‹ Elémens des sciences naturelles (volume 3)Chapitre 34 sur 41 · DES OISEAUX GRIMPEURS · texte numérisé non relu

DES OISEAUX GRIMPEURS

d’insectes ; ils habitent de préférence les forêts humides ; ils vivent solitaires , et leur chant est agréable.

On ne trouve dans notre climat aucune espèce d’oiseau de la famille des Lévirostres ; tous sont des pays chauds. On peut, pour la facilité de l’étude, les diviser en ceux qui ont le bec dentelé , et en ceux qui l’ont presque entier. C’est à cette seconde division qu’appartiennent les perroquets et les barbus; dans la première, on a placé les toucans et plusieurs autres oiseaux moins connus.

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Rien de plus monstrueux au premier aperçu que les toucans , dont le bec énorme, dentelé sur les bords, est, dans quelques espèces, quatre fois plus long que la tête (PI. t, fig. 5, réduit d’un tiers) ; aussi les a-t-on encore nommés toutbecs. Ce sont des oiseaux de l’Amérique méridionale , qui vivent en petites troupes de huit à dix individus. Leur plumage est très brillant , et se distingue surtout par l’opposition des couleurs , comme du noir au blanc le plus pur, du jaune doré à l’écarlate. Comme ces plumes sont très fines et très serrées sur la peau, les indigènes en ont fait des fourrures dont ils ornent diverses parties de leur corps , et qu’ils recueillent pour faire des objets d’échange. Les toucans se nourrissent de fruits, principalement de ceux des palmiers; leur langue est divisée sur ses bords , comme une plume. On a placé près des toucans les musophages , les couroucoas ( Pl. 1 , fig. 16) et les touracos , oiseaux des pays chauds, qui ont tous le bec dentelé, plus court que la tête (Pl. m , fig. 74, réduit des deux tiers).

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Les perroquets ont le bec crochu ; leur mâchoire supérieure est pointue et dépasse l’inférieure en la recouvrant (Pl. 1, fig. 6) ; leur tête est très grosse. On n’en trouve point naturellement en Europe; ils vivent dans les régions les plus

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chaudes, principalement en Amérique; leur langue est charnue. Ils se nourrissent de fruits et de semences , qu’ils portent à la bouche avec l’une des pattes. Ils marchent mal et lentement; mais ils grimpent parfaitement en se servant du bec. Lorsqu’on les irrite, ils se hérissent. Les perroquets ont une voix très forte, apprennent à parler, imitent le cri de tous les autres animaux, et tous les sons qu’ils entendent, même ceux des poulies, des brouettes; ils rient aux éclats, pleurent avec sanglots; ils sifflent, chantent, toussent, éternuent, miaulent, aboient ; enfin , comme le dit Linnée , ce sont des singes parmi les oiseaux.

On connoît maintenant près de deux cents espèces de perroquets; on les a divisées en six sous-genres. O11 nomme aras , les espèces qui ont la queue très allongée, étagée, et la plus grande partie des joues nue. On appelle perruches , les perroquets à queue longue, étagée; à joues couvertes de plumes; kakatoès , ceux qui ont sur la tête une huppe de plumes , qu’ils peuvent redresser à volonté; loris , les espèces qui ont des plumes rouges ; amazones , celles sur lesquelles les plumes jaunes sont en plus grande quantité; enfin, perroquets , criks ou papegais , les espèces grises ou vertes variées. Le jacot ou le peiroquet cendré est celui qui apprend le mieux à parler ; il répète tout ce qu’il entend : on le trouve en Afrique.

Les barbus , tamatias et barbicans , sont encore des oiseaux qu’on ne rencontre que dans les pays chauds ; leur bec est droit , fort, un peu échancré à la pointe, fendu jusqu’aux yeux; leurs narines sont couvertes de poils roides ( Pl. 1, fig. 17 ). Us se nourrissent d’insectes : on ne connoît pas bien leurs mœurs.

