CORPS INERTES. TERRES. MAGNESIE
briques , des tuiles ; car elle se serre et se durcit par l’action du feu , où elle semble se cuire , en éprouvant ce qu’on appelle le retrait. Elle est dissoute par beaucoup d’acides ; elle s’unit avec les matières colorantes qtfelle fixe en teinture ; elle donne aussi les laques à la peinture. ’
La magnésie semble lier, par ses propriétés , les terres avec les alcalis. On ne la trouVe pas pure naturellement; le plus souvent on l’extrait des sels dans lesquels elle est combinée, et qui, pour la plupart, sont solubles dans Peau. Onia précipite de ces dissolutions, en offrant à l’acide une base pour laquelle il a plus d’affinité ; le nouveau sel formé , étant lui-même sofuble, la magnésie se précipite; on la lave, on la fait sécher, et alors elle se présente sous la forme d’une pôudre très blanche, très légère, douce au toucher, semblable à de l’amidon, d’une
saveur fade, verdissant cependant' quelques couleurs bleues végétales. Elle forme avec les acides des sels amers (188); on ne l’emploie guère qu’en médecine, comme matière absorbante et pour neutraliser les acides, ou pour détruire les aigreurs d’estomac : les sels qu’elle forme sont pour la plupart purgatifs.
Les autres terres n’ont été étudiées que par les chimistes qui les ont obtenues en décomposant ou en analysant quelques pierres. Telle est la zircorie , a été retirée du zircon ou du jargon des lapidaires , et de l’hyacinthe, sortes de piérres précieuses qu’on trouve naturellement cristallisées en prismes à quatre pans, terminés par des pyramides à quatre facès triangulaires ou en rhombe. Leur pesanteur spécifique est considérable .-leur aspect est gras. Il en est d’incolores, de vertes et de jaunâtres, d’orangées comme Y hyacinthe des joailliers. Uyttria, la tkorine qu’on a trouvées dans quelques minéraux de Suède, et la glucine dont^îe nom indique que les sels dans lestp.iels elle se rencontre, prennent une saveur sucrée; elle a
io3
été retirée de V émeraude , autrement dit béril vert^ espèce de gemme d’une belle couleur verte, d’une teinte veloutée, qui se trouve au Pérou.
Les OXIDES , avons-nous dit ( 160 ) , sont des corps- brûlés simples, ou des matières combustibles unies à Foxigène ^Taciles à décomposer, différons en cela des terres, et n’ayant aucune des propriétés acides ni alcalines. On pourroit les distinguer, comme le font les chimistes, en oxides des corps simples non métalliques, et en oxides des métaux. Mais la plupart des premiers sont uniquement du ressort de la chimie, ne restant pas naturellement sous cette forme; tels sont l’oxide d’azote, de carbone, de phosphore, etc.; il en est autrement de l’oxide d’hydrogène qui forme l’eau. Quant aux oxides métalliques ,i ils ont pour la plupart été indiqués, au moins de nomy avec les métaux eux-mêmes, puisque ceux-ci en proviennent ordinairement. Nous ne reviendrons pas sur leur histoire.
U eau qu’on peut regarder, ainsi que nous Pavons indiqué (no), comme un oxide d’hydrogène, et non comme un élément ou corps simple, est une substance très abondante dans la nature, sous les trois états : 1°. de fluide élastique ou de vapeurs dans l’air, les nuages, les brouillards ; 2®. de liquide dans les mers , les lacs , les' fleuves, les rivières , les ruisseaux, ' les fontaines ; 3°. de solide, sous la forme de givre, >de neige, de grêle et de glace. Elle se retrouve dans tous les êtres vi'V*anS ou organisés, et elle sert essentiellement à leur développement. Elle fait partie constituante de beaucoup de minéraux. Dans son état de pureté, l’eau est, à la température ordinaire de l’atmosphère, un liquide incolore, îrahsparent, insipide, peu compressible et élastique , transmettant les sons ou plutôt les vibrations des corps, et adhérant au plus grand nombre des matières solides, en les mouillant.
io4 CORPS INERTES. OXIDES. EAU.
