CHAP. IV. — EFFETS DU TONNERRE
rapproche d'un arbre, et même Tapprochè d*un buisson, sur^ tout au milieu des plaines; car si la foudre éclate, c'est Tarbre ou le buisson qui sera frappé. Dans les pays couyerts, le danger n*est pas le même : il est toujours certain que si le tonnerre t<mibe, il tombera sur uu arbre ; mais, au moins, il ne tombera pas sur tous : cependant, pour chercher un abri au moment du danger, le plus habile observateur serait fort embarrassé du dioiic, et ce qu'il y atirait de mieux à fedre serait sans doute d*é- Titer les ^ubres et de se coucher par terre.
Les édifices -sont, en général, composés de métal, de pierre et de bois, qui reçoivent de la part du nuage orageux des actions très-différentes à cause de leui^ tlifférentes conductibilités. Mais quand la foudre, éclate, on conçoit qu'elle frappe de préférence tous les meilleurs conducteurs; il importe peu qu'ils soient à découvert ou qu'ils se trouvent enveloppés dans l'intérieur de quelques massif» moins bons conducteurs ; l'action par influence n'est empêchée par aucun obstacle ; elle se fait sentir sur un clou, au milieu d'une masse de pierres, comme sur une girouette exposée au nuage : c'est ce principe qui explique une foule de phénomènes, d'abord incompréhensibles, que l'on observe dans les explosions de la foudre. Cette puissance semble agir avec une sorte de discernement, elle semble fuir ou respecter un objet qui se trouve sur son passage pour en aller firapper un autre qui est loin et caché. Tous les accidents plus ou moins merveUleux que l'on rapporte à cet égard, ne présenteront sans doute aucun embarras à l'observateur qui aura bien saisi les principes de la conductibilité et de l'électrici^ par influence.
Après avoir indiqué les principales causer qui déterminent l'explosion de la foudre à la surface de la terre, nous^essayerons d'examiner en générât les effets qu'elle produit. Nous distinguerons ici, comme dans les phénomènes .des piles et des batteries, les effets mécaniques, les effets phyûques et les effets chimiques.
Les effets mécaniques de la foudre sont d'une incroyable intensité : quand le tonnerre tombe dans un appartement, il arrive presque toujours que des meubles ou des ustensiles sont dépla-^ ces ou renversés; on a vu souvent des pièces de métal arrachées de leurs scellements et transportées au loin; les arbres sont quelquefois fendus et brisés; mais ordinairement ils sont mar-
qurâ de la cime jusqu'au piecl par an âllon de p1u»ean nothmtitres de large et de plusieurs centimètres de prorondeor; alors l'écitrce et les fibres arrachées sont lancées à une grande dislanM ; au pied de l'arbre on voit souvent le trou par lequel les fluidn st! sont répandus dans le sol. Enfin, ce qui paraîtra sans doute encore plus surprenant, an observateur affirme que, par mi coup de tonnerre, un petit mùr de briques de plusieurs toises de longueur a été arraché de ses ^Midations , et transité tout d'une pièce à plusieurs toises de distance. De tels effets ne peuvent être expliques par les lois ordinaires des attractions élec< triques, et nous avons indiqué (t. I, n" S35) an principe nonveau qui semble en donner la snlution.
Les effets physiques sont plus analognes à ceux tjae nous poiy vons produire avec nos batteries ; ils se réduisent à une aération de température plus ou moins grande. Quand le tonnene tombe sur des toits de chaume, sur des meules de ibnirage, air des charpentes sèches, ou même dans certains cas sur des arbres verts, il carbonise les parties qu'il frappe, et trop souvent même il y met le feu et produit des incendies. Je dois ajouter cependant que dans tous les arbres frappés de la foudre que j'ai en occasion d'observer, il ne s'en est trouvé qu'un trè9-^>etit nombre qui offrissent des traces de carbonisation. Les métaux, comme meilleurs conducteurs, sont toujours fortemeot échauffés par le passage de la foudre; souvent même, ik sont fondas ou volatilisés. Ainsi, il n'est pas rare de voir, dans une maison foudroyée, tous les cordons de sonnette réduits en fiunée. Cts eflets sont connus de tout le monde, et l'on devrait pmdre garde que, dans les fermes ou dans les maisons qui ne sont pas protégées par des paratonnerres, il ne fiiut qu'une pièce de métal maladroitement placée, pour que le tonnerre en tombant détermine un incendie..
