‹ Élémens de physique expérimentale et de météorologie (volume 4)Chapitre 22 sur 131 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

vitesse , à moins qu’une autre force ne vienne agir sur lui, soit pour changer sa direction seulement, soit pour changer h la fois sa direction et sa vitesse; car, de luimême , un corps ne peut rien changer , ni à son état de repos ni à son état de mouvement. C’est ainsi qu’il faut entendre l’inertie , et non pas comme l’entendaient d’anciens philosophes , qui voulaient à toute force que la matière eût un penchant pour le repos. Ils comparaient les corps à des hommes paresseux : ceux-ci , disaient-ils , cherchent le repos, ils ont horreur du travail; de même, la matière a horreur du mouvement , elle se hâte d’entrer en repos dès qu’on cesse de la pousser. Ainsi , pour eux , l’inertie signifiait à peu près la même chose que paresse; mais on voit, d’après ce que nous avons dit, que trois choses essentielles constituent l’inertie : 1 0 la nécessité d’une force pour donner du mouvement à la matière ; 2° la permanence du mouvement quand la force a cessé d’agir; 3° la nécescessité d’une force nouvelle pour changer le mouvement qu’elle a reçu.

Lorsque nous voyons un mouvement qui diminue, qui cesse ou qui change d’une manière quelconque, nous pouvons être assurés qu’il y a quelques 'causes à ces changemens. Une pierre que nous lançons contre le soleil devrait aller jusqu’au soleil, si elle n’était arrêtée par la résistance de l’air et par la pesanteur qui la rappelle vers la terre. Une Lille de billard , une fois mise en mouvement, roulerait d’une bande à l’autre sans jamais s’arrêter, si elle n’éprouvait aussi la résistance dej’air, et un frottement plus ou moins considérable sur les filamens du tapis.

28. La plupart des forces qui mettent les corps en mouvement , n’agissent d’une manière directe que sur un petit nombre des molécules qui composent les corps. Ainsi , quand on choque une bille de billard , on ne touche que quelques points de sa surface; quand le vent pousse

un vaisseau, il ne presse que les voiles; et quand la poudre lance un boulet , les gaz qui se développent et qui donnent l’impulsion ne touchent et ne pressent que son hémisphère intérieur. Cependant toutes les parties d’un corps se meuvent ; aussi bien les parties sur lesquelles la force n’agit pas, que les parties qu’elle pousse directement. Il faut donc qu’il se fasse un partage du mouvement entre toutes les molécules , et un partage égal , afin qu’aucune ne prenne l’avance et qu’aucune ne reste en retard : celles qui sont directement choquées poussent les voisines, cellesci les suivantes, et ainsi de proche en proche, jusqu’à ce qu’enfin toute la masse soit ébranlée et que toutes les parties se meuvent d’un commun mouvement. Pour passer d’une molécule à l’autre , et pour se répandre dans toute la masse , le mouvement exige un certain temps qui n’est pas très-grand, mais qui n’est pas non plus infiniment court; la durée de cette diffusion du mouvement est analogue à la durée qui est nécessaire pour qu’un fluide se répande dans un vase et s’y mette de niveau : elle dépend de la masse et de la nature du corps; c’est pourquoi il n’y a jamais de mouvement qui soit absolument instantané. Ce principe s’étend à toute matière, même à celle qui entre dans la composition des corps organiques : dans l’animal le plus vif, le mouvement n’est pas aussi rapide que la pensée, il faut un certain temps très-court pour qu’il prenne son essor et sa vitesse. Un oiseau peut voir la flèche qui vient le frapper, mais la flèche est plus rapide que les contractions musculaires, et n’eût-il qu’à tourner la tête pour éviter le coup , la tête est percée avant que le jeu des muscles ait produit son effet. 11 y aurait de curieuses recherches à faire sur la rapidité de la contraction des divers organes dans les divers animaux.

29. De la Quantité de mouvement. — Quand une force agit sur un corps , quand le mouvement s’est répandu dans toutes les parties de la masse et que toutes se meuvent

Page 1