‹ Elémens des sciences naturelles (volume 2)Chapitre 27 sur 55 · CORPS INERTES. PHOSPHORE · texte numérisé non relu

CORPS INERTES. PHOSPHORE

oxide, et forme avec eux des sels; de sorte que, pour obtenir le phosphore , il faut commencer aujourd’hui par décomposer les sels qui le contiennent , afin d’en retirer la base , et d’avoir à part le phosphore brûlé ou l’acide, qu’on débrûle alors avec du charbon et sans le contact de l’air. Comme il est volatil, on le distille, et la matière simple qu’on obtient par ce procédé est le phosphore , substance à demi transparente, molle comme la cire, devenant plus solide par le froid , se cassant alors et présentant une cassure vitreuse au point de séparation; portant une odeur fade particulière, mais analogue à celle de bail foible ou de l’arsenic. On le trouve combiné, ou on l’unit par l’art avec plusieurs corps combustibles, comme avec l’hydrogène, les huiles volatiles qu’on nomme dans ce cas phosphorées, et qui ont la propriété de s’enflammer à l’air libre. On le fond dans les graisses, les résines*, pour en faire des briquets qui ont beaucoup d’inconvéniens , et sont dangereux. Son oxide , préparé avec soin , qui est d’un jaune crangé, renfermé dans un flacon bien bouché, pour le soustraire à l’action de l’air, étoit un des meilleurs briquets phosphoriques , avant qu’on connût ceux que l’on fabrique avec l’acide sulfurique. Cette matière n’a pas encore d’autre usage; mais elle sert en chimie et en physique comme un réactif précieux, surtout pour l’analyse des gazs, comme moyen eudiométrique.

Nous ne ferons qu’indiquer ici les autres corps simples combustibles non métalliques; car la chimie seule les a débarrassés des substances avec lesquelles on les trouve naturellement combinés , et dès-lors ils sont essentiellement dans la dépendance de cette science. Cependant comme, sans leur présence, il seroit impossible de concevoir l’existence des corps composés que ces élémens constituent, nous allons indiquer les points les phis importans de l’histoire de quelques

CORPS INERTES, chlore.

uns; tels que le sélénium, le bore, le chlore , l’iode et le brome. Le sélénium , qu’on avoit d’abord cru un métal , auquel on avoit donné, comme à la plupart des autres métaux, le nom d’une planète , la lune , ne peut être isolé des métaux avec lequel il se trouve combiné, que par des procédés de la chimie , et il est tout-à-fait du ressort de cette science ; obtenu pur, il est solide, d’im brun obscur: il se fond au feu et se volatilise en une vapeur orangée ; il brûle avec une flamme verdâtre et en dégageant une odeur analogue à celle du chou pourri. Dans la nature il se rencontre uni avec le soufre , avec le cuivre, le plomb, avec le fer sulfuré; il forme alors des séléniiires. Le bore tire son nom du borax ^ sorte de sel qui sert dans les arts pour faciliter les soudures et les fusions de métaux, comme nous le dirons par la suite (191)- Dans cette substance, le bore est brûlé; il est combiné avec l’oxigène , c’est l’acide borique. On le débrûle en le faisant chauffer avec

le potassium, qui est un métal plus avide encore d’oxigène.

On obtient alors le bore, qui est une poussière d’un brun verdâtre, inodore, mais brûlant avec flamme dans l’oxigène, et reproduisant l’acide borique : c’est un produit chimique qui n’a pas encore été trouvé pur dans la nature.

Le chlore ne se rencontre pas non plus naturellement à l’état simple ou de pureté. On le retire directement de Pacide qu’on obtient en décomposant le sel de cuisine qu’on nomme , depuis qu’on connoît mieux sa composition , chlorure de sodium. Le procédé qu’on emploie est simple (i56); mais l’explication de ce qui arrive dans cette opération exigeroit des connoissances que nous ne devons pas supposer au lecteur. Il faut seulement qu’il sache que dans cette décomposition on obtient un gaz qui est un corps simple dissous par le calorique et dont la couleur est d’un jaune verdâtre, ce qui l’a fait désigner sous le nom qu’il porte ; car, jusque dans ces der-

niers temps, on l’avoit appelé gaz acide muriatique suroxigéné. Son odeur est spéciale , déplaisante; elle produit de la toux et de l’inflammation dans les voies de la respiration. Ce gaz n’est pas propre à la combustion ni à la respiration ; cependant, mêlé avec le gaz oxigène et soumis ainsi à une compression vive et forte, il dégage de la lumière tout en conservant sa forme de gaz. Le chlore , à l’aide de l’humidité , détruit la plupart des couleurs végétales, et c’est pour cela qu’on l’emploie, depuis Berthollet, au blanchiment des toiles, de la pâte du papier, des livres et des estampes enfumées, de la colle animale ou gélatine, du parchemin, etc. On le dissout dans l’eau pour le transporter et pour s’en servir dans les arts. Il se combine avec un grand nombre de corps simples, et il forme alors des chlorures. Le chlore a la propriété de décomposer dans l’atmosphère le gaz hydrogène sulfuré ou acide hydrosulfurique. C’est à cet usage qu’on l’emploie pour désinfecter les fosses d’aisances , et même pour faire cesser les effets de l’asphyxie par ce gaz délétère.

Le nom à’iode est aussi emprunté du grec , et il signifie violet. Il indique la couleur que produisent, par l’action du feu, les vapeurs de cette matière que les chimistes ont reconnue dans les cendres fournies par la combustion des varecs, plantes marines que l’on brûle pour en obtenir la soude. Quand on a fait évaporer, autant que possible, les eaux qui ont servi à lessiver ces cendres, et qu’on en a retiré les sels cristallisables, les eaux qui restent contiennent la matière de l’iode. Quand on les fait chauffer fortement, après les avoir unies à l’acide sulfurique , et qu’on les fait distiller, il s’échappe de l’appareil des vapeurs violettes que l’on condense, et qui se cristallisent sous forme de petites paillettes brunes, ayant une sorte d’éclat métallique. C’est l’iode; uni à l’oxigène, il forme un acide indique; combiné à la fois avec l’hydrogène

CORPS INERTES. MÉTAUX. y3

et î’oxigène, il donne l’acide hydriodique. Avec le soufre, le , phosphore, l’azote, les métaux, il forme des iodares. Jusqu’ici on n’a fait usage de l’iode que pour les recherches chimiques. Il dénote, en particulier dans les liquides, la présence delà fécule ou de l’amidon , qu’il colore en bleu. Dans ces derniers temps la médecine a fait usage avec succès des diverses préparations d’iode pour fondre ou faire dissoudre certaines tumeurs, et surtout celle qui se développe au cou, et que l’on nomme le goitre. Quant au hrome , c’est un principe chimique qui paroît être le plus souvent uni au sel marin : il a beaucoup d’analogie avec le chlore. La chimie, en l’isolant, l’offre sous la forme d’un liquide rouge brun foncé, très volatil, d’une odeur pénétrante. Il est encore peu connu , et on n’en a pas fait d’applications utiles jusqu’à ce jour : on sait que c’est un poison.

