‹ Elémens des sciences naturelles (volume 3)Chapitre 18 sur 41 · I IO · texte numérisé non relu

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des noms de déesses ou de femmes. On a appelé Danaïdes les espèces qui ont les ailes très entières , et Nymphales celles qui les ont dentelées.

On trouve souvent sur les carottes , les panais , le fenouil , et sur beaucoup d’autres plantes voisines, une très belle chenille sans poils , dont le corps est d’un beau vert , avec des points rouges et des anneaux noirs. Elle fait sortir de son cou un appendice charnu en forme d’Y, de couleur jaune. Cette chenille donne le plus grand papillon de ce pays-ci : c’est un guerrier grec qui a reçu le nom de Machaon : ses ailes sont d’un beau jaune , bordées et tachetées de noir; les inférieures sont allongées en forme de queue. Les chenilles vertes qui mangent les choux et les capucines, donnent des papillons danaïdes blancs. La chenille noire, épineuse, avec des petits points blancs, qui vit en société sur l’ortie et le houblon, donne un beau papillon, noir en dessous, rougeâtre en dessus, avec une grande tache arrondie en forme d’œil , qu’on nomme Ylo ou Y œil de paon , et qui est de la tribu des nymphales. Onconnoît plus de cent espèces différentes de papillons en France.

Les antennes des lépidoptères de la seconde famille sont en forme de fuseau ou en prisme plus gros au milieu ; voilà pourquoi, avons-nous dit, on les a nommés Fusicornes ou clostérocères . Leur corselet est en général plus gros que dans les papillons; leurs ailes inférieures s’accrochent, par un poil roide qui est reçu dans une sorte d’anneau, au bord interne des supérieures près de leur base. La plupart ne volent qu’au crépuscule, principalement le soir. Les uns ont les ailes horizontales dans le repos; on les appelle sphinx et sosies ; d’autres les portent en toit sur le dos, ce sont les zygènes. Jamais ces ailes ne peuvent se relever à ia perpendiculaire sur le corps , principalement les supérieures.

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Les sphinx ne volent guère que le soir, et bourdonnent très fort ; leurs ailes sont longues , triangulaires , portées et mues sur un corselet très développé ; leur abdomen est le plus souvent conique, pointu; leurs antennes, plus grosses ou renflées au milieu, sont dites en fuseau; le plus souvent elles sont terminées par des articles plus grêles, en soie. Ils sucent les sucs des fleurs à l’aide d’une langue très longue, sans s’arrêter sur la plante. Leurs chenilles ont seize pattes; elles sont rases ; ordinairement elles sont armées d’une corne sur la queue ; lorsqu’elles sont sur le point dè se métamorphoser, elles s’enfoncent dans la terre, et y restent quelquefois une année sous la forme de chrysalides , dans une cavité qu’elles se sont creusée , mais elles ne se filent pas de cocon. Une très grosse espèce de sphinx se nourrit, sous la forme de chenille, des feuilles de la pomme de terre ; on la nomme Atropos ou sphinx à tête cle mort , parce qu’on a cru voir sur des taches de son corselet le contour et le croquis de la face d’un squelette humain. Les sésies ont le ventre plat , comme tronqué à l’extrémité et bordé de poils roides. Les zygènes ont les antennes prismatiques simples ou pectinées ; leur port ressemble à celui des phalènes ; elles se filent des cocons sur les tiges des plantes. L’espèce la plus commune en France se nourrit des feuilles de la plante appelée filipendule : elle est d’un noir bronzé , avec des taches rouges.

Tous les insectes lépidoptères, dont les antennes ont leur tige centrale à peu près de même grosseur dans toute son étendue, sont dits nénicitocères ou Filicornes. Ils ont été distribués en trois genres : deux d’entre eux ne contiennent que quelques espèces ; tel est celui du cossus. Les insectes qu’il comprend n’ont point de trompe, et leurs antennes sont courtes et un peu dentelées. Une espèce vit sous l’écorce des

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ormes et des saules; elle les fait souvent périr. Lyonnet a écrit un ouvrage in- 4° de plus de six cents pages sur l’anatomie de sa chenille. Cet auteur a gravé lui-même dix-huit planches , auxquelles il a travaillé pendant dix ans : c’est un chef-d’œuvre de patience et d’exécution , qui est très utile pour diriger dans l’anatomie de tous les autres insectes. Les hëpiales , qui appartiennent au second genre, ont des antennes formées d’articles arrondis comme des grains enfilés ; ils ressemblent aux cossus par leur manière de vivre sous l’état de chenille , car on les trouve sous l’écorce ou dans l’intérieur de la tige des plantes vivantes.

Les bombyces constituent le troisième genre : ils ont une langue courte. C’est à cette division qu'appartient la chenille qui donne la soie. Il y a maintenant près de cinq cents espèces connues dans ce genre. Les principales du paysjsont, i°. 1 e grand paon de nuit , dont la chenille, qui est d’un beau vert, avec des tubercules bleus, porte des poils terminés par des globules. On la trouve ordinairement sur l’orme ou sur les pommiers. Elle se file un gros cocon, à la pointe duquel elle s’est ménagé une issue qu’on ne peut forcer qu’en dedans; 2°. la feuille de chêne, qui ressemble à un paquet de feuilles séchées; 3°. le bombyce du mûrier, qui donne la soie , et dont nous avons indiqué l’histoire (793); 4°- la processionnaire, ainsi nommée parce que les chenilles de cette espèce vivent en société, et marchent toujours par bandes et en lignes parallèles; 5°. la disparate, dont le mâle, de couleur grise, est beaucoup plus petit que la femelle , qui est blanchâtre. Celleci arrache les poils de son ventre pour en couvrir ses œufs et les préserver de la gelée. Sa chenille est très commune sur le tilleul : elle ne se file presque pas de cocon. Lorsqu’on touche sa chrysalide , qui est attachée par la queue , elle se roule sur elle- meme avec une très grande rapidité; mais craignant de

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rompre, à force de le tordre, le fil qui la retient, elle change alternativement le sens de sa rotation , etc., etc.

On a nommé Séticornes on chétocères la dernière famille de cet ordre , parce que les insectes qu’elle comprend ont les antennes en forme de soie, ou plus grêles à leur extrémité libre. Ces genres sont très nombreux en espèces ; on les a distingués comme il suit, d’après la forme et 1a. disposition des ailes : les uns les portent en toit , telles sont les noctuelles et

les py raies ; d’autres les ont étendues, comme les phalènes et

les ptérophores ; enfin, dans quelques uns, les ailes sont disposées comme un fourreau autour du corps, telles sont les teignes .

Les deux genres des noctuelles et des pyrales se distinguent par la forme de leurs ailes , qui sont élargies à la base dans les pyrales , et qui 11e le sont point dans les noctuelles :Çe\\es-ci ont reçu ce nom parce qu’elles volent principalement la nuit. Il y en a un très grand nombre d’espèces : presque toutes subissent leurs métamorphoses dans la terre. On remarque principalement dans ce genre, à cause de leur couleur, la chrysite, dont les ailes supérieures sont d’un vert doré poli ; la mariée , qui a les ailes inférieures d’un beau rouge, et dont la chenille se nourrit de lichens; et beaucoup d’espèces sur les ailes desquelles on a cru reconnoître des lettres grecques , comme le gamma, Y iota, le psi, Y omicron, Y oméga, etc. Les pyrales ont été aussi nommées des chappes , à cause de la forme de leurs ailes. Leurs chenilles se cachent ou dans l’intérieur des fruits qu’elles rongent, ou dans un fourreau qu’elles se font elles-mêmes avec une feuille qu’elles roulent très artîstement pendant la nuit et qu’elles dévorent dans la journée, après s’être ainsi mises à l’abri du bec des oiseaux.

