‹ Elémens des sciences naturelles (volume 3)Chapitre 32 sur 41 · II · texte numérisé non relu

II

On a partagé l’ordre des rapaces en trois familles, qui se reconnoissent facilement à des caractères extérieurs. Ainsi les uns ont la base du bec couverte de soies roides (PL 1 , fig. 4 ), et les yeux très grands dirigés en avant : ils volent principalement la nuit; on les nomme nyctérins : les autres ont les yeux placés de côté, et le plus souvent la base de leur bec est couverte d’une peau nue et colorée (PL 1, fig. 1 et 1 ). Ces derniers composent deux familles : la première comprend , sous le nom de nudicoles , des espèces qui ont la tête et une partie du cou presque à nu, ou couvertes d’un duvet très fin semblable à des poils, et qui se nourrissent principalement de cadavres; on a appelé phimicoles tous les autres rapaces dont la tète et le cou sont couverts de plumes, et qui se nourris-

sent de la chair des animaux qu’ils attaquent et qu’ils dévorent aussitôt.

On partage facilement en trois grands genres l’ordre des Pujmicoles. Les uns, qu’on nomme gypaètes ou griffons , ont, sous la mâchoire inférieure, des poils roides ou une sorte de barbe, formée par des plumes très étroites. Ce sont de très gros oiseaux, dont on a vu plusieurs fois une espèce sur le sommet des Alpes : on l’appelle en allemand laemmer-geycr (vautour des agneaux); d’autres ont la queue très longue, étagée, ou formée de pennes qui diminuent successivement de longueur. Us ont une huppe derrière le cou, et ce sont les

seuls oiseaux de cet ordre dont les tarses soient très allongés :

on les nomme messagers ou secrétaires , Us habitent en Afrique, se nourrissent principalement, de serpens et de reptiles. Tous les autres oiseaux de cette famille sont appelés faucons.

Le genre de faucons comprend un grand nombre d’espèces, qu’il est fort difficile de distinguer entre elles; cependant on a donné le nom de faucons proprement dits, à celles qui ont la, première penne de l’aile plus longue que les autres, et dont le bec supérieur est échancré de chaque côté (Pi. 1 , fig. 2); tels sont le gerfaut, le hobereau, Yémérillon, la cresserellc : tous les autres sous-genres ont la première penne plus courte. On nomme aigles ceux qui ont le bec allongé, crochu seulement à l’extrémité, comme le pygargue ou orfraye , le balbuzard ; autours , ceux qui ont le bec courbé dès la base, et les ailes plus courtes que la queue, comme Xépervier , qui détruit principalement les alouettes et les cailles; buses , ceux qui ont les ailes au moins aussi longues que la queue, comme la bondrée , le busard des marais; enfin, on nomme milans ceux qui ont la queue fourchue et les ongles foibles.

afo DES OISEAUX RAPACES.

Toutes îes espèces du genre faucon ue sont pas propres à recevoir l’éducation que l’homme a su donner à quelques unes, pour én faire ses esclaves absolues et profiter de leurs facultés. Celles qui volent le mieux, qui ont le plus de vivacité et de courage , sont principalement instruites pour cette sorte de chasse , qu’on a nommée fauconnerie , parce qu’on y exerce surtout les faucons. Cette éducation est longue et difficile; il faut d’abord dompter l’oiseau, l’asservir, lui faire connoître sa dépendance et l’inutilité de la révolte , par la privation des alimens et les entraves. On attache à ses pattes des grelots, afin que leur son trahisse partout sa présence. On l’accable de fatigues; on le prive du sommeil; on l’excite continuellement pendant plusieurs jours; on l’accoutume à se laisser couvrir la tête d’un chaperon; on ne lui donne à manger, et en petite quantité, que lorsqu’il va chercher lui-même, attaché à la longe, le pat ou la nourriture qu’on déguise sous toutes sortes de formes. Enfin l’oiseau est esclave; il reconnoît son maître; il entend sa voix; il exécute ses ordres; il s’attache à sa personne. On l’accoutume peu à peu à connoître le gibier à la chasse duquel on le destine , en faisant courir devant lui des lapins ou des lièvres, en lâchant dans les airs des perdrix ou d’autres oiseaux. Cependant on ne laisse chasser le faucon, entièrement libre, que lorsqu’il est parfaitement dressé et qu’il ne peut plus vivre sans son maître. Alors on le porte sur le poing, la tète couverte de son chaperon : on ne lui rend la jouissance de la lumière que lorsqu’on veut le lancer sur quelque gibier. Aussitôt qu’il se sent délivré, il s’envole, fond sur sa proie, s’en empare, et l’apporte à la voix du chasseur.

