CHAPITRE If
Obsenrations microscopîqiief.
Le microscope, surtout daqs ces dernières années, a conduit à de si belles découvertes sur la structure des corps organiques ou inorganiques qu'il m'a semblé nécessaire de donner au moins une idée de ces nouvelles conquêtes de la science. Une planche entière y est consacrée (Pi«. 31 c); la description de ces objets a dû être renvoyée à ce Supplément k l'optique parce qu'elle aurait fait une trop longue interruption dans le chapitre de la vision et des instruments où nous avons expliqué les principes de la constiiiction du microscope.
M. le docteur Mandl, qui occupe un rang éminent parmi les plus habiles micrographes de notre époque et qui n*est pas moins connu par ses découvertes que par son érudition, a bien voulu se chai|^er de composer lui-même cette planche, en choisissant les figures les plus correctes, soit parmi celles qui ont été publiées par divers auteurs français ou étrangers, soit parmi celles qui résultent de ses propres observations inédites ou extraites de ses ouvrages. U avait eu l'extrême obligeance d'y joindre une ample description que j'ai malheureusement été obligé d'abréger un peu pour rester dans le cadre de cet ouvrage; mais j'ai essayé du moins d'en conserver le caractère spécial. Cette description, qui a aussi pour objet de préparer aux recherches microscopiques les jeunes gens qui n'en auraient pas encore l'habitude, est divisée en 8 paragraphes :
S 1 . Expériences préparatoires et illusions.
S 2. Test-objets,
S 3. Cristallisations,
5 4. Tissus çégétaux,
S 5* Epiphytûs.
% 6. Infusoires,
5 7. Parasites,
S 8. Liquides et tissus organiques.
J'ai espéré que ces divers spécimens fidèlement représentés pourraient être de quelque secours à ceux qui débutent dans ce
8Î2 SUPPLÉMENT A rOPTHlCE.
genre d'observations, dont les commeneements surtout ne sont pas sans difficulté.
S 1. Expériences préparatoires et illusions.
La vision microscopique diffère à quelques égards de la vision naturelle ; Tœil a besoin d'un certain exercice pour voir avec une netteté parfaite au moyen des pinceaux d^iés qm émanent des divers points de l'objet et dont la divergence a reçu de si grandes modifications dans Fobjectif et dans Toculaîre du microscope, n feut donc commencer par dé faibles grossissements et regarder de préférence des corps opaques à surfaces régulières, comme les lettres d'une pièce de monnaie, les traits d'une* effigie, la surfiace d'un élytre ou d'une écorcc. Ensuite, avec des grossissements un peu plus forts, on pourra essayer des objets transparents, placés entre deux verres minces et parallctes, soit à sec, soit avec de l'eau, en s'appliquant sortout à bien étudier l'influence de l'éclairage qui jeue un si grand rôle pour l'aspect et pour la netteté des images. H sera bon toutefois de ne pas dépasser encore des grossissements de 100 diamètres. Après ces premiers exercices, quand l'œil aura acquis une habitude suffisahte, quand il sera parvenu à Toir sans fetigne avec une netteté comparable à celle de la vi^on distincte, on pourra soi-même préparer divers objets d'après les règles exposées dans les traités spéciaux (^Traité pratique da microscope^ etc., par le docteur * Mandl, Paris, 1838). Mais il sera nécessaire de se rendre compte en même temps d'une foule de petits détails, de petites causes accidentelles produisant quelquefois des illuâons singulières qui ont trompé plus d'un observateur.
Les lentilles de l'objectif et de l'oculaire doivent être nettoyées et essuyées avec des soins infinis; la moindre trace de graisse ou de liquide, le moindre grain de poussière suffisent souvent pour faire paraître sur l'image des ombres ou des taches qui semblent lui appartenir. Le seul souffle de l'haleine condensée sur Time ou l'autre de ces lentilles peut, pendant longtemps, déformer les images et troubler les observations.
Il en est de même des fibres de lin ou de coton, presque imperceptibles à l'oeil nu , qui s'attachent aux lames de verre entre lesquelles on place les objets, ou des erakis <le poussière oui
CHAP. II. — EXPÊRIENCB PIÉPÀEATOIRES. US
raient flottants dans la goutte d'eau que Ton met entre ces laoMS pour momller l'<ri>jet et en anginenter la transparenoe.
Ces lames présentent par dlefr-œeaies des accîdenls d^une autre espèce : tantôt elles ont des raies ou des e^>èoea de sillona qui se croisent et se ramifient de dîrerses manières , tantôt elles sont incrustées de quelques parcelles d'àneri ou de rouge d'Angleterre qm restent adhérentes au fond des petites bulles imperceptibles où elles se sont logées pendant le trarail des sur^ faces, et leur image s'allie quelquefois d'une étrange façon à celle de l'objet qu'on observe.
