DES OISEAUX RAPACES
nombre d'espèces , qu’il est fort difficile de distinguer entre elles ; cependant on a donné le nom de faucons proprement dits, à celles qui ont la première penne de l’aile plus longue que les autres , et dont le bec supérieur est échancré de chaque côté {PI. 1, fig. 2 ) ; tels sont le guerfaut, le hobereau, Yémérilloii, la cresserelle : tous les autres sousgenres ont la première penne plus courte.
On nomme aigles ceux qui on le bec alongé, crochu seulement à l’extrémité, comme le pjrgargue ou otfraye, le balbuzard ; autours, ceux qui ont le bec courbé dès la base , et 'les ailes plus courtes que la (jueue , comme Yéperrier , qui détruit principalement les aloueHe.s et les cailles ; buses . ceux qui ont les ailes au moins aussi longues que la queue, comme la bondrée, le busard des marais ; enfin , on nomme milans ceux qui ,out la queue fourchue et les ongles foibles.
Toutes les espèces du genre faucon ne sont pas propres à recevoir l’éducation que l’homme a su donner à quelques unes, pour en faire ses esclaves absolues et profiter de leurs facultés. Celles qui volent le mieux, qui ont le plus de vivacité et de courage, sont principalement instruite pour cette sorte de chasse, qu’on a nommée fauconnerie, parce qu’on y exerce surtout les faucons.
Cette éducation est longue et difficile ; il faut d’abord dompter l’oiseau, l’asservir, lui faire connoitre sa dépendance et l’inutilité de la révolte, par la privation des alimens et les entraves. On attache à ses pattes des grelots, afin que leur son trahisse partout sa présence. On l’accable de fatigues ; on le prive du sommeil ,• on l'excite continuellement pendant plusieurs jours • on l’accoutume à se laisser couvrir la tête d’un chaperon j on ne lui donne à manger, et en petite quantité, que lorsqu’il va chercher lui-même , attaché a la longe , le pat ou la nourriture qu’on déguise sous toutes sortes de formes. Enfin l’oiseau est esclave ; il reconnoît son maitre j il entend sa voix j il exécute ses ordres; il s’attache à sa personne. On l’accoutume peu à peu à connoître le gibier à la chasse duquel on le destine , en faisant couiir devant lui des lapins ou des lièvres , en lâchant dans les airs des perdrix ou d’autres oiseaux. Cependant on ne laisse chasser le faucon , entièrement libre, que lorsqu’il est parfaitement dressé et qu'il ne peut plus vivie sans son maître.
Alors on le porte sur le poing , la tête couverte de son chaperon : on ne lui rend la jouissance de la lumière que lorsqu'on veut le lancer sur quelque gibier. Aussitôt qu’il se sent délivré, il s'envole, fond sur sa proie, s’en empare , et l’apporte à la voix du chasseur.
L'ordre des Nodicoles ne comprend encore que les seuls genres qu'on nomme vautour et sarcoramphe. Tous ont le bas du cou garni de longues plumes , disposées comme une cravate , au milieu de laquelle ils peuvent retirer leur tête. Leur bec droit à la base n'est crochu qu'à l'extrémité , et leurs narines sont percées dans l'épaisseur de la membrane qu'on nomme cire; leurs ailes sont aussi longues que la queue. Ce sont des animaux voraces, peu courageux, qui se noun issent principalement de cadavres. Ils se trouvent dans les deux continens, mais principalement en Amérique et en Afrique : leur nid ou aire est composé de branchages et de bûchettes. Le roi des vautours , nommé papa , qui vit en Amérique, est un sarcoramphe remarquable par ses couleui-s. Ses paupières et sa cire sont aurores ; son cou et le sommet de la tête de couleur de rose (PI. l, fîg. I); ses tempes et sa nuque sont couvertes d’un du'et noir-mat. Le condor est une des plus grandes espèce du même genre; elle n’a été observée qne dans l'Amérique du Sud où elle .se plaît dans les plus hautes Andes du Pérou et du Chili. C'est un des plus grands oiseaux connus, car il porte près de six pieds d'envergure lorsqu’il étale les ailes.