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Les phalènes sont aussi des insectes nocturnes, comme leur nom grec l’indique. Les chenilles rases qui les produisent n’ont que dix à quatorze pattes en tout, dont six onguiculées du côté de la tête; les autres, placées a l’extrémité opposée du corps, ne sont pas articulées. Elles sont tellement disposées, que l’insecte ne peut marcher qu’en rapprochant considérablement la queue de la tête, ce qui a fait donner à ces chenilles le nom d ' arpenteuses ou de géomètres : elles semblent en effet arpenter le terrain, ou mesurer les espaces qu’elles parcourent (Pl. v, fig. 22). La plupart jouissent en outre de la faculté de se dresser et de rester des heures entières immobiles sur une branche,

afin d’éviter leurs ennemis, ce qui les a fait encore appeler chenilles en bâtons. Quelques unes ressemblent tellement aux extrémités des branches d’arbres sur lesquelles elles vivent, qü’on les décriroit, pour ainsi dire, en détaillant les particularités de ces branches avec lesquelles on les confond toujours au premier aperçu, tant est grande l’analogie de grosseur, de figure, de couleurs, d’aspérités et de saillies de certains tubercules qui simulent l’apparence des gemmes. Toutes ces phalènes, dans l’état de repos, portent leurs ailes étendues. Leurs antennes sont en soie, simples ou pectinées, et leur trompe est grêle. On les a désignées par le nom des plantes dont elles se nourrissent, ou d’après leur forme et leur couleur : telles sont celles dites du prunier, de l’aulne , du groseillier, du sureau , et celles qu’on a appelées charbonnière , laitière , barrée , pour-

prée

etc.

On a nommé ptérophores des insectes très voisins des pha~ lènes , dont les ailes ressemblent à des plumes. Ordinairement chacune des ailes est formée de plusieurs divisions dont le nombre et la couleur servent à déterminer les espèces. Leur chrysalide est velue, souvent suspendue au bout d’un long fil;

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la chenille (le l’une d’elles vit sur le chèvrefeuille : on nomme l’insecte parfait, ptérophore en éventail ou hexadactyîe, parce que chacune de ses ailes se divise en six parties.

Les teignes sont des insectes très destructeurs , sous leur première forme ou sous celle de chenille; elles sont d’autant plus à craindre «qu’on ne s’aperçoit de leur présence que lorsqu’elles ont produit de très grands ravages. Toutes vivent et se retirent dans des fourreaux qu’elles se construisent avec les matières même qu’elles dévorent. On reconnoît les teignes à leurs ailes roulées en fourreau autour du corps, et à une sorte de toupet de poils situé au-devant de leur tête. Les principales espèces de ce genre sont la teigne de la cire , qui pénètre dans les ruches et y vit à l’abri dans un fourreau très solide ; celles des tapisseries, des pelleteries, des habits, qui sont des espèces très différentes. La plus pernicieuse de toutes est sans contredit celle des grains. C’est un petit papillon, tacheté de noir et de blanc, dont la tête est toute blanche. La chenille vit au milieu des tas de blé dans les greniers : elle se file un fourreau auquel elle agglutine des grains de blé qui la masquent entièrement. Retirée ainsi dans cette demeure , elle ronge d’autres grains dont elle ne laisse que le son ; et , lorsqu’elle est près de se métamorphoser, elle emporte son étui et les grains qui la recouvrent, pour aller s’accrocher dans un lieu écarté.

CINQUIÈME ORDRE, insectes hémiptères.

Le principal caractère des Hémiptères ne réside pas dans la forme des ailes , comme on pourroit le croire d’après leur nom; mais bien dans celle de la bouche, qui a déterminé la nature de leurs alimens et par conséquent leurs mœurs. Elle consiste dans un tuyau formé de plusieurs pièces articulées les unes au bout des autres , comme les parties du tube d’une lu-

n6 DES INSECTES HÉMIPTÈRES.

nette d’approche qui seroit ouvert en dessous pour former un canal : il n’est jamais accompagné de palpes. On observe dans l’intérieur trois soies terminées par une pointe très acérée, au moyen desquelles ces insectes percent la peau des animaux et des plantes. Cette bouche se nomme un bec ( PI. ni , fig. 9 ). C’est un organe qui produit l’effet d’une piqûre , en même temps qu’il sert à absorber. Les trois soies reçues dans le canal sont disposées de manière que celle du milieu est la plus longue > cylindrique, et cachée entre les latérales qui sont creusées en gouttière , de sorte qu’il est nécessaire de faire pénétrer entre elles quelque corps très pointu pour les séparer. Il paroît que l’absorption des liquides s’opère par le mouvement fort rapide qu’exerce la soie du milieu entre celles qui lui servent de gaîne.

Les hémiptères sont agiles sous leurs trois états, de larve, de nymphe et d’insecte parfait. Ils acquièrent seulement des ailes , et ne sont propres à la génération que sous leur dernière forme (Pl. v, fig. 11,12). Il en est quelques uns qui ne prennent jamais d’ailes , et qui ne font que changer de peau : telle est la punaise des lits. Quoique tous les hémiptères n’offrent pas ces demi -ély très, qui n’appartiennent qu’à quelques familles, l’ordre qui les réunit n’en est pas moins très naturel, puisque leur métamorphose est incomplète, c’est-à-dire que l’insecte est mobile, et semblable à lui-même soqs les trois états, les ailes et les rudimens d’ailes exceptés, et que la manière de vivre ne cesse pas d’être la même dans toutes les espèces.

La forme des ailes permet d’établir deux sections dans cet ordre : l’une comprend les véritables hémiptères , qui ont des ailes supérieures à demi coriaces , presque opaques , membraneuses dans l’autre moitié (Pl. 1, fig. 4)? et dont Ie ^ec Part

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du devant de la tète, comme dans la punaise des choux, la naucore. Lorsque les ailes sont à peu près d’égale consistance , et que le bec paroît naître du cou, comme chez les cigales chanteuses et les pucerons, les hémiptères ainsi conformés appartiennent à la seconde section.

On peut partager les vrais hémiptères en deux autres sousdivisions; car, sur les uns, on aperçoit des antennes plus longues que la tête, et tous ceux-là vivent hors de l’eau : chez (es autres, au contraire, les antennes sont très courtes, à peine visibles, et les pattes de derrière sont allongées , aplaties, bordées de poils et en forme de rames (Pl. iv, fig. 36 j; aussi tous ces insectes vivent-ils dans l’eau ou à sa surface, et les nommet-on rémipèdes.

C’est dans la première sous-division que se trouvent placées les punaises de Linné. Mais on a observé que les douze genres qu’elles constituent comprennent des insectes très différens par les mœurs. À la vérité, toutes ont des antennes très visibles ; mais chez plusieurs, elles sont terminées en une pointe très fine. Celles-là sont toutes carnassières, et on les a nommées Sànguisuges ou Zoadelges , car elles sucent les humeurs des animaux. Leur bec paroît être aussi un prolongement arqué du front. Telle est la punaise des lits qui fuit la lumière, et qui se nourrit du sang des animaux endormis, en particulier de celui de l’homme et des hirondelles. Telles sont encore les réduves , ainsi nommés, parce que leurs larves, et surtout celle de l’espèce appelée masquée, qui , pour ne point être aperçue des araignées, des punaises des lits et des autres insectes qu’elle détruit , se couvre de poussière, de poils , de plâtre et d’ordures, dont elle ne se débarrasse que lorsque, munie de ses ailes, elle peut attaquer sa proie à force ouverte et fondre dessus. Telles sont encore les ploïères , qui ont le corps muni d’ailes et exees-

nS des insectes hémiptères.

sivement allongé, qui ne marchent que la nuit, pour se nourrir principalement de cousins et de tipules : leurs antennes sont excessivement développées en forme de pattes : celles-ci sont très longues; au moins la paire moyenne et postérieure, car celles de devant sont très courtes. On ne compte que trois articles à tous leurs tarses. Les hydromèfres , qui ressemblent aux ploïères, mais qui n’ont pas d’ailes et qui marchent sur l’eau des étangs, appartiennent aussi à cette famille, ainsi que les mirides , dont les yeux sont très gros, qui ont le corps triangulaire, et qui sucent les insectes mous qu’ils saisissent sur les plantes.

Toutes les autres espèces ont un bec qui paroît naître du front; on les a nommées, à cause de cela, Frontirostres ou Rhinostomes. Elles n’ont pas les antennes terminées par une soie ; les unes les ont en masse , comme les podicères et les corées ; les autres les ont en fil, comme les pentatomes , les scutellaires , les lygées , les gerres , les acanthies , etc. Tous ces genres , sans exception, comprennent des espèces qu’on ne rencontre que sur les plantes dont elles sucent la sève, qui est leur seule nourriture, sous les trois états de larves, de nymphes mobiles et d’insectes parfaits. La plupart, lorsqu’on les saisit, exhalent une odeur très forte, et ordinairement fort désagréable.

