SolipÈdes
un seulement
i3. Amphibies
^ quatre
réunis en nageoirer ou nectopodes : membres
aces
3i 4 DES MAMMIFÈRES CÉTACÉS.
Les Cétacés ont la forme des poissons ; la surface de leur corps est lisse et sans poils ; leur tête est grosse , portée sur un cou si court qu’on ne le distingue pas de la poitrine : leur queue est confondue à la base avec le ventre; elle est très grosse, et terminée par une nageoire aplatie (Pl. v, fig. 37, d). . Jamais ces animaux n’ont de pieds de derrière y ni rien qui tienne lieu de ces membres; ceux de devant sont courts, aplatis, et changés en une sorte de rame ou de nageoire (b). Ils vivent toujours dans l’eau; mais ils viennent respirer à la surface , en élevant dans l’air la partie supérieure de leur tête , sur laquelle se trouvent toujours placées les ouvertures des narines, qu’on nomme des évents. Chaque fois que ces animaux ouvrent la bouche pour saisir leur proie, il y pénètre une très grande quantité d’eau , qu’ils font sortir ensuite par l’ouverture même des narines , à l’aide d’une organisation particulière : aussi tous les cétacés se font-ils reconnoître au loin sur la mer, par l’eau qu’ils font jaillir à une hauteur plus ou moins considérable, suivant les espèces. Yoilà ce qui les a fait souvent désigner sous le nom de souffleurs.
C’est parmi les cétacés qu’on trouve les plus gros animaux connus, puisqu’il en est qui atteignent une longueur de plus de cent mètres, et qui doivent peser plus de cent cinquante mille kilogrammes : tous ont sous la peau un lard épais qui contient une graisse huileuse ; jamais ils n’ont d’oreille extérieure. C’est avec beaucoup de peine qu’on aperçoit chez quelques uns un petit canal qui conduit dans l’organe de l’ouïe. Tous se nourrissent de matières animales qu’ils avalent sans les mâcher : leur voix est une sorte de beuglement ou de mugissement sourd; leur larynx présente une disposition toute particulière; il s’avance en pointe, et pénètre dans l’intérieur Res narines. Ces animaux font un ou deux petits vivans, que
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la femelle allaite avec des mamelles situées au-dessous du ventre et très en arrière.
Quatre genres principaux partagent la famille des cétacés. Les organes destinés à saisir les alimens ont servi à former ces genres ; ainsi on a nommé baleines les espèces qui n’ont point de dents du tout, mais dont la mâchoire supérieure se trouve garnie de fanons f c’est-à-dire de lames de corne à bords effilés (Pl. ni , fig. 44 )• Toutes les autres espèces ont des dents, tantôt sur une seule, tantôt sur les deux mâchoires (Pl. 11, fig. 24 ) : quand on n’en remarque qu’à la supérieure, on nomme ces animaux narwals ; lorsqu’on n’en voit, au contraire, de bien distinctes que sur l’inférieure, on les appelle cachalots ; enfin , les cétacés qui ont des dents aux deux mâchoires sont des dauphins.
On connoît huit espèces différentes de baleines toutes ont deux évents séparés, sur le milieu du sommet de la tête. Ce sont les plus gros animaux connus; mais ils sont maintenant relégués vers les pôles, principalement dans les mers du Nord. On leur a déclaré une guerre de conquête, pour en retirer l’huile que recèle leur lard , et dont un seul animal fournit quelquefois plus de cent tonneaux, du poids de trois cents kilogrammes chacun ; ainsi que pour en obtenir les fanons , ou les lames de corne, qui garnissent leurs mâchoires , et qui sont employées dans beaucoup d’arts sous le nom de baleine. Le nombre de ces fanons est ordinairement de sept cents , et les plus courts ont plus de six mètres de longueur. La chair dé ces animaux est huileuse et désagréable : on ne mange que quelques parties de leur corps , comme le cœur et les nageoires. Leurs intestins desséchés deviennent transparens, et sont employés, dans le Groenland, pour remplacer les vitres; les tendons des muscles servent de ficelles; on fait , avec les crins des fanons, des
espèces de lignes pour pêcher, et les mâchoires des grandes espèces remplacent avec avantage les poutres et les solives des bâtimens. On dit que les baleines parcourent onze mètres par seconde, et qu’en vingt- trois jours et demi , elles pourvoient faire le tour du monde, en supposant qu’elles fussent toujours dans l’eau et qu’elles ne prissent pas de repos.
La tête des cachalots fait au moins le tiers de la longueur de leur corps: leurs évents sont rapprochés au-devant du museau, et n’ont qu’un orifice commun. Ces cétacés ressemblent beaucoup aux baleines, mais leur mâchoire inférieure est garnie de grosses dents pointues. On trouve principalement dans une cavité très étendue , située sous le museau, une substance analogue à la cire et à la graisse, c’est la cétine que i’on a désignée d’abord sous le nom d ’ adipocire ; on fait de très bonnes bougies avec cette matière, qui se réduit en poussière par le frottement, et qui rie tache point les étoffes sur lesquelles il en tombe quelques gouttes. On retire maintenant cette substance de presque toutes les huiles dites de poisson : on l’extrait du dépôt ou du pied qu’elles forment, lorsqu’on les conserve quelque temps dans des barils. On l’appeloit autrefois blanc de haleine ou sperma ceti. On croit que X ambre gris , qui est une matière très recherchée à cause du parfum agréable qu’elle exhale, et qu’on, trouve ordinairement flottant sur l’eau de la mer, est une sorte de concrétion biliaire ou d’excrément des cachalots qui ont été long-temps constipés par l’effet de quelque maladie. On trouve quelquefois des becs de sèche dans les masses irrégulières de l’ambre qu’on rencontre dans les gros intestins de ces animaux.
Les narwals ont les évents réunis sur la nuque, et de longues dents , en forme de défenses , placées à l’extrémité du museau : ces défenses sont sillonnées en spirale dans quelques
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espèces. Quoiqu’il y ait deux germes destinés à les produire, il ne s’en développe le plus souvent qu’une seule, qui atteint quelquefois plus de trois mètres de long (Pl. ni, fig. 4 6). On a désigné long-temps ces défenses de narvval sous le nom d’armes de licorne ou de dents de licorne de mer . On trouve principalement ces cétacés dans les mers du Nord : on en retire de l’huile et on mange leurs intestins. Les défenses fournissent une sorte d’ivoire très compacte.
Les dauphins sont, comme nous l’avons dit, les seuls céta^cés dont les deux mâchoires soient garnies de dents (Pl. n, fig. 24 ) : leurs évents sont réunis dans un seul orifice situé sur le sommet de la tête. Ces espèces ont en général de moindres dimensions; plusieurs se rencontrent à l’embouchure de nos fleuves. Ces dauphins sont très différens de ceux que les peintres et les sculpteurs représentent : leur queue ne peut se redresser, et leur tête, qui n’est pas aussi horriblement monstrueuse, n’a point de lèvres pendantes, ni les yeux protégés sous un énorme sourcil. Le marsouin est une espèce de ce genre; son museau est arrondi, court; tandis que celui du dauphin proprement dit , est pointai et surmonté à la base d’une sorte de repli de la peau.
La famille des Amphibies comprend toutes les espèces de mammifères à quatre pattes très courtes, dont les doigts sont réunis par une membrane et armés d’ongles distincts (Pl. v, fig. 36). Le plus souvent les pattes postérieures sont jointes entre elles et forment en arrière du corps une sorte de nageoire large, horizontale: leurs poils sont très ras et serrés. Ce groupe est entièrement artificiel. Quoique toutes les espèces aient de l’analogie par le milieu dans lequel elles vivent, puisqu’elles se trouvent presque toujours dans l’eau, d’où elles ne sortent que pour se traîner avec peine sur le rivage,
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il faut avouer cependant qu’elles diffèrent beaucoup entre elles par leur organisation intérieure. On les a partagées en trois genres , d’après les dents : tantôt les dents sont de trois sortes, comme dans les phoques ; tantôt d’une ou de deux sortes seulement, comme dans les morses et les lamantins.
