CHAPITRE XYIII
Des Poissons , ou de la quatrième classe des animaux .
Les Poissons sont des animaux vertébrés, à sang rouge et à température variable, à circulation simple, qui vivent essentiellement dans l’eau, où ils respirent par des branchies, et qui se meuvent ordinairement à l’aide du tronc et des nageoires, c’est-à-dire d’organes membraneux qui peuvent se plier et s’étendre en lames minces, et qui sont soutenus par des arêtes osseuses ou cartilagineuses. Nous avons exposé ailleurs (675 ) leurs caractères essentiels, que nous allons développer dans les généralités qui suivent.
On nomme Ichthyologik la connoissance des poissons. Cette branche de l’histoire naturelle traite des formes, de l’organisation , et indique les qualités et les propriétés remarquables des genres et ùca espèces de cette classe d’animaux, qu’elle apprend en outre à distinguer les uns des autres, en même temps qu’elle étudie leurs mœurs et leurs habitudes.
Les poissons , vivant dans un milieu ou dans un fluide presque aussi pesant que leur corps, peuvent cependant s’y mouvoir et y respirer; mais les organes propres à remplir ces fonctions ont dû être modifiés par ce séjour, ainsi que ceux de la nutrition , de la sensibilité et de la génération.
La forme générale du corps des poissons (Pl. 1, fig. 1 ) est telle que leurs mouvemens dans l’eau s’exécutent avec la plus grande facilité. Le plus souvent ils sont allongés, plus gros au
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milieu qu’aux extrémités; leur tète, ordinairement comprimée, est très peu mobile sur l’échine, dont les vertèbres, jointes à l’aide de cartilages coniques par leur partie moyenne, se fléchissent principalement de droite à gauche; ils n’ont jamais de cou , et leur ventre vient immédiatement après la tète; leur queue est toujours allongée : elle se confond , à son origine, avec le reste du tronc le plus ordinairement, et se termine par une nageoire verticale (s) qui peut s’étaler et se plier comme un éventail. Leurs membres sont remplacés par des nageoires («,/?), qui manquent quelquefois, mais dont les unes peuvent être regardées comme les analogues des pieds de devant; aussi les nomme -t- on thoraciques ou pectorales (n, o ) ; les autres nageoires paroissent tenir lieu des membres de derrière; on les appelle ventrales ou abdominales , ou, en un seul mot , catopes , nom qui signifie pieds de dessous. Celles-ci manquent plus souvent que les premières, et varient beaucoup pour la situation. Il y a en outre souvent des nageoires impaires situées sur le dos (u , t ), et au-delà de l’anus {m, r,q), du côté du ventre ou sous la queue. On les dit dorsales , anales et caudales. Les premiers rayons des doux premières sortes de nageoires impaires , sont quelquefois épineux ou pointus, et roides; les poissons qui offrent cette particularité sont dits acanthoptérygicns , ou à nageoires épineuses, et les autres, par opposition, sont appelés malacoptérygiens , ou à nageoires molles.
La plupart des poissons se portent en avant dans l’eau , à l’aide de leur queue, dont ils étendent la nageoire afin de frapper subitement le liquide et de trouver sur cette surface, qui ne fuit pas assez rapidement, un point d’appui ou une résistance qui les porte dans un sens opposé. C’est en frappant ainsi l’eau alternativement à droite et à gauche, qu’ils cheminent en avant ; ils tournent, ou changent de direction, en s’ap-
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payant plus fort ou plus rapidement d’un côté que d’un autre. Les nageoires paires ne paraissent destinées qu’à maintenir l’équilibre du corps, ou à l’empêcher de se porter plutôt à droite qu’à gauche. Cependant quelques poissons, comme les raies et les torpilles, ne nagent qu’à l’aide de ces nageoires; et la forme particulière du corps peut avoir la plus grande influence sur leurs mouvemens. (1)
La forme du corps des poissons est , à la vérité , très favorable à l’action du nager; mais la plupart ont encore la faculté de varier leur pesanteur spécifique, de se rendre à volonté plus lourds ou plus légers , à l’aide d’une vessie remplie d’air , qui est contenue dans l’intérieur de leur corps; car, lorsque resserrant leurs côtes, ils condensent l’air de cette vessie, leur volume diminue; ils deviennent, au contraire, plus lourds, relativement à l’eau, et ils s’enfoncent, quand ils dilatent leur ventre. Alors l’air moins comprimé dans la vessie la distend davantage ; le corps du poisson se gonfle, il devient ainsi plus léger, et s’élève vers la surface. Cette vessie , qu’on nomme natatoire , se trouve constamment placée du côté du dos , lorsqu’elle existe : elle est composée de deux poches dans les carpes; elle communique souvent avec les intestins, surtout chez les poissons d’eau douce ou fluviatiles.
Quoique les poissons aient la tête très grosse , leur crâne n’en constitue qu’une très petite partie ; le cerveau qu’il renferme a très peu de volume , il est enveloppé par une humeur gélatineuse , et formé de plusieurs ganglions ou renflemens rapprochés , et situés les uns à la file des autres ; on n’y remarque
(1) Les fig. 7, 8, 9, 10, it, iu, i3, 14 et i5 offrent les coupes verticales du corps des poissons.
pas de cervelet, ou du moins le dernier ganglion n’offre point, dans sa coupe, cette disposition de couleurs grise et blanche qu’on nomme arbre de vie. On trouve le long de leur corps un nerf superficiel caché presque immédiatement au-dessous de la peau le long d’une ligne , qui s’étend de la tête à la queue et qu’on nomme latérale (Pl. i, fig. i, ky l). La sensibilité paroît être foible dans presque tous les poissons., quoique plusieurs manifestent et conservent encore une excessive irritabilité, après qu’ils ont été coupés en morceaux, comme on le remarque dans les tronçons d’anguille.