LesNTCTÉEiHs ou \es chouettes, ont une tête très-grosse, portée sur un cou fort court et couvert de plumes : leurs yeux sont trèsgrands , dirigés en avant, à pupille trèslarge , mais se resserrant en fente à la lumière, et entourée de plumes formant audevant de la face deux concavités ; leur bec ( PI. 1, no 4 ), court, est percé à sa base par des narines que recouvrent des plumes roides et sans barbes ; leur face se trouve ainsi enveloppée dans une sorte de collerette de plumes à barbes très-lâche et comme désunies. On appelle ducs les espèces sur la tête desquelles on voit quelques plumes redressées en forme de pinceaux , tel est le hibou' on nomme chats-huants ou chouettes, celles qui sont privées de ces plumes, et qui ont
DES OISEAUX PASSEREAUX
la queue courte, carrée, comme Ve^rajre, la hulot^ et la chevêche qui sont rangées dans ce sous-genre ; car quand cette queue est longue ou étagée , ce sont des chouettesépervierj ou surnies. La plupart de ces oiseaux se nourrissent de petits mammireres , principalement de rats, de souris, de loirs et de taupes : ils chassent pendant la nuit ; dans la journée ils se retirent dans les troncs d'arbres, dans les trous des murailles et des rochers. La lumière les éblouit : ils sont avengles alors, et ne peuvent échapper à leurs ennemis. Quand Us .sont découverts par les petits oiseaus , iis semblent en devenir le jouet : tous ceux du voisinage pa* roissenl se rassembler pour venir les insulter. On a proUlé de ce penchant inné des passereaux pour la moquerie. On imite le cri des chouettes, des ducs ou des hibous, en frouant, à l'aide de certains instrumens ou d'une feuille graminée. On attire ainsi dans des pièges tous les oiseaux d’un canton. C'est ce qu’on appelle faire la chasse à la pipée,
On a rassemblé sous le nom de Passb- BBACx, des oiseaux qui ont entre eux , à la vérité , les plus grands rapports , mais qu’il seroit très-difficile de faire connoilre par un caractère commun qui ne conviendruil qu'à eux seuls-Voici cependant des signes qui peuvent servir aies distinguer ; ils ont quati'e doigts, trois devant et un derrière, ce qui les éloigne des grimpeurs ; leurs Urses sont foiblés, courts, ce qui les sépare des cchassiers ; leurs doigts externes seulement sont réunis par une très-courte membrane, tandis qu'on en voit une large et longue, dans l'intervalle de chaque doigt. chcï les palmipèdes, et qu'elle est étroite et courte dans les gallinacés; enfin, celte même réunion des doigts externes, avec les ongles et le bec presque droits . les éloigne des rapaces. A toutes ces notes d'exclusions, on |>eut ajouter que les passereaux ont, en général, des femelles plus petites et moins brillantes ; qu’ils vivent toujours par paires; que leurs petits naissant aveugles . .sans plumes , et qu'ils ont besoin de l’éducation de leurs parens,
Sept familles partagent l’ordre des passereaux ; deux d’entre elles comprennent les espèces dont le bec supérieur porte sur ses bords des crénelures plus ou moins profon¬
des. Quand il n'y en a qu'une on deiix (1) , on les nomme crénirosUts ; quand on eu observe plus de deux (2), on les appelle (ientifostres. Ou a divisé ensuite les espèces qui n’ont point le bec échancré , en celles qui l’ont solide , fort , non flexible, qui peuvent vivre de fruits et de semences ; et en celles qui ont un bec mince, foible, destiné à saisir des insectes très-mous ou à loger une langue propre à sucer le nectar des fleurs. Les passereaux de la troisième division sont nommés pléniroslres (3) , quand ils ont le bec droit, alongé, comprimé ; et cokiVostres (t), quand leur bec, de forme conique, un peu courbé , est plus court que la tète.
Ceux qui vivent d’insectes et du suc des plantes, ou ont le bec très-long, arrondi en forme de tube, ce qui les a fait nommer alors ténnù'Oitt'es (5) ; ou bien ils l’ont de la longueur de la tète au plus : alors, quand il est plat et très-large, ce sont des planùyistres (6) ; et quand il est arrondi, étroit, on le nomme subulù'osü^s (7).
