‹ Élémens de physique expérimentale et de météorologie (volume 4)Chapitre 14 sur 131 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

arbre ne sont pas l’ouvrage du hasard ; leurs parties matérielles ne sont pas entassées d’une manière confuse, comme les parcelles d’un monceau de sable. Mais ce n’est pas le hasard non plus qui a fait les minéraux et les montagnes; leurs parties matérielles ont aussi un certain ordre , et la porosité, dans un cas comme dans l’autre, résulte de l’arrangement nécessaire que les forces donnent h la matière.

Les corps organiques qui ont perdu la vie conservent encore cette disposition vasculaire ; seulement les divers lluidcs, n’étant plus soumis aux forces particulières qui les dirigeaient , s’infiltrent indistinctement à travers tous les pores qui se présentent; tantôt ils s’exhalent, et le corps vivant se dessèche comme le bois , tantôt ils restent confondus et donnent naissance à une fermentation qui les détruit.

Le bois qui est plongé dans l’eau augmente de poids et de volume; celui qui reste dans l’air, soit dans les constructions , soit dans les ouvrages de menuiserie , se retire dans les temps secs et se gonfle dans les temps humides; tous ces effets résultent de sa porosité, qui est très -grande, et on ne peut y remédier que par des peintures ou des vernis.

Les animaux et les bois pétrifiés sont une preuve frappapte de la porosité; puisque la substance qui les pétrifie doit s’infiltrer au travers de la masse et pénétrer toutes les fibres.

Les substances minérales sont plus ou moins poreuses , suivant leur nature et suivant l’arrangement de la matière qui les compose. Les pierres qui sont opaques et celles dont les parties sont très-irrégulièrement arrangées, sont en général les plus poreuses.

La craie et toutes les pierres qu’on nomme calcaires , sont de même nature que le marbre ; il n’y a de différence entre elles que dans l’arrangement des parties , et cela suffit pour que leur porosité soit très-différente. Lorsqu’on verse

NOTIONS préliminaires.

de l’eau sur un morceau de craie , elle est absorbée à l’instant et pénètre dans les pores ; celle qu’on verse sur un morceau de marbre reste à sa surface et n’est point absorbée. De même si on jette un morceau de craie dans un verre d’eau, on voit une foule de petites bulles qui s’élèvent , et si on y jette un morceau de marbre , on n’aperçoit rien de semblable. Ces bulles proviennent de l’air qui remplissait les pores de la craie , et que l’eau en chasse h mesure qu’elle y pénètre. Si on en veut la preuve , il suffit de briser le morceau de craie qui a séjourné dans l’eau; on le trouve mouillé jusqu’au centre, tandis que le morceau de marbre est à peine mouillé au dessous de sa surface. Ce n’est pas que le marbre ne puisse aussi h la longue s’imbiber d’eau; mais pour faire passer les liquides dans les corps qui ne sont guère poreux, il faut en général deux conditions, beaucoup de temps et beaucoup de pression; c’est pourquoi les pierres qu’on tire du fond des rivières ou du fond de la mer sont en général très humides , surtout si elles viennent d’une grande profondeur; car nous verrons qu’à trois ou quatre mille mètres au dessous de la surface de l’eau les corps sont pressés par le poids supérieur du liquide , comme ils le seraient sous une très-forte presse.

Parmi les pierres siliceuses, comme les agathes et les pierres à fusil , il s’en trouve une qu’on appelle hydrophane, dont la porosité se manifeste par un singulier phénomène. L’expérience en est curieuse ; l’hydrophane , dans son état ordinaire, est demi-transparente ; on la plonge un instant dans l’eau , et quand on l’en retire elle est presque aussi transparente que le verre. L’eau a pénétré sa masse comme l’huile pénètre le papier; les bulles d’air qui se dégagent, comme dans l’expérience de la craie , montrent le progrès de l’absorption : leur volume total est égal à celui des pores accessibles à l’eau; mais si on veut avoir ce volume avec plus d’exactitude, il suffit de peser l’hydrophane avant et après l’opération : la différence des poids sera le poids

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de l’eau absorbée , et il sera facile d’en conclure le volumfc.