Les btdles d'air qui se forment près de l'objet , au milieu de fat mince lame d'eau comprise entre les Terres, méritent aussi une attention particulicre. Pour étudier les diverses apparences qu'elles peuvent ofirir, il suffit de prendre pour ol^t un peu de Ûanc d'ceuf batte et mousseux; on aperçoit akurs une fi>ule de globules dont le centre est transparent comme du cristal , tandis que le bord est large, noirâtre, composé de deux anneaux distincts : on croirait aisément que chacun de ces globules est scdide et entouré de deux enveloppes de teinte foncée (Fk. 1, a). Lorsque ensuite on presse les verres, ces bulles d'air comprimées deviennent des plaques irr^[ulières et granule (Fig. t^b)^ quÎToilent la portion correspondante de l'objet, à tel pomt qu'elles ont été prises , par quelques observateurs, pour des tadies de pigment.
Les andens microscopes, à cause de Timperfisction de l'achromatisme , £ûsaient Tcnr de petites franges colorées sur tous les contours des corpuscules. Alors , avec certains modes d*édairage, et particulièrement avec la lumière solaire, ces contours frangés (FiG. 3) pouvaient être pris pour l'épaisseur d'une en- Teloppe; c'est ainsi, sans doute, que Mascagni, Fontana et plusieurs antres habiles observateurs ont été conduits à annonoer que les nerfs on les vaisseaux lymphatiques entournent toujours les derniers corpuscules organkpies. Ces méprises sont bien moinsà craindre avec les microscopes de nos bot» constructeurs; cependant les meiUenrs instninents pourraient encore induire en erreur celui qui n'aurait pas acquis llnbitude d'observer.
Enfin, un dernier genre d^Qlusion se trouve dans l'oeil luimême. Conme il &ut l'approcher très-près de Toculaire pour observer toute Pétendue du champ , il arrive que, par le mouvement des paupières, les dis se replient devais Touverture de la
pi^iUe, et l'on croit yoir Fimage traTersée par de gnad^ barres noires^ d'autres fois, ce sont les humeurs superfidelles de Foril qui font Toir des espèces de cordons à nœuds ascendants ou descendants , par le clignement des paupières ; d'autres fois encore on croit voir des mouches volantes (Fig. 2) quirésnlteot probablement d'une petite congestion sanguine dans rintérieur de certains^ vaisseaux qui ne contiennent d'ordinaire que des liquides transparents.
S 2. Test-objets.
On est convenu d'appeler test-^bjels certaines préparatîoDS microscopiques qui ont été étudiées et dessinées avec soin par d'habiles observateurs munis d'excellents instruments; ces préparations, de structure délicate, sont devenues une sorte de critérium au moyen duquel on apprécie la puissance des microscopes; le meilleur instrument est celui qui montre, avec le plus de netteté et de précision , les détails les plus diflSciles à apercevoir. Nous citerons seulement comme test-objets récaille de forbiciiie , l'écaillé de papillon , Técaille de sole.
Ëeallle de forMctee. — La forbicine, qu lespime, est un petit insecte qui habite les caves et les appartements humides; son corps est couvert d'écaillés arrondies, réniformes, trè^ finement striées et composées d'une double membrane (Fig. 5, f^ Un bon microscope doit non«-seulement faire voir ces stries régulières , comme elles se montrent sur le dessin gravé , mais il doit faire distinguer les lignes, en partie superposées, de la membrane supérieure et de la membrane inférieure.
On trouverait des écailles analogues , et peut-être plus compliquées, sur plusieiu^ coléoptères, comme le hanneton bleu, ec sans doute aussi sur plusieurs longicomes et xylophages.
Éeallle de papillon. — Lorsqu'on touche une aile de papillon , il s'en détache une fine poussière qui ressemble à peu près à de la fleur de farine plus ou moins colorée. Le microscope fait voir quç chaque grain de cette poussière est une écaille mince , allongée, portant des stries délicates et un pédicule par lequel elle s'implante dans le tissu de l'aile (Fig. 5, b)\^ écailles sont imbriquées, c'est-à-^dire qu'elles sont par rangées alternes, se recouvrant en partie comme les tuiles d'un toit : la figure 4, repr^nte, avec un faible grossissement, un fiagmeot
CBAP. U. — TBST-OBIETS. 815
d*aile en partie dénudée, où se montrent les petites gaînes d'insertion. Ce fi-agment appartient à un papillon diurne (pierris rapœ).
