‹ Élémens des sciences naturellesChapitre 111 sur 147 · PREMIÈRE SOUS-CLASSE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SOUS-CLASSE

POISSONS CARTILAGIHEtJX.

La première sous-classe des poissons comprend tous ceux dont l’échine est composée de parties flexibles , élastiques , beaucoup plus molles que les os qu’elles remplacent.

C’est ce qu'on désigne , avons - nous dit , sous le nom de cartilages j et par suite les poissons ainsi organisés sont appelés CartinAGiKEüx. La plupart de ces espèces pondent des œufs fécondés à l'intérieur, quelques unes même gardent ces œufs jusqu’à ce que les petits s'y soient développés ; de sorte qu’en apparence ils passeroient pour vivipares , quoique réellement il n’y ait que les mammifères dans ce cas. Dans un très petit nombre seulement, le corps est recouvert d’écailles proprement dites , ou de petites lames de corne placées en recouvrement les unes sur les autres : leurs dents sont trèsrarement enchâssées dans les os ; souvent elles sont disposées par plaques au - dessus de la peau des lèvres. Leur ventre est rarement protégé par de longues arêtes en forme de côtes.

Nous avons déjà vu que la situation des branchies , ou des poumons lamelleux des poissons , permettoit de les ranger dans deux grandes divisions j car clans les uns elles sont recouvertes d'un opercule osseux

qu'on ne trouve pas dans les autres ; ensuite il est des espèces qui ont une membrane commune réunissant les deux ouvertures branchiales eu dessous , taudis qu'on n'eu observe pas chez d autres. On parvient enfla à la détermination des familles d’après l'examen de la position ou l’absence totale des nageoires du ventre.

Il n'y a que deux familles dans le premier ordre , celui des Trématopsés , qui n'ont ni opercules , ni rayons dans la membrane qui recouvre leurs branchies, renfermées dans des sortes de poches musculeuses fixes, dont l’eau sort par des trous arrondis. Souvent ils ont des ouvertures particulières , nommées évens , par lesquelles arrive l’eau qui doit servir à la respiration. Les uns ont la bouche aiTondie , au bout d'un museau :

on les nomme Cyclostomes j chez d’autres elle est située transversalement en dessous , et on les appelle Plagiosto.me 5. Les premiers ont le corps cylindrique , nu , visqueux , sans nageoires latérales; ce sont les lamproies , les ammocètes , les eptatrèmes et les gastrobranches ou mjxines. La forme du corps varie beaucoup dans les autres ; ils ont toujours des nageoires latérales trèsdéveloppées , surtout les pectorales ; leurs catopes sont rapprochés , unis entre eux, ils entourent l'ouverture du cloaque : tels sont les raies , les squales et quelques autres genres analogues.

DES POISSONS CARTILAGINEUX

Les lamproies ou péiromyzons sont ainsi nommées, parce qu’elles s'accrochent aux pierres à l’aide de leur bouche, qui lait l'olfice d’une ventouse ; elles ont la peau du cou percée de sept trous, par lesquels sort l’eau qui a servi à la respiration. Plusieurs vivent dans les mers, et ne remontent les fleuves qu'à certaines époques. Elles se nourrissent de poissons morts ou d’autres animaux dont elles sucent le sang. Elles nagent mal et avancent dans le fond des rivières en s’accrochant avec la bouche. Leur chair est estimée ; on en connoît huit ou dix espèces.

Les gastrobrunches ont à peu près les mêmes mœurs que les sangsues -, on ne voit pas leurs yeux , et elles n’ont pour les branchies que deux ouvertux'es placées sous le ventre.

