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CHAPITRE VIII

De la méthode naturelle en botanique.

iNous venons de voir, par des exemples, que les systèmes sont des moyens imaginés pour parvenir facilement à la détermination du nom des plantes. Ces procédés ressemblent toujours à une sorte d’échafaudage, dont les pièces deviennent inutiles quand une fois on est arrivé à connoître le genre auquel l’espèce doit se rapporter; mais quelques uns de ces systèmes, et en particulier l’analyse , peuvent être commodément appliqués à la méthode naturelle qui, n’empruntant pas constamment les caractères des mêmes parties, range tous les végétaux dans un ordre tel, que ceux qui se conviennent par le plus grand nombre de rapports, se trouvent nécessairement groupés et réunis en familles. Nous allons essayer d’ex- Dosér l’histoire et les principes de cette méthode naturelle.

Césàlpin, médecin italien, publia, en i583, la première méthode de botanique : il distribua en quinze classes les huit cents plantes parvenues à sa comioissance , en considérant successivement la disposition de l’embryon et la structure du fruit. Morison, médecin écossais, perfectionna ain peu cette méthode, en ajoutant à l’étude du fruit celle du port de la plante et de la forme de la fleur. Rai , prêtre anglais , publia à peu près dans le même temps, en 1682, une méthode dans laquelle les caractères sont tirés de diverses parties des plantes; et si Tourncfort s’étoit moins exclusivement attaché à la considération des corolles ou des parties extérieures des fleurs, sa méthode eut été moins systématique , et par conséquent

plus naturelle. Linné en avait indiqué quelques aperçus de 1737 à 1751, lorsque Adanson, naturaliste français, publia, en 1763, ses Familles de plantes, au nombre de cinquantehuit , qui comprennent seize cent quinze genres disposés dans l’ordre qui lui parut le plus naturel.

Déjà, en 1769, Bernard de Jussieu avoit disposé les plantes du jardin botanique de Trianon, suivant une méthode particulière , et d’après l’ordre naturel ; mais il n’avoit rien publié de ses motifs et des vastes connoissances qui l’avoient guidé dans cette disposition. Heureusement que son élève et son neveu, Antoine-Laurent de Jussieu, après avoir rangé le jardin des Plantes de Paris suivant cette méthode, fit connoître les bases de cet arrangement dans un ouvrage latin, sous le titre de Généra Plantarum , etc. ( Les genres des plantes rangés suivant les ordres naturels, )

Cette méthode a été beaucoup perfectionnée par les travaux des botanistes français. Nous ferons en sorte d’en suivre

les progrès dans l’exposition que nous allons en faire. Il faut d’abord savoir que dans cette disposition toutes les plantes ont été rangées par groupes ou familles naturelles, d’après des caractères tirés des parties les plus importantes, telles que la forme de l’embryon, la disposition des étamines par rapport au pistil, ou la situation respective des organes sexuels; enfin, les variétés qu’offre le périanthe , c’est-à-dire d’après des caractères tirés de parties diverses; de cette manière on trouve rapprochées naturellement toutes les plantes qui se ressemblent par un plus grand nombre de parties.

La forme et la structure de l’embryon (332) ont fourni les premières divisions ; et l’observation prouve d’ailleurs que la semence, étant le végétal réduit à sa plus simple expression.

MÉTHODE NATDRELLE. aSS

offre des caractères très uniformes dans les plantes les plus voisines. D’après cette considération générale, il y a trois divisions principales : les plantes dont on ne connoît pas les cotylédons ou les graines, et par conséquent sur lesquelles on ’ n’a pu observer les feuilles séminales pendant la germination ; celles-là sont dites ACOTYLÉDONES ouNON-LOBÉES (434),: comme on connoît bien les semences des autres végétaux, on a pu observer la manière dont elles se développent ; ainsi les unes n’offrent, lorsqu’elles germent, qu’une seule feuille séminale; on les nomme MONOCOTYLÉDONES ou UNILO- BÉES (442); et toutes les autres graines contiennent l’embryon entre deux lobes : on les appelle DICOTYLÉDONES ou BILOBÉES. (461)