Les effets chini ceux quenous pou doublés de la fou« laissent des Jract observé snr la ci teux; Ramond, si de la cime du moF quartaeux ; «t au
CHAP. IT. — ErrerS K T05!rEME. T»
iii compose la Roche sanadaire : enfin MM. de HtinilH>ldt et onpland ont tu, sur la plos haute cime du Tolcan de Toliica^ i surface du rocher TÎtrifiée sur une étendue de plus de deuK icds carrés ; il j avait même en plusieurs endroits des trous dont intérieur ofiait la m^me oroAteTÎtreuse.
Voici un autre phénomène de iusion bien plus ranarquable y m a été obsenré et décrit avec beaucoup de soin par le docteur Vithering. {Trans. philos. y 1790; et Ann. de Chim. ei de ^hrs., t. XIX, p. 395.)
Le 3 septembre 1789, le tonn^re tomba sur un chêne dans ' parc du comte d*Aylesford, et tua un homme qui avait cher* iié un abri soiis cet arbre. Le bâton que ce malheureux portait la main, et qui lui servait d*appui, fut, suivant toute aj^parence, i principale voie que suirit le fluide électrique, puisque le sol ans le point auquel le bâton aboutissait était percé d*un trou e 5 pouces de profondeur et de 2 | de diamètie. Ce trou^ xaminé peu d*instants après sa formation par M. Withering, ne mfermait que quelques racines de gazon brûlées. Là auraient robablement fini les observations, si lord Âjlesford ne s^était éterminé à faire construire une' petite pyramide, dans le Ueu lême de 1 événement, avec une inscription destinée à détoiumer ■S passants de chercher, en temps d'orage, un abri sous les rhres. Mais, en creusant pour les fondations, on trouva que le )!, dans la direction du trou, avait été noirci jusqu^à la' profoneur de 1 0 pouces ; deux pouces plus bas , le terrain quartzeux firait des traces -éridentes de fusion. Les échantillons, adressés la Société royale avec le Mémoire du docteur Withering, se omposaient :
1° D'une pierre quartzeuse dont un des angles avait été corn* létement fondu ;
2*^ D'un bloc de sable agglutiné par la chaleur, car il n'y avait ucune matière calcaire entre les grains. Dans cette masse existait ne partie creuse, où la fusion avait été si parfaite, que la maère quartzeuse, après avoir coulé tout du long de la cavité, résentaît dans le fond une forme globuleuse ;
3** De plusieurs pièces plus petites , mais toutes Clément •ouées.
Enfin nous devons dter encore comme un effet chimique de X foudre ces tubes singuliers qui ont été découverts dans les
plaines sablonneuses de la Silésie , de la Prusse orientale , du Cumberland , et même^du Brésil près de Bahia. On les appcDe tubes fulminaires , et tput nous porte à croire qu ik sont bien
nonmiës.
Ces tubes ont , en général , 5 œntimètres de diamètre extérieur j quelques millimètres de diamètre intérieur, et jusqu'à 8 ou 10 mètres de longueur; leur surface intérieure est unTeire parfait, uni et très-brillant, semblable à Topale vitreuse; leur siurface extérieure est rugueuse, pleine d'aspérités, et forme uoe espèce de croate revêtue de grains de quartz agglutinés, conuDe s*ils avaient éprouvé. un commencement de fusion. On les trouve enfoncés dans le sable, tantôt verticalement, tantôt obliquement; quelquefois ils se terminent à leur extrémité inférieure par plusieurs branches semblables à des racines qui deviennent de plus en plus pointues; elles ont jusqu'à 0"',33 de longueur. Le docteur Fiegler , qui a fait beaucoup d'observations sur ce sujet intéressant [Annalen der Phjrsik , Gilbert, t. LV et LXJ), remarque qu'à une certaine profondeur au-dessous de ces plains de sable , il j a des nappes d'eau , et il considère les tubo fulminaires comme produits par le passage de la foudre , depui^ la surface du sol jusqu'au liquide où elle doit être neutralisée. Toutt^ les circonstances jusqu'à présent observées concourent en efletà faire adopter cette origine des tubes fulminaires.