L’eau dissout un très grand nombre de substances, à différens degrés de température; mais quand elle s’évapore, ou quand on la distille , elle n’entraîne pas avec elle les matières dissoutes qui ne ^sont pas volatiles. C’est ainsi qu’on obtient artificiellement l’çau pure pour les opérations de la chimie. On la nomme alors eau distillée : dans cet état, elle est privée d’air ; elle n’est pas propre à servir de boisson. On a cru pouvoir expliquer par cette volatilisation naturelle de l’eau dans l’atmosphère, comment celle de la mer, après s’étre élevée en vapeurs non salées, retomboit en pluie avec les qualités d’un liquide sans saveur. On a calculé qu’il tomboit en France à peu près huit décimètres d’eau sur la surface de la terre , dans le courant d’une année. Ces eaux pluviales sont les plus pures; toutes vont définitivement se rendre dans la mer ou dans les lacs, en raison de l’inclinaison de la terre.
On trouve dans la nature des sources d’eau chaude, que l’on nomme thermales ; telles sont en France celles d’Aix, de Balaruc, de. Dax, de Bourbon, de Vichy, de Bagnères. On appelle eaux minérales toutes celles qui contiennent quelques substances en dissolution, comme du fer, du soufre, du carbone, des sds; on les nomme ferrugineuses, sulfureuses, gazeuses , salines , etc. Presque toutes les eaux chaudes sont à la fois minérales : on emploie la plupart de ces eaux comme moyens curatifs en médecine, soit à l’intérieur, comme boisson, soit au-dehors, sous la forme de bains, de douches, de fumigations. On retire aussi de plusieurs les matières salines qui y sont en dissolution, pour s’en servir dans les mêmes circonstances. On en fait àé artificielles , composées d’après les principes que la chimie y a reconnus.
L’eau est la substance dont l’homme fait le plus grand usage
CORPS INERTES. COMPOSÉS, acides.
to5
dans les besoins de la vie, et dans ses applications aux arts industriels. Sous l’état liquide elle est principalement employée comme dissolvant, et comme force moMce. Surtout quand elle prend la forme de vapeurs, par l’accumulation du calorique, et quand elle transporte la matière de la chaleur. La physique et la chimie l’emploient sous forme solide, pour faire un grand nombre d’expériences, dans lesquelles il est nécessaire d’éloigner l’action de la chaleur.
Pour exposer l’histoire abrégée de ceux des acides simples que nous avons besoin de faire connoître , nous suivrons l’ordre dans lequel nous avons parlé des corps élémentaires combustibles qui les produisent en se combinant avec l’oxigène , et en leur donnant les propriétés qui les caractérisent (161). On les distingue en oxacides ou ceux qui sont acidifiés par l’oxigène, et en hydracides , ou ceux qui paroissent devoir le principe de leur acidité à l’hydrogène. Mais , comme nous ne traitons que des acides qui se trouvent naturellement dans la nature, nous ne parlerons ici que de ceux formés, 1°. par l’azote, tel que l’acide nitrique; 2“. par le carbone; 3®. par le soufre; paî* le phosphore et par le bore; enfin, par le chlore et l’hydrogène qui constituent Pacide hydrochlorique,
Quoique les gazs azote et oxigène soient mêlés lorsqu’ils composent notre atmosphère (112), ils peuvent cependant, dans quelques cas, se combiner entre eux, et changer de qualités et de propriétés. Il faut pour cela que leurs quantités soient déterminées dans des proportions d’un volume d’azote et de deux volumes d’oxigène , et dans des circonstances favorables, Quand cette combinaison a lieu, le gaz azote est brûlé, oxigéné; il abandonne son calorique, et devient un acide particulier ; et, comme on le retire le plus souvent du iiilre, dont
CORPS INERTES. COMPOSÉS. dtCIDES.
