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TROISIÈME ORDRE

INSECTES NÉVROPTÈRES.

On désigne par le nom de Névroptères , des insectes qui ont quatre ailes nues, d’égale consistance, avec des nervures eu réseau, qui ont la bouche garnie de mâchoires, et non d’un bec ou d une trompe. Les métamorpohses sont un peu différentes dans tes trois familles qui composent cet ordre.

Deux sections comprennent ces insectes , et les partagent d’une manière fort commode.

Les uns vivent pendant quelque temps sous l’état parfait , et se nourrissent; ils ont en conséquence une bouche munie de mâchoires bien distinctes. Les autres, au cpntraire, naissent, s’accouplent, pondent et meurent le plus souvent dans la même journée. Ils ne mangent pas, et on ne peut pas voir les parties de leur bouche : aussi les a-t-on appelés agnathes (892.)

Parmi les névroptères dont la bouche est bien visible, les uns l'ont recouverte par les lèvres, comme par un masque; leurs ailes sont toujours étalées; ce sont les Odonates, demoiselles ou lubellules : tous les autres

ont la bouche à nu, et leurs ailes, dans l'état de repos, sont le plu.s souvent couchées en toit sur le dos; on les appelle, à cause de cela, tectipeunes ou stégoptères. (886.)

On nomme demoiselles ou libellules, des insectes à aile alongées , à peu près d’égale étendue, semblables à de la gaze, qu'on voit ordinairement voltiger avec une rapidité extrême dans les lieux humides. Elles se nourrissent d'autres insectes vivans qu’elles saisissent au vol. Leur accouplement présente une particularité très-singulière ; le mâle saisit sa femelle par le cou, ou dans l'intervalle de la poitrine avec la tête, au moyen' de deux crochets qui font l’office de grandes tenailles, et qui sont placés à l’extrémité de sa queue ; il s’envole ainsi avec elle, et il la force de venir appliquer son ventre contre sa poitrine où sont logés les organes sexuels ; aussi cet accouplement se fait il toujours pendant le vol. Les espèces de cette famille sont rapportées à deux genres principaux.

Les libelles qui ont la tête arrondie, presque aussi longue que large, le front vésiculeux et dont les ailes restent étalées horizontalement dans l’état de repos; et les agrions qui ont la tête transversale, le front plat, les yeux distans, globuleu::^ et les ailes verticales ou dressées dans 1 état de repos.

C'est dans l'eau des mares, des étangs et des petits ruisseaux, que les demoiselles déposent leurs cpufs. Il en naît une petite larve à peu près semblable à l’insecte parlait; mai,s sa b.ouche et ses mœurs sont bien différentes. La lèvre inférieure de ces larves est alougée (PI. v, fig. 14, d, d, e), et pliée trois fois sur sa longueur, armée en avant de deux crochets, que l'insecte peut porter tout à coup sur les corps qu'il veut saisir, et c’est toujours sur une proie vivante. Sous cet état de larve, il est le plus souvent couvert de boue, et R respire pur l’anus, qui est garni d’éçailles pointues (fig. 15,a, a) ; il se sert même île celte faculté qu'il a de faire entrer de l'eau par cet orifice et de l’eu chasser avec violence, pour changer de lieu d’une manière très-rapide. La nymphe est agile comme celle des insectes de l'ordre des hémiptères (fig. 13).

Les fourmilions, les hémérobes, les ter-

DES INSECTES NÉVROPTÊRES.

mues J les psoques j les raphidies ,\es panorpes et beaucoup d’autres genres, qui renferment des insectes très-curieux a connoître, appartiennent à la seconde famille, celle des tectipennes ou Stégoptères. La plupart proviennent de larves qui se nourrissent d insectes, auxquels elles tendent des pièges ou qu’elles attaquent de vive force : quelquesunes se filent un cocon ; mais la nymphe redevient mobile sur les derniers temps. Quelques espèces se développent sous l’eau ; d’autres restent cachées dans le bois 5 quelques unes s’enfoncent dans la terre.

Le nom de fourmilion convient mieux à la larve qu’à l’insecte parfait. Cette larve a une forme toute particulière 5 son corps est conique, pointu par derrière 5 sa tête supporte deux longues cornes , percées à leur extrémité, et qui lui servent à retenir et à sucer sa proie. Elle a six pattes, et elle se meut, principalement en arrière; elle se creuse dans le sable une fosse, en forme d'entonnoir, au fond de laquelle elle se place, les deux cornes écartées. Malheur à la fourmi ou à tout autre petit insecte qui vient à passer sur le bord de la fosse ! Le sable s’éboule sous ses pas ; il tombe dans l'embuscade :

bientôt il est saisi, sucé jusqu’à la mort, et son cadavre desséché est lancé à une grande distance, afin qu’il ne serve pas d’indice pour le piège qui attend d’autres victimes. Cette larve est deux années à se développer; elle se file une coque de soie recouverte de sable, et reste immobile pendant près de deux mois dans ce follicule. Au bout de ce temps, il en sort un insecte tout-à-fait différent, qui a près de cinq fois la longueur de la larve ; sa tête est garnie de deux antennes , en forme de fuseau; son corselet, bien distinct, supporte quatre ailes semblables à celles de la demoiselle; mais il ne vit sous cette forme que quelques jours, pendant lesquels il s’accouple et pond.

