CHAPITRE XXI
Des Mammifères , ou de la première classe des animaux .
Le nom de Mammifères, qui signifie porte-mamelles, indique d’avance le caractère principal des animaux auxquels on l’a appliqué. Comme nous l’avons d’abord fait connoître (676), ils ont tous des vertèbres, avec le sang ronge et chaud; ils respirent par des poumons; iis font des petits vivans, qu’ils nourrissent d’une humeur particulière qu’on nomme lait, et qui se forme dans leurs mamelles.
Ce n’est point assez de connoître ces caractères généraux, qui suffi voient, à la vérité, pour distinguer les mammifères de tous les autres êtres vivans : il faut, pour s’en faire une idée exacte, les comparer dans les diverses parties de leur organisation. Cette manière de les étudier servira en même temps à établir les différences essentielles qui les éloignent de tous ceux des classes précédentes; elle nous apprendra aussi dans quelles parties nous pourrons trouver les variations les plus importantes pour l’établissement des ordres. Nous allons donc considérer successivement, dans les mammifères, les organes du mouvemement, des sensations, de la nutrition, de la respiration, de la voix, enfin ceux de la génération.
La classe des mammifères est, sans contredit, celle qui présente le plus grand nombre de variations dans les organes du mouvement : il est, en effet, de ces animaux qui marchent, qui sautent, qui courent, qui grimpent, qui nagent, qui plongent, qui volent, etc., et qui jouissent de ces diverses
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facultés ensemble ou séparément. Les uns ont quatre membres, dont ils peuvent se servir pour marcher seulement, pour saisir les corps, et pour attaquer ou se défendre. D’autres n’en ont que deux principalement destinés au mouvement. Toutes ces actions s’exercent à l’aide des os et des muscles.
La charpente osseuse des mammifères est toujours essentiellement construite avec une échine, qui forme le tronc, et des membres dont le nombre et la longueur varient, mais qui sont à peu près composés des mêmes parties. L’échine , dite colonne vertébrale , porte constamment une tête ou renflement considérable, qui loge le cerveau dans une boîte osseuse, qu’on nomme crâne , et les principaux organes des sens dans une autre partie excavée, qu’on appelle face. Le cou est formé par sept vertèbres (i); le nombre de celles du dos varie beaucoup, il est de onze à vingt-quatre; celles des lombes, du bassin et de la queue présentent encore plus de différences, puisqu’en totalité on a trouvé les ,,deux extrêmes de onze à
quarante-six. Les cotes sont toujours appuyées sur un sternum ; le bassin ne manque que dans un ordre de cette classe, celui des Cétacés. Les membres présentent quelques variétés , principalement dans la composition de l’épaule, et dans le nombre et la disposition des doigts.
Quelques mammifères n’ont à l’épaule qu’un seul os, qu’on nomme omoplate ou scapulum , sur lequel appuie l’os du bras; ceux-là ne peuvent pas porter à la bouche leurs alimens avec les membres; d’autres ont de plus un os allongé, qui appuie sur le sternum , et qu’on appelle clavicule. Le bras n’est composé que d’un seul os nommé huméral. L’articulation qui vient
(1) On ne connoît encore que le paresseux à trois doigts , ou l’ai de la Guiane, qui en ait neuf.
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ensuite est presque toujours formée de deux os : on nomme l’uno.ç du coude ou cubital, et l’autre os du rayon ou radial. La main varie beaucoup pour la forme, pour le nombre des doigts, et pour celui des os qui la composent. On y distingue le carpe ou poignet, qui joint cette partie à l’avant-bras; puis le métacarpe, appelé quelquefois canon ; enfin, les doigts, dont les articulations, qu’on nomme phalanges , sont très rarement audelà de trois; et la dernière, qui supporte l’ongle, est à cause de cela désignée sous le nom d 'onguéal.
Comme le membre postérieur ou abdominal appuie sur la hanche , il n’y a pas de pieds de derrière dans les animaux à mamelles qui n’ont pas de bassin. La cuisse est toujours composée d’un seul os, qu’on nommefémoral. La jambe, qui correspond à l’avant-bras, est formée de deux os, l’un très fort, qui ne manque jamais , et qu’on appelle tibial; l’autre plus grêle, situé au-dehors, ne formant quelquefois qu’un petit tubercule à la malléole ou cheville du pied, est nommé péroné. Le pied de derrière est à peu près composé des mêmes parties que celui de devant. Mais on nomme tarse, la portion qui correspond au poignet; métatarse , celle qui vient ensuite; enfin, les doigts ou les orteils sont aussi composés de phalanges, dont le nombre, la forme et la disposition varient dans les différentes familles.