En général , les yeux des poissons sont gros , relativement à leur volume ; jamais ils n’ont de paupières. Le globe de leur œil est plane extérieurement, et l’iris présente des couleurs métalliques. On trouve au-dedans une petite sphère transparente, solide, c’est le cristallin. La pupille , ou l’ouverture par laquelle la lumière pénètre dans l’œil, varie beaucoup pour la forme. Dans la plupart des espèces dont les yeux sont verticaux , on voit une disposition singulière de cet orifice pupillaire, qui présente des lambeaux de l'iria disposée on pnlmettes, dont les branches se dilatent ou se rétrécissent pour affoiblir ou augmenter la quantité de lumière qui doit pénétrer dans l’œil , et y peindre l’image des corps.
Il n’y a pas de doute que les poissons entendent, quoiqu’il n’existe chez aucun ni orifice extérieur, ni cornets propres à recueillir les sons. Il est probable que les vibrations ou les ébranlemens de l’eau leur communiquent une sensation analogue à celle du son. On trouve en effet dans l’intérieur de leur crâne des parties que l’on suppose, par analogie, être destinées à cette fonction, tels sont les canaux semi-circulaires, et des petites masses plus ou moins solides , quelquefois pierreuses , qu’on a comparées aux osselets de l’ouïe. L’organe du goût est
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peu développé : on a même pensé que , si les poissons jouissoient de la perception des saveurs, ce n’étoit pas dans leur bouche que cette faculté résidoit; car ils n’ont pas de salive; leur langue n’est jamais bien mobile ; elle n’est guère charnue; souvent elle est hérissée de pointes et soutenue par un os qui réunit les branchies, et la plupart avalent leurs alimens sans les mâcher ; quoique plusieurs aient dans les environs de la bouche des palpes ou des barbillons allongés (Pî. i, fig. i, b9 b), qu’on a supposé être destinés à percevoir les saveurs : on les voit bien dans les carpes, les goujons, les surmulets, les silures et beaucoup d’autres.
Chez presque tous les poissons , on observe sur le museau , en avant des yeux, de petites cavités dans l’intérieur desquelles sont disposées des lames en forme de rayons. Souvent ces cavités sont divisées en deux loges, et quelquefois, comme dans la lamproie, les deux narines sont réunies en une seule. On a cru que l’organe de l’odorat résidoit dans çette partie du corps; cependant il est présumable qu’il n’y a point d’odeurs sous forme liquide, qu’elles ne prennent cette qualité qu’en sc changeant en fluide élastique , et que par conséquent ces narines doivent donner aux poissons une sensation analogue , ou toutà-fait semblable à celle des saveurs, en les avertissant de la présence des molécules particulières que les substances, dont ils doivent faire leur nourriture , laissent dissoudre par.l’eau.
Quant au toucher, il n’est guère que passif : les poissons n’ayant pas la faculté de saisir les corps, et leur température étant toujours semblable à celle du milieu dans lequel ils sont plongés. Il doit être très développé dans les espèces qui ont la peau presque nue , comme les lamproies , les anguilles et tous les alépidotes , ou ceux qui sont privés d’écailles; il est plus foible, au contraire, dans les brochets, les carpes, et beau-
coup d’autres qui ont des écailles osseuses ou cornées, placées en recouvrement les unes sur les autres; enfin il est nul dans toutes les espèces qui ont le corps enveloppé comme dans un coffre osseux.
La respiration des poissons est très différente de celle des autres animaux vertébrés : ils avalent l’eau , et paroissent en exprimer l’air qui y est dissous , de sorte que chez eux le mécanisme de la respiration est confondu avec celui de la déglutition. Cette action de l’eau aérée sur le sang, s’opère à l’aide de lames revêtues de membranes et disposées les unes à côté des autres. Ces organes, qu’on nomme branchies (Pl. 1, fig. 3, e , e , e ), sont placés des deux côtés de la tète. Tantôt ils sont couverts par une plaque osseuse, mobile, qu’on nomme opercule (Pl. 1, fig. 3 ) , le plus souvent formée de trois pièces qui sont liées entre elles , et se meuvent sur une quatrième nommée le préopercule , attaché au crâne; tandis que les deux intermédiaires sont appelées, l’une subopercule , et l’autre «'/?teropercule. Tantôt il n’y a qu’une simple membrane percée d’un ou de plusieurs trous (fig. z , l.Van avalée sort
toujours par un autre orifice que celui qui a servi d’entrée. Les poissons périssent dans l’eau privée d’air : ils meurent aussi .quand on les empêche de venir à la surface de l’eau. Voici à peu près ce qui se passe quand un poisson, comme une carpe, met en jeu ses organes de la respiration : sa bouche se porte en avant, les lèvres s’écartent; l’air entre ainsi dans la cavité qui se dilate en bas et sur les côtés : alors les lèvres se rapprochent et ferment la bouche , puis le mouvement de la déglutition tend à s’opérer. Mais aussitôt les arcs branchiaux s’écartent les uns des autres, les espaces qui forment autant de glottes, le plus ordinairement au nombre de quatre ou de cinq de chaque côté, laissent passer l’eau dans la cavité où flottent les branchies. C’est là que l’hématose s’opère et que le sang est
changé de veineux en artériel ; les muscles de la membrane branchiostége et ceux qui agissent sur les opercules , se contractent et forcent l’eau de sortir par les fentes situées de chaque côté entre le tronc et la tête. Il résulte de là que les poissons n’ont point de voix: les sons qu’ils produisent proviennent du grincement des dents ou du mouvement des lèvres.
