicilc au praticien de reconnaître la véritable nature des diverses maladies de l'estomac (/i52. B.)! Pour

quelques cas bien tranchés que nous avons pu poser comme l'archétype de la gastrorrhée (A), combien de cas équivoques, ambigus, obscurs ! Ne rêvons pas gastrite et cancer toutes les fois que nous nous trouverons en présence d'une gastrorrhée. Mais pourtant il importe de se rappeler que la supersécrélion muqueuse est un phénomène qui peut tenir à une gastrite chronique (i!i5Zi. D. S.), et, par conséquent, aussi, à un cancer de l'estomac. Pour procéder par exclusion au diagnostic de la gastrorrhée , ayons donc toujours présentes à l'esprit les remarques et lesrcdexions que nous avons faites concernant le diagnostic de l'une et l'autre de ces deux maladies-là, (^156. — et 8'j3.)

I. Si, chez un individu donné, nous sommes en droit de croire, tout bien considéré, à l'existence d'une simple gastrorrhée, il résulte de tout ce qui précède que le pronostic ne doit rien avoir de sinistre.

J. Médicamcntalion alcaline (132.D. Ç) par le bi-carbonate sodique, par les eaux de Vichy naturelles ou arlificielles, en cas de gastrorrhée acide. Le cachou, l'absinthe, l'aloës , la rhubarbe et autres médicamens amers réussissent assez souvent h diminuer la supersécrélion glaireuse de l'estomac, et à faciliter la digestion devenue plus ou moins lente et pénible par suite de cette supersécrélion même. Un vomitif, et surtout l'ipécacuanha, convient de temps à autre, quand l'eslomac ne se délivre pas facilement des glaires qui le surchargent. Purgatifs dans le même but, et aussi dans le but d'entretenir la liberté du ventre, et de constituer, au besoin, un flux supplémeniaire. Régler sévèrement le choix et la mesure des alimens et des boissons, suivant les conditions que l'expérience aura montré être les moins propres à exciter, chez le malade donné, la supersécrélion gastrique, les mieux en harmonie avec ridiosyncrasie de ce malade : ce qui bien souvent, il faut l'avouer, exige beaucoup de tâtonnemens préalables.

M. Roche dit avoir obtenu un succès très prompt en employant à la fois l'extrait gommeux d'opium à la dose d'un demi-grain h un grain , et la magnésie calcinée à la dose d'une cuillerée à bouche dans un demiverre d'eau sucrée tous les soirs , chez deux malades qui tous les matins, h leur réveil, vomissaient une quantité considérable d'un mucus limpide. C'est par les eaux de Vichy, l'aloës et un régime approprié que j'ai réussi à guérir la gastrorrhée du vieillard goutteux dont je parlais tout-à-l'heure (F). M. Chomel, dans l'article cité, proposait l'emploi des anti-calarrhaux (132. G. 7t.), goudron, térébenthine de Venise, baume de copahu, etc. ; il en appelait à l'expérience pour apprécier l'efficacité de ces médicamens dans le cas qui nous occupe. Le problème Cit encore à résoudre. La difficulté est de trouver une personne qui se soumette h l'emploi longtemps proloilgé de médicamens si nauséabonds,

FLUX. 559 si dégoùfans , si nntipnihiqiics à l'estoninc, dans l'espoir incertain de tarir un (lux qui, après lout, est peut-être une incommodilé moindre que celle d'une pareille médicamentation.

ARTICAE IV.

EKTÉRORiSnÉE.

(Auteurs contemporains. -De'^EvT^pov, intestin.- Voir ci-dessus, article II,)

980. Bibliographie. — Alibert. — {Nosologie naturelle, famille ir. Enic-roses.genr. ii, ^«/erorr/iee). — Voir pariiculièreincnt les espèces 1" {E.stercorale), W (F. séreuse), et 6= {F. laiteuse. — Diarrhée chez les nouvelles accouchées, notamment à titre de flux supplémentaire de la sécrétion lactée. Mais là, il faut l'avouer, la présence de l'entérite est bien souvent impossible à méconnaître.)

