CHAPITRE Y
Du magnétisme terrestre.
294. Ijes phénomènes du magnétisme terrestre, considères dans leur ensemble, sont rentrés* dans la météorologie lorsqu'il est arrivé, par les découvertes modernes, que la métécMoiogie est devenue elle-même la physique du globe, c'est-à-dire la science qui a pour objet de déterminer les lois des forces naturelles qui exercent leur action d\ine manière générale sur ks divers points du 'globe de la terre. Parmi ces forces, celle do magnétisme se distingue de toutes les autres par des caradèro remarquables : la pesanteur, Télectricité et la chaleur sembWot agir de concert pour produire les plus grands bouleversements qui puissent ébranler notre planète; la lumière, au contraire, tout en développant les phénomènes les plus admirables et les plus variés, n'exerce jamais la moindre agitation dans la matière, et le magnétisme, destiné en quelque sorte à un rôle intermédiaire,.ne semble pouvoir se manifester à nous que par \t> mouvements toujours lents, réglés et' périodiques, qu*il imprime aux aiguilles de nos boussoles.
Renfermés dans un cercle assez restreint, les phénomènes magnétiques se présentent cependant sous des apparences si podigieusemenl variées, avec des caractères si difficiles à saisîr, à définir et à généraliser, qu'à eux seuls ils suffiraient encore pour exercer sans doute, pendant bien des siècles, l'infatigable itk . des physicien».
Nous ne pouvons pas entreprendre d'exposer ici tout ce qé est connu sur le magnétisme terrestre, de discuter tous les iaits. toutes les hypothèses, tous les procédés d^observation ; mais nou» essayerons du moins de résumer en peu de mots les résultats généraux les mieux établis, et d'indiquer les questions qui, daBS rétat actuel de la science, semblent attendre les solutions ks> plus {Hochaiues.
Ce chapitre se divise en six paragraphes : 1* déclinaittm:
CHAP. V. — MAGNÉTISME TERBESTRE. 77a
2* i^Ciriations diurnes; 3* inclinaison^ eqitateur magnétique et pôles magnétiques; 4* intensité; 5® cansielé rations théoriques et formules générales; è* aurores boréales.
Nous n'avons à revenir, ni sur les premières notions de ces phénomènes, tii sur la description des appareils qui servent à les observer : nou$ avons donné à ce sujet des détaib suffisants dans le premier volume (liv. III, chap. ii).
$ 1. Déclinaison,
9l9S. Dans tous les lieux de la terre, la déclinaison subit des variations que l'on pourrait appeler séculaires, parce qu'elles s'accomplissent progressivement dans le même sens pendant un très-grand nombre d'années. Le tableau des déclinaisons de Paris (t.I) nous montre en effet que depuis 1580 jusqu'en 1814, c'est-à-dire pendant environ deux siècles et demi, la déclinaison a marché vers l'ouest de trente et quelques degrés; non pas, il est vrai, avec une vitesse uniforme et régulière, mais d'un mouvement brusque, saccadé , incertain et quelquefois même rétrograde. Depuis 1814, la déclinaison n'a éprouvé que de faibles variations pendant 12 ou 15 ans; elle avait atteint, non pas unts valem* désormais stable ou peu changeante, mais une sorte de limite maximum, d'où elle est partie poiu* exé^ cuter vers l'orient des mouvements analogues à ceux qu'elle avait exécutés vers l'occident. Ce qui s'est manifesté à Paris pendant près de trois siècles , s'est aussi manifesté avec plus ou moins de force ou d'amplitude dans tous les lieux où il a été permis aux physiciens et aux navigateurs de constater la direction de l'aiguille depuis des époques assez reculées jusqu'à nos temps modernes. Mais les séries séculaires d'observations locales sont trop peu étendues et trop peu nombreuses poiu* qu'il soit permis dès à présent d'examiner si le mouvement progressif de la déclinaison s'est opéré tout autour du globe de la terre, suivant des lois sounûses à quelque régularité'. Elles servent seulement à constater le fait en lui-même , comme fait général, qui s'est accompli dans la grande universalité dés points de la terre, mais dans des périodes de temps différentes, et avec des conditions de vitesse et d'amplitude pareillement différentes.
On peut donc maintenant se représenter tout autour du globe,
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depuis le pôle boréal jusqu'au pôle austral, sur les mers et sur les continents , les directions actuelles de toutes les aiguilles de déclinaison , et regarder comme un fait accjuis à la science , que, dans un siècle, toutes ces directions seront changées, les unes vers l'orient, les autres vers l'occident, et le problème qui se présente alors aux physiciens, c'est d'observer ces change* ments individuels sur un très-grand nombre de points , convenablement répartis dans toutes les régions, sous tous les climats; de constater à des époques assez rapprochées leur amplitude; le sens dans lequel ils s'accomplissent, et leurs périodes directes ou rétrogrades , en signalant en même temps las causes perturbatrices ou locales qui peuvent exercer quelque influence. Ces données , qui exigent tant de zèle , tant d'exactitude et un travail si persévérant, sont des éléments nécessaires qui doivent s'ajouter à d'autres non moins indispensables, dont nous parlerons plus loin ; ce n'est qu'après avoir recueilli toutes ces observations qu'il sera possible d'établir sur leurs véritables bases les lois générales du magnétisme terrestre. Pour Êudliter ces recherches et surtout les comparaisons que Ton est sans cesse obligé (le faire entre les déclinaisons des différents lieux, nous avons réuni dans le tableau qui tçrmine ce chapitre , pour rhémi^[>hère occidental à partir du méridien de Paris, et pour rhémisphère oriental , toutes les déchnaisons de 5 en 5 degrés de latitude et de longitude. Ce tableau correspond à l'année 1825; il a été composé presque exclusivement au moyen des belles cartes que M. le capitaine Duperrey a pubUées en 1836. Tous les ^ysidens savent maintenant avec quelle sagacité ce savant et habile marin a discuté toutes les observations qui avaient été faites à cette époque. Les opérations graphiques auxquelles il a fallu recourir pour relever les courbes de M. Duperrey et les intercalatîonsqui sont devenues nécessaires pour ramener les déclinaisons à des degrés justes de latitude et de longitude, ne permettent pas de regarder notre tableau comme paifaitement exact, surtout pour les latitudes élevées. Cependant, malgré les incertitudes qu'il peit offrir sur plusieurs points,. il m'a semblé qu'il pourrait être d'un grand Sjecours pour l'étude du magnétisme. On y remarque des irrégularités qui pourront paraître choquantes; ou verra, par exemple , sur un même méridien ou sur un même parallèle, des déclinaisons qui ne paraissent aucunement soumises à la loi de