ïo6
MOUS parlerons par la suite, on lui a donné le nom d’acide nitïique , au lieu de celui d’acide azotique qui lui conviendroit mieux. Comme on Tobtient par la distillation, on l’a nommé aussi esprit de nitre. Il dissout beaucoup de métaux, en formant des sels lorsqu’il est étendu d’eau; les graveurs s’en servent pour tracer les premiers traits sur le cuivre , sous le nom à' eau-forte. Cet acide est très caustique ; il brûle et détruit les matières organisées, et les colore en jaune; il porte une odeur désagréable : quand on le fait chauffer, les vapeurs qui s’en dégagent sont rougeâtres. L’acide nitrique ne se trouve pas isolé dans la nature; car à peine est-il formé, qu’il se combine avec les terres et les alcalis. Lorsqu’on l’en retire par la décomposition des sels qu’il forme ainsi , à l’aide du feu et de l’acide sulfurique, par exemple, on obtient d’abord un gaz transparent non acide, gaz nitreux ou deutoxide
d’azote, mais qui absorbe bientôt l’oxigène de l’air, pour prendre alors la forme de vapeurs rouges, acides , qui , unies avec l’eau, forment X acide nitreux y puis, par une plus forte oxigénation, l’acide nitrique; aussi se sert-on avec succès de ce gaz nitreux pour mesurer la qualité d’un air plus ou moins propre à la respiration et à la combustion; c’est un des moyens qu’on nomme eudiométriques. (102)
Le carbone, brûlé ou combiné avec l’oxigène, prend la forme d’un gaz acide , que l’on nomme carbonique. On le trouve sous la forme de gaz dans l’air que nous respirons. Il y est rarement au-delà de la proportion d’un centième; mais il est souvent combiné avec des eaux minérales , avec des liqueurs fermentées; il est alors liquide. Le plus ordinairement cet acide est combiné avec les terres et les alcalis, et il forme des sels ou des pierres dont 011 l’extrait sous forme de gaz , à l’aide d’un acide qui le déplace. C’est parce qu’on peut l’obtenir de ces différons corps qu’on l’a désigné sous le nom à’ air
CORPS INERTES, composés, acîdes, Ï07
fixe) d’acide crayeux, d’acide et, comme il ne peut
servir ni à la combustion ni à la respiration, on l’a encore nommé acide méphitique , ou mofette atmosphérique. Comme gaz, il est plus pesant que l’air; 011 peut le transvaser, à la manière de l’eau ou de tout autre liquide , d’un vaisseau dans un autre. Il existe dans quelques cavités souterraines, dans les lieux où l’on fait brûler du charbon, partout où il y a des matières végétales en fermentation , comme dans les cuves des vignerons , des brasseurs. ïl asphyxie les animaux qui le respirent; mais il est fort utile aux végétaux qui en retirent le carbone, en laissant libre l’oxigène, ou en le débrûlant. Il se dissout complètement dans l’eau qu’il rend aigrelette.
Lorsque le soufre est chauffé fortement avec le contact de l’air , il s’enflamme et il s’élève dans l’atmosphère une vapeur incolore , piquante , suffocante, qui provoque la toux; c’est alors Y acide sulfureux qxY on emploie dans le blanchissage de la laine et de la soie, et avec lequel on. peut enlever les taches de fruit sur le linge : on s’en sert aussi en médecine pour la curation de quelques maladies de la peau. Quand on brûle le soufre avec une matière qui lui fournit beaucoup d’oxigène, comme le sel de nitre, dans un appareil propre à faire parvenir de la vapeur d’eau avec celle qui s’élève du soufre en combustion, on obtient de Y acide sulfurique étendu d’eau, qu’on fait condenser dans des cornues de plomb , puis dans des bassines de platine pour l’obtenir concentré. Dans cet état, c’est un liquide très lourd, très caustique, très acide, et d’une apparence huileuse; aussi le nommoit-on, d’abord, à cause du procédé par lequel on l’obtenoit, huile de vitriol. On l’a reconnu dans certaines eaux aux environs de quelques volcans, aux Indes, au Mexique. L’aeidc sulfurique se trouve comme radical dans beaucoup de sels, qu’on ajtpeile souvent vitriols , et dans plusieurs pierres qu’on
îp8 CORPS INERTES. COMPOSÉS. ACIDES.
nomme alors sulfatées. Cet acide est fort employé en chimie et dans les arts. Les briquets , dits oxigénés , contiennent dans une petite bouteille de verre , de l’acide sulfurique retenu par une sorte d’éponge faite avec de l’amiante. Quand on touche cet acide avec le bout de l’allumette garnie d’une gouttelette séchée d’un mélange de soufre et de chlorate de potasse , ce bout s’enflamme et met ainsi le feu au soufre, et puis au bois qui le transporte ensuite à volonté.