Roche. — (Dans le Dict. de méd. etdechir.prat. , t. Vf, p. 287-96).

— Article Diarrhée.

Dalmas. - (Dans le Répert., t. X , p. 269-78). - Art. Diarrhée. SocnuET. De l emyloi des stimulans dans certaines diarrhées aiguës.

(Dans h Revue médicale , novembre 184^.)

981. Bref aperçu. ^ Nous adoptons le nom d'entérorrhéeetle réservous exclusivement pour désigner, dans notre famille des flux (961) un genre dû à la supersécrétiou de la muqueuse intestinale, - en d'aulres termes, une affection ayant pour phénomène essentiel et fondamental cette supersécrétion, qui là se produit seule et par clle-mCnie , ou pour mieux d,re. sans entérite. Au surplus, c'est là un cas à peu près unanimement reconnu par les auteurs, sous diverses dénominations plus ou moms exactes, plus ou moins propres à en donner une juste idée - Diar-

M Gnsolle(7'r et prat. de path., t. 1-, p. m), contraire-

ment a 1 usage de bien des auteurs , et notamment de Fine qui enten-

j'pior;; ^rr"'/^^ ~ " ^-^^ «^^-tér'oLée. l ... ri..,! y ^jf. ae rnea.pjrat., t. V, pag. 292), etc., etc.

En rc CCS deux mots, entérorrhée et diatrhée, consacrons formelleme , n même d.sunc.ion qu'entre ceux de sialorrhéc et de „t,I„ e la diarrhée , a,ns, c,„e le ptyalisme , est nn symptôme (46 p „ « es causes ,nler,cures dece symptôme ne sont pas moins variées ône 1 diverses formes sons lest,uelles il se manifeste. L'entérorrliée comme «a lorrliee est an point de vue de la nosographie organiq X m la ite part.cnitére et bien distincte; et cette maladie' à „'e pe" ,và ,■

Mais, il faut l'avouer franchemeut, combien de doutes, combien d'obscurités , combien de lacunes l'histoire de l'entérorrhée ne présente-telle pas, dans l'état actuel de la science ! Voilà pourquoi nous n'essaierons même pas à tracer un tableau complet et régulier de cette maladie. Force nous est bien de nous borner à quelques vues tronquées et très imparfaites.

Assurément, par la théorie seule, en nous appuyant sur les données physiologiques et sur l'analogie (car il y a des membranes muqueuses dont nos yeux peuvent voir la supersécrétion se faire idiopathiquemenl et sans inflammation), nous serions conduits à proclamer, à priori, la réalité de l'entérorrhée. Mais; en outre, la pratique nous présente des cas où il n'est guère permis de méconnaître ce flux.* Tels sont les cas qui suivent :

1° Sous le coup d'une vive frayeur, ou d'un cruel chagrin subitement causé par une funeste nouvelle, aussitôt se déclare une diarrhée d'abord stercorale, puis séreuse, qui cesse au bout de quelques heures. Évidemment, voilà une entérorrhée. Une inflammation ni ne peut naître ni ne disparaît aussi vite. Et, qu'y a-t-il, d'ailleurs, de bien surprenant à ce que l'intestin sue et pleure sous l'influence des émotions morales, comme il arrive tant de fois aux yeux de pleurer, comme il arrive à la peau , et surtout à celle des mains, de suer?

2° Un individu subit une brusque impression de froid, soit dans un état de moiteur , soit même dans le calme profond de la transpiration insensible : il quitte, par exemple, l'atmosphère chaude d'une salle à manger ou d'un salon pour s'exposer, insuffisamment vêtu, à l'action du grand air, à la fraîcheur perfide d'une soirée de printemps. A l'instant même, ou au bout de quelques minutes, survient une diarrhée plus ou moins abondante ; et en quelques heures , parfois même en quelques minutes aussi , tout est fini. Ce n'est certainement pas là la ma- , nière d'être d'une entérite. Il y a là une entérorrhée: voilà tout. C'est , un flux supplémentaire, une métastase de la transpiration répercutée | par le froid. C'est un cas tout-à-fait analogue à ce qu'on voit arriver si communément sous l'influence des lotions d'eau froide, qui, faites à un , moment même où la vessie vient de se vider, provoquent sur-le-champ , l'émission d'une certaine quantité d'urine complètement aqueuse. ^ 3° Autre fait moins fréquent que ceux qui précèdent, mais non ^ moins réel , non moins authenliqueraent acquis à la science, qui l'a en- ^ registré dans ses fastes sur le témoignage des observateurs les plus éminens: ce sont ces diarrhées séreuses, dites critiques , dont l'ap- ^ parilion subite et spontanée vient quelquefois mettre fin tout d'un coup à une ascile ou à quelque autre hydropisie. Il n'est vraiment pas permis, ^. surtout lorsqu'une semblable diarrhée, malgré son abondance et sa ,^