Les métaux semblent former une grande division parmi les corps simples et combustibles. Quoiqu’on ne les trouve pas tous naturellement dans leur état de pureté, on peut, à l’aide de divers procédés, les y ramener; et, ainsi réduits, ils offrent quelques , caractères communs et distinctifs, tels qu’une sorte d’éclat qu’on nomme brillant métallique, qui dépend , à ce qu’il paroît , de leur opacité presque complète , et du rapprochement de leurs molécules. Cet éclat se manifeste dans tous les ntétaux cristallisés ou polis artificiellement. La plupart, excepté le mercure, sont solides à la température ordinaire de notre atmosphère , mais ils sont susceptibles d’être fondus ou rendus liquides par l’action de la chaleur, à des températures très variées pour chacun d’eux. Tous sont très bons conducteurs de la chaleur et du fluide électrique. Ils offrent aussi des particularités propres à les faire distinguer les uns des autres, lorsqu’on étudie leur dureté, leur ténacité , leur texture et cassure lamelleuses , fibreuses , ou gra-

nuleuses, leur cristallisation, leur sonorité. Enfin on les distingiie par la manière dont ils se comportent sous le marteau , entre les cylindres du laminoir, ou dans la traction qu’ils subissent quand on les fait passer à la filière.

Les métaux varient pour la couleur; il en est de jaunes, comme l’or; de rouges, comme le cuivre; de différentes teintes blanches, comme dans l’argent, le mercure, l’étain; d’im blanc bleuâtre, comme le plomb, le zinc; d’un gris bleu, comme l’antimoine , le fer. L’odeur distingue aussi plusieurs des métaux. Cette odeur métallique fait aisément reconnoître , indépendamment du poids spécifique , les matières de fer, de cuivre, de plomb, d’étain. Les métaux s’unissent à beaucoup de corps simples, comme nous l’avons déjà vu. Avec l’oxigène, ils s’oxident. Ils s’unissent au chlore, à l’hydrogène, au soufre, au phosphore, et prennent alors le nom de chlorure, d’hydriire, de sulfure, de phosphure, d’iodure, etc. Ils s’unissent entre eux en diverses proportions, et constituent ce qu’on nomme des alliages. La plupart des alliages servent à souder les métaux entre eux, parce qu’ils sont plus fusibles que chacun d'eux en particulier. Ainsi celui d’étain et de plomb est employé pour joindre les lames de ces métaux ensemble ou séparément. La tôle et le fer sont réunis par un alliage de cuivre et d’étain, qui est une sorte de laiton employé en limaille avec le borax. L’argent est soudé avec l’or, ainsique le cuivre avec l’argent, avec un alliage d’argent et de cuivre. Le métal des caractères d’imprimerie, le métal blanc des timbres , des boutons , celui des robinets ou canelles sont des alliages divers de plomb, d’antimoine , d’étain, de zinc, de cuivre, dont l’imion change la dureté, la ductilité, la couleur, l’oxidabilité. On a désigné sous le nom particulier A'amaU game, les combinaisons de mercure avec les autres métaux. •

Les métaux s’offrent sous des états différons dans la nature. Les uns se rencontrent purs, quelquefois cristallisés; ils jouissent de toutes leurs propriétés métalliques. Quelques uns sont mélangés, alliés ou amalgamés avec d’autres métaux; le plus souvent ils sont unis à un corps combustible non métallique, comme les sulfures , les hydrures , etc. Souvent ils sont brûlés ou combinés avec l’oxigène , sous l’état d’oxides ou R’acides ; enfin il en est qui , étant déjà acidifiés, à ce qu’il paroît, se sont encore unis à d’autres matières pour former des sels métalliques tantôt purs, tantôt mélangés ou' combinés avec d’autres corps.

Les métaux se rencontrent à la surface de la terre ou dans

son intérieur. Quand le métal n’est pas pur, et qu’il faut l’extraire d’une substance qui le contient, on nomme la masse un minerai. Les excavations que l’on pratique pour retirer ces minerais , prennent le nom de mines au pluriel ; car le mot mine au singulier a diverses autres acceptions. Il indique le plus souvent la matière dans laquelle on va chercher le métal que l’on a l’intention d’exploiter. Ainsi la galène ou le sulfure, qui contient beaucoup de plomb et peu d’argent, porte cependant le nom de mine d’argent. Le ^ite , le gisement ou le gissement des minerais a été désigné sous des noms différens, selon que la glèbe métallique offre telle ou telle disposition {voyez Pl. v). Quand le minerai est placé par lits qui ont beaucoup d’étendue , mais peu d’épaisseur, on nomme ces veines qui se prolongent, des filons , fig. i. Ils semblent couper des montagnes , ou former avec leurs couches des inclinaisons variables. Quelquefois ces filons sont obliques, comme déviés, comme on le voit en ONF, où l’on a pratiqué des galeries, des chemins pour exploiter la mine par la route la plus courte. Quelquefois ces couches sont parallèles

entre elles, droites, inclinées ou interrompues, fig. 3, 4, 5. Les mines en rognons, fig. 2, sont des masses irrégulières disposées par tas dans les terrains. Certains minerais ont autour du métal des matières qui varient , mais qui sont à peu près les memes dans lès localités semblables. Ces matières, que Fon néglige le plus ordinairement dans l’exploitation, s’appellent la gangue. On nomme encore ainsi la masse pierreuse, la roche dans laquelle un minéral précieux, rare ou bien cristallisé , se trouve comme engagé.

Nous avons indiqué (82) les moyens cjue l’art emploie pour essayer les mines, pour reconnoître la nature et la quantité de métal que renferme un minerai. Les métallurgistes, ou ceux qui traitent les mines en grand, mettent en pratique des procédés très différons, suivant la nature du minerai ou du métal qu’ils veulent extraire. Nous dirons cependant qu’en général ils font un triage, c’est-à-dire des lots du minerai, suivant la quantité présumée de métal que les morceaux paraissent contenir. Puis, ils font chauffer fortement ces minerais, afin de vaporiser les substances qui en sont susceptibles , et de les rédui re plus facilement en fragmens, à l’aide de divers procédés qu’on désigne sous le nom général de hocarclage ou action de bocarder. Souvent on lave le minerai; et après celte opération, qui se compose de divers moyens propres à isoler les parties les plus lourdes, et par cela même les plus riches en métal, on fait sécher la mine , on l’unit à des matières combustibles, comme du charbon, auxquelles on associe des matières susceptibles de se fondre à un grand feu, et de s’y décomposer, comme du nitre, du sel de cuisine ou des terres alcalines, à l’aide desquels le métal se trouve d’abord réduit, débrùlé ou revivifié dans des fourneaux dont la forme et la disposition varient. Le plus souvent encore, après ces opérations, on est obligé de soumettre le métal à une nouvelle

CORPS INERTES, métaux.

fusion J pour le débarrasser de matières qui altéroient sa pureté, et qui auroient de grands inconvéniens.