Les phoques sont couverts de poils , ainsi que tous les mammifères de cet ordre : leurs pattes sont extrêmement courtes ; les antérieures consistent en une sorte de main, les os principaux étant confondus avec le reste du corps sous la peau; et leur bassin, ou leurs hanches, font peu de saillie autour du corps, qui se termine en arrière comme la queue des poissons (Pl. v, fig. 36); leur museau est arrondi, semblable à celui des chats: il est garni de moustaches ou de poils roides; leurs dents incisives, laniaires et molaires sont celles des carnassiers. Les phoques se nourrissent principalement de poissons : on les trouve dans les mers , surtout vers les pôles. L’espèce la plus connue en France est appelée veau marin , parce qu’on a cru remarquer dans la tête de cet animal quelque ressemblance avec celle du veau, principalement à cause de son large museau sans poils; elle s’apprivoise facilement. La chasse de ces animaux fournit la nourriture et le vêtement aux habitans des îles de Finlande, du Kamtschatka et du Groenland : leur peau est coriace, couverte de poils courts, roides, serrés, très laineux à la base. En Europe , on en fait des bonnets , surtout dans le nord de la France.
Les morses et les lamantins n’ont point d’incisives, ou quand ces dents existent , elles sont très petites, ou bien encore elles ne diffèrent pas des molaires. Ces animaux ont à peu près les mêmes formes que les phoques; mais leurs pattes de derrière, moins distinctes, sont confondues avec la queue , en une large nageoire qui termine leur cor ps , comme celui des cétacés ( Pl. v,
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lig. 36, ô). Ils se nourrissent de substances végétales; c’est peut-être pour cela qu’on a appelé le morse tantôt vache marine , et tantôt cheval marin. On les trouve dans les mêmes parages que les phoques. Beaucoup d’espèces sont armées de très longues canines (PL n, fig. 22) , dont la substance est un ivoire très dur et d’un beau blanc, que l’on emploie beaucoup dans les arts. Le cuir de certaines espèces, surtout celui du lamantin du Kamtschatka, est si épais, qu’on en fait des nacelles, des câbles de navire, des soupentes de carrosse très solides et fort recherchées.
Les animaux dont le pied est enveloppé dans un seul sabot (PL v, fig. 35, a, b) , et qu’on nomme à cause de cela Solipèdes , sont en petit nombre, et tous sont réunis dans le genre du cheval. Ils ont les deux mâchoires garnies des trois sortes de dents; mais leurs laniaires sont placées à une certaine distance des incisives et des molaires (PL 11, fig. 19); leur estomac est simple, et ils ne sont pas obligés de remanger leurs ali— mens ; les mamelles sont situées dans les aines , et leur queue est garnie de longs crins. On en connoît quatre espèces principales : le cheval, l’âne, le zèbre et le couagga. Le cheval proprement dit (dont la femelle est nommée jument et le jeune poulain ) se distingue des autres espèces en ce que sa queue est garnie de longs crins dans toute son étendue. On n’en trouve plus dans l’état absolument sauvage. Ceux que l’on rencontre en Pologne , en Amérique, réunis en grands troupeaux et conduits par un vieux mâle , paraissent être des individus redevenus sauvages. Les chevaux ne se nourrissent que de végétaux qu’ils arrachent et mâchent de suite. Dans l’état de domesticité la jument né pouline qu’à six ans, quoiqu’elle puisse être fécondée à deux. Elle porte onze à douze mois. Les poulains naissent assez développés pour marcher le jour même; ils ne tètent guère que six mois; ils n’ont des canines
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qu’à cinq ans; les incisives présentent un creux qui disparoît successivement sur chacune jusqu’à onze ou douze ans. On dit alors que le cheval ne marque plus; qu’il est rasé ou hors d’àge. Le cri naturel du cheval se nomme hennissement.
On se sert principalement des chevaux pour l’attelage et pour l’équitation. On nomme allures les différentes manières naturelles dont le cheval se transporte d’un endroit dans un autre; tels sont le pas, le trot, le galop et l’amble. Les chevaux sont extrêmement rapides à la course , ils ne le cèdent qu’aux grands chiens lévriers. On en a vu qui parcouroient quinze mètres en une seconde, et même jusqu’à dix-neuf mètres. Les chevaux, dans l’état de domesticité, forment plusieurs races qui diffèrent beaucoup pour les divers usages auxquels on les destine. Ceux de selle sont les arabes, les anglais, les andalous , les bidets normands, etc. On préfère pour les carrosses, les hollandais, les belges, etc. Pour le trait on recherhe ceux de Suisse, de la Sarthe, du Maine, etc. La charge à dos d’un cheval fort est de plus de douze myriagrammes , et il peut en traîner plus de deux cent cinquante. Beaucoup de parties du cheval sont utiles, même après sa mort. Les longs crins' de sa queue et de son cou servent à faire des brosses, des balais, des tamis, des toiles et des cordes incorruptibles, et à recouvrir des boutons; les plus courts sont employés pour bourrer les selles, remplir des coussins, des matelas. La chair du cheval n’est pas aussi bonne que celle du bœuf, mais c’est un aliment aussi sain; les os sont employés dans l’art du tourneur et du tabletier : le cuir est très coriace, très solide; on s’en sert principalement, lorsqu’il est tanné, pour les traits des harnois, les tmes de bottes.
L 'âne 11’a de poils allongés ou de crins qu’à l’extrémité de la queue; ordinairement il est gris, avec une croix noire sur
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le dos; ses oreilles sont très longues et très mobiles; il vit encore sauvage, principalement en Tartarie. La femelle s’accouple avec le cheval, et donne des bardeaux . La jument est aussi fécondée par l’âne, et produit des mulets ou des mules ; ce sont des espèces de bâtards desquels proviennent rarement d’autres petits. Cet animal a beaucoup d’analogie avec le cheval, mais il est moins difficile dans le choix de sa nourriture; sa voix est très différente chez le mâle et chez la femelle , et on la nomme braiement. Les ânes les plus recherchés sont ceux d’Espagne; les plus forts viennent de la Savoie et de la Toscane.
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Le zèbre , le dows , le couagga sont des espèces très voisines de l’âne ; aussi les a-t-on long-temps désignées sous les noms d 'ânes rayés. Leurs poils sont disposés par bandes allongées, brunes, sur un fond moins foncé ou tout blanc. On ne les trouve qu’en Afrique et dans l’état sauvage; ils s’accouplent avec l’âne. Ces animaux ne diffèrent entre eux que par la disposition des bandes , mais ils forment des troupes séparées. La voix du mâle ressemble à une sorte d’aboiement : on en voit rarement en Europe.
Les Ruminans, qu’on appelle aussi Bisulques, ou animaux à pieds fourchus, n’ont jamais de dents incisives à la mâchoire supérieure; ils en ont ordinairement six, quelquefois huit à l’inférieure (PL n, fig. 18 ). Tous n’ont que deux doigts à chaque pied (PL v, fig. 34); ils jouissent de la faculté de faire revenir leurs alimens à la bouche après les avoir avalés une première fois : voilà pourquoi on les a nommés ruminans. Les mâles diffèrent très souvent des femelles ; celles-ci ont les mamelles constamment placées entre les cuisses; elles ne nourrissent jamais que deux petits au plus et à la fois.
L’estomac des ruminans est formé de quatre poches qui
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communiquent toutes ensemble. La première, qui est la plus volumineuse, se nomme panse ou herbier ; c’est là que vont se rendre les végétaux que l’animal arrache sur la terre , et qu’il avale sans se donner la peine de mâcher. Les herbes se ramollissent dans cette cavité; lorsqu’elles ont été soumises pendant quelque temps à l’action de ce viscère, et que l’animal est tranquille, il s’occupe de les remâcher ou de les ruminer. Sa panse se contracte et fait passer dans une poche voisine, mais beaucoup plus petite, une portion de ces ali— mens, qui sont, pour ainsi dire, exprimés par l’action des parois musculaires de cette seconde poche, nommée bonnet. Ils se trouvent resserrés de manière à prendre la forme d’une pelote, qui, par un mouvement inverse de la déglutition, est reportée dans l’œsophage, et par suite dans la bouche, où l’animal la remâche avec soin. Lorsque ces alimens ont été suffisamment divisés par les dents et imbibés de salive , le ruminant les avale une seconde fois; mais alors l’œsophage les dirige dans une troisième poche, qu’on nomme feuillet ; c’est encore une petite cavité , ainsi nommée parce que ses parois sont garnies de lames rapprochées et parallèles entre elles , comme les feuillets d’un livre. Il ne paroît pas que la matière nutritive séjourne long-temps dans le feuillet ; elle passe bientôt dans la quatrième cavité, appelée caillette , parce que dans le jeune veau, le lait dont il se nourrit s’y rend directement , et qu’il s’y caille comme le fromage ; c’est le véritable estomac. Les alimens parcourent ensuite le reste du tube intestinal, et subissent toutes les autres altérations que nous avons indiquées.