La totalité du sang des poissons est chassée par le cœur (pi. 1, fig. 3 y a, b , et PI. 11, fig. 1, a), dans les vaisseaux des branchies (d , g-); alors c’est du sang noir, du sang veineux; mais , lorsqu’il a été mis ainsi en contact avec l’eau , il devient rouge , artériel , il passe dans d’autres vaisseaux (/) qui se réunissent successivement en plus gros troncs, lesquels se rendent dans une grosse artère (g-) : celle-ci est placée sous l’échine; elle fait l’office de cœur, sans avoir cependant de ventricule à sa base, de sorte que les poissons ont une circulation simple dans laquelle le cœur n’est chargé que de pousser le sang noir dans le poumon. Aussi ce cœur n’ a-t-il qu’un seul ventricule, une seule oreillette et une seule artère. On croit que le peu de chaleur qui développe dans cette circulation respiratoire, qui est cependant complète, dépend de la petite quantité d’air au contact duquel le sang se trouve exposé en traversant les branchies.
Les poissons en générai ne mâchent pas leurs alimens; quelques espèces ont cependant des lèvres , mais elles servent principalement à l’action de saisir les alimens et à la respiration; leur langue, comme nous l’avons dit, est osseuse, peu mobile; ils n’ont pas de salive; leurs dents présentent beaucoup de variétés; il en est qui n’en ont pas du tout, et d’autres chez lesquels les mâchoires sont si dures qu’elles forment une sorte de bec très solide : tantôt ces dents sont pointues, tranchantes, crénelées, plates; tantôt elles sont placées sur les lèvres, les
mâchoires, le palais, la langue, le gosier, ou sur plusieurs et même sur toutes ces parties en même temps. L’estomac des poissons est presque toujours simple et leur tube intestinal court, comme dans tous les animaux carnassiers; leur foie est très gros , et il n’y a qu’un cloaque ou une ouverture commune pour les résidus des alimens, l’urine et les œufs, ou pour la laite du mâle.
Les poissons pourroient être partagés en deux séries, d’après la manière dont ils produisent leurs petits. Il y a, à ce qu’il paroît, des mâles et des femelles dans toutes les espèces. Les femelles contiennent toujours des œufs à l’intérieur. Ces œufs sont rarement fécondés avant le part, ils éclosent quelquefois dans l’intérieur du corps de la mère, qui paroît être ainsi vivipare. Le plus souvent ces œufs ne sont fécondés par les mâles qui viennent les vivifier, que lorsqu’ils ont été pondus, et ils n’éclosent qu’au bout d’un temps déterminé. Les petits naissent toujours avec la forme qu’ils doivent conserver pendant toute leur vie. Ce qu’on nomme laite ou laitance est l’humeur fécondante des mâles, avec laquelle ou peut artiUciellernent vivifier des œufs extraits du corps de la mère, même après sa mort. Les poissons pondent des œufs en très grande quantité, et comme ils sont tous de même grosseur , il est facile d’évaluer par le poids, le nombre que contient leur masse , par le simple procédé de la règle des proportions arithmétiques. On a calculé qu’une tanche peut en pondre 383, ooo, un hareng 48 à 5o,ooo, et dans un très gros esturgeon pris dans la Seine, à Neuilly, on trouva 1,467,856 œufs, l’ovaire pesant en totalité 10,027 grammes ( 18 livres 4 onces); un turbot contenoit dans ses ovaires près de 1,000,000 d’œufs. On a enlevé avec succès les ovaires et les laitances aux carpes et aux brochets , pour les faire engraisser dans les viviers, et afin de rendre par cette opération leur chair plus délicate et plus agréable au goût.
On a suivi, dans l’étude de l’ichthyologie, la meme marche que pour les autres parties de l’histoire naturelle. Les poissons ont été partagés d’abord en deux grandes sections ou sousclasses , suivant que leurs organes solides , destinés au mouvement , sont flexibles et mous : on les nomme alors Cartilagineux (989) ; tous les autres ayant des arêtes solides, on les a appelés Osseux (100/+). Ensuite, comme dans ces deux sousclasses, les branchies, chez quelques espèces, sont recouvertes d’un opercule, tandis que chez d’autres il n’y a que la peau au-dessus, on en a fait deux divisions qu’on a partagées encore en deux autres. Tantôt, en effet, on voit une membrane particulière placée au-dessous de l’opercule (Pl. i? fig. 1 , h, i)j dont elle aide l’action pour exprimer l’eau, et tantôt il n’en existe pas du tout; on a donc obtenu ainsi quatre divisions successives , qui conduisent aux ordres.
La présence ou la position des catopes (974) ou des nageoires paires situées sous le ventre et au-devant de l’anus, a ensuite ^terminé le nom et le caractère des ordres qu’on pouvoit établir d’après cette considération. Ainsi il y a des poissons qui n’ont point de nageoires sous le ventre; on les a nommés apodes : d’autres ont ces nageoires placées sous le cou, au-dessous des branchies, en avant des pectorales, ils sont appelés jugulaires : il en est enfin dont les nageoires sont situées un peu plus en arrière des pectorales; on les dit thoraciques 1 enfin , on nomme abdominaux les poissons dont les nageoires ventrales sont placées plus près de l’anus que des pectorales. Chaque sous-division est ainsi composée de quatre ordres. On a formé, à la vérité, plusieurs ordres auxquels aucun poisson n’a pu être encore rapporté: mais il pourra se faire qu’on en connoisse par la suite. Tel est le système que l’on a établi pour l’étude des poissons. Comme ces êtres ne sont
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point encore suffisamment connus, il a été impossible de les disposer d’après une méthode tout-à-fait naturelle.
Voici cependant celle que M. Lacépède a proposée, et à laquelle nous avons seulement ajouté des noms pour les ordres et les familles.
PREMIÈRE SOUS-CLASSE, poissons cartilagineux.