Si nous avons examiné séparément ces trois effets^ ce neâ pas, comme on le pense bi^n, qu'ils ne soient, en général, stmultnnés dans la plupart des, e^losioq^ : il j a toujours fipoissemeoi des parties, élévation de température, et par conséquent combinaison chimique, si les éléments voisins sont disposés à s'unir ou à se séparer sous ces influences.
Par exemple, quand les corps organisés sont foudroyés, cVfi toi^ours la chaleur et la violence mécanique qui sont les phénomènes les plus apparents. J'ai vu deux malheureux , frappes du même coup de foudre , au milieu d'un champ ; Fun était mon sur le coup, l'autre eut à souffrir encore quelques heures; leun vêtements étaient en combustion , de profondes brûlures marquaient 1^ passage des fluides, et 1« premier avait toute la partir osseuse de la tête brisée conrnie elle aurait pu Tétre par ce^ coups de massue. Ces effets effrayants sont ceux qui se reprodtssent avec plus ou nàoins d*iùtensité dans tous les malheurs «k
CHAP. IV. — EPPBTS DU TeimERRE. 761
cette e^>èce qui ont été ohierrés , et dont tous les secours de la scâence ne peuvent aflrandûr rhumanité.
Pour donner une idée plus complète des terribles effets de la foudre , nous rappcHterons ici une relation des malheurs arrivés à Chateauneuf'leS'MoustierSj le 11 juillet 1819. Cette relation fîit adressée à FAcadémie des sciences par M. Trancalye , TÎc^aire général de Digne.
« Il j a un village appelé Châteauneuf, dans l'arrondissement de Digne , département des Basses- Alpes , au sud-est , et limitrophe de la petite ville de Moustiers, connue par une manufacture de faïence, dont Témail et la qualité justifient la préférence qu'on lui accorde sur toutes celles du royaume. Il est situé au sommet et à l'extrémité de l'une des premières montagnes des Alpes qui forment bn amphithéâtre' sur Moustiers. Il consiste en quatone maisons réunies au presbytère et à Féglise paroissiale , sur une éminence coupée par les angles de deux autres montagnes, l'une au levant et Tautre au couchant. L'intervalle qui sépare le village de la montagne du levant est si étroit et si pro* fond , que l'aspect en est effrayant. Cent cinq habitations sont di^>ersées en hameaux, presque tous sur le penchant de la montagne du levant, et forment ime population de cinq cents âmes.
« Le 11 juillet 1819, jour de dimanche, M. Salomé, curé de Moustiers et commissaire épisoopal , alla à Châteauneuf. pour y installer un noy veau recteur. Vers les dix heures et demie , on se rendit en procession de la maison curiale à Téglise. Le temps était beau : seulement, on remarquait quelques gros nuages. La messe fut commencée par le nouveau recteur.
« Un jeune homme de dix-huit ans, qui avait accompagné M. le curé de Moustiers, chantait l'épître, lorsqu'on entendit trois détonations de tonneire qui se succédèrent avec la rapidité de l'éclair. Le missel lui fut enlevé des mains et mis en pièces ^ il se sentit hii-méme serré étroitement au corps par la flamme , qui le prit de suite au cou. Alors , par un mouvement involontaire , ce jeune honmae, qui. avait d*abord jeté de grands 4;ris , ferma la bouche , fut renversé , roulé sur les personnes rassemblées dans l'église, qui toutes avaient été terrassées, et jeté ainsi hors la porte. Revenu à lui, sa première i^ée &it de rentrer dans l'église, pour se rendre auprès de M. le curé de Moustiers, qu'il
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trouva asphyxié et sans connais6ance. Ce jetiae liomme fixa sur ce respectable et infortuné pasteur Tattention et les soins de ceu'^ qui, légèrement blessés, pouvaient donner des secours. On le releva, on éteignit la flamme de son surplis, et piyr le mo^pen du vinaigre on le rappela à la vie environ deux heures après son étourdissement. Il vomit beaucoup de sang. Il assure n avoir pas entendu le tonnerre , et n'avoir rien su de ce qui se passait. On le porta au presbytère. Le fluide électrique avait touché fortement la partie supérieure du galon d'or de son étole, coulé jus» qu'au bas , enlevé un de ses souliers qu'il porta à rextrémité de r église » et brisé la boucle de métal. Le siège sur lequel il était assis avait été brisé.
