CHAPITRE PREMIER
GaWanisme et Pile de Volta.
Bé— iftgtc d« ifatvABlsaie. — Eii 1789, GalTani, méprofesseur à Bologne , ob^rva un phénomène singu- Mit eu l'occasion de préparer des grenouilles pour di- !ts de recherches, il les suspendit par hasard à un balcon mr de petits crochets de cuivre qui passaient entre les atmires et la colonne dorsale;, disposées ainsi , ces gref mortes et mutilées , éprouvaient de vives convulsions, rvateur vulgaire aurait pu remarquer le fait, mais il en olement imaginé quelque expUcation ^cieuse, et son tis&it se serait occupé d^autre chose. Galvani fîit moins dans ses jugements : doué d'une attention pénétrante et ire sagacité, il saisit dans ce «-phénomène un principe , et en fit sortir cette branche féconde de la physique laintenant connue sous le nom de Gahanisme, U recon- Kvrd que les grenouilles, coupées, dépouillées et suspeiionoone nous Tavons dit , n'éprouvent pas de convulsions sntes : pour que leurs membres s'agitent, il faut que le 1 quelque autre cause accidentelle*, vienne mettre leurs en contact avec la tige de fer qui porte le crochet de Cette condition est indispensable, et Ton peut s'en assu- Texpérience : pour cela, on coupe une grenouille vi- OQ la dépouille rapidement , et , passant la pointe des aoos les deux ner& lombaires qui paraissent comme des c» de chaque coté de la colonne vertébrale, on enlève^ : coups, les deux ou txois vertèbres inférieures; ainsi, les
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nerft tomburee sont mis à nu , et forment la seule attadie qui tie encore les membres infi-ricnrs aux vertèbres supérieures; un fil de cuirre, qui passe entie les deux nerfs et qui les touche, va s'accrocher à un fil de fer recourbé et assez long pour venir toucher les joioturcs ou les muscles. A chaque i.ontact, les jamlics se replient et s'agitent , et cette moitié de grenouille morte semble reprendre vie pour sauter. Ces effets peuvent se rrprodiûir enowe au bout de quelques lieurcs ; mais le plus souveut les cunvulsiona s'affaiblissent assez promptemeiit, et, après 30 ou 30 minutes, OD n'observe plus que de légères palpitations dans \t fibre des mustdee.
Voilà donc un £ût régulier, constant et bien caractérist-, doat on connut les condiùons , et qui peut se reproduire à voloDlé. C'est en établissant ce point fondamental que Galvani a outitI une nouvelle carrière , et distingué les commotions dout il s'a<;it de ces monTements vagues et convuUifs que l'on observe souvent dans les insectes, les reptiles et les poissons, longtempt apUBS les diverses mutilations qu'on leur a fait subir. Préoccupé de quelque système sur un fluide nerveux ou sur un fluide vital, Galvani ne tarda pas à imaginer une explication du phéuH mène, qui Ait en rapport avec ses idées du moment. Les comaxH tiona de k grenouille, dit-il, sont excitées par un fluide qui pasie des nerb aux muscles , au moyen de la communication exié* rietne que l'on .établit entre eux; ce fluide existe dans tes mak, il tzaverse l'arc conducteur, c'est-à-dire le crochet de cumccl la tige de fer, et vient à l'instant du contact se préapiter snr ks
CHAP. I. — DÉCOUVERTE DU GALVAMSIIE. 5i7
Cl de grandes réformes; tous les esprits étaient en mouvement et comme emportés par Tattrait de la nouveauté.
On reconnut bientôt une analogie remarquable entre le fluide galvanique et le fluide électrique : c'est qu'on n'obtient jamais de commotions dans les grenouilles lorsqu'on établit la communication entre les nerfs et les muscles au moyen des corps mauvais conducteurs de l'électricité. En même temps, le pbénomène prit une vaste extension, car on découvrit qu'il se manifestait dans la plupart des corps vivants. Souvent même il n'est pas nécessaire de dénuder ni les muscles ni les nerfs pour obtenir un effet très-marqué. Ainsi, une pièce de cuivre étant posée sur la hngue et une pièce de fer dessous , on éprouve une contraction et une saveur acide ou alcaline à l'instant où les deux pièces se touchent ; il se trouve même des personnes assez sensibles pour tpercevoir alors une lueur qui passe devant les yeux.