rapidité n'a pour cortège ni coliques ni fièvre, de voir là autre chose qu'une entéron héc, une évacuation raétastatique de la sérosité qui constituait riiydropisie.

li° Nous sommes bien près de penser que certaines diarrhées aiguës très abondantes, même avec coliques fort vives, sont tout simplement des cas d'entérorrhée. C'est lorsque les malades, d'abord jetés dans une asthénie soudaine par l'excès de leurs déperditions liquides, se rétablissent à merveille et tout-à-coup sous l'influence d'une médication stimulante, et se trouvent guéris presque aussitôt qu'ils cessent d'aller à la garde-robe. Telle n'est pas, encore un coup, la manière d'être d'une entérite qui serait assez étendue pour produire, s'il est permis déparier ainsi, une telle pluie de sérosité à l'intérieur de l'intestin. Quant à se rendre compte des coliques qui peuvent accompagner l'entérorrhée , rien de plus aisé que de les expliquer soit par l'hypérémie, soit par uii état nerveux de l'intestin.

50 Enfin , il me paraît évident que l'administration des purgatifs, la plupart du temps du moins, ne va pas jusqu'à produire une véritable entériie, mais une simple hypérémie terminée par supersécrétion (178. D. Ç) , en un mol, une cntérorrhée. Yoir, à cet égard, pour de plus amples dévcloppemens, ma thèse Des purgatifs (pag. 32-4).

Je ne viens de citer que des eniérorrhées aiguës. Est-ce à dire que nous méconnaissions la possibilité de l'entérorrhée chronique? Non pas certes. Mais il faut l'avouer franchement: quoique, dans la théorie et à un point de vue général, l'entérorrhée chronique doive être proclamée comme une espèce réelle, quoique l'analogie nous commande de cj oire et de professer que l'entérite chronique, par exemple, doit, comme toute autre phlegmasie muqueuse, dégénérer nombre de fois en un flux catarrhal ; néanmoins, dans la pratique, et en prenant chaque cas en particulier, nous n'avons jamais droit d'affirmer que, chez tel ou tel individu atteint d'une diarrhée séreuse ou glaireuse depuis un temps fort long, il n'y a qu'une entérorrhée simple et pas d'entérite.

Ainsi donc, en fait d'entérorrhée, nous voyons précisément le contraire de ce que nous avons vu en fait de gastrorrhée. Tandis que la ^as trorrhée chronique est la seule qui puisse quelquefois être diaanosti quée avec assurance, et que la gastrorrhée aiguë est infaillibîeraent méconnue, ce sont, au rebours de cela , les eniérorrhées aintës et non pas les chroniques, qui parfois se révèlent un peu distinctaneni à l'observation clinique. Et voici, je crois, la raison de cette différence C'est que, d'une part, la supersécrétion gastrique, dans un mode aieu' ne peut guère avoir de moyen terme entre les deux cas qui suivent ou bien elle sera trop peu de chose pour ne point passer inaperçue sans •vomissemensni vomituritions, en un mot, sans que l'estomac 'air besoin

de se débaiTusser autrement que par la voie du pylore, et qu'en accomplissant les mouvemens naturels de péristole ; ou bien elle se produira dans un haut degré d'intensité et avec une vive irritation, de ma nière à entraîner des vomissemens pénibles, et à présenter toutes les apparences d'une gastrite. Et, d'autre part, en présence même de ces diarrhées interminables qui se perpétuent sans compromettre gravement la santé, l'hypothèse d'une entérite chronique, d'une inflammation opiniâtrement fixée sur quelque portion de la longue étendue de l'intestin , est une hypothèse toujours plus admissible que ne le serait celle d'une gastrite chronique dans le cas où, malgré une évacuation quotidienne de glaires stomacales en grande abondance , la digestion et la santé générale se maintiennent en assez bon état.