n Le surlendemain, M. le curé fut transporte dans son pres- I)ytère, à Moustiers, pour être pansé de ses blessures, qui nont c'té cicatrisées que deux mois après. H avait une escarre de pbsieurs travers dé doigt à V épaule droite; une autre s' étendant do milieu postérieiur du bras du même côté jusqu'à la partie moyenne'eC extérieure de F avant-bras; une troisième escarre, profonde, partait de la partie moyenne et postérieure du bras gauche, et allait jusqu'à la partie moyenne de Tavant-hras du même coté, une quatrième plus superficielle et moins étendue au coté externe de la partie inférieure de la cuisse gauche ; et une cinquième sur la lèvre supérieure jusqu'au nez. Il a été fatigué d'une insoinnie absolue pendant près de deux mois; il a eu les bras paralysé, et souffre des différentes variations de l'atmosphère.
« Un jeune enfant fut enlevé des bras de sa mère et porté à six pas plus loin : on ne le rappela à la vie qu'en lui faisant respirer le grand air. Tout le monde avait les jambes paralysées. Toutes les femmes, échevelées, offraient un spectacle horrible. L'église fut remplie d'une fumée noire et épaisse; on ne pourait distinguer les objets qu'à la faveur des flanunes des parties de vêtements allumées par la foudre.
« Huit personnes restèrent sur la place; une fille de dîx-ncnf ans fut transportée sans connaissance à sa maison, et expira le lendemain matin, en proie aux douleurs les plus horribles, à en juger par ses hiulements : de sorte que le nombre des personnes mortes est de neuf; celui des blessés est de quatre-vingt-dcnx.
« Le prêtre célébrant ne fut. point atteint de la foudre, sans doute j^rce qu'il avait un ornement en soie.
CHAP. IV. — EFFETS DU TOIflfEBRE. 765
« Tous W ckiei» qm étaient dan» l'église furent tronrés morts dans Fattitude qu'ils avaient auparavant.
« Quoiqu'on ne puisse pas suivre de Tœil toutes les opérations s«btiles du fluide électrique, on peut quelquefois en juger par les etietSté
« Une femme qui était dans une cakane, à la montagne <fe Bapbio, au couchant de Châteauneuf, vit tomber successivement trois masses de feu, qui semblaient devoirréduire ce village en cendres.
« Il paraît que la foudre frappa d'abord la eroix du clocher, qu'on trouva plantée dans la fente d'un rocher, à une (fistance de 16 mètres. Le feu électrique pénétra ensuite dans FégCse par une brèche qu'il fit à la voûte, à la distance d'un demi-mètre de celle par où passe la corde d'une cloche; la chaire fot écrasée. On trouva dans Téglise une excavation d'un demi-mètre de diamètre , prolongée sous les fondements du mur jusque sur le pavé de la rue, et une autre qui rentrait sous les fondements d'une écurie qui est en dessous , et on l'on trouva morts cinq moutons et une jument. »
S98. B« l*«HglBe de l*éleclrffei#é «tfgpfcë bI^mc et ' 4e 9m timmmmmHmm ées maai^es mwwk^mm.» — La question de l'origine de rélectricité atmosphérique e^ peut-être, de toutes les grandes questions dont s'occupe la météorologie, celle qui a donné naissance au plus grand nombre de dissertations et d'hypothèses phis ou moins singulières. D'habiles observateurs ont essayé de la résoudre par la voie de Texpérience ; de Saussure et Yolta s'en sont occupés avec ce zèle etcetterare sagacité qu'ils apportaient dans tous leurs travaux, et, s'ils ne sont pas parvenus à des résultats déei^fs, s'ils n'ont pas mis au jour la vérité, ils ont du moins indiqué où il fallait la chercher. Tai repris, en 1825, la question au point où ils l'avaient conduite, et j'ai découvert deux grandes sources d'électricité, qui sont les deux principales causes de l'électricité atmosphérique . On pourra voir tout le détail des expériences dans deux mémoires qui ont été publiés {jinn. de Chim, et de Phys.-, 1827), et dont nous avons rapporté un^extrait (t. I,n® 271).
