‹ Élémens de physique expérimentale et de météorologie (volume 4)Chapitre 13 sur 131 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

oiseaux et les poissons. Leurs dimensions varient suivant les espèces; dans le callitriche d’Afrique , ils sont les plus gros que l’on ait observés, et s’élèvent à de millimètre ; dans la chèvre, ils sont les plus petits , et ne vont qu’à Les globules du sang de l’homme sont intermédiaires , et paraissent constamment de de millimètre. On peut calculer d’après cette donnée qu’il y en a près d’un million dans la goutte de sang d’un millimètre cube, qui pourrait être suspendue à la pointe d’une aiguille. Dans presque tous les autres mammifères , les dimensions des globules paraissent comprises entre les deux dernières limites. Ces globules ne sont pas des atomes , car ils peuvent être brisés par des actions chimiques , et ensuite ils peuvent être reconstruits; et il n’y a aucun doute qu’ils ne donnent naissance à une multitude de parties distinctes quand ils passent dans la nutrition , car les fibres musculaires, et celles des autres tissus, se composent de globules très-différens des globules du sang, et toujours beaucoup plus petits.

Enfin il y a des animaux complets qui sont aussi petits que les globules du sang et que les plus petites choses perceptibles. Nous pouvons les voir et les étudier: mais c’est le dernier terme où la vue puisse atteindre; ce qui est plus petit n’a plus de grandeur pour nos sens et n’a plus de mesure ; c’est le commencement de l’indéfini en petitesse où se jette notre pensée , et qu’elle poursuit indéfiniment sans trouver un point où elle se doive arrêter.

Au delà de ce dernier terme de sensibilité organique , tout cependant n’est pas hypothèse et conjecture; ces animalcules sont des êtres et des êtres essentiellement composés de parties ; ils sont organisés , puisqu’ils ont la vie et le mouvement; ils sont pourvus de sens , puisqu’ils ont là force et l’instinct. Dans les fluides où ils vivent, ils exécutent , comme les poissons , des mouvemens rapides et variés; ils se dirigent vers un but, ils évitent les obstacles, quelquefois même ils les surmontent; enfin ils ont besoin

d’une proie, et ils savent la chercher et la saisir. j\ous verrons en optique que , dans les dernières classes des êtres visibles , les mœurs ne sont pas moins curieuses à observer que dans les classes les plus apparentes; mais dès «à présent nous pouvons conclure que, dans le petit tout impalpable qui compose un individu de celle espèce, il y a des choses distinctes , des parties molles et des parties solides , des espèces d’articulations pour les mouvemens et des espèces de canaux pour les fluides; enfin que parmi celle excessive petitesse, il y a une nutrition dans toutes les parties et une circulation nécessaires. Ainsi , le raisonnement poursuit encore la divisibilité de la matière , après que nos sens ne peuvent plus la constater; et comme l’ensemble des phénomènes de la chimie nous conduit h adméttre l’existence des atomes , nous arrivons è cetle ccyséquence définitive , que les atomes sont incomparablement plus petits que les dernières parcelles que nous pouvons saisir avec le sens le plus délicat aidé de l’instrument le plus parfait.

1 0. Porosité. — On appelle pores les intervalles qui se trouvent entre les diverses parties des corps. Les espèces de trous qu’on observe dans l’éponge ne sont autre chose que des pores d’une grande dimension; les mailles plus serrées, qui composent son tissu, sont des pores un peu plus petits; enfin , il se trouve encore , entre ces mailles et entre les fibres qui les composent, des interstices qu’on appelle aussi des pores , bien qu’ils soient d’une telle finesse qu’ils échappent è la vue. Ainsi, quand nous concevons une éponge d’un certain volume , d’un décimètre cube par exemple, nous pouvons par la pensée pénétrer dans sa structure intérieure, et distinguer, dans celte étendue totale, l’espace qui est occupé par les diverses fibres de l’éponge , et l’espace très- irrégulier et très-sinueux qui reste inoccupé; nous devons même concevoir que chaque fibre , fùl-clle fine comme un fil d’araignée , est elle-même composée de parties distinctes , et que ces parties sont encore séparées les

CHAPITUE ir.

unes des autres , comme les fibres le sont entre elles.