La première sous-classe des poissons comprend tous ceux dont l’échine est composée de parties flexibles, élastiques, beaucoup plus molles que les os qu’elles remplacent. C’est ce qu’on désigne , avons-nous dit, sous le nom de cartilages ; et par suite les poissons ainsi organisés sont appelés Cartilagineux. La plupart de ces espèces pondent des œufs fécondés à l’intérieur, quelques unes même gardent ces œufs jusqu’à ce que les petits s’y soient développés; de sorte qu’en apparence ils passeroient pour vivipares, quoique réellement il n’y ait que les mammifères dans ce cas. Dans un très petit nombre seulement, le corps est recouvert d’écailles proprement dites, ou de petites lames de corne placées en recouvrement les unes sur les
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autres : leurs dents sont très rarement enchâssées dans les os; souvent elles sont disposées par plaques au-dessus de la peau des lèvres. Leur ventre est rarement protégé par de longues arêtes en forme de côtes.
Nous avons déjà vu que la situation des branchies , ou des poumons lamelleux des poissons , permettoit de les ranger dans deux grandes divisions; car dans les uns elles sont recouvertes d’un opercule osseux qu’on ne retrouve pas dans les autres ; ensuite il est des espèces qui ont une membrane commune réunissant les deux ouvertures branchiales en dessous , tandis qu’on n’en observe pas chez d’autres. On parvient enfin à la détermination des familles d’après l’examen de la position ou l’absence totale des nageoires du ventre.
U n’y a que deux familles dans le premier ordre , celui des Tréma tofnÉs, qui n’ont ni opercules, ni rayons dans le membrane qui recouvre leurs branchies , renfermées dans des sortes rU poches musculeuses fixes, dont l’eau sort par des trous arrondis. Souvent ils ont des ouvertures particulières, nommées évens , par lesquelles arrive l’eau qui doit servir à la respiration. Les uns ont la bouche arrondie, au bout d’un museau : on les nomme Cyclostomes ; chez d’autres elle est située transversalement en dessous, et on les appelle Plagiostomes. Les premiers ont le corps cylindrique, nu, visqueux, sans nageoires latérales; ce sont les lamproies , les ammocètes , les epiatrèmes et les gastrobranches ou myxines. La forme du corps varie beaucoup dans les autres; ils ont toujours des nageoires latérales très développées, surtout les pectorales; leurs catopes sont rapprochés, unis entre eux, ils entourent l’ouverture du cloaque: tels sont les raies , les squales et quelques autres genres analogues.
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Les lamproies ou pétromyzons sont ainsi nommées, parce qu’elles s’accrochent aux pierres à l’aide de leur bouche , qui fait l’office d’une ventouse : elles ont la peau du cou percée de sept trous, par lesquels sort l’eau qui a servi à la respiration. Plusieurs vivent dans les mers, et ne remontent les fleuves qu’à certaines époques. Elles se nourrissent de poissons morts ou d’autres animaux dont elles sucent le sang. Elles nagent mal et avancent dans le fond des rivières en s’accrochant avec la bouche. Leur chair est estimée ; on en connoît huit ou dix espèces. Les gasùvbranches ont à peu près les mêmes mœurs que les sangsues; on ne voit pas leurs yeux, et elles n’ont pour les branchies que deux ouvertures placées sous le ventre.
Les ont le corps plat, et l’ouverture des branchies en dessous. On les a partagées en sept à huit genres, sous le nom commun d diypotrèmes ; tels sont les raies , les pastenagues , les torpilles , les myliobates , les ccphaloptères , les rhines , les rhinobates , les scies. Les squales sont arrondis, et leurs trous branchiaux se voient jui le Ipç, a nommés, à cause de
cela , plcurotrèmes ; tels sont les roussettes , les requins , les lamies, les milandres , les émissoles , les humantins , les lèches , les squatines et beaucoup d’autres. Tous ces poissons ont de larges nageoires pectorales soutenues par des rayons articulés. Ces nageoires, dans quelques espèces, sont dix fois plus volumineuses que le reste du corps.
Les raies ont une bouche large., garnie d’un grand nombre de dents placées à côté les unes des autres, et dont la forme varie beaucoup. Leurs yeux sont munis d’une sorte de paupière. Us s’accouplent réellement: les œufs qu’on trouve dans leur corps, ou dans la mer après la ponte, sont de forme allongée, carrée, terminés aux quatre angles par de longs fila-
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rgo
mens cornés, de meme nature que l’enveloppe générale : on désigne vulgairement ces œufs sous le nom impropre de coussinets ou de souris cle mer . On trouve les raies dans toutes les
mers: on en a vu du poids de plus de dix myriagrammes ; elles vivent de crabes, de coquillages et d’autres poissons. Leurs larges nageoires leur donnent la facilité de se mouvoir, le corps à plat, avec une vitesse extrême. Plusieurs paroissent avoir la faculté d’étourdir les poissons, par une sorte de commotion électrique, afin de pouvoir s’en emparer plus facilement; telle est, entre autres, l’espèce appelée torpille . Les raies sont un fort bon manger, surtout quand elles sont mortes depuis plusieurs jours.
La torpille , qu’on nomme aussi dans certains ports de mer trémoise ou dormilliouse , a le corps presque arrondi ou ovalaire, et la queue grosse , très courte. On la trouve principalement dans la Méditerranée et dans le golfe Persique. Sa grosseur varie beaucoup. Il en est qui pèsent plus de deux myriagrammes. La torpille est lente, se cache dans la vase pour épier les poissons, i-oa engourdir lorsqu ils viennent a passer à quelque distance. L’espèce d’appareil électrique, à l’aide duquel le poisson produit cet effet, est situé aux environs des branchies, et enveloppé dans une forte membrane : c’est une agglomération de tuyaux plus ou moins anguleux , au nombre de plus de deux mille quatre cents, placés verticalement les uns à côté des autres. On ignore encore comment cet effet est produit, quoiqu’on se soit à peu près assuré qu’il dépend de l’électricité, et que le fluide qu’il produit est de la même nature.