Il seroit certainement difficile de déterminer à l’aspect d’une plante en végétation, si elle s’est développée avec un, deux ou sans cotylédons ; mais l’observation apprend bientôt à faire cette distinction, comme nous allons l’exposer dans les articles qui vont suivre. D’abord , les acotylédones ne portent jamais ni fleurs ni fruits perceptibles à l’œil nu. On connoît très peu leur structure; on sait seulement qu’elles n’ont ni tiges, ni racines, ni vaisseaux, ni pores corticaux; c’est ce qui les a fait désigner sous le nom général de végétaux cellulaires. Toutes les autres plantes en effet qu’on a nommées , par opposition, vasculaires, offrent dans leur structure interne des vaisseaux, c’est-à dire des canaux destinés à transporter les humeurs ou leurs sucs nutritifs, et ces vaisseaux présentent, comme nous le verrons, un double mode de distribution; ainsi, parmi les unilobées, on observe toujours et constamment, d’après les belles découvertes de M. Desfontaines, la structure suivante : la tige, presque constamment cylindrique , et non conique dès la base inférieure , présente au-dehors des anneaux ou lignes circulaires qui indiquent l’ac-

croissement : lorsqu’elle est fendue suivant sa longueur, cette tige n’offre jamais ni moelle , ni prolongement médullaire , ni écorce bien distincte; coupée en travers, on y remarque le plus souvent un ou plusieurs canaux distincts , vides , fistuleux ou en tuyau. Il y a des pores corticaux et des vaisseaux; mais ceux-ci ne sont pas disposés par couches concentriques : les feuilles n’ont presque jamais de nervures brancbues ; et lorsqu’on en voit , elles sont disposées sur la longueur et parallèlement. Les fleurs sont presque toujours enveloppées par un périanthe unique, et leurs graines ou semences offrent presque constamment à l’intérieur les indices des racines qui sont déjà développées; cependant on a appris, par un examen plus attentif , que les plantes chez lesquelles on avoit cru que les semences ne portoient qu’un seul lobe , en avoient quelquefois plusieurs , mais que dans ce cas ils n’étoient jamais opposés ni en couronne ou en verticelle. Ce sont ces diverses considérations qui ont fait désigner, dans ces derniers temps , les plantes monocotylédones Sous des noms qui indiquent les diverses particularités qui les distinguent , comme sous celui d’ENDOGÈNES (261), nom qui signifie que la croissance a lieu en dedans , tandis que la manière dont le développement des petites racines qui existoient dans l’embryon, et qui ne font que se dérouler dans la germination, leur a valu le nom de plantes Exorhizes.

Ensuite, les bilobées offrent dans leur intérieur la moelle, les corps ligneux et l’écorce. Elles ont des vaisseaux autour du canal médullaire, et des prolongemens rayonnés disposés de manière que dans l’accroissement qui s’opère, les plus intérieurs s’oblitèrent, tandis qu’il s’en développe de nouveaux à la circonférence , et que la plante prend ainsi de la consistance de dedans en dehors ; c’est ce qu’on a voulu exprimer en nommant les végétaux dicotylédons des Exogènes (262) :

leurs feuilles ont des nervures ramifiées; elles sont le plus souvent pétiolées et articulées; leurs semences n’ont pas seulement , comme leur nom l’indique , deux cotylédons ; on en a observé jusqu’à cinq, ou un plus grand nombre; mais ces lobes séminaux sont toujours opposés ou verticillés, et les racines de la plantùle qu’ils contiennent sortent de la graine en perçant l’épiderme, ce qui leur a valu le nom d’Exno- RHizEs, A l’aide de ces divers caractères, il est donc facile de distinguer cette première division de la méthode naturelle.