L’ordre des Nüdicoles ne comprend encore que les seuls genres qu’on nomme vautour et sarcoramphe. Tous ont le bas

du cou garni de longues plumes, disposées comme une cravatte, au milieu de laquelle ils peuvent retirer leur tète. Leur bec droit à la base n’est crochu qu’à l’extrémité, et leurs narines sont percées dans l’épaisseur de la membrane qu’on nomme cire ; leurs ailes sont aussi longues que la queue. Ce sont des animaux voraces, peu courageux, qui se nourrissent principalement de cadavres. Ils se trouvent dans les deux continens, mais principalement en Amérique et en Afrique : leur nid ou aire est composé de branchages et de bûchettes. Le roi des vautours, nommé papa, qui vit en Amérique, est un sarcoramphe remarquable par ses couleurs. Ses paupières et sa cire sont aurores ; son cou et le sommet de la tète de couleur de rose (Pl. i, fig. i ); ses tempes et sa nuque sont couvertes d’un duvet noir-mat. Le condor est une des plus grandes espèces du même genre; elle n’a été observée que dans l’Amérique du Sud où elle se plaît dans les plus hautes Andes du Pérou et du Chili. C’est un des plus grands oiseaux connus, car il porte près de six pieds d’envergure lorsqu’il étale les ailes.

Les Nyctérins ou les chouettes ont une tête très grosse , portée sur un cou fort court et couvert de plumes ; leurs yeux sont très grands, dirigés en avant, à pupille très large, mais se resserrant en fente à la lumière, et entourée de plumes formant au-devant de la face deux concavités ; leur bec (Pl. i, n° 4), court, est percé à sa base par des narines que recouvrent des plumes roides et sans barbes; leur face se trouve ainsi enveloppée dans une sorte de collerette de plumes à barbes très lâches et comme désunies. On appelle ducs les espèces sur la tète desquelles on voit quelques plumes redressées en forme de pinceaux , tel est le hibou ; on nomme chatshuants ou chouettes , celles qui sont privées de ces plumes, et qui ont la queue courte, carrée, comme 1* effraye , la hulotte et

la chevêche, qui sont rangées dans ce sous-genre : .car quand cette queue est très longue ou étagée, ce sont des chouettes -éperviers ou surnies. La plupart de ces oiseaux se nourrissent de petits mammifères, principalement de rats, de souris, de loirs et de taupes : ils chassent pendant la nuit; dans la journée ils se retirent dans les troncs d’arbres, dans les trous des murailles et des rochers. La lumière les éblouit : ils sont aveugles alors, etne peuvent échapper à leurs ennemis. Quand ils sont découverts parles petits oiseaux, ils semblent en devenir le jouet : tous ceux du voisinage paroissent se rassembler pour venir les insulter. On a profité de ce penchant inné des passereaux pour la moquerie. On imite le cri des chouettes, des ducs ou des hibous, en frouant, à l’aide de certains instrumens ou d’une feuille de graminée. On attire ainsi dans des pièges tous les oiseaux d’un canton. C’est ce qu’on appelle faire la chasse a la pipée.

