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ne feraient tout au plus qu’un amas incohérent et instable , pareil h un monceau de sable ou de poussière. Une pierre ou un morceau de fer sont des corps solides et résistans : il faut donc qu’il y ait quelque chose qui retienne les atomes , qui les attache l’un à l’autre , qui les fixe à leur place. Les corps se briseraient sans effort, s’il n’y avait que des atomes simplement juxtaposés, ou plutôt il n’existerait pas de corps; il n’existerait que de la poussière. Nous concevons que dans un morceau de fer un atome quelconque est pressé contre les atomes voisins comme un bloc de pierre est pressé contre le sol; pour soulever la pierre il faut un certain effort; pour arracher l’atome si on pouvait le saisir, il faudrait aussi un effort plus ou moins grand. Ces pressions sont des effets qui pourraient ne pas être et qui supposent par conséquent qu’il y a des causes pour les produire Ces causes, quoique très différentes dans leur nature, sont ce que l’on appelle en général des forces.
Ainsi , il y a des forces qui agissent sur les atomes de fer, qui les pressent les uns contre les autres , qui les retiennent en leur lieu, et qui donnent à la masse cette fixité que nous observons. De même, il y a des forces qui agissent sur les molécules de tous les corps solides et qui leur donnent, à l’intérieur, une structure déterminée, et à l’extérieur une forme permanente. Enfin , comme il n’y a pas de corps qui n’ait une certaine manière d’être , et une certaine dépendance entre ses parties , on en conclut que , là où il se trouve plusieurs atomes voisins, il y a toujours entre eux une action mutuelle , par laquelle ils se sollicitent les uns les autres et prennent un arrangement déterminé.
Les liquides , qui sont si mobiles , ont eux-mêmes cette dépendance entre toutes leurs parties voisines : une goutte d’eau a toujours une forme particulière , soit qu’on l’observe sur quelque surface, ou plutôt sur les plantes où
elle se dépose en rosée, soit qu’on l’ohserve aux extrémités des corps où elle se tient suspendue. Cette forme qu’elle prend est le résultat de l’action de ses molécules, car sans actions mutuelles , elles resteraient séparées et tomberaient isolément.
L’air, qui est invisible et qui est si subtil , n’est pas une exception à cette loi générale. Il est impénétrable , puisqu’il résiste quand il est enfermé dans une vessie, dans un ballon ou dans un aütre espace quelconque. Donc il est aussi composé d’atomes et de molécules; donc ses diverses parties exercent aussi une action mutuelle les unes sur les autres : entre mille phénomènes qui en sont la preuve , nous citerons seulement le phénomène de la respiration , que tout le monde peut observer. L’air extérieur pénètre dans les poumons, à mesure que la poitrine s’ouvre pour le recevoir; ainsi les molécules du dehors agissent sur les molécules du dedans , elles les pressent et les forcent d’entrer; et, quand l’air est enfermé dans la poitrine, les molécules intérieures réagissent aussi les unes sur les autres, pour en remplir toute la capacité, comme elles réagissent les unes sur les autres , pour se répandre dans toute l’étendue d’un vase , quelque petit ou quelque grand qu’il soit. Ces forces , qui agissent sans cesse dans l’intérieur d’un corps entre toutes les molécules voisines , ou entre tous les atomes qui composent une molécule , s’apellent forces moléculaires , ou attractions moléculaires ;
11 serait mieux de les appeler actions moléculaires , ou forces atomistiques , ou forces constitutives des corps , puisqu’en effet ce sont ces forces qui donnent aux corps leurs constitutions particulières et leurs modes d’existence. Nous examinerons plus tard s’il n’y a qu’une seule force de celte nature, ou s’il y en a plusieurs qui se combattent, qui se balancent, et qui sont tour à tour plus grandes ou plus petites.
