DES MAMMIFÈRES RONGEURS
vent îe nom de lièvres (PI. v, fig. 19y ; et celles dont les pattes sont à peu près égales en longueur , sont nommées la^omys. Le lièvre timide , dont la femelle s'appelle hase, et les jeunes . levrauts , est un animal de plaine. Il reste couché , pendant le jour, dans un creux, à la surface de la terre ; c’est ce qu'on nomme son gite. Il ne mange guère que de nuit : il a la vue et l'ouie excellentes. Le lapin est une autre espèce qui vit dans les bois, où elle se creuse des terriers. On élève cet animal en domesticité : on en voit de toutes couleurs ; la variété dite A'Angora a le poil long et soyeux. Les poils des animaux de ce genre servent à faire des feutres ou des chapeaux : la peau elle-même est recherchée pour la réduire . par la cuisson , en une sorte de colle commune employée dans la peinture des bâtimens. La chair du lapin est Irés-eslimée ; on la mange avec le sang : celle du lièvre est noire, celle du lapin est blanche (1).
Le castor ou bièvre étoit autrefois , à ce qu'il paroîl, fort commun en Europe; mais on en a presque détruit l’espèce. On reconnoit facilement cet animal à ses pattes de derrière palmées ( PI. V, fig. 23 ), et à sa queue déprimée, comme couverte d’écailles ( PL VI, fig. 8 ). Il est relégué dans les parties les plus froides des deux continens ; il recherche principalement les bords des lacs et des fleuves, dont le courant est peu rapide ; il se nourrit de racines et d écorces ; il nage et plonge très bien. Ordinairement, et lorsqu'il ne sont pas trop inquiétés par les hommes, ces animaux vivent en société :
ils construisent en commun des habitations souterraines , dont rarchiteclure est admirable : sûreté contre l'attaque, solidité intérieure , disiribulion commode des pièces , tout paroit avoir été prévu dans ces sortes de villes souterraines construites par les castors ; mais on leur fait une guerre conti-
(1) JLes lapias blaocs ont les yenx rouges ; ib sont dans un étal «le naalailie qui se propage par la génération. On cooDOÎt beanc«/np «l’exeinples analogues chez les aoîmanx ; ainsi parmi les oiseaux , il n'est pas rare de voir de ces variéiés. principalement chez les hirondelles, les pics, les merles, les alouettes, elc.j tels son*, encore les souris blanches, les furets. Enfin les albinos , les duodos , les cbacrelats , les nègres blancs, sont, pour l’espèce de rhomme , des individus semblables.
Dcméril.
nuelle de destruction pour se nourrir de leur chair , qui est excellente , surtout celle de la queue . et pour obtenir leur fourrure, dont les poils soyeux, quoique courts, sont principalement recherchés par les chapeliers . qui en font des feutres fins et solides. Le mâle et la femelle portent en outre une sorte d’onguent musqué dans une poche particulière. située sous la queue; c'est ce qu’on nomme le castoreum : autrefois ou s'en servoit beaucoup en médecine.
Les écureuils forment un genre très-nombreux en espèces ; on en trouve dans toutes les parties du monde. Ce sont de jolis petits animaux , très-remarquables par leur propreté, leur adresse et la finesse de leurs poils. La plupart vivent sur les arbres ; ils se nourrissent de fruits et de graines, dont ils font des provisions ; leurs dents incisives inférieures sont pointues, étroites et comme comprimées, et leur queue est garnie de poils longs, disposés sur deux rangs (PL vi, fig. 4). On les à séparés eu deux sous-genres: ceux qui ont des membranes velues , étendues de chaque côté entre les pattes , et servant comme de parachutes lorsqu'ils se précipitent du haut des arbres, se nomment polatouches ; et ceux qui ont les flancs arrondis sont les véritables ècM/'euiTs. C’est parmi ces derniers qu’on a placé l'écureuil ordinaire ; sa couleur varie . mais celle de la queue est toujours semblable au dos , et ses oreilles sont terminées par un pinceau de poils. La fourrure qu'oii appelle pelils-gi is, et qui nous vient d'Amérique, a été enlevée à un animal de ce genre.
Linné avait réuni, sous le nom de rats , toutes les espèces qui ivavoient pu entrer dans les genres précedens ; mais depuis on les a divisées en cinq ou six groupes , principalement d'après la forme des dents. Ainsi on a nomme marmottes, les espèces qui ont des molaires presque plates , tuberculées (PI. III, fig. 41), le corps ramassé et la queue très-courte : campagnols et ondatras, celles qui ont les molaires sillonnées et la queue longue. Toufes les autres e.spèces ont les dents molaires échancrées ; mais les unes portent une queue longue ; daulres en ont une très-courte, ou n’en ont point du tout, comme les hamsters, et les rats-taupes ou aspalnx. Ceux de ces animaux qui ont une queue
DES MAMMIFÈRES ROKGEUnS.