Quoi qu'il en soit, et pour récapituler en peu de mots l'histoire de l'entérorrhée, voici donc les principaux- symptômes par lesquels une semblable affection peut se montrer caractérisée : — Selles liquides plus ou moins répétées , plus ou moins copieuses , formées par des glaires ou par une sorte de sérosité sale et fétide , ou bien seulement, dans les cas légers, par des matières stercorales très délayées ; quelquefois, des coUques assez vives , surtout lorsqu'on tarde d'obéir au besoin d'exonération ; asthénie plus ou moins rapide à se produire, plus ou moins considérable et profonde, selon la rapidité même des déperditions, selon leur abondance, selon leur longue et interminable réitération. Quant aux causes principales de l'entérorrhée, c'est, pour les cas aigus, l'impression du froid et de l'humidité, ce sont les alimens indigestes etirritaus, ce sont aussi les émotions morales très violentesj et, pour les cas chroniques, c'est l'entérite elle-même, se transformant à la longue, et dégénérant en une pure et simple habitude de supersécrétion.

Un mot de thérapeutique pour terminer. Dans le doute où nous pouvons être , où nous sommes le plus ordinairement , devant un malade donné , sur la question de savoir si c'est à une simple entérorrhée , ou bien à une entérite que nous avons affaire, il faut bien, en vérité i que nous prenions surtout pour boussole du traitement les indications fournies par les symptômes prédominans (114. E.), et par l'état des forces {i\U. C). Y a-t-il pléthore, et surtout avec la pléthore y a-l-il dos coliques fort douloureuses: débutons par des émissions sanguines. Y a-t-il prostration subite des forces avec une diarrhée excessive: n'hésitons pas à user de la médication stimulante, et lâchons à tout prix de suiiprimcr la diarrhée par l'emploi des astringens et des opiacés, cachou, dinscordium, etc., etc., médicamcns déjà conseillés dans la ihérapeuliquo del'eniérile (467. A', et G.). Y a-t-il un affaiblissement de longue date : sachons mettre à profit les moyens corroborans , de manière toutefois à ne point exciter un redoublement de diar-

FLUX. 563 rhce. Qnantaiix personnes, enCm, qui sont sujettes h éprouver facik'ujcuî, par l'iaipressiou du froid et de l'Iuiuiidilé , une attaque d'cnlérorrhét' , songeons à les mettre à l'abri d'un si fâcheux inconvénient par des précautions hygiéniques, telles que, par exemple, une ceinture de nanellc autour du ventre, etc., etc. M. Grisolle ciL,l. l", pag. 7/i8) nous rapporte que, chez des individus qui, ayant les pieds toute la journée dans l'humidité, se trouvaient atteints d'une diarrhée interminable et rebelle, il a réussi, en leur conseillant tout simplement de porter des sabots, à obtenir une prompte guérison.

ARTZCI.I: V.

cnOLinA vulgaire ou européen. (XoX/pa , Hipp. )

982. Bibliographie. — PSEUDO-Hirp. — (Dans le livre V des Épidémies.) — 1° Cas d'un Athénien qui fut pris de clioléra : traitement détestable, où figure l'ellébore. (Ed. Kuhn, t. III, p. ÔU9.) — 2° Cas d'un nommé Eutychidès {ibidem, p. 576).

Celse. — Lib. IV, G. I , sect, 6 , Be intestinorum morbis, — 1° De choiera.

ÀRÉTÉE. — Dans le IP livre du Traité des causes et des signes des

maladies aiguës, chap. 5 (llspl x^^^'p^'O- SYhz^Em. — {Observation, medic.) Sect. IV, c. 11, Cholera-morbus

anni 1669.