Il résulte de ces expériences : d'une part, que la végétation est une source abondante d'électricité ; et, d'une autre part, que de toutes les évaporations qui s'accomplissent sans cesse dans la nature, soit sur les continents, soit sinr les mers, il n'en est au»
764 LIVRE VIII. — HËTÉOAOLOGIE.
cune qui ne soit accompagnée d*une ségrégation cliimîque etd*im dégagement d'électricité.
Ainsi, la végétation et Tévaporation, voilà les- deux grandes sources de F électricité atmosphérique. Cescause5> plus ou moins actives en chaque lieu, en chaque contrée, suivant les périodes des saisons, sont en même temps constantes tout autour du globe dans le cours d'une année. Ces périodes locales et cette constance universelle qui se montrent dans les causes se reproduisent aussi daqs les effets. Dans les divers cUmats, il y a diverses saisons pour les orages ; mais, 'dans toute Tétendue de Tatmosphère, il se déti'uit chaque année, par les explosions de la foudre, une certaine quantité d'électricité qui reste à peu près la même ; c'est donc cette quantité constante d'électricité qui est aussi reproduite chaque année. '
L'acide carbonique et les vapeurs, en se mêlapt à l'air, répandent et dispersent, dans toute l'étendue de l'atmosphère, les fluides électriques "qu'ils ont pour un instant empruntés à la terre. Ainsi, toutes les régions atmosphériques sont dans un état électrique habituel, mais cet état varie d'une région à l'autre : ici, c'est l'électricité vitrée jqpi domine ; là, c'est l'électricité résineuse ; à côté, se trouve peut-être une région presque sans ten* sion électrique ou à l'état naturel.
Les observation^ constatent, en effet, cet état électrique habituel de l'atmosphère. En 1755, pendant une séchar^se de six semaines, depuis la mi-septembre à la fia d'octobre, Lemonni^ observa chaque jour de l'électricité dans l'atmosphère, et cependant la sérénité du ciel fut à peine troublée par quelques nuages durant cet intervalle. - Les expériences de de Saussui^, Ennan, Volta, et d'un grand nombre d'habiles physiciens, confimientce résultat. On croit même, et c'est une opinion assez généralement adoptée, on croit que sous un ciel serein l'électricité de l'air est plus ordinairement positive, et qu'elle augmente d'intensité à mesuve que l'on s'élève. Les diverses séries d'expériences que j'ai eu occasion de faire né conduisent pas à une conséquent» aussi absolue : c'est un sujet de recherches très- intéressant pour les météorologistes. Il se pourrait bien, du reste, que l'air serein fut électrisé positivement dans certaines saisons, et négativement dans d'autres ; et peut-être aussi cet état électrique n'est-il pas le même dans tous Jes climat?.
CHAP. IV. — ORIGINE DE L'ËLECTR. ATMOSPHÉRIQUE. 765 Les a{^>areUs nécessaires à ces recherches ne sont ni dispendieux ni embarrassants : un petit électroscope suffit pour indiqua les fortes charges. On peut Tarmer d'une pointe ou m^e d'une baguette assez longue, au bout de laquelle on met un morceau d'amadou enflamm>é. Lorsque cet instrument ne donne aucun signe d'électricité, il n'en faudrait pas. conclure que l'air est à l'état neutre ; mais il faut alcMrs employer un condensateur plus ou moins sensible. L'un de ses plateaux conununique au sol pendant l'expérience, et l'autre conununique par un fil de métal à une baguette isolée, ou même à une longue perche, à l'extrémité de laquelle on allume de l'amadou ou une mèdie soufirée. Dans ce cas, il faut avoir soin de ne pas prendre pour de l'électricité de l'air celle qui serait développée par la combustion. Enfin, pour prouver que l'électricité va en croissant à mesure que l'on s'élève, il ne suffit pas d'obtenir de plus fortes diai^es à mesure que le sonunet de la perche s'élève plus haut, n y a plusieurs ïiutres considérations dont il faut tenir compte, mais dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer ici.
