INDURATION CELLULAIRE DES NOUVEAU-KÉS
1126. Bibliographie — Usenbezids. — (Dans les Éjohémérides des curieux de la nature. — Centurie IX , observât. XXX). — C'est là l'observation la plus ancienne qu'on ait retrouvée dans les archives de l'art concernant le genre de maladie en question : elle fut recueillie en 1718, à l'hôpital d'Ulm, sur un enfant né au huitième mois de la grossesse, et qui ne vécut qu'un jour. Hâtons-nous, d'ailleurs, de remarquer que celte maladie, sans aucun doute, a dû exister de tout temps , quoique inaperçue et ignorée.
Andry. Recherches sur V endurcissement du tissu cellulaire des enfans nouveau-nés. ( Dans Flist. et Mém.^de la Société royale de rnéd. , année 178Zi-5.) — Audry est le premier qui ait bien connu et bien décrit le mal en question.
AuviTY. Mémoire ( n° 1 ) sur cette question : Rechercher quelles sont les causes de l'endurcissement du tissu cellulaire auquel plusieurs enfans nouveau-nés sont sujets , et quel doit en être le traitement, soit préservatif, soit curatif. (Dans Mém. de la Soc. roy. de rnéd., année 1787-8. — P. 328 etsniv.)
HULME. Mémoire (n° 2). {Ibidem, p. 403 et suiv. )
Naudeau, Mémoire (n» 3). {Ibidem, p. Uil et suiv.)
SouviLLE. Observation sur r endurcissement du tissu cellulaire des enfans nouveau-nés. { Dans l'ancien Journal de médecine, octobre 1788). — Cas de guérison par la vapeur de l'eau chaude, le nouveau-né ayant été placé plusieurs fois sur une claie d'osier audessus d'un cuvier.
Bard. Observations sur une maladie particulière aux enfans du jyrcmier aye , caractérisée par l'endurcissement du tissu cellulaire. { Dans le .lournal général de méd. , septembre et octobre 1815.)
ALIBERT. - {Nosologie noUrelle). Famille IX, Ethmoplécoses ,
716 PATHOLOGlli MÉDICALE,
genre 11, Sclérémie (en deux espèces: 1. S. universelle; 2 S. partielle).
Reydellet. — (Dans le Bict. des se. méd. , — t. IV, p. 229-39).
— Art. Tissu cellulaire {Endurcissement du). LÉGER. Considérations sur l'endurcissement du tissu cellulaire chez
les enfans nouveau-nés. Th. inaug. Paris, 1823, n" 66. Palletta. Ricerche intorno alVinduramento cellulare dei neo-
nati. (Dans Annali universali d'Omodei, — novembre et décembre 1823 ; — août et septembre 1825.) Billard. Mémoire sur l'œdème ou l'indwation du tissu cellulaire
des nouveau-nés. (Dans les Airhives , février 1827.) Joseph Frank.. — {Praxeos medicœ universœ prœcepta). T. VI ,
cbap. XXIX, De induratione f extics cellulosi recens natorum. DUGÈS. — (Dans le Bict. de méd. et de chir. prat.., — lom. XIV,
p. 563-8) : — Article Sclérème.
Valleix. — {Clinique des maladies des enfans nouveau-nés). —
Pag. 601 et suiv.
Gluge. — Ouvrage déjà cité (273).— Dans le Mémoire X*. (Observations microscopiques sur les tissus cellulaire et graisseux à l'état normal et à l'étal pathologique.) — M. Gluge conclut que l'induration cellulaire des nouveau-nés n'est probablement qu'un effet tout physique de la température extérieure , et se trouve due à la congélation de la graisse sur le vivant même. Mais ce qui a plus de poids et de valeur que cette conclusion hypothétique et très contestable , c'est qu'il assure avoir vu des globules sanguins dans la sérosité qui remplissait, en semblable circonstance, les mailles du tissu cellulaire.
Rilliet et Barthez {Tr. clin, et prat. des mal. des enf.). V classe, chap. XXVIII, Endurcissement du tissu cellulaire. — T. I, p. 739-ZiO). — Il y a là une observation fort intéressante, recueillie sur un enfant de dix ans , d'un cas d'infiltration subinflammatoire du tissu cellulaire sous-culané, ce que les auteurs me paraissent avoir toute raison de rapprocher du sclérème des nouveau-nés.
1127. Bé finition descriptive. (29. B.) — La dénomination composée qui fait le titre du présent article se définit presque d'ellemême.