Tous les passeroaux Ckésibostres dont le bec supérieur porte une ou deux échancrures au plus (PL l , fig. 3). se nourrissent d'insectes ou des baies de végétaux ; c'est parmi eux qu’on a placé les pie-grièches , les merles , et beaucoup d'autres moins connus en France, comme les^oiemouches avec lesquels on place les tyrans , les moucheroles , les tangaras , et c’est là qu’on range le hec et argent, le sepu'cotor ; enfin les cotingas, dont le plumage est remarquable par la vivacité des couleurs, et la manière dont elles sont distribuées, comme on le voit dans le pompadout', le cordon bleu.
Toutes les pie-grièches se nourrissent d’insectes , de lézards et de petits oiseaux ; leur voix est très-désagréable. Plusieurs espèces imitent assez bien celle de l'homme , mais sur un ton très-aigre , et comme venant de la gorge. Les espèces qu'on observe le plus
(1) Pt U, %. 30. 35 (1135).
(2) Pl.i, %.î>, n (1V3S).
(3) PI. I, Bg. 12,14. 15, 18 (1159).
(4) PI. I, fig. 7, 10, 13; Pt. ir, fig. 28,29: 32. 35, ,34 (1140).
(5) PI- 1, fig. 24, 25, 26, 27 (1150).
(6) PI. n, fis- 42, 43 (ll^S).
(7) PI. U. fig. 36, .39. 40, (1144).
DES OISEAUX PASSEREAUX
communément en France , sont la grise , la rousse et l’écorcheur ; elles font leurs nids dans les buissons ou sur les arbres ; elles attaquent les petits oiseaux pour dévorer seulement leur cervelle ; elles se nourrissent aussi de grillons , de hannetons 5 souvent elles empalent ou embrochent les gros insectes sur les épines des pruniers , aün de pouvoir les l’etrouver au besoin. On rapproche des pie-grièches le jaseur de Bohème, remarquable parla belle couleur rouge brillante qu’offre l’extrémité libre et élargie des pennes secondaires des ailes.
C'est dans le genre des merles ou lourdes^ qu’il faut ranger les gjîwes et les merles pi-opremeut dits. La gtwe ordinaire, la draine, la Utorne, le mauvis, se nourrissent principalement de baies de gui, de houx , de raisin; leur chant est agréable et sonore : ils vivent le plus souvent en société. Les merles ordinaires , dont le corps est noir ou brun et le bec jaune, aiment au contraire à vivre seuls. On les aprivoise facilement, et on leur apprend à siffler des airs. On rencontre des oiseaux de ce genre dans toutes les parties du monde ; on en connoît maintenant près de cent espèces. On observe quelquefois des merles blancs.
On ne trouve en Europe aucun passereau dont le bec porte plus de deux échancrures, et qui appartienne par conséquent à la famille des Dektirostres. Ceux qui pourvoient être rangés dans cette famille sont tous étrangers. Tels sont les calaos des Indes et de l'Afrique , qui ressemblent un peu au corbeau, mais dont le bec énorme est surmonté d'une sorte de casque osseux très-singulier ( PI. 1, fig. 9), le momot d’Amérique , dont les deux mâchoires sont également denticulées (fig- 11), et qui poi'te sur la tête des plumes de la plus belle couleur bleue, avec lesquelles les habitans de ce pays font des ornemens très-briîlans ; enfin les phytotomes (PL ni, fig. 70), dont on trouve une espèce au Chili, et une autre dans l’Abyssinie. Tous ces oiseaux se nourrissent de végétaux, qu’ils divisent, dit-on, avec le bec, comme avec une scie; ils font beaucoup de tort aux arbres, en détruisant leurs bourgeons.