Geoffroy. — (Dans le Dict. des se. méd., — t. V, p. 143-8.) — Article Choléra.

Chauffard. Mémoire sur le choléra-morbus , et farticidiérement sur l'emploi et l'action de l'opium dans cette maladie. (Dans le Journal général de médecine, janvier 1829.)

Dalmas. — (Dans le Répert., — t. VII, art. Choléra.) § I, Du choléra en gé fierai (p. /i5i-8).

Ferrls. — ^Dansle liépert., — ibidem.) $ II, Choléra sporadique (p. ^i68-70).

Puchelt. — {De morbis tubi intestinalis. Leipzig, Î8A1, in-8°. Livre formant le volume XIII du grand traité de Joseph Frank.) Cap XV De choiera. / i- »

983. Définition. — Suivant moi, je l'ai déjà dit à mes lecteurs , et je dois le répéter ici, le choléra vulgaire n'est rien autre chose qu'une gastro-cntérorrhéc suraiguë (968). C'est ainsi, du moins, que nonsno-ivons parfaitement le définir au point de vue de la nosographie organique, c'est-à-dire sous le rapport du vice matériel qui tient évidemment le principal rôle dans le drame morbide. C'est ainsi que nous

56i PATHOLOGIE MÉDICALE.

pouvons très bien réduire h une idée fort simple et fort naturelle la niaiadic si cruelle et si effrayante dont les nosographcs symptomaiistes tracèrent la définition complexe que voici : — Brusque et rapide appai iiion d'évacuations abondantes et continuelles par haut et par bas, complètement ou presque complètement aqueuses, avec prostration extrême des forces, avec certains symptômes des plus graves et des plus alarmans; coliques atroces; refroidissement glacial de la peau; cyanose, surtout prononcée au visage, ainsi qu'aux extrémités des membres ; extinction de voix ; pouls très petit , très faible , et parfois même absolument imperceptible; crampes opiniâtres, particulièrement aux mollets.

Si nous nous refusons à voir dans un tel ensemble de symptômes une des formes de la gastro-entérite, — si nous n'adhérons pas à cette doctrine que défendait Broussais, et que professent encore quelques auteurs aujourd'hui même, — c'est premièrement parce que les résultats négatifs des autopsies qui furent faites en pareille circonstance, et qui, généralement, montrèrent aux observateurs une muqueuse gaslro-iuieslinale à peu près intacte , et plutôt décolorée et pâle que rouge et enflammée, ne laissent d'autre ressource aux partisans de ladite doctrine que d'invoquer la possibilité de la disparition des caractères anatomiqucs d'une inflammation, qui aurait duré trop peu, disent-ils, pour demeurer évidente sur le cadavre même par des empreintes, par des vestiges bien reconnaissables ; c'est , en second lieu et surtout, parce que la rapidité des guérisons qui ont si fréquemment lieu en cas de choléra vulgaire ne me paraît pas conciliahle avec l'hypothèse d'une inflammation. J'accorde bien volontiers qu'une inflammation violente ej; suraiguë puisse tuer en peu de jours, en quelques heures, sans laisser de caractères nécroscopiques , comme c'est, à mon avis, le cas de tant d'encéphalites aiguës (619. D.)- Mais ce que je ne saurais accorder, c'est que, sur le vivant, une inflammation assez intense pour rendre la mort imminente disparaisse sur l'heure et comme par enchantement. Rappelons-le-nous bien , la délitescence n'est guère admissible que comme l'avortement d'un molimen inflammatoire, et non comme la terminaison d'une inflammation confirmée (281. A.). Eh bien donc, en admettant même , à la rigueur, je le concède , si l'on veut , qu'lty ait dans le choléra un moHmen inflammatoire sur toute l'étendue de la muqueuse gastro-intestinale, toujours est-il que le résultat principal de ce molimen est la supersécrétion d'une humeur séreuse , que c'est là le phénomène capital de M maladie , et qu'il est plus exact de qualifier cette maladie de gastro-enlérorrhée que de gastro-entérite, plus naturel de la classer dans la famille des flux que dans celle des inflammations.

