DES TROMBES
655. Le phénomène des trombes est en même temps le plus extraordiuairedes phénomènes météorologiques, dans les effets qu’il produit, et le plus incompréhensible dans ses causes. Pour en donner une juste idée, nous rapporterons textuellement la description de deux trombes qui ont été observées dausccs derniers temps, l’une entre Boulogne et Samt-Omer, en 1822 , l’autre dans les enviions de Trêves eu 1820.
OBSERVATIONS BAROMÉTRIQUES. — CHAP. II. yai
Extrr.iL d'un rapport, rédige par M. Desmarquoy , sur une trombe qui a dévasté plusieurs communes du Pasde-Calais , le 6 juillet 1822.
« Le G juillet 1822, à une heure trente-cinq minutes de l’après-midi , dans la plaine d'Ossonval , village situé à six lieues ouest-sud-ouest de Saint-Omer et à six lieues sud-est de Boulogne, des laboureurs durent quitter leur charrue à cause de l’obscurité et par la crainte d’un orage dont ils étaient menacés. Des nuages, venant de différens points , se rassemblaient rapidement au dessus delà plaine. Bientôt ils n’en formèrent qu’un, qui, seul, couvrait entièrement l’horizon. Un instant après, on vit descendre de ce nuage une vapeur épaisse, ayant la couleur bleuâtre du soufre en combustion : elle formait un cône renversé dont la base s’appuyait sur la nue. La partie inférieure du cône, qui descendait sur la terre, forma bientôt en tournoyant avec une vitesse considérable, une masse oblonguc, de 3o pieds environ , détachée du nuage. Elle s’éleva en faisantle bruit d’une bombe de gros calibre qui éclate, laissant sur la terre un enfoncement, en forme de bassin circulaire de 20 à 25 pieds de circonférence, et de 3 à 4 pieds deprofondeur à son milieu. A peine éloigné de cent pas du point de départ, et dirigeant sa roule de l’ouest à l’est, la trombe franchit la haie d’un manoir, y abat une grange, et donne à la maison , plus solidement bâtie , une secousse que le fermier a comparée à celle d’un tremblement de terre. Elle avait, en franchissant la haie, déchiré et emporté la couronne des arbres les plus forts : vingt-cinq à trente arbres étaient renversés et couchés en sens divers , de manière à prouver que la trombe faisait son chemin en tournoyant. D’autres furent enlevés et accrochés, ainsi que plusieurs couronnes, au sommet des plus grands arbres ( de Go à ’jo pieds de haut ).
)) Après ces premiers effets, la trombe parcourut une distance de deux lieues sans toucher à terre , en emportant de très-grosses branches d’arbres, qu’elle vomissait à droite et à gauche avec bruit; arrivée à la pointe élevée du bois de Fanquembergue, elle y arracha de nouveau la tête de plusieurs chênes, que l’on vit passer avec elle au dessus du village de Vendôme , situé au pied de la colline, du côté est de la forêt.
» La trombe ne fit dans cette commune d’autre ravage que celui d’enlever avec sa racine un sycomore très-gros , dans une prairie appartenant à M. Degroseiller ; l’arbre fut retrouvé à la distance de six cents pas.
» Continuant sa route à la manière d’un boulet qui frappe la terre et se relève eu ricochant, la trombe se porta au village d’Audinctnu, où elle abattit la toiture de trois maisons et enleva plusieurs arbres , entre autres cinq ormes de très-grande hauteur, tous cinq sortant d’une même soüche.
» Au sortir de la vallée où sont situés ces derniers villages, la trombe s’éleva sur Une montagne dite Je Capellc. Plusieurs paysans, qui y labouraient, virent avec effroi ce phénomène extraordinaire traverser leurs habitations; ils craignirent bientôt pour eux-mêmes et n’eurent, pour échapper. au danger, que le temps de se coucher, en se tenant fortement à leurs instrumens aratoires. Ils remar-i q lièrent avec étonnement que leurs chevaux étaient tristes, mais ne s’effrayèrent pas; le soc d’une de leurs charrues fut enfoncé dans la terre assez fortement pour résister aux efforts de trois chevaux; ils envoyèrent une pioche pour ne pas le casser.
» Ce fut par ces laboureurs, qui étaient placés sur la montagne, de manière à voir la trombe arriver et continuer sa route , que je parvins à connaître à peu près sa| forme, sa grandeur et les élémens présumés qui pou-1 Yaieut entrer dans sa composition. La forme était oyale; la