Huit genres composent l’ordre des ruminans : pour les distinguer, on considère successivement si les espèces ont des cornes ou si elles n’en ont pas; ces dernières sont presque toujours armées de dents laniaires (PI. ni, fig. 21, 23). Lorsque ces dents sont courtes , et le pied large terminé par deux
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petits sabots, elles appartiennent au genre chameau : si, au contraire, les dents laniaires sont longues, et si les sabots sont entiers, elles forment le genre chevrotain ou musc; les espèces qui n’ont point de laniaires sont ensuite distinguées entre elles suivant que leurs cornes sont composées d’une matière osseuse , unie intimement avec la substance de la corne, et ne présentant point de cavité intérieure, c’est ce que l’on nomme des cornes solides ou des bois (PL vi, fig. 2 3 , 24 et 2 5 ) ; ou bien , selon que ces protubérances sont extérieurement revêtues d’un étui de corne, dans lequel se trouve un prolongement des os du crâne creusé intérieurement, et que l’on nomme une cheville osseuse (fig. 28, 29,30, 3 1 , 32, 33 ). Les ruminans qui ont des bois, ou les perdent tous les ans, c’est alors le genre du cerf; ou ces bois restent toujours couverts de la peau (fig. 34); ils sont persistans, comme dans la girafe. Les espèces à cornes
creuses ont été distribuées dans quatre genres : les uns, comme
les antilopes et les bœufs f ont la base de cette corne arrondie; elle est, au contraire , comprimée dans les chèvres et dans les brebis ; telle est la division de l’ordre des ruminans.
Les chameaux diffèrent un peu des autres ruminans; leur pied 11’est point séparé en deux doigts bien distincts ; il appuie sur une sorte de semelle calleuse, au-devant de laquelle on aperçoit, seulement deux petits sabots (Pl. v, fig. 33 b). Ils ont huit dents incisives en bas, et deux petites en haut (Pl. m, fig. 23); car, quoiqu’elles soient pointues, elles sont implantées dans l’os labial ou incisif : ils ont quatre canines et vingt à dix-huit molaires. Leur estomac est aussi divisé en une poche de plus, qui paroît être un appendice de la panse, dans lequel l’animal met en réserve une certaine quantité d’eau. Leur lèvre supérieure est fendue comme celle des lièvres; leur cou est très long et courbé en S; leurs jambes de derrière paroissent plus courtes et plus foibles que celles de
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devant; souvent ils ont des bosses sur le dos ou sur la poitrine. Les principales espèces de ce genre sont le chameau, proprement dit, ou delà Bactriane, le dromadaire, le lama, la vigogne et l’alpagne ou alpaca.
Le chameau turc , ou de la Bactriane, a deux bosses sur le dos ; sa couleur est brune. On le trouve encore dans l’état sauvage au Thibet et sur les frontières de la Chine. Les Mongols l’élèvent en domesticité, et l’emploient comme bête de somme, principalement dans les voyages de long cours au travers des déserts arides. Le dromadaire ou le chameau d’Arabie n’a qu’une bosse élevée sur le milieu du dos ; sa couleur est blanchâtre ou rousse, quelquefois grise. Les dromadaires ont, comme les chameaux, des callosités sur la poitrine ou aux deux principales articulations des pieds de devant et de derrière, par l’habitude où ils sont de s’agenouiller quand ils se couchent pour ruminer ou pour être chargés à dos. Un seul dromadaire peut porter trente-six à quarante myriagrammes , et parcourir un espace de quarante-quatre à cinquante kilomètres chaque jour; et même, quand cet animal est peu chargé , et qu’il n’a à traverser qu’un terrain sec et uni, il peut faire jusqu’à cent trente-deux kilomètres, et marcher ainsi huit ou dix jours consécutifs. On mange la chair des jeunes dromadaires comme celle des veaux ; on fait avec leur lait du beurre et du fromage : leur poil donne une bourre et un feutre grossier. En Égypte, on brûle leurs excrémens , et on en retiroit ainsi autrefois du sel ammoniac ou de l’hydrochlorate d’ammoniaque, qui sert beaucoup aux chaudronniers , et qui s’emploie dans la teinture et en médecine.
Les trois autres espèces dont nous allons parler n’ont encore été observées qu’en Amérique; elles vivent sur les montagnes les plus élevées , principalement sur les Cordillières. La
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-vigogne n’est guère plus grosse qu’une chèvre ; mais son cou est beaucoup plus long; elle n’a point de bosse; tout son corps est couvert d’une laine longue , soyeuse , de couleur brune ou rosée, avec laquelle on fait de très beaux draps : on ne l’élève pas en domesticité. Le lama n’a de bosse ou de callosité que sur la poitrine; ses poils sont courts. I! vit dans l’état domestique; on l’emploie principalement au Pérou comme bête de somme ; il porte plus de six myri a grammes sur le dos. YJalpaca ou Yalpagne ressemble à la vigogne : ses poils sont très doux et fins comme la soie; on en fait des étoffes très recherchées à cause de leur brillant et de leur mollesse; ce poil est peu connu en France.
L’animal qui fournit le musc , cette matière odorante qu’on a long-temps recherchée en Europe comme un parfum, est une espèce du genre clievrotain , qui est caractérisée par l’absence des cornes et la présence de longues dents laniaires placées sur la mâchoire supérieure et sortant de la bouche (PL ni, Fig. 21). Ce ruminant est de la grosseur d’une petite chèvre : il se trouve dans les montagnes boisées du Thibet et de la Sibérie méridionale. Il est sauvage; son poil est grossier, court , comme gauffré , et creux à l’intérieur : le mâle seul porte le musc dans un follicule situé à l’extrémité libre des organes de la génération. Le musc, tel qu’on le livre dans le commerce, est une matière sèche d’un brun noirâtre, d’une saveur amère et d’une odeur particulière très pénétrante , qui se retrouve dans beaucoup d’autres substances ou émanations animales : on l’emploie comme parfum , et en médecine comme stimulant. On nomme memina ou chevrotain , proprement dit, une autre espèce de ce genre, qui est le plus petit ruminant connu. Sa forme est très élégante et bien proportionnée. Il est extrêmement vif dans ses mouvemens et rapide à la course. On le trouve en Guinée et dans les Indes orientales. Les ha-
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bilans de ce pays se servent des pattes de ce joli petit animal comme de cure-dents ou de tuyaux de pipe, après les avoir garnies de cerceaux d’or ou d’argent.
La girafe est le plus grand de tous les mammifères terrestres
connus, car elle élève sa tête à six mètres, et peut brouter
les sommités des arbres. Ses jambes de derrière sont un peu
plus courtes que celles de devant ; et quand elle s’arrête ,
elle paroît assise sur la croupe. On ne connoît encore qu’une
espèce de ce genre. Ses bois , qui n’ont que dix-huit centimètres de haut, restent toujours recouverts de la peau, et ne tombent pas comme ceux des cerfs (Pl. vi, fig. 34 ). Son pelage est brun, avec des lignes fauves en réseau, ce qui a fait comparer sa peau à celle des léopards. On n’avoit, jusque dans ces derniers temps, observé cet animal que dans l’intérieur de l’Afrique, principalement dans la Cafrerie. Il vit dans l’état sauvage. Quelques individus ont été amenés autrefois en Italie; on en avoit conduit à Constantinople. Il y en a une maintenant vivant à Paris : c’est une femelle fort apprivoisée.