On a rassemblé sous le nom de Passereaux, des oiseaux qui ont entre eux, à la vérité , les plus grands rapports, mais qu’il seroit très difficile de faire connoître par un caractère commun qui ne conviendroit qu’à eux seuls. Voici cependant des signes qui peuvent servir à les distinguer : ils ont quatre doigts, trois devant et un derrière, ce qui les éloigne des grimpeurs : leurs tarses sont foibles, courts, ce qui les sépare des échassiers ; leurs doigts externes seulement sont réunis par une très courte membrane , tandis qu’on en voit une large et longue, dans l’intervalle de chaque doigt, chez les palmipèdes, et qu’elle est étroite et courte dans les gallinacés; enfin, cette même réunion des doigts externes, avec les ongles et le bec presque droits, les éloigne des rapaces. A toutes ces notes d’exclusion, on peut ajouter que les passereaux ont, en général, des femelles plus petites et moins brillantes; qu’ils vi-

vent toujours par paires; que leurs petits naissent aveugles, sans plumes, et qu’ils ont besoin de l’éducation de leurs parens.

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Sept familles partagent l’ordre des passereaux ; deux d’entre elles comprennent les espèces dont le bec supérieur porte sur ses bords des crénelures plus ou moins profondes. Quand il n’v en a qu’une ou deux (i) , on les nomme crénirostres ; quand on en observe plus de deux (a) , on les appelle dentirostres. On a divisé ensuite les espèces qui n’ont point le bec échancré , en celles qui l’ont solide, fort, non flexible, qui peuvent vivre de fruits et de semences; et en celles qui ont un bec mince, foible, destiné à saisir des insectes très mous ou à loger une langue propre à sucer le nectar des fleurs. Les passereaux de la troisième division sont nommés plénirostres (3), quand ils ont le bec droit, allongé, comprimé; et conirostres (4), quand leur bec, de forme conique, un peu courbé, est plus court que la tête. Ceux qui vivent d’insectes et du suc des plantes, ou ont le bec très long, arrondi en forme de tube, ce qui les a fait nommer alors ténuirostres (5) ; ou bien ils l’ont de la longueur de la tête au plus : alors , quand il est plat et très large, ce sont des plcinirostres (6); et quand il est arrondi, étroit, on les nomme subulirostrcs . (7)

Tous les passereaux Crénirostres dont le bec supérieur porte uneou deux échancrures au plus (PL 1, fig. 3), senour-

(1) PI. n , fig. 3o , 35 (1 1 35).

(2) PI. 1, fig. 9, n (n38).

(3) PL 1, fig. 12, 14, i5, 18 (1139).

(4) PL 1 , fig. 7, 10 , t 3 ; PL n , fig. 28 , 29, 32 , 33, 34 ( 1 i4o).

(5) PL 1 , fig. 24, 2 5, 26, 27 (ii5o).

(6) Pl. n , fig. 42 > 43 (1 148).

{7) Pl. a, fig. 36 , 39, 40, 41 (1 144).

M DES OISEAUX PASSEREAUX

rissent d’insectes ou des baies de végétaux ; c’est parmi eux qu’on a placé les pie-grièches , les merles, et beaucoup d’autres moins connus en France , comme les gobe-mouches avec lesquels on place les tyrans , les moucheroles 9 les tangaras , et c’est là qu’on range le bec d'argent , le septicolor ; enfin les cotingas , dont le plumage est remarquable par la vivacité des couleurs, et la manière dont elles sont distribuées, comme on le voit dans le pompadour , le cordon bleu.

Toutes les pie-grièches se nourrissent d’insectes , de lézards et de petits oiseaux; leur voix est très désagréable. Plusieurs espèces imitent assez bien celle de l’homme, mais sur un ton très aigre , et comme venant de la gorge. Les espèces qu’on observe le plus communément en France, sont la grise , la rousse et X écorcheur ; elles font leurs nids dans les buissons ou sur les arbres ; elles attaquent les petits oiseaux pour dévorer seulement leur cervelle; elles se nourrissent aussi de grillons, de hannetons; souvent elles empalent ou embrochent les gros insectes sur les épines des pruniers , afin de pouvoir les retrouver au besoin. On rapproche des pie-grièches le jaseur de Bohême , remarquable par la belle couleur rouge brillante qu’offre l’extrémité libre et élargie des pennes secondaires des ailes.