Les punaises aquatiques ont été nommées les Hydrocorées ou les Rémipèdes, parce que leurs pattes postérieures sont très aplaties, ainsi que leurs tarses qui sont souvent ciliés sur les bords et composés de deux articles. Elles ont des antennes si courtes , qu’on a beaucoup de peine à les apercevoir. Elles sucent le sang des poissons et des autres habitans de l’eau. Il en est qui ne font que se traîner sur le sable au fond de l’eau,

et qui déposent leurs œufs dans les tiges des roseaux; telles sont les ranatres et les nèpes , qui volent quelquefois, mais avec peine. Leur abdomen est le plus souvent terminé par des

filets réunis en une longue pointé qui leur sert de pondoir ou de tuyau propre à introduire dans le corps, Pair destiné à la respiration. Leurs pattes de devant (Pl. iv, fig. 27 et 28) ne sont composées que de deux pièces; la cuisse a et un crochet b qui tient lieu de la jambe et du tarse. Parmi celles qui nagent très bien, les unes ont la forme d’un petit bateau; on les a appelées naucores et sigares ou corises ; d’autres sont nommées notonectes , parce qu’elles nagent habituellement sur le dos.

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On divise en deux familles fort naturelles les espèc.es d’hémiptères de la seconde section , ou celles qui ont les ailes de consistance à peu près égale dans toute leur longueur : les unes ont trois articles aux tarses, et leur bec paroît naître du cou, il reste courbé entre les pattes sous le ventre, au moins dans l’état de repos ; c’est pour cela qu’on les a nommées Collirostres ou Aachénorhinques : les autres n’ont que deux articles aux tarses , les ailes non croisées ; ce sont les Plantisuges ou Phytaclelges : tels sont les pucerons , les cochenilles , etc. C’est à la première famille qu’appartiennent les cigales, qu’on a partagées en plusieurs genres. La plupart de ces espèces sont très lentes , et restent fixées sur les végétaux dans le lieu même où leur mère les a déposées toutes vivantes, ou sur ceux où les transportent les fourmis qui les soignent et les tiennent en captivité, comme des troupeaux dont ils traient ou absorbent les humeurs sécrétées.

Les vraies cigales sont des pays chauds et des parties méridionales de la France : elles vivent sur les arbres dans l’état parfait; leurs larves sucent la sève des arbres; leurs nymphes fouissent la terre : c’est le mâle seul qui rend ce son monotone, appelé chant, à l’aide de deux instrumens placés sous le ventre. Ces instrumens consistent en deux membranes élasti-

ques, sur lesquelles frottent des parties rudes situées dans leur cavité. On voit souvent en été sur les saules, sur le eaillelait et sur d’autres plantes, une matière écumeuse; c’est la sève de la plante qui a été sucée , puis rendue par la larve ou par la nymphe d’une petite espèce d’un genre voisin des cigales, appelé cercope , d’un mot grec qui signifie rusé, parce qu’elle se cache et se met à l’abri sous cette mousse. On trouve à Cayenne un insecte rapproché de ceux-ci, dont la tête , considérablement renflée, comme une vessie, brille pendant la nuit d’un éclat si phosphorique, qu’on l’a nommé porte -lanterne. C’est une espèce du genre fulgore. Les centrâtes ou les membraces sont des genres remarquables, dans la même famille, par la disposition de leur corselet, qui est difforme, bossu, prolongé, cornu, voûté ou foliacé et dilaté de manières fort bizarres , ce qui a valu à ces insectes le nom de diables.

Les pucerons sont de petits insectes qui vivent en société sur les plantes. On les reconnoît à leurs longues pattes , à la lenteur de leurs mouvemens, et à deux mamelons qui laissent suinter une humeur que les fourmis vont recueillir. Presque toutes les plantes ont leurs pucerons particuliers. Une des plus grosses espèces vit sur le chêne. On a fait sur la génération de ces insectes des observations très curieuses. Tous les pucerons qu’on voit l’été sont des femelles, qui sont nées auiles et fécondées d’avance. En automne seulement on trouve

parmi celles-ci des mâles beaucoup plus petits, qui s’accouplent, et meurent bientôt après. Les femelles continuent de vivre jusqu’à ce qu’elles aient pondu. Car, dans cette dernière portée, elles ne produisent plus de petits vivans, mais seulement des espèces de coques qui restent immobiles pendant l’hiver, et dont il sort, au printemps suivant, des individus tous femelles; celles-ci n’ont pas besoin d’être fécondées pour en produire d’autres , lesquelles naîtront fécondées elles-mêmes, et

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ainsi pendant plusieurs générations successives. De cet accouplement d’automne, il naît donc des filles, des petites-filles, des arrière-petites-filles et des sur-arrière-petites-filles , et particulièrement enfin des sur-arrière-petits-fils. Cette observation paroîtroit incroyable, si elle n’avoit été répétée plusieurs fois. Les pucerons laissent suinter par les deux cornes ou prolongemens qui surmontent leur abdomen , une liqueur sucrée dont les fourmis sont fort avides et qu’elles viennent sucer. A.ussi a-t-on dit que ces insectes étoient les vaches des fourmis. La matière qui recouvre au printemps les faces supérieures des feuilles des tilleuls et autres végétaux, et qu’on nomme le miellet ou la miellée , est le produit de cette sorte de sécrétion que lancent les familles de pucerons, qui couvrent alors toute la partie inférieure des feuilles de ces arbres.

Les femelles des cochenilles n’ont jamais d’ailes, et leurs pattes sont si courtes qu’elles ne marchent que difficilement, de sorte qu’on les prendroit pour des excroissances : ce qui leur a fait donner le nom de gallinsectes. Les mâles sont beaucoup plus petits; ils ont des ailes et de longs filets à la queue. La femelle ne pond point ses œufs , elle meurt avant; son corps se gonfle, se dessèche ensuite, et au printemps suivant, les petits sortent vivans de son cadavre. Il y a beaucoup d’espèces dans ce genre ; la plus remarquable est celle qui sert à teindre en écarlate et à faire du carmin. Elle vit dans le Mexique sur une espèce de cactier, appelée nopal. On vend ces cochenilles desséchées et racornies ; mais en les laissant tremper quelque temps dans l’eau tiède, on peut très bien étudier leurs formes et leurs parties. On est parvenu à nourrir cette espèce sur des cactiers , dans les serres de France ; à la longue elles font périr les plantes sur lesquelles on les place et elles font le même tort que les pucerons. Une autre espèce de cochenille ou de kermès , qui se développe sur les jeunes tiges

i22 DES INSECTES HYMÉNOPTÈRES.

de quelques espèces de figuier ou de jujubier des forêts voisines du Gange au Bengale, produit la laque , sorte de résine dans laquelle on trouve en outre une substance colorante. Ces deux matières sont fort précieuses dans les arts ; la première fournissant des vernis très beaux et très solides , et entrant en grande partie dans la confection de la cire à cacheter ; l’autre procurant aux teinturiers une substance qui colore les laines, la soie et tous les tissus de matière animale , en rouge plus ou moins foncé, suivant la nature des mordans et des préparations qu’on lui fait subir. On a encore rangé dans cette famille des pucerons, les psylles qui ont reçu leur nom de la faculté qu’ont beaucoup d’espèces de sauter comme les puces; de même que les aleyrodes ont pris le leur, de la poussière blanche , semblable à de la farine très fine , qui recouvre toutes les parties du corps.

Il est une petite famille d’insectes hémiptères qui n’est encore composée que du seul genre thrips , et qui semble tenir le milieu entre les hémiptères à ailes membraneuses et ceux à ailes demi-coriaces. Ces petits insectes, dont les plus grands n’atteignent guères une ligne de longueur, présentent à la loupe des éiytres planes, étroits, couchés sur le dos; leurs pattes sont courtes et terminées par une petite vessie à l’aide de laquelle ils s’accrochent sur les corps les plus lisses; on les trouve communément sur les fleurs. On les a nommés Visita rses ou p hys apodes.

QUATRIÈME ORDRE, insectes hyménoptères .

Le nom d’HYMÉNOPTÈRES , qui signifie ailes membraneuses, n’indique pas assez le caractère des insectes auxquels on l’applique. Presque tous ont quatre ailes nues et étroites, sur lesquelles les nervures sont principalement en long; les infé-

rieures sont plus courtes , accrochées le plus souvent aux supérieures dont elles suivent les mouvemens : tous ont des mandibules ; mais leurs mâchoires sont le plus ordinairement allongées en forme de langue (i); ils ont cinq articles aux tarses ; la première pièce de leur corselet , qui forme une sorte de collier sur lequel sont articulées les pattes antérieures, paroît rarement du côté du dos; et la plupart ont l’abdomen terminé par une tarière ou par un aiguillon, au moins chez les femelles.

