‹ Élémens de physique expérimentale et de météorologie (volume 5)Chapitre 55 sur 79 · NEIGE ROUGE · texte numérisé non relu

NEIGE ROUGE

669. Neige rouge des Alpes , des régions polaires et de la Nouvelle - Shetland du Sud. Les anciens avaient remarqué que la neige prend quelquefois une teinte rouge, car on trouve dans les œuvres de Pline (liv. ix , cliap. xxxv) un passage dans lequel il est dit que la neige devient rouge en vieillissant : Ipsa nix vetuslate rubescit. I.efait est à la fois énoncé et expliqué; c’était l’usage des anciens, et, par un hasard assez extraordinaire , il se trouve quelque chose de juste dans cette singulière explication.

Plusieurs observateurs modernes se sont occupés de ce' curieux phénomène. De Saussure avait vu de la neige' rouge en 1760, sur le B ré ver n , et en 1778 sur le Saint*- Bernard ( V oy âge dans les Alpes). Après en avoir décrit le gisement et toutes les apparences, il suppose que cette" coloration delà neige est produite par des poussièrcsvé* gétales. Ramond a trouvé pareillement de la neige ronger dans les Pyrénées, Le capitaine Ross en a trouvé sur k?£

côtes de la baieBaffin ; les capitaines Parry , Franklin et Scoresby ont pu en recueillir à des latitudes boi'éales beaucoup plus élevées, et enfin des navigateurs en ont trouvé abondamment dans la Nouvelle-Schetland du Sud, à 70° de latitude australe.

Les généreux solitaires de l’hospice du Saint-Bernard , qui se livrent avec un zèle si louable aux observations météorologiques aussi bien qu’aux devoirs pénibles delà charité, ont aussi l’occasion de voir habituellement des neiges rouges et d’en recueillir pour les soumettre à l’expérience. C’est par leurs soins que M. deCandolle a pu faire, à Genève, une comparaison directe entre la substance colorante des neiges polaires et des neiges du Saint-Bernard.

Dans les Alpes , la neige rouge se trouve répandue çà et là, et particulièrement dans les lieux bas ou dans les petits enfoncemens abrités; elle ne pénètre pas à plus de deux ou trois pouces de profondeur, ou pour mieux dire , les zones quelquefois profondément ensevelies dans lesquels on la trouve, n’ont en général que 2 ou 3 pouces d’épaisseur.

Sur les côtes de la baie de Baflin , le capitaine Ross a recueilli de la neige rouge sur une vaste colline de 2 ou 3 lieues d’étendue; le sommet de cette colline était dépouillé de neige et pouvait avoir environ 200 mètres de hauteur. Quelques-uns des savans de l’expédition paraissent supposer que la neige rouge se trouvait à 10 ou 12 pieds de profondeur au-dessous de la surface; d’autres disent qu’elle n’avait que quelques pouces d’épaisseur. Cette étrange discordance laisse qu^ue incertitude sur un point qui n’est pas cependant sans intérêt.

Pour analyser ces neiges extraordinaires , on les recueille dans des flacons , et l’on conserve l’eau de fusion à l’abri du contact de l’air, la substance qui la colore n’éprouve pas d’altération Sensible avec le temps, car l’eau , qui est limpide lorsqu’elle est bien reposée , devient rouge

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