OBSERVATIONS BAROMÉTRIQUES. CHAP. II. 7 ] 7 DES OURAGANS
De quelques effets produits par les ouragans.
654. Dans îa zone torride et dans tous les climats à hautes températures, les ouragans sont fréquens et se déploient avec une violence prodigieuse; dans nos climats tempérés ils sont à la fois plus rares et moins violons: et , dans les régions polaires, les grandes secousses atmosphériques , qui sont du reste assez habituelles, se réduisent , à ce qu’il parait, à des vents de tempête ou seulement à des vents très-forts. Les ouragans occupent en général une grande étendue en largeur et une étendue encore plus grande en longueur : on en pourrait citer qui ont parcouru quatre ou cinq cents lieues avec une intensité presque égale ; ils se propagent comme le vent par un mouvement de translation dans une direction à peu près constante ; ce qui les caractérise, c’est leur vitesse qui est excessive: elle est quelquefois de plus de vingt lieues à l’heure. 11 n’y a point d’agent caché qui soit en jeu dans les ouragans, point de fluide impondérable analogue à l’é'ectricité qui exerce une action directe; ce n’est, en dernier résultat, que de l’air en mouvement qui agit par sa puissance mécanique : et l’air est si léger, que toute sa puissance semble devoir être extrêmement bornée ; mais la force que les molécules d’air n’ont pas par leur masse, elles la prennent par leur vitesse, et elles deviennent ainsi capables de produire des effets qui paraissent d’abord incroyables, et qui sont cependant conformes aux lois de la mécanique.
Pour donner une juste idée de ces effets nous rapporterons ici quelques-uns des trop fameux désastres causés par l’ouragan qui a dévasté la Guadeloupe le i5 juillet 1820.
Des maisons solidement bâties ont été renversées; un édifice neuf, élevé aux frais de fétat avec la plus grande solidité, a eu une aile entière complètement rasée.
Le vent avait imprimé aux tuiles une telle vitesse , que plusieurs pénétrèrent dans des magasins à travers des portes épaisses.
Une planche de sapin dura mètre de long , de deux décimètres et demi de large et de vingt-trois millimètres d’épaisseur, se mouvait dans l’air avec une si grande rapidité, qu’elle traversa d’outre en outre une tige de palmier de quarante- cinq centimètres de diamètre.
Une pièce de Lois de vingt centimètres d' équarrissage et de quatre à cinq mètres de long, projetée par le vent sur un chemin ferré, battu et fréquenté, entra dans le sol de près d'un mètre.
Une belle grille en fer, établie devant le palais du gouverneur, fut entièrement rompue.
Trois canons de se déplacèrent jusqu’à la rencontre de l’épaulemcnt delà batterie qui les renfermait.
Nous avons choisi de préférence cet e’xemple parce qu’il est récent et authentique. Un de nos officiers supérieurs les plus distingués, le général du génie Baudrand , aide-decamp du prince royal, duc d'Orléans , a eu l’occasion de constater sur les lieux l’exactitude de ces faits.
Pour expliquer ces phénomènes , il n’y a qu’une seule difficulté, celle de savoir comment l’air a pu recevoir dans l’atmosphère une si prodigieuse vitesse \ car cette vitesse étant donnée, les actions mécaniques les plus étonnantes en deviennent des conséquences nécessaires. C’est du gaz en mouvement qui pousse le boulet hors du canon, et c’est aussi du gaz en mouvement qui lance dans les airs des quartiers de rocher lorsqu’une mine fait son explosion.
De la direction des ouragans. Les ouragans peuvent , comme le vent , se propager par impulsion ou par aspiration. Ce second mode mérite toute l’attention des météorologistes, parce qu’i\„fournit une donnée importante sur la cause du mouvement. Nous rapporterons ici divers exemples dans lesquels il a été constaté d’une manière précise.
OBSERVATIONS BAROMETRIQUES. - ClIAP. II. 719
C’est Franklin qui parait en avoir le premier fait l'observation. 11 rapporte quelque part dans scs lettres ( Lelters and Papers on philosopliical subjects. . . , 36° lettre), qu’ayant voulu observer une éclipse de lune à Philadelphie , il en fut empêché par un ouragan du nord-est , qui se manifesta sur les sept heures du soir, et amena , comme d’ordinaire, des nuages épais qui couvrirent tout le ciel. Il fut surplis quelques jours après d'apprendre qu’à Boston, situé environ quatre cents milles au nord-est de Philadelphie, la tempête n’avait commencé qu'à onze heures du soir, long-temps après l’observation des premières phases de l’éclipse ; et comparant ensemble les rapports recueillis dans diverses colonies, Franklin observa constamment que celte tempête du nord-est avait eu lieu d’autant plus tard que la station était plus septentrionale , et qu’ainsi le vent soufflait dans un sens et avançait progressivement en sens contraire.
M. Mitchill a observé deux phénomènes analogues , l’un en février 1802 et l’autre en décembre 1811. L’ouragan du 21 février 1802 se fit sentir
Latitude nord.
A Çharlestown . . 34° 4^ , le 21 février, à deux heures
après midi,
A Washington. . . 38° 55', à cinq heures du soir,
A New-York. . . . 4°° ■> à dix heures du soir ;
A Albany . 44° oo' , Ie 22 février, au point du
jour.
Ainsi il avançait du sud au nord , et cependant partout le vent soufflait du nord-est.
L’ouragan du 23 décembre 1 8 1 1 se fit sentir
Latitude nord.
AunordducapHatteras 35° i5', le 23 décembre, à huit
heures du soir,
A Washington ... ; 38° 55', à io heures.
A New-York . 4°° 4°', à minuit;
A Lyme . , le décembre, à deux
heures du matin.
A Boston . 42° 22', à quatre heures du matin.
Ainsi il avançait du sud au nord , et cependant partout la tempête se faisait sentir par d’épouvantables bouffées de vent du nord. A Norfolk le thermomètre descendit de près de 17° centigrades, dans la seule nuit du au 24 décembre. Des troupeaux et plusieurs individus, surpris en rase campagne, dans le voisinage de Boston , par ce froid intense et subit , périrent gelés. Jamais peut-être 011 ne compta autant de naufrages sur la côte des Etats-Unis , et en particulier sur celle de Long-ls/and, en facedeNew- York. ( Ann. de phys. et de chim. , tom. IX , pag. 66. ) Ces phénomènes semblent indiquer, comme Franklin le supposait, qu’il se fait de temps h autre, au dessus du golfe du Mexique, unegrandcraréfaction dans l’atmosphère; soit que cette raréfaction provienne d’une subite précipitation de vapeurs, soit qu’elle ait quelque autre cause inconnue. Dans tous les cas, il est plus facile de concevoir une si grande vitesse produite dans l’air par aspiration que par impulsion ; car on ne connait aucune cause qui puisse directement repousser l’air avec tant d’impétuosité,