‹ Élémens de physique expérimentale et de météorologieChapitre 90 sur 159 · CHAPITRE V. — VISION · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — VISION

beaucoup plus éclairée que celle qui n’est vue que par un seul.

403. De la persistance des images et des couleurs accidentelles. — De ce qu’un charbon ardent nous fait voir un cercle de feu lorsqu’on le tourne en rond avec assez de rapidité , il en résulte évidemment que les impressions de la rétine persistent après que la cause a cessé d’agir. Il est facile de constater que la durée de cette persistance dépend de l’éclat de la lumière et de la sensibilité de l’organe. Ce principe explique une foule d’illusions , par exemple celles du thaumatropcy du phénakisticope , du fantascope , etc. , et celles 5ue l’on produit en faisant tourner dans le môme sens ou en sens contraire et l’une devant l’autre deux roues concen- Lriques ou excentriques , ayant chacune un certain nombre le rayons, sombres ou brillans. M. Plateau a fait à cet igard des recherches très ingénieuses [Ann. de Phys, et de Chim.y t. 53 et 58).

Il faut pareillement que l’action de la lumière se fasse sentir sur la rétine pendant un certain temps pour que l’imiression puisse être perçue. Cette durée dépend surtout le l’éclat de la lumière : c’est pour cela que nous distinguons une étincelle électrique ou un éclair, bien que leur luuière soit presque instantanée; tandis que nous ne distinguons pas une balle, un boulet de canon, ou d’autres corps animés l’une moindre vitesse , parce que leur lumière a peu d’inlensité.

Quand les corps cessent de nous apparaître avec leurs couleurs naturelles, on dit alors qu’ils prennent des couleurs accidentelles. On distingue à cet égard les couleurs accidentelles passagères et les couleurs accidentelles permanentes. 1“ Quand, après avoir regardé le soleil pendant quelques iiistans, on ferme les yeux , l’image prend diverses couleurs pendant sa persistance ; quand , après avoir regardé un corps vivement coloré, on porte subitement les yeux sur un corps d’une autre couleur, on éprouve une sensation complexe, qui

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se compose de l’image actuelle du second corps et de l’image persistante du premier; ainsi le second corps n’est pas vu avec sa couleur naturelle. Ces deux exemples suffisent pour donner une idée des couleurs accidentelles passagères , sur lesquelles on a fait plusieurs théories dont aucune ne nous paraît satisfaisante. 2® Quand un corps coloré est sur un fond noir, il apparaît avec sa couleur naturelle; quand , sur le même fond noir, on vient mettre près de lui un second corps de couleur différente, ces deux corps s’influencent mutuellement : leurs couleurs, ou plutôt leurs nuances , sont changées , et ce changement paraît indépendant de la persistance des images , car il subsiste aussi longtemps que les corps sont juxla-posés. M. Chevreul a fait une élude particulière de ces phénomènes, et il les a soumis à des lois remarquables [Mérn. de l’Acad. des sciences, 1833).

404. De quelques accidens de la vue. Les presbytes ont la vue trop longue, ils sont obligés de placer à deux ou trois pieds de distance un papier qu’ils veulent lire; plus près, toutes les images sont confuses. Cette espèce d’infirmité, qui vient d’ordinaire avec l’âge, résulte évidemment d’un défaut de convergence dans les faisceaux qui traversent les humeurs de l’œil ; et l’on suppose , en général , qu’elle lient à un aplatissement de la cornée ou du cristallin. Tous les presbytes ont habituellement la pupille très peu ouverte, comme s’ils faisaient un effort continuel pour se servir du centre du cristallin , plutôt que des bords , qui ont en effet, comme nous l’avons vu, une distance focale encore plus grande.