Les mammifères qui peuvent exercer le plus de mouvement, comme les singes, les chiens, ont un squelette composé d’environ deux cent quarante os , dont il entre à peu près moitié dans la structure de la tête, de l’échine, de la poitrine et du bassin; les autres os constituent les membres ; mais leur nombre varie beaucoup dans les diverses espèces : la tête, le cou et le bassin sont les parties du corps qui offrent le moins de différences à cet égard , tandis que la poitrine, et surtout la queue, ne présentent rien de constant.
Tous les os du corps des mammifères sont destinés à protéger quelques cavités , comme la tête , la poitrine , le bassin , ou à produire les mouvemens par lesquels ranimai transporte son corps et subvient à ses besoins. La tête s’articule ordinairement sur l’échine , au moyen de deux tubercules qu’on appelle condjles. C’est la première vertèbre qui tourne sur la seconde , et qui fait mouvoir la tête à droite et à gauche. La totalité de l’échine peut se fléchir ou se redresser, et se porter un peu de côté ; mais ces mouvemens ne sont bien sensibles que dans les régions du cou et de la queue. Les côtes se soulèvent les unes sur les autres; cependant les premières, du côté de la tête, sont presque toujours fixes. Le bassin n’est mobile que dans la famille des cétacés. L’épaule est retenue seulement par les chairs, clans les mammifères non claviculés; dans presque tous, à l’exception d’un seul genre, elle peut changer de situation. Le bras et la cuisse se meuvent presque en tous sens. La jambe et l’avant-bras ne peuvent que se fléchir, et s’étendre sur la cuisse ou sur le bras. La main et le pied, ou les pattes de devant et de derrière, sont susceptibles de divers mouvemens, qui dépendent de la manière de vivre, et qui indiquent si l’animal peut s’en servir pour saisir les corps ou pour marcher, voler, nager, etc.
Les principaux mouvemens du corps sont produits par des organes particuliers, qu’on appelle muscles. Ce sont des faisceaux de fibres rouges, qu’on nomme ordinairement chair ou viande : ces fibres sont toujours attachées à deux os différens; et, par une propriété qui les caractérise, elles peuvent, se contracter ou diminuer de longueur; de sorte qu’elles font nécessairement rapprocher les deux parties sur lesquelles elles sont fixées. Il v a autant de muscles, pour ainsi dire, que de positions diverses dans lesquelles les os peuvent se placer; aussi compte-t-on plus
de quatre cents muscles différens : ils sont toujours placés audehors des os. On nomme tendons les parties d’un blanc argenté qui font la continuité de la fibre rouge, et qui ne paroissent servir que comme des cordes de prolongement. En général , les os et les muscles font du corps des animaux vivans une sorte de mécanique en action, dans laquelle la charpente est formée par le squelette , et la puissance motrice est véritablement remplacée par les muscles.
Tous les mammifères ont un cerveau contenu exactement dans la cavité du crâne, et la structure de cet organe est beaucoup plus compliquée que dans tous les autres animaux. Il en provient douze paires de nerfs (i), qui vont se rendre dans des organes particuliers, et ce cerveau lui-même se prolonge dans le canal que forment les vertèbres , pour se partager au moins en soixante cordons nerveux, qui vont se terminer dans toutes les autres parties du corps.
La première paire de nerfs, qu’on appelle olfactive , se porte dans le nez : elle y pénètre par un grand nombre de
(i) Les vers sont pins faciles à retenir que la prose. Ceux qui suivent, quoique médiocres, expriment assez bien l’ordre et l’usage des dix paires de nerfs, telles qu’on les décrivoit avant les travaux de Vicq-d’Azir.
Olfactifs
Optiques
Moteurs des jeux . . .
Pathétiques
Maxillaires
Abducteurs des jeux.
Auditifs
Vagues
Gustatifs
Sous-occipitaux . . , .
Le plaisir des parfums nous vient de la première. La seconde nous fait jouir de la lumière.
La troisième à nos yeux donne le mouvement.
La quatrième instruit du secret d’un amant.
La cinquième parcourt l’une et l’autre mâchoire. La sixième dépeint le mépris et la gloire.
La septième connoît les sons et les accords.
La huitième au-dedans fait jouer ceut ressorts,
La neuvième au discours tient notre langue prête, Et la dixième enfin, meut le col et la tête.