Outre les forces moléculaires , il y a des forces d’une
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autre nature : les corps tombent d’eux-mêmes , quand on les abandonne; les rivières coulent sans cesse; le soleil semble tourner autour de la terre : voilé des mouvemens que nous observons, et nous jugeons dans notre pensée que la matière pourrait exister sans que ces mouvemens lussent produits. Ils ne sont donc que des effets accidentels dus h des causes déterminées. Ces causes du déplacement des corps ou des mouvemens de translation s’appellent aussi des forces ou des puissances. Elles ont sans doute des rapports avec les forces moléculaires , qui peuvent aussi, dans certains cas, imprimer des mouvemens de translation ; mais en général on les distingue , comme nous le verrons plus loin.
6. Du Repos et du Mouvement. — Les idées de repos et de mouvement sont, comme l’idée d’impénétrabilité , des conceptions simples et primitives, qui ne peuvent ni se décomposer ni se définir. On conçoit le repos , on conçoit le mouvement, on peut aider un esprit h comprendre ces choses d’une manière plus générale ou plus féconde; mais dans aucune langue on ne peut les expliquer ni l’une ni l’autre que par des mots équivalens. Dès que nous avons l’idée d’espace et l’idée de nous-mêmes, nous nous prenons pour un centre autour duquel l’espace indéfini se développe, et nous avons l’idée de direction, de distance et de situations respectives. Nous avons besoin de l’aspect du ciel pour nous orienter par rapport au soleil et aux astres ; mais nous n’avons besoin que du sentiment de nous-mêmes pour nous orienter par rapport à nous : à moins de tout confondre , nous ne confondons pas l’espace qui est devant nous avec l’espace qui est au dessus de nos têtes ou sous nos pieds, ni celui qui est à droite avec celui qui est é gauche. L’homme qui a vécu dans les ténèbres, soit à la surface de la terre, soit au fond des mines, ne sait ce que c’est que l’orient, l’occident ou les pôles du monde, toutes choses qui se rap-
13 NOTIONS PR^LIMINAIEES.
portent à l’aspect du ciel qu’il ne connaît pas; cependant il conçoit l’espace, et par la pensée il le sépare en diverses régions qui ont rapport h lui-même; en régions latérales, antérieures et postérieures , et en régions hautes ou régions basses. Nous pouvons tous faire abstraction de la matière sans pouvoir jamais faire abstraction de nousmêmes; et, une fois que nous avons de la sorte pris possession de l’espace, nous pouvons comprendre que rien ne change plus ni en nous ni autour de nous : nous avons alors l’idée de repos et de repos absolu; car on appelle repos absolu d’un corps la persistance réelle de ce corps dans le même lieu de l’espace. De même , nous pouvons comprendre qu’il arrive un changement de place; nous pouvons comprendre que nous avançons ou que nous reculons dans une de ces régions idéales; que nous allons d’un côté ou de l’autre; que nous montons ou que nous descendons : alors nous avons l’idée du mouvement et l’idée de mouvement absolu ; car on appelle mouvement absolu d’un corps le déplacement réel de ce corps dans l’espace. Il y a deux choses essentielles à considérer dans le mouvement: sa direction et sa lenteur ou sa rapidité, qu’il ne faut pas confondre avec sa vitesse dont nous parlerons plus loin. Si le mobile, ou le corps qui se meut, parcourt une ligne droite, le mouvement est dit rectiligne, et la droite parcourue par le mobile est la direction du mouvement ; au contraire , si le mobile parcourt une courbe quelconque, le mouvement est dit curviligne, et l’on dit encore que la courbe qu’il parcourt est en général la direction du mouvement. Mais dans ce dernier cas, pour exprimer sa direction dans un instant quelconque, il faut remarquer qu’entre deux points d’une courbe, on peut mener une infinité de tangentes ou de lignes droites qui ne font que toucher la courbe; alors le mobile étant en même temps sur la courbe et sur une tangente , on dit que la direction de son mouvement est celle de la tangente sur