On a nommé aussi lions des pucerons, les larves à'hémérobes, parce qu’en effet elles se nourrissent de ces insectes , au milieu desquels on les trouve , sans que ceux-ci aient l’instinct de les éviter. Elles les sucent à l’aide dé leurs longues mandibules, qui sont percées à l’extrémité comme les crochets des araignées. Les hémérobes ressemblent aussi à des demoiselles ; leurs antennes

sont longues , en forme de soies, et la plupart ont des yeux très-brillans : l’espèce la plus commune exhale , lorsqu’on la saisit , une odeur très-fétide. C’est probablement un moyen de défense qu’elle emploie pour se préserver du bec des oiseaux. Ces insectes déposent sur les plantes , des œufs qui sont très singuliers ; ils sont supportés à 1 extrémité de longs pédicules , et groupés de manière qu'on les a pris souvent pour des plantes cryptogames.

On trouve, aux Indes et en Amérique, des insectes de l’ordre des névroptères, qu’on a regardés long-temps comme des fourmis blanches , ce sont les termites. On a observé parmi eux des mâles , une femelle, et un très-grand nombre d’individus, qu’on croit être des neutr es. Ceux-ci ont six pattes, une très-grosse tête, un {>etit ventre, et ils ne prenneut jamais d'ailes. Les mâles et les femelles ont la tête plus petite, et de très-longues ailes qui tiennent peu au corps. Quand une femelle est fécondée, son ventre se gonfle tellement qu’il lui est alors impossible de se traîner : elle porte plus de quatre-vingt mille œufs , et pèse deux mille fois plus qu’avant la fécondation. Les termites voyagent toujours sous des mines qu’ils Se creusent sous terre"; ils détruisent tout ce qu’ils trouvent en substances animales et végétales.; ils réduisent en poussière les meubles , les hardes, et ils font d’autant plus de toit , qu’on ne s’aperçoit de leurs ravages que lorsqu’il n’est plus temps d’y remédier.

fl y a bien en Europe quelques insectes voisins de ce genre ; mais ils sont petits. Ce sont les psoques qui détruisent les vieux meubles, les paniers d'osier ; on les appelle vulgairement les poux du bois. On croit que ce sont ces insectes qui produisent dans les boiseries qu'ils rongent, un petit son régulier de tic-et-tac, ce qui les a fait, par préjugé , nommer \horloge de la mort. On observe rarement ces insectes avec des ailes ; cependant la plupart en sont munis à une certaine époque de la vie.

Les raphidies sont des insectes très-extraordintiires par leurs formes : leur corselet et très-alongé; il supporte une tête

DES INSECTES

étranglée en arrière, articulée sur une sorte de cou. Ces parties sont mobiles dans tous les sens. Les raphidies n’ont aux tarses que quatre articles ; leurs antennes sont en fil : leurs larves et leurs nj'mpbes se nourrissent, comme elles, de petits insectes. Les panorpes ou mouches scorpions ont la bouche placée à l’extrémité d’une sorte de bec, cinq articles aux tarses , et les antennes en fil. On ne connoît pas leurs larves : elles se nourrissent d’insectes, qu’elles saisissent en volant, et qu’elles dévorent en s’arrêtant sur les branches des arbres.

Les phtyganes, les éphémères et quelques insectes voisins de l’un ou de l’autre de ces deux genres, composent la dernière famille, celle des Agnates , dans laquelle on ne distingue pas les parties de la bouche , parce qu’elles sont trop petites et indiquées seulement par les palpes. N’ayant pas d’organes propres à saisir leur nourriture , ils ne vivent pas long-temps sous cette dernière forme. Leurs larves se développent dans l’eau; elles ont des branchies qui servent à leur respiration aquatique. Leurs nymphes, quoique immobiles dans les premiers temps où elles ont pris cette forme, époque où elles sont très-molles, acquièrent peu à peu plus de solidité, et deviennent ensuite plus agiles,

Les phvjrganps ont les antennes longues ; elles vivent peu de temps avec des ailes : on les trouve sur le bord des eaux, dans lesquelles leurs larves se développent; ces larves sont herbivores ; elles se filent, comme celles des teignes , des fourreaux de soie, mais elles les revêtent, les unes de portions de feuilles , d’autres de brins de roseaux, plusieurs de graviers et de petits coquillages qu'elles y agglutinent. Ce fourreau est ouvert aux’ deux bouts , et l’insecte le traîne partout avec lui. Lorsqu’il est sur le point de se métamorphoser, il file aux extrémités des espèces de grillages ou de barreaux , qui doivent le défendre des injures extérieures. Les poissons sont très-friands de ces larves. On les recherche dans certains pays pour les employer comme amorce; on les nomme charées ou casets. Comme le fourreau des larves de quelques phryganes ressemble à une petite bourrée, ou à un fa-

ORTHOPTÊRES.

got de petits bois, il leur a fait donner le nom grec qu’elles portent.

La plupart des éphémères ne vivent qu'un seul jour sous l’état parfait. Ces insectes ont des antennes plus courtes que la tête ; les pattes de devant fort alongées,les ailes supérieures toujours étalées, les inférieures excessivement courtes ; leur ventre se termine par deux ou trois longues soies. Leur larve , qui a des espèces de branchies (1), vit dans la vase ; elle est près de trois ans à se développer. C’est principalement en été, et dans un même jour, après le coucher du soleil, que toutes les nymphes sortent de l'eau ; elles s’accrochent à quelque corps solide , et subissent dans l’air leur métamorphose. Il y a parmi elles plus de males que de femelles; quelques espèces s’accouplent dans l’air, et ne restent ensemble que quelques minutes ; d’autres pondent leurs œufs avant qu’ils soient fécondés , et le mâle les vivifie en se plaçant dessus. Ce mâle périt presque aussitôt ; la femelle se hâte d aller déposer ses œufs à la surface de l’eau , au fond de laquelle ils sont entraînés par leur poids. Le lendemain , dès l’aube du matin , toutes les éphémères sont mortes. Les rivières en sont couvertes : les poissons s’en nourrissent. Aussi les pêcheurs nomment-ils cette époque le jour de la manne.

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