Les raies ont le corps plat. et l'ouverture des branchies en dessous. On lésa partagées en sept à huit genres, sous le nom commun d'hyporrèines ; tels sont les raies^ les pustenngiies, les torpilles, les niyliobates, les céphalopières, les rhines , les rhinobates, les scies. Les squales sont arrondis , et leurs trous branchiaux se voient sur le cou j on les a nommés , à cause de cela , pleurotremes ; tels sont les roussettes, les requins, les lamies, les rnilandres, les émissoles , les humantins , les lèches, les squatines et beaucoup dautres. Tous ces poissons ont de larges nageoires pectorales soutenues par des rayons articulés. Ces nageoires , dans quelques espèces, sont dix fois plus volumineuses que le reste du corps.

Les raies ont une bouche large, garnie d'un grand nombre de dents placées à côté les unes des autres, et dont la forme varie beaucoup. Leurs yeux sont munis d’une sorte de paupière. Ils s’accouplent réellement :

les œufs qu’on trouve dans leur corps, ou dans la mer après la ponte, sont de forme alongée,carrée, terminés aux quatre angles par de longs filamens cornés, de même nature que l’enveloppe générale : on désigne vulgairement ces œufs .sous le nom impropre de coussinets ou de souris de mer. On trouve les raies clans toutes les mers : on eu a vu du poids de plus de dix myriagrammes; elles vivent de crabes , de coquillages et d’autres poissons. Leurs larges nageoires leur don¬

nent la facilité de se mouvoir, le corps à plat, avec une vitesse extrême. Plusieurs paroissent avoir la faculté d'étourdir les poissons , par une sorte de commotion électrique .afin de pouvoir s'en emparer plus facilement j telle est, entre autres, l’espèce appelée torpille. Les raies sont un fort bon manger, surtout quand elles sont mortes depuis plusieurs jours.

La torpille, qu'on nomme aussi dans certains ports de mer trèmoise ou dormiUiouse, a le corps presque arrondi ou ovalaire, et la queue grosse, très-courte. On la trouve principalement dans la Méditerranée et dans le golfe Persique. Sa grosseur varie beaucoup.

11 en est qui pèsent plus de deux myriagrammes. La torpille est lente, se cache dans la vase pour épier les poissons, et les engourdir lorsqu'ils viennent à passer à quelque distance. L’espèce d'appareil électrique, à l’aide duquel le poisson produit cet effet, est situé aux environs des branchies, et enveloppé dans une forte membrane : c'est une aggloméiation de tuyaux plus ou moins auguleux, au nombre de plus de deux mille quatre cents, placés verticalement les uns à côté des autres. On ignore encore comment cet effet est produit, quoiqu on se soit à peu près assuré qu il dépend de l'électricité, et que le fluide qu’il produit est de la même nature.

C’est parmi les squales que se rencontrent les plus gros poissons connus ; car on en a observé du poids de deux cents myriagrammes.

On leur donne ordinairement les noms de chiens de mer, de requins; leur corps arrondi et terminé par une queue dont la grosseur diminue insensiblement, peut servir à les distinguer des raies , qui ont toujours la queue très-grêie. La plupart ont la peau rude , comme osseuse ; on s’en sert dans les arts pour polir les ouvrages de menuisei ie et de tour ; usée, polie et colorée, elle forme le chagrin et le galuchat dont ou i cvêt les boites et les gaines. Presque tous ces poissons vivent dans les profondeurs des mers ; ils ne viennent à la surface et près des côles que pour chasser. On a donné le nom de marteau à une espèce dont la tête fort large et portée en travers sur le corps, représeule en effet une sorte de marteau. Un autre squale qu on observe dans presque toutes les

DES POISSONS CARTILAGINEUX

mers, est remarquable par un museau plat, denté sur les côtés ; on le nomme espadon, vivelle ou poisson-scie ; sur un individu de quatre mètres de longueur, cette arme porte près de neuf décimètres. Les aodons sont, dit-on, des espèces de squales sans dents.