Le genre des cerfs est très nombreux en espèces ; on en rencontre dans les quatre parties du monde. Leur caractère est difficile à bien exprimer; car il ne se manifeste que chez les mâles à une certaine époque de l’année. Il consiste dans la présence des bois ou des cornes solides qui se développent à une époque déterminée , pour tomber lorsque la peau qui les recouvroit a été privée des vaisseaux qui servoient à la nourrir. Il est rare que les femelles portent des bois. Les principales espèces sont le cerf, le chevreuil , l’élan, le rhenne, le daim.
Le cerf proprement dit, ou \’élaphe,se trouve naturellement dans les forêts de l’ancien continent. Sa femelle se nomme biche , et le jeune s’appelle faon . Le mâle seul porte les bois
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ou les corues (Pl. vi, fig. a5). Vers six mois, on n’aperçoit encore sur la tète du faon que deux bosses ou tubercules; on le nomme alors un hère : à un an, ces tubercules se sont fort allongés; quoique simples, ils ont deux à trois décimètres de long. L’animai perd, à cette époque, la peau qui les recou vroit ; le bois reste quelque temps à nu , avant de tomber ; et le hère prend le nom de daguet. Quand le faon mâle arrive à la troisième année, il perd les dagues, et le bois qui les remplace, présente ordinairement trois ramifications, qu’on nomme andouillcrs (nTCrtn')* Pendant chacune des années suivantes , le bois, en se développant de nouveau, porte un andouiller de plus jusqu’à sept ans; de sorte que le bois des vieux cerfs est ordinairement composé de sept ramifications qui proviennent d’une tige commune (^, ft), nommée merrain. C’est dans le temps du rut que le bois se dépouille. Le mâle jette alors un cri particulier, c’est ce qu’on appelle raier ou bramer. Le mâle et la femelle ne restent point ensemble. Les biches portent à peu près huit mois. On n’a point encore entièrement apprivoisé le cerf; il est difficile à dompter. La chair de ces animaux est estimée, leur bois sert dans les arts pour faire des montures de coutelas, de serpettes, et des pommes de canne; raclée ou réduite en fragmens minces, on en obtient, par l’action de l’eau bouillante, une gélatine très saine et très nourrissante : c’est ce qu’on nomme gelée de corne de cerf. Les daims sont des espèces de petits cerfs, dont les mâles ont l’extrémité des bois aplatie d’avant en arrière, et dentelée postérieurement. Comme ces animaux sont soignés par l’homme , il V a parmi eux des variétés noires, et d’autres blanches qui se propagent. La peau du daim, préparée par les mégissiers, est très souple, d’un tissu serré et très solide, ce qui lui donne beaucoup plus de prix qu’à celle du chamois.
Les rhennes ressemblent beaucoup aux cerfs; mais la femelle
et le mâle sont armés l’un et l’autre d’un bois divisé en branches, dont la partie la plus élevée est aplatie et comme palmée (PL vi, fig. a3). On en trouve dans tout le nord des deux continens, principalement vers le Kamtschatka et le Spitzberg. On les nourrit en domesticité dans la Laponie. Les rhennes sont très utiles aux peuples de ces climats glacés: ils les attellent aux traîneaux, qui leur servent de moyens de transport sur la neige, et l'es femelles fournissent un lait agréable. Leur chair est , dit-on, fort bonne à manger : leur peau sert de vêtement , de toiture et de voile. Les rhennes se nourrissent de feuilles sèches et de lichens, qu’ils recherchent et trouvent eux-mêmes sous la neige.
Le genre des antilopes comprend aussi un très grand nombre d’espèces, dont la plupart vivent dans les pays chauds , et semblent préférer les lieux arides et montueux. Leurs cornes poussent par la base : elles ne tombent jamais. En dehors, elles sont revêtues d’un étui de substance cornée , comme dans le genre des bœufs; mais elles n’ont pas, comme ces derniers animaux, ce repli pendant sous la peau du cou, qu’on nomme fanon. Les espèces diffèrent beaucoup entre elles par la forme des cornes : tantpt elles se recourbent en arrière , comme dans le bubale , le gnou, le chamois (PI. vi, fig. 26); tantôt elles se dirigent en devant, comme dans le nilghaut , le nanguer. Quelquefois les cornes sont droites; tels sont les coudons, le pasan (fig. 28) : chez d’autres enfin, comme dans la gazelle commune , la corine , le tzéiran, ces cornes sont cour-
bées en manière de branches de lyre ( fig. 27, 29 ).
Les chamois, qu’on nomme aussi izards , vivent principalement sur les montagnes des régions tempérées de l’Europe. Ces animaux se réunissent en petites troupes. Ils recherchent de préférence les lieux les plus escarpés. Leur grosseur et leur
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taille sont à peu près celles des chèvres. Leur lèvre supérieure est comme fendue. On fait la chasse à ces animaux pour en avoir la peau, dont le tissu est mou et extensible : elle sert à faire des vètemens très chauds et très solides lorsqu’elle a reçu une certaine préparation, qu’on nomme chamoisage. La gazelle ordinaire se trouve principalement en Syrie. Elle est de la taille du chevreuil : son poil est ras et plus court que celui du chamois. Les gazelles sont sveltes, vives et légères. Leurs jambes sont longues, fines et déliées, et leur couleur est rousse en dessus, blanche en dessous : on voit souvent sur leurs flancs une bande de poils noirs, et leur oreille est marquée en dedans de trois bandes longitudinales blanches.
Les bœufs diffèrent des antilopes par le repli de la peau qui pend sous le cou , et qu’on nomme fanon. Ils préfèrent les lieux humides et marécageux. Us sont plus lents et moins sveltes que les antilopes. On n’en connoît bien que six espèces : le taureau , dont la femelle s’appelle vache , et le jeune, veau; le bison d’Amérique, le bœuf musqué , le bœuf à queue de cheval ou de Tartarie , et deux espèces de buffles.
Nos taureaux et nos vaches , qu’on croit être provenus d’une espèce sauvage, décrite par les anciens sous le nom d ’urus et d ’aurosh, et qu’on ne trouve plus maintenant en Europe , sont élevés en domesticité. On châtre les mâles pour en faire des bœufs , qu’on attelle à la charrue et aux voitures, et qu’on engraisse pour s’en nourrir. Leur chair, qui est très succulente, est mangée fraîche et salée. Leur peau, bouillie, donne de la colle-forte; tannée, elle sert principalement à faire des souliers : les poils entrent dans la composition de certains mortiers, et servent de bourre : leurs cornes sont employées par les tabletiers pour faire des peignes , des écritoires et autres ustensiles. On brûle leur graisse; on fait d’ex-
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cellent mastic avec leur sang, dont on retire aussi une couleur
bleue très précieuse > connue sous le nom de bleu de Prusse ; ce sang sert encore dans plusieurs arts chimiques, entre autres dans les raffineries de sucre et d’huile de poisson; leurs intestins, séchés, sont employés, dans certains pays, comme en Espagne, pour transporter le beurre, pour recouvrir des aérostats, pour battre l’or en feuilles très minces, et c’est ce que l’on nomme baudruche. Enfin, le lait de la femelle donne la crème, le fromage et le beurre.
Le bison vit en Amérique ; il a une très longue crinière et une bosse sur le dos: il ne se trouve que dans l’état sauvage, au milieu des bois marécageux. Le bœuf à queue de cheval , ou yack , est nourri en domesticité dans le Thibet; sa queue fait l’ornement des pachas, qui en font porter un certain nombre devant eux, suivant le rang qu’ils occupent dans l’Etat. Ces queues sont ordinairement blanches, garnies de très longs crins. Enfin , les buffles , qu’on rencontre en Asie, en Afrique, et qu’on élève aussi en domesticité, sont de couleur noire, et leurs cornes, couchées sur les côtés de la tête, sont très larges à la base.