Les acides phosphorique et borique sont composés par la combustion , ou retirés des sels et des autres combinaisons naturelles. Le premier, quand il est isolé et fondu , ressemble à du verre incolore , ou verdâtre quand il n’est pas très pur; il a une saveur aigre. On le retire des sels pierreux, alcalins ou métalliques, qui le contiennent, en les décomposant. ^ à l’aide d’un autre acide, ou en brûlant du phosphore. L’acide ue se retire du borax à l’aide de l’acide sulfurique : celui que l’on obtient ainsi se précipite en paillettes ou en lames minces qui sont foiblement acides. Il se fond comme le phosphorique , mais il ne se volatilise pas ; on l’a employé en médecine sous le nom de sel sédatif.
Le dernier acide que nous allons faire eonrioître a été tiré du sel marin ou de cuisine, en latin muria , avec lequel on fait les salaisons; aussi l’a-t-on nommé d’abord esprit de sel maria, acide muriatique. Il ne se trouve point isolé dans la nature : on l’obtient en versant de l’acide sulfurique sur le sel marin exposé à l’action du feu. L’acide dégagé s’élève sous forme de gaz, qui se combine à l’eau, et qu’on nomme hydrochlorique , Uni à l’acide nitrique, il forme l’eau régale qui dissout l’or et le platine, et qui est. employée , par les orfèvres, quand ils font des essais préliminaires des bijoux sur
boriq
CORPS INERTES. COMPOSÉS. SELs.
la pierre de touche. Il sert }3eaucoup en teinture et pour obtenir le chlore (124), à l’aide de l’oxide de manganèse.
Les minéraux composés de trois élémens au moins , et dits à cause de cela corps ternaires ou quaternaires (79), sont nombreux , et iis forment souvent de très grandes masses dans la nature. On les a rapportés à quatre classes principales : 1°. les sels; 2°. les pierres; 3°. les roches; 4“* ^^s fossiles. Les sels (i83) sont des combinaisons d’un acide ou d’un corps simple, qui en fait l’office, avec une base qui est toujours un oxide ou un alcali , et dans lesquels les propriétés des matières combinées sont rendues milles ou neutralisées en grande partie. Il y a des sels simples , c’est-à-dire qui ne contiennent qu’une seule base et un seul radical. Il en est de doubles y de triples. On appelle sels neutres , ceux dans lesquels le radical et la base ne sont plus appréciables , soit par la saveur, soit par leur action sur les matières colorantes, qui distingue les acides ou les alcalis. Ceux qui manifestent un excès d’acide sont appelés sur-sels y et ceux qui ont un excès d’oxide ou d’alcali, sont dits sous-sels. On range les sels d’après leur radical ou d’après l’acide qui les constitue. Cet ordre des sels est très nombreux dans la nature. Nous n’étudierons que les principaux, ceux qui sont em43loyés dans les arts ou pour les besoins de la vie. Les pierres (193) sont des combinaisons de terres avec une petite quantité d’acides ou de sels à base, soit terreuse, soit légèrement alcaline, ces terres étant toujours en excès. C’est de cette base qu’elles tirent leurs principaux caractères ; aussi leur nom dans la science a-t-il été emprunté de cette substance : telles sont les pierres calcaires, argileuses, siliceuses, magnésiennes, etc. Les roches (206) sont des mélanges de pierres, et souvent de terres et d’oxides métalliques. On les nomme feldspaths, porphyres, granits, pouddings, brèches, et laves (juand elles sont le produit des
ï ÏO
CORPS INERTES. COMPOSÉS, sels.