Sous ladite dénomination , nous désignons fort bien et sans équivoque ce cas d'apparence remarquablement singulière, mais de nature mal déterminée, dans lequel la couche çellulo-adipeuse souscutanée est engorgée, gonflée et altérée de telle sorte que les tégumens, au lieu d'avoir leur souplesse naturelle, présentent à la main qui les palpe une
masse compacte, roide, dure, et où la pression du doigl ne fait point de trace , sinon ù grand'peine tout au plus.
1128. Sunonymie. — Endurcissement du tissu cellulaire : vulgairement, et aussi dans la Nosologie de Pinel (66). — OEdème concret, de beaucoup d'auteurs. — Sclérème, de Chaussier. — Sclérémie , d'Alibert. — Sclérôme, de Roche et Sanson {Nouv. élém. de pat h., t. II, pag. 57). — Erysipelato-sclerismiis , de quelques observateurs allemands cités par Joseph Frank : pour les cas dans lesquels , en outre de l'induration cellulaire, il y a aussi un état évident d'inflammation cutanée, un érysipèle, ou tout au moins un érythème (310). Les nouveaunés atteints d'induration cellulaire se nomment enfans durs ou duvets.
1129. Quelques mots en ce qui concei^ne le siège du mal. — • A. Qu'y a-t-il de vrai , qu'y a-t-il de conforme à la saine observation , dans la distinction que certains auteurs, et Dugès entre autres, ont faite, chez les nouveau-nés, entre l'induration du tissu cellulaire et l'induration du tissu adipeux? Sont-ce là, pour une nosographie qui ne doit tenir compte que des réalités cliniques , deux espèces , deux variétés , qui aient droit d'être considérées à part l'une de l'autre? Se peut-il que chacune d'elles existe isolément? Comme l'affirmaient Billard et Dugès, l'une est-elle tout simplement un œdème, une anasarque; et l'autre, une coagulation de la graisse par le froid dans un corps dépourvu d'un degré convenable de chaleur animale? En vérité, je ne sais si une telle distinction est solidement fondée, si elle a ses bases dans la nature même et non pas dans la seule imagination. Mais il ne m'appartient pas, je l'avouerai volontiers , de trancher une question sur laquelle les hommes spéciaux voués à la pathologie de la première enfance n'ont pu jusqu'à présent tomber d'accord.
B. Jamais, ou presque jamais, l'induration cellulaire n'occupe la surface tout entière du corps; jamais , ou presque jamais elle n'envahit la région thoracique. Les parties où elle est d'ordinaire le plus fortement prononcée sont la plante des pieds, les mollets ou les joues.
1130. Aperçu symptomatologique. — L'induration cellulaire se déclare communément le jour même ou le lendemain de la naissance, rarement le surlendemain, plus rarement encore au bout de cinq six ou sept jours. En général, elle débute par les extrémités inférieures qui en même temps deviennent froides ; puis elle va se développant par toute la surface du corps, à l'exception de la région thora cique (M 29. B.). Il n'est pas, toutefois, fort rare , assure-t-on que le mal prenne origme à la région des joues, où, au reste, il acquiert presque toujours un haut degré d'intensité, quel qu'ait été son point de départ. Les parties afl-cclées offrent au doigi qui les explore et qui les presse, la dureté, la roideur, la résistance d'un morceau de bois-
du moins ost-ce très souvent une similitude liuéraleinenl vraie. La peau adhère si étroitement au corps qu'on ne peut ni la soulever ni même la faire mouvoir un tant soit peu. L'induration se montre accompagnée d'une certaine augmentation de volume , surtout aux extrémités inférieures, et particulièrement a la plante des pieds , qui est alors convexe, au lieu d'être concave. Bien des fois, la tuméfaction du tissu cellulaire sous-cutané n'est point régulièrement, uniformément développée dans une certaine circonscription, mais serpente en cordons inégaux et flexueux au travers du membre affecté. Généralement , la couleur de la peau est pâle ou livide, excepté pourtant la plante des pieds et souvent aussi la jambe entière , parties alors atteintes d'érythème. L'enfant a la bouche fermée ainsi que les yeux. Mais, à moins de tétanos, complication exceptionnelle , on peut très bien abaisser la mâchoire inférieure des petits malades, comme aussi fléchir les articulations de leurs membres les unes sur les autres. Le thermomètre appliqué sur la peau constate le déficit trop réel de la chaleur animale; car il conserve la température de l'atmosphère ambiante. Introduit dans la cavité buccale, il marque 18 à 20° R. (22 à 25° centigr. ) , suivant les observations de Théodore Léger , faites sous les yeux de Breschet. Vagissemens faibles et lugubres; excessive difficulté, et même complète impuissance de téter et d'avaler; selles et urines naturelles, mais en petite quantité; pouls extrêmement faible , h peine appréciable : voilà les accessoires ordinaires de l'induration cellulaire des nouveau-nés. Enfin, la plupart des petits malades meurent le troisième ou quatrième jour de la maladie.