La forme extérieure et les mœurs ont conduit à partager ces insectes en deux grandes sections. La première comprend toutes les espèces qui ont l’abdomen sessile, ou le ventre immédiatement appliqué contre le corselet, et dont la larve est une sorte de chenille , qui a toujours plus de seize pattes, qui change de lieu à volonté , et qui cherche elle-même sa nourriture. Elle forme une famille sous le nom d *uropristes (856). A la seconde section appartiennent les hyménoptères dont l’abdomen est uni au corselet par une partie étranglée , plus ou moins prolongée , qui sert comme de pédicule. Tous proviennent d’une larve sans pattes , qui a besoin des soins de ses païens; ceux-ci, ou la nourrissent avec une sorte de pâtée qu’ils se chargent de lui apporter, pour ainsi dire, à la becquée, ou ils pourvoient d’avance à sa subsistance , soit en déposant l’œuf au milieu des alimens réunis antérieurement, soit en enveloppant la larve , soit en plaçant très près de l’œuf qui la contient la quantité justement nécessaire des substances propres

(i) La figure 1 3 de la Planche iv représente la bouche grossie d’une grosse abeille violette pcrce-bois. A, est la lèvre supérieure : B, B, sont les mandibules vues sous deux sens : C , C , sont des demi-gaines formées par les mâchoires a , a, et par les palpes b, b. D est la lèvre inférieure prolongée en forme de langue ou de trompe; c , c , est son prolongement;^^, sont les palpes labiaux.

i*4 DES INSECTES HYMÉNOPTÈRES.

à son développement. Cette section est distribuée dans huit familles, savoir : i°. les mellites (867) ; 20. les ptérodiples (871) ; 3°. les chrysides (876) ; 4°» tes anthophiles (872); 5°. les myrmèges (873); 6°. les entomotilles (877); 70. les oryctères (879); 8°. enfin les néottocryptes • (880)

On a observé que toutes tes femelles de la première section déposent leurs œufs sous l’écorce des arbres ou des plantes vivantes, dans une incision qu’elles pratiquent à l’aide d’une scie ou avec une tarière dont elles sont armées (1); et c’est à cause de cela qu’on a donné 1e nom de serricandes ou d’ÜROPRiSTEs, et improprement de mouches à scie , aux insectes de cette famille , qu’on a partagés en plusieurs genres diaprés la forme des antennes. Chez les tenthrèdes et tes hylotomes , dont la tête est presque carrée , et chez les urocères , dont la tête est arrondie , les antennes sont presque en fil ou en soie ; dans tes sirèccsy au contraire, qui ont la tête portée sur une sorte de cou, et dans les cymhèces, qui l’ont sessile, les antennes vont en grossissant à l’extrémité. Les uropristes proviennent de larves (2) semblables à celles des lépidoptères, mais qui toutes ont plus de dix-huit pattes. Elles ressemblent tout-à-fait à des chenilles; elles se nourrissent de matières solides végétales, et elles se filent un double cocon dans lequel elles se transfor-

(1) La fig. 44 fie la Planche iv fait voir fextre'mité fie l'abdomen fi’uD uropriste : h, b , sont des gaînes dentele'es qui servent en même temps de scie et de canal aux deux lames c , c , par lesquelles l'œuf est conduit dans la plaie.

(2) (PI. v, fig. 18.) Ces larves, norame'es fausses chenilles , n’ont jamais moins de dix-huit pattes, et pas plus de vingt-deux. Leur tête ( fig. 19) est formée de deux calottes séparées par une cannelure (d) r elles ont des yeux ( a , a ) , des mâchoires ( c , c ) , des lèvres et des antennes très courtes (e, e).

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ment, mais sans avoir les membres réunis sous une même enveloppe , comme cela a lieu pour les lépidoptères.

Les hyménoptères dont l’abdomen n’est pas sessile sont en très grand nombre, et composent beaucoup de genres dont l’histoire est fort curieuse à connoître. Il y a d’abord les insectes qui recueillent un miel plus ou moins agréable, qui ont toujours des mâchoires et une lèvre inférieure prolongée en une sorte de langue dont ils se servent pour lécher le suc des plantes. On nomme ceux-là Mellites ou cipiaires , et c’est à cette famille qu’appartient le genre des abeilles, parmi lesquelles sont rangées celles qui donnent la cire et le miel.

Les abeilles qui produisent le miel sont bien connues. Ces insectes vivent en société , quelquefois au nombre de plus de vingt-cinq mille , dans une cavité qu’ils se sont choisie ou dans laquelle on les a introduits, et qu’on nomme ruche. Il n’y a parmi ces individus , à l’instant où ils forment leur établissement, qu’une seule femelle; tous les autres n’ont point de sexe , et sont appelés neutres , mulets ou ouvrières : on nomme cette réunion un essaim ou un jeton.

Ordinairement , le lendemain du jour où ces insectes ont pris possession de leur demeure, on voit un grand nombre de neutres sortir dès le matin et revenir à la ruche, les deux pattes de derrière couvertes d’une matière grasse, nommée propolis , que d’autres individus viennent leur enlever pour aller l’appliquer sur toutes les fentes et les issues, de manière à n’en laisser qu’une seule par laquelle les communications au-dehors doivent se faire.

Pendant qu’une partie des neutres est employée à cette opération , d’autres commencent à construire , avec le plus grand

art , un édifice intérieur, destiné à recevoir les œufs que la femelle doit pondre, et les magasins de vivres nécessaires au besoin de tous. Les matériaux de cette bâtisse sont sécrétés

par l’insecte lui-méme. Il paroît que le pollen des végétaux que l’abeille avale, fournit cette substance qui se dépose sous les écailles de son abdomen et que l’insecte recueille et pétrit; c’est alors une matière grasse, ductile et flexible, que nous nommons cire,

La manœuvre qu’emploie l’abeille est simple. Elle se roule dans une fleur; la poussière s’attache à ses poils , et comme ses pattes de derrière sont garnies d’une sorte de brosses ou de cardes, elle la ramasse et la réunit en deux boules qu’elle fait entrer de suite dans deux petites corbeilles ou creux pratiqués sur le premier article de ses tarses postérieurs (Pl. iv, fig. 39, 40 )• Ainsi chargée de butin, elle s’envole vers la ruche.

A peine arrivée dans la demeure commune, ses camarades la déchargent et mangent même sur ses pattes la matière recueillie avec tant de peine; mais ce n’est qu’une sorte d’emprunt qui tourne au profit de tous. Après un certain temps, cette matière qui a servi à la nourriture, est employée également, comme on s’en est assuré, à la sécrétion de la cire. Cette matière grasse et ductile , solide et imperméable à l’humidité, se sépare dans de petites poches particulières, qu’on observe sous les quatre anneaux de l’abdomen qui suivent le premier. L’insecte prend avec la bouche cette cire, la malaxe et la prépare pour construire le grand édifice, composé d’une infinité de petites loges, nommées alvéoles ou cellules, dont l’ensemble s’appelle gâteaux ou rayons,

C’est par le sommet de la ruche que commence ordinairement l’édifice. Les abeilles se rangent par files parallèles pour

DES INSECTES HYMÉNOPTÈRES. m7

placer des lames de cire à une distance de trois centimètres à peu près. Ces lames sont verticales , et c’est sur elles que sont adossées les alvéoles de l’un et, de l’autre côté. Il y a trois sortes de cellules : des petites en très grand nombre; des moyennes à peu près au nombre de neuf cents; et de très grandes d’une forme toute particulière, dont il n’y a ordinairement que deux ou trois. • -j rrmvjrr.

Toutes les cellules sont destinées à recevoir d’abord les œufs que doit pondre la femelle, qui ne travaille point, et par suite les provisions d’hiver ou le miel. Les petites et lès ïùoÿennés sont des loges à six faces parfaitement égales , qui font toutes partie aù-dehors des six cellules voisines. Les grandes alvéoles sont tout-à-fait différentes, et ressemblent au calice d’un gland de chêne.

Le miel, cette matière sucrée, on pourroit même dire ce sucre liquide, qu’on trouve dans les alvéoles des abeilles, a été recueilli par les neutres. Ces insectes ramassent et boivent dans les fleurs les liquides sucrés qui y suintent ; mais ils les dégorgent dans l’intérieur de la ruche, privés de leur odeur,, de leur viscosité , et propres à être conservés. C’est alors du miel. Ils le déposent dans une alvéole vide, qui est une sorte de petit vase imperméable, et ils en ferment hermétiquement l’ouverture avec une lame de cire qu’ils ne brisent que dans la disette.