Les chèvres ne diffèrent guère des brebis que parce qu’elles ont une barbe sous le menton. Leurs mâles s’appellent boucs ; ils portent une odeur très désagréable. Les chèvres préfèrent les montagnes; elles sautent très adroitement dans les lieux les plus escarpés; elles sont très vives. On les élève en domesticité , principalement pour en avoir le lait, avec lequel on fait de très bon fromage. Certaines variétés ont un poil soyeux et très long, dont on fait diverses étoffes. Le poil dit de cachemire provient d’une variété de chèvre du Thibet. La chèvre dite d’angora, fournit une sorte de lainage doux : 011 en fait des camelots et d’autres étoffes de laine d’un tissu très fin. Leur
peau est mince et solide; on la tanne pour en couvrir les souliers, et pour en faire du maroquin. Le bouquetin est une es^> pèce de chèvre sauvage ; on en rencontre quelques uns sur les Alpes ; leurs cornes sont beaucoup plus grosses et plus longues que celles des chèvres (Pl. vi, fig. 32.).
Le mâle de la brebis se nomme bélier , quand il n’a point été châtré; car alors il prend le nom de mouton. Les jeunes béliers et brebis se nomment des agneaux. On ne connoît plus cette espèce dans son état sauvage. On l’élève en troupeaux nombreux pour en obtenir la toison , qu’on tond tous les ans , et dont les poils frisés se nomment laine. Après avoir trié, lavé ces poils avec une sorte de savon pour les dépouiller d’une matière grasse et sale, qu’on nomme le suint , et qui en augmente quelquefois le poids de moitié, on en fait des étoffes, des draps; on en bourre les matelas. Leur graisse, blanche et cassante, sert principalement à faire de la chandelle; leurs intestins nettoyés , roulés et desséchés , font les cordes à boyaux. Les brebis à laine très fine sont nommées mérinos. Autrefois leur exportation étoit défendue en Espagne. On nourrit en Barbarie et en Égypte une espèce de brebis, dont la queue est très grosse et la laine peu frisée, mais dont la chair est agréable au goût. Un bélier ordinaire suffit à cent femelles; il n’y en a ordinairement qu’un seul pour chaque troupeau. Ces animaux passent pour stupides; ils ne vivent qu’une quinzaine d’années : leur voix se nomme bêlement ; elle est très monotone. On connoît six ou sept variétés distinctes , ou races de brebis. Les unes ont des cornes; les autres en sont privées; quelquefois il n’y a que les mâles qui en ont, c’est meme le cas le plus ordinaire. En général , les moutons du midi ont une laine plus fine et plus frisée que ceux du nord. I
Sous le nom de Pachydermes, qui signifie cuir épais, on a
33a DES MAMMIFÈRES PACHYDERMES.
réuni tous les mammifères qui ont plus de deux doigts, dont chacun est protégé à son extrémité par un sabot de corne. La plupart ont des incisives à l’une et à l’autre mâchoire ; souvent de longues laniaires et des molaires plates. Ils se nourrissent le plus ordinairement de substances végétales , mais leur estomac est simple; ils ne ruminent pas; leur ventre , comme dans tous les autres animaux à sabots, est très gros, et renferme des intestins longs et volumineux. Le nombre et la position de leurs mamelles varient. On les a distribués en cinq genres , d’après le nombre des sabots qu’on remarque sur leurs pieds. Tous ne comprennent que très peu d’espèces : les éléphans ont cinq sabots à tous les pieds (Pl. v, fig. 3o); les hippopotames et les cochons n’en ont que quatre (fig. 3a); et dans ce dernier genre deux doigts seulement posent sur la terre ; les tapirs en ont quatre devant et trois derrière ( fig. 3i, a, b ); enfin, les rhinocéros n’en ont que trois à chaque pied.
On ne connoît maintenant que deux espèces à’ éléphans,
l’une d’Asie ou des Indes, et l’autre d’Afrique. Elles ont beaucoup de ressemblance, et ne diffèrent guère que par les oreilles et les dents molaires (Pl. ni, fig. 33 d’Asie, et fig. 34 d’Afrique). Ces animaux se distinguent de tous ceux de cet ordre, parce qu’ils n’ont pas d’incisives proprement dites , car les deux défenses qui en tiennent lieu , par la manière dont elles ... sont implantées dans la mâchoire supérieure, se recourbant en haut, ne servent point du tout à diviser les alimens (Pl. 11, fig. 21 ). Les éléphans ont le cou trop court pour pouvoir atteindre leurs alimens avec la tête. La nature semble avoir
pourvu à cet inconvénient, en prolongeant leur nez en une
trompe charnue, mobile et: sensible, qui leur tient lieu de main , et avec laquelle ils peuvent satisfaire à tous leurs besoins (Pl. vi, fig. 22). La peau de l’éléphant est de couleur grisâtre, garnie d’un petit nombre de poils; elle est rude au
toucher, grenue, comme gercée et très épaisse; sa queue est longue, conique, sans poils ( Pl. vi, fig. io). Ces animaux ne perpétuent que très rarement leur espèce lorsqu’ils sont en domesticité. On les dompte lorsqu’on les saisit jeunes; ils deviennent alors assez dociles pour être employés aux transports. On les charge d’un poids de cent myriagrammes , et on leur fait parcourir, sans trop les fatiguer, un trajet de soixante à quatre-vingts kilomètres. Ces animaux nagent très bien; ils vivent à peu près deux cents ans. On n’est point encore parvenu à dompter l’espèce d’Afrique. Ce sont les défenses d’éléphans qui fournissent le véritable ivoire ; on le reconnoît aux lignes courbes losangiques que présente la tranche lorsqu’elle est polie. On nomme ivoire vert celui qui a été obtenu de l’animal immédiatement après sa mort; il est plus estimé que l’autre , qui provient de défenses trouvées long-temps après avoir été séparées de l’animal. On dit que le premier est moins sujet à jaunir. L’ivoire ou les morceaux de cette substance osseuse brûlés sans le contact de l’air, fournissent un charbon animal du plus beau noir, qui est employé avec succès par les peintres.
Le nom d’ hippopotame , qui signifie cheval de fleuve, a été donné à une espèce de mammifère que les Grecs paroissent avoir décrit. Cet animal a quatre incisives arrondies à l’une et à l’autre mâchoire , et deux laniaires, dont les inférieures sont plus longues et courbées en dedans (Pl. m , fig. 18). Il se trouve sur les bords des grands fleuves du sud de l’Afrique, et il se nourrit de végétaux; aussi l’a-t-on désigné sous le nom de vache du Nil; il est aussi gros que l’éléphant, mais beaucoup plus bas sur ses jambes, qui n’ont que quatre sabots. Son poids s’élève à près de deux cent cinquante myriagrammes. On ne l’a point encore dompté.
On reconnoît les cochons à leurs quatre sabots, dont deux
seulement portent sur la terre lorsque l’animal marche, et qu’il n’est point trop fatigué (PL v, fig. 3a, a, b). Tous ont un groin ou un museau mobile et tronqué qui leur sert à fouir la terre. La plupart ont des dents incisives, dont le nombre varie , et des laniaires , qui souvent sortent de la bouche , et servent de défenses (PL n, fig. 20). Les principales espèces sont le sanglier ou le cochon sauvage , dont la femelle s’appelle laye , et les jeunes , marcassins. Dans l’état de domesticité , cet animal change de forme; ses oreilles surtout deviennent pendantes. On en connoît plusieurs variétés. On appelle le mâle verrat, la femelle truie, et les individus de l’un ou de l’autre sexe, lorsqu’ils sont châtrés, sont nommés porcs. Il y a encore dans ce genre le pécari , le sanglier dé Éthiopie , le babiroussa ou cochoncerf, ainsi nommé parce que ses laniaires supérieures sont recourbées sur le front, et ressemblent, en quelque manière, au bois du cerf (fig. 20).
Le tapir ordinaire vit en Amérique : il ressemble beaucoup aux cochons; mais il marche sur quatre doigts en devant, et sur trois derrière. Son museau se prolonge en une sorte de trompe : il a dix incisives à l’une et à l’autre mâchoire , et point de laniaires saillantes (PL n, fig. 17). Il vit en domesticité, et procure aux habitans de l’Amérique une nourriture très succulente. Il détruit les reptiles, et principalement les serpens venimeux. Il atteint la grosseur d’une genisse de quinze mois , et il pèse jusqu’à seize myriagrammes. On a découvert dernièrement aux Indes, dans les forêts de l’île de Sumatra, une autre espèce de tapir plus grande, qui en diffère par la couleur de la peau qui est d’un gris blanc sur le dos , tandis que le reste est noir.