Les plantes ACOTYLÉDONES de Jussieu correspondent aux herbes sans corolle, sans étamines et sans fruit de Tournefort , aux cryptogames de Linné , aux agamiques de M. de Lamarck. Elles n’ont pas de caractères communs, par cela même que leur réunion est produite par un défaut de parties. Leur structure est cependant différente de celle de tous les végétaux qui ont des feuilles séminales , et dans lesquels on a observé des vaisseaux, tandis qu’ici 011 n’a reconnu que des cellules ou aréoles, ou une substance semblable dans toutes ses parties : elles sont partagées en deux grandes sections ou séries. Les acotylédones à feuilles, ou foliacées , c’est-à-dire qui ont des expansions semblables à des feuilles , et qui semblent avoir des sexes; telles sont les mousses (44 ï) hépatiques (44o) j chez les autres, on ne voit pas d’apparence de feuilles, et les organes sexuels ne sont pas bien connus. On les a nommées aphylles , et on y rapporte les algues (438), les lichens (439), les hypoxylons (437), et les champignons. (435)

Les Champignons n’ont jamais de feuilles ni aucun organe qui y ressemble. Leur substance paroît homogène, tantôt semblable à du bois, à du liège; tantôt molle, comme charnue, gélatineuse ou mucilagineuse. Ils varient beaucoup pour la forme. Il en est de simples qui ressemblent à des filamens,

à des membranes dont les deux surfaces sont semblables ou différentes; l’une lisse, et l’autre garnie de pores ou de lames. Les uns sont portés sur un pied, ou pivot cylindrique; les autres sont sessiles. Il en est qui sont garnis d’un chapeau , ou surmontés d’une partie élargie plus ou moins orbiculaire ; d’autres qui sont hérissés de pointes ou d’écailles. On ne connoît pas très bien encore leurs organes de la reproduction. Comme la plupart offrent, à une certaine époque, une sorte de poussière , tantôt à l’intérieur, tantôt à l’extérieur, et que cette poussière, composée de globules, reproduit au bout d’un certain temps des espèces semblables , on la regarde comme la semence ; mais on ignore encore comment s’en fait le développement. On trouve des champignons sur les parties des plantes mortes ou vivantes, où ils vivent en parasites; plusieurs croissent dans la terre et à sa surface ; quelques uns même se développent dans l’eau. (56o, 56 1, 562)

On a divisé les champignons en deux grands ordres. Le premier, sous le nom de gymnocarpes, comprend toutes les espèces dont les globules reproducteurs sont placés à la surface. Le second renferme les angiocarpes, ou les espèces dont les capsules séminales sont renfermées à l’intérieur. C’est au premier ordre qu’on rapporte, i°. les champignons filamenteux, comme les bysses; 2°. les plats à surfaces semblables, comme les pézizes , les trémelles, les auriculaires ; 3°. les plats à faces différentes, comme les bolets , les mérules, les agarics , les morillês. Le second ordre comprend d’autres champignons , dont la plupart sont parasites , comme les puccinies, les urédos, improprement appelés rouille , charbon , carie , nielle , etc. , les œcidium , les moisissures ; d’aujtres croissent sur la terre, comme les vesseloups , ou dans son intérieur, comme les tri^'fes. (562)

On a aussi rapproché de cette famille des champignons , d’autres plantes parasites qui vivent ordinairement sur les troncs d’arbres, et qu’on a nommées à cause de cela Hypoxy- LONS. Les uns ressemblent à des racines, et on les appelle rhizomorphes ; d’autres offrent des parties arrondies très dures, et prennent le nom de sphêries , de verrucaires ; leurs graines sont renfermées dans une sorte de mucilage.

Les Algues de Jussieu comprennent aussi les Lichens ou les espèces coriaces et crustacées à fructification distincte, que nous examinerons à part. Les algues proprement dites n’ont pas de fructification connue : elles vivent dans les lieux humides, le plus souvent sous l’eau douce ou salée; elles attirent l’humidité , et s’imbibent facilement de l’eau dans laquelle on les plonge. Plusieurs se reproduisent par la division naturelle ou accidentelle de leurs parties ; d’autres paroissent avoir des globules séminifères semblables à ceux des champignons. C’est parmi les algues qu’on range les nostochs , que quelques auteurs regardent comme une sorte de polypier terrestre ; les Titulaires , les confertes , les hatrachospermes , les 'vaucheries ^ qui vivent dans les eaux douces; les ulves, les varecs , gouémons ou fucus , et les céramions qui ne se développent que dans les eaux salées de la mer ou des lacs. (563)

Les Lichens ne vivent pas dans l’eau : leurs formes varient beaucoup; leur caractère essentiel consiste dans les boucliers ou les sortes d’écussons qui portent les organes de la reproduction. On les a distingués en lépreux, qui forment une croûte très adhérente et peu épaisse ; en foliacés , et en filamenteux ou fistuleux, suivant qu’ils ressemblent à des feuilles, à des lames minces , ou à des tiges plus ou moins hérissées de poils et de filamens. (564)

34o méthode naturelle.