D'après ces données, il est facile de comprendre comment se forment les nuages orageux , et comment ib prennent les uns l'âectricité positive , les autres l'électricité négative. Toutes les vapeurs, en si prodigieuse quantité, qui se réunissent pour composer un nuage, y portent nécessairement leur propre électricité. Ainsi , la même quantité de fluide électrique , qui était disséminée dans une immense étendue de l'atmosphère, se trouve cpncentrée^lans Tenace occupé par le nuage. Là , elle acquiert par conséquent une tension beaucoup plus grande. Si cette vapeur est électrisée positivement, le nuage sera positif, et il sera négatif si la vapeur est elle-même négative.
Les nuages orageux ne se forment pour l'ordinaire que dans certaines saisons de l'année , et de* préférence en certains lieux, parce que l'état électrique de l'air n'a pas la même intensité dans tous les lieux et dans toutes les saisons; et çn cet état la vapeur concourt puissamment à produire ces phénomènes, car elle peut acquérir des tensions bien différentes aux diverses températures et par conséquent former des amas ou des nuages dont la constitution est très-différente, soit pour la conductibilité, soit pour les autres propriétés électriques. Mab, il faut l'avouer, si le principe de la formation- des nuages orageux ne présente pas de dif-
766 LIVRE VIIL — MÉTÉOROLOGIE.
ficultés , les applications en présentent , parce que nous nWons pas asseï de données sur la fcM'mattion des nuages eUennéine.
S95. Bes pamtoMMerres. — Les paratonnerres se composent ^'une tige métallique pointue qui s'élève dans les aîis , et dun conducteur qui descend de Textrémîté inférieure de la tige jusqu'au «oL
Les conditions nécessaires pour •qu'ils puissent produire leur effet sont i
V Que la pointe de la tige soit suffisamment aigué ^
2° Que le conducteur communique par£adtement au sol;
3** Que depuis la pointe jusqu'à l'extrémité inférieure du conducteur il n'y ait aucune solution de continuité;
4^ Que toutes les parties de l'appareil aient des dimensions convenables.
Pour mieux comprendre ce qu'il j a d'essentiel dans dbacune de ces conditions, supposons pour un instant qu'elles soient reB>plies, et examinons l'-effet du paratonnerre sur un nuage orageux qui passe au-dessus de lui. Les électricités natorelles de la tige et du conducteur seront décomposées: celle de même nom sera repoussée dans le sol; où elle pourra se répandre Mbrement, puisque le conducteur xximmunique parfaitement au sol ; celle de nom contraire sera attirée au sommet de la tige^ et là elle pourra s'écouler dans l'air par Vextréinîté de la pointe. Aiam, les deux fluides opposés n'éprouvant nul obstade à lein* cîicblation dans toute l'étendue de la ^sondoite, et nol obstacle à leur écoulement , l'un dans le sol et l'autre dans l'air , il est éôAent que l'accomolation d'électricité sur le paratcMnerre sera noBe, et par conséquent l'explosion ia^HMsible. Pendant que le pantonnerre est ainsi en activité ^ pendaiÉt qu'à est traveoié par d& teirents de fluide électriqne, tm peut en approcher, «a peut mène le toucher cm le secrer avec la maki sans aucun danger ; là fm il WLj a point de «ennon électrique, û §kj a point de eo»motkm à craindre. Ken-fleoIflmeBt, aous les conditions que mm avons admises, la foudre ne peut pas tomber aar le puamioase. mais Bons vemms dans an inataaî ^'eUe ne pe«|t pas tonhfri ime œrtaâtte diftare tfufeHur de iuî^ il y a «ne jphene d*actvil^ ^fÀ est lespectée par le tonacoe.
Soppasotts majatcpant qatTuneioa Tautro de&lraîspTCBiicieB
«Ond^oBs ne aokpa&remfdie, ^«e rextrémité de la poinie soit
CHAP, IV. — aSS PARATONNERRES. 767
trop émeuasee, ^pie le couduoieuT' coomitmqiie mal au sol, ou (fa'û j ait quelque solution de continuité dans la conduite : alors, il est évident non-seulement que Faccunnilatioa de Félectricité est possible sur le paratonn^re, mais qu'elle est inéritable ; c'est un conducteur qui se charge et qui peut recevoir une énonne quantité d'électricité ; si on en approche , on en peut tirer des «étincelles, tantôt faibles, tantôt fortes, quelquefois foudroyantes.