Le nom de rhinocéros, qui signifie nez cornu , a été donné à des animaux dont le nez est en effet armé d’une corne très
solide (Pl. vi , fig. 21 ), et dont les doigts de devant et de derrière portent trois sabots seulement. Ce sont de très gros mammifères, moins élevés sur les jambes que les éléphans, mais presque aussi pesans. On n’en connoît que deux espèces : toutes deux sont sauvages. On n’est pas encore parvenu à les dompter. Ils aiment les lieux humides , et se nourrissent de végétaux. Ils ont une force extrême dans la corne , avec laquelle ils déracinent de très gros arbres. Leur cuir est très épais, presque nu; il forme des replis. Les deux espèces sont distinguées entre elles par le nombre des cornes. L’une, qu’on trouve en Afrique, en porte deux, dont celle de derrière est plus courte. Elle n’a pas de dents incisives, ni de laniaires. L’autre espèce est d’Asie; elle ri’a qu’une seule corne et quatre incisives (Pl. ni, fig. 20). La substance de la corne est la même que celle des poils dont elle semble formée : il n’y a point de creux ni d’os dans son intérieur. On en fait des cannes, des montures de sabres : cette corne ressemble beaucoup à la matière des fanons de baleine.
Presque tous les autres mammifères ont , comme nous bavons vu , les doigts terminés par des ongles crochus ; mais ils diffèrent entre eux par la forme et le nombre des dents. On a nommé Tae.digr.ades les espèces qui n’ont point du tout d’incisives (Pl. m, fig. 25, et Pl. 11, fig. 1 5 ), et dont les doigts sont réunis jusqu’aux ongles, ordinairement très allongés et en forme de crochets (Pl. v, fig. 29, a, b). Leurs pattes de devant sont beaucoup plus courtes que celles de derrière; leurs mamelles sont situées sur la poitrine; et, quoique leur estomac soit divisé en quatre poches, ils n’ont point la faculté de ruminer les végétaux dont ils se nourrissent. Ils ne forment qu’un seul genre, c’est celui des paresseux , qui ne comprend que deux espèces. On les trouve toutes deux en Amérique. L’une a trois ongles à chacune des pattes, et se nomme l’ai ; l’autre n’a que
deux ongles aux pattes de devant, et elle est appelée unau. Ces
animaux grimpent sur les arbres, et se nourrissent de feuilles:
ils ont beaucoup de peine à marcher sur la terre; on prétend même qu’ils ne peuvent faire qu’une cinquantaine de pas en une journée. Leur voix est forte et lugubre. Leur tête arrondie, ressemble un peu à celle des singes. Souvent ils s’accroupissent et croisent les bras sur la poitrine ; ils ont alors une figure fort grotesque. On a trouvé au Paraguay, près de Buénos-Ayres , les débris d’un très grand animal, voisin du paresseux , qu’on a nommé mégathérium.
Les Edentés ont reçu leur nom de l’absence totale des dents incisives et laniaires. On n’en trouve aucune espèce en Europe, ils habitent l’Afrique, l’Amérique et la Nouvelle-Hollande. La plupart se nourrissent de fourmis ou d’autres petits animaux très mous. Il en est qui n’pnt point de dents du tout (PL 11, fig. 16), et qui font sortir de la bouche une langue allongée, cylindrique, enduite d’une humeur visqueuse, sur laquelle les termites, les fourmis, les abeilles, et les autres insectes qui vivent en société, viennent se coller lorsque l’animal plonge cet organe au milieu d’eux. Voilà pourquoi, en général, on a nommé ces animaux fourmiliers. Ensuite on a fait autant de genres qu’il y a de sortes différentes de tégumens. Ainsi on appelle phatagins ou pangolins les fourmiliers dont le corps est couvert d’écailles cornées, tranchantes, que l’animal peut redresser à volonté (Pl. vi , fig. 14 )• On n’en a encore observé qu’aux Indes et en Asie; d’autres ont des piquans sur le corps, à peu près comme ies hérissons : on en connoît aussi deux espèces; elles sont de la Nouvelle-Hollande; on les désigne sous le nom d ’échidnés ( Pl. v, fig. 26) : enfin, on a laissé le nom de fourmiliers , proprement dits, aux espèces qui ont le corps couvert de poils, et dont on a observé des individus en Asie, en Afrique et en Amérique. Cette dernière espèce, qu’on
nomme tamanoir, est un gros animal allongé, à pattes courtes, à pelage brun, avec une ligne oblique, noire, large, étendue de chaque côté sur les épaules, et une très longue queue à poils pendans (Pl. vi , fig. 3).
Le9 autres édentés ont des molaires seulement; tels sont les ornithorinques , les oryctéropes et les tatous. On n’a placé que provisoirement encore Y ornithorinque parmi les mammifères. Son nom, qui signifie bec d’oiseau, indique assez bien la forme du museau de l’animal (PL 11, fig. , a , b). Il est aplati , couvert d’une peau molle , comme dans les oies et les canards : ses pattes de devant sont très palmées ( PL v, fig. 25, «), celles de derrière le sont moins (b). Sa queue est très grosse , aplatie , couverte de poils ( PL vi , fig. 9 ). Cet animal habite les eaux douces de la Nouvelle -Hollande. O11 a nommé oryctérope une espèce dont les ongles sont plats, et le corps couvert de poils ; et on a appelé tatous et chïamydophorcs , d’autres animaux qu’on trouve principalement dans l’Amérique méridionale , et dont le corps est revêtu d’une sorte de test osseux, divisé par bandes et par compartimens, comme un ouvrage de mosaïque (P) , vi , fig. i5 ).
La famille des Rongeurs se compose de beaucoup de genres, qu’il est facile de reconnoître au premier coup d’œil, car le plus grand nombre présentent en avant deux dents incisives tranchantes à chaque mâchoire (Pl. m, fig. i/}, i5, 16, 17), puis un intervalle sans laniaires, et des dents molaires plates (PL ni, fig. 38,39,éo). Leurs pieds de derrière sont, en général, plus longs que les antérieurs Ils se nourrissent principalement de matières végétales, et leur estomac est simple, quoique leur ventre soit très gros et leurs intestins volumineux. Ils forment sept genres principaux, dont voici les caractères essentiels : les uns ont six incisives à la mâchoire
supérieure (PI. i, fig. 12), ce sont les kanguroos ; les autres n’en ont jamais que deux, comme à l’inférieure. Ceux qui ont le corps couvert de piquans sont appelés porcs-épics ; les autres sont velus. Parmi ceux-là on nomme lièvres les espèces dont la queue est courte, très velue, redressée (Pl. vi, fig. 11); les dents incisives supérieures sont doubles , et elles sont seules dans ce cas. Ensuite on appelle castors les rongeurs qui ont la queue écailleuse , aplatie horizontalement ; tous les autres ayant la queue autrement conformée. Ainsi les cabiais n’en ont point du tout, ou n’en ont qu’une très courte , tandis qu’elle est longue dans les deux autres genres. Les écureuils , par exemple, l’ont aplatie , très velue dans toute la longueur, et leurs dents incisives inférieures sont comprimées, tandis que les rats présentent des caractères opposés.