La femelle dépose dans chaque cellule un œuf qui produit, deux ou trois jours après, une petite larve blanche et sans pattes, à laquelle des neutres s’empressent de présenter une liqueur qu’ils dégorgent près de sa bouche. Cette larve a acquis tout son développement au bout de cinq à six jours. Alors elle se fde une coque pour se métamorphoser, et ses

ia8 DES INSECTES HYMÉNOPTÈRES.

nourrices closent sa cellule avec un petit couvercle de cire très mince. Au bout de trois ou quatre jours, le berceau s’ouvre, brisé par l’abeille qui en sort tout humide ; ses ailes se développent et se sèchent. Elle mange un peu de miel que ses camarades viennent dégorger sur sa langue, et bientôt elle va, comme elles, recueillir la cire et le miel, et participer aux

travaux communs. . *r

Les œufs qui doivent produire des mâles sont déposés dans les cellules de moyenne proportion , et se développent un peu plus lentement. On appelle ces mâles des frelons ou faux-bourdons; ils sont plus velus, sans aiguillons; leur tête est plus grosse que celle des neutres : ils vont bien sur les fleurs avaler le sucre qui en découle ; mais ils n’ont pas les organes propres à le recueillir ; ils ne rapportent rien à la ruche. On croit qu’ils s’accouplent en volant. A la fin de l’automne, tous ces mâles sont tués par les neutres, quand ils ont fécondé la femelle, et on les trouve morts auprès de la ruche.

Nous avons déjà dit que les œufs qui doivent donner des femelles sont placés dans une cellule plus grande, arrondie, isolée, et dont les parois pèsent près de cent cinquante fois autant que celles d’une alvéole d’ouvrière. Ordinairement il n*y en a que deux ou trois dans chaque ruche. Les neutres en prennent un soin particulier, et ils nourrissent les larves qui en proviennent avec une liqueur qui paroît plus succulente et en plus grande quantité. Aussitôt qu’une femelle est née , elle se hâte d’aller détruire les nymphes de son sexe. Si deux femelles éclosent en même temps, elles se livrent un combat opiniâtre, qui ne finit que par la mort ou l’expulsion de Tune d’elles. Cette femelle, qu’on nomme aussi improprement reine , est, avant sa fécondation, de la grosseur des mâles; mais sa tête n’est pas arrondie , elle est armée d’un aiguillon ; ses pattes

DES INSECTES HYMÉNOPTÈRES. x29

île derrière ne sont pas garnies de brosses. Elle ne sort de la ruche que da*s le temps de l’accouplement, et ordinairement elle n’est guère plus d’une heure absente.

On a acquis la preuve, par des expériences directes, que les abeilles neutres sont des femelles privées des organes de la génération, ou chez lesquelles ces parties ne se sont pas développées, par défaut de nourriture dans l’état de larve. Condamnées à une stérilité absolue par le défaut des organes qui peuvent reproduire leurs semblables, elles ont encore le sentiment de l’amour maternel ; et c’est pour satisfaire à ce besoin qu’elles s’attachent à la femelle fécondée; elles la suivent partout où elle va, et ne paroissent avoir d’autre volonté que la sienne. Elles se chargent de tous les détails domestiques , ct ne semblent exister que pour donner leurs aoins aux petits qu’elle produira. E.lles deviennent les nourrices, les protectices ; elles obéissent, par un instinct admirable, à des lois dictées par la nature, et toute leur organisation semble modifiée par les circonstances de leurs mœurs, de leurs besoins actuels ou futurs. Elles semblent vivre comme des amazones sous un gouvernement gynocratique. C’est un exemple très singulier

dans l’économie de la nature. , : , ,,

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Les autres abeilles ne vivent pas en sociétés aussi nombreuses : quelquefois les mâles s’occupent de l’éducation îles larves, surtout parmi les espèces chez ..lesquelles il n’y a point de neutres. On a établi beaucoup de genres dans cette famille des mellites; tous ont des larves sans pattes, qui ne peuvent changer de lieu, et qui soqt, en conséquence, nourries par 1 eu f-vp irons ; sous l’état parfait, leur bouche est munie d’un-;; langue allongée. Tels sont les bourdons , reconnoissables à leur corselet bossu , très velu et beaucoup plus large que la tète les xylocopcs ou abeilles menuisières, qui ont de grandes

i3o DES INSECTES HYMÉNOPTÈRES.

mandidules, la tète plus large que le corselet et une langue courte; les eucères , dont les antennes très longues ne sont pas brisées; les nomades , qui ont le corps brillant et sans duvet, la tête arrondie, plus large que le corselet, et le front comme renflé; les andrènes , dont le corps est velu, les antennes courtes et le front plat ; les bembèces , dont la lèvre supérieure, prolongée en forme de bec , recouvre entièrement la bouche.

Tous les autres hyménoptères ont la langue courte : il en est dont le ventre est concave en dessous, se roulant en boule sur tout le corps, ce qui les a fait désigner sous le nom de Systrogastres , et, comme le corps est le plus souvent métallique, on les a encore appelés Chrysides. Ils sont rapportés à trois genres, les chrysides ou guêpes dorées, les omales et les parnopès. Les femelles remarquables parce qu’elles ont la faculté de faire saillir leur oviducte , qui est pioduit pur des parties analogues à celles qui forment l’aiguillon dans les autres espèces (Pl. iv, fig. 45). Quelques hyménoptères ont, dans le repos, les ailes supérieures pliées dans toute leur longueur, et comme doublées, voilà pourquoi on les a nommés duplipennes ou Ptérodiples; telles sont les guêpes et les masures. Ces insectes vivent à peu près comme les abeilles; il y a parmi eux des individus neutres, des mâles et des femelles. Ils construisent des rayons, mais d’une forme toute particulière, et avec une sorte de papier, dont ils ramassent les matériaux sur l’écorce des végétaux, ou qu’ils forment de toutes pièces, en broyant des particules de bois , et en les collant entre elles avec un suc visqueux dont ils les pénètrent.

La famille des Anthophiles ou florilèges réunit 'des? 'hyménoptères qu’on trouve sur les fleurs, mais qui font leur nid dans la terre , pour y déposer leurs larves, qu’ils nourrissent avec d’autres insectes, dont ils emportent les corps après les

DES INSECTES HYMÉNOPTÈRES. »3t

avoir grièvement blessés ou mis à mort. On les reconnoît à leur abdomen pédicule , arrondi , conique, et à leurs antennes qui ne sont pas brisées. Tels sont les phïlanthes et les scolies dont les antennes sont renflées ; les premiers ont le corps sans poils , les secondes l’ont très velu ; tels sont encore les crabrons et les mellines dont les antennes sont en fil. Les premiers ont en outre le front comme argenté ou doré.

On trouve aussi des neutres, ou des femelles sans sexe, parmi les fourmis , les mutïlîes et les doryles , qui composent la petite famille des formiaires ou des Myrmèges. Les fourmis vivent en société; on les reconnoît facilement au pédicule de leur ventre, qui est toujours étranglé, ou qui supporte une écaille. Les neutres n’ont pas d’ailes. Quelques fourmis vivent sous terre , elles s’y creusent habitations commodes; d’autres se construisent des demeures dans le tronc des arbres, ou tout-à-fait au-dehors et à l’air libre, avec une quantité de débris de végétaux , qu’elles ramassent de toutes parts, et qui leur servent de tente. Les mulets seuls travaillent : ils sont chargés, comme les abeilles neutres, de tous les soins domestiques, et sont doués de la force, de l’adresse et de l’agilité; les femelles restent dans l’habitation, et ne sortent que pour s’accoupler. C’est ordinairement vers le soir et dans l’air que se fait cet accouplement. Les larves sont nourries par les neutres; mais elles ne sont point renfermées dans des cellules. Les fourmis s’engourdissent quand il fait froid : elles ne mangent point, aussi ne font-elles point de provision, et les amas de petits morceaux de bois qu’on nomme les magasins des fourmis, ne sont que les pièces de leurs édifices. Toutes se réunissent pour se construire des habitations , où elles vivent en commun sous des sortes de lois convenables à leur genre de vie, et à la conservation de la progéniture de la république. Elles se font des guerres de peuplades ou d’espèce3 à espèces :

elles retiennent captives et tout^-à-fait en esclavage les prisonnières qu’elles ont faites, et les soumettent aux travaux forcés intérieurs. Elles élèvent et nourrissent convenablement, dans des sortes d’étables, d’autres espèces d’insectes, et surtout des pucerons, qu’elles soignent pour les traire, et pour en obtenir un aliment assuré dans les temps de disette , comme nous tenons en domesticité nos vaches , nos chèvres , nos bre-

bis. Ces mulets nourrissent eux-mêmes toutes les larves , celles

des mâles, des femelles et des neutres; ils les protègent aussi sous la forme de nymphes, et pendapt tout le temps que ces individus peuvent être utiles et nécessaires à la société. Enfin ils constituent, comme nous l’avons dit , de véritables républiques, où tout est mis en commun, propriétés, familles, nourriture et bestiaux. « , ,

Les dpjyles sont des insectes d’Afrique dont les mœurs sont encore peu connues: leur, ventre, presque sessile, déprimé, courbé en faucille , est porté par une première articulation prismatique. Les mutilles ont beaucoup de rapport avec les fourmis, mais elles n’ont ni nœud, ni étranglement, ni écaille sur le pétiole de leur abdomen. Les mulets n’ont pas d’ailes ; les femelles perdent les leurs après l’accouplement ou dans le danger; elles s’en débarrassent même alors pour courir plus facilement. Elles ont un aiguillon dont la piqûre occasionne une vive douleur.