Pour donner une idée exacte de l’état de la science, relativement aux métaux, nous ferons connoître les divisions que les chimistes ont établies parmi ces corps ; et, quoique les naturalistes ne puissent pas adopter cette classification, l’exposé rapide que nous allons en faire servira d’indication pour l’ordre dans lequel nous nous proposons de faire l’histoire de ces substances. Il existe dans la' nature un certain nombre de matières qui ont presque toutes les propriétés des oxides métalliques ; la chimie les a , par analogie, considérés comme des métaux unis à l’oxigène, pour lequel ils ont une affinité si grande, qu’on n’a pu encore les en séparer ou les réduire (i o6). Nous les considérerons comme des corps brûlés, et nous en traiterons sous le titre de terres (157). D’autres oxides, à l’aide de procédés très nouvellement découverts , en particulier «par l’influence de l’agent électrique, ou par l’action combinée d’une très forte chaleur, et de l’affinité d’un corps plus combustible encore, ont été réduits à l’état métallique; mais ces métaux, exposés à l’air libre , ont une si grande tendance à s’unir à l’oxigène, qu’ils l’enlèvent à l’atmosphère, à l’eau, à tous les corps qui en contiennent. Ils reprennent la forme d’oxide, avec des- propriétés très particulières que l’on nomme alcalines : nous les ferons connoître sous le titre à' alcalis. (i3i. 157)

Les autres métaux ont été rangés par les chimistes dans quatre sections principales : la première comprend ceux qui décomposent l’air à l’aide d’une très forte chaleur, qui absorbent et retiennent l’oxigène à toutes les températures, tels sont le manganèse (i56), le fer (i53), \ étain (ifia), le zinc (i5i). Aucun des autres métaux qui suivent n’enlève l’oxigène à l’eau; mais les uns sont oxidables, et restent oxidés à une tem-

pérature élevée , quoique variable pour chacun d’eux. Tels sont, parmi les plus connus, V arsenic (i/fi), Y antimoine (142), le cobalt [ \ /.{^\ le bismuth (i 44)? 1g cü«Vre(i46), le plomb (148), €t plusieurs autres que la chimie a étudiés, et que nous indiquerons sommairement , parce qu’ils ne sont pas du domaine de l’histoire naturelle. La troisième section comprend aussi des métaux oxidables, à une température déterminée; mais se vaporisant quand le degré de chaleur est plus élevé : tel est en particulier le mercure (i Sq). Enïin, dans une quatrième section, par laquelle nous commencerons l’étude particulière des métaux, on a rangé ceux qui n’absorbent jamais directement l’oxigène, et dont les oxides se réduisent par l’effet d’une forte chaleur, tels sont le platine (i33), l’or (i 35), X argent (*37), et trois autres moins connus. ( 1 38)

Le platine est le métal le plus pesant, le moins fusible et le moins oxidable. Lorsqu’il est pur, il n’est pas très dur, mais il jouit à un très haut degré de la malléabilité, de la ductilité et de la ténacité. Sa couleur est blanche, brillante, analogue à celle de l’argent et de racier poli. On le trouve natif dans l’Amérique méridionale , au Pérou. Le plus souvent il est en petits grains, dans un sable mêlé de paillettes d’or; mais il est rarement pur; il s’y trouve combiné avec plusieurs autres métaux. On ne peut le dissoudre que dans un mélange d’acides, qui est l’eau régale des orfèvres; puis on le précipite à l’aide d’un alcali. Il forme alors un masse spongieuse, qui est le métal que l’on bat sous le marteau , en Tunissant à un peu d’arsenic, et en le faisant rougir fortement.

Le platine est très précieux pour les arts , parce qu’il ne s’oxide pas, et qu’il s’allonge ou se dilate très peu par l’effet de la chaleur, et qu’il se combine avec un très petit nombre de corps. Les chimistes l’emploient pour leurs opérations, sous

CORPS INERTES. BIÉTAUX.

forme de tubes, de creusets, de capsules, de bassines. On s’en sert pour fabriquer des instrumens de mathématiques et d’horîogerie très parfaits, des miroirs d’optique, des bijoux. On en garnit les lumières des eanons de fusil; on en double l’intérieur des bassinets où la poudre s’enflamme. Après avoir enveloppé un fil de platine d’une couehe épaisse d’argent, on a fait passer de nouveau à la filière ces métaux réunis, puis, à l’aide de l’acide nitrique , on a dissous la couche extérieure de l’argent; on a obtenu par ce procédé des fils de platine d’une ténuité excessive et cependant inaltérables, qui ont été employés fort utilement dans certains instrumens d’optique.

L’or vient immédiatement après le platine, pour la pesanteur; mais il est jaune, plus faeile à fondre que le cuivre; il est moins dur que l’argent, beaucoup plus que l’étain. Il n’a ni odeur ni saveur. C’est le plus ductile et le plus malléable de tous les métaux. Il n’est pas dissous par l’eau forte pure ; aussi les orfèvres se servent-ils de cet acide pour reconnoître la qualité ou la pureté de ce métal , quand il est allié, en le frottant sur la pierre de touche. On le trouve principalement au Mexique et au Pérou, au Brésil, en Afrique et en Europe, dans la Hongrie et la Transylvanie, et même en France. On le rencontre sous forme de paillettes , dans le sable, et on l’obtient par le simple lavage. Il est quelquefois en masses informes qu’on nomme pépites. On cite comme la plus célèbre celle de soixante-six marcs qui existoit au cabinet de minéralogie du roi, à Madrid. On estime la quantité d’or qui est versée, année commune, dans le commerce de l’Europe, à 36, 200 livres de poids, qui représente i5453oo,ooo francs. Comme l’or s’amalgame facilement avec le mercure qui l’abandonne lorsqu’on le fait chauffer, c’est un moyen de l’obtenir pur ou de le séparer d’un grand nombre de substances avec lesquelles il peut être mêlé. On le trouve rarement cristallisé, et dans sa

gangue; lamine d’or s’offre quelquefois sous la forme de lames, de branches ou de filamens,

L’or est devenu le signe plus particulièrement représentatif des richesses, sous la forme de monnoies. On en fait des bijoux. Il sert à recouvrir l’extérieur des autres métaux, pour les préserver de l’action de l’oxigène. Tantôt on l’emploie en feuilles qu’on applique sur leur surface; tantôt on se sert d’un amalgame a,vec le mercure, dont on frotte la pièce qu’on veut dorer; on la présente ensuite à l’action d’un feu assez fort pour vaporiser le mercure. C’est ce qu’on nomme dorure en oj' moulu, sur le cuivre, et vermeil sur l’argent. Un décigramme d’or peut être tiré en un fil de loo mètres de longueur; et 3i grammes (ou une once) peuvent recouvrir entièrement un fil d’argent de près de !2oo myriamètres de long (environ 444 lieues). Aplati en feuilles, un décigramme peut couvrir un espace carré de plus de 38 mètres, ou occuper un espace soixante-cinq mille cinq cent quatre-vingt-dix fois plus étendu que celui dans lequel il étoit contenu d’abord ; et il en faudroit plus de trente mille feuilles superposées, pour former l’épaisseur de deux millimètres un quart (environ une ligne). On allie l’or avec l’argent pour lui donner plus de dureté, ou pour changer sa teinte; ainsi on obtient Vor vert en alliant environ sept parties d’or avec trois parties d’argent : quand on estime la. proportion de ces sortes d’alliages, on dit qu’on en reconnoît le titre- (128). On relire aussi de l’or, par des procédés chimiques, un oxide qu’on emploie pour dorer le verre et la porcelaine, et qui, lorsqu’il est vitrifié ou fondu avec d’autres substances, donne des émaux de couleur lilas, rose, rouge et violette.