Les kanguroos sont des animaux de la Nouvelle-Hollande ; ils n’appartiennent à l’ordre des rongeurs que par la mâchoire inférieure (Pl. m, fig. 24 ), et par l’absence des dents laniaires; car ils ont six larges incisives à la mâchoire d’en haut(Pl. 1 , fig. 12). Tous ont les jambes de devant si courtes, qu’elles servent très peu à la marche (Pl. iv, fig. 17, a , b). On y voit cinq doigts garnis d’ongles anguleux et crochus ; mais leurs pattes postérieures n’ont que quatre doigts; elles sont d’une grande longueur et ont beaucoup de force, ainsi que leur queue, qui leur sert comme d’une cinquième patte. Les femelles ont sous le ventre une sorte de poche où sont placées leurs mamelles; elles y déposent leurs petits aussitôt qu’elles les mettent au monde. On en connoît maintenant plusieurs espèces ; l’une est nommée kanguroo géant ou mouton sauteur : sa tête ressemble à celle d’une biche; sa queue est presque aussi longue que son corps : l’animal s’appuie dessus, et s’en sert comme d’un pied (Pl. vi , fig. 1 2). Les autres espèces
sont plus petites , il y en a même une qui n’est, pas plus grosse que notre lapin ordinaire; on l’a nommée philandre.
Le seul nom de porcs-épics ou porte-épines indique le caractère de ces rongeurs. On en connoît plusieurs espèces. On nomme l’une à crinière ; elle vit dans les régions tempérées de l’ancien continent, et principalement dans le midi de l’Europe ; tout son corps est couvert de longs piquans, annelés alternativement de brun et de blanc (Pl. vi, fig. i3 ), dont les peintres se servent pour faire des entes à leurs pinceaux ; sa queue est courte et supporte des tuyaux vides, tronqués, portés sur un pédicule élastique. Lorsque l’animal meut cette queue , il fait sonner les tuyaux , et lance souvent à une grande distance l’urine qui y pénètre. Une autre espèce, qu’011 nomme coendau ou coendou , se trouve principalement au Brésil. Sa queue, qui est très longue, sert à l’animal pour s’accrocher aux branches. Les piquans de son corps sont courts. La chair de ces deux rongeurs est très bonne à manger.
Le genre cabiais comprend plusieurs espèces, qui toutes ont le corps ramassé, le poil court, luisant, les oreilles presque nues, arrondies. Les cabiais ne grimpent point, et ils courent sans sauter. Quelques uns paroissent avoir plutôt des sabots que des ongles (Pl. v, fig. 20, a , b ). On les a divisés en deux sous-genres. Les cabiais proprement dits, qui n’ont point de queue, et les agoutis , qui en ont une, mais très courte. Us sont tous originaires d’Amérique. Celui qu’on nomme vulgairement cochon d’Inde vient aussi du Brésil : on l’élève en domesticité. Il est ordinairement des trois couleurs, blanche, noire et rousse, distribuées par grandes taches. La femelle est très féconde; elle fait des petits tous les quarante jours. Un mâle suffit à douze femelles ; leur voix est une sorte de piaulement ou de sifflement.
3jo
On trouve des espèces du genre lièvre dans toutes les parties du inonde , et on les recomioît à leurs dents incisives supérieures qui sont comme doublées par d’autres , destinées à remplacer les premières lorsque celles-ci viennent à se rompre ( Pl. ni y fig. 17 ). On les a aussi divisées en deux sous-genres : celles qui ont les pattes de derrière beaucoup plus longues que les antérieures, conservent le nom de lièvres (PL v, fig. 19).; et celles dont les pattes sont à peu près égales en longueur, sont nommées lagomys. Le lièvre timide , dont la femelle s’appelle hase , et les jeunes, levrauts , est un animal cle plaine. Il reste couché, pendant le jour, dans un creux , à la surface de la terre : c’est ce qu’on nomme son gîte. U ne mange guère que de nuit : il a la vue et l’ouïe excellentes. Le lapin est une autre espèce qui Vit dans les bois, où elle se creuse des terriers. On élève cet animal en domesticité : on en voit de tontes couleurs; la variété dite d’ Angora a le poil long et soyeux. Les poils des animaux de ce genre servent à faire des feutres ou des chapeaux : la peau elle-même est recherchée pour la réduire , par la cuisson , en une sorte de colle commune employée dans la peinture desbâtimens. La chair du lapin est très estimée ; on la mange avec le sang : celle du lièvre est noire, celle du lapin est blanche. (1)
Le castor ou bièvre étoit autrefois , à ce qu’il paroît , fort commun en Europe; mais on en a presque détruit l’espèce.
(1) Les lapins blancs ont les yeux rouges: ils sont dans un état de maladie qui se propage par la génération. On connoît beaucoup d'exemples analogues chez les animaux; ainsi parmi les oiseaux, il n’est pas rare de voir de ces variétés, principalement chez les hirondelles , les pies, les merles, les alouettes, etc.; tels sont encore les souris blanches , les furets. Enfin, les albinos, les dondos , les chacrelats, les nègres blancs , sontr pour l’espèce de l’homme , des individus semblables.
DES MAMMIFÈRES RONGEURS. 34 r
On reconnoît facilement cet animal à ses pattes de derrière palmées ( Pl. v, fig. 23 ) , et à sa queue déprimée , comme couverte d’écailles (Pl. vi, fig. 8). Il est relégué dans les parties les plus froides des deux continens : il recherche principalement les bords des lacs et des fleuves , dont le courant est peu rapide ; il se nourrit de racines et d’écorces ; il nage et plonge très bien. Ordinairement, etlorsqu’ils ne sont pas trop inquiétés par les hommes, ces animaux vivent en société : ils construisent en commun des habitations souterraines, dont l’architecture est admirable : sûreté contre l’attaque, solidité intérieure, distribution commode des pièces, tout paroît avoir été prévu dans ces sortes de villes souterraines construites par les castors; mais onleur fait une guerre continuelle de destruction pour se nourrir de leur chair, qui est excellente, surtout celle de la queue, et pour obtenir leur fourrure, dont les poils soyeux, quoique courts, sont principalement recherchés par les chapeliers, qui en font des feutres fins et solides. Le mâle et la femelle portent en outre une sorte d’onguent musqué dans une poche particulière, située sous la queue; c’est ce qu’on nomme le casloreum : autrefois on s’en servoit beaucoup en médecine.
Les écureuils forment un genre très nombreux en espèces ; on en trouve dans toutes les parties du monde. Ce sont de jolis petits animaux, très remarquables par leur propreté, leur adresse et la finesse de leurs poils. La plupart vivent sur les arbres; ils se nourrissent de fruits et de graines, dont ils font des provisions; leurs dents incisives inférieures sont pointues, étroites et comme comprimées, et leur queue est garnie de poils longs, disposés sur deux rangs (Pl. vi,fig. 4). On les a séparés en deux sous-genres : ceux qui ont des membranes velues, étendues de chaque côté entre les pattes, et servant comme de parachutes lorsqu’ils se précipitent du haut des
arbres, se nomment polatouches ; et ceux qui ont les flancs arrondis sont les véritables écureuils . C’est parmi ces derniers qu’on a placé l’écureuil ordinaire; sa couleur varie, mais celle de la queue est toujours semblable au dos, et ses oreilles sont terminées par un pinceau de poils. La fourrure qu’on appelle petit-gris , et qui nous vient d’Amérique, a été enlevée à un animal de ce genre.
Linné avoit réuni , sous le nom de rats , toutes les espèces qui n’avoient pu entrer dans les genres précédées ; mais depuis on les a divisées en cinq ou six groupes, principalement d’après la forme des dents. Ainsi on a nommé marmottes , les espèces qui ont des molaires presque plates, tuberculées (Pl. ni, fig. 41), le corps ramassé et la queue très courte : campagnols et ondatras , celles qui ont les molaires sillonnées et la queue longue. Toutes les autres espèces ont les dents molaires échancrées; mais les unes portent une queue longue; d’autres en ont une très courte, ou n’en ont point du tout, comme les hamsters et les rats-taupes ou aspalax. Ceux de ces animaux qui ont une queue longue sont appelés rats , lorsque leur queue est écailleuse, presque sans poils (Pl. vi, fig. 5, 5, a ); quand leur queue est très velue, on les nomme loirs, si leurs pattes sont à peu près égales; et gerboises si celles de devant sont excessivement courtes, en proportion de celles de derrière.