îongnesont appelés mt5. lorsque leur queue est écailleuse, presque sans poils (PI. ri.lig. 5,5, a ) ; quand leur queue est très-velue, on les nomme ioirs, si leurs pattes sont à peu près égales 5 et gei-èotses si celles de de- Tant sont excessivement courtes, en proportion Je celles de derrière.
Les gerboises , qu'on a anssi nommées A‘podes ou rats à deux pieds , ressemblent un peu aux kanguroos par la forme générale du corps, et par 1» singulière disproportion des membres (PI. iv, fig. 18, «, é) ; mais ce sont de véritables rougeurs. Leur longue queue est garnie d'une touffe de poils à la pointe : elles ne marchent qne par sauts ; elles se creusent des trous sous la terre, et ne sortent que de nuit. Les principales esfièccs ont été observées en Afrique. Les loirSf ou r.its à nez pointu, ne different des gerboises que parce que leurs pattes sont égales ; ils grimpent parfaitement aux arbres, et se nourrissent de fruits , qu'ils portent à la bouche avec les pattes de devant ; ils s'engourdissent l’hiver. Les principales espèces connues en France sont : le loir proprement dit, qui est tout-à-fait gris en dessus et blanc en dessous; le lèroty qui est aussi de couleur grise, mais avec une tache noire autour de l'œil et derrière l'oreille ; et le muscardin ou croque-noiseitCy qui n'est guère plus gros qu’ une souris, et dont la couleur est rousse en-dessus et blaochâtre en-<iessous. On lelève souvent en captivité pour s'amuser de son adresse et de sa vivacité.
C’est parmi les rwt$ à queue rase et écailleuse qu'on a rangé, 1® le mt ti'cau , dont les oreilles sont très-courtes, la couleur grise, le poil lin : il a les mêmes mœuix que le castor ; sa chair est très-bonne à manger; 2® le rat ordinaire J dont le corps est noir et les oreilles alongées. presque nues; 2® la souris, dont la couleur est grise, et qui recherche l'habitation de l'homme, avec lequel elle vit en parasite ; 4® le mulgt, dont la couleur est rousse en-dessus, blanche endessous. et qui vit ordinaiiement sous terre, dans Ifô champs, dans les bois, sur les bords de la mer.
Les hamsters ont dans la bouche des poches ou sacs qu’on nomme abajoues ; leurs
yeux sont très-grands ; ils n'ont presque point, de queue. Ces animaux sont fort communs dans le Nortl, surtout en Pologne et en Sibérie ; ils se nourrissent de blé, ils enfouissent sous terre leurs provisions. 'Lue espèce, qu'on nomme lemming dans ces mêmes contnies, voyage souvent eu troupes de plus de quatre cents ; ces animaux font beaucoup de dégâts dans les lieux où ils passent à la Cle les uns des autres. Les aspaLtx ou spatux paroissent être les taupes décrites par les anciens ; ils n’ont pas d yeux du tout à l'extérieur ; cepeodaut on trouve ces organes sous la peau : mais iis n y sont pas développés ; il.s vivent toujours sous terre. L'espèce la mieux connue , qu ou nomme zemni, et qui n'a point d'abajoues , se trouve pnucipalemeut eu Russie.
^'ondatra , qu'on appelle aussi rat musqué , est facile à reconnoître par sa queue longue et comprimée ; il a les mêmes habitudes que le castor; ses oreilles sont courtes; il porte sous la queue un follicule qui contient une humeur très-odorante : on le trouve en Amérique. Les campagnols ont la queue courte, arrondie; les oreilles à peine saillantes. On les tiouve dans les champs et dans tes bois ; ils se nourrissent de blé, de faines .ale glands, de noisettes. Les marmottes ont le corps ramassé, large; une queue très-courte; des dents molaiises, tubercuiées ; cinq de chaque côté à la mâchoire d'en haut, et quatre seulement à celle d en bas. L'espèce la plus commune se trouve dans les Alpes; elle se nourrit d’herbes et de racines , qu'elle porte à la bouche avec les pattes ; elle vit en petites troupes qui amassent, pendant l’été , une grande quantité de foin , dans des terriers à plusieurs issues, où elles s’engourdissent l'hiver; leur chair est fort estimée ; leur fourrure ne donne qu'une pelleterie commune. Le monax est une marmotte d Amérique. Le bo~ back et le soidiek sont d'autres espèces du Nord. Les chasseurs de zibelines recherchent beaucoup leurs terriei's pour prendre le foin et les racines succulentes qu'elles y emmagasinent. ,
Tous les animaux qui nous i-eslent à étudier sont carnassiers; ils ont les trois sortes de dents formant, sur l'une et l'autre m.àchoire, une série non interrompue ; elles
DES MAMMIFÈRES DIGITIGRADES.
sont en général plus étroites et plus serrées burj l’intérieure. Les doigts de ces animaux sont armés d ongles crochus 5 leur canal intestinal est court , et leur estomac simple.