Les corbeaux^ les rolliers, les paradisiers, Dcméril.
sont les genres les plus connus parmi les passereaux Pléwirosthes. On reconnoît les corbeaux à leur bec gros , droit et fort, et aux poils roides, couchés en avant, qui cachent leurs narines (PL ii, fig. 12) : leur voix est aigres et sonore ; ils ont l’odorat et la vue très-subtils. Quelques uns se nourrissent de charognes, mais la plupart se contentent d’insectes et de fruits, ils s'apprivoisent facilement , et ils imitent la voix de l'homme. On nomme particulièrement corbeaux ou corneilles, les espèces qui ont la queue non étagée, et le bec non échancré, comme le Jreux, le choucas, le casse-noix. On appelle pie, celles qui ont la queue étagée, et geais, celles qui ont une échancrure au bec supérieur. La plupart construisent leurs nids sur le haut des arbres ou dans les tours ; ils y pondent quatre ou six œufs, que les mâles couvent alternativement avec les femelles ; ils prennent soin en commun de l’éducation des petits, qu'ils chassent et méconnoissent quand ceux-ci peuvent subvenir eux mêmes à tous leurs besoins. Les rolliers ne diffèrent des geais que parce que leurs narines sont à découvert ( fig. 18) : ce sont des oiseaux des pays chauds. Les mainates sont semblables aux rolliers par le bec , mais leur tête est chauve en partie, et garnie de proéminences charnues de couleur jaune ; ce sont des oiseaux de Java qui imitent parfaitement le langage de l'homme dont ils répètent des phrases entières à l'instant même.
Les paradisiers (fig. 15), ou oiseaux de paradis , sont de très-belles espèces qui vivent sous la zone torride. Leur nom vient de ce que les sauvages, qui en vendent les dépouilles , pour faire des panaches et des aigrettes, ayant l’habitude de leur enlever les pattes ( PL iv, fig. 3 ), on a cru que cesoiseaux n’en avoient pas ; puis on a dit qu'ils ne pouvoient se reposer; qu’ils voloientcontinuellement, et qu’ils ne se nourrissoien t que de rosée. On distingue encore dans ce genre, parmi les plus belles espèces, le sifilet, \e manucode, le superbe, le magnifique , etc.
Les moineaux, les bruans, les gros-becs, les étourneaux, les loriots, enfin tous les petits oiseaux de notre pays, qui se nourrissent de graines , et qui ont le bec court, conique , appartiennent à la famille des CosiROSTRES. Les étourneaux, et les loriots ont le bec presque aussi long que la tête
258 DES OISEAUX
( PI. Il, fig. 28) : les autres l'ont beaucoup plus court. Chez les premiers , il est un peu aplati, et les narines sont recouvertes d’une sorte d'opercule. L’espèce la plus commune, qu'on appelle sansonnet, a le corps noir, ponctué de blanc, et le bec est jaune dans le mâle. Elle se réunit en grandes volées pendant l’automne et I hiver. L’été elle fait son nid dans les trous des vieux murs ou dans les colombiers On apprivoise facilement cet oiseau : on lui apprend à parler et à siffler. Les mâles , qu’on nourrit en cage, sont sujets à une sorte de mai caduc ou d’épilepsie. Les loriots f qu’on nomme aussi troupiales , ont le bec alongé , se prolongeant sur le front, à base presque cylindrique ( PI. 1 , fig. 13 ). La plupart des espèces vivent dans les pays chauds. Elles se nourrissent de fruits , et principalement de la pulpe de ceu.v à noyau. Presque toutes suspendent leurs nids à l’extrémité des branches. On n’en a observé qu'une seule espèce en Europe; elle est jaune, avec une sorte de bride et la plus grande partie de l'aile de couleur noire ou brune.
Le genre àes Ji'ingilles ou des moineaux est très-nombreux ; il comprend de jolis oiseaux qui vivent principalement de graines , et dont le bec est court, fort , non renflé (PI. Il, fig. 37), avec l^tnandibulerecouvrant la mâchoire. C’est là qu'on a placé , {«< le pinson , dont le ramage se fait surtout entendre au printemps, qui construit son nid sur les arbres avec beaucoup d’art ; le recouvre au-dehors de mousses ou de lichens, et fait entrer en dedans de la laine , du crin et des plumes; 2°. le chardonneret, qui a reçu son nom de la préférence qu’il semble donner aux graines du chardon poursa nourriture, et qui vil en société après la ponte; 3". le serin , originaire des îles de la mer Atlantique, et principalementdes Canaries, qui s’élève en domesticité à cause de son chant agréable et mélodieux : cet oiseau est si docile, qu’on lui apprend à répéter les airs les plus difficiles , à l’aide d'un instrument à vent mécanique , dont les tuyaux produisent à peu près les memes sons que son gosier; les linotes, qui ont aussi reçu leur nom de la graine de lin, qu’elles paroissent rechercher , et qui font très-adroitement, dans nos buissons d'épines , un nid composé avec la laine que les moulons abandonnent sur les troncs des arbres et sur les
passereaux.