1130. Nécroscopie. — Les tégumens restent durs après la mort, comme sur le vivant, et se montrent, très souvent du moins, parsemés çà et là de ces taches rougeâtres, brunes ou violacées, qu'on nomme lividités cadavériques. Sous les incisions du scalpel qui opère la dissection de la peau et du tissu cellulaire sous-culané, on voit ruisseler une abondante quantité de sérosité jaunâtre, et qui , suivant les analyses de M. Chevreul (Cons/rf^'ra^. génr'rales sur V analyse organiq. Paris, 182^. — Pag. 218), contient une forte proportion d'albumine. A ce qu'as- Surent quelques observateurs , et comme il me semble l'avoir vu moimême, la consistance du tissu cellulo-adipeux serait en elle-même, et indépendamment de l'infiltration séreuse, plus compacte qu'à l'état normal , et aurait véritablement quelque chose de lardacé ; pour tout dire, eii mi mot, elle m'a paru être, en pareil cas, telle que nous la trouvons dans les environs d'une angioleuciie ou d'une phlébite. i De plus, le microscope a révélé à M. Gluge ( 1126) la présence d'une certaine quantité de globules sanguins dans la sérosité de l'induration cellulaire.
VICES ORGANIQUES niVIÎRS. 719
1132. Complicntions. — Divers observateurs, généralisant avec trop de légèreté et d'assurance ce que le hasard leur avait fait voir dans le cours de leur pratique particulière, ont tour à tour signalé l'iiyperémie encéphalique, l'encéphahte, l'hydrocéphale, l'œdème de la glotte, la persistance du trou de Botal ou du canal artériel, la gastroentérite, le défaut de longueur du tube intestinal, etc. , comme l'accompagnement ordinaire ou même comme la condition pathologique de l'induration cellulaire des nouveau-nés.
Une complication que tous les observateurs s'accordent à reconnaître comme étant à peu près constante, la seule qui soit véritablement digne de remarque par sa constance et par son importance, c'est la pneumonie. Des malheureux enfans qui succombent avec une induration cellulaire, il n'en est peut-être pas un dont les poumons soient sains et non hépatisés.
Ai-je besoin de mentionner expressément la coïncidence de l'induration cellulaire des nouveau-nés avec l'ictère, cette alîeciion insignifiante, ou plutôt cette phase physiologique qui est une des conditions les plus constantes des premiers jours de la vie extra-utérine?
1133. iJn mot sur la nature de l'induration cellulaire des nouveaunés. — Quelques pathologistes, parmi ceux surtout qui n'ont pas pour s'éclairer la ressource des autopsies, n'ont vu là rien autie chose qu'une sorte de congélation, un effet simplement dû h l'action physique du froid extérieur sur un corps où les forces vitales n'ont plus l'énergie nécessaire pour soutenir la lutte. D'autres, avec bien plus de fondement et dans un système bien plus conforme aux données nécroscopiques , ont considéré l'induration comme un état purement œdémateux , imputable, selon la plupart, à telle ou telle gêne de la circulation, et, selon M. Charcellay, de Tours, à la néphrite albumineuse. D'autres, enfin, et je suis de ce nombre , pensent qu'il y a là un état subinnammatoirè du tissu cellulaire; que l'infiltration séreuse n'est là qu'à litre d'effet naturel du travail phlegmasique (279. B.j; en un mot, que l'induration cellulaire des nouveau-nés doit être rapprochée , ainsi M. Alard le veut-il, de l'éléphantiasis des Arabes, qui peut aussi, on le sait, être envisagé, avec beaucoup de raison , comme le résultat d'une sorte de phlegmon subinflammatoirc (701 ). A ce compte, entre l'induration cellulaire des nouveau-nés et l'éléphantiasis des Arabes, il n'y aurait pas d'autre différence fondamentale que celle de la forme aiguë à la forme chronique d'un mal de même nature. Ce qui me |)araît'' surtout militer avec force en faveur de la thèse que j'embrasse relativement à la nature inflammatoire de l'induration cellulaire des nouveau-nés, c'est la fréquente coexistence d'un état érysipélaleux ou érythémateux de la peau , c'est l'augmentation de consistance des lames mêmes du tissu
cellulaire, c'est la constataiiou microscopique des globules sanguins dans la sérosité infiiirée au sein de ce tissu. Non pas, certes, après tout, que je prétende imposer à nos lecteurs cette opinion comme un dogme inébranlable . Si j'avais eu à cet égard une conviction complète , si aucun doute ne m'était resté dans l'esprit, ce n'est pas au présent chapitre que j'aurais renvoyé la maladie dont il s'agit : mais je l'aurais classée résolument dans la famille des inflammations.