Tous sont organisés de manière à pouvoir se porter t'adlemenl sur leur proie; et le plus souvent un de leurs sens est plus perfectionné que les auties. Aucune espèce n'a les pouces séparés aux pieds de devant, à moins que les autres doigts ne .soient réunis entre eux. Ges animaux sont en si grand nombre, que , pour les étudier avec plus de facilité , on a été obligé de les diviser en ordres secondaires, ainsi que nous l’avons vu (1234).
Un petit genre formé jjisqu’ici d’une seule espèce de Madagascar qu’on nomme aj-e-^ aje ou chyiomys, semble lier la famille des carnassiers à celle des rongeurs. Cet animal est très-bizarre : il a deux grandes incisives à chaque mâchoire comme les rongeurs. Cinq doigts à chaque patte ( l’I. iv, fig. 16), mais à celles de devant les doigts sont grêles et alongés, surtout celui du milieu, et le pouce des pattes postérieures est libre et opposable. L'animal est gros coradae un chat : on dit qu’il marche la nuit et qu’il se nourrit dinsectes.
La famille des Pédimakes est peu nombreuse. Les animaux qu’elle renferme sont tous de la Nouvelle-Hollande ou de l’Amérique méridionale : on les reconnoît lacilement à leur organisation. Tous ont le pouce séparé aux pieds de derrière; ils s’en servent comme d une main pour saisir les objets, et surtout pour grimper aux arbres (PL iv, fig 14). Ils ont sous le ventre, comme les kanguroos, une poche dans laquelle leurs mamelles sont placées, et où ils déposent leurs petits , qu’ils metteiit au monde longtemps avant qu’ils soient assez forts pour subvenir à leurs besoins. Voila pourquoi on les avoit d’abord appelés didelpUes, nom qui signifie double matrice, elmuisupiauxoa animaux à bourse. On a laissé celui de sarigues ou de didelphes aux espèces qui peuvent s'accrocher avec la queue, et qui l’ont, en général, dénuée de poils , au moins d un côté. On a nommé dasyures les espèces qui ont la queue très-velue , et enfin tarsiers ou mieux phaLaa^istes les espèces dont la queue se termine par un flocon de poils , et dont les pieds de derrière sont grêles et alongés.
Les Digitigrades sc nourrissent princi¬
palement d’autres animaux vivans • aussi la nature les a-t-elle doués de courage, de force, de ruse et d'adresse. Tous ont un tube digestif très-court, le ventre alongé , les doigts armés d ongles crochus. Ils ne marchent absolument que sur les doigts.
Ils forment quatre genres. Ceux qui ont le museau court, arrondi , la langue couverte d’aspérités , et les ongles redressés quand ils marchent; ce sont les chats (PI. iv, fig. {2, a, b). D’autres , comme les civettes , ont des ongles à demi rétractiles, le museau pointu , la langue hérissée de petites pointes, et un follicule qui renferme une hu meur odorante. Les martes et les chiens o’out pas les ongles rétractiles (PI. iv, fig. 13). Le corps des premières est très-alongé, bas sur jambes , et les dents incisives iutei raédiaiies sont rentrées en dedans (PI iii, fig. 12); les chiens, au contraire , ont les incisives latérales échancrées (PI. 1 , fig. 9), et le corps trapu ou élevé sur jambes.
On trouve des espèces de martes sur les deux coulinens. Elles se nourrissent principalement d’œufs, du sang et de la cervelle des petits animaux qu’elles étranglent. On les a divisées en trois sous-genres. Les Loutresj qui ont les doigts de derrière palmés ( PI. IV, fig. 9) , les pattes courtes, la queue grosse à la base , le museau arrondi, la tête plate. Elles nagent et plongent surtout trèsbien ; elles se nourrissent de poissons, et leur fourrure est très-piécieuse. Les belettes ont les doigts libres,'les ongles courts, le corps et le cou alongés, le dos voûté tl).
On connoît un grand nombre d’espèces dans ce genre ; telles sont la belette ordinaire, le furet, le putois, la fouine, la marte, la zibeline , \ hermine. On recherche principalement, comme fourrures,les peaux de ces dernières espèces. Les moufettes ont les ongles très-longs , le corps beaucoup plus large en arrière r|ue du côté de la tête, la queue très-velue. Elles portent une odeur fort désagréable. Ou les trouve en Amérique. t
(1) La Fontaine a parlé plusieurs fois de la belette. Cliaque vers est un dessin en miniature.
« Damoiselle belette au corps long et fluet.