‹ Élémens de physique expérimentale et de météorologieChapitre 87 sur 159 · CHAPITRE V. — VISION · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — VISION

1® L’oeil esl achromatique , car les objets ne nous paraissent jamais environnés d’auréoles colorées.

2° La netteté des images semble être indépendante de ta distance des objets ; car nous voyons nettement encore à quelques pieds , à quelques toises , à quelques lieues même, et jusqu’à plusieurs millions de lieues : l’image d’une étoile est aussi nette que celle d une étincelle que nous avons sous les yeux.

Pour résoudre la première difficulté, il faudrait connaître exactement les indices de réfraction , les puissances dispersives, et les courbures de tous les milieux que la lumière traverse depuis la cornée jusqu’à la rétine; question d’autant plus compliquée et plus difficile , que les diverses parties du cristallin ont des réfractions et des puissances dispersives différentes. Cependant, sur ce point, on peut consulter avec intérêt les Mémoires de M. Chossat {Ann. de phys. et de chim.).

Pour résoudre la seconde , on a eu recours à diverses hypothèses dont il est utile d’indiquer au moins la substance.

401. Hypothèses par lesquelles on a essayé d’expliquer -jomment l’œil s’accommode aux distances. — Pour démontrer d’abord que l’œil s’accommode aux distances , il suffit d’indiquer l’expérience suivante :

Sur un verre mince et transparent, on fait une petite lâche , et on la présente devant l’œil à 6, 8 ou 10 pouces de distance; alors, lorsqu’on regarde cette tache , on ne voit lu’une image confuse des objets qui sont au-delà du verre; et réciproquement, lorsque, sans déranger l’œil, on regarde ces objets plus éloignés , on ne voit plus qu’une image confuse de la tache. Donc les objets qui sont à 10 pouces et ceux (jui sont plus loin ne forment pas leurs images en même temps et avec la même netteté sur le fond de l’œil , car on les verrait à la fois distinctement et sans confusion. Par conséquent l’œil s’accommode par un acte de la volonté, tantôt pour voir près, tantôt pour voir loin ; et en effet, on a le

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sentiment d’une modiGcation différente pour chacune des distances auxquelles on regarde. Pour expliquer cette propriété , on a fait une foule d’hypothèses : les uns admettent que l’œil entier s’allonge ou se raccourcit; les autres que c’est seulement la cornée transparente qui devient plus ou moins convexe ; d’autres supposent que c’est le cristallin qui agit, soit en se contractant, soit en se déplaçant. Mais il est bien certain que l’œil ne s’allonge pas et que la cornée ne change pas de courbure; pour le cristallin, sa contraction est très improbable et son déplacement impossible.

En m’occupant de quelques recherches sur ce sujet, j’ai été conduit à une remarque qui me semble importante. La disseclion d’un grand nombre de cristallins m’a fait voir que ce corps n’est pas composé de couches concentriques comme on le suppose, mais de couches inégales en courbure et en épaisseur, comme on le voit dans les figures 225 et 226. Celte dernière ligure représente un cristallin dans lequel une des moitiés seulement était disséquée. Il en résulte que les couches centrales étant tout à la fois plus courbes et plus réfringentes que celles des bords, les rayons qui traversent ces dernières ne peuvent pas converger au même point que ceux qui ont traversé les premières. Le faisceau central c c' converge plus près, et le faisceau des bords 6 6 va converger plus loin. Ainsi, le cristallin n’est pas une lentille à un seul loyer, mais une lentille à un nombre infini de foyers différens. Ce fait me semble constant; sans essayer ici de b développer dans tous ses détails, j’essaierai d’indiquer comment il peut concourir à l’explication des phénomènes. D’abord, si l’on place au devant de l’œil une lame opaque percée d’un trou dont le diamètre soit moindre que 1 millimètre, on distingue nettement tous les objets Jusqu ü doj distances beaucoup plus petites qu’on ne le pourrait faire, sans cette précaution ; c’est qu’alors le faisceau qui pénètre dans l'œil est si mince qu’il est à peine nécessaire qu’il soi aminci davantage par la convergence pour faire des image;

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