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L’ordre des Gallinacés, qu’on distingue très facilement de ceux des rapaces, des grimpeurs et des palmipèdes, pourroit

être confondu, jusqu’à un certain point, avec ceux des passereaux et des échassiers. Presque tous ont des plumes jusqu’aux talons, et les doigts réunis à leur base par une courte membrane (PI. iv, fig. 4) b); leur mâchoire supérieure est souvent arquée et voûtée : ils avalent leur nourriture sans l’écraser. La plupart, à l’exception des pigeons , pondent leurs œufs sur la terre : leurs petits marchent en sortant de la coque. On les a distribués en trois familles : les uns ne peuvent voler, parce que leurs ailes sont trop courtes ; on les nomme brévipennes ou brachyptères. Les autres se servent bien de leurs ailes ; mais les uns ont le bec mou à la base, comme les pigeons ou péristères (n65) : les autres ont le bec dur, solide; on les nomme alectrides ou oiseaux de basse-cour (1167).

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Les Péristères ou les pigeons paroissent tenir le milieu entre les gallinacés et les passereaux. On les reconnoît à leur bec presque droit à la base, un peu renflé à la pointe, percé à la racine par des narines couvertes d’une peau molle (Pî. 11, fig. 44). Us vivent par couples, font un nid en commun sur un arbre ou dans un endroit élevé, et pondent deux œufs que le mâle couve dans le milieu de la journée, pendant que la femelle pourvoit à ses besoins. Ce sont les seuls oiseaux qui boivent en suçant , et tout d’un trait. Le mâle et la femelle se dégorgent dans le bec. Tous deux vomissent dans l’œsophage de leurs petits, leurs alimens, d’abord réduits en chyme, puis ramollis seulement, quand les pigeonneaux sont plus forts; c’est ce qu’on appelle engager. Le chant des mâles se produit principalement dans la gorge; on le nomme roucoulement . Il naît ordinairement un mâle et une femelle de chaque couvée. Ces frères ne se quittent pas : ils s’accouplent le plus souvent au bout de six mois , et font jusqu’à dix pontes par année.

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On a trouvé des pigeons dans tous les pays de la terre. On

en connoît maintenant près de cinquante espèces bien distinctes, sans compter les variétés du pigeon domestique, dont on nourrit plus de deux cents races, qui se propagent et se perpétuent. Les plus remarquables parmi ces variétés sont : le pigeon de Barbarie , le gros-bec , le biset, le pigeon hirondelle , le noyer , la grosse gorge , le dominicain ou jacobin, le culbuteur, le pattu ou à pieds plumeux. Toutes ces espèces ont le bec allongé, presque aussi étendu que la tête. D’autres ont un bec court* semblable à celui des passereaux : tels sont ceux qu’on nomme polonais , queue de paon, nonain ou fraisé , qui paroît avoir une fraise antique ou une palatine de plumes frisées, redressées sur la nuque et sur le cou; le pigeon cravate, et beaucoup d’autres. Les ramiers , les tourterelles appartiennent encore à ce genre.

Les tinamous du Brésil semblent faire le passage des gallinacés aux péristères. Leurs ailes sont courtes et leur queue à peine apparente; leur bec est long, grêle, mousse à l’extrémité qui est un peu voûtée (Pl. 11, fig. 45). Leurs tarses sont courts; ils perchent sur les arbres. On dit qu’ils se nourrissent de fruits et d’insectes.

La famille des Alectrides ou des oiseaux de basse-cour comprend sept à huit genres, qu’on peut diviser assez commodément en ceux qui ont le cou ou la tête couverts de plumes, et encceux chez lesquels il y a des places nues dans ces mêmes parties. Les paons et les . outardes forment la première division; les faisans , les tétras, les dindons, les pintades et quelques autres constituent la seconde.

Les paons sont des oiseaux de l’ancien continent : ils sont originaires de l’Asie et du nord de l’Inde; ils ont sur la tête des plumes redressées en forme d’aigrette. Le mâle du paon

ordinaire n’a qn’un seul ergot : c’est le plus beau de tous les oiseaux connus. Sa démarche est majestueuse : les plumes de son croupion et de sa queue sont excessivement allongées, terminées chacune par une tache en croissant bleue , dorée et verte , formant un œil. Il peut les relever et les étaler à volonté ; c’est ce qu’on appelle faire la roue. Les paons perchent sur le haut des arbres: leur cri monotone est extrêmement désagréable. Les femelles ne prennent que très rarement des couleurs aussi brillantes que les mâles : à trois ans, ceux-ci ont atteint toute leur beauté. On connoît une variété dont les plumes sont blanches : elle est très rare en France et très commune en Allemagne. Les autres espèces, telles que le spicifère et l’ éperonnier, dont on a des individus conservés dans nos musées, ne sont point encore nourries en domesticité.