Mais, nous dira-t-on, à ce compte, le choléra est bien moins un genre

de maladie véritablement à part que la combinaison des deux genres uosographiques qui viennent d'être examinés dans les articles préccdens. Tous les matériaux de son histoire sont dans l'histoire de la gastrorrhée et de l'entérorrhée : toutes les règles de sa thérapeutique sont dans la thérapeutique même qui a été proposée et tracée à l'égard des deux flux ici en question. — Cela est rigoureusement vrai , répondrai-je. Toutefois, comme cette combinaison de la gastrorrhée et de l'entérorrhée constitue un ensemble symptomatique fort remarquable et fort sinistre qui , depuis un temps immémorial , avait frappé l'attention, et avait reçu mi nom particulier que consacre une tradition multiséculaire et ininterrompue, j'ai cru à propos, d'après mes principes de fidélité et de soumission, en matière de nosographie, à ce que l'on peut appeler le consentement unanime des médecins (67. A.), j'ai cru à propos de conserver ici au choléra son nom et sa place à part.

Au surplus, je me bornerai ici, comme le titre même de l'article en a déjà averti les lecteurs, à considérer le choléra vulgaire, tel qu'il s'est montré de tout temps en Europe, sporadiquement, ou tout au plus à litre de petite épidémie ou épidémie catastatique. Le choléra pestilentiel, choléra épidémique proprement dit, choléra indien ou asiatique, ce grand fléau qui décimait il n'y a pas si longtemps encore les populations depuis les bords du Gange jusqu'à ceux du Mississipi , et qui fut pour la médecine du xix^ siècle un spectacle désespérant , mais profondément instructif, le choléra pestilentiel doit être regardé, telle est du moins mon intime conviction, comme une maladie essentiellement, radicalement distincte du choléra vulgaire. Quoique sous des apparences symptomatiques fort semblables à celui-ci, il avait assurément une tout autre nature. Comment méconnaître cela, rien qu'en considérant le degré incomparablement plus élevé de la léthalilé, rien qu'en méditant sur le fait même de l'épidémie? II y avait là quelque cause morbifique extraordinaire, Gao'v -ri d'Ilippocrate , je ne sais quel empoisonnement occulte et miasmatique. Qu'il me suffise de poser ici mon opinion : je me réserve de la développer quand le moment sera venu , c'est-à-dire quand, dans le chapitre consacré aux grandes épidémies, en .\oHOfjrap/de étiolorjique, ]q devrai parlicuhèrcment jeter un coupdoiu sur le choléra pesiilentiel.

Encore un mot, et je termine ce préambule un peu long, mais où je n'insiste pourtant que sur des remarques essentielles. Si j'ai mieux aimé inscrire pour litre du présent article le terme de choléra vulgaire que celui de choléra sporadiquc , qui , aujourd'hui, il faut le dire, est beaucoup plus usité pi écisément dans le même sens, c'est parce que ce dernier terme n'est pas, à la lettre, rigoureusement vrai ; c'est parce que io

choléra vulgaire , avec sa bénignité rclaiive , avec sa facilité à guérir par l'administralion de l'opium, avec ses conditions ordinaires d'invasion sons le coup évident d'une impression de froid, s'est quelquefois montre sur un assez bon nombre de personnes en môme temps, non pas, je le répète, à tiMe de grande épidémie qui ravage et désole un continent, mais à titre de petite épidémie , et notamment de constitution automnale dans certaines localités, comme Sydenham, par exemple, le vit régner à Londres en 1G69.