volcans. Enfin, le^ fossiles (214) ou les matières minéralisées qui contiennent encore les élémens, et souvent les formes, des substances végétales ou animales, tels sont les bitumes, les succîns, les lignites, les antbracites, 1^ bouilles, les tourbes. On range encore parmi les fossiles, des os, des coquilles, des madrépores, etc. , dont l’étude forme une branche à part de la minéralogie, que l’on a désignée sous le nom d’orjcto-
La classe des sels est très nombreuse. La chimie en distingue plus de trois cents espèces rapportées à une quarantaine de genres au moins ; mais de même ‘qu’en traitant des acides (176), nous n’avons parlé que de ceux qui se présentent naturellement, nous ne, nous occuperons ici que des cinq genres principaux des matières acidifiées, en indiquant les bases avec lesquelles on les trouve le plus souvent combinées. Ces acides sont le nitrique , le carbonique , le sulfurique , les phospboriqiie et borique; enfin, l’hydrochlorique ou muriatique. Les sels qu’ils forment ont reçu des chimistes la terminaison en ate: ainsi on dit les nitrates, carbonates, sulfates , etc. ; mais nous rappellerons que nous regardons comme sels uniquement les substances sapides , solubles dans l’eau pour la plupart, et dans lesquelles les bases ne sont pas terreuses et en excès. Les sels principaux que nous croyons devoir faire connoître, sont, d’après l’ordre indiqué, les nitrates de potasse et de chaux, le carbonate de soude, les sulfates d’alumine et ceux des métaux, le borate de soude, et l’hydrochlorate de soude.
Ce qu’on nomme ordinairement sel de nitre ou salpêtre ( sel des pierres) est du niti^ate de potasse , c’est-à-dire la combinaison d’un alcali particulier, avec l’azote oxigéné ou avec l’acide nitrique (117). On reconnoît ce sel à la propriété qu’il
CORPS INERTES. COMPOSÉS, sels.
ïïi
a de faire brûler avec un très grand éclat et beaucoup de chaleur les corps combustibles échauffés fortement, sur lesquels on le place, parce qu’il contient beaucoup d’oxigène. Quand il est pur, il cristallise en octaèdres à base rectangle (PI. m, fig. 8). Il existe naturellement dans les humeurs de quelques plantes, comme dans la pariétaire, la bourrache; mais on l’obtient ordinairement par l’art en enlevant l’acide à un autre sel à base de chaux. On le retire , par le lavage , des terres et des pierres sur lesquelles il se dépose spontanément, après s’être formé, à ce qu’il paroît, dans l’atmosphère. On en produit aussi artificiellement en faisant pourrir sous des hangars des matières végétales et animales, mélangées avec des platras. On lessive ensuite ceux-ci pour en tirer le nitre, qu’on est souvent obligé de faire changer de base ; car il est uni à la chaux, à la magnésie, à la soude, dont il faut le débarrasser. Lorsqu’il est ainsi purifié, on s’en sert dans la fabrication des poudres à canon, de l’acide nitrique ou des eaux-fortes; et un peu en médecine, comme propre à agir sur les reins et la vessie.
Pour faire la poudre à canon, on pulvérise, avec le plus grand soin , du charbon , du nitrate de potasse et du soufre , qu’on mélange ensuite avec de l’eau , afin d’en former une pâte bien pétrie , dans la proportion de quinze parties du premier ingrédient, soixante-seize du second, et neuf du troisième. On fait même une poudre dont les effets sont plus dangereux, et qu’on nomme à cause de cela fulminante, en unissant trois parties de nitre en poudre, deux de soude ou de potasse , et une de soufre , qu’on mélange bien et qu’on présente ensuite au feu; mais cette poudre ne fait explosion que lorsqu’elle commence à entrer en fusion. On retire assez facilement l’acide nitrique du nitre, en distillant ce sel avec de l’acide sulfurique, ou*avec de l’argile. Chacune de ces substances s’unit à la potasse, et l’acide libre se volatilise.