C’est parmi les squales que se rencontrent les plus gros poissons connus; car on en a observé du poids de deux cents myriagrammes. On leur donne ordinairement les noms de chiens
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de mer, de requins ; leur corps arrondi et terminé par une queue dont la grosseur diminue insensiblement, peut servir à les distinguer des raies, qui ont toujours la queue très grêle. La plupart ont la peau rude , comme osseuse ; on s’en sert dans les arts pour polir les ouvrages de menuiserie et de tour; usée, polie et colorée, elle forme le chagrin et le galuchat dont on revêt les boîtes et les gaines. Presque tous ces poissons vivent dans les profondeurs des mers ; ils ne viennent à la surface et près des côtes que pour chasser. On a donné le nom de marteau à une espèce dont la tête fort large et portée en travers sur le corps , représente en effet une sorte de marteau. Un autre squale qu’on observe dans presque toutes les mers , est remarquable par un museau plat, denté sur les côtés; on le nomme espadon, nivelle ou poisson-scie : sur un individu de quatre mètres de longueur, cette arme porte près de neuf décimètres. Les aodons sont , dit-on , des espèces de squales sans dents.
Quatre genres principaux de poissons, dont un seul est connu en Fiance, appai tiennent « la seconde sous-division, celle des Cuismopnés, qui n’ont pas d’opercules aux branchies, mais des membranes dont l’ouverture forme une simple fente sur les côtés du cou. Tous ont quatre nageoires paires; on les distingue d’après la position des catopes. Les lophies , les mal thées ou trachodcs , et les baudroies les ont sous la gorge; les balistes , qu’on a subdivisés en monacanthes et en alutères , les ont souvent réunies en une seule sous les pectorales, et les chimères près de l’anus , sous le ventre. Les lophies ont le corps nu, aplati sur les côtés , la bouche très fendue et garnie de barbillons allongés , à l’aide desquels on dit qu’elles pêchent les petits poissons comme à la ligne. Cette disposition est surtout très remarquable dans une espèce voisine de ce genre, mais dont le corps est très plat et qu’on nomme baudroie. On la désigne
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aussi sous les noms impropres de raie-pécheresse , de galanga , de diable de mer , de crapaud-pécheur . Les balistes ont la peau couverte d’aspérités et divisée par petits compartimens anguleux; leur bouche est petite, garnie de dents larges , semblables aux incisives, et le plus souvent au nombre de huit. Ces poissons se trouvent principalement dans les mers des pays chauds. Les deux seules espèces connues jusqu’ici dans le genre chimère 9 n’ont encore été rencontrées que dans les mers situées vers les deux pôles du nord et du sud. Ce sont des poissons qui ont beaucoup de rapports avec les squales, surtout par le mode de leur reproduction.
On ne connoît que trois genres de poissons dont les branchies, couvertes d’un opercule, n’offrent pas de membranes branchiales, et qui appartiennent par conséquent à l’ordre des ÉletjthÉrotomes. Ce sont i°. les polyodons , dont on n’a décrit qu’une seule espèce; c’est un poisson pêché dans le Mississipi, remarquable par son museau prolongé en forme d’une large feuille à nervure «dHames , qui se rapproche un peu des squales , dont il diffère d’ailleurs par ses branchies et par la présence d’une vessie natatoire très grande ; i°. les pégases ; 3°. les esturgeons , autrement dits acipensères , qui n’ont point de dents du tout. Ces derniers sont très recherchés comme ali— mens; ils vivent dans les mers, mais ils remontent les fleuves au printemps pour y pondre; ils sont très féconds. On prépare avec leurs œufs marinés , un aliment très recherché dans plusieurs pays sous le nom de cavial ou de caviar. La vessie natatoire séchée et roulée, se vend dans le commerce sous le nom de colle de poisson ou d ’ichthyocolle ; elle est employée dans beaucoup d’arts. Les pégases sont de petites espèces voisines du genre précédent, dont le corps est aussi protégé par des écussons osseux, dont tes nageoires ventrales sont rempla-
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cées par des filamens, tandis que les pectorales sont larges et toujours étalées en éventail.
Les poissons cartilagineux du quatrième ordre , ou les Téléobranches, sont les plus nombreux. Tous, à la vérité, ont les branchies cachées par un couvercle et par une membrane; rrçais ils diffèrent beaucoup entre eux par la présence et la situation des nageoires ventrales : ainsi il en est qui en sont absolument privés, et dont la peau est en général parsemée de grains osseux; on les nomme ostéodermes : d’autres ont les nageoires du ventre ordinairement soudées et situées Sous les thoraciques; ils sont appelés plécoptères .' enfin il en est quelques uns dont les nageoires ventrales sont situées un peu en avant de l’anus, et dont le museau est ordinairement prolongé, ce qui les a fait désigner sous le nom d’ aphyostomès.
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On a divisé la famille des Ostéodermes en six genres, dont presque toutes les espèces ne se rencontrent que dans les mers des pays chauds. Il en est qui ont des nageoires impaires, et d’autres qui en sont privés. Parmi les premiers, sont placés les syngnathes , qui n’ont point de dents (iooj*) : tous les autres en ont tantôt plus de six , comme les ostracions ou coffres ; tantôt quatre, comme les tétraoddns ; quelquefois deux, comme les diodons. On a aussi placé dans cette famille un genre de poisson très singulier, dont le corps est très comprimé et comme tronqué ; on Ta nommé mole ou céphale.