Quatre genres principaux de poissons, dont un seul est connu en France , appartiennent à la seconde sous-division, celle des Chismophés , qui n’ont pas d’opercules aux branchies , mais des membranes dont l’ouverture forme une simple fente sur les côtés du cou. Tous ont quatre nageoires paires; on les distingue d’après la position des catopes. Les lophies, les malthées ou trachodes, et les baudroies les ont sous la gorge ; les huListes, qu’on a subdivisés en monacanlhes et en alutères, les ont souvent réunies en une seule sous les pectorales, et les chimères près de l’anus, sous le ventre. Les lophies ontle corps nu,aplati sur les côtés, la bouche très-fendue et garnie de barbillons alongés, à l’aide desquels on dit qu’elles pèchent les petits poissons comme à la ligne. Cette disposition est surtout très-remarquable dans une espèce voisine de ce genre, mais dont le corps est très-plat et qu'on nomme baudroie.

On la désigne aussi sous les noms impropres de raie pécheresse, de galanga , de diable de mer, de crapaud-pêcheur. Les balistes ont la peau couverte d’aspérités et divisée par petits compartimens anguleux; leur bouche est petite, garnie de dents larges, semblables aux incisives, et le plus souvent au nombre de huit. Ces poissons se trouvent principalement dans les mers des pays chauds.

Les deux seules espèces connues jusqu ici dans le genre chimère, n’ont encore été rencontrées que dans les mers situées vers les deux pôles du nord et du Sud. Ce sont des poissons qui ont Beaucoup de rapports avec lès squales , surtout par le mode de leur reproduction.

On ne connoît que trois genres de poissons dont les branchies, couvertes d’un opercule, n'offrent pas de membranes branchiales, et qui appartiennent par conséquent à l’ordre des Élüiîthéropomes. Ce sont 1°. les poljodons, dont on n’a décrit qu'une seule espèce ; c’est un poisson pêché dans le Mississipi, remarquable par son museau prolongé en forme d une large feuille à nervures sail- Doméril.

lantes, qui se rapproche un peu des squales, dont il diffère d'ailleurs par ses branchies et par la présence d’une vessie natatoire trèsgrande; 2®. les pégases; 3’. les esturgeons, autrement dits acipensères, qui n’ont point de dents du tout. Ces derniers sont très-recherchés comme alimens ; ils vivent dans les mers, mais ils remontent les fleuves au printemps pour y pondre; ils sont très-féconds.

On prépare avec leurs œufs marines, un aliment très-recherché dans plusieurs pays sous le nom de cavial ou de caviar. La vessie natatoire séchée et roulée , se vend dans le commerce sous le nom de colle de poisson ou à'ichthjocolle ; elle est employée dans beaucoup d’arts. Les pégases sont de petites espèces voisines du genre précédept, dont le corps est aussi protégé par des écussons osseux, dont les nageoires ventrales sont remplacées par des ülamens, tandis que les pectorales sont larges et toujours étalées en éventail.

Les poisson.? cartilagineux du quatrième ordre, ou les Téléobranches, sont les plus nombreux. Tous , à la vérité , ont les branchies cachées par un couvercle et par une membrane ; mais ils diffèrent beaucoup entre eux par la présence et la situation des nageoires ventrales : ainsi il en est qui en sont absolument privés , et dont la peau est en général parsemée de grains osseux; on les nomme ostèodennes : d'autres ont les nageoires du ventre ordinairement soudées et situées sous les thoraciques ; ils sont appelés plécoptères : enfin il en est quelques uns dont les nageoires ventrales sont situées un peu en avant de l'anus , et dont le museau est ordinairement prolongé , ce qui les a fait désigner sous le nom A'aphjrostomes.

On a divisé la famille des Ostéodeemes en six genres, dont presque toutes les espèces ne se rencontrent que dans les mers des pays chauds. Il en est qui ont des nageoires impaires, et d’autres qui en sont privés.

Parmi les premiers , sont placés les singnathes, qui n'ont point de dents (1001’^) : tous les autres en ont tantôt plus de six , comme les ostracions ou coffres; tantôt quatre, comme les tétraodons ; quelquefois deux , comme les diodons. On a aussi placé dans cette famille un genre de poisson très-singulier , dont le corps est très-comprimé et

DES POISSONS OSSEUX

comme tronqué ; on l’a nommé mole ou cc~ phale.