Les trois autres familles des insectes du même ordre nous présentent des singularités très curieuses dans la manière dont leurs larves se nourrissent. Tantôt, comme dans la famille des né otto crypte s y l’œuf déposé par sa mère, sous l’écorce d’une plante ou d’un arbre, y fait naître une véritable maladie, une tumeur contre nature, au milieu de laquelle le petit insecte se développe; tantôt, comme parmi les cntomotilles , c’est dans le

corps d’un autre insecte que la larve doit vivre. Son germe est introduit par la mère sous la peau de la victime, qui en sera dévorée, sans avoir aucun moyen de s’en défendre. D’autres espèces déposent , auprès de leurs œufs , une certaine quantité d’insectes, auxquels ils ont enlevé les organes du mouvement, ou qu’ils ont estropiés de manière qu’ils ne puissent échapper à la larve qui doit s’en nourrir. Tels sont les oryctères.

Parmi les Néottocryptes ou abditoîarves , on nomme cynips et diplolèpes quelques uns des insectes qui produisent les galles des plantes, telles que ces sortes de végétations moussues et monstrueuses qu’on voit souvent sur le rosier églantier, et qu’on appelle bédeguards ; telles sont encore les tumeurs du lierre terrestre, et surtout la gciU & des boutiques , ou noix de galle (295), qui sert en teinture, et qui entre dans la composition de l’encre à écrire. Ces dernières se développent sur un

chêne de l’Asie Mineure. On en recueille beaucoup aux environs d’Alep. Elles font l’objet d’un grand commerce : on préfère les galles qui contiennent encore l’insecte sous forme de nymphe. La femelle de ces petits animaux fait l’incision , dans laquelle elle dépose ses œufs, à l’aide d’une tarière, roulée en spirale, dont son anus est armé. Tous ces insectes ont l’abdomen pédiculé, aplati ou renflé ; les antennes non brisées, composées de treize articles au plus ; les cuisses souvent renflées. Les uns ont les antennes droites, en fil, comme les chalcides , dont l’abdomen est arrondi, et les diplolèpes , qui ont le ventre comprimé. D’autres ont les antennes renflées, tantôt du sommet à la base, comme les leucopsides , tantôt à la pointe seulement; tels sont les cynips , dont la tête est sessile, et les diapries , qui ont une sorte de cou. Enfin les eulophes sont faciles à reconnoître parce que leurs antennes sont branchues ou en peigne.

On pourroit appeler encore insectirodes > on rongeurs d’insectes, les Entomotilles , qui déposent leurs œufs dans les larves. Ils sont rangés dans plusieurs genres, parmi lesquels sont les ichneumons , ainsi nommés parce que ces insectes sont continuellement en mouvement , et qu’ils ont l’air d’être toujours en quête. Ce sont des hyménoptères à antennes longues, non brisées, de dix-sept à trente articles, toujours agitées, dont le ventre très allongé se termine dans les femelles par une tarière droite. On les a divisés en plusieurs autres genres; tels que les fœnes et les évanies , qui ont les antennes filiformes; les ophions et les hanches , qui ont le ventre comprimé.

On observe quelquefois, sur les murs des jardins potagers, des flocons d’une soie blanche ou jaune qui, examinés avec soin , font voir l’assemblage de petites coques de même couleur; elles renferment chacune une nymphe. Au printemps suivant, il sort de chacun de ces cocons un petit ichneumon noir, avec les pattes jaunes ou rouges. Ces insectes s’accouplent, et bientôt après on voit les femelles occupées à faire la recherche des chenilles qui vivent sur le chou, dans l’intérieur desquelles elles doivent déposer leurs œufs. Après en avoir aperçu une, elles fondent dessus, s’y accrochent, et, malgré les mouvemens que la chenille se donne, elles lui percent la peau avec leur tarière à plus de quarante reprises, et dans des endroits différens; à chaque piqûre , elles introduisent un œuf sous la peau. Bientôt cet œuf se développe, il en sort une petite larve sans pattes, qui devient un ver rongeur, et qui dévore la graisse que la chenille avait formée pour son développement parfait. Mais cet animal parasite a grand soin de ménager les organes de la nutrition ; quand il a mangé autant qu’il le pouvoit, il perce, ainsi (pie ses autres frères, la peau

DES INSECTES HYMÉNOPTÈRES. i35

de la malheureuse chenille, qui périt bientôt après. Tous se rapprochent , et filent leurs cocons comme nous l’avons dit plus haut. Quelquefois il n’y a qu’une seule larve déposée dans le corps de la chenille, et l’époque à laquelle elle s’y trouve placée varie suivant les espèces. Il semble que chaque ichneumon soit attaché particulièrement à l’existence de telle ou telle espèce d’insecte, de chenille ou de larve. Souvent l’ichneumon ne se développe que dans l’intérieur de la chrysalide ou de la nymphe, d’où il sort sous l’état parfait.

On a nommé les insectes de la dernière famille de l’ordre qui nous occupe, les Orycteres ou les fouisseurs , parce qu’ils creusent ordinairement des trous dans le sable pour y placer leurs œufs. Les sphèges et quelques autres genres appartiennent à cette division : tels sont les terres , les pompiles , les tiphies , dont les femelles ont un aiguillon caché, et dont les antennes, composées de quatorze à dix-sept articles , sont aussi continuellement en mouvement.

On peut observer principalement une de ces espèces, dans les lieux sablonneux et exposés au midi; elle est noire, à duvet cendré; son ventre, porté sur un long pédicule, est marqué de deux taches rousses : cet insecte est très agile. On le surprend souvent s’abattant rapidement sur un sable mobile; là, les ailes agitées et portées un peu en triangle sur le corps, on le voit courir sur ses longues pattes et bondissant par sauts, cherchant le lieu qui lui conviendra le mieux pour y creuser une sorte de fosse ou de nid qu’il destine à sa progéniture. Si le terrain est trop résistant , l’insecte saisit les graviers les plus pesans avec ses mandibules pour les transporter à quelque distance ou pour les pousser avec les pattes. Si le sable est facile à mouvoir, alors il travaille avec une activité et une telle prestesse que la poussière est lancée

i36 DES INSECTES NÉVROPTÈBES.

comme un jet continu, pour s’y creuser une galerie à l’extrémité de laquelle, et dans une sorte de caveau voûté, l’insecte dépose un œuf. Puis il va à la recherche de quelques chenilles, de quelques larves, de certaines araignées que l’insecte mutile en leur coupant les pattes, ou qu’il a probablement piquées de son aiguillon, puisqu’il les rapporte absolument immobiles ; il répète ce manège un grand nombre de fois , car on trouve huit, dix et même douze chenilles d’une même espèce ou de larves semblables dans chaque nid ou caveau. De cet œuf de sphège, naît une larve sans pattes qui n’a d’autre peine à prendre que de sucer et de dévorer successivement les provisions que sa mère a pris la précaution de déposer, justement dans les quantité et proportion que devoit comporter le développement ultérieur de cette larve, pour se métamorphoser en nymphe et ensuite eu sphège. Les espèces qui ensevelissent ainsi des araignées vont les attaquer de vive force au milieu de leur toile; et c’est un spectacle fort curieux que cette sorte de combat, dont on peut être souvent témoin pendant l’été, quand on connoît le fait que nous venons d’exposer. Il paroît que dans l’instant où le sphège attaque l’insecte, il le pique de son aiguillon pour introduire, par cette plaie, une molécule d’un liquide vénéneux qui le paralyse; il est probable que dans sa sagesse, la nature a voulu que cet être mutilé ou paralysé fût en même temps privé de la sensibilité , puisqu’il est destiné à être une provision de chair vivante et qu’il doit être rangé et pressé auprès d’autres individus de sa race appelés à devenir successivement la pâture de la larve du sphège.