buissons; 5". enfin les mot'neawr ordinaires, lesj'riquets, les tarins, et beaucoup d’autres qui sont très-connus en France , comme en Asie et en Afrique les bengalis et les sénégalis.
Les emhérizes et les bruans res.semblent beaucoup aux moineaux, mais leur mâchoire est plus large que leur mandibule ; c'est dans ce genre qu'on a rangé les ortolans.
La plupart des espèces sont, en France , des oiseaux de passage dont la chair est trèsrecherchée. Le projer ( PI. n, fig. 34) ; le bruant ordinaire , vulgairement appelé vercf/’erdans quelques départemens ;les veiu>es, qui sont des oiseaux d'Afrique qui toutes ont du noir dans le plumage et de longues plumes à la queue, et beaucoup d’autres passereaux appartiennent à la même division des coniro.stres.
On a réuni sous le nom de loxies ou de gros-becs tous les passereaux qui ont le bec court , robuste, très-renflé à la base (PI. u , fig. 32). On a nommé ensuite becs-croisés, les espèces qui ont les deux mâchoires placées obliquement l’une sur l’autre en forme de tenailles (P. ii, fig. 33). Cette disposiiion du bec donne h ces animaux beaucoup de facilité pour extraire des cônes ou des fruits d'arbres verts , les graines dont ils se nourrissent. On a appelé bouvreuils les espèces dont le bec supérieur court, est plus long cependant que l’inférieur, sur lequel il est courbé , à peu près comme dans le perroquet. Enfin , on désigne plus particulièrement sous ce nom de gros-bec, le.s espèces qui ont les mandibules presque droites (PI. ir, fig. 32). Ce sont des oiseaux qui vivent dans les bois, ordinairement réunis par paires, lisse nourrissent de pépins,de fruits, et des amandes contenues dans les noyaux ligneux des (irupes et des noix, qu'ils cassent facilement et avec une adresse étunnante. Beaucoup d'espèces étrangères se font remarquer par la vivacité de leurs couleurs; telles sont, entre autres , celles qu'on nomme cardinaux, qu’on appoi'le souvent d’Amérique, mais qui ne se propagent point en Fi’ance.
Presque tous les oiseaux qui sont réunis
DES OISEAUX PASSEREAUX. 259
sous le nom de Scbdurostres , oui un bec foible, pointu, qui ne leur permet point d’écraser les graines : ils se nourrissent des plus petites semences de fruits mous et d'insectes. On les distingue d’après la longueur de leur bec : ainsi les manakins et les mésanges l’ont très-court, ou tout au plus du quart de la longueur de la tête (PI. ii, fig. 40,41) ; les alouettes et les becs-fins (fig. 36) ont un bec qui forme presque le tiers de la longueur du crâne.