98^1. Êtymologie. — XoXtpa vient de Xo).-/-;, bile. Est-ce à dire que les anciens aient eu particulièrement et uniquement en vue, sous un pareil terme , une maladie caractérisée par des vomissemens et des déjections abondantes de véritable bile ? Est-ce à dire que leur choléra correspondît précisément, exclusivement, au cas qui va nous occuper dans l'article suivant, et qui mérite dans un sens propre et strict le nom de flux bilieux? Non pas, assurément. Les anciens avaient fort bien reconnu, et il ne fallait que des yeux pour cela, un choléra dont les évacuations consistaient entièrement ou princi|)alement en un liquide d'apparence aqueuse ou séreuse : les descriptions qu'ils nous ont laissées sont à cet égard très nettes, très explicites. Voilà même pourquoi, par exemple, Alexandre de Tralies prétendait que le mot XoXt'oa était un dérivé, non pas de Xo).r;, bile, mais de XoÂcJç, intestin : assertion où j'aperçois bien moins, il faut le dire, le philologue que le médecin. C'était là, en elîct, déclarer formellement que le choléra est une affection du lube digestif, et non de l'appareil biliaire. Mais, après tout, qu'estce que le mot XoXâj , sinon un des nombreux dérivés du radical XoXr; ? 11 est dû évidemment à la considération des rapports qu'a la bile avec l'intestin, où elle arrive par le canal cholédoque, et où elle s'amasse, se n)êle au chyme, et concourt au grand œuvre de la digestion. Quant à ce qui concerne la véritable interprétation de l'étymologie du mot choléra, elle repose indubitablement .sur les raisons que voici. Les anciens, dans leur humorisme tout hypothétique, ne se bornaient pas à voir la bile là où elle est et telle qu'elle est réellement, mais ils l'accusaient encore, en la supposant plus ou moins altérée, dénaturée, changée de couleur et d'aspect, pour un grand nombre de cas dans lesquels une matière acre, ou censée telle , leur parut devoir être invoquée comme l'élément esseniiel de la maladie , notamment en fait de maladies de l'appareil digestif. C'est dans de telles idées que le choléra dut être et fut considéré comme une affection de nature émiuemment bilieuse.

985. Synonymie — Choléra-morbus : par un accouplement assez bizarre d'un mot latin avec un mot grec , accouplement depuis longtemps consacré dans la latinité peu scrupnicnso de la médecine moderne.

FLUX. 567 — Trousse-galant : dans un langage vulgaire et vieilli, et qui ne convient plus du tout à la gravité de la science , mais qui ne laisse pas que d'avoir son mérite, et de peindre fort bien avec quelle rapidité le choléra peut abattre et faire passer de vie à trépas l'homme le plus robuste, comme un coup de foudre au milieu de la santé la plus florissante , et , pour continuer sur un ton familier en rapport avec le mot même dont il est question , la plus fringante et la plus gaillarde.

986. Sijmptomatolocjie. — A. J'ai déjà dit les symptômes principaux et caractéristiques du choléra , en expliquant et en commentant la définition même de cette maladie (983). Encore une fois, je le répète, le choléra peut éclater brusquement chez des personnes en pleine santé. Si l'invasion du mal a lieu peu de temps après le repas, les premiers vomissemeus sont ceux de l'indigestion ; ils rejettent les alimensdéjà chymifiés ou non; parfois, on vomit une certaine quantité de bile jaune ou verte; mais toujourson fmitpar n£ vomir, indépendamment des tisanesou autres boissons, rien autre chose qu'un liquide séreux tout-à-fait semblable à celui qui Que par la voie des selles. Pareillement, la diarrhée commence par être stercorale, et parfois bilieuse ; puis elle ne fournit plus qu'une sorte d'eau trouble, souvent peu ou point fétide, contenant ordinairement çà et là quelques grumeaux blanchâtres , et que beaucoup d'observateurs ont comparée à l'eau de riz. La quantité des évacuations est , dans certains cas, vraiment prodigieuse. Ce qui ne manque jamais de se montrer en semblable circonstance, ce sont les coliques tormineuses , l'abattement des forces , le refroidissement glacial des extrémités et de toute la surface cutanée ; la soif brûlante, l'aphonie, la coloration violacée des lèvres, du visage, des mains et des pieds ; la faiblesse extrême du pouls. Dans les cas les plus graves, le pouls fait complètement défaut, la sécrétion urinaire se trouve abolie , des crampes horriblement douloureuses se déclarent en diverses parties du corps, mais surtout aux mollets. Au milieu de cet affreux désordre, les malades , généralement du moins, ont leur connaissance pleine et entière : ni délire ni coma, voilà la règle.