Les outardes n’ont point d’aigrettes , mais souvent le derrière de leur tête est garni de deux faisceaux de plumes. Elles sont très haut montées sur les jambes, ce qui les fait un peu ressembler aux échassiers. Ce sont les plus gros oiseaux de l’Europe. On en connoît deux espèces, la grande et la petite ou canepetière. Toutes deux se nourrissent d’insectes et d’herbes. Elles pondent au printemps, et quelquefois en France ; ce sont des oiseaux de passage : leur chair est très estimée.

On croit que le premier faisan a été apporté de la Colchide par les Argonautes, qui lui ont donné le nom du fleuve du Phase , sur les bords duquel ils l'avoient trouvé. Ce genre comprend beaucoup d’espèces, qui toutes sont originaires d’Afrique ou d’Asie. On les reconnoît à leur queue étagée ou à pennes inégales en longueur , et aux caroncules qui bordent leurs yeux. Les mâles ont un plumage beaucoup plus brillant que celui des femelles. C/est à ce genre qu’appartiennent le coq et la poule.

Les poules , comme tous les autres animaux que 1 homme tient en captivité , présentent un grand nombre de variétés. On croit qu’elles sont originaires des Indes, de l’Indostan, de Java. On les retrouve maintenant sur tout le globe. Leur mâle, ou le coq , a un chant particulier très sonore, qu’il fait entendre à de grandes distances, surtout pendant la nuit. Un seul suffit à vingt poules. Il ne prend aucun soin des petits. La poule ne couve qu’une fois par an dix-huit à vingt-cinq œufs, qu’elle pond , jour par jour, dans un lieu retiré. Après chaque ponte , elle fait entendre un chant analogue à celui du coq : elle ne couve ses œufs que lorsqu’elle en a pondu un assez grand nombre. Elle reste dessuspendant vingt-un jours. Aussitôt que les petits sont sortis de la coque, elle les mène avec elle , leur apprend à chercher la nourriture et à s’en saisir. Elle rend alors un son particulier qu’on nomme gloussement . Dans le danger, elle appelle ses petits, les cache sous ses ailes, et les protège avec le plus grand courage contre les ennemis même les plus forts. Les poulets ne peuvent faire des petits qu’à six mois. Les mâles, dans le jeune âge, sont semblables aux poules. On les châtre pour les faire engraisser ; ils prennent alors le nom de chapons. Les poules auxquelles on enlève les ovaires sont des poulardes.

Le faisan , proprement dit, est aussi un très bel oiseau dont on connoît plusieurs variétés. Le mâle est d’une couleur rouge brune; sa gorge est bleue; il a des caroncules écarlates. Au printemps, il porte deux pinceaux de plumes dorées sur les oreilles. Celui de la Chine, qu’on nomme faisan doré , a les plumes du cou et de la tête d’une couleur jaune d’or, la poitrine rouge , et les pennes des ailes bleues. Le faisan blanc ou argenté , qui est du même pays, a une crête écarlate et l’abdomen noir. Les autres plumes chez le mâle sont d’un beau

blanc, avec des lignes longitudinales noires. On les élève en domesticité : ils font rarement des petits en France. On rapporte aussi à ce genre Y argus ou faisan de Junon , originaire de l’Asie, dont les mâles ont les plumes les plus longues des ailes et de la queue marquées de belles taches arrondies en ' forme d’yeux, d’une teinte brune nuancée et dégradée de la manière la plus délicate.

Les téti'as ont les plumes de la queue à peu près égales; ils n’ont point de caroncules, mais seulement une place nue aux environs de l’œil. On nomnje lagopèdes les espèces qui ont les pieds velus, comme les coqs de bruyère du Nord et les gelinottes ; ils vivent tous dans les pays couverts de neige. On appelle perdrix les espèces dont les mâles ont les pattes nues et armées d’un éperon ou d’un ergot; tandis qu’on donne le nom de cailles à celles qui n’ont point cette arme. Elles ont la meme manière de vivre ; leur chair est très estimée.