TROISIÈME ORDRE, insectes néeropteres.

On désigne par le nom de NévROPTÈRES, des insectes qui ont quatre aiies unes, d’égale consistance, avec des nervures en réseau, qui ont la bouche garnie de mâchoires, et non d’un

DES INSECTES NÉYROPTÈRES. i37

bec ou d’une trompe. Les métamorphoses sont un peu différentes dans les trois familles qui composent cet ordre.

Deux sections comprennent ces insectes , et les partagent d’une manière fort commode. Les uns vivent pendant quelque temps sous l’état parfait, et se nourrissent; ils ont en conséquence une bouche munie de mâchoires bien distinctes. Les autres, au contraire, naissent, s’accouplent, pondent et meurent le plus souvent dans la même journée. Ils ne mangent pas, et on ne peut pas voir les parties de leur bouche : aussi les at-on appelés agnathes. (892)

Parmi les névroptères dont la bouche est bien visible , les uns l’ont recouverte par les lèvres, comme par un masque; leurs ailes sont toujours étalées; ce sont les Odonates, demoiselles ou libellules: tous les autres ont la bouche à nu , et leurs ailes , dans l’état de repos , sont le plus souvent couchées en toit sur le dos; on les appelle, à cause de cela, tectipennes ou stégoptères (886). *

On nomme demoiselles ou libellules , des insectes à ailes allongées , à peu près d’égale étendue, semblables à de la gaze, qu’on voit ordinairement voltiger avec une rapidité extrême dans les lieux humides. Elles se nourrissent d’autres insectes vivans qu’elles saisissent au vol. Leur accouplement présente une particularité très singulière ; le mâle saisit sa femelle par le cou, ou dans l’intervalle de la poitrine avec la tête, au moyen de deux crochets qui font l’office de grandes tenailles, et qui sont placés à l’extrémité de sa queue ; il s’envole ainsi avec elle, et il la force de venir appliquer son ventre contre sa poitrine où sont logés les organes sexuels; aussi cet accouplement se fait-il toujours pendant le vol. Les espèces de cette famille sont rapportées à deux genres principaux. Les libelles

DES INSECTES NÉYROPTÈRES.

qui ont la tète arrondie, presque aussi longue que large, le front vésiculeux et dont les ailes restent étalées horizontalement dans l’état de repos; et les aurions qui ont la tête transversale, le front plat, les yeux distans, globuleux et les ailes verticales ou dressées dans l’état de repos.

C’est dans l’eau des mares, des étangs et des petits ruisseaux, que les demoiselles déposent leurs œufs. Il en naît une petite larve à peu près semblable à l’insecte parfait; mais sa bouche et ses mœurs sont bien différentes. La lèvre inférieure de ces larves est allongée (Pl. v, fig. i 4, d, d, e ), et pliée trois fois sur sa longueur, armée en avant de deux crochets, que l’insecte peut porter tout à coup sur les corps qu’il veut saisir, et c’est toujours sur une proie vivante. Sous cet état de larve, il est le plus souvent couvert de boue, et il respire par l’anus , qui est garni d’écailles pointues ( fig. 1 5, a, a ) ; il se sert même de cette faculté qu’il a de faire entrer de l’eau par cet orifice et de l’en chasser avec violence, pour changer de lieu d’une manière très rapide. La nymphe est agile comme celle des insectes de l’ordre des hémiptères (fig. i3).

Les fourmilions , les hémérobes , les termites , les psoques , les raphidies , les panorpes et beaucoup d’autres genres, qui renferment des insectes très curieux à connoître, appartiennent à la seconde famille, celle des tectipennes ou Stégoptères. La plupart proviennent de larves qui se nourrissent d’insectes, auxquels elles tendent des pièges ou qu’elles attaquent de vive force : quelques unes se filent un cocon ; mais la nymphe redevient mobile sur les derniers temps. Quelques espèces se développent sous l’eau; d’autres restent cachées dans le bois; quelques unes s’enfoncent dans la terre.

Le nom d e fourmilion convient mieux à la larve qu’à lin

DES INSECTES NÉVROPTÈRES. .ï9

secte parfait. Cette larve a une forme toute particulière; son corps est conique, pointu par-derrière; sa tète supporte deux longues cornes, percées à leur extrémité, et qui lui servent à retenir et à sucer sa proie. Elle a six pattes, et elle se meut, principalement en arrière; elle se creuse dans le sable une fosse, en forme d’entonnoir, au fond de laquelle elle se place, les deux cornes écartées. Malheur à la fourmi ou à tout autre petit insecte qui vient à passer sur le bord de la fosse ! Le sable s’éboule sous ses pas; il tombe dans l’embuscade : bientôt il est saisi, sucé jusqu’à la mort, et son cadavre desséché est lancé à une grande distance, afin qu’il ne serve pas d’indice pour le piège qui attend d’autres victimes. Cette larve est deux années à se développer; elle se file une coque de soie recouverte de sable , et reste immobile pendant près de deux mois dans ce follicule. Au bout de ce temps , il en sort un insecte tout-à-fait différent , qui a près de cinq fois la longueur de la larve : sa tète est garnie de deux antennes, en forme de fuseau; son corselet, bien distinct, supporte quatre ailes semblables à celles de la demoiselle; mais il 11e vit sous cette forme que quelques jours , pendant lesquels il s’accouple et

On a nommé aussi lions des pucerons , les larves d ’hémérobes , parce qu’en effet elles se nourrissent de ces insectes, au milieu desquels on les trouve , sans que ceux-ci aient l’instinct de les éviter. Elles les sucent à l’aide de leurs longues mandibules , qui sont percées à l’extrémité comme les crochets des araignées. Les hémérobes ressemblent aussi à des demoiselles ; leurs antennes sont longues, en forme de soies, et la plupart ont des yeux très brillans : l’espèce la plus commune exhale , lorsqu’on la saisit, une odeur très fétide. C’est probablement un moyen de défense qu’elle emploie pour se préserver du bec des oiseaux. Ces insectes déposent sur les plantes, des œufs qui

i4° DES INSECTES NÉVROPTÈRES.

sont très singuliers ; ils sont supportés à l’extrémité de longs pédicules , et groupés de manière qu3on les a pris souvent pour des plantes cryptogames.

On trouve , aux Indes et en Amérique , des insectes de l’ordre des névroptères , qu’on a regardés long-temps comme des fourmis blanches, ce sont les termites. On a observé parmi eux des mâles , une femelle , et un très grand nombre d’individus, qu’on croit être des neutres. Ceux-ci ont six pattes, une très grosse tête , un petit ventre , et ils ne prennent jamais d’ailes. Les mâles et les femelles ont la tête plus petite, et de très longues ailes qui tiennent peu au corps. Quand une femelle est fécondée, son ventre se gonfle tellement qu’il lui est alors impossible de se traîner : elle porte plus de quatre-vingt mille oeufs , et pèse deux mille fois plus qu’avant la fécondation. Les termites voyagent toujours sous des mines qu’ils se creusent sous terre; ils détruisent tout cè qu’ils trouvent en substances animales et végétales; ils réduisent en poussière les meubles, les hardes; et ils font d’autant plus de tort, qu’on ne s’aperçoit de leurs ravages que lorsqu’il n’est plus temps d’y remédier.

Il y a bien en Europe quelques insectes voisins de ce genre ; mais ils sont petits. Ce sont les psoques qui détruisent les vieux meubles, les paniers d’osier ; on les appelle vulgairement les poux du bois. On croit que ce sont ces insectes qui produisent dans les boiseries qu’ils rongent , un petit son régulier de ticet-tac; ce qui les a fait, par préjugé, nommer Y horloge de la mort. On observe rarement ces insectes avec des aile^; cependant la plupart en sont munis à une certaine époque de la vie.

Les raphidies sont des insectes très extraordinaires par leurs

DES INSECTES NÉVROPTÈRES.

formes : leur corselet est très allonge ; il supporte une tête étranglée en arrière , articulée sur une sorte de cou. Ces parties sont mobiles dans tous les sens. Les raphidies n’ont aux tarses que quatre articles; leurs antennes sont en fil : leurs larves et leurs nymphes se nourrissent , comme elles , de petits insectes. Les pamrpes ou mouches scorpions ont la bouche placée à l’extrémité d’une sorte de bec, cinq articles aux tarses, et les antennes en fil. On ne connoît pas leurs larves : elles se nourrissent d’insectes, qu’elles saisissent en volant, et qu’elles dévorent en s’arrêtant sur les branches des arbres.