Les pipvas ou manakins ont la queue extrêmement courte. Ce sont des oiseaux trèsremarquables par la beauté de leurs couleurs . et par leur chant si mélodieux , qu'il a fait donner à quelques espèces le nom d’organistes. Ils vivent presque tous en Amérique. Le plus grand nombre ont les deux doigts extérieurs réunis par la peau jusqu'à la seconde articulation { PI. iv , fig. 5). On rapproche des manakins , les rupicoles ou coqs de roche qui sont de très-beaux oiseaux des terres les plus méridionales 5 l’un du Pérou est entièrement d’une belle couleur jaune orangée , l’autre de Sumatra est d’un vert malachite très brillant J tous deux ont la tête ornée d’une huppe de plumes dressées , en forme de crête courte , au moins dans les mâles. On place encore près des coqs de roche, un très bel oiseau du port Jackson qu'on appelle la Ijre ou ménure, parce que la queue du mâle est garnie de plumes très-longues dont les deux extérieures surtout sont agréablement disposées comme les branches d’une Ijre j son bec est représenté (PI. m, fig. 75). Les mésanges sont des oiseaux de notre pays : la plupart ont une queue alongée. La vivacité de leurs mouvemens , leur agilité, leur adresse, leur courage, leur fécondité , eu font des oiseaux très-curieux à observer. Leurs doigts externes sont presque séparés : ils grimpent sur les murailles et sur les troncs d’arbres, pour y chercher les araignées et les autres insectes dont ils se nourrissent. Ils font leurs nids dans quelques cavités ; ils y pondent des œufs en très^grand nombre, quelquefois au-delà de vingt. Le^ espèces les plus connues en France sont la charbonnière^ ainsi nommée parce que sa tête est d’un noir de charbon ; la grosse et la petite mésange bleue; la nonnette cendrée ; la mésange à longue queue , dont ,les plumes rectrices
sont plus longues que le reste du corps.
Les alouettes ont l’ongle du doigt de derrière extrêmement alongé, et le plus souvent non courbé (PI. iv, fig. 8); les becs-Jins ou rnotacilles ne diffèrent point, à cet égard , des autres oiseaux qui ont en général l’ongle du pouce crochu. Les alouettes peuvent marcher très-vite sans sauter, comme les autres passereaux, pour ainsi dire, à pieds joints. Elles vivent ordinairement sur la terre, où elles font leur nid : leur chant est très-agréable. On a donné diverses dénominations aux différentes espèces ; ainsi on appelle farLouse celle des prés, cujvlier ceWe des bois, rousseline celle des marais , cocheris une alouette huppée. D'autres sont nommées pipis , spipolètes , coquiUades , calandres.
On trouve des oiseaux chanteurs en trèsgrand nombre parmi les becs-Jins ou motacilles, qui ont tiré les noms sous lesquels on les désigne, soit de la ténuité de leur bec, soit de leurs mouvemens vibratiles contmuels.le rossignol appartient à ce genre. Cet oiseau, peu remarquable par son plumage d’un roux cendré , l'est beaucoup par la force étonnante, la mobilité et la variété de son chantil vit ordinairement solitaire j il quitte la France en hiver ; il reparoît au premier printemps. Le mâle seul chante pendant que Sa femelle couve , principalement durant la nuit. Il cesse de chanter lorsqu’il est occupé de l’éducation de ses petits. On range encore ïci-les fauvettes, dont ou,distingue sept à huit espèces , d’après la couleur des plumes. Celle qu’on nomme à tête noire , chante presque aussi bien que le rossignol.
On y rapporte aussi les bergeronnettes qu on appelle vulgairement hoche-queue, parce qu’à chaque mouvement, elles font mouvoir leur queue, qu’elles tiennent toujours redressée. Enfin, c'est parmi ces espèces qu'on place la lavandièrcj ainsi nommée parce qu'on la voit sur le bord des eaux où elle va chercher les insectes et les petits vers dont elle se nourrit ; le moiteux, le traquet et le tarier, qui font leurs nids sous les pierres ou dans les terriei’s ; la rouge-gorge, la gorge-bleue , le troglodite, le pouülot, le roitelet, qui sont autant de rnotacilles differentes.
DES OISEAUX PASSEREAUX
Les hirondelles et les engoulevents ou tête-chèvres sont les deux seuls genres de passereaux auxquels le nom de Planiros- TBEs peut convenir , car leur bec est court, fendu très-avant, foible, et aplati horizontalenaent (PI. ii, 6 g. 42,43.) Ils vivent d'insectes, qu'ils saisissent en volant la bouche béante. Presque toutes les hirondelles ont la queue fourchue ( 1 ). Elles volent de jour avec la plus grande rapidité; elles maçonnent trèsartistement un nid avec de la boue humide et de la paille. Dans l’hiver , ces oiseaux disparoissent ; ils s'envolent en troupes innombrables à des époques qui paroissent déterminées. Ils s’attendent pendant deux ou trois jours , et parlent d'un point commun.