îiü CORPS INERTES, composés, seis. sulfates,
Le nitrate .calcaire est là matière 'qui est la plus propre à donner le nitre. Elle se trouve naturellement dans les terres et les platras que les salpêtriers lavent ou lessivent pour en dbtenir ce sel, qui est souvent mêlé avec le nitrate de magnésie. Il est très déliquescent, et se dissout dans le quart de son poids d’eau. La chaux abandonne l’acide nitrique dès que ce sel est en contact avec la potasse.
Les principaux sels formés par l’acide carbonique se distinguent en ceux qu’on nomme carbonates , dont le radical carbone contient quatre fois autant d’oxigène que la base ; et en sous-carbonates ^ dont l’acide ne contient, que le double d’oxigène de la base ; tel est le sous-carbonate de soude , dont nous avons déjà parlé en traitant de cet alcali (i63). Nous ajouterons seulement que quand ce sel est purifié il est très soluble , et qu’il cristallise en octaèdre , à base rhomboïdale ( Planche iv, fig. 8 ). C’est un sel dont la saveur est désagréable, qui s’effleurit ou devient blanc à l’air; il verdit le sirop de fleurs de violettes. Lorsqu’on verse dessus un acide liquide, il s’en dégage une grande quantité d’acide carbonique : quand on le débrûle dans un tube , sans le contact de l’air, avec un corps très combustible, comme le phosphore, à l’aide du calorique, il se produit du charbon qui noircit la masse du sel, et il se forme un phosphate.
Les principaux sulfates sont ceux qui résultent de la combinaison de l’acide sulfurique avec les métaux , qu’on nomme vulgairement vitriols ou couperoses , et ceux à base alcaline. C’est parmi ces derniers qu’on range le sulfate de soude , nommé aussi sel de Glauber. On l’emploie en médecine comme purgatif, ainsi que le sulfate de magnésie , appelé encore, à cause du nom des eaux minérales dont on l’extrait, sel àéEpsom,
CORPS INERTES. COMPOSÉS». SELS, sulfates. ii3
de Sedlitz , à'Egra ; et à cause de sa saveur et de ses propriétés, sel purgatif amer, sel cathartique. Quand il est cristallisé, il présente des prismes à quatre pans, portés sur des bases’ carrées ( Doyez PL iii , fig. 6). On obtient la magnésie, en unissant la dissolution de ce sel avec un alcali, comme la soude ou Pammoniaque. (169)
U alun , ce sel si connu par le fréquent emploi qui en est fait dans les arts, est du sulfate d'alumine. On le trouve quelquefois dans la nature, mais en petite quantité. Celui qu’on recherche est fait artificiellement. Il contient en outre une petite quantité d’alcali. C’est un sel triple, ou formé de trois corps. Il cristallise en prismes à quatre angles droits, sur des bases à angles droits , ou en octaèdres , à bases rectangles ( PL III, fig. 8 , et pi. IV, fig. 4)‘ Il est ordinairement transparent, comme vitreux; sa saveur, quoique douceâtre d’abord, est ensuite astringente; elle resserre beaucoup les parties de la bouche. On s’en sert comme mordant dans la teinture des étoffes , pour obtenir, comme nous l’avons dit, l’alumine colorée ; pour en imprégner le papier à écrire , et le rendre moins bibule; pour donner de la solidité au suif, dont on fait les chandelles; pour hongroyer et chamoiser les peaux; pour décaper les métaux, donner le mat à l'argent. On l’emploie aussi en médecine, comme astringent, surtout lorsqu’il est calciné. On le donne en boisson , à petites doses, dans les hémorrhagies, la lientérie.
Parmi les vitriols ou sulfates métalliques , nous citerons les sulfates de fer, de cuivre et de zinc. Le premier, qu’on nomme encôre couperose verte dans le commerce , provient quelquefois de la décomposition des sulfures ou des pyrites qu’on nomme martiales. Il contient beaucoup d’eau de cristallisation ; voilà pourquoi il s’effleurit à l’air, ou il devient jaune.