Toute hypothèse est bonne quand elle fait faire des découvertes, et l'hypothèse de Galvani eut son moment de succès : mais, pour la rendre féconde, il fallait admettre des considérations Tagues, des données incertaines; il fallait se jeter dans des questions oompUquées sur les fonctions vitales et sur les mystères de Inorganisation. Ces questions, sans cesse agitées parmi les hommes, et toujours insolubles, commençaient à reprendre vogue; les meilleurs esprits s'y laissaient entraîner ; et Ton ne sait combien de fausses routes auraient été ouvertes à T esprit humain, ni avec quelle ardeur on s*y serait jeté , si un homme de génie hardi n'ei^t mis un terme à toutes ces vaines tentatives. Cet homme fut Volta. Déjà célèbre par plusieurs découvertes ingénieuses sur lelectricité, Volta, professeur à Pavie, répétait, avec une inquiète titention , toutes les expériences de Galvani et de ses disciples : plein d'enthousiasme pour les faits , il ne donnait qu'une adhéàon conditionnelle aux hypothèses; enfin il saisit, avec une admirable sagacité, une condition du phénomène dont Timportance arait échappé jusque-là aux plus habiles observateurs. Quand lare conducteiu*, qui établit la communication entre les muscles et les nerfs, est d'un seul métal, la contraction est toujours peu sensible : au contraire, elle est toujom*s vive et forte quand l'arc conducteur est composé de deux métaux. L'expérience en est représentée dans la figure 1 (Pl. 22) : la partie z de l'ârc est ^ zinc , et l'autre c est de cuivre ; il importe que les métaux
»i8 LIVRE lil. — MAGNÉTISME ET ËLECTIUGIT&.
soient nets et bien dt''(*apt*s au point où ils touchent la grenouille, et aussi au point où ils se touchent entre eux. Cette condition posée, Volta en tire la conséquence suivante : Il est vrai, dit-il, qu'il y a du fluide eu jeu dans cette expérience ; mais la grenouille n*est pas une bouteille de Leyde; le fluide qui T agite n*est point dans ses muscles ni dans ses nerfs, il est dans les métaux; il se développe par leur contact, et il n*est autre chose que du fluide électricpie ordinaire. Une idée aussi contraire à tout ce que Ton connaissait alors. sur les propriétés électriques et sur la conductibilité des métaux , ne pouvait être admise sans opposition ; il esl vrai que Thypothèse de Galvani était épuisée; elle ne produisait plus de faits nouveaux , mais elle ^vait l'avantage d'expliquer tous les faits connus, et d'établir entre eux une liaison séduisante. Les opinions furent partagées. A quoi servent les deux métaux, disaient les partisans de Galvani , si ce n'est à établir une communication plus complète entre les niusdes et les iier& , et à donner au fluide un écoulement plus libre? Â quoi pourraient* ils servir, répondaient les partisans de Volta, s'il n' j avait qu'une communication à établir; un seul métal ne serait-il pas suffisant? Et, de part et d'autre, on tentait des expériences nouvelles, autant peut-être pour soutenir Topinion qu'on avait adc^tee que pour la mettre à l'épreuve : car il y a aussi dans les discussions scientifiques une sorte de conviction prénciaturée, à laquelle on se laisse trop souvent entraîner. Galvani, sans nier Tefiicacité des deux métaux, essayait de démontrer qu'un seul métal excite dss contractions : et , en effet , une grenouille préparée et jetée sor im bain de mercure, éprouve des palpitations très-sensibles; eBe en éprouve pareillement lorsqu'on touche à la fois les muscles et les nerfs avec du plomb tri's-pur, ou avec un autre métal dui lequel l'analyse chimiipie ne découvre rien d'étranger. Loin àt contester ces phénomènes, Volta les annonçait lui-même, et i en tirait des preuves à l'appui de son opinion. U est vrai qu'« seul métal agit ; mais frottez-en l'extrémité sur un autre niàJ, il agira encore avec plus d'énergie. Les parcelles imperoeptibb qui s'y attachent lui donnent une hétérogénéité suffisante; c*etf au contact du- métal et de ces parcelles étrangères que l'âocni* cité se développe. Ce qui est homogène pour l'analyse ébiai/f^ n'est point homogène absolument ; et, d'ailleurs , si Tait oa k «ftture pouvaient nous donner un métal d^une pureté pu&itti T
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et meta agirait encore; dès qu'il touche les muscles ou «es nerfs, il 7 a hétérogénéité aux points de contact, et par conséquent de rélectricité produite. Enfin , la substance des muscles et celle des nerfs sont assez différentes entre eUes pour donner de l'électricité quand elles se touchent; et, en effet, en repliant les muscles cruraux sur les nerfs lom])aires, on obtient des palpitations sensibles, surtout si la grenouille est très-vive et trèsrapidement pr^arée.
