CHAP. VII. — DES AÉROSTATS
ce fluide; et nous-mêmes, nous serions emportés dans l'air eomme le liège est emporté dans Teau. Mais l'air est si léger, il £ût perdre aux corps si peu de leur poids, qu'il fallait une grande hardiesse de génie pour concevoir la possibilité de s'élela dans TaUnosphère , de s'y soutenir en équilibre , et d'y yo» guer librement comme on vogue sur la mer.
C'est aux frères MontgoUier que nous devons cette merveilleuse découverte. Os avaient annoncé qu'une grande machine de leur invention serait capable de parcourir l'atmosphère : rexpérîence en iut tentée à Ânnonay le ô juin 1783 , en présence des états généraux et d'un concours immense de peuple; c'est alors que Ton vit en effet un spectacle nouveau sur la terre, et bien digne d'exciter l'enthousiasme : un globe immense qui selevait majestueusement dans les airs , et qui semblait s'y soutenir par quelque puissance invisible. Cette espèce de prodige est cependant bien facile à comprendre. La montgolfière ^ car c'est ainsi qu^on appelle les appareils de cette uatui*e , la montgolfière se compose d'un globe de papier verai ou de taffetas , qui porte k sa partie inférieure une ouverture de quelques décimètres curés. Au-dessous de cette ouverture, et à quelque distance , est suspendu un panier léger , en fil de métal , contenant un corps combustible , soit de la paille hachée , soit de la laine OQ du papier, ou une éponge imbibée d* alcool. Ce combustible étant enflammé , l'air qu'il échauffe monte de lui-même, pénètre dans le globe , et en rempht bientôt toute la capacité. A volume égal, l'air chaud pèse moins que l'air firoid; ainsi le poids du globe est moindre que le poids de l'air qu'il déplace , et il doit s'élever, par l'excès d'énergie de la poussée du fluide : il s'élève , emportant avec lui le combustible enflammé qui produit sa puissance ascensionnelle , et , pour qu'il s'arrête , il faut c|q'î1 arrive dans des couches d'air assez raréfiées pour que la différence des poids de l'air froid déplacé et de l'air chaud intérieur soit justement égale au poids de l'enveloppe , du panier, ci du combustible qu'il contient.
Un physicien célèbre , Charles , jeune alors , et professeur à Paris, eut Theureuse idée de remplacer l'air chaud par le gaz inflammable, que Ton appelle aujourd'hui ï hydrogène^ dont Cavendi^ avait fait connaître l'extrême légèreté dès l'année 1766. Lliydrogène est plus de quatorze fois plus léger que Tair,
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car sa densité est 0,0691 , en prenant celle de l'air pour unité. Un centimètre cube il'air pèse 0^,001299, et 1000"-* pèsent 1Î99'', tandis que lOOO"-' d'hydrogène ne pèsent que 89^,760. La ditTérence est 1209^. Ainsi un globe de mille mètres cubes, rem^Ji d'hydrogène, peut enlever un poids de 1209^. Un globe de 500 mètres cubes ne pourrait enlever que 604*. C'est un ballon de cette grandeur que Charles fit construire; et, pour ; montrer la confiance que devait inspirer sa découverte , il entre- , prit , avec Robert , ce fameun voyage dans lequel il ftit porté en i quelques minutes à la hauteur de plus de 1000 mètres, et par- j counit, dans <%tte région de l'atmosphère, plus de neuf lieues ,, dans l'espace de deux heures. C'est du milieu des Tuileries ^ que Charles fit son ascension ; toute la popidation de Paris était , en mouvement; les places publiques, les sommets des édifices, et tous les lieux élevés étaient couverts de spectateurs : un coup ^ de canon Ait le signal du départ , et bientôt on vit monter le , ballon, conune un météore qui s'élève sur l'horizon; au (Jus ^ haut des airs, on distinguait encore les banderoles flottantes, ■ éclairées par le soleil , et les navigateurs tranquilles qui saluaient la terre. Jamais une expérience de physique n'excita tant d'admiration et »m tel concert d'applaudissements.
Charles ne pouvait manquer d'avoir des imitatein^, et il ett eut en elFet dans tous les pap savants. Mais entre tous les voyages aérostatiques qui furent entrepris pour des recherches scientifiques, on distingue ceux qui furent exécutés en France, tftOf, p:ir MM. " -----
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très-foncé et mêlé d'une teinte noire. Suspendu au milieu de ets espaces j dans un air si raréfié, à une si gi*ande distance de ia tore et de tous les corps résistants , aucun bruit ne vient frapper roreille , aucun objet ne se présente à la vue , et Ton ofoiiTe alors un sentiment de solitude dont on ne peut ici-bas se faire une juste idée.
MM. Barrai et Bixio, dans un ballon de très-grandes dimenâons, se sont élevés aussi à la hauteur de 7000 mètres, le 27 juillet 1850. Ds avaient le dessein de monter beaucoup plus haut, mais ils en ont été empêchés; une large décliirure surrenué à la partie inférieure du ballon, diminuait la force ascensionnelle et mettait leur vie en péril ; ce n'est que par d'habiles manœuvres qu'ils ont pu , sains et saufs , regagner la terre à dix-buit kilomètres de Paris. Parmi les curieuses observations dont 3s ont enrichi la science , nous citerons ici le froid extraordinaire de 40^ au-dessous de zéro qu'ils ont éprouvé à cette hauteur de 7000 mètres, où Gay-Lussac, à peu près dans la mèmesadson, n'avait observé que 10" au-dessous de zéro.