CHAPITRE IX
mène vers le point de départ. Il en est toujours ainsi quand une cause quelconque agit sur un gaz; dès qu’elle cesse d’agir , le gaz revient exactement comme il était auparavant. C’est pour cela que les gaz s’appellent des fluides élastiques.
Les liquides qui ont été comprimés paraissent ne rien conservernon plus des pressions qu’ils ont supportées; ils reprennent leur volume à l’instant même où cesse l’action des causes comprimantes.
Il n’y a pas de corps solide qui soit aussi parfaitement élastique que les gaz et les liquides. Le caoutchouc, ou gomme élastique, est peut-être de tous celui qui a le plus d’élasticité; et cependant, soit par la chaleur, soit par de grandes compressions long -temps prolongées ou souvent répétées, on finit par changer sa forme ou son volume.
Toute imparfaite qu’elle est , l’élasticité des solides n’en est pas moins une propriété très-importante et très-curieuse h observer; nous l’examinerons fort en détail dans l’un des livres suivans. Ici nous nous contenterons de faire voir, par quelques expériences, qu’elle se manifeste à divers degrés daus les différons corps.
L’élasticité de l’ivoire est assez indiquée par les mouvemens singuliers des billes de billard; mais on ne peut la montrer plus directement par une expérience ingénieuse» On laisse tomber une bille ordinaire, ou une bille grosse seulement comme une balle , sur un plan très- uni , où l’on a passé une légère couche d’huile; h l’instant elle se relève et rebondit jusqu’h la hauteur du point de départ , ou à trèspeu près. C’est là sans doute une preuve suffisante de son élasticité, et, par conséquent, de son changement de forme; mais si l’on regarde sur le plan , au point où elle a frappé , on y voit une empreinte d’autant plus large que le choc a été plus vif, et qui prouve d’une manière certaine que la bille ne s’est relevée qu’ après s’être aplatie , comme ferait une vessie pleine d’air, ou une bulle de savon; car ces bulles si légères peuvent aussi se réfléchir contre les
corps et rejaillir sans se rompre. Des balles de bois , de pierre, de verre ou de métal, se comportent à peu près comme les billes d’ivoire : toutes s’aplatissent plus ou moins avant de se relever , ce qui est une preuve de leur compressibilité; et toutes, quand elles n’ont pas été comprimées trop vivement, rebondissent et reprennent leur forme première, ce qui est une preuve de leur élasticité. Ainsi, dans le jeu des corps élastiques il y a un double phénomène , celui de la compression ou du changement de forme , et celui du rétablissement complet de toutes les parties. Une feuille de papier, ou même une feuille de plomb, ne sont pas des corps sans élasticité; car on peut leur donner de légères flexions , sans qu’elles se rompent et sans qu’elles cessent de reprendre leur position ; mais si on les écarte un peu trop, leur élasticité est forcée, elles prennent le nouveau pli , et ne font plus d’effort pour en revenir.
L’élasticité résultant toujours d’un dérangement des molécules , soit qu’il ait lieu par pression ou par flexion , soit qu’il ait lieu par torsion ou par traction, l’on juge aisément qu’il y a , pour chaque corps , des limites à ces dérangemens , et, par conséquent, des limites à l’élasticité. Les corps sont d’autant plus élastiques que ces limites sont plus étendues; ainsi les billes d’ivoire sont plus élastiques que les balles de plomb , car elles reviennent d’une Compression plus grande; les lames d’acier plus que celles de verre , car elles peuvent être bien plus fléchies ; les fds de soie plus que ceux de cuivre ou d’argent , car ils peuvent être tordus bien davantage; et les cordes de violon plus que les fils de fer, car elles peuvent être bien plus étirées , sans cesser de revenir à leur première longueur. Mais si l’on ne fait éprouver aux molécules d’un corps que le dérangement que son état d’agrégation peut permettre, elles reviennent toujours très -exactement h leur position ; et, dans ce sens , on pourrait dire que tous les corps, les solides même , ont une élasticité parfaite.