On appelle martinets les espèces qui ont les quatre doigts séparés et dirigés en avant; hirondelle des cheminées ou domestique, une espèce quia une tache blanche sur chaque plume de la queue, excepté sur les deux externes : elle construit son nid dans les cheminées. h'hirondelle de fenêtres est une autre espèce à croupion blanc et à pattes saineuses ; l'hirondelle de rivage a le plumage cendré, le gosier et le veutre blancs. On mange à la Chine les parois du nid d’une espèce qu’on nomme salangane ; ce nid est composé d’une matière gélatineuse que l'oiseau recueille sur les bords de la mer.
Les engoulevents ne volent que le soir, aussi ont-ils les yeux très-grauds et les teintes grises : leurs pattes sont courtes, à tarses emplumés, et leur ongle du milieu est dentelé ; on n’en trouve qu’une seule espèce en Europe. C’est un oiseau beaucoup plus gros que les martinets : son plumage est gris , mélangé de brun. On les a nommés longtemps çrapauds -volans, à cause de la largeur de leur bec, qui est excessivement fendu et garni de fortes moustaches. On a cru à tort que ces oiseaux tétoient les chèvres pendant la nuit. Ils ne font point de nid :
ils pondent et couvent leurs œufs sur la terre nue ; ils n’en ont ordinairement que deux. Ils se nourissent de phalènes, de noctuelles et de bombyces quïls saisissent eu volant, en tenant ouvert le bec, où le vent
(l) C’est clc cette conformatioo qa'est emprunté le terme de f/ueue d’aronde qu’emploient les menui- »iers pour indiqtier une sorte de mortaise.
semble s'engouffrer : disposition que semble rappeler le nom d’engoulevent. Ils ne commencent à voler qu’au crépuscule du soir ou du matin, ils émigrent en automne , comme les hirondelles. Presque toutes les autres espèces sont d’Afrique ou d’Amérique.
Tous les passereaux qui ont le bec au moins deux fois plus long que la tête, et qui forment la famille des Ténoirostres , sont partagés en deux sections ; ceu.\ qui ont le bec droit et ceux qui l’ont arqué. C’est dans la première qu’on a placé les sittelles , les martins-pêcheurs ou alcyons, les todiers et les orthorynques (PI. 1 , üg, 23, 24, 27). On a rapproché dans la seconde section les coli^ hris, les grimpereaux, les huppes et les guepiers {6g. 25 , 26). On trouve très-peu d’espèces d'oiseaux de cette famille en Europe.
Nous ne parlerons que des plus remarquables.
On nomme sittelle ou torchepot un petit oiseau d un bleu cendré, à pennes supérieures des ailes brunes, avec un trait noir sur la joue. Il grimpe sur les troncs des arbres pour y chercher les larves d’insectes , dont jl se nourrit principalement : il fait son nid dans les trous qui ont été abandonnés par les pics ; mais il en rétrécit l’entrée avec de l’argile qu’il pétrit et qu’il arrange grossièrement, comme les bords d’un vase de terre; de là le nom de torchepot^ sous lequel on le désigne. Il n’existe aussi qu’une seule espèce à'alcyon en Europe : c'est un joli oiseau, d’un bleu brillant et nacré en dessus, roux en dessous. Il se nourrit de petits poissons qu'il saisit envolant, à la surface de l’eau, quoique ses ailes soient très-courtes. On le nomme martin-pêcheur.
On n’observe pas les todiers en Europe.
Ce sont de petits oiseaux d’Amérique , qui se nourissent, dit-on , d'insectes. Plusieurs sont remarquables par le brillant de leurs couleurs. ï^es orthorynques o\i oiseaux-mouches ressemblent beaucoup aux colibris, avec lesquels on les avoit autrefois réunis; mais ils ont le bec droit (PI. 1, 6g. 27 ). C’est dans ce genre que sont placés les plus petits oiseaux connus : on ne les a observés qu’en Amérique ; ils pompent, en voltigeant , le