1134. Étiolocjie. — A. Les enfans nés avant terme , les jumeaux , les nouveau-nés qui , bien que venus à terme, ont un corps grêle et chétif, ceux qui doivent le jour à des mères vérolées, phthisiques, ou atteintes d'une cachexie quelconque , voilà les êtres malheureux qui sont plus particuhèrement sujets à l'induration cellulaire. C'est surtout dans les grands hospices d'enfans - trouvés qu'on voit régner cette affection , principalement en hiver et en automne. Voilà pour le compte des causes prédisposantes.
B. La cause occasionnelle vraiment impossible à méconnaître , la seule que tous les observateurs s'accordent à proclamer, c'est le froid. Voilà pourquoi l'induration cellulaire se montre si fréquemment parmi les enfans-trouvés , toujours plus ou moins soumis aux injures de l'air par le fait même de leur abandon et de leur exposition. Voilà pourquoi elle atteint plus souvent les enfans des classes pauvres que ceux des classes riches et aisées. Dois-je , d'ailleurs, protester de nouveau contre l'opinion de ceux qui ne verraient là rien autre chose qu'un phénomène physique de refroidissement sans une certaine réaction de la vitalité , rien qu'une sorte de congélation ?
C. Dans quelques cas, assure-t-on, l'induration cellulaire était congéniale; son développement avait devancé l'heure de la naissance; il s'était accompli au sein de la vie intra-utérine, et, par conséquent, l'action directe du froid y avait été entièrement étrangère.
D. Il ne faut pas croire, au surplus, que l'induration cellulaire soit une maladie qui appartienne exclusivement à la pathologie des nouveau-nés. Quelquefois, quoique rarement, on l'a vue à une époque plus ou moins avancée de l'enfance , et même dans l'âge adulte. Ainsi , par exemple, Bard l'a vue chez un enfant de quatre mois, loc. cit., IP observ. , et chez un enfant d'un an , ibidem, IIP observât. (112.); MM. Rilliet et Barthez, chez un enfant de deux ans (112.}; Slrambio, célèbre médecin de Milan , chez un cultivateur de quarante-huit ans, qui fut guéri par l'usage du calomelà haute dose (voirie Journ. général de méd., t. LXI, pag. 23/i, etc.).
1135. Diagnostic. — Très facile ; immédiatement évident, si ce n'est pour les yeux, du moins pour la main qui palpe, n'eût-on jamais vu auravant la maladie.
1136. Pronostic. — Je le répète, les nouveau-nés atteints d'induration cellulaire sont en grand danger, et meurent presque tous. Mais enfin on en peut sauver quelques uns , surtout sans doute entre ceux qui n'ont pas de pneumonie , ou dont la pneumonie est légère.
1137. Thérapeutique. — Bains chauds (79. C. y. ), avec addition d'une poignée de sauge. Bains de vapeur. Douces frictions sur la peau. Vésicatoires aux jambes ou aux cuisses. Une ou deux cuillerées de vin, d'eau de menthe ou de toute autre eau aromatique. Sirop de quinquina, ou d'écorce d'orange. Voilà les moyens qu'on emploie le plus communément pour ranimer les enfans atteints d'induration cellulaire. Mais, encore un coup , il faut l'avouer, ils ont peu de succès.
Palletta a préconisé , outre les bains chauds et stimulans , l'application de deux ou trois sangsues aux jambes. Par un semblable système de traitement, il obtint, assure-t-il, des résultats extraordinairement heureux , à tel point même qu'on a grand'peine à ne pas les considérer comme fabuleux, comme entachés de quelque inexactitude, de quelque illusion. Le célèbre médecin de Milan nous affirme que, dans le second semestre de 182Zi , à l'hospice de Sainte-Catherine , sur soixante-deux enfans trouvés qui présentaient l'induration cellulaire et dont quarante étaient nés avant terme , il n'y en eut que trois qui périrent.
Quelques médecins recommandent l'emploi d'un vomitif, soit le sirop d'ipécacuanha, soit même le tartre stibié, dans le but d'exciter chez les petits moribonds une secousse salutaire.
AB.TICI.E II.