C’est dans le genre des merles ou tourelés , qu’il faut ranger les grives et les merles proprement dits. La grive ordinaire , la draine , la litorne , le mauvis , se nourrissent principalement de baies de gui, de houx, de raisin; leur chant est agréable et sonore : ils vivent le plus souvent en société. Les merles ordinaires, dont le corps est noir ou brun et le bec jaune, aiment au contraire à vivre seuls. On les apprivoise facilement, et on leur apprend à siffler des airs. On rencontre des oiseaux de ce genre dans toutes les parties du monde; on en connoît main-

tenant près de cent espèces. On observe quelquefois des merles blancs.

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On ne trouve en Europe aucun passereau dont le bec porte plus de deux échancrures, et qui appartienne par conséquent à la famille des Dentirostres. Ceux qui pourroient être rangés dans cette famille sont tous étrangers. Tels sont les calaos des Indes et de l’Afrique, qui ressemblent un peu au corbeau , mais dont le bec énorme est surmonté d’une sorte de casque osseux très singulier (Pl. i, fig. 9); le momot d’Amérique, dont les deux mâchoires sont également denticulées ( fig. 11), et qui porte sur la tête des plumes de la plus belle couleur bleue , avec lesquelles les habitans de ce pays font des ornemens très brillans; enfin les phytotomes (Pl. m, fig. 70), dont on trouve une espèce au Chili, et une autre dans l’Abyssinie. Tous ces oiseaux se nourrissent de végétaux, qu’ils divisent, dit-on, avec le bec, comme avec une scie. Ils font beaucoup de tort aux arbres, en détruisant leurs bourgeons.

Les corbeaux , les rolliers , les paradisiers , sont les genres les plus connus parmi les passereaux Plénirostres. On reconnoît les corbeaux à leur bec gros, droit et fort, et aux poils roides, couchés en avant, qui cachent leur narines (PL 11, fig. 12): leur voix est aigre et sonore; ils ont l’odorat et la vue très subtils. Quelques uns se nourrissent de charognes, mais la plupart se contentent d’insectes et de fruits; ils s’apprivoisent facilement , et ils imitent la voix de l’homme. On nomme particulièrement corbeaux ou corneilles , les espèces qui ont la queue non étagée, et le bec non échancré, .comme le freux , le choucas, le casse-noix. On appelle pies , celles qui ont la queue étagée, et geais , celles qui ont une échancrure au bec supérieur. La plupart construisent leurs nids sur le haut des arbres ou dans les tours; ils y pondent quatre ou six œufs,

que les mâles couvent alternativement avec les femelles; ils prennent soin en commun de l’éducation des petits, qu’ils chassent et méconnoissent quand ceux-ci peuvent subvenir eux-mêmes à tous leurs besoins. Les voiliers ne diffèrent des geais que parce que leurs narines sont à découvert (fig. 18): ce sont des oiseaux des pays chauds. Les mainates sont semblables aux rolliers par le bec , mais leur tête est chauve en partie, et garnie de proéminences charnues de couleur jaune; ce sont des oiseaux de Java qui imitent parfaitement le langage de l’homme dont ils répètent des phrases entières à l’instant même. Les paradisiers (fig. i5), ou oiseaux de paradis, sont de très belles espèces qui vivent sous la zone torride. Leur nom vient de ce que les sauvages , qui en vendent les dépouilles, pour faire des panaches et des aigrettes, ayant l’habitude de leur enlever les pattes (Pl. iv, fig. 3 ) , on a cru que ces oiseaux n’en avoient pas ; puis on a dit qu’ils ne pouvoient se reposer; qu’ils voioient continuellement, et qu’ils ne se nourrissoient que de rosée. On distingue encore dans ce genre, parmi les plus belles espèces, le sijîlet , le manucode , le superbe , le magnifique , etc.