Les gerboises , qu’on a aussi nommées dipodes ou rats à deux pieds , ressemblent un peu aux kanguroos par la forme générale du corps, et par la singulière disproportion des membres (Pl. iv, fig. 18, a , b)\ mais ce sont de véritables rongeurs. Leur longue queue est garnie d’une touffe de poils à la pointe : elles ne marchent que par sauts; elles se creusent des trous sous la terre , et ne sortent que de nuit. Les principales espèces ont été observées en Afrique. Les loirs , on rats a nez pointu ,
ne diffèrent des gerboises que parce que leurs pattes sont égales : ils grimpent parfaitement aux arbres, et se nourrissent de fruits, qu’ils portent à la bouche avec les pattes de devant; ils s’engourdissent l’hiver. Les principales espèces connues en France sont le loir proprement dit, qui est tôut-à-fait gris en dessus et blanc en dessous : le lérot , qui est aussi de couleur grise, mais avec une tache noire autour de l’œil et derrière l’oreille; et le muscardin ou croque -noisette , qui n’est guère plus gros qu’une souris, et dont la couleur est rousse en dessus et blanchâtre en dessous. On l’élève souvent en captivité pour s’amuser de son adresse et de sa vivacité.
C’est parmi les rats à queue rase et écailleuse qu’on a rangé, i°. le rat d'eau y dont les oreilles sont très courtes, la couleur grise , le poil fin : il a les mêmes mœurs que le castor; sa chair est très bonne à manger; 20. le rat ordinaire 3 dont le corps est noir et les oreilles allongées, presque nues; . la souris , dont la couleur est grise, et qui recherche l’habitation de l’homme, avec lequel elle vit en parasite; 4°* le mulot , dont la couleur est rousse en dessus, blanche en dessous, et qui vit ordinairement sous terre, dans les champs, dans les bois, sur les bords de la mer.
Les hamsters ont dans la bouche des poches ou sacs qu’on nomme abajoues ; leurs yeux sont très grands; ils n’ont presque point de queue. Ces animaux sont fort communs dans le Nord, surtout en Pologne et en Sibérie; ils se nourrissent de blé, ils enfouissent sous terre leurs provisions. Une espèce, qu’on nomme lemming dans ces mêmes contrées, voyage souvent en troupes de plus de quatre cents; ces animaux font beaucoup de dégâts dans les lieux où ils passent à la file les uns des autres. Les aspalax ou spalax paroissent être les taupes décrites par les anciens ; ils n’ont pas d’yeux du tout à l’ex-
térieur; cependant on trouve ces organes sous la peau : mais ils n’y sont pas développés; ils vivent toujours sous terre. L’espèce la mieux connue, qu’on nomme zemni 3 et qui n’a point d’abajoues, se trouve principalement en Russie.
U ondatra 3 qu’on appelle aussi rat musqué, est facile à reconnoître par sa queue longue et comprimée; il a les mêmes habitudes que le castor; ses oreilles sont courtes; il porte sous la queue un follicule qui contient une humeur très odorante : on le trouve en Amérique. Les campagnols ont laquelle courte, arrondie; les oreilles à peine saillantes. On les trouve dans les champs et dans les bois; ils se nourrissent de blé, de faînes, de glands, de noisettes. Les marmottes ont le corps ramassé, large ; une queue très courte; des dents molaires, tuberculées; cinq de chaque côté à la mâchoire d’en haut, et quatre seulement à celle d’en bas. L’espèce la plus commune se trouve dans les Alpes; elle se nourrit d’herbes et de racines, qu’elle porte à la bouche avec les pattes; elle vit en petites troupes qui amassent, pendant l’été , une grande quantité de foin, dans des terriers à plusieurs issues, où elles s’engourdissent l’hiver; leur chair est fort estimée; leur fourrure ne donne qu’une pelleterie commune. Le monax est une marmotte d’Amérique. Le boback et le soulick sont d’autres espèces du Nord. Les chasseurs de zibelines recherchent beaucoup leurs terriers pour prendre le foin et les racines succulentes qu’elles y emmagasinent.-
Tous les animaux qui nous restent à étudier sont carnassiers; ils ont les trois sortes de dents formant, sur l’une et l’autre mâchoire, une série non interrompue; elles sont en général plus étroites et plus serrées sur l’inférieure. Les doigts de ces animaux sont armés d’ongles crochus; leur canal intestinal est court, et leur estomac simple. Tous sont organisés de
DES MAMMIFÈRES PÉDIMANES. 345
manière à pouvoir se porter facilement sur leur proie; et le plus souvent un de leurs sens est plus perfectionné que les autres. Aucune espèce n’a les pouces séparés aux pieds 'de devant, à moins que les autres doigts ne soient réunis entre eux. Ces animaux sont en si grand nombre, que, pour les étudier avec plus de facilité, on a été obligé de les diviser en ordres secondaires, ainsi que nous l’avons vu (i 234). Un petit genre formé jusqu’ici d’une seule espèce de Madagascar qu’on nomme aye-aye ou chiromys , semble lier la famille des carnassiers à celle des rongeurs. Cet animal est très bizarre : il a deux grandes incisives à chaque mâchoire comme les rongeurs. Cinq doigts à chaque patte (Pl. iv, fig. 16), mais à celles de devant les doigts sont grêles et allongés, surtout celui du milieu, et le pouce des pattes postérieures est libre et opposable. L’animal est gros comme un chat : on dit qu’il marche la nuit et qu’il se nourrit d’insectes.
La famille des Pédimanes est peu nombreuse. Les animaux qu’elle renferme sont tous de la Nouvelle -Hollande ou de l’Amérique méridionale : on les reconnoit facilement à leur organisation. Tous ont le ponce séparé aux pieds de derrière; ils s’en servent comme d’une main pour saisir les objets, et surtout pour grimper aux arbres (Pl. iv, fig. 1 4 ). Ils ont sous le ventre, comme les kanguroos, une poche dans laquelle leurs mamelles sont placées, et où ils déposent leurs petits, qu’ils mettent au monde long-temps avant qu’ils soient assez forts pour subvenir à leurs besoins. Voilà pourquoi on les avoit d’abord appelés didelphes , nom qui signifie double matrice, et marsupiaux ou animaux à bourse. On a laissé celui de sarigues ou de didelphes aux espèces qui peuvent s’accrocher avecla queue , et qui l’ont, en général, dénuée de poils, au moins d’un côté. On a nommé dasyures les espèces qui ont la queue très velue , et enfin tarsiers ou mieux phalangistes les espèces
346 DES MAMMIFÈRES DIGITIGRADES.
dont la queue se termine par un flocon de poils, et dont les pieds de derrière sont grêles et allongés.
Les Digitigeades se nourrissent principalement d’autres animaux vivans : aussi la nature les a-t-elle doués de courage, de force, de ruse et d’adresse. Tous ont un tube digestif très court, le ventre allongé, les doigts armés d’ongles crochus. Ils ne marchent absolument que sur les doigts. Ils forment quatre genres. Ceux qui ont le museau court , arrondi , la langue couverte d’aspérités, et les ongles redressés quand ils marchent ; ce sont les chats ( PI. iv, fig. 1 2 , a , b). D’autres , comme les civettes , ont des ongles à demi rétractiles, le museau pointu, la langue hérissée de petites pointes, et un follicule qui renferme une humeur odorante. Les martes et les chiens n’ont pas les ongles rétractiles (Pl. iv, fig. i3). Le corps des premières est très allongé, bas sur jambes, et les dents incisives intermédiaires sont rentrées en dedans (Pl. m, fig. 12); les chiens , au contraire, ont les incisives latérales échancrées (Pl. 1, fig. 9), et le corps trapu ou élevé sur jambes.
On trouve des espèces de martes sur les deux continens. Elles se nourrissent principalement d’œufs , du sang et de la cervelle des petits animaux qu’elles étranglent. On les a divisées en trois sous-genres. Les loutres , qui ont les doigts de derrière palmés (Pl. iv, fig. 9) , les pattes courtes, la queue grosse à la base, le museau arrondi, la tête plaie. Elles nagent et plongent surtout très bien ; elles se non r rissent de poissons, et leur fourrure est très précieuse. Les belettes ont les doigts libres, les ongles courts, le corps et le cou allongés, le dos voûté (1). On con-
(1) La Fontaine a parlé plusieurs fois de la belette. Chaque vers est un dessin en miniature.
« Damoiselle belette au corps long et fluet