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trous; elle se divise en filamens déliés, pour se distribuer dans l’épaisseur d’une membrane particulière qui tapisse la cavilé des narines, et se replie sur des lames osseuses qui présentent beaucoup d’anfractuosités. C’est ce qu’on nomme la membrane pituitaire : elle est toujours enduite d’une humeur visqueuse, qui arrête les molécules odorantes dont l’air peut être chargé lorsqu’il pénètre dans le poumon. Cette membrane qui , dans quelques animaux, est repliée dans un espace de trois centimètres carrés au plus, occuperoit, si elle étoit étalée, près de quatre décimètres d’étendue.
La seconde paire de nerfs se termine dans l’œil; aussi la nomme-t-on optique : elle s’épanouit dans l’intérieur de cet organe , et paroît destinée à percevoir la sensation des objets qui viennent s’y peindre. L’œil est une sorte d’instrument d’optique tellement disposé, que quand l’entrée , qu’on nomme la pupille, est ouverte à la lumière, s’il se trouve vis-à-vis quelques objets éclairés, ceux-ci viennent s’y représenter en petit, comme dans un miroir. On croit que le nerf , formant une membrane sensible derrière l’image qui se représente dans l’œil , communique à l’intelligence la sensation de sa présence. Ce qu’il y a de certain , c’est que dans l’œil isolé d’un bœuf nouvellement tué, les objets extérieurs se représentent très bien , quoique l’animal n’éprouve point la sensation de leur présence. La troisième, la quatrième et la sixième paire de nerfs se termine dans les muscles qui sont propres à mouvoir le globe de l’œil.
La cinquième paire de nerfs est une des plus grosses de celles qui sortent du crâne : elle se partage en trois branches, aussitôt qu’elle est séparée du cerveau; toutes trois sont destinées à donner le sentiment , et à porter la vie dans les diverses
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parties de la face et de la bouche : il paroît que c’est aussi là l’usage de la septième paire de nerfs.
La huitième paire de nerfs, qu’on a regardée jusque dans ces derniers temps comme la septième, se porte d’abord avec cette dernière, dans l’intérieur de l’oreille; mais elle s’y termine dans des canaux osseux , qui contiennent une pulpe molle, qu’on croit destinée à percevoir les sensations de l’air ébranlé. On sait en effet que les sons pénètrent dans l’oreille par la conque : ils sont arretés là par une membrane qui ferme le trou auditif, et qu'on nomme le tympan. Derrière cette membrane est une cavité, qu’on appelle caisse , dans laquelle Il se trouve une petite quantité d’air, qui s’y introduit par un conduit dont l’entrée est au fond de la gorge. Cette caisse du tympan communique par deux trous dans les canaux où est placée la pulpe médullaire; de petits osselets, articulés ensemble, et disposés en bascule les uns sur les autres, font ouvrir plus ou moins l’un de ces trous , suivant que le tympan est aussi plus ou moins ébranlé. On croit que la petite quantité d’air contenue dans l’intérieur de la caisse, éprouve à peu près les memes ébranlemens que l’air extérieur, avec lequel elle est toujours en unisson , et l’on explique par là comment s’opère la sensation de l’ouïe, car cet air ébranlé agit sur la pulpe médullaire, et on suppose que celle-ci , au moyen du nerf, en instruit aussitôt l’intelligence.
La neuvième paire des nerfs qui proviennent du cerveau , a été long-temps désignée sous le nom de vague : elle est principalement destinée aux organes de la digestion , de la circulation et de la respiration. La dixième va se perdre dans la langue avec une branche de la précédente et une autre considérable qui provient de la cinquième. C’est là que réside l’organe du goût. Il paroît que la sensation de la saveur s’opère
ïi.
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par une sorte de combinaison chimique, qui a lieu entre les molécules sapides des corps et les extrémités des nerfs qui s’épanouissent dans des papilles , ou dans les petits tubercules, dont la peau de la langue est hérissée. Ce qu’il y a de certain , c’est qu’il n’y a que les corps solubles qui produisent de la saveur, et qu’il est impossible, quand la langue est sèche , d’éprouver dans la bouche une autre sensation que celle du toucher ordinaire.
Les autrës paires de nerfs sont destinées principalement aux mouvemens généraux du corps : presque toutes se terminent dans les muscles. Ceux des membres, après être sortis de la colonne vertébrale, s’entrelacent en forme de réseau ou de plexus : ils se séparent ensuite pour aller se terminer dans des parties constamment déterminées sur chaque espèce d’animal.