On a appelé coffres ou ostmcions, des poissons dont le corps recouvert par une peau osseuse y est renfermé comme dans une coquille. Cette sorte de croûte est elle-même composée de plaques polygones; elle donne à la totalité du corps du poisson une foime triangulaire, quadrangulaire , pentagonale, qui constitue! une sorte de cuirasse percée de quelques ouvertures, seulement pour laisser se mouvoir les nageoires de la queue et de la poitrine : leur bouche est très-petite , munie de dix à douze dents coniques. Presque tous se rencontrent dans les mers du sud, ils vivent de mollusques et de crustacés. Ou mange la chair de plusieurs aux Indes et en Amérique. Les tétrciodotii n'ont que quatre dents, ou plutôt leufs mâchoires sont à nu , et souvent recouvertes d'une sorte d’émail; ils ont la faculté de se gouûer et de changer considérablement de volume; ce qui les a fait appeler boursouflus. Les dio~ dons , dont les deux mâchoires osseuses, nues, sont formées d’une seule pièce, ont le corps couvert de piquans ; aussi les appeilet-on hérissons de mer. Les céphales, qu’on a encore appelés poissons Lunes, ont les nageoires du dos et de l'anus Irès-développées, tandis que toute la queue est comme tronquée et représentée par une membrane ; leur bouche ressemble à celle des diodons et des tétraodons.

Les syngnathes forment une sorte de petite famille remarquable par la disposition et la structure des branchies qui, au lieu d'être aplaties en lames, constituent des sortes de grappes, de houppes ou de granulations ; l’opercule est retenu par une sorte de membrane qui ne laisse qu'une très-petite ouverture libre. L’eau arrive dans ces branchies par deux évens disposés en souspape. M. Cuvier les a désignés dans ces derniers temps sous le nom de lophobr-anches ; ce sont de très-petits poissons alongés, dont le corps est couvert d'une cuirasse osseuse, anguleuse, formée de plusieurs pièces ; iis se nourrissent principalement de verunsseaux , d'œufs de poissons. Comme les crustacés , iis portent leurs œufs dans une fente sous la queue. On en trouve plusieurs dans nos mers. Nos pêcheurs ne les prennent point,

parce qu'on ne les sert pas sur les tables.

L’une des espèces a été nommée cheoal-marin, ou plutôt cheual-cheniLle , hippocampe et d autres aiguille de mer^ tuyau de pipe,etc.

Il y a très-peu de poissons connus dans la famille des Plécoptèbes : on ne peut citer que les cyclopières ei les lépudogustères. Les premiers ont aussi reçu le nom de lampes.

Ou les trouve dans la mer, où ils se nourrissent de petits animaux. On a compté dan,s une femelle 207,700 œufs : on prétend que les nageoires ventrales, disposées enferme de disque , servent à l’animai comme d’une sorte de ventouse , qui le fait adhérer aux rochers , aux vaisseaux et même aux corps des autres poissons , surtout sur la peau des squales,

Les poissons à branchies operculées sans membranes, et à nageoii'es abdominales, que l’on désigne sous le nom d’ApiivosTOMEs, sont presque tous des mers de la Chine et des Indes. Les uns , qu’on nomme macrorhinques, ont des dents, et leur corps est couvert de grandes écailles osseuses. Ceux qui n’ont pas de dents, et dont le corps est trèscomprimé , sont nommés centrisques et so~ lénostomes . On en trouve une petite espèce dans la Méditerranée ; elle est désignée sous le nom Aesouffiet. Elle se vend à Piome dans les marchés ; sa chair est estimée. Ces deux derniers genres ont des écailles enluilées et paioissent encore , par d’autres caractères , s’éloigner des cartilagineux.

Page 1