CHAPITRE T
moins d’une manière très probable , que la matière n’est pas indéfiniment séparable en parties , qu’à un certain degré de petitesse, qui est bien au dessous de ce que nos sens peuvent saisir, il y a de dernières parties qui sont absolument inséparables et qui sont de véritables atomes. Toutes les découvertes récentes semblent confirmer cette opinion , et c’est aujourd’hui celle qu’on adopte exclusivement. Elle est très-commode en physique; mais ce ne serait pas une raison de l’adopter, si d’ailleurs on ne prouvait pas qu’elle est la plus vraisemblable; car on sait bien qu’en toutes choses les explications qui semblent les plus commodes ne sont pas toujours celles qui sont au fond les plus vraies.
Ainsi, nous admettons l’existence des atomes, comme une vérité fondamentale qui doit nous servir de guide dans nos recherches. Une réunion d’atomes est ce qu’on appelle un corps. Les corps auront en général un plus grand ou un plus petit volume, suivant qu’ils seront composés d’un nombre d’atomes .plus grand ou plus petit; ils auront des apparences différentes , si les atomes sont diversement arrangés pour les composer; ils auront une différence un peu plus marquée , si les atonies diffèrent par leur forme ou leur grandeur, et enfin ils pourront être essentiellement diffërens , s’il existe des atomes qui different par leurnature substantielle.
Dans un volume donné d’un corps , dans une boule d’or, par exemple , on ne suppose pas que tous les atomes soient arrangés de la même manière, et tous également distans les uns des autres; mais on est conduit h supposer que plusieurs atomes sont groupés de manière h former ce qu’on nomme une molécule , une particule , et que les molécules sont groupées à leur tour pour donner au corps sa structure et son ensemble. Ainsi deux molécules ont en général bien plus de distance entre elles que n’en ont entre eux les atomes qui les composent. C’est là le sens propre
qu’on attache î» ces mots , molécules et particules, qui sont à peu près synonymes; mais quelquefois on les prend dans un autre sens : comme quand on dit, les molécules des corps sont ébranlées par le choc , elles sont en vibration dans les corps sonores, elles sont dilatées par la chaleur, traversées par la lumière , etc. ; alors on ne veut plus parler strictement de chaque groupe d’atomes en particulier, mais on veut parler, d’une manière vague, de petites portions que l’on conçoit dans l’intérieur des corps et que l’on sépare par la pensée. Enfin , quand on brise un corps , on se sert encore des mots molécules et particules pour en désigner les plus petits fragmens.
Nous n’observous que trois états différons dans tous les corps qui sont soumis à nos observations; ils sont solides , comme les pierres , les métaux et les tissus organiques ; ils sont liquides, comme le mercure, l’eau, l’esprit-de-vin ou les fluides des corps vivans; enfin ils sont gazeux, comme l’air. Les liquides et les gaz se désignent quelquefois par un nom commun; on les appelle des fluides Une chose digne de remarque, c’est qu’un même corps peut être tantôt solide , comme la glace , tantôt liquide , comme l’eau , tantôt gazeux, comme la vapeur. Nous verrons dans quelles circonstances se produisent ces mutations; pour le moment, il suffit de les indiquer, parce qu’elles sont connues de tout le monde, et parce qu’en y réfléchissant on habitue l’esprit à pénétrer dans l’intérieur des corps et h bien comprendre qu’ils ne sont que des assemblages ou des agglomérations d’atomes; que ces atomes sont séparés les uns des autres, et maintenus h des distances plus ou moins grandes, et qu’enfin il est possible que , sans se toucher , ils agissent de concert , et se communiquent des pressions ou des mouvemens.
5. Des Forces. — Les atomes simplement posés à côté les uns des autres ne pourraient constituer ni les corps solides , ni les autres corps de la nature ; ils