Les phryganes , les éphémères et quelques insectes voisins de

l’un ou de l’autre de ces deux genres, composent Ja dernière famille, celle des Agnathes, dans laquelle on ne distingue pas les parties de la bouche , parce qu’elles sont trop petites et indiquées seulement par les palpes. N’ayant pas d’organes propres à saisir leur nourriture , ils ne vivent pas long-temps sous cette dernière forme. Leurs larves se développent dans l’eau ; elles ont des branchies qui servent à leur respiration aquatique.

Leurs nymphes, quoique immobiles dans les premiers temps où elles ont pris cette forme , époque où elles sont très molles, acquièrent peu à peu plus de solidité , et deviennent ensuite plus agiles. * ■=* r viv -était y! • ?

Les phryganes ont les antennes longues ; elles vivent peu de temps avec des ailes : on les trouve sur le bord des eaux , dans lesquelles leurs larves se développent; ces larves sont herbivores ; elles se filent, comme celles des teignes , des fourreaux çle soie , mais elles les revêtent, les unes de portions de feuilles,, d’autres de brins de roseaux, plusieurs de graviers et de petits coquillages qu’elles y agglutinent. Ce fourreau est ouvert aux deux bouts , et l’insecte le traîne partout avec lui. Lorsqu’il est sur le point de se métamorphoser, il file aux extrémités des

ï4* DES INSECTES NEVROPTÈRES.

espèces de grillages ou de barreaux, qui doivent le défendre des injures extérieures. Les poissons sont très friands de ces larves. On les recherche dans certains pays pour les employer comme amorce ; on les nomme eharées ou casets. Comme le fourreau des larves de quelques phryganes ressemble à une petite bourrée , ou à un fagot de petit bois , il leur a fait donner le nom grec qu’elles portent.

La plupart des éphémères ne vivent qu’un seul jour sous l’état parfait. Ces insectes ont des antennes plus courtes que la tète; les pattes de devant fort allongées, les ailes supérieures toujours étalées, les inférieures excessivement courtes ; leur ventre se termine par deux ou trois longues soies. Leur laite, qui a des espèces de branchies (1), vit dans la vase ; elle est près de trois ans à se développer. C’est principalement en été, et dans un même jour, après le coucher du soleil, que toutes les nymphes sortent de l’eau ; elles s’accrochent à quelque corps solide, et subissent dans l’air leur métamorphose. Il y a parmi elles plus de mâles que de femelles ; quelques espèces s’accouplent dans l’air, et ne restent ensemble que quelques minutes ; d’âutres pondent leurs œufs avant qu’ils soient fécondés, et le mâle les vivilie en se plaçant dessus. Ce mâle périt presque aussitôt; la femelle se hâte d’aller déposer ses peufs à la surface de l’eau, au fond de laquelle ils sont entrai-

nés par leur poids. Le lendemain , dèsj’aube du matin , toutes les éphémères sont mortes. Les rivières en sont couvertes : les poissons s’en nourrissent. Aussi les pêcheurs nomment-ils cette époque le jour de la manne.

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(1) PI. v, fig. 16 et 17 : Tune des branchies extrêmement grossie , pour faire voir le feuillet abc.

DEUXIÈME ORDRE, insectes orthoptères.

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On a réuni dans cet ordre tous les insectes qui sont agiles sous les deux états de larves et de nymphes, et qui ne subissent de changement de formes que dans le développement de leurs ailes , toujours au nombre de quatre, dont les deux supérieures sont plus courtes et servent comme d’étuis, et dont les inférieures sont constamment plissées sur leur longueur et rarement pliées en travers; de là le nom d’ORTHOPTÈREs , qui signifie ailes droites. Ils offrent aussi dans les parties de la bouche une pièce particulière qui recouvre le dos des mâchoires , et qu’on nomme une galète (Pl. m , fig. 10, D, c). La plupart ont des yeux lisses ou stemmates, outre les yeux à réseau.

Tous ces insectes peuvent être distribués en quatre groupes, dont trois ne renferment chacun que quelques genres : ce sont les nnomidcs , les blattes et les forficules , qui n’ont point les pattes de derrière allongées , renflées ou propres au saut , comme on l’observe dans la quatrième famille , qui comprend les sauterelles et plusieurs genres voisins, et qu’on a nommée les grylloïdes.

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Les Grylloïdes ou grillij ormes , portent leur tête, ou du moins leur bouche , dans une position verticale, et ils ressemblent plus ou moins aux grillons. Il en est qui ont les antennes à peu près de même grosseur ; ceux-là ont été appelés sauterelles ou criquets. Dans les autres , les antennes sont en soie de cochon , et on les nomme locustes ou grillons ; enfin , chez quelques uns les antennes sont en prisme ou en fuseau aplati : tels sont les truxalcs. Presque tous les mâles produisent un son singulier par le frottement de leurs élytrcs. Les locustes ont les pattes de derrière très longues et sautent fort bien : on les

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trouve ordinairement dans les champs et sur les hautes herbes. Les grillons ont les cuisses plus courtes ; ils évitent en général la lumière et recherchent la chaleur. Ce murmure monotone et ennuyeux qu’on entend dans les cuisines et près des fours pendant la nuit , est le chant d’amour du grillon domestique , vulgairement appelé cri- cri. Un autre, de couleur brune, vit sous terre dans les champs. La plus grosse espèce se trouve dans les prairies et dans les potagers , près des fumiers. Elle coupe et mange les racines des salades et des melons , en creusant sous terre comme la taupe , à l’aide de ses pattes de devant (Pl. iv, fig. 22 ), dont les jambés ( a ) sont élargies et triangulaires, aplaties, dentelées et tranchantes en devant , et dont le premier article des tarses [b) vient passer au-devant, en produisant ainsi l’effet d’une lame de ciseaux. Les jardiniers lui font la chasse. On la nomme courtillière ou taupe-grillon ; ses tarses antérieurs sont en forme de lames coupantes, et ses yeux lisses sont très brill ans.

Les orthoptères Anomides ou difformes ont le corps très allongé; leur corselet, en général beaucoup plus long que large , est formé en grande partie par le mésothorax. Telles sont les phyllies , qu’on a encore nommées feuilles ambulantes , dont les élytres sont très planes et l’abdomen aplati ; les phasmes ou spectres, qui sont souvent sans ailes, dont les pattes de devant sont simples, et dont on a vu des espèces de près de trois décimètres de longueur, ce qui en fait les plus grands insectes connus. Telles sont, enfin, les mantes, qui ressemblent un peu aux sauterelles, mais qui ne peuvent sauter. Il

en est dont le corps est excessivement allongé et étroit. Toutes ont une démarche singulière. Leur corselet est très, long et se redresse sur l’abdomen; les pattes de devant sont souvent armées d’un ongle mobile en crochet (PL iv, fig. 26); elles les meuvent lentement , comme si elles étendoient les bras : aussi

a-t-011 désigné plusieurs espèces sous les noms de prêchcresse , de religieuse , de sorcier , de devin , de spectre , et autres dénominations qui tiennent à des préjugés superstitieux. Elles pondent des œufs enveloppés d’une matière visqueuse qui se dessèche et prend beaucoup de consistance.

On ne pouvoit mieux désigner que par ce mot de blattes > qui en grec signifie tort y dommage , les insectes auxquels on Ta appliqué. Ce sont des animaux qui fuient la lumière. Leur corps est très plat; leurs antennes longues, en soie; leurs pattes grêles à cinq articles aux tarses , à hanches aplaties ; aussi on les a nommés Omalopodes. Ils courent avec une vitesse extrême , et s’introduisent dans les habitations pour y dévorer le pain, le sucre, la viande, les souliers. L’espèce la plus commune en France est celle qui paroi t originaire de l’Orient; la glus grosse se trouve en Amérique , mais on l’apporte souvent en France sur les vaisseaux; on la nomme ravet , cancrelat ou kakkcrlac. Lés femelles pondent un ou deux œufs très gros, sur la longueur desquels on voit une ligne saillante. Quoiqu’il y ait en France près de dix espèces différentes de ce genre, elles sont peu connues , parce qu’elles vivent dans les bois, et ne sortent guère que la nuit.

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