B. Le choléra vulgaire se termine quelquefois par la mort; en vingtquatre heures ou moins, il peut tuer l'homme le plus vigoureux. Mais, dans la plupart des cas, par bonheur, il se montre plus clément : après un ou deux jours, les évacuations cessent, et le malade recouvre peu à peu ses forces, revient à la santé, souvent même en fort peu de temps.

987. Etioloyie. — Relisez l'étiologie de la gastrorrliée et de l'entérorrhée (979. G. — ''t981). En somme, l'impression du froid dans un moment de mauvaise disposition, l'action des alimens indigestes, et, en général , de tous les inyfista de natm-e irritante , la suppression imprudenfe de

sécrélions habituelles, les émotions de terreur, voilà les quatre sortes de conditions qui paraissent singulièrement propres à occasionner le déveoppemcnt du choléra vulgaire. C'est en automne, saison où des soirées longues et fraîches succèdent aux chaleurs encore assez fories de la journée, c'est en automne qu'on a vu le choléra vulgaire se multii)lier à titre de petite épidémie. Ploucquet {Literatura medica, art Choiera) cite, d'après la dissertation de je ne sais plus quel auteur, un cas où la suppression de la sueur des pieds dut être considérée comme la cause principale de la maladie. M. Grisolle (7'r. él^'m. etprai. depath., t. I. p. 731) dit avoir observé, sur un médecin de l'Hôtel-Dieu, un choléra évidemment occasionné par la frayeur que ce médecin avait éprouvée par suite d'une chute.

988. Diagnostic. — Il n'y a là que peu ou point de difficulté. Car, de (luoi s'agit-il, après tout? Non pas de distinguer, à travers les svmpiômes, un vice anatomique caché en dedans du corps, mais bien de constater, tout simplement, un certain ensemble de symptômes. Les maladies qui ressemblent le plus au choléra sont la dyssenterie et l'iléus. Mais , dans la dyssenterie , il n'y a pas de vomisseraens , du moins en règle générale; et le caractère sub-hémorragique des selles est un signe aussi constant que décisif. Dans l'iléus, si les symptômes généraux sont parfois absolument les mêmes que dans le choléra , l'absence des évacuations alvines et la nature stercorale des vomissemens ne permettent pas de prendre le change.

989. Pronostic. — Il est toujours sérieux. Mais tant s'en faut qu'il doive être toujours désespérant. Loin de là. Si la maladie est prise à temps et convenablement traitée, la plus forte chance est pour la guérison. C'est là une de ces maladies que nous souhaitons au jeune praticien de rencontrer dans les débuts de sa carrière, une de ces maladies, veux-je dire, comme la pleuro-pneumonie, l'érysipèle facial avec délire syraptomatiqne, la fièvre intermiltente pernicieuse, etc., etc., qui, avec les apparences les plus alarmantes pour les gens du monde, mais avec de grandes chances d'une heureuse issue, peuvent merveilleusement servir à f(mder et h consolider une réputation.

990. Thérapeutique. — Avant tout, les opiacés, et particulièrement, par exemple, le laudanum, administré tout à la fois en potions et en lavemens. Voilà la véritable ancre do salut. Voilà la ressource la plus efficace pour arrêter la supersécrétiou de la muqueuse gastro- intestinale.

Accessoirement, la glace et la potion de Rivière, pour combattre les vomissemens.

Bains chauds, et même très chauds, moyen de révulsion employé dès l'antiquité, et qui fut, sans aucun doute, beaucoup plus utile que l'ellé-

Fr.ux. 569 bore à cet Athénien dont j'ai fait mention ci-dessus d'après le livre V des Épidémies (982).

Sinapismes, frictions sèches ou avec des linimens stimulans, vésicatoires et autres moyens énergiques et prompts de révulsion cutanée.

Administrer les stimulans à l'intérieur, avec d'autant plus d'insistance (]ne l'asthénie sera plus profonde.

Vin de Madère, de Chypre, de Malaga, etc. ; éther sulfurique ; essence de menthe; acétate d'ammoniaque, etc., etc.

ARTICIiE VI.

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