OBSERVATIONS BAROMÉTRIQUES. — CHAP. II
» Le ciel , à la suite de la pluie qui venait d’avoir lieu , était encore couvert, lorsque, tout-à-coup , du milieu d’un nuage noir qui s’élevait de l’est-nord-est , une masse lumineuse commença à se mouvoir en sens contraire et à le déchirer violemment. Le nuage prit bientôt, vers le haut, la forme d’une cheminée, de laquelle se serait échappée une fumée d’un gris blanchâtre, assez mélangée par intervalles de jets de flamme, et s’élevant par plusieurs ouvertures avec autant de force ( ainsi s’exprimèrent un certain nombre de témoins) que si elle avait été chassée avec la plus grande vivacité par plusieurs soufflets.
i» Le météore était arrivé au dessus des vignes de Disburg et vis-à-vis Ruwer, lorsqu’à quelque distance plus au sud sur la rive droite de la Moselle, tout-à-fait en contact avec le sol , un nouveau météore, comme il sembla à plusieurs individus, apparut d’une manière effrayante; il dispersa des masses de charbon de terre entassées autour d’un arbre , renversa un ouvrier d’un four à chaux , qui se trouvait là , et se précipita à travers la Moselle avec un fracas épouvantable, comme si un grand nombre de pierres se heurtaient ensemble. L’eau s’élança en une haute colonne.
» Roulant avec le même fracas , ce dernier météore , toujours à terre , se dirigea de la Moselle à travers les campagnes de Falzel, laissant des traces évidentes de sa route en zig-zag à travers les champs de blé et de légumes. Une partie des légumes fut entièrement détruite, une autre partie couchée et hachée , le reste enlevé au loin dans les airs.
» Plusieurs femmes j près desquelles passa le météore, s’évanouirent; d’autres, plus éloignées, se cachèrent, ou s’enfuirent en criant ; Tous les champs sont en feu. Deux ouvriers, qui étaient montés sur un arbre, observèrent le météore dans tout son trajet; un autre eut même la pensée courageuse de le suivre, et cela était facile en marchant d’un pas ordinaire. Mais dans un des zig-zag qu’il décrivait,
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y Ci 6 LIVRE NEUVIÈME.
le météore l’enveloppa tout à coup. Il se sentit tantôt tiré en avant, tantôt violemment soulevé-, il se pencha en s’appuyant fortement à terre avec ses outils ; mais il n’en fut pas moins jeté à la renverse. Le tourbillon pourtant l’abandonna et continua sa route.
» Il ne se souvient d’aucune impression particulière qui aurait affecté soit l’odorat, soit le goût, mais seulement d’un bruit assourdissant. Il affirme qu’il y avait deux courans , dont l’un s’élevait obliquement , entraînant les liges et les épis avec d’autres corps légers-, l’autre avait une direction contraire.
» La route que le météore s’était frayée à travers les champs avait, suivant différens rapports, de io à 18 pas de largeur, sur une longueur de 2100 pas. Sa forme était à peu près conique. Sa couleur tantôt gris-blanc ou jaune, tantôt brun obscur ; le plus souvent celle du feu. Le premier météore était en l’air au dessus de celui-ci, à peu près parallèle, en avant vers le nord ; il présenta, pendant environ 1 8 minutes , une grande masse d’un gris blanchâtre, qui semblait souvent vomir de la fumée rouge de flamme, et qui, vue à la distance d’environ une demilieue , avait la forme d'un serpent de i4o pas de long, dont la tête était vers le nord-nord-est, la queue à l’opposite.
» En 8 à 10 minutes de temps, la queue s’était changée déjeà en s’abaissant; au moment où elle allait toucher la tête, tout le phénomène disparut, et cU même temps aussi le météore inférieur , sans que , ni de la partie élevée en l’air, ni, comme l’assure un témoin oculaire, de la partie inférieure, il y eût aucune explosion; mais alors une odeur de soufre très-puante se répandit sur toute la campagne. Presque aussitôt un orage éclata sur les bois, situés au nord-nord-ouest du lieu, où s’était montré le météore, et fut accompagné d’une grêle à grains extraordinairement gros.
« Le soleil ne parut point pendant tout ce temps, à ce