iSy-

U argent un métal très sonore, insipide et sans odeur :

il est moins pesant que le plomb, plus dur que l’or, moins que

CORPS INERTES, métaux, argeist. 8i

le cuivre; sa couleur est blanche, très brillante, ce qui Ta fait nommer par les alchimistes lune ou Diane. Il est très ductile, très malléable et susceptible de recevoir un fort beau poli. Il est dissous entièrement par Facide nitrique, même à froid. On le trouve natif, uni au soufre et à d’autres métaux , et même combiné à un acide. Pour l’obtenir pur, on fait chauffer fortement le minerai, afin de volatiliser quelques substances avec lesquelles il est eombiné : on mêle ensuite le métal impur avec du plomb ; on fait chauffer la masse dans un vase solide, mais poreux : le plomb, à une haute température, se change en une sorte de verre qui entraîne les matières étrangères; il s’échappe à travers les parois du vase qu’on nomme coupelle ; il prend la forme de litharge, et l’argent reste pur. On appelle cette opération la coupellation , et l’argent pur, argent de coupelle. On obtient aussi de l’argent très pur par la voie humide en décomposant le nitrate ou le chlorure à l’aide de la soude ou de la potasse. L’argent se fond lorsqu’il devient d’un rouge-blanc par la chaleur; chauffé plus fortement encore, il bouillonne et se volatilise en jetant un très grand éclat de lumière. C’est ce phénomène qu’on a désigné sous le nom de corus cation.

On emploie à peu près l’argent comme For, mais il sert plus particulièrement pour faire de la monnoie, des bijoux, des ustensiles destinés à la préparation des alimens et des médicamens, des timbres qui rendent un son particulier. On en recouvre la surface du cuivre dont on fait des flambeaux et autres objets qu’on dit alors plaqués ou argentés. On l’unit presque toujours au cuivre qui lui donne la eonsistance et la roideur nécessaires pour être utile dans les arts. Ainsi l’argent employé pour fabriquer les flancs de nos monnoies, contient un dixième de cuivre ; c’est ce que l’on nomme le titi^e. C’est un fil d’argent, doré et aplati, qui revêt la soie

CORPS INERTES, métaux, mercure.

dans ce qu’on nomme les galons d’or. Un décigramme peut être tiré en im fil de i5o mètres de longueur. Un fil de ce métal ayant une ligne de diamètre, supporte un poids de plus de 90 livres. L’argent dissous dans l’eau-forte rend cet acide beaucoup plus caustique ; et quand on fait évaporer cette dissolution, on obtient un sel très corrosif dont les chirurgiens font usage pour détruire les chairs, sous le nom de pierre infernale, ou de nitrate d’argent fondu. L’argent fulminant est de l’oxide d’argent combiné avec de l’ammoniaque.

Les trois autres métaux qui ne sont pas oxidabîes à l’air libre, et dont les oxides se réduisent par l’effet d’une forte chaleur, ont été découverts par les chimistes en faisant des recherches sur le platine , métal avec lequel on les a trouvés alliés. On les a nommés palladium, rhodium et iridium. Ils

n’existent dans ces alliages qu’en très petite quantité, et jusqu’ici on ne les a trouvés propres à aucune usage particulier. Il en est à peu près de meme de V osmium , qui est volatil au feu comme le métal suivant.

iSg.

Le mercure, qu’on a nommé aussi vif-argent, estime substance métallique qui, cà la température dans laquelle nous vivons , est toujours sous la forme liquide , et dont les molécules sont si cohérentes, que les fragmens, lorsqu’ils se divisent, prennent de suite la forme globuleuse. Sa couleur est blanche, très brillante; son poids est quatorze fois plus considérable que celui d’un pareil volume d’eau ; il se change en vapeurs à la chaleur d’une bougie, et ne prend la forme solide et cristallisée que par l’effet d’un froid excessif de quarante degrés sous zéro. Sa fluidité est si grande, qu’on peut le faire passer en globules au travers des tissus, même les plus serrés, comme la peau de chamois. C’est un moyen de le purifier ou d’en séparer les corps qu’il ne dissout pas. On le trouve sous

divers états, ptir ou natif, amalgamé avec l’argent, oxidé et combiné avec le soufre, formant alors le cinabre et le vermillon. Ces mines de mercure sont très faciles à réduire, parce que ce métal se volatilise par une sorte de distillation, et qu’il abandonne facilement à d’autres substances combustibles le soufre qui les minéralisé. Pour l’obtenir de ces sulfures, on les mêle avec de la craie en les exposant sur le feu dans une cornue de fer : le soufre se combine avec la chaux; l’acide carbonique s’échappe sous forme de gaz, parce qu’on reçoit les produits dans de l’eau où la vapeur du mercure se con* dense.

On se sert beaucoup de ce métal dans les arts, en Famalgamant avec l’or, l’argent, l’étain, pour dorer, argenter, étamer les métaux et le verre dont on fait des miroirs; en l’unissant à certains acides pour teindre des étoffes, feutrer le poil des chapeaux. On l’enferme dans des tubes de verre pour en faire des baromètres et des thermomètres, c’est-à-dire pour apprécier et reconnoître, par les changemens que ce métal éprouve comme fluide liquide, la pesanteur et la chaleur de l’air, etc. Les chimistes s’en servent dans les recherches pneumatiques, ou dans celles qu’ils font sur les gazs, pour les recevoir, les transvaser, les analyser. L’appareil qu’on nomme hydrargyro-pneumatique , est une cuve de fonte ou de marbre, remplie de mercure , et disposée de manière à permettre les opérations eudiométriques. Le mercure ayant la propriété de s’amalgamer avec l’or et l’argent, alliages dont il se sépare par la simple action de la chaleur, on s’en sert en grand dans l’exploitation de ces deux métaux, et en petit lorsqu’on veut enlever l’or sur les surfaces du bois, de la porcelaine. Il est fréquemment employé en médecine et en peinture, et principalement sous les divers états d’oxides et de sels. Le sublimé corrosif est un deuto-chlorure de mercure.