Les moineaux, les bruans, les gros-becs, les étourneaux, les loriots, enlin tous les petits oiseaux de notre pays , qui se nourrissent de graines, et qui ont le bée court, conique, appardonnent à la famille des Conirostres. Les étourneaux et les loriots ont le bec presque aussi long que la tête (Pl. 11, fig. 28): les autres l’ont beaucoup plus court. Chez les premiers , il est un peu aplati, et les narines sont recouvertes d’une sorte d’opercule. L’espèce la plus commune, qu’on appelle sansonnet, a le corps noir, ponctué de blanc, et le bec est jaune dans le mâle. Elle se réunit en grandes volées pendant l’automne et l’hiver. L’été elle fait son nid dans les trous des vieux murs ou dans les colombiers. On apprivoise facilement cet oiseau : on lui

apprend à parler et à siffler. Les mâles , qu’on nourrit en cage,

> sont sujets à une sorte de mal caduc ou d’épilepsie. Les loriots, qu’on nomme aussi troupiales , ont le bec allongé, se prolongeant sur le front, à base presque cylindrique (Pl. 1 , fig. i3). La plppart des espèces vivent dans les pays chauds.

: ‘ Elles se nourrissent de fruits , et principalement de la pulpe de ceux à noyau. Presque toutes suspendent leurs nids à l’extré- ( mité des branches. On n’en a observé qu’une seule espèce en I Europe; elle est jaune, avec une sorte de bride et la plus grande partie de l’aile de couleur noire ou brune.

Le genre des fringilles ou des moineaux est très nombreux ; i il comprend de jolis oiseaux qui vivent principalement de ] graines, et dont le bec est court, fort, non renflé (Pl. 11, fig. 37), avec la mandibule recouvrant la mâchoire. C’est là' 1 qu’on a placé, i°. le pinson, dont le ramage se fait surtout » entendre au printemps, qui construit son nid sur les arbres . avec beaucoup d’art, le recouvre au-dehorsde mousses ou de ( lichens, et fait entrer en dedans de la laine, du crin et des f plumes; 2°. le chardonneret , qui a reçu son nom de la préférence qu’il semble donner aux graines du chardon pour sa nourriture, et qui vit en société après la ponte; 3°. le serin, originaire des îles de la mer Atlantique, et principalement des Canaries, qui s’élève en domesticité à cause de son chant agréable et mélodieux : cet oiseau est si docile , qu’on lui apprend à répéter les airs les plus difficiles, à l’aide d’un instrument à vent mécanique, dont les tuyaux produisent à peu près les mêmes sons que son gosier; 4°* les Idiotes , qui ont aussi reçu leur nom de la graine de lin, qu’elles paroissent rechercher, et qui font très adroitement, dans nos buissons d’épines, un nid composé avec la laine que les moutons abandonnent sur les troncs des arbres et sur les buissons; 5°. enfin les moineaux ordinaires, les friquets , les tarins , et beaucoup

d’autres qui sont très connus en France, comme en Asie et en Afrique les bengalis et les sénégalis.

Les embérizes ou les bruans ressemblent beaucoup aux moineaux, mais leur mâchoire est plus large que leur mandibule; c’est dans ce genre qu’on a rangé les ortolans . La plupart des espèces sont, en France, des oiseaux de passage dont la chair est très recherchée. Le proyer ( Pl. n , fig. 34); le bruant ordinaire, vulgairement appelé verdier dans quelques départemens; les veuves , qui sont des oiseaux d’Afrique qui toutes ont du noir dans le plumage et de longues plumes à la queue, et beaucoup d’autres passereaux appartiennent à la meme division des conirostres.

On a réuni sous le nom de loxies ou de gros-becs tous les passereaux qui ont le bec court, robuste, très renflé à la base (PL ii, fig. 32 ). On a nommé ensuite becs-croisés , les espèces qui ont les deux mâchoires placées obliquement Tune sur l’autre en forme de tenailles (Pl. ii, fig. 33 ). Cette disposition du bec donne à ces animaux beaucoup de facilité pour extraire des cônes ou des fruits d’arbres verts, les graines dont ils se nourrissent. On a appelé bouvreuils les espèces dont le bec supérieur court, est plus long cependant que l’inférieur, sur lequel il est courbé , à peu près comme dans le perroquet. Enfin , on désigne plus particulièrement sous ce nom de gros-bec , les espèces qui ont les mandibules presque droites (Pl. ii, fig. 32). Ce sont des oiseaux qui vivent dans les bois, ordinairement réunis par paires. Us se nourrissent de pépins, de fruits, et des amandes contenues dans les noyaux ligneux des drupes et des noix, qu’ils cassent facilement et avec une adresse étonnante. Beaucoup d’espèces étrangères se font remarquer par la vivacité de leurs couleurs; telles sont, entre autres,

celles qu’on nomme cardinaux , qu’on apporte souvent d’Amérique, mais qui ne se propagent point en France.