Outre ces nerfs, qui proviennent du cerveau et de son prolongement, qu’on appelle moelle nerveuse ou épinière, les animaux vertébrés , sans exception , présentent un autre système nerveux, formé, de l’un et de l’autre côté , par un cordon unique principal, dont les filets s’unissent avec presque tous les autres nerfs du corps, pour produire des réseaux autour des grosses artères. On croit qu’il fait communiquer entre eux tous les nerfs : on l’a nommé , à cause de cela , grand sympathique ou trisplanchnique , parce qu’il est situé principalement dans les trois cavités où sont contenus le cerveau, les poumons, les intestins.
Les mammifères offrent entre eux les plus grandes différences par rapport aux organes de la nutrition : les principales dépendent de la nature des alimens qui leur sont nécessaires, et de la manière dont ils s’en saisissent. Pour bien concevoir ces différences, il faut d’abord étudier les organes
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de la mastication , qui indiquent par avance la conformation des autres organes destinés à la digestion.
La plupart des mammifères ont autour de la bouche des lèvres charnues et mobiles : ils s’en servent pour saisir les ali— mens, les porter à leur rencontre et les retenir. Leur mâchoire inférieure seule est mobile : le plus ordinairement toutes deux sont garnies de dents, mais la forme de ces dents et leur nombre varient beaucoup. On nomme incisives , celles qui sont placées en devant et taillées en biseau , de manière à pouvoir couper; laniaires , celles qui sont placées sur les côtés, ordinairement plus longues, pointues ou en forme de coin, et qui sont propres à déchirer ; enfin molaires , celles qui sont situées en arrière, et dont la partie supérieure ou la couronne varie , suivant la nature des alimens. Elles sont plates ou à tubercules mousses dans les animaux destinés à manger des substances végétales ; elles sont, au contraire, anguleuses et tranchantes chez ceux qui se nourrissent de la chair des autres animaux.
Ces dents se meuvent les unes sur les autres toutes les fois que la mâchoire inférieure se porte en avant ou de côté , et qu’elle s’abaisse ou s’élève à l’aide des muscles qui s’y attachent. Quand les mâchoires se meuvent , il arrive dans la bouche une grande quantité de salive que produisent des glandes placées aux environs. Cette humeur pénètre les alimens, que la langue retourne de manière à en former une pâte ductile, qu’ebe transporte alors en arrière du gosier, et qu’elle fait tomber dans la gorge, en produisant un mouvement de bascule. La nourriture pénètre ainsi dans Y œsophage, tuyau charnu, contractile, qui communique de la bouche à Y estomac, poche membraneuse située au-dessous de la poitrine, dans la cavité du ventre.
Quand cette pâtée alimentaire a séjourné quelque temps dans la cavité de l’estomac , elle s’y abreuve des liquides que les animaux y mêlent ordinairement, ou d’un suc analogue à la salive , qui suinte des parois de cet organe : elle est alors changée en une bouillie homogène , qu’on nomme chyme; elle passe ensuite par un autre orifice de l’estomac, appelé pylore , et dont le tube intestinal est la continuité. La première partie de ce tube porte, en totalité, le nom d ’ intestins grêles , parce qu’en effet leur diamètre est beaucoup plus étroit que celui de l’autre portion du tube qu’on appelle gros intestins.
La portion grêle du tube intestinal est intérieurement garnie de replis ou de valvules qui flottent dans sa cavité : il rampe sur leur surface un grand nombre de vaisseaux. On remarque surtout dans la partie qui est la plus voisine de l’estomac , des conduits ou canaux qui versent dans l’intérieur deux humeurs particulières: l’une, qui est aqueuse, analogue à la salive, est fournie par une ou plusieurs glandes qu’on nomme pancréas ; l’autre humeur est de couleur verte ou jaune, d’une saveur amère, avec des propriétés alcalines; on la nomme hile:e lie provient d’une très grosse glande qu’on appelle le foie. Ces deux humeurs se mêlent avec le chyme, qui est poussé dans le sens opposé aux valvules, et comprimé de toutes parts à l’aide d’une force contractile qu’éprouvent les parois des intestins grêles, mouvement qu’on appelle péristaltique , parce qu’il s’exerce à la circonférence, ou vermiculaire , parce qu’on l’a comparé à celui des vers de terre.