Quand X arsenic est soiis la forme de métal , sa couleur est grise brillante; mais elle se ternit rapidement à l’air. Il est fragile ; sa cassure est grenue : il n’est pas sapide ; mais lorsqu’on le frotte il laisse dégager une odeur désagréable. Exposé au feu et à l’air libre, il se volatilise sans se fondre, et il a une odeur plus forte, analogue à celle de l’ail; sous cette forme il s’oxide, et devient un poison violent; chauffé plus fortement, il brûle avec une flamme bleuâtre. On le trouve natif, oxidé, sous forme de sels dont le métal constitue le radical; enfin, allié au soufre et à d’autres métaux. lÉ orpiment est un deuto-sulfure d’arsenic jaune, ainsi que le réalgar, ou orpin rouge; on les emploie comme couleurs, et dans la teinture. La mort aux mouches ^ ou celte poudre grise qu’on unit à l’eau miellée pour attirer et faire périr les mouches, est de l’arsenic natif pulvérisé. Mais la matière que l’on nomme vulgairement l’arsenic , est un oxide blanc ; c’est un poison des plus violens lorsqu’il est introduit dans l’estomac, même à la dose de quelques grains II est employé en teinture et dans la vitrification ou la purification de certains cristaux artificiels.

On a regardé long-temps comme un métal pur, la combinaison naturelle de X antimoine avec le soufre, et on désignoit le métal qu’on en obtenoit, sous le nom de régule. On le trouve oxidé et natif; c’est alors un métal bleuâtre, brillant, fragile, lamelleux; lorsqu’il a été fondu et refroidi lentement, sa surface présente une sorte d’herborisation qu’on a comparée à une feuille de fougère. Le choc du marteau le réduit en poussière ; il brûle et s’évapore à un grand feu ; ses vapeurs blanches condensées forment les fleurs ou l’oxide blanc d’antimoine. On emploie l’antimoine allié avec d’autres métaux, comme avec quatre fois son poids de plomb, pour former les caractères d’imprimerie. Il donne avec le cuivre, dans la pro-

CORPS. INERTES. MÉTAUX, cobalt.

portion d’un quart du poids, un alliage violet qui se fond plus facilement et prend un beau poli. Dans la proportion d’un tiers avec le fer, l’alliage très dur qui en résulte fait feu sous la lime qui le racle. U émétique , qui est une combinaison d’antimoine avec du tartrate de potasse; le verre d’antimoine ^ le crocus , le soufre doré , le kermès minéral, le chlorure ou beurre d’antimoine , qui sont des préparations d’antimoine, ser-' vent en médecine, et sont des médicamens fort énergiques.

Le métal qu’on nomme cobalt est d’un blanc gris irisé , peu brillant; il agit foiblement sur l’aiguille aimantée; sa cassure est grenue , serrée ; il est très difficile à fondre. On le trouve ordinairement uni à l’arsenic ou au soufre : on n’emploie guère que son oxide ou sa mine grillée, qu’on nomme safre , pour donner à des matières vitrifiables une couleur bleue, et faire une sorte d’émail que l’on appelle smalt, lequel finement pulvérisé, porte le nom éèazur, et sert aux blanchisseurs pour donner à certaine:^ étoffes blanches une teinte particulière. Comme on prépare cet azur par décantation dans l’eau, on distingue la finesse des produits d’après le temps que la poussière est restée suspendue dans l’eau ; celui qui se dépose dans la première heure est , par charlatanisme , nommé du premier feu, et ainsi jusqu’au plus fin, qu’on ne recueille qu’à la quatrième heure, et qu’on nomme des quatre feux. Dissous dans l’acide hydrochlorique , le cobalt forme une encre de sympathie, invisible tant qu’elle n’est pas chauffée, mais qui, en exposant le papier ou l’étoffe à une légère chaleur, fait paroître et disparoître à volonté, avec la teinte d’une belle couleur vert-céladon, les caractères ou les dessins qu’on a tracés avec elle. La belle couleur bleue employée en peinture sous le nom de bleu de Thénard, est une préparation de phosphate de cobalt obtenue par ce chimiste , en faisant calciner ce sel avec de l’hydrate d’alumine.

CORPS INERTES. MÉTAUX, bismuth.

Le bismuth, qu’on a nommé long-temps étain gris, ou étain de glace , est d’un blanc jaunâtre, et comme formé de lames polies, si fragiles, qu’elles se réduisent en poussière sous le choc du marteau; il cristallise régulièrement, et avec une grande facilité. Quand il est bien pur, il présente la cristallisation cubique par gradins décroissans, ou en escalier formant une pyramide à quatre faces, comme on le voit planche ii, fig. 3. Il se fond aussi facilement que le plomb ; on le trouve à l’état natif, mais plus souvent oxidé ou uni au soufre et à d’autres métaux. On en fait des alliages avec l’étain et le plomb, auxquels il donne beaucoup de dureté. Ce triple alliage, quoique très dur, devient coulant, et se fond à une chaleur au-dessous de celle de l’eau bouillante. On l’emploie pour faire des moules dans Part du fondeur, et dans les injections anatomiques. Son oxide entre dans la composition des émaux blancs , ainsi que dans les couvertes de porcelaine et de faïence. Mêlé à l’oxide d’or, dans la proportion d’un quinzième, il sert dans la peinture sur porcelaine, en rendant l’or plus fusible, et en le fixant ainsi sur les couvertes de ces sortes de poterie. Celui qui est précipité de l’acide nitrique et bien lavé, produit le blanc de fard ou le magistère. C’est un sel que les chimistes désignent sous le nom de sousnitrate; on l’emploie en médecine avec succès dans certaines dyspepsies ou dans des digestions difficiles.

Tous les métaux que nous venons d’étudier, depuis l’arsenic, ne poiivoient être allongés, ni sous le marteau, ni sous le cylindre ; de sorte qu’on les connoît peu sous leur état métallique, n’étant employés que dans les arts. Il n’en est pas de même des deux qui vont suivre, dont l’usage est universel. C’est le cuivre et le plomb. Nous traiterons ensuite transitoire-

CORPS INERTES. MÉTAUX. CülFRE.

ment des autres métaux que la chimie seule a fait connoître, et qui sont le nickel, le tellure, le titane, l’urane, le cérium, le colombium, le tungstène, le chrome, le molybdène.