Les Hépatiques croissent dans les lieux très humides; elles ont des espèces de racines , quelques unes ont des tiges grêles garnies de petites feuilles, mais la plupart forment des plaques membraneuses vertes, analogues à des feuilles ; les organes de la reproduction varient : chez les unes , on remarque une capsule qui offre des valves longitudinales, et dans laquelle on observe des filamens contournés en spirale : d’autres n’ont pas cette disposition. Les marchanties , les jon^er mannes, les riccies appartiennent à cette famille.

Les Mousses sont de petites plantes vertes à feuilles éparses ou embriquées, qui se trouvent ordinairement réunies par groupes sur la terre, les pierres et d’autres végétaux, principalement sur les troncs des arbres, dans les lieux humides et à l’ombre. Hedwig a reconnu leurs organes de la génération : on savoit déjà qu’elles portoieut une capsule pourvue d’un opercule ou d’une urne et d’une coiffe ; mais il a observé qu’il y en avoit d’hermaphrodites, de monoïques et de dioïques, et que la situation des fleurs varioit beaucoup. On a semé des mousses, en répandant sur des éponges humides la poussière qui se trouve dans les capsules. La plupart sont vivaces : elles donnent des drageons : desséchées, elles peuvent reverdir, et revivre lorsqu’on les humecte. Cette famille renferme un grand nombre de genres, comme les phasques , \es sphaignes , les hypnes, les bryes , les polytrichs , les fontinales , etc. (565)

Sous le nom de MONOCOTYLÉDONES ou d’UNILOBÉES, sont comprises toutes les plantes dont les semences, confiées à la terre , se développent avec un seul lobe ou cotylédon , lequel renferme et absorbe les sucs destinés à alimenter la plantule dans son premier âge , et avant que la radicule puisse pomper les liquides nécessaires à la nutrition. D’après de

îiouvelles observations, 011 a reconnu que les plantes de la famille des fougères donnoient des graines qui levoient avec un cotylédon latéral , petit et en forme de rein ou de haricot, de sorte qu’il se trouve ici un léger changement dans la méthode de M. de Jussieu, et un ordre de plus dans la classe des monocotylédones.

On peut donc, d’après cette nouvelle découverte, faire deux grandes sections des plantes monocotylédones : les unes ont des étamines bien distinctes; dans les autres, si ces organes existent, ils sont cachés et recouverts par des membranes. On a fait un ordre à part de celles-ci , et on y a rangé la famille des Fougères et quelques autres plantes qui en sont voisines. Parmi les unilohées à étamines distinctes, l’auteur de la Méthode naturelle, considérant que la plupart des fleurs sont hermaphrodites, et que celles qui n’ont qu’un sexe ne sont ainsi diclines que par avortement, a considéré la manière dont les étamines s’insèrent par rapport au pistil. Au reste, toutes ces plantes ont des fleurs incomplètes avec un seul périgone ou périanthe, qu’on a nommé tantôt calice, tantôt corolle : elles sont rangées dans trois ordres. î°. Les hypogynes (445)? dont les étamines sont attachées sur le réceptacle et au-dessous du pistil. 2°. Les périgynes (45o), qui n’ont les étamines attachées ni dessus, ni sous les organes femelles, mais autour, sur le périgone. 3®. Enfin, les épigynes (456), dont les étamines sont portées par le pistil.

Les Fougères, qu’on peut regarder comme des monocotyiédones cryptogames, sont pour la plupart herbacées. Leurs tiges restent souvent sous la terre : leurs feuilles se développent ordinairement en se déroulant et en formant une crosse ; rarement elles sont simples , presque toujours divisées à la manière des plumes. Les organes sexuels, qu’on nommé con-

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