258. ExpéFieaees de Volta. — Force éleetFomotriee. — CoaaCraetioM de la plie» et «es earaeières dëtermlBéa pmr l*expé- Hcaee. — L'idée du développement de l'électricité au contact des corps hétérogènes ne s'accréditait que lentement, la sévérité des théories physiques en réclamait des preuves encore plus di-< rccles et plus décisives, et Volta essaya de les produire, au moyen du condensateur qu'il avait inventé quelques années auparavant, et que nous avons décrit n® 225 (Pl. 17, Fig. 6).
L'expérience se fait de la manière suivante : après s'être assuré que le condensateur garde bien le fluide qu'on lui donne, et après Tavoir remis à l'état naturel, on établit, avec les doigts mouillés, une communication entre son plateau supérieur et le sol ; en même temps une plaque de zinc, tenue pareillement avec les doigts mouillés, est mise en contact avec le plateau inférieur; m seul instant suffit, on rompt les communications, on enlève le disque supérieur, et Ton ol>serve une divergence sensible dans les lames d*or. D'où vient cette électricité ? Volta pensait qu'elle t'avait pu être développée qu'au contact du cuivre avec la lame de zinc; négligeant complètement Faction chimique qui peut s'esercer et qui s'exerce en effet au contact du zinc et du liquide ^ mouille les doigts. Volta regardait cette expérience comme me preuve incontestable qu'il y a entre le cuivre et le zinc, lonqu'fls se touchent, une force électromotrice capable de développer de rélectricité vitrée sur le zinc, et résineuse sur le cuiTre, car, dans l'expérience dont il s'agit, le plateau du condensateur fd touche le zinc se charge de l'électricité résineuse.
Celte expérience a été variée de mille manières ; tous les corps conducteurs ont été successivement mis en contact avec l'un des lux du condensateur de cuivre; plusieurs physiciens ont fait construire des condensateurs d'or, ou de platine, pour érîter avec plus de soin les actions chimiques; et, suivant
SSO Um III. — HACKËTISME ET ÉLECTUCnB.
le» conditions dans Icscjuclles on se place, on obtient ou l'on n'obtient paa d'élcctricitt'. En général, en procédant (xmune nous l'aTons dit d'abord, on obtient une ciiai^ au condensateur, quand le métal qui touclic au plateau inférieur, ou quand )iplateau Bupétieur hii-nii'nio, que l'on touclie avL-c le doigt mouillé, sont des corps facilement oxydables; mais, en général auHÎ, le condensateur ne prend aucune cliai-gc sensible quand le corps que l'bn soumet à l'i-preuve n'est aucunement altérahle. les plateaux eux-mêmes étant d'or ou de plaliue. L'on n'obtieiii non plus aucune cbarge, lorsqu'en prenant une lame moitié ziar et moMé cuivre (Pl. 22, Fie. 2), on la tient à la main par la portion cuivre, pour mettre son zinc en contact avec le plateau infiâieur. Dans ce ca!«, les pliyùciens qui nient l'existem'c de la force ^lectromotriee, et qui expliquent ces phéuonitriies parl'acTlioa cbimique, se bornent à dire ({u'îl n'y a pas d't'lectriôl^ parce qu'il n'y a p.is d'action chimique, tandis que Yolu et les partisans de la force élcciromoti-ice disent que le liiK étant entre deux cuivres, U y a deux forces clectromotrîces doal les effets se balancent : la première, qui s'exerce entre le zinc et le plateau, tend bien à charger celui-ci d'électricité réûncnsF, pink en juèoie temps elle charge le zinc d'une égale quich'* d'électriâté vitrée ; la seconde, qui s'exerce entre le zinc et le ciùvre de la double plaque, tend pareillement à cbarger le «ne d'électricité vitrée ; ainsi le plateau ne peut prendre qu'une ^im^ tité d'âsctridté résineuse égale à la moitié de l'électricité vitm qui s'accuniDle nir le zinc, et il faudrait que la surfiacc du bm