On appelle cuivre un métal rougeâtre, presque aussi ductile que l’argent, extrêmement sonore, plus brillant que l’étain, susceptible d’un beau poli, mais qui se ternit promptement à Pair, Il exhale, quand on le frotte, une odeur particulière fort désagréable, qui adhère aux doigts et qui est analogue à sa saveur; il produit, en se brûlant, une flamme de couleur vert-bleuâtre. Il est très ductile; presque tous les acides s’y unissent en l’oxidant, et forment avec lui des sels. Il s’unit également avec un très grand nombre de métaux pour former des alliages. C’est peut-être à cause de cela qu’il étoit désigné sous le nom de Vénus par les alchimistes. On trouve le cuivre natif combiné avec le soufre, et c’est la mine la plus ordinaire qu’on nomme pyrite de cuivre; allié à l’arsenic, on l’appelle alors cuivre gris. On le rencontre aussi oxidé et uni avec plusieurs acides; en particulie'r avec les carbonates, tels que la pierre dite bleu-de-montagne , la malachite , le cuivre phosphaté, le muriate, dit sable vert du Pérou, l’arséniate, etc. Ce métal exige beaucoup d’opérations pour être amené à son état de pureté. On met le feu aux masses des morceaux de la mine, quand elles contiennent du soufre; puis on les grille deux ou trois autres fois pour les diviser ;' après quoi, en chauffant le minerai plusieurs fois consécutives avec du charbon, on obtient un oxide noir et terreux de cuivre , qu’on allie avec trois parties de plomb : on en fait une pâte qu’on dispose en pains pour les placer de champ dans des fourneaux, sur def plaques de fonte,’ qu’on fait rougir lentement. Le plomb se vitrifie et enlève les autres métaux ; il reste une sorte de mie ou d’éponge métallique que l’on fond, qu’on raffine et qui se débite en pe-

tites plaques arrondies, refroidies rapidement dans l’eau, auxquelles on donne le nom de rosettes.

Le cuivre est souvent employé dans les arts. On en fait de la monooie , des médailles , des ustensiles , des chaudières , des alambics, des tuyaux de conduite, des instrumens à vent, des timbres. Il est très tenace; un fil d’une ligne de diamètre soutient, sans se rompre, 274 livres ou 187 kilogrammes. On l’aplatit sous le laminoir pour obtenir des lames avec lesquelles- on garnit en dehors les vaisseaux ; ce qu’on appelle les doubler. On l’étame à la surface ; il sert alors pour faire des casseroles, des bassines, etc. On le réduit, en le frappant, en feuilles très légères, par les procédés du batteur d’or. Lorsqu’il est pur, on le nomme cuivre rouge ou de rosette ; il entre dans beaucoup d’alliages ; uni avec le zinc , on l’appelle cuivre faune, laiton, similor, chrysocale , pinchbeck , or de Manheim , tombac. On fait avec ces alliages, les épingles, l’oripeau ou clinquant, les cordes sonores ou fils de laiton, les galons faux, les rouages des machines d’horlogerie, etc. ; allié à l’étain dans des proportions diverses et déterminées, et avec plus ou moins de zinc, il forme Y airain ou le bronze , dont on fait des canons, des statues, des cloches, ainsi que des timbres, des cymbales, des tamtams, et même des miroirs de réflexion plans, concaves ou convexes , pour les instrumens d’optique. Son oxide , verdet gris , sert beaucoup en peinture et dans l’art du teinturier, ainsi que ses combinaisons avec plusieurs acides ou les sels de cuivre , comme le vitriol bleu , ou le sulfate de cuivre.

Le plomb est un métal d’un gris bleuâtre et livide assez éclatant, mais se ternissant facilement à l’air, si mou que l’ongle peut le rayer, d’une odeur spéciale, peu sonore, très flexible , mais peu tenace, facile à allonger sous le laminoir ou à la filière, et d’être réduit par le marteau en feuilles très minces, se fon-

CORPS mERTES. MÉTAUX, plomb.

dant à une chaleur modérée, colorant en gris les corps blancs sur lesquels on le frotte. On ne le trouve que fort rarement dans la nature sous la forme métallique. Le plus souvent il est combiné avec le soufre , c’est ce qu’on nomme galène ou at~ quifoux; on le rencontre aussi uni à l’arsenic, et à plusieurs acides. Il est facile de le réduire, en le faisant fortement chauffer avec des matières qui contiennent du charbon. Les alchimistes désignoienî autrefois le plomb sous le nom de Saturne.

On emploie beaucoup le plomb dans les arts dont les produits ne doivent pas servir pour la préparation des alimens. Ses alliages avec d’autres métaux sont propres à divers usages ; uni au zinc, il sert à faire des balles de fusil , et à giboyer ; allié à l’étain, il donne la soudure; huit parties de bismuth, trois d’étain et cinq de plomb, forment un alliage triple, très précieux dans les arts, et connu sous le nom de Darcet , qui l’a inventé; il se fond à la chaleur de l’eau bouillante, et sert à tirer des empreintes sur le plâtre et sur bois, par le clichage. On étend le plomb en lames, afin d’en couvrir les édifices. On en fabrique des tuyaux , des réservoirs. On fait en peinture un grand usage de ses oxides, tels que la céruse , le massicot, le minium, la litharge , etc. On les unit au verre qu’ils rendent plus fusible, et auxquels ils donnent plus de dureté, de pesanteur et de transparence. La matière qu’on nomme improprement mine de plomb , et dont on se sert en crayons, ne contient pas du tout de plomb ; c’est du fer carburé, ou uni à une petite quantité de charbon.

Tous les autres métaux de la même section étant peu im-

portans, nous allons en traiter d’une manière très sommaire.

Il est difficile d’obtenir du nickel. On le trouve dans la nature *

sous l’état d’oxide combiné avec le fer et l’arsenic. Les chi-

mistes qui Tont observé lui ont trouvé une couleur blanche grise, analogue à celle du fer. Il jouit, comme ce dernier, de la propriété magnétique. On a constaté sa présence dans les aérolilhes. Le tellure est encore moins connu ; il a été trouvé allié à l’or et à l’argent provenant des mines de la Transylvanie. Il est blanc bleuâtre, cassant et lamelleux. Le titane se trouve à l’état d’oxide rouge, uni au fer, à la silice, et à d’autres métaux dans le schorl rouge de Hongrie. Uurane , le cérium , le tungstène (mieux tungstein, pierre pesante qu’on a nommée schélin du nom de Schéèle), le colombium et le molybdène ne sont d’aucune utilité encore , et sont à peine connus des minéralogistes et des chimistes. Le chrome intéresse davan-

tage parce qu’il fournit à l’art de l’émailleur de très belles couleurs. On l’a découvert d’abord dans un minéral qu’on désignoit sous le nom de plomb rouge de Sibérie. On ne le connoît guère que sous l’état d’oxide qui donne de très belles teintes vertes , principalement celle de l’émeraude factice, et surtout des nuances de vert olive foncées, lorsqu’il s’unit par Faction d’un très grand feu à la couverte des porcelaines. Le chromate de plomb artificiel donne une belle couleur jaune jonquille, employée avec avantage dans la peinture à l’huile. En France, on obtient l’oxide de chrome, en exposant à un feu violent et dans un appareil convenable le fer chromaté avec du nitrate de potasse. Il se forme du chromate de potasse, qu’on décompose avec différens sels, dont les radicaux ont plus d’affinité avec la potasse.