Il y a beaucoup de phénomènes naturels par lesquels nous pouvons juger que les grandes masses minérales n’ont pas moins de porosité que les petites masses sur lesquelles nous pouvons expérimenter; on sait, par exemple, que dans les grottes les plus profondes, l’eau s’infiltre à travers les parois, et que c’est ainsi qu’elle vient déposer de toutes parts les stalactites , les stalagmites et toutes les autres cristallisations dont l’assemblage offre un spectacle si surprenant. On sait pareillement que les montagnes taillées à pic éprouvent chaque année une sorte d’exfoliation , dont la porosité est une des causes essentielles. Leurs flancs s’imbibent d’humidité, quand ils sont battus par la pluie ou par les vents humides , le froid de l’hiver congèle cette eau et augmente son volume; il en résulte une rupture d’adhérence dans toutes les couches superficielles , et quand vient le printemps , tous ces petits feuillets se détachent peu à peu et tombent jusqu’à l’automne. C’est ainsi qu’au pied des grands escarpemens , s’entassent des couches à peu près de même épaisseur , dont on peut se servir en géologie pour remonter aux temps primitifs où les montagnes ont pris la disposition qu’elles conservent aujourd’hui.

Enfin les métaux eux-mêmes donnent des preuves sensibles de porosité. Une boule d’or, remplie d’eau et soumise à une grande pression , laisse apercevoir, sur tous les points de sa surface , des gouttelettes semblables à celles de la rosée. Cette expérience fut faite, pour la première fois, en 1 66 1 , par les académiciens de Florence ; elle a été depuis très souvent répétée avec des métaux diflerens , et toujours avec le même succès.

II résulte de ces divers exemples de porosité , qu’un grand nombre de corps sont assez poreux pour se laisser pénétrer par les fluides, dès qu’ils sont en contact avec eux; qu’il y en a d’autres qui ne se laissent pénétrer qu’après un

3o NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

temps plus ou moins long , et sous une pression plus ou moins forte ; enfin , qu’il s’en trouve , comme le verre , qui se laisseraient briser plutôt que de se laisser pénétrer. Il est à peine nécessaire de faire remarquer que tous les fluides ne sont pas également subtils pour pénétrer les corps; l’eau, l’alcool, l’éther, les diverses solutions acides ou alcalines | ou d’une autre nature, le mercure, l’huile, le soufre fondu, l’air et les différens gaz , ne peuvent pas s’insinuer avec la même facilité entre les interstices des corps. 11 est trèsheureux , pour les expériences, que le verre soit absolument imperméable à tous les fluides.

11. Compressibilité. — La compressibilité est la propriété qu’ont les corps de pouvoir être réduits à un moindre volume apparent.

On sait que les tissus très-poreux sont en même temps très-compressibles ; l’éponge peut être réduite au tiers , au quart, ou même au dixième de son volume apparent. Le papier , les étoffes , le bois et tous les tissus qui se laissent pénétrer par les fluides peuvent pareillement diminuer de volume', et perdre par la compression les fluides qu’ils contiennent. Il y a une foule de procédés des arts qui ne sont que des applications de ce principe.

Les pierres elles-mêmes, quand elles sont chargées d’un grand poids, se laissent comprimer jusqu’à un certain point. Les bases les édifices et des colonnes qui en soutiennent la charge en donnent des preuves très-évidentes.

Les métaux sont écrouis par la percussion; ils deviennent plus compactes; leurs parties se refoulent les unes sur les autres , et forment une masse plus serrée.

Les monnaies et les médailles reçoivent leurs empreintes sous l’action d’un balancier qui les frappe d’un seul coup; celle pression est si forte qu elle façonne le métal comme la pression de la main pourrait façonner la cire : et non seulement ils changent de forme, pour se mouler sur les traits les plus déliés de l’effigie que porte le coin , mais encore ils

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