‹ Élémens de pathologie médicaleChapitre 56 sur 63 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

VICES ORGANIQUES DIVERS (l5l).

1125. Aperçu sommaire du chapitre. — Mille autres l'ont dit avant moi , et je le redis moi-même pour la centième fois peut-être : toutes les classifications ont un côté par où elles pèchent, par où elles donnent prise à la sévérité de la critique. Ai-je besoin de rappeler expressément à nos lecteurs ce lieu commun de logique , cette vérité banale et des plus évidentes entre tous les principes de la didactique? Et, à ce compte, trouverai je grâce devant eux pour avoir constitué le présent chapitre? Qu'est-ce, en effet, que ce chapitre? Je rassemble, non pas, certes, à titre de famille légitime et vraiment classique , mais tout simplement comme treizième et dernière catégorie de notre première section de la Pathologie médicale, quelques maladies organiques qui ressortissent incontestablement à cette section , mais qui n'ont pu se ranger dans aucune des douze familles nosographiques jusqu'ici étudiées.

Après les vices de proportion du sang , les hyperémies, les hémorragies , les inflammations, les hypertrophies , les atrophies , les gangrènes, les luberculisations , les cancers , les hydropisies , les flux et les pneumatoses ; en un mot , après ces douze familles plus ou moins naturelles qui font l'objet des chapitres précédens , tout n'est pas encore dit en ce qui concerne la partie médicale de la Nosologie organique. Indépendamment des maladies dont je viens de tracer l'histoire , indépendamment des maladies essentiellement chirurgicales, telles que les plaies, les fractures, les luxations, etc. , indépendamment enfin de celles que M. Nélaton et moi, dans le partage arbitraire et amiable de notre tâche (15), avons décidé d'attribuer au lot de la Pathologie chirurgicale, il reste encore à examiner certaines maladies organiques d'une haute importance , qui sont bien du ressort de la médecine proprement dite, et à l'histoire desquelles, pour ne pas encourir le juste reproche d'une omission déplorable , je dois consacrer aussi une attention toute particulière. C'est donc ce devoir que je m'en vais remplir.

Comme les divers genres de maladies que renfermera ce chapitre-ci n'ont , après leur grand et fondamental caractère de genres institués et dénommés au point de vue organique , rien autre de comnmn entre

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eux , si ce n'est une considération toute négative , si ce n'est de n'être ni des hyperémies, ni des hémorragies , ni des indammations, etc. ; il s'ensuit évidemment qu'il n'y a pas ici matière pour un article de propositions générales, par lesquelles l'élève soit tout d'abord initié, dans une certaine mesure , à la connaissance de toutes ces maladies à la fois , ou du moins de la plupart d'entre elles.

Voici , au surplus , l'ordre et les titres des dix articles qui vont composer ce chapitre :

1" Induration cellulaire des nouveau-nés;

2° Occlusion du canal digestif;

3° Cirrhose ;

W Dilatation des bronches; 5° Anévrisme du cœur; 6° Rupture du cœur;

7° Insuffisance des valvules sigmoïdes de l'aorte ; 8° Rétrécissement des orifices du cœur;

9° Communication contre nature des cavités droites et gauches du cœur;

40° Rétrécissement de l'aorte.

Peut-être, à la première vue, me reprochera-t-on de n'avoir pas suffisamment rempli ce chapitre , de ne pas y avoir mis tout ce que je devais y mettre , ou d'avoir indûment écourté ma tâche en laissant de côté bien des vices organiques qui auraient droit chacun à un article particulier. Mais qu'on ne se hâte pourtant pas trop de me juger ; qu'on m'écoute avant de me condamner. Aux élèves studieux qui ne jurent pas sur la parole du maître, et qui ne la veulent ratifier qu'en pleine connaissance de cause , et aux aristarques plus ou moins savans qui ne lisent guère un pauvre auteur que pour le trouver en défaut et le morigéner du haut de leur tribunal , je soumettrai les réflexions qui suivent :