Presque tous les oiseaux qui sont réunis sous le nom de Subulirostres ont un bec foible , pointu, qui ne leur permet ' point d’écraser les graines : ils se nourrissent des plus petites semences de fruits mous et d’insectes. On les distingue d’après la longueur de leur bec : ainsi les manakins et les mésanges l’ont très court, ou tout au plus du quart de la longueur de la

tète (PL îi, fig. 4o, 4 1 ) : les alouettes elles becs-fins (fig. 36) ont un bec qui forme presque le tiers de la longueur du crâne.

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Les pipras ou manakins ont la queue extrêmement courte. Ce sont des oiseaux très remarquables par la beauté de leurs couleurs, et par leur chant si mélodieux, qu’il a fait donner à quelques espèces le nom à’ organistes. Us vivent presque tous en Amérique. Le plus grand nombre ont les deux doigts extérieurs réunis par la peau jusqu’à la seconde articulation (PL iv, fig. 5). On rapproche des manakins, les rupicoles ou coqs de roche qui sont de très beaux oiseaux des terres les plus méridionales; Lun du Pérou est entièrement d’une belle couleur jaune orangée , l’autre de Sumatra est d’un vert malachite très brillant; tous deux ont la tête ornée d’une huppe de plumes dressées, en forme de crête courte, au moins dans les mâles. On place encore près des coqs de roche, un très bel oiseau du port Jackson qu’on appelle la lyre ou ménure parce que la queue du mâle est garnie de plumes très longues dont les deux extérieures surtout sont agréablement disposées comme les branches d’une lyre; son bec est représenté (PL iii, fig. 76). Les mésanges sont des oiseaux de notre pays : la plupart ont une queue allongée. La vivacité de leurs mouvemens, leur agilité, leur adresse, leur courage, leur fécondité, en font des oiseaux très curieux à observer. Leurs doigts externes

sont presque séparés : ils grimpent sur les murailles et sur les troncs d’arbres , pour y chercher les araignées et les autres insectes dont ils se nourrissent. Us font leurs nids dans quelques cavités; ils y pondent des œufs en très grand nombre, quelquefois au-delà de vingt. Les espèces les plus connues en France sont la charbonnière, ainsi nommée parce que sa tête est d’un noir de charbon; la grosse et la petite mésange bleue ; la nonnette cendrée ; la mésange à longue queue , dont les plumes rectrices sont plus longues que le reste du corps.

Les alouettes ont l’ongle du doigt de derrière extrêmement allongé, et le plus souvent non courbé (PL iv, fig. 8); les becs-fins ou motacilles ne diffèrent point, à cet égard, des autres oiseaux qui ont en général l’ongle du pouce crochu. Les alouettes peuvent marcher très vite sans sauter, comme les autres passereaux , pour ainsi dire , à pieds joints. Elles vivent ordinairement sur la terre , où elles font leur nid : leur chant est très agréable. On a donné diverses dénominations aux différentes espèces; ainsi on appelle farlouse celle des prés, cujelier celle des bois, rousseline celle des marais, cochevis une alouette huppée. D’autres sont nommées pipis, spipolètes , co auillades , calandres.

