‹ Élémens de pathologie médicaleChapitre 55 sur 63 · II · texte numérisé non relu

II

706 PATIIOLOCTE MÉDICALE,

» ne dépasse pas certaines limites ; 2" que, chez les enfans atteints tle » pneumo-tliorax, la dyspnée n'est excessive que pendant peu de jours; » 3° qu'il existe des cas bien positifs de prolongation de la maladie » pendant un mois et plus ; k" que la cause possible de la maladie » (abcès du poumon) n'implique pas une affection antérieure au pneumo- » thorax presque nécessairement mortelle ; 5° qu'il existe des faits très «réels de guérison, on peut admettre, ce semble, que le pneurao- » thorax est moins grave chez l'enfant que chez l'adulte. Mais cette » question réclame la sanction d'une nouvelle expérience. »

1120. Thérapeutique. — A. Hardi et habile emploi des narcotiques, et principalement des opiacés , pour calmer la dyspnée et la toux.

B. Au besoin, quelques émissions sanguines, si elles sont indiquées, pour enlever le point pleurélique , pour remédier à l'imminence de la suffocation. Mais il ne faut les faire intervenir qu'à bon escient et avec une prudente parcimonie , afin de ménager les forces , dont la conservation est si nécessaire pour la chance rare, mais réelle, d'une disparition lente et progressive du pneumo-thorax.

G. Pourquoi pas la paracentèse à l'aide d'un trois-quarts très fin ? C'est là une ressource extrême , mais à laquelle il convient de recourir, ne fût-ce que pour ajourner le dénouement mortel , lorsque la suffocation, malgré tous les autres remèdes, menace d'emporter le malade avant peu , et lorsque le diagnostic accuse indubitablement un énorme pneumo-thorax où le trois-quarts puisse être impunément plongé sans atteindre ni blesser le poumon.

ARTICI.E VIII,

PNEUMO-PKBICARDK.

(Laënnec : — de ïlvtûf/a, air ou gaz, et TitpixâpSiov , péricarde.)

1121. BibHogra2yhie. — SE7iAC.—Tra\l& déjà cité (7/i5) : livre VI, chap. III , § 3 (Le péricarde peut se remplir de sang , de pus et d'air. )

LiEUTAUD. — ( Hist. anatomico-medica ) . Lib. II , sect. m , art. 5 ,

Pericardii flatulentia.

Laennec. — (7'r. de l'auscult.). IIP partie, sect. ii , chap. 23, Du

pneumo-péricarde.

HOPE. — Ouvrage déjà cité (599). — Part V, chapter iv, Pneumo-

pericardium.

BouiLLAUD. — (7'r. clin, des mal. du cœw^). — T. Il, p. 471-2 {Du pneumo-péricarde et de l'hydro-pneumo-péricai^de).

PlORRY.~(7'r. deméd.prat., t. II).— § 2937-40 (Aéropéricardie, Hydraéropéricardie .)

PNRL'AlATOSliS. 707

1122. Bref aperçu. — Les autopsies ont montré quelquefois le péricarde rempli et distendu par un Iluide aériformc. Nul doute que , dans un certain nombre de cas , ce ne fût là , tout simplement , un effet de la putréfaction. Mais, pour d'autres cas , à l'égard desquels les observateurs ont expressément noté que la putréfaction commençait à peine ou même n'existait pas du tout encore à l'heure de l'auptosie, et dans lesquels , plus ou moins longtemps avant la mort , il s'était déclaré des troubles morbides du côté du cœur, on ne saurait, en vérité, disconvenir que le péricarde n'ait dû être, sur le vivant même, le siège de l'accumulation gazeuse. Toutefois, il faut le dire, Laënnec, en se préoccupant d'étudier le pneumo-péricarde mieux qu'on ne l'avait étudié jusqu'alors, s'en est singulièrement exagéré la fréquence, par je ne sais quelle illusion des plus inconcevables.

Incontestablement, le pneumo-péricarde est une affection très rare ; et il ne paraît même pas que celte pneumatose ait jamais été observée à l'état de parfaite simplicité , et autrement qu'eu complication avec un épanchement liquide.