Le volume , qui n’est occupé que par la substance propre d’un corps, est ce qu’on nomme le volume réel : l’espace apparent, qui est limité par sa forme extérieure , est ce que l’on nomme le volume apparent. Ainsi , le volume apparent diminué du volume réel est précisément le volume total de tous les pores pris ensemble. Quand on presse une éponge , son volume apparent se rapproche de plus en plus de son volume réel ; mais jamais on ne peut la presser au point de ne laisser aucun intervalle entre ses parties. Ainsi le volume réel est une chose que nous concevons très-facilement , mais que nous ne pouvons jamais trouver : c’est pourquoi , quand nous parlons d’un volume , c’est toujours du volume apparent. Ce que nous disons de l’éponge s’applique h tous les corps , quelle que soit leur nature , car nous avons vu par la divisibilité que tous sont composés de parties séparables et par conséquent de parties qui sont distantes les unes des autres; ainsi dans la réalité tous les corps sont faits comme des éponges. L’acier et le diamant, qui sont les corps les plus durs; l’or et le platine , qui sont les corps les plus compactes, ont aussi un volume apparent; il faut de même pénétrer par la pensée dans l’iutérieur de leur masse, et voir entre les atomes qui les composent, des intervalles qui sont incomparablement plus grands que les atomes euxmêmes.

En considérant la porosité dans ce sens le plus étendu , il est rigoureux de dire , comme on le dit d’ordinaire , que tous les corps sont poreux; mais si l’on n’entend parler que de la porosité au travers de laquelle on peut faire passer des liquides ou des gaz , il n’est pas vrai que tous les corps soient poreux , car il y en a au travers desquels on ne peut faire passer aucun fluide, quelque subtil qu’il soit. C’est celle porosité qui donne passage aux corps étrangers , qu’il nous importe de connaître eu ce moment , et nous allons faire voir par des exemples et par des expériences qu’il y a beau-

coup de corps , même des plus compactes , qui se laissent imbiber par les fluides.

Les lissusqui sont un produit de l’art, n’étant autre chose que des assemblages de fibres entrelacées , il n’est pas étonnant que ces fibres laissent entre elles des intervalles ofi puissent pénétrer les liquides , tels que l’eau , l’huile , l’alcool, etc. Aussi le papier , les feutres et les étoffes sont des corps dont tout le monde connaît la porosité. 11 en est de même des corps réduits en poudre; il y a toujours , entre les fragmens , des intervalles où pénètrent les liquides ; c’est pour cela qu’un monceau de sable est humide jusqu’h son sommet, et c’est aussi pour cela que le feu se conserve sous la cendre, car si l’air n’arrivait pas jusqu’au charbon, il s’éteindrait à l’instant.

Les filtres dont on se sert dans les opérations des arts et dans les expériences de chimie ne sont autre chose que des corps poreux, dont les pores sont assez grands pour laisser passer les liquides , et assez petits pour arrêter tous les corps étrangers qu’ils tiennent en suspension ; c’est pour cela que les liquides filtrés sont parfaitement limpides : les filtres ordinaires sont le papier et le charbon.

Tous les tissus naturels, soit dans le règne végétal soit dans le règne animal , sont aussi très-poreux. Il n’est pas nécessaire de faire des expériences pour le prouver : il suffit de remarquer qu’une plante , un arbre ou un animal; n’était à son origine qu’un embryon d’un très-petit volume , car tous les germes sont petits; que ces corps se développent peu h peu, qu’ils vivent dans toutes les parties de l’intérieur, comme dans celles de l’extérieur, et qu’il faut bien que des fluides puissent circuler entre toutes les fibres pour y porter la nourriture et y entretenir la vie.

On peut dire qu’il y a des canaux particuliers pour celte circulation des fluides nutritifs et des autres fluides essentiels , et que dans la porosité des corps vivans il n’y a rien d’accidentel ni d’irrégulier. Sans doute , un animal ou un

Page 1