D y aura danger , mais le danger sera différent selon les cas.
Si c'est la pointe seulement qui est émoussée , et que le tonnerre tombe, il frappera la tige, en pourra fondre l'extrémité, mais en général il suivra le conducteur et ne fera aucun ravage dans l'édifice.
Si c'est la conduite qui offre des solutions de con^nuité ou qui oonunuBique mal avec le sol, le tonnerre pourra tmcore tomber et fondre une longueur plus ou moins grande de la tige ; mais il est presque certain qu'U se portera aussi latéralement sur tous les eorps conducteurs voisins, et qu'il pourra exercer sa destruction comme si le paratonnerre n'existait pas.
Mais il y a plus : un paratonnerre qui présente ces défeuts est extrêmement dangereux, même quand le tonnere ne tombe pas ; car, du moment que l'accumulation de Félectiîcité sur la con^ duite est devenue assez grande, le fluide tend à se porter latéralement sur tons les corps conducteurs voisins , et l'étinceUe qui ea résulte peut les foudroyer ou les enflammer. On en peut .citer un déplcurable exemple. En 17â3 , lorsque de Romas faisait en France les belles expériences dont nous avons parlé, Richmann, de l'Académie de Saint-Pétersbourg , et très-habile professeur de physique expérimentale , fut tué subitement par une étiûceUe à quelque distanoe d'un paratonnerre qui descendait dans sa maison, et dont il .avait interrompu la conduite pour étudier les effets de l'électricité des nuages. Sokolow, graveur de l'Académie, vit l'éûncelle sortir du conducteur et frapper Richmann au fr<^t ; elle était, dit-«l, grosse comme le poing.
Après avoir indiqué les conditions sous lesquelles un paratonnerre est efficace , et les dangers qu'il y a à négliger ces condî^tions, il Qous reste à faire voir comment on peut les remplir dans la pratique. Gay-Lussac, d'après la demanda du minisire de l'intérieur et sous les au^ices de l'Académie des sciences, a pubUé sur ce sujet une instruction qui ne laisse rien à désirer :
tout ce qui est relatif aux effets des paratonnerres et aux détails de leur construction s'y trouve développé avec une clarté parfaite. Nous regrettons de ne pouvoir ici reproduire cet ouvrage dans son ensemble, mais nous devons nous borner à en tirer les données essentielles.
La tige d'un paratonnerre a environ 9 mètres de longueur; elle se compose habituellement de trois pièces ajoutées bout à bout, savoir :
Une barre de fer de 8",60
Une baguette de laiton de 0",60
Une aiguille de platine de 0",05
Leur ensemble forme un cône ou une pyramide qui s'amiudt régulièrement jusqu'au sommet, et dont la base a 5 centimètres de diamètre (Pl. 39, Fig. 24).
L*aiguille de platine est soudée à la baguette de laiton avec de la soudure d'argent , et Ton enveloppe encore cette jonction avec un petit manchon de cuivre m (Fig. 26).
La baguette de laiton se réunit à la barre de fer au moyen d*un goujon g^ qui entre à vis dans toutes deux (Fig. 24); ce goujon est ensuite fixé dans chacune par deux goupilles à angle droit.
La barre de fer est quelquefois composée de deux parties pour la facilité du transport ; alors, ces deux parties s'emboîtent exactement par un tenon pyramidal de 2 centimètres de longueur ; une clavette c, qui les traverse, les maintient fortement unies.
Pour ajuster la tige au-dessus du bâtiment, on peree le toit, et on la fixe avec des brides ou des étriers solides, soit contre un poinçon, soit contre le faîtage : on ne doit s^occuper qu a lui donner de la solidité, et à empédier Teau de s'infiltrer; il n'y a aucune précaution à prendre qui soit relative aux eflets de râectridté. On en voit trois dispositions (Fig. 29).
Au bas de la tige, à 8 centimètre^ du tcMt, on soude une embase W destinée à rejeter l'eau.
Un peu au-dessus de Tembase, dans une longueur de 5 centimètres, la tige est cylindrique et parfaitement rodée pour recevoir un collier if ûîsé à charnière (Fie. 25), qui doit unir la tige au conduciemr.