On a dit , et la physique , en effet , nous enseigne à priori, que deux Signes dénoncent au clinicien l'existence d'un pneumo-péricarde et d un hydro-pneumo-péricarde. Ces deux signes sont : 1" la sonorité tympanique de la région précordiale; mais, bien entendu ajouterons-nous, qu'il ne faut pas que cette sonorité soit le moins dû monde imputable à un pneumo-lhorax ou à un emphysème pulmonaire ; 2° le bruit de gargouillement, qui, à l'auscultation, se .îionirera produit par les mouvemens du cœur au sein d'un milieu , moitié gazeux , moitié liquide. Mais combien d'attention , combien de sagacité ne faut-il pas pour éviter, à cet égard , toute erreur, toute méprise pour réussir, en un mot, dans le diagnostic de cas tellement excèptionnels ! ^

Vu cette extrême rareté du pneumo-péricarde, je ne juge même pas a propos d'insister davantage et de m'étendre plus au long Après tout en ce qui concerne la pathogénie et la thérapeutique d'une semblable affection je n'ai rien à dire que l'article des considérations générales n ait déjà explicitement signalé à nos lecteurs, ou n'ait mis qu. que ce soit d'entre eux à même d'y apercevoir et d'en déduire avec le plus de facilité et d'évidence (1069 et 1072 ).

PATHOLOGfE MÉDICALE.

AB.TICI.I: IX.

PNKUMATOSE INTBA-CIRCULATOIBE.

Synonymie : — Aérendocardie , de M. Piorry ( Tr. de méd., t. II, section des Cardiopathies, chapitre xiv ).

1123, Bibliographie. RuYSCH. — {Epistolo. problematica XYP.) — Dit avoir trouvé, sur le cadavre d'une femme morte subitement, le cœur enflé à un degré prodigieux. Une fois que la pointe du scalpel y eut été plongée , ce viscère s'affaissa ; car il était plein d'air qui s'échappa tout de suite, et il ne contenait presque pas de sang.

MORGAGNi. — {De sed. et caus. morb. ) Epist. V, art. 17-30. — Deux observations de morts subites à la suite desquelles Morgagni constata lui-même la présence d'une certaine quantité à'oir (fluide aériforme ) mélangé avec le sang dans certains vaisseaux. Mention des cas où , selon le témoignage de Valsalva , de Pechlin , de Graelz , de Ruysch , l'autopsie a démontré comme cause vraisemblable de la mort une pneumatose et pour ainsi dire une tympanite du cœur même. Coup d'œil historique sur les expériences qui ont établi que l'injection de l'air dans les veines d'un animal vivant était une chose meurtrière. Conjectures théoriquessur les conditions pathologiques du développement d'un fluide aériforme dans le système circulatoire.

BiCHAT. — ( Recherches physiologiques sur la vie et la mort ). IP partie, art. II, § II. — Examen de la manière dont périssent les animaux par Vinjection de l'air dans les veines. C'est le cerveau qui meurt alors le premier, suivant l'opinion de Bichat.

— Ibidem, art. IX, § V , en note. — « J'ai déjà eu occasion de » disséquer plusieurs cadavres dont la mort avait été précédée d'une » congestion sanguine dans le système capillaire extérieur de la » face , du cou , et même de la poitrine. Ce système présentait un » engorgement et une lividité remarquable dans toutes ces parties; » et j'ai trouvé en ouvrant les artères et les veines , dans celles » du cou et de la tête spécialement , un sang écumeux et mêlé de » beaucoup de bulles d'air. J'ai appris que l'UN DE CES SUJETS » AVAIT PÉRI SUBITEMENT dans une affection convulsive des » muscles pectoraux ; je n'ai pu avoir de renseignemens sur les » autres. Au reste , tous ceux qui ont quelque habitude des am- » philhéâlres doivent avoir observé ces sortes de cadavres, qui se » putréfient très promptement et avec une odeur insupportable. » Ils ont remarqué aussi que l'air dans les vaisseaux a préexisté à n la putréfaction. — Je soupçonne que dans tous ces cas la mort a

PIMfiU.MATOSES. 709

» été produite par le passage subit de l'air du poumon dans le sang, » qui l'a ensuite porté au cerveau , à peu près comme j'ai dit qu'elle » survient lorsque, dans un animal vivant, on pousse beaucoup » d'air dans le poumon , et qu'on fait aussi passer ce fluide dans le » système vasculaire. »

PlORRY. — Article cité plus haut ( 106Zi) : III. A. B.

