CHAP. I. — DES DIVERS ÉTATS DES CORPS
n*a pas raison de dire que la matière a deux propriétés esseridelles : Y étendue et V impénétrabilité ; ce ne sont pas des pro-" priétés, c'est une définition. On conçoit Timpénétrabilité ; on 1 appelle matière , et voilà tout.
Nous pouvons concevoir l'espace limité ou indéfini, et nous pouvons comprendre de même que l'impénétrabilité soit limitée ou indéfinie , qu'elle occupe un petit volume comme une goutte d'eao, ou un grand volume comme le globe de la terre. Ici se présente une autre idée fondamentale : nous pouvons concevoir que l'impénétrabilité soit continue et inséparable , ou bien qu'elle soit discontinue, et par conséquent séparable. L'impénétrabilité inséparable est ce qu'on appelle un atome. L'idée de grandeur oa de pedtesse n'entre pour rien dans la conception d'un atome, non plus que l'idée de forme : on peut concevoir un atome très-petit ou un atome très-grand; on peut concevoir qu'il soit rond , carré , pointu , ou de toute autre forme bizarre que l'imagination puisse inventei*. Seulement, nous supposons Inen que le monde entier n'est pas un grand atome, et que ht matière n'est pas toute d'une pièce ; car la terre et la lune sont deux fi^agments de matière séparés l'un de l'autre, et à la sur* fiice de la terre nous voyons que la matière en général se brise et se désunit ; ce qui prouve assez , d'après notre définition , que la terre non plus n'est pas un atome. Sur le reste, c'est à l'expérience à nous instruire : et toutes les données de l'expérience nous portent à conclure que la matière n'est pas indéfiniment séparable en parties, qu'à un certain degré de petitesse, qui est bien au-dessous de ce que nos sens peuvent saisir, il y a des parcelles d'une grandeur finie, qui restent absolument inséparables et qui forment par consc^quent de véritables atomes. Les découvertes récentes semblent surtout confirmer cette opinion , et c'est aujourd'hui celle qu'on adopte exclusivement.
Ainsi, nous adoptons l'existence des atomes comme une vérité fondamentale qui doit nous servir de guide dans nos recherches. Une réunion d'atomes est ce qu'on appelle un corps. Les corps auront en général un plus grand ou un plus petit volume, suivant qu'ils seront composés d'un nombre d'atomes plus grand ou plus petit; ils auront des apparences différentes, si les atomes sont diversement arrangés pour les composer; il* auront une différence -un peu plus marquée, si les atomes dif&-
e NOTIONS PRËLIMmAIRES.
rent par leur forme ou leur grandeur, et enfin ils pourroDt être essenùellement différents, s'il existe des atomes qui difEêrcnt par leur nature substantielle.
Dans un volume donné d'un corps, dans une boule d'or, piir exemple, on ne suppose pas que totis les atomes soient arranjjés de la même manière, et tous également distants les uns des autres; mais on est conduit à supposer que plusieui's atomes sont groupés de manière à former ce qu'on nomme une molécule, une particule, et que les molécules sont groupées à leur tour pour donner au corps sa structure et son ensemble. Ainsi deux molécules ont en général bien plus de distance entre elles que n'en ont entre eux les atomes qui les composent. C'est là le sens propre qu'on attache à ces mois, molécules et particules , qui sont à peu près synonymes; mais quelquefois on les prend dans ua autre sens, comme quand on dit : les molécules des corps sont ébranlées par le cboc, elles sont en TiI>ration dans les corps sonores, elles sont dilatées par la clialeur, traversées par la lumière, etc.; alors on ne veut plus parler strictement de chaque groupe d'atomes en particuUer, mais l'on veut parier, d^une manière vague, de petites portions que Ton conçoit dans l'intérieur des corps et que l'on sépare par la pensée. Enfin, quand on brise un corps , on se sert encore des mots molécules et particules poiu en désigner les plus petits fragments.
Nous ne distinguons que trois états différents dans l'immense vaiiété des corps qui sont soumis à nos observations : ces corps sont solidet, comme les pierres, les métaux et les tissus org^