Les métaux les plus oxidables, ceux qui décomposent l’eau à toutes les températures, et surtout à l’aide d’une très forte chaleur, pour lui enlever une partie de son oxigène, sont les quatre qui suivent : le zinc, l’étain, le fer et le manganèse. Le zinc est d’un blanc bleuâtre. On peut le laminer. Son tissu semble être le produit de la réunion de lames qui se divisent et de-

viennent très friables quand on fait chauffer leur niasse. Chauffé sans le contact de l’air il s’élève en vapeurs et peut ^ être distillé. Mais dans l’atmosphère il brûle avec une flamme blanche très brillante, et se réduit en vapeurs et en flocons blancs comme lanugineux, au moment où il se fond. On le trouve dans la nature sous l’état d’oxide, combiné avec la silice, et on le nomme alors calamine ou pierre calaminaire ; combiné avec le soufre, c’est ce qu’on nomme hlende ; et enfin uni avec quelques acides. Il se volatilise aussi dans les cheminées des fourneaux où l’on traite des gangues qui le contien» nent, et il forme un oxide connu sous le nom de tuthie ou cadmie des fourneaux. On se sert principalement du zinc pour faire des alliages, comme le laiton. Depuis quelques années on l’emploie pur, en lames ou tables très minces, pour faire des conduits d’eau , des gouttières, des couvertures d’édifices, des bassins , des baignoires ; mais il ne faut pas qu’il soit en contact avec le fer, car il s’oxide rapidement. Son oxide forme le blanc de zinc, qu’on emploie en peinture. Les belles flammes des feux d’artifice sont dues à la combustion rapide du zinc par le nitre. On emploie des plaques de zinc et de cuivre, entre lesquelles on place des disques humides, pour produire les phénomènes du galvanisme ou les effets de l’électricité agissant d’une manière continue. On se sert avec avantage du zinc métallique pour décomposer l’eau à l’aide de l’acide sulfurique, et pour obtenir ainsi le gaz hydrogène. Le sel qui se forme alors est de la couperose blanche ou vitriol de zinc.

étain est un métal blanc, un peu moins brillant que l’argent, plus dur que le plomb, très fusible, et qui fait entendre, lorsqu’on le plie, un craquement qu’on nomme cri. On le trouve sous l’état d’oxide, et combiné avec le soufre. On le ramène facilement à son premier type. I.cs étains les plus

purs proviennent des Grandes-Indes, de Malaca et de Banca, ou d’Angleterre. Il préserve les autres métaux de la rouille ou de l’oxidation; c’est pour cela qu’on en recouvre le fer, qu’on dit alors fer-blanc , et le cuivre qu’on appelle étamé. Amalgamé avec le mercure, il se colle intimement au verre, et sert ainsi à faire des miroirs ; c’est ce qu’on nomme mettre les glaces au tain. Il entre dans un grand nombre d’alliages; avec le cuivre, il sert à faire les canons et les cloches; avec le plomb, dans la proportion d’un tiers , il sert de soudure pour ce premier métal. Les acides qui tiennent ce métaj combiné , sont très employés en teinture ; tel est en particulier le nitro-muriate d’étain, qui sert à aviver les couleurs rouges sur les étoffes de matière animale et végétale. La substance qu’on nomme potée cV étain , avec laquelle on fait l’émail blanc de la faïence et qu’on emploie pour polir les glaces et les pierres dures sur la meule des lapidaires , est un oxide d’étain fondu avec du verre de plomb qui devient très dur par ce mélange. L’or massif ou la poudre dite de bronze qui sert en peinture est un sulfure d’étain. Les alchimistes désignoient ce métal sous le nom àe Jupiter. De là l’épithète de Joviales donnée à des préparations d’étain qui ont rapport à cette étymologie.

Le fer pur est d’un gris particulier assez brillant, très dur; sa cassure est granuleuse ou à lames brisées irrégulières; d’une odeur et d’une saveur spéciales. Il est ductile et malléable quand il est bien pur, même à froid , mais beaucoup plus lorsqu’il est ramolli par l’action du feu. Sa ténacité est telle, qu’un fil de fer d’une ligne de diamètre supporte un poids de 484 livres (242 kil. 69 ). Il jouit de la vertu magnétique que lui seul a d’abord fait connoître. On le trouve natif, mais le plus souvent oxidé, uni au soufre, au carbone, à l’arsenic, ou formant des sels, c’est-à-dire uni à beaucoup d’acides. Les alchimistes l’ont désigné sous le nom de Mars.

lucun métal ne présente pour sa réduction autant de difficultés à l’homme que celui-ci. Lorsqu’on le désoxide il s’unit aussitôt avec le carbone, forme une masse fusible qu’on nomme fer de fonte ou fer de gueuse ou fer coulé. Il est alors très cassant ; il faut l’aflîner, ou lui enlever ce carbone et le peu d’oxigène qu’il contient, à l’aide d’un grand feu et par l’action des marteaux qui le frappent et resserrent davantage ses molécules en lui communiquant la ductilité qui fait le mérite du ferforgé, battu, ou affiné. Dans cet état il s’amollit bien au feu, mais il ne se fond plus, à moins qu’on ne lui fournisse du carbone. Avec cette addition il forme X acier , quand il contient beaucoup de fer, et de la plombagine ou crayon noir, quand il contient peu de fer et beaucoup de charbon, c’est-à-dire quand c’est du fer carburé. On le nomme improprement mine de plomb (217). On le fait maintenant d’une manière artificielle, afin de l’obtenir plus pur, et pour lui donner plus ou moins de dureté, suivant les usages auxquels on le destine.

On ne peut remplacer le fer par aucun des métaux. On l’emploie sous les trois états de fonte, de fer battu et d’acier pour donner la forme à tous les auties. Ses usages sont si nombreux, qu’il n’est aucun artisan qui n’en ait le besoin le plus absolu. Ses oxides , tels que le vitreux ou les paillettes de fer et l’aimant, sont d’une grande nécessité dans plusieurs arts , ainsi que les sels qu’il forme, tels que le sulfate appelé vulgairement couperose ou -vitriol vert y qui est^ sous ces trois noms, la base de l’encre à écrire et (aqfi) de toutes les teintures noires, à l’aide de l’infusion de noix de galle ou de tout autre principe astringent ; le prussiate de fer est un sel qu’on nomme maintenant hydrocyanate\ et qui donne le bleu de Prusse dont on se sert en peinture, principalement dans celle en détrempe, et dans la teinture. Cette belle couleur s’obtient par des pro-

cédés chimiques, qui consistent dans la calcination d’un mélange de potasse avec des matières animales , comme des rognures de corne et des grumeaux de sang desséchés; la matière obtenue est lavée, filtrée, et l’on verse dans cette eau une partie de couperose verte et deux d’alun, qui produisent un précipité qu’on lave jusqu’à ce que la couleur devienne d’un beau bleu.

Il est difficile de voir le manganèse sous sa forme métallique, car il se brûle ou se combine avec l’oxigène aussitôt qu’il est en contact avec l’air. Quand on l’a réduit, on le tient sous l’huile : il est alors d’un gris blanc, très dur et très cassant. On le trouve principalement dans la nature sous forme d’oxides à différens degrés, dont les couleurs varient, mais qui donnent au verre en fusion, avec lequel on les unit, une teinte violette ou purpurine , ainsi qu’aux émaux et aux couvertes de poteries. Quand cet oxide est ajouté au verre en proportions convenables , il le rend plus transparent ; c’est ce qui l’a fait désigner sous le nom de savon des verriers. On en retire aussi de l’oxigène par le seul effet de la chaleur. On l’emploie encore pour obtenir le chlore en décomposant l’acide hydrochlorique ou muriatique.

