CHAPITRE V. — VISION
nettes. Aussi n’observe- t-on aucune différence lorsque le petit trou coïncide avec le bord ou avec le centre de là pupille. Avec un faisceau mince on peut donc voir nettement à toutes les distances et par toutes tes zones du cristallin.
Quand on veut regarder à la vue simplé et sans diaphragme un objet de plus en plus rapproché, on rétrécit de plus en plus l’ouverture de la pupille ; c’est un fait facile à vériQer. Le but de ce rétrécissement est en effet d’arrêter les rayons qui tomberaient trop loin du centre du cristallin, et dont la convergence ne pourrait avoir lieu qu’au delà de la rétine.
Quand on veut regarder au loin, on ouvre au contraire la pupille autant qu’il estpossiblé, âfin que le faisceau incident soit large, et que ses bords extérieur^ tornbent prés des bords du cristallin, pour converger ensuite sur la rétine. Alors, il est vrai, la partie cént'rale du faiàcéau converge trop tôt; mais l’épanouissemeni qii’elle peut prendre en allant depuis son point de convergénce jusqu’à la rétine est toujours très petit, et peut d’autant hioins troubler la vision que l’éclat de Sa lumière est toujours tcès faible par rapport à l’éclat de là lumière des bords.
402. JugeYnent sur la couleur. Informe, la situation et la grandeur des objets. — Nous distinguons lès couleurs comme nous distinguons leà' sons, sans le secours du toucher; mais nous ne les distinguons pas de prime abord sans exercice ni sans comparaisons. Il faut des èxpérien'cés souvent lêp'étéès pour reconnaître que le rouge, le jaune et le bleu, par exemple, ne font pas la même impression sur nous ; comme il faut des expériencés souvent répétées pour reconnaître une différence entre les sons graves et les sons aigus. Nous voyons la lumière avant de savoir démêler les couleurs , comme nous entendons du bruit avant de savoir démêler les sons. Ce résultat, qui semble bien naturel, se trouve confirmé par les observations que l’on a faites sur les aveugles de naissance, auxquels on est parvenu à rendre la vue dans un âge plus ou moins avancé.
256 LIVUE VJ. — OPTIQUE.
Les images tracées sur la rétine sont, pour la couleur, le contour et la forme, une représentation fidèle des objets ; il suffit donc, pour que nous puissions prendre directement une idée de la forme des corps, que nous puissions distinguer les points de la rétine qui sont en repos et ceux qui sont affectés ou ébranlés par la lumière. Or, il n’y a pas un des points de notre enveloppe extérieure sur lequel celle distinction ne soit facile. Une piqûre au bras sè distingue d’une piqûre au doigt, et nous pourrions sans doute, avec le bras comme avec la paume de la main, saisir la différence qu’il y a enlre un cercle et un carré. Par conséquent, il n’y a pas de raison pour que cette différence ne puisse être saisie avec j plus de netteté encore, et plus de précision, sur la membrane de la rétine. Les objets donnent au fond de l’oeil des images renversées, et de là on a voulu conclure que naturellement nous devons voir les objets renversés. Cette conclusion serait légitime si l’on supposait que l’ame regarde les images, et qu’elle est placée derrière l’œil , comme une personne derrière le tableau d’une chambre noire. Mais, si l’on suppose que l’ame ne regarde pas les images , qu’elle les sent , et qu’elle s’élève de la sensation à la cause qui la produit, il est évident que l’èxistence extérieure des corps et leur situation résultent pour nous d’un seul et môme jugement. Il paraît toutefois que le sens de la vue seul ne pourrait pas plus nous conduire à la connaissance du monde extérieur que le sens de l’ouïe ; tout semble indiquer que sur ce point le sens du toucher nous fournit des données indispensables et qu’il ne peut être suppléé par aucun autre sens.
L’extériorité des objets une fois constatée, leur distance peut être appréciée de plusieurs manières. 1® Le cône lumineux qui tombe sur la pupille est d’autant plus divergent que le point qui l’envoie est plus rapproché de l’œil , et, d’après ce que nous avons vu, il faut que l’œil s’ajuste à ces . diverses substances , pour faire tomber sur la rétine une image suffisamment nette. La conscience que nous avons de