CHAP. L — EXPÉRIENCES DE M. FIZEAU
plein d*air, tandis que l'autre est plein d*eau : cette fixité tient à ce que, pendant le repos, les deux pinceaux sont toujoui:s modifiés , Tun et l'autre , de la même manière , puisque chacun fait le double trajet en suivant, pour aller, le rh^^w^'n qui ramène l'autre à son retour*
2** L'eau étant mise en circulation, les firanges se. déplacent , soit Ters la droite de l'obsenrateur, quand l'eau circule dans un sens , soit vers la gauche , quand l'eau circule en sens contraire ; [if (FiG. 5) représente TampUtude du mouvement vers la gauche ; il est d'environ ^ de la largeur d'une firange : mais en faisant circuler l'eau en sens contraire, on observe vers la droite un déplacement égal, ce <pii donne, en somme, un déplacement d'une demi-largeiu: de firange, ou phis exactement 0,46, suivant que l'eau marche, dans im sens ou dans l'autre, avec une vitesse de 7°',07 par seconde.
Quand l'eau marche dans un sens , par exemple^ du flacon 1 au flacon 2, dans le tube tj par conséquent du flacon 3 au flacon 4 , dans le tube tfy le pinceau qui est à gauche de l'observateur va toiqours contre le courant, à son aller comme à son retour, tandis que le pinceau de droite est fiàvorisé par le couragit pour aller et pour revenir; celui-ci prend donc Tavance, et la déviation se fait vers la droite de l'observateur. Au contraire, en donnant aux robinets p et r \xa quart de révolution , c'est le pinceau de droite qui va contre le courant, et qui est retardé ; celui de gauche qui va comme lui ^ qui prend l'avance : lès franges sont donc rejetées vers la gauche de l'observateur. Ce déplacement des franges s'accomplit avec une parfaite régularité, et les divisions du micromètre en donnent la mesure d'une manière très-approchée.
Ainsi se trouve constatée poiu: la première fois, par une expérience décisive , l'influence du mouvement de la matière pondérable sur la vitesse de la lumière.
Cette méthode expérimentale est des plus ingénieuses, on ne peut pas douter, qu'avec quelques perfectionnements dans l'appareil, elle ne conduise à des mesures très-précises, non-seulement pour l'eau, mais aussi pour d'autres liquides plus ou moins réfringents, plus ou moins dispersifs; il est très^important de les comparer sous ce rapport. M. Fizeau propose lui-même d'employer des flacons d'une plus grande capacité, afin de pou-
8Î0 SUPPLÉMEÎIT A L'OPTIQUE.
voir prolonger la circuladon à pression constante assez longtemps pour avoir la mesure du déplacement avec plus d^exactitude.
Uair, animé d'une grande vitesse, n'a donné à M. Fizeau aucune déviation sensible.
On n'avait pu jusqu'à présent tenter que des hypodièses pun> ment théoriques sur la nature des forces qui unissent i'éther à la matière pondérable, on avait fait l'hypothèse, infiniment peu probable, à mon avis, que les corps dans leurs mouvements» lents ou rapides, n'emportent rien de I'éther qui enveloppe leurs molécules, que la matière seule participe au mouvement de translation. On avait (ait une seconde hypothèse qui consiste à regarder I'éther conmie intimement uni à la matière, comme participant à tous ses mouvements. Fresnel, dont le nom seul fait autorité, n'avait admis ni Tune ni l'autre de ces deux hypothèses, il en avait proposé une troisième, à laquelle il avait été conduit par cette observation fondamentale de M. Arago , que le mouvement de la terre est sans influence sur la réfraction que le prisme fait subir à la lumière d'une étoile. Pour satisfaire à cette donnée Fresnel regardait comme nécessaire qu'une portion seule de I'éther fôt entraînée par le mouvement de la matière, l'autre portion plus ou moins considérable restant Kbre et ne se déplaçant pas avec elle.
M. Fizeau tire de ses résultats une confirmation de l'idée de Fresnel ; un calcul, dans le détail duquel je ne puis pas entrer ici, le conduit à cette conclusion que le déplacement des franges qu'il a observé, aurait dû être double, si la totalité de I'éther de l'eau avait été mis en circulation avec elle dans les deux tubes d'observation.