Les minéraux qui nous restent maintenant à étudier ne se rencontrent pas dans la nature à l’état simple ou élémentaire. Leurs principes sont combinés au moins deux à deux. La plupart sont des corps simples brûlés ou unis à l’oxigène ; mais quelques autres résultent de la combinaison de deux corps simples entre eux. On les nomme’, comme nous l’avons dit (79), les alcalis, les terres, les oxides et les acides. Ils ont été décomposés par la chimie qui y a trouvé des matières brûlées, lesquelles ont acquis par celte oxigénation des propriétés nouvelles et des qualités qui les caractérisent.

CORPS INERTES, alcalis. q5

Ainsi les alcalis (i3i) sont solubles dans Peau ; ils verdissent les sucs de la violette et la plupart des couleurs bleues végé-^ taies; ils rougissent la teinture jaune du curcuma ; ils se combinent aux acides et les neutralisent en formant des sels; la plupart sont des oxides métalliques. Tels sont la potasse (162), la soude ( 1 63) , la baryte et la strontiane ( 1 6 4) , la chaux ( 1 6 5) et quelques autres alcalis moins connus. On range aussi avec les alcalis Tammoniaque ( 1 66) , qui est un gaz provenant de la combinaison du gaz hydrogène avec l’azote.

Les terres (1^1. 167) sont regardées par les chimistes comme des oxides de métaux, quoiqu’on ne les ait pas réduits à l’état de pureté. Elles n’ont aucune des propriétés des alcalis ni des acides avec lesquels elles se trouvent combinées dans la nature , ou par l’art qui peut aussi les extraire ou les oxider : telles sont la silice (167), l’alumine (168) , la magnésie (169) et plusieurs autres moins connues. (170)

Les oxides (171) sont analogues aux terres par leurs propriétés générales; mais tous ont été et sont facilement décomposés. On a reconnu que c’était des corps brûlés ou combinés avec l’oxigène. On les désigne par les noms des matières combustibles qui en sont la base. Tels sont l’eau (172) ou l’oxide d’hydrogène , et tous les oxides métalliques , qu’on nomme vulgairement chaux de métaux ou métaux calcinés.

Enfin les acides qui sont, pour la plupart, dans le meme cas que les oxides. On les reconnoît à la propriété qu’ils ont de rougir presque toutes les couleurs bleues des végétaux , et de ramener au jaune celle du curcuma, qui auroit été rougie par l’action d’un alcali. On les distingue à leur saveur aigre , et parce qu’ils perdent leurs qualités pour en prendre d’au-

9G corps INIERTES. ALCALIS.

très, lorsqu’ils se changent en sels, en se combinant avec les oxides et les alcalis. Ceux-ci formant la base des sels, ou les bases salifiables , et l’acide leur radical , nous étudierons particulièrement parmi les acides, le nitrique (177), le carbonique (178), le sulfurique (179), le phospîiorique et le borique (180) , et enfin l’acide liydro-chlorique. (i8i)

La potasse est évidemment l’oxide d’un métal qui a tant d’affinité pour l’oxigène , que quand on l’a obtenu pur, il faut le soustraire au contact de Pair et de tous les corps qui contiennent l’oxigène , même en combinaison intime , car il en est si avide, qu’il les décompose à l’instant : voiLà pourquoi on ne le trouve jamais pur dans la nature. Le métal, qu’on obtient par les procédés chimiques, et que jusqu’ici on n’a pu conserver que sous l’huile de naphte bien purifiée , est très brillant, très fusible ; il a la mollesse de la cire, et il est presque aussi léger que cette substance ; il nage à la surface de l’eau. Il se volatilise sous forme de vapeurs vertes. On l’a obtenu d’abord par l’action de la pile voltaïque , en l’alliant ou l’amalgamant aussitôt avec le mercure, puis en distillant cet alliage; mais depuis , on le produit en plus grande quantité par la décomposition et le débrùlement de la potasse , à l’aide de l’action combinée du feu et des tournures de fer. On le nomme potassium. La potasse dont on l’extrait est elle-même tirée des cendres des végétaux; mais elle n’y est pas pure; il faut la séparer d’autres sels et de quelques matières avec lesquelles elle étoit combinée. On se sert en particulier de la chaux vive pour obtenir la potasse dans l’état où elle jouit de toutes ses propriétés. On la nomme pierre à cautère, quand elle est desséchée. Alors elle est solide, inodore, d’une saveur âcre, très caustique. Elle dissout la plupart des matières animales. Exposée à l’air, elle en absorbe toute l’humidité, elle se fond , s’unit à l’acide carbonique. Dans l’état à

C0RP8 INERTES, alcalis. 97

peu près pur, elle s’unit aux graisses et aux huiles pour former les savons, et en particulier, avec les huiles communes, les savons mous qui sont naturellement jaunes, mais que l’on verdit par l’addition de quelques matières bleues ; elle entre dans la composition du nitre dont elle forme la base. C’est principalement sous la forme liquide de sous-carbonate impur que cet alcali est employé pour les lessives et parles peintres barbouilleurs, ainsi que par les chaudronniers, sous le nom à' eau seconde.

L’histoire de la soude est à peu près celle de la potasse. Dans son état de pureté, c’est aussi l’oxide d’un métal que les chimistes ont nommé sodium. Sa couleur est plus grise, il est moins volatil et moins fusible que le potassium , et il ne s’enflamme point à la surface de l’eau , en mettant le feu à l’hydrogène qui s’en dégage. La soude ne se rencontre jamais pure, elle est unie à l’acide carbonique; et, dans cet état, le sel au lieu d’étre déliquescent , comme celui de la potasse, est au contraire sec- Il se boursoufle, blanchit; il perd son eau de cristallisation et s’effleurit. On l’obtient, pour le commerce, par la décomposition du sel marin, ou de l’hydrochlorate de sodium , par l’incinération des plantes qui végètent dans le voisinage de la mer ou dans l’eau salée; en particulier des diverses espèces de soudes (586) ou de varecs (563). Le carbonate de soude impur se trouve aussi naturellement à la surface de la terre, par suite du dessèchement des eaux de certains lacs ; on le nomme alors natron. Tels sont ceux d’Égypte et de Hongrie. C’est avec la soude rendue caustique, combinée à l’huile d’olives, qu’on obtient les savons durs de Marseille et de Naples. Elle entre aussi dans la fabrication du verre. Elle est employée pour le dégraissage des étoffes, et dans l’art du teinturier.

Le nom de baryte signifie lourd; cet alcali est en effet très pesant. On ne le trouve jamais pur dans la nature. Il est

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