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On a appelé coffres ou ostracions , des poissons dont le corps recouvert par une peau osseuse y est renfermé comme dans une coquille. Cette sorte de croûte est elle-même composée de plaques polygones ; elle donne à la totalité du corps du poisson une forme triangulaire, quadrangulairc, pentagonale, qui constitue une sorte de cuirasse percée de quelques ouvertures,
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seulement pour laisser se mouvoir les nageoires de la queue et de la poitrine : leur bouche est très petite, munie de dix à douze dents coniques. Presque tous se rencontrent dans les mers du sud , ils vivent de mollusques et de crustacés. On mange la chair de plusieurs aux Indes et en Amérique. Les tétraodons n’ont que quatre dents , ou plutôt leurs mâchoires sont à nu , et souvent recouvertes d’une sorte d’émail; ils ont la faculté de se gonfler et de changer considérablement de volume; ce qui les a fait appeler boursouflas . Les diodons , dont les deux mâchoires osseuses, nues, sont formées d’une seule pièce, ont le corps couvert de piquans; aussi les appelle-t-on hérissons de mer. Les céphales , qu’on a encore appelés poissons lunes , ont les nageoires du dos et de l'anus très développées, tandis que toute la queue est comme tronqué* et représentée par une membrane ; leur bouche ressemble à celle des diodons et des tétraodons.
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Les syngnathes forment une sorte de petite famille remarquable par la disposition et la structure des branchies qui , au lieu d’être aplaties en lames, constituent des sortes de grappes, de houppes ou de granulations ; l’opercule est retenu par une sorte de membrane qui ne laisse qu’une très petite ouverture libre. L’eau arrive dans ces branchies par deux éveils disposés en soupape. M. Cuvier les a désignés dans ces derniers temps sous le nom de lophobranches ; ce sont de très petits poissons allongés, dont le corps est couvert d’une cuirasse osseuse, anguleuse, formée de plusieurs pièces; ils se nourrissent principalement de vermisseaux , d’œufs de poissons. Comme les crustacés , ils portent leurs œufs dans une fente sous la queue. On en trouve plusieurs dans nos mers. Nos pécheurs ne les prennent point, parce qu’on ne les sert pas sur les tables. L’une des espèces a été nommée cheval- marin > ou plutôt cheval -
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chenille, hippocampe , et d’autres aiguille de mer, tuyau de pipe , etc.
U y a très peu de poissons connus dans la famille des Plégoptères : on ne peut citer que les cycloptères el les lépadogastères. Les premiers ont aussi reçu le nom de lampes. On les trouve dans la mer, où ils se nourrissent de petits animaux. O11 a compté dans une femelle 207,700 œufs : on prétend que les nageoires ventrales, disposées en forme de disque, servent à l’animal comme d’une sorte de ventouse, qui le fait adhérer aux rochers , aux vaisseaux et même au corps des autres poissons , surtout sur la peau des squales.
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Les poissons à branchies operculées sans membranes, et à nageoires abdominales , que l’on désigne sous le nom ü’Aphyostomes, sont presque tous des mers de la Chine et des Indes. Les uns, qu’on nomme macrorhinqaes , ont des dents, et leur corps est couvert de grandes écailles osseuses. Ceux qui n’ont pas de dents, et dont le corps est très comprimé, sont nommés centrisques et solénostomes. On en trouve une petite espèce dans la Méditerranée ; elle est désignée sous le nom de soufflet. Elle se vend à Rome dans les marchés; sa chair est estimée. Ces deux derniers genres ont des écailles entoilées et paroissent encore, par d’autres caractères, s’éloigner des cartilagineux.
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SECONDE SOUS-CLASSE, poissons osseux.
On comprend dans la seconde sous-classe des poissons, toutes les espèces dont les vertèbres non flexibles sont vraiment osseuses; c’est le seul caractère qu’on ait pu leur assigner. Nous avons vu (988) qu’on les a subdivisés à peu près de la même manière que les poissons cartilagineux, d’après la présence ou l’absence de l’opercule et de la membrane des
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branchies. L’existence et la position des nageoires ventrales ont ensuite servi à constituer les ordres.
Les poissons osseux , operculés et à membrane branchiale , ou en un seul mot les Holobranches , ont été rangés dans quatre sous-ordres. Les uns sont apodes (1006) ou n’ont point de nageoires ventrales ; tous les autres ont des nageoires ventrales, tantôt situées sous la gorge, et ils sont dits jugulaires (1009); tantôt placées sous les pectorales, ce sont les thoraciques (ioii) : enfin il en est dont les nageoires sont placées un peu au-devant de l’anus, et qu’on appelle abdominaux (1028). Chacun de ces sous-ordres se subdivise ensuite en familles qui comprennent plusieurs genres.
Les holobranches apodes, quoique n’ayant pas de catopes ou de nageoires ventrales , peuvent tantôt manquer des autres, soit complètement, soit en partie; 011 les nomme alors Péroptères, tels sont les gymnotes , les leptocéphales , etc., etc. : tantôt ils ont toutes les autres nageoires impaires, et on les appelle Pantoptères. On range dans cette dernière famille les murènes , les ammodytes , les ophidies , les anarrhiques , etc.
Le nom de gymnote , ou mieux de gymnonote , indique d’avance que l’animal ainsi appelé n’a point de nageoires sur le dos : sa lèvre supérieure porte deux barbillons. Il ressemble un peu aux anguilles ; on n’a encore rencontré ces poissons que dans les fleuves des pays chauds. L’une des espèces, qu’on trouve à Surinam , est surtout remarquable par la faculté qu’elle a de produire un engourdissement subit dans le bras de celui qui la touche; commotion analogue à celle que fait ressentir la torpille. On désigne ce poisson sous les noms de trembleur ou d’ anguille électrique.