RÊROLLE. Dissertation sur un nouveau genre de pneumatose se développant à la suite des hémorragies abondantes. Th. inaug. Paris, 1832, n° 129. — Ce fait, il faut le dire, avait déjà été annoncé et professé par le célèbre anatomiste Littre ( voyez V Histoire de VAcad. roy. des sciences, année 171^i).

FORGET. Mémoire sur les accidens causés par la présence -de l'air dans les voies circulatoires. ( Dans Transactions médicales , octobre 1832. )

Oluvier (d'Angers). — (Dans le Répert., t. II, p. — Article Air , § II , Effets de l'air atmosphéiHque sur l'organisme , A. Action de l'air introduit dans les vaisseaux sanguins.

— Considérations médico-légales sur les morts subites. ( Dans les Archives, janvier 1838. ) — § IV, De la mort subite qui l'ésulte du développement spontané d'un fluide gazeux dans le sang , et de son accumulation dans le cœur.

1124. Bref aperçu. — 11 est constant que l'injection de l'air dans les veines est un moyen infaillible de tuer sur-le-champ les chiens , les lapins et autres animaux de la même classe que notre espèce : l'animal , en pareille circonstance , pousse un ou plusieurs cris plaintifs , et après quelques convulsions expire très promptement.

Il est également constant que, dans certains cas on les chirurgiens ont vu leurs opérés mourir subitement au miliéu même de l'opération , on a dû imputer ce terrible accident à ce que l'air atmosphérique , faisant irruption par les ouvertures béantes de troncs veineux assez voisins du cœur, avait pénétré en forte proportion jusqu'à ce viscère. Au surplus, cette pneumatose traumaiique du système circulatoire a été étudiée, avec toute l'attention que son importance méritait , dans la Pathologie chirurgicale (chapitre I", art. l", § ii.— T. P% p. 12-16. — /n^rodwstion de Voir dans les veines). Je n'ai donc pas à revenir là-dessus. J'invite seulement les lecteurs à se rappeler, et, s'il le faut, à relire le passage en question , afin qu'ils puissent mieux comprendre , par analogie avec un fait aujourd'hui assez bien connu et véritablement acquis à la science , le point de pathologie encore obscur , douteux , contestable , dont je vais les entretenir.

En effet, une fois qu'où sait à quels résultats funestes l'iutroductiou

traumatique de l'air dans le système veineux aboutit si rapidement, on peut et on doit se demander, à priori, s'il n'y aurait pas des cas dans lesquels, sans blessure d'aucun vaisseau, un fluide aériforme pénétrât ou se développât, n'importe comment, dans le torrent circulatoire, et fût ainsi la cause de morts subites dans toute la force du terme, ou du moijis très promptes h se produire après l'apparition de symptômes analogues à ceux de l'accident traumatique que nous venons de nous remettre dans la pensée. Eh bien , précisément, l'observation me semble avoir résolu par l'affirmative la question que nous posons; elle me semble avoir démontré la réalité d'une pneumalose intra-circulatoire non traumatique. Si les faits de ce genre , qui furent autrefois attestés parPechlin, Graetz, Ruysch, Valsalva, Morgagni, etc., sont d'une date trop surannée , et n'ont pas tous les détails nécessaires pour avoir pleine et entière autorité sur tous les esprits, pour prendre, par euxmêmes et sans l'appui de faits plus récemment constatés , une valeur indéniable , et un véritable droit de cité dans l'anatomie pathologique du xix" siècle ; si le témoignage de Bichat laisse encore beaucoup de prise aux objections concernant la nature , peut-être purement cadavérique , de ce sang mêlé de nombreuses bulles d'air, de ce sang écumeux , que notre grand anatomiste déclare avoir vu dans les vaisseaux de plusieurs cadavres , il ne paraît plus permis de conserver des doutes après les faits si précis, si authentiques, si probans, que, de nos jours, a publiés Ollivier, d'Angers.

