‹ Élémens de physique expérimentale et de météorologieChapitre 89 sur 159 · CHAPITRE V. — VIsrON · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — VIsrON

cet ajustement ou de cette modification de l’œil devient, par l’habitude, la donnt^e d’après laquelle nous portons notre jugement sur la distance. De plus, lorsque nous regardons avec les deux yeux, nous devons donner à leur axe optique une inclinaison relative d’autant plus grande que l’objet est plus rapproché ; nous avons pareillement conscience de celte inclinaison , c’est une seconde indication qui vient au secours delà première et qui donne en général beaucoup plus de justesse à nos jugemens , car il est facile de se tromper quand on juge avec un œil, à moins de s’y être exercé.

On appelle distance de la vision distincte la distance à laquelle nous voyons nettement et sans effort divers objets, tels, par exemple, qu’une page imprimée en caractères ordinaires. Celte distance est d’environ lO pouces pour les vues moyennes ; elle est de plusieurs pieds pour les vues presbytes, et seulement de quelques pouces pour les myopes. Au reste, elle varie avec les dimensions des objets : des lettres très fines, par exemple, et des lettres de moyenne grandeur ne peuvent être distinguées à la même distance.

Lorsque les objets sont assez éloignés pour qu’en les regardant ies axes optiques des deux yeux deviennent sensiblement parallèles, nous n’avons plus de règle sûre pour déterminer leur distance. Alors, nous avons recours à des considérations plus ou moins trompeuses ; nous tenons compte de l’éclat de la lumière, de la netteté avec laquelle nous distinguons les détails, de la grandeur des objets euxmêmes, si elle nous est connue d’avance, etc. Par ces divers moyens, habilement combinés, quelques observateurs parviennent à une étonnante précision dans leurs jugemens ; mais, s’ils changent de lieu ou de climat, leur science est à chaque instant déroulée par un autre aspect du ciel, un air plus pur ou plus brumeux, ou par des objets d’une forme nouvelle.

Le jugement de la grandeur est, en général, une conséquence du jugement de la distance. L’image d’un vaisseau

peut être au fond de l’œil d’un observateur beaucoup plus petite que celle d’une barque, et cependant l’observateur ne s’y trompera pas ; il dira que le vaisseau est plus grand que la barque , parce qu’il pourra juger que sa distance est beaucoup plus grande. Cependant, quand nous savons d’avance la grandeur d’un objet , nous pouvons nous en servir pour estimer sa distance : c’est aipsi, par exemple, que la hauteur d’une tour est mieux appréciée quand on voit sur son sommet des hommes ou des objets d’une grandeur connue; mais, si ces hommes étaient des nains, l’œil ne s’y laisserait pas prendre, il trouverait sans doute dans les modifications de la lumière des moyens de se défendre de l’illusion.

402 bis. Avec les deux yeux on ne voit qu'un objet, mais on le voit plus éclairé. — Quand nous regardons un tableau avec les deux yeux, nous donnons aux figures qui le composent une position déterminée par rapport à nous, et, comme cette position est exactement la môme, soit que nous regardions avec l’un des deux yeux ou avec l’autre, il est impossible que le tableau nous paraisse double quand nous le voyons avec les deux yeux ensemble. Il n’en est plus de môme lorsque nous regardons un objet qui se projette sur un second plan un peu plus reculé ; cet objet cache à l’un des yeux une partie du second plan et à l’autre une autre partie; par conséquent, avec les deux yeux, on est embarrassé de savoir sur quelle partie du plan il doit tomber. Mais il n’arrive presque jamais que les deux yeux aient une égale force , ou plutôt il y en a toujours un qui l’emporte et auquel nous prêtons une plus forte attention : c’est d’après les impressions de celui-là que nous décidons.

Pour juger qu’un objet vu par les deux yeux est vu plus éclatant que s’il était vu par un seul, il suffit de regarder une bande de papier blanc avec l’un des yeux et de placer devant l’autre un obstacle qui nous en cache la moitié ; la partie qui est vue par les deux yeux à la fois paraît

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