CHAPITRE II
la pierre de touche les parcelles d’or qui servent à l’essai , et dont la main la plus délicate ne sentirait pas la présence. Les bulles de savon qui donnent de si brillantes couleurs sont de minces lames d’eau , dont Newton a mesuré l’épaflleur. Auprès de leur sommet elles n’ont ordinairement que 7—; de millimètre , et elles se réduisent à — — quand elles laissent voir une tacite .noire quelques instans avant d’éclater. Les ailes transparentes des insectes n’ont qu’une épaisseur h peu près pareille , et c’est pour celle raison qu’elles brillent du même éclat. Enfin les pel licules de verre que l’on souffle à la lampe ont aussi la même ténuité et les mêmes couleurs; car c’est une loi générale que tous les corps transparens se colorent des plus vives nuances quand ils n’ont plus que quelques cent-millièmes de millimètre d’épaisseur; mais quand ils sont plus minces ils deviennent tout-h-fait invisibles. Une bulle de savon qui n’aurait que — - — de millimètre d’épaisseur ne pourrait être aperçue par aucun moyen , lors même qu’elle aurait un pied de diamètre.
Pour les corps qui ne s’étendent pas en superficie , et qui ne sont grands que dans une seule dimension , comme les fils de métal ou les filamens organiques , il serait difficile d’assigner les limites de grandeur où l’on cesse de les voir nettement h l’œil nu. Ces limites dépendent de la perfection de l’organe et de l’éclat de la lumière; mais au moyen de loupes et de microscopes il n’est pas besoin d’être fort exercé ni d’avoir un organe très-parfait pour apercevoir d’une manière distincte des fils qui n’ont de diamètre que quelques millièmes de millimètre.
On sait que dans les arts on emploie des fils de cuivre , de fer ou d’argent qui sont aussi fins que des cheveux. La traction qu’on exerce pour les passer h la filière est ce qui limite leur finesse, parce qu’ils deviennent trop faibles pour y résister; mais par divers procédés ingénieux qui ne s appliquent qu’à certains métaux , on parvient h faire des
fils qui sont plus fins que la soie. Le docteur Wollaston a fait des fils de platine qui n’avaient que de millimètre d’épaisseur, c’est-à-dire qu’il faudrait plus de cent quarante de ces fils pour former un faisceau de la grosseur d’un fil de soie d’un seul brin. Quoique le platine soirte plus pesant de tous les corps connus , trois mille pieds de longueur d’un tel fil ne pèsent pas plus d’un grain. Pour arriver à ce résultat , qui paraît être le dernier terme que l’art puisse atteindre, le docteur Wollaston prend un fil de platine de de pouce anglais d’épaisseur, qu’il fixe dans l’axe d’un moule cylindrique de 4- de pouce de diamètre; il remplit le moule d’argent en fusion , et il a ainsi un cylindre d’argent dont l’axe est en platine. En le faisant passer à la filière, les deux métaux s’allongent également et conservent leurs rapports d’épaisseurs; enfin, quand le fil composé est h son plus grand degré de finesse , on le fait bouillir dans l’acide nitrique , qui dissout l’enveloppe d’argent , et qui met à nu le fil de platine.
Puisque la matière peut s’amincir en superficie comme dans les bulles de savon ou les lames de verre , et se rétrécir en longueur comme dans les fils de platine , il est évident qu’elle peut s’atténuer de la même manière dans toutes les dimensions. Ainsi, nous pouvons juger que toutes les parcelles que nous apercevons encore sont des parcelles très-composées. Mais le règne organique nous en offre des preuves encore plus frappantes. On sait maintenant d’une manière certaine que le sang n’est paS un liquide uniforme tel qu’il paraît à la vue , et que sa substance se compose d’une foule de petits globules flottant dans un liquide particulier qu’on appelle le sérum. Cette découverte a été faite à peu près à la même époque en Italie par Malpighi , et en Hollande par Leemvcnhoeck vers 16G0, environ quarante ans après que Harvey eut démontré la circulation du sang. Ces globules sont sphériques dans le sang de l’homme et dans celui des mammifères , et ils sont allongés dans les j