Quand on a eu occasion d’ouvrir des animaux morts au moment même où la digestion s’opéroit, on a observé que toute la surface des intestins étoit couverte de petits vaisseaux aussi déliés que des cheveux, et qui contenoient une humeur
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qu’ils paroissoient avoir absorbée dans l’intérieur du tube, mais par des extrémités si ténues, qu’il étoit impossible de les suivre à l’œil. Cette humeur est nommée chyle, et par suite les vaisseaux sont dits chylifères. Ils se rendent tous dans un canal commun, qui est placé dans la poitrine, le long de la colonne vertébrale, et qui va se terminer dans les veines. De sorte que la partie la plus fluide des alimens est absorbée par les vaisseaux chylifères, et entre ainsi dans la circulation sanguine. Il est probable que l’action péristaltique , qui force les matières alimentaires à avancer vers les gros intestins , et de ceux-ci vers l’anus , aide beaucoup l’action des vaisseaux absorbans, en exprimant pour ainsi dire le chyme, en le pressurant de manière à le priver presque entièrement des liquides qu’il contient.
Lorsque les alimens ont parcouru toute la longueur du tube intestinal , et qu’ils ont été entièrement privés des parties nutritives qu’ils contenoient, les animaux s’en débarrassent en les faisant sortir par une ouverture qui est toujours placée en arrière du bassin , et qui le plus souvent est uniquement destinée à cet usage.
Les poumons des mammifères sont constamment situés dans la cavité de la poitrine, qui est séparée du ventre par un muscle particulier à cette classe d’animaux; c’est ce qu’on appelle le diaphragme. Ces poumons sont formés par l’assemblage d’un grand nombre de petites vésicules dans lesquelles l’air peut entrer et sortir librement; ces organes sont renfermés, l’un à droite et l’autre à gauche, dans des membranes particulières , qu’on nomme les pierres : ils sont toujours séparés entre eux par l’agent de la circulation ou par le cœur.
Tous les mammifères connus ont une voix ; mais, chez eux,
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elle est produite à l’extrémité supérieure de la trachée ou d’un canal formé de cerceaux cartilagineux qui conduit l’air extérieur dans les poumons. Son orifice est placé vers la base de la langue ; car ces animaux n’ont qu’un larynx supérieur, ordinairement recouvert par un cartilage mobile qui fait l’effet d’une soupape, et qu’on nomme épiglotte . Ce cartilage s’abaisse toutes les fois que l’animal avale; il s’oppose à ce que les boissons et les autres alimens puissent tomber dans le conduit de l’air dont les demi-anneaux cartilagineux sont retenus en arrière par une membrane. Quelquefois l’air, chassé avec vibration par la glotte, pénètre dans des sacs particuliers, ou dans des cavités osseuses, qui augmentent, diminuent ou modifient beaucoup l’intensité de la voix.
Les individus de cette classe n’ont qu’un sexe ; ils s’accouplent; ils mettent au monde des petits vivans qui se sont développés, jusqu’à un certain point, dans le corps de leur mère; ils étoient contenus alors dans un organe particulier à la femelle, qu’on nomme matrice , et ils s’y nourrissoient de son sang, à l’aide de vaisseaux qui, d’une part, adhéroient par un grand nombre de petits orifices à la paroi interne de cette matrice, et qui, de l’autre, venoient aboutir à leur nombril. On nomme encore ombilic cette ouverture, située constamment au-devant du ventre. Les vaisseaux qui s’y rendent forment un cordon et sont appelés ombilicaux . Le nombre des petits que portent les femelles varie suivant les espèces. En général, les très gros mammifères n’en font qu’un seul à chaque portée, et leur nombre est ordinairement moitié moindre que celui des mamelles.
On appelle mamelles des organes situés sur le ventre ou sur la poitrine, et destinés à sécréter une humeur particulière dont le petit mammifère a besoin pour se nourrir pendant un
certain temps après sa naissance. Les mamelles ne se développent qu’à l’âge où ces animaux peuvent engendrer; elles existent dans l’un et dans l’autre sexe , et on les observe chez toutes les espèces. On appelle lait l’humeur qui se sécrète dans ces organes. Le lait est un liquide opaque, d’un blanc plus ou moins bleuâtre ou jaunâtre, onctueux, écumeux, d’une saveur douce, plus ou moins sucrée, portant une odeur fade et propre à chaque animai dont il provient. C’est une humeur très composée qui, lorsqu’elle est refroidie et gardée quelque temps, se sépare en trois parties : i°. en une sérosité qu’on nomme petit-lait ; 2°. en une matière qui se concrète et présente des caractères particuliers : c’est ce qu’on nomme fromage ou matière caseuse;, 3°. enfin en une matière grasse, onctueuse, d’un blanc jaunâtre , qui s’élève à la surface du lait qu’on laisse reposer dans un lieu frais, c’est ce qu’on appelle crème ou matière hutf reuse , parce que c’est de celle-là qu’on retire le beurre. La proportion de ces trois parties varie beaucoup dans les diverses espèces de lait, ainsi que celle d’une sorte de sucre qui leur donne des saveurs particulières.