ÂTec un grossissement de 400 ou 500 fois, on peut distinguer la double membrane de Técaille d'un papillon diiurne {mené» lauSj FiG. 5, i).
Une écaille plus déliée , dont la fine structure est encore plus difficile à apercevoir, est celle que l'on appelle plumule (Fi6.4, &), qui ne se trouve que sur certains individus; elle présente toujours à la partie inférieure deux lobes prolongés en arrière, entre lesquels, au milieu d'une profonde échancrure, prend naissance le pédicule long et grêle, terminé par un disque ou globule : la partie supérieure se termine en languette frangée, tantôt en forme de fer de lance , tantôt en forme de bandelette allongée.
Éeallle de «•!«• — On avait toujours considéré les écailles de poisson comme un simple produit de sécrétion sans vitalité propre, mais M. le docteur Mandl en a (ait Tanalyse microscopique {f^ojrage dans la Russie méridionale^ par M. Demidoff, Paris , 1 839 ) et il a démontré que ces écailles ont une organisation remarquable, qu'elles sont composées de deux couches douées de propriétés différentes. Tune inférieure et fibreuse, l'autre supérieure, en partie cartilagineuse (Fig. 6); celle-ci est parcourue par des lignes concentriques dont les contours sont formés par des fusions de cellules. U arrive souvent que le bord antérieur de Técaille offre des espèces d'épines ou de dents qui, examinées au grossissement de 300 fois (Fig. 7), font voir une cavité intérieure , deux prolongements latéraux qui i^présentent la racine, un sac analogue au follicule dentaire, etc. , etc.
Remarques. — On a souvent accordé aux test-objets plus de confiance qu'ils n'en méritent; tel microscope peut paraître excellent aux épreuves d'un test-objet , et cependant n'être que médiocre pour certains genres d'observations, et i^ice çersa. Cela tient à un fait sur lequel on ne peut pas trop insister, savoir : que tel. jeu de lentilles peut être parfait pour faire voii* les objets secs , et se trouver fort médiocre lorsqu'il sera , par exemple, en présence d'objets transparents et imprégnés de liquide; ce n'est donc que par des observations comparatives sur des objets analc^es que la supériorité d'un, jeu de
826 SUPPLÉMEFT A L'OPTIOUE.
loitilles peut se m^mifiester, et il fimt, en gÀieral, varier k composrtkm de rinstnment somnt la nature des expériences auxquelles on le destine.
S 3. Cristallîsatkms.
On sait que les plus fines parcdks des corps cristallisés ont des formes géométriques aussi régulières, aussi parfaites que les formes plus Toluminenses que l'on peut étudier à l'œil nu; insôs ces cristaux rudimentaires , qui forment les gros cristaux en 5e juxtaposant d'après certaines lois, ne sont pas toujours faciles à obserrer comme objets microscopiques. On conçoit que la lumière doire éprourer des modifications très-conqplètes, soit en rasant leurs bords aigus , soit en trarersant les asseodblages pris^ matiques qui les constituent. Il importe d'autant plus de s'exercer à reconnaître ces formes diverses , qu'il arrive souvent que des cristaux apparaissent , ou dans les cellules , ou dans les tissus des corps organiques que l'on soumet à l'obsereation.
Ces expériences préparatoires peuvent se faire ai bnssant tomber sur une lame de verre une goutte un peu étalée d'une dissolution saline très-étendue ; l'eau s'évapore lentement, ks cristtni se forment et on les observe en^te en di^>osant la lame de verre sur le porte-objet ; mais l'expérience offre encore un Ken plus vif intérêt, si, la lame de Terre et la <fissolution étant un peu tièdes, on s'amuse à suivre de l'œil le progrès de Févapor»tion sur le porte-objet ; alors, on peut saisir en quelque sorte la nai«3»ance des cristaux, on Toit les molécules primitives à Fin^nt où elles se déposent à l'état solide, se groupant à la fl^i avec une vitesse prodigieuse, pour donner de longues ramifications c^ristallines.
La dissolution de sA ordinaire, cUorure de soifium, poum servir de type pour les cristaux du système cidiique , celles de phosphate ammoniaooHBngnésien (Fig. 8, a), d'asotale oode solfiite de potaose po«r le système ihomboédriqoe, etc.
Le sd ammoniac (ddoihy drate d'ammoniaque) cristallise avec une grande fadiîlé, et rien n*est plus curieux à voir que h symétrie mcrmUeuse aivec laquelle se groupent ces hmeles <»staBÎDes en se déposant prescpie instantanément (Fig. 8, ()•
Outre ces phcaoûènes de forîne, fl y a d'autres sds qm F*^