Dans de semblables faits, qu'a-t-on donc observé? Le voici en peu de mots. Au sein même des apparences de la santé la plus florissante, ou bien dans un état d'indisposition légère qui n'avait absolument rien d'inquiétant, une personne tombe morte, soit en un instant indivisible, sans le moindre gémissement et comme par un coup de foudre, soit après un seul cri de terreur et d'agonie , soit après quelques minutes d'agonie extrême, de douleurs déchirantes dans la région précordiale, de dyspnée suffocante et de convulsions ; et , pour expliquer cette mort subite, l'autopHie, faite avec le plus grand soin , avec la sévérité la plus minutieuse, ne montre rien autre chose que l'existence insolite d'un fluide aériforme qui se trouve mêlé au sang dans les veines, ou qui distend énormément les cavités droites du cœur.

En pareil cas , a-t-on jamais constaté , sur le vivant , deux signes diagnostiques que la théorie prévoit et enseigne? Ces deux signes seraient : 1" une sonorité insolite de la région précordiale ; 2° un bruit de glouglou dans le cœur, bruit infailliblement appréciable à l'auscultation, fllais je ne sache pas que, jusqu'ici, aucun observateur ait eu l'occasion, ou bien, en présence d'une si foudroyante agonie, le temps et la pensée de procéder à l'investigation des signes dont il s'agit.

PNEUMAÏOSES. 711

Quelle est, au surplus, la uature du gaz ou des gaz de la pneumatose intra-circulatoire non traumatique ? C'est là un point bien important et sur lequel, néanmoins, les observateurs ont eu le grand tort de ne point faire de recherches et de ne point acquérir de lumières. Espérons qu'à l'avenir ceux qui rencontreront quelque exemple de la pneumatose ici en question songeront à éclairer par des expériences chimiques le problème que je viens de poser et que je suis forcé de laisser sans réponse.

A combien de conjectures ne peut-on pas se livrer concernant la palhogénie de la pneumatose in ira- circulatoire ! Autrefois Littre, et de nos jours M. ReroUe, ont assuré que cette pneumatose se produit dans le cas d'une hémorragie très abondante ; et peut-être alors ne laisse-t-elle pas de contribuer à la mort. Selon Bichat, dans certains cas d'emphysème pulmonaire aigu par suite de violens efforts , l'air échappé hors de ses voies naturelles peut fort bien faire irruption dans le système veineux par les veinules qu'il trouve déchirées et béantes dans maints et maints points du parenchyme pulmonaire. Quelques auteurs, comme Morgagni , M. Baumès , etc. , accordent un rôle à la résorption de flaluosités intestiuales. Pourquoi pas , quelquefois , un dégagement spontané de gaz dans l'intérieur même du sang en pleine circulation ? Mais je m'arrête; je ne crois pas à propos d'insister davantage sur des questions si profondément obscures, et quant à présent à peu près insolubles.

Du reste , il est vrai de dire que la pneumatose intra-circulatoire non traumatique n'offre que peu d'intérêt au point de vue de la pratique proprement dite. Qu'avons-nous affaire, nous autres praticiens, avec un accident qui survient en dehors de toute prévision , qui tue avant que nous puissions accourir à l'appel de l'infortunée victime , et contre lequel nous ne voyons jusqu'à présent aucun remède? Mais, pourtant, il serait honteux d'ignorer cette cause de mort subite. Tel cas peut se rencontrer où nous ayons à la soupçonner, à en vérifier l'existence par l'autopsie, lorsqu'à titre de médecins légistes nous sommes appelés à éclairer l'autorité administrative ou judiciaire.

PATHOLUGIE MÉDICALE.

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