Les murènes ou anguilles ont toutes les nageoires impaires
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réunies; leur corps est arrondi, visqueux; leur peau, tort coriace, n’est recouverte que de très petites écailles. Il y a beaucoup d’espèces dans ce .genre; leur couleur varie suivant le tond des rivières; plusieurs vivent dans la mer; elles ne sortent des trous qu’elles se pratiquent dans la vase, que pendant la nuit; elles se nourrissent de vers. Plusieurs font leurs petits vivans ; leur c^iair est très estimée. On emploie la peau de ces poissons comme liens solides dans plusieurs arts. Le congre est une grosse espèce d’anguille de mer. On désigne sous le nom d’ ammodyte ou de lançon un petit poisson que les pêcheurs emploient pour amorcer les hameçons avec lesquels ils prennent les maquereaux. On le reconnoît à sa mâchoire inférieure, allongée, pointue. On le trouve ordinairement caché sous le sable des rivages de la mer, roulé en spirale sur luimême; il se nourrit de vers marins.
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Il n’y a qu’une seule famille dans le sous-ordre des hoîobranches jugulaires; mais elle comprend une douzaine de genres, réunis sous le nom d’AucHÉNOPTÈRES. Les uns ont le corps ovale, très comprimé; tels sont les chrysostromes et les fautes , qui sont encore peu connus : les autres ont le corps allongé. Tantôt les trous des branchies sont sur 3a nuque comme dans les callionymes ; tantôt sur les côtés du cou: soit avec les yeux verticaux, comme dans les uranoscopes et les batrachoïdes ; soit avec les yeux latéraux, comme dans les gades , les vives , les calliomores , etc.
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Le nom d diranoscope signifie qui regarde le ciel; on l’a donné à un poisson dont la tète est grosse, comme coupée carrément, la bouche oblique; les yeux très rapprochés sont placés sur le sommet de la tête. L’espèce la plus commune ne se rencontre guère que dans les eaux delà Méditerranée; elle se nourrit de petits poissons et d’insectes aquatiques. On l’ap-
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pelle raspeçon et tapeçon dans quelques ports du midi de la France.
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On nomme vives ou trachincs des poissons un peu comprimés, dont l’ouverture de la bouche est oblique , les yeux élevés très rapprochés, l’anus près des nageoires pectorales, et qui ont le bord de l’opercule muni d’un fort aiguillon. On en trouve fort communément une espèce dans l’Océan. Sa chair est très estimée. La première nageoire dorsale est armée de rayons tranchans dentelés en scie, avec lesquels l’animal produit des blessures dangereuses, même quand il est mort; aussi les pêcheurs sont-ils dans l’usage de couper ou d’arracher cette nageoire avant de livrer ce poisson au commerce; de sorte que presque tous les individus de ce genre, qu’on rencontre dans les marchés, sont ainsi mutilés.
Les poissons qu’on nomme gades ont le corps couvert d’écailles lisses : on observe plusieurs nageoires sur leur dos et sous leur queue ; celles delà poitrine sont allongées en pointe. Les principales espèces de ce genre sont les morues , qu’on trouve dans les mers d’Europe et d’Amérique. Elles vivent en troupes innombrables, principalement dans les parages dont le fond est garni de beaucoup de sable. Leur chair est très estimée. Des vaisseaux sont armés uniquement pour aller à la pêche de ces poissons. C’est principalement en Hollande qu’on se livre à cette sorte de négoce. Les meilleures morues viennent du banc de Terre-Neuve et des environs de Labrador. Leur tête fait en volume près du tiers de la grosseur du corps,
que l’on désigne sous le nom de queue. On a calculé qu’une # '
seule femelle pouvoit pondre 3,444>ooo œufs. Les morues se nourrissent de seiches , de crabes et d’autres animaux. Elles rejettent par le vomissement les parties trop solides pour être digérées. Les merlans ressemblent aux morues; mais ils n’ont
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ni barbillons ni taches sur le corps. On a rangé dans le même genre des gades , la lote ou barbote , poisson d’eau douce qui n’a que deux nageoires sur le dos. Cet animal, qui recherche les eaux vives, est un manger très délicat. On a rapproché des gades, les blennies ou baveuses qui n’ont que deux ou quatre rayons au plus dans Tépaisseur de leurs catopes; qui vivent sur les bords de la mer, et dont le corps est enduit d’une viscosité glaireuse et abondante : mucosité qui a servi à les désigner.
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Les poissons osseux à branchies complètes, nommés thoraciques, ou à nageoires ventrales situées au-dessous des pectorales, sont en très grand nombre. Us réunissent seuls plus d’espèces que les sept autres ordres pris ensemble ; aussi est-il très-difficile de se reconnoître dans leur étude. Les uns ont le corps très mince, en forme de lame (Pl. i, fig. io); ils nagent en serpentant ; tels sont les leptosomes (1026) , qui ont le corps presque aussi haut que large , et les yeux latéraux ; les hétérosomes (1024), qui, semblables aux premiers, ont les yeux situés d’un même coté; les pétalosomes (1014), dont le corps est extrêmement allongé. Tous les autres ont le corps épais: tantôt il est arrondi en fuseau, comme dans les atracto s ornes (loi 6 ) ; ou en cylindre ( Pl. 1, fig. 7 ) , comme dans les gongylosomes ( 1 o 1 5) : tantôt il est comprimé (PI. 1, fig. 8), i°. avec des rayons isolés aux pectorales, comme dans les dactyles (1023); 2°. avec une nageoire du dos très longue: tels sont les lophionotes (1021); 3°. avec la tète très grosse, comme les céphalotes (1022) ; 4°. avec les mâchoires saillantes, osseuses, et on les dit ostéostomes (1021); 5°. avec les lèvres charnues et les opercules épineux ou dentelés, on les nomme acanthopomes (io25); ou enfin avec les opercules lisses, tels que les léiopomes (1019).