Le dindon nous est venu d’Amérique et très probablement du Mexique, quoiqu’il porte le nom de coq d’Incle , parce que les Portugais appeloient autrefois le Brésil, les Indes occidentales. Cet oiseau est redevenu sauvage dans l’Amérique septentrionale , où l’on présume qu’il a été importé. On n’a longtemps connu que cette espèce dans ce genre; on la distingue aux caroncules qui garnissent sa tête et son cou , qui sont presque nus. Le mâle a un bouquet de crins sur la poitrine, et un ergot ou éperon mousse sur le tarse. Dans le temps des amours , il reste en extase des heures entières, la queue étalée en roue, les caroncules pendantes, violettes, la gorge écarlate, les ailes traînantes, faisant éprouver à toute l’habitude de son corps un trémoussement singulier. Sa couleur, ainsi que celle de la femelle , est le plus ordinairement noire ; mais il y en a de blancs et de gris. La femelle pond au printemps une quinzaine d’œufs,

à peu près comme la poule ; ils sont à fond blanc , tachetés de jaune et de rougeâtre. Les hoccos , les pauxis du Brésil , ou oiseaux pierre, qui portent sur le front, à la base du bec, un tubercule osseux, arrondi, couvert d’une peau lisse colorée en bleu violâtre, sont, ainsi que les guans , des gallinacés qui ressemblent beaucoup au dindon ; mais ces derniers ont sur la tête une huppe, qu’ils peuvent redresser à volonté. Us vivent aussi dans l’Amérique méridionale.

Les pintades sont originaires d’Afrique , principalement du royaume d’Alger. Les Romains les désignoient sous le nom de poules de Numidie , ou méléagrides : elles ont le cou presque nu, et une proéminence osseuse, en forme de casque, sur la tête. L’espèce la plus ordinaire , et qu’on élève en domesticité, est bleuâtre, à taches arrondies, blanches, disposées en quinconce. Ses mœurs sont analogues à celles du dindon.

Quatre genres d’oiseaux étrangers, composés chacun de deux ou trois espèces au plus, forment l’ordre des gallinacés Brachyptères , nommés ainsi parce que leurs ailes sont très courtes, et leur corps très pesant, ce qui les empêche de voler. Il est facile de les distinguer en examinant le nombre de leurs doigts. Les drontes en ont quatre , les touyoux et les casoars trois, et les autruches deux.

L’ autruche est le plus gros de tous les oiseaux connus : elle atteint près de deux mètres et demi de hauteur, et pèse jusqu’à quatre myriagrammes ; ses jambes sont très élevées; le pied n’est composé que de deux doigts (PI. 1, fig. 22); elle court très vite; les plumes de sa queue et de ses ailes sont molles , flexibles , pendantes : 011 en fait des panaches ; son bec est très plat, aussi l’oiseau avale-t-iî ses alimenssans les mâcher. Les femelles pondent leurs œufs sur le sable ; on dit qu’elles

ne les couvent pas, et que la chaleur de l’atmosphère suffit pour les faire éclore. Chaque œuf pèse environ deux kilogrammes ; un seul est plus que suffisant pour le repas d’un homme. On scie la coque de ces œufs, qui est très dure, pour s’en servir comme d’un vase. Les nègres élèvent les autruches en domesticité dans quelques contrées de l’Afrique, et des

enfans montent sur leur dos pour faire des courses très rail 78.

Les casoars ont quelques rapports avec l’autruche par leur taille élevée et la brièveté de leurs ailes ; mais ils ont trois doigts , point de queue , et les pennes de leurs ailes sans barbules, ainsi que toutes celles du dos. On en connoît deux espèces : l’une d’Asie, c’est Y émeu, dont la tête est recouverte d’une sorte de casque ( Pl. 11 , fig. 48 ) ; l’autre de la Nouvelle- Hollande. Elles se nourrissent de matières végétales. Leurs œufs sont plus allongés et moins gros que ceux des autruches. Leur coquille est de couleur verte à la superficie, et d’un très beau blanc d’ivoire en dessous. On profite de cette disposition pour y tracer divers dessins en camée.

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