On a partagé la classe des mammifères d’après les organes du mouvement et de la nutrition, et on les a rangés en quatorze familles ou groupes, dans chacun desquels se trouvent réunies les espèces qui ont le plus d’analogie par les habitudes et la manière de vivre. On en a formé d’abord trois sous-classes. Les espèces qui ont les pattes courtes, aplaties, changées en nageoires (Pl. y, fig. 36-37), et qui, par conséquent, vivent habituellement dans les eaux ou à leur surface, composent la première : toutes les autres ont des pattes propres à marcher sur la terre; mais chez les unes, les doigts sont enveloppés entièrement à leur extrémité, par une corne arrondie qu’on nomme sabot , de manière que ces pattes ne peuvent servir pour attaquer les autres animaux (fig. 3o-35); aussi ces mammifères se nourris-
sent~ils essentiellement de matières végétales : on en a formé la seconde sous-classe; enfin on a réuni dans la troisième toutes les espèces dont les doigts ne sont armés à leur extrémité que d’une petite portion de corne tranchante, pointue ou aplatie, qui est destinée souvent à attaquer d’autres animaux (PL i, fig. i-i 8) : aussi trouve-t-on parmi eux des espèces qui ne vivent principalement que de proie vivante, qu’elles déchirent avec leurs ongles. Ainsi les mammifères peuvent d’abord être divisés en Nectopodes, en Ongulés et en Onguiculés.
Deux familles bien faciles à distinguer partagent la sousclasse des mammifères à pieds palmés. Les uns ( Pl. v, fig. 36, a , b), comme les phoques et les morses, ont quatre pattes; ils peuvent se traîner un peu sur le rivage, on les nomme amphibies (1242). Les autres n’ont point de pattes de derrière (fig. 37, a y b, c y d) ; leur forme est semblable à celle des poissons , ils ne quittent pas l’eau : on les appelle cétacés . (1 235)
Les animaux à sabots peuvent être rapportés avec la même facilité à trois familles principales. Quand ils n’ont qu’un seul doigt ou un sabot (PL v, fig. 35), on les nomme solipèdes (1245); lorsqu’ils en ont deux (fig. 33, 34 ), ruminans ou bisulques (1249); enfin , s’ils en ont plus de deux (fig. 3o, 3i, 32), ils prennent le nom de pachydermes . (1267)
La sous- classe des onguiculés contient un beaucoup plus grand nombre de genres que les deux autres prises ensemble ; on l’a partagée en deux sections : dans l’une sont rangés tous les genres qui ont les trois sortes de dents ; à 1 autre appartiennent ceux auxquels il en manque une ou plusieurs sortes. Ainsi on appelle rongeurs (1276) ceux qui n’ont point de lamaires ( PL 11 , fig. 1 3) ; édentés (1274) ceux qui n’ont ni laniaires ni incisives (fig. 16) ; et tardigrades (1273) ceux auxquels
manquent les seules incisives (fig. i5\ Les onguiculés à trois sortes de dents, tantôt n’ont pas les membres distincts, étant réunis par une membrane en forme d’ailes ( PI. iv, fig. 6 et 7) , ce sont les chiroptères rK 1 3o6) ; tantôt leurs membres sont libres et propres à marcher. Alors ou ils ont un pouce séparé , ^ soit aux mains seulement (fig- 1, a), tels sont les bimanes (Chapitre xxii) ; soit aux pieds et aux mains (fig. 2 , 3, 4 , 5), tels sont les quadrumanes ( 1 3 « o ) : ou ces animaux n’ont pas de pouce séparé et opposable, soit qu’ils marchent sur le bout des doigts (fig. 11, 12, i3), comme les digitigrades (1290), soit qii’ils s’appuient sur la plante entière des pieds et sur la paume des mains (fig. 8 et io), comme ceux cjue l’on nomme plantigrades. (1298) a:
En analyse, voici le tableau des ordres et des familles de la
classe des mammifères.
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