On trouve des oiseaux chanteurs en très grand nombre parmi les becs-fins ou motacilles, qui ont tiré les noms sous lesquels on les désigne, soit de la ténuité de leur bec, soit de leurs mouvemens vibratiles continuels ; le rossignol appartient à ce genre. Cet oiseau, peu remarquable par son plumage d’un roux cendré, l’est beaucoup par la force étonnante, la mobilité et la variété de son chant; il vit ordinairement solitaire; il quitte la France en hiver ; il reparoît au premier printemps. Le mâle seul chante pendant que sa femelle couve, principalement durant la nuit. Il cesse de chanter lorsqu’il est occupé

de l'éducation de ses petits. On range encore ici les fauvettes, dont on distingue sept à huit espèces , d’après la couleur des plumes. Celle qu’on nomme à tête noire , chante presque aussi bien que le rossignol. On y rapporte aussi les bergeronnettes qu’on appelle vulgairement hoche-queue , parce qu’à chaque mouvement, elles font mouvoir leur queue, qu’elles tiennent toujours redressée. Enfin , c’est parmi ces espèces qu’on place la lavandière , ainsi nommée parce qu’on la voit sur le bord des eaux où elle va chercher les insectes et les petits vers dont elle se nourrit; le motteux , le traquet et le tarier, qui font leurs nids sous les pierres ou dans les terriers ; la rouge-gorge, la gorgebleue , le troglodyte , le pouillot , le roitelet, qui sont autant de motacilles différentes.

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Les hirondelles et les engoulevents ou téte-chèvres sont les deux seuls genres de passereaux auxquels le nom de Planirostres peut convenir, car leur bec est court, fendu très avant , foible, et aplati horizontalement ( Pl. ir, lig. 4^, 4^)*. Ils vivent d’insectes, qu’ils saisissent en volant la bouche béante. Presque toutes les hirondelles ont la queue fourchue (1). Elles volent de jour avec la plus grande rapidité; elles maçonnent très artistement un nid avec de la boue humide et de la paille. Dans l’hiver, ces oiseaux disparoissent ; ils s’envolent en troupes innombrables à des époques qui paroissent déterminées. Us s’attendent pendant deux ou trois jours , et partent d’un point commun. On appelle martinets les espèces qui ont les quatre doigts séparés et dirigés en avant ; hirondelle des cheminées ou domestique , une espèce qui a une tache blgnche sur chaque plume de la queue, excepté sur les deux externes : elle con-

(1) C’est, de cette conformation qu’est emprunté le terme de queue d’aronde qu’emploient les menuisiers pour indiquer une sorte de mortaise.

274 des oiseaux passereaux.

struit son nid dans les cheminées. 11! hirondelle des fenêtres est une autre espèce à croupion blanc et à pattes laineuses ; Y hirondelle de rivage a le plumage cendré, le gosier et le ventre blancs. On mange à la Chine les parois du nid d’une espèce qu’on nomme salangane ; ce nid est composé d’une matière gélatineuse que l’oiseau recueille sur les bords de la mer.

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Les engoulevents ne volent que le soir, aussi ont-ils les yeux très grands et les teintes grises : leurs pattes sont courtes, à tarses emplumés , et leur ongle du milieu est dentelé ; on n’en trouve qu’une seule espèce en Europe. C’est un oiseau beaucoup plus gros que les martinets : son plumage est gris, mélangé de brun. On les a nommés long-temps crapauds-volans , à cause de la largeur de leur bec, qui est excessivement fendu et garni de fortes moustaches. On a cru à tort que ces oiseaux tétoient les chèvres pendant la nuit. Us ne font point de nid : ils pondent et couvent leurs œufs sur la terre nue ; ils n’en ont ordinairement que deux. Ils se nourrissent de phalènes, de noctuelles et de bombyces qu’ils saisissent en volant, en tenant ouvert le bec, où le vent semble s’engouffrer : disposition que semble rappeler le nom d’engoulevent. Us ne commencent à voler qu’au crépuscule du soir ou du matin ; ils émigrent en automne , comme les hirondelles. Presque toutes les autres espèces sont d’Afrique ou d’Amérique.