Les myopes ont la vue trop courte ; pour voir nettemenl les objets, ils sont obligés de les approcher à la distance de quelques pouces ; tout ce qui se trouve au-delà est pour eux enveloppé d’un nuage, et ne forme au fond de l’œil que de>i images confuses. Cet accident est opposé au presbylisme, et il résulte en effet d’une cause contraire : les faisceaux qui traversent l’œil d’un myope éprouvent une trop rapide con-1

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,’ergence; ils se croisent avant de tomber sur la rétine. On iuppose, en général, que les myopes ont la cornée ou le 2ris(al)in trop convexe; on nîmarqne aussi que leur pupille 3Sl toujours très dilatée, comme s’ils essayaient de se servir je« bords du cristallin plutôt que des parties centrales, qui ont uned stance focale principale encore plus désavantageuse pour eux parce qu’elle est plus petite. <

De quelque manière que s’accomplisse la vision distincte, soit qu’elle se fasse à la distance moyenne de huit à dix pouces comme dans les bonnes vues, soit qu’elle se fasse à plusieurs pjeds comme chez les presbytes, ou à quelques pouces seulement comme chez les myopes, il arrive toujours que, pour voir avec la plus grande netteté, il est nécessaire de tourner l’œil convenablement, de telle sorte que l’image tombe sur un certain point de la rétine et non pas sur un point quelconque. Le point, ou plutôt le petit espace sur lequel on amène les images pour voir le mieux possible, se nomme le point sensible de la rétine ; il est placé en général près de l’axe de l’œil.

Il y a aussi au fond de l’œil un point que l’on appelle le point insensible ou punctum cæcum, c’est le petit espace circulaire occupé par l’exlrérailé du nerf optique, et d’où parlent tous les filamens nerveux qui s’entrelacent de mille manières pour former la rétine. La lumière qui tombe sur cet espace ne donne pas plus d’impression que si elle tombait sur un nerf quelconque mis à découvert; et, comme on ne distingue pas la lumière par les nerfs de l’ouïe, du goût ou de Todorat, non plus que par les nerfs des bras ou des jambes, on ne distingue pas la lumière par le nerf optique avant qu’il soit épanoui en réseau et étalé sur la choroïde. Ce fait remarquable semble bien indiquer encore que la rétine sent les images sur la choroïde comme la main sent les formes, les contours, et les divers degrés de poli des corps qu’elle touche.

On reconnaît l’existence et la position du point insensible U. H

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de la rétine par l’expérience suivante (fig. 227). Sur un fond noir et horizontal n n' on place deux petits disques blancs ou deux petites boules, dont les centres sont à environ trois pouces l’un de l’autre; ensuite, on regarde d’en haut à la distance de 10 ou 12 pouces, et dans une position telle que l’œil droit soit verticalement au dessus du disque du gauche et que la ligne des deux yeux soit parallèle à la ligne des disques ; ces deux conditions étant remplies, on ferme l’œil gauche, et l’on regarde le disque de gauche avec l’œil droit, en l’éloignant ou en l’approchant un peu, mais toujours dans la même verticale ; alors , on trouve une position où le disque de droite est complètement invisible : plus près ou phis loin il reparaît à l’inslant, et jamais on ne cesse de le voir si la ligne des deux yeux est seulement un peu oblique par rapport à celle des disques.

Le docteur Wollaston a observé sur lui-même un phénomène de vision extrêmement remarquable. Un jour, après un violent exercice de deux ou trois heures, il reconnut soudainement qu’il ne pouvait plus distinguer que la moitié des objets : en regardant, par exemple, un homme en face, il ne voyait que la moitié de sa figure et la moitié de son corps, etc. Ce, phénomène de semi-vision dura un quart d’heure environ ; il avait lieu pour' un œil comme pour l’autre, ou pour les deux ensemble; c’était la moitié gauche des objets qui était invisible, c’était par conséquent la moitié droite de chacun des yeux qui était insensible.

Vingt ans plus tard, le même accident se renouvela, mais en sens inverse; celle fois, c’était la moitié droite des objets qui était invisible (Voyez l’explication physiologique qu’il en donne, Ann. de Phys, et de Chim., t. 27, page 102).

404. Besicles. — Les bésicles sont des lunettes dont se servent les presbytes et les myopes pour avoir une vision distincte des objets à la dislance moyenne de 8 ou 10 pouces.

Supposons, par exemple, qu’un presbyte ne puisse voii nettement qu’à la distance de 30 pouces .-alors, il est évident

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