1° L'objet de notre Hvre n'est pas d'épuiser l'anatoraie pathologique tout entière, d'insister en ce genre surtout ce qui n'est aujourd'hui encore et ne sera peut-être jamais autre chose qu'un fait de pure curiosité. C'est du point de vue pratique, surtout, que mon collaborateur et moi avons entrepris d'édifier un traité complet de pathologie. Nous ne nous faisons donc aucun scrupule, etiln'y a, en vérité, pas d'inconvénient de ne mentionner qu'à peine et en passant dans n'importe quel article, ou même de passer complètement sous silence bien des vices' organiques qui n'intéressent point du tout la pratique de l'art, qui sont sans symptômes , sans influence apparente sur la santé, qui coexistent avec une parfaite normalité de toutes les fonctions, ou bien , au sein d'une maladie due à un autre vice organique, à un vice organique es-

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senliellemeut grave , n'ont là qu'une existence accidentelle, accessoire, inaperçue. Exemples : la transformation graisseuse des parois du cœur, cette hétérotrophie quelquefois rencontrée dans les autopsies, mais qui n'a pas de symptômes; le foie gras, si souvent lié à la tuberculisation pulmonaire sans paraître en modifier les symptômes et la marche d'aucune façon.

2" 11 est certains vices anatomiques que nous avons dû déjà reconnaître et étudier comme étant au nombre des effets de rindammation. Ainsi avons-nous rencontré, par exemple, l'induration du foie et celle de la rate dans l'histoire de l'hépatite (632. E.) et de la splénite (637); le ramollissement du cerveau et celui de la moelle épinière dans l'histoire de l'encéphalite (619. D.) et de la myélite (624. F. g.), etc., etc. Certes, il n'est pas impossible , et je suis bien loin de nier que les mêmes altérations de texture soient quelquefois produites sans inflammation et par quelque autre procédé pathogénique ; mais, en vérité, ce n'est pas là une chose démontrée , un fait positivement acquis à la science. C'est un objet de controverses spéculatives. Yoilà pourquoi , tout bien considéré, je n'ai pas cru à propos que ces altéralions-là, envisagées en tant qu'étrangères à l'inflammation , eussent ici leur histoire à part. Réellement, par exemple, il n'y a, si je ne me trompe, aucun intérêt pratique, aucun fondement solide pour consacrer en nosographie la distinction entre le ramollissement inflammatoire et le ramollissement non inflammatoire du cerveau. Sous le rapport de la thérapeutique , pas plus que sous celui de la symptomatologie et de l'éliologie, une telle distinction ue nous paraît avoir aucun motif, à nous surtout qui n'accolons pas inséparablement à l'idée d'inflammation l'indication absolue et impérieuse des émissions sanguines , qui ne nous acharnons jamais à les prescrire au mépris des circonstances faites pour en contre-indiquer l'intervention (290).

3° Enfin , telle maladie ne figure pas dans le présent chapitre , parce que nous avons décidé , à tort ou à raison , de la réserver au lot de la Pathologie chirurgicale. Ainsi en avons-nous agi , par exemple , avec l'anévrisme de l'aorte. Encore bien que ce soit là une maladie interne dans toute la force du terme , encore bien qu'il n'y ait pas d'opération qui puisse y porter remède, encore bien que tout le traitement se réduise alors à l'intervention de la médecine proprement dite pour pallier le mal et retarder le funeste dénouement , cependant les anévrismes artériels forment une famille nosographique si naturelle , et qui appartient tellement, par la très grande majorité des genres dont elle se compose , au domaine du chirurgien, que nous préférons de l'attribuer tout entière à la Pathologie chirurgicale, et que, par conséquent, nos lecteurs trouveront là l'histoire parliculière de l'anévrisme de l'aorte à

côté de celle de toutes les affections congénères , et h côté des considérations générales qui s'appliquent aux anévrisnies de toutes les artères situées profondément ou superficiellement dans les membres ou à l'intérieur du tronc.

Après tout , il se peut fort bien , — et à Dieu ne plaise que je ne sente le besoin d'en appeler à l'indulgence de la critique ! — il se peut fort bien que je laisse involontairement dans ma tâche quelque lacune injustifiable.

Cela dit, j'entre en matière.

ARTICIiE PREMIEH.

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