Tous les passereaux qui ont le bec au moins deux fois plus long que la tête, et qui forment la famille des Ténuirostres , sont partagés en -deux sections; ceux qui ont le bec droit et ceux qui l’ont arqué. C’est dans la première qu’on a placé les sittelles , les martins-pêcheurs ou alcyons , les todiers et les orthorynques (Pl. i, fig. 23, 24, 27). On a rapproché dans la seconde section les colibris , les grimpereaux , les huppes et les guêpiers ( fig. 2r> , 26 ). On trouve très peu d’espèces d’oiseaux

DES OISEAUX PASSEREAUX. v5

de cette famille en Europe. Nous ne parlerons que des plus remarquables.

On nomme sittelle ou torchepot un petit oiseau d’un bleu cendré, à pennes supérieures des ailes brunes, avec un trait noir sur la joue. Il grimpe sur les troncs des arbres pour y chercher les larves d’insectes, dont il se nourrit principalement : il fait son nid dans les trous qui ont été abandonnés par les pics ; mais il en rétrécit l’entrée avec de l’argile qu’il pétrit et qu’il arrange grossièrement, comme les bords d’un vase de terre; de là le nom de torchepot , sous lequel on le désigne. Il n’existe aussi qu’une seule espèce d’ alcyon en Europe : c’est un joli oiseau, d’un bleu brillant et nacré en dessus , roux en dessous. U se nourrit de petits poissons qu’il saisit en volant , à la surface de l’eau , quoique ses ailes soient très courtes. On le nomme martin-pêcheur.

On n’observe pas les todiers en Europe. Ce sont de petits oiseaux d’Amérique, qui se nourrissent, dit- on, d’insectes. Plusieurs sont remarquables par le brillant de leurs couleurs. Les orthorynques ou oiseaux-mouches ressemblent beaucoup aux colibris, avec lesquels on les avoit autrefois réunis; mais ils ont le bec droit (Pl. i, fig. 27 ). C’est dans ce genre que sont placés les plus petits oiseaux connus : on ne les a observés qu’en Amérique; ils pompent, en voltigeant, le nectar ou le suc des fleurs, à l’aide d’une langue semblable à celle des sphinx et des autres lépidoptères; ils font leurs nids avec du coton , et ne pondent que deux œufs. On en commît plus de trente espèces. La plupart sont ornées des couleurs les plus brillantes.

Les colibris ont les plus grands rapports avec les orthorvnques , mais leur bec est arqué (Pl. 1 , fig. 26). Ce sont aussi

des oiseaux très brillans, dont les plumes resplendissent d’un éclat métallique changeant, qu’on ne peut comparer qu’à celui des pierres précieuses : aussi les a-t-on désignés sous le nom de topazes, améthystes, émeraudes, etc. Les grimpereaux, qui ont beaucoup de ressemblance par la forme générale du corps, avec les colibris, n’ont point, comme ces derniers, la langue en forme de tube. On en a trouvé dans toutes les parties du monde : ils se nourrissent d’insectes. On en voit plusieurs espèces en France; l’une d’elles en particulier a les couvertures des ailes d’une belle couleur rose. Us grimpent très bien sur les arbres et sur les murailles; c’est même de là qu’on a emprunté leur nom. Les sucriers ou soui-mcingcis (mange-sucre), comme on les appelle à Madagascar, sont pour l’ancien continent les analogues des colibris et des orthorynques du Nouveau-Monde. Us sont aussi très richement ornés de couleurs brillantes, dont les teintes métalliques produisent des effets si surprenans , que l’art n’a pu les imiter, et que l’explication de cet effet d’optique a jusqu’ici échappée aux recherches de la physique , de la chimie et de l’anatomie.

On ne trouve qu’une espèce de huppe en Europe; les autres sont étrangères. Cet oiseau porte sur la tète une huppe de plumes , qu’il redresse quand il est inquiété. On le nomme putput dans certains départemens : il se nourrit d’insectes. Les guêpiers recherchent aussi les insectes , et principalement les guêpes. Us ne vivent que dans les climats chauds : en en rencontre quelquefois une espèce dans le midi de la France. On reconnoît facilement ces oiseaux à la forme de leur bec, et parce qu’ils ont les deux doigts extérieurs réunis jusqu’à l’ongle. Us saisissent les insectes au vol , comme les hirondelles; ils font, leurs nids dans la terre, où ils se creusent des terriers.

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