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Les Pétalosomes, dont le corps ressemble à une bandelette
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et dont plusieurs espèces ont été encore appelées, à cause de cela, rubans de mer , ont tantôt la bouche munie de barbillons, comme les bostrichtes et quelques autres genres étrangers; tantôt sans barbillons, comme sont, iQ. les lépidopes , ainsi nommés , parce que leurs nageoires ventrales sont remplacées par des écailles; 2°. les cépoles , qui ont beaucoup de rayons aux nageoires ventrales; et enfin les gymnétres , privés de la nageoire de l’anus , et dont les deux rayons des nageoires ventrales sont excessivement grêles et allongés.
Les Goxgylosomes ont le corps allongé , arrondi , ainsi que leur nom l’indique. Les uns ayant les nageoires réunies , n’ont tantôt qu’une nageoire sur le dos, comme les gobies ; tantôt comme les gobioïdes , ils en ont deux. On prétend qu’ils font le vide avec leur nageoire ventrale unique, disposée en ventouse. D’autres ont la paire de nageoires inférieures libre; tels sont les échénéides , qu’on a encore nommés rémoras ou arréte-nefs , et qui ont le sommet de la tête couvert d’une plaque ovale, sillonnée en travers, garnie de petits crochets, à l’aide desquels ils s’appliquent sur les corps qui voguent dans la mer ; on s’en sert dans les Indes pour aller à la pêche des tortues et autres animaux marins. Tels sont encore les gobiomores , qui ressemblent aux gobies, poissons de la famille précédente; mais leurs nageoires sont libres.
La famille des Atractosomes est très nombreuse en genres et en espèces. Les uns ont de fausses nageoires entre celles du dos et de la queue et entre celle-ci et l’anale ; tels sont les scombres , les trachinotes , etc. : d’autres n’en ont pas, et tantôt leur nageoire dorsale est simple ou unique , comme dans les gastérostées , les centronôtes , les cœsions , etc. ; tantôt cette nageoire est double, comme dans les caranx , les istiophores , etc.
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Le corps lisse, agréablement coloré, et le grand nombre de petites nageoires placées au-dessus de la queue des scombres ,
les fait bientôt distinguer des autres poissons thoraciques, qui
3, rarement ont , comme eux, la queue garnie de Fun et de l’autre côté d’une arête ou ligne saillante. Les deux espèces principales de ce genre sont le maquereau et le thon. Le premier a cinq fausses nageoires sur le dos : il vit en troupes innombrables et se rencontre dans toutes les mers : il approche des côtes au printemps, à l’époque delà ponte. U est extrêmement vorace. Son corps est brun, ondulé de bleu en dessus, d’un blanc argenté en dessous; il est phosphorescent pendant la nuit. Sa chair délicate le fait rechercher et servir sur les meilleures tables. Le thon a huit fausses nageoires ; il est beaucoup plus gros que le maquereau. On en a vu de près de trois mètres de long; mais le plus généralement ces poissons n’ont que trois à six décimètres : ils sont très voraces , ils voyagent par bataillons carrés. On en fait une très grande pêche , surtout dans la Méditerranée et dans les parages de Venise. On les sale pour les envoyer dans toute l’Europe, où leur chair délicate est fort recherchée.
C’est parmi les gastérostées , dont le nom signifie ventre osseux, que l’on peut observer les plus petits poissons de l’Europe. Us ressemblent en miniature aux maquereaux pour la forme; mais ils ont des épines sur le dos et une pièce osseuse entre les deux nageoires inférieures, qui sont en outre armées d’un aiguillon que ces animaux peuvent redresser et rendre inamovible à volonté ; ce qui leur a fait donner aussi le nom à'épinoches. Plusieurs espèces vivent dans les eaux douces : elles sont extrêmement voraces; elles avalent des vers presque aussi gros que leur corps, et la digestion se fait dans leur oesophage. U en est qui n’ont que deux centimètres de long, sur trois millimètres
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de largeur au milieu du corps, et dans lesquels on observe cependant des œufs prêts à être pondus.
On ne trouve guère que dans les mers des pays chauds les poissons qui composent la famille des Léiopomes, nom qui signifie opercules lisses ou sans épines, à laquelle on rapporte
les genres que les anciens auteurs nommoient labre et spare. Les uns , comme ceux de ce dernier genre , les diptérodons et les mulets , ont deux rangées de dents; les autres, comme les labres , les trichopodes , les osphromènes , etc., etc. , n’ont qu’un seul rang de dents aux mâchoires.
Le corps et la tête des mulets ou mules sont recouverts de grandes écailles lâches, peu adhérentes; l’opercule de leurs branchies est formé de trois pièces , et leur corps est presque cylindrique. On a rangé dans ce genre le rouget, si estimé chez les Romains, qu’on le vendait au poids de l’argent; son corps est du plus bel écarlate pendant la vie. On le pêche dans l’Océan , à l’embouchure de la Garonne et de la Dordogne. On y trouve aussi le surmulet ou barberin, qui a quatre lignes dorées de chaque côté. On observe des labres dans toutes les mers; c’est un genre très nombreux; il y en a plus de centcinquante espèces décrites dans les auteurs. Tous n’ont qu’une nageoire du dos ; mais celle de la queue est tantôt entière (Pl. i, fig. 5,6), arrondie ou tronquée, et tantôt échancrée (fig. 4)*
Il n’y a que trois genres de poissons compris dans la famille des Ostéostomes ou à mâchoires dont les os sont tout-à-fait nus; savoir, les ostorhinques , qui ont deux nageoires dorsales , et les scarcs , ainsi que les léiagnathes , qui n’en ont